Bonjour, voici le troisième chapitre ! Je pars pour deux semaines, je publierai la suite une fois rentrée ;-) Portez-vous bien !

Disclaimer : Je ne possède ni Sherlock, ni Orgueil et préjugés.

Petite explication préalable : je vais ici aborder l'histoire de la vaccination. Vous connaissez sans doute tous le principe (et surtout la douleur associée ;-) La vaccination a été mise au point par Jenner, médecin anglais vers la fin du XVIIIème contre la variole, une maladie qui tuait énormément de gens à l'époque et laissait des traces sur le corps des survivants, des boutons et des crevasses pas jolis jolis à voir. Jenner a remarqué que les enfants qui avaient contractés la vaccine, une variante de la variole chez la vache, étaient immunisés contre la variole humaine. Il a alors entrepris quelques expériences sur des enfants pour prouver sa théorie, leur injectant à petite dose la vaccine, généralement sans leur autorisation et celle de leurs parents et parfois sans explication claire. En gros, ce n'était pas très éthique pour un médecin, surtout qu'il pouvait y avoir des risques. Bien que cette découverte soit un tournant dans l'histoire de la médecine et a permis de sauver beaucoup de vies en vaccinant ensuite à tour de bras (la variole est d'ailleurs éradiquée), aujourd'hui une telle méthode l'enverrait direct en prison ^^ Voilà, j'espère avoir été claire dans mes explications, vous en verrez l'utilité un peu plus loin. :-)

Bonne lecture !

Chapitre 3

Mrs Hooper, aidée par ses filles, avait bien essayé de connaître au mieux le caractère et les goûts de son nouveau voisin en interrogeant subtilement son mari. Mais aucune question, même ingénieusement posée, n'arrivait à faire parler Mr Hooper.

Sa femme dut se résoudre à interroger Mrs Donovan, leur voisine.

Son mari, sir William, avait lui même rencontré Mr Watson et le décrivait comme un homme brillant et très aimable. Bien qu'approchant la trentaine, il était encore joli garçon et avait prévu de venir au prochain bal accompagné d'un groupe d'amis. Mrs Hooper ne pouvait pas rêver mieux que ce gentleman comme futur gendre et elle s'exclamait fréquemment qu'elle ne pourrait jamais être plus heureuse que le jour où l'une de ses filles s'installerait à Bakerfield.

Bien que Mr Watson eut rendu visite à Mr Hooper plus d'une fois, espérant croiser les jeunes filles dont on vantait la beauté dans toute la région, il n'avait pu voir que leur père. Les jeunes filles, à l'étage supérieur avaient eu plus de chance et pu voir sa silhouette, de taille moyenne et son cheval de couleur claire. Elles ne le rencontrèrent vraiment que le soir du bal.

La rumeur disait qu'il viendrait accompagné d'une vingtaine d'amis dont plus de la moitié serait des femmes, ce qui fit peur aux demoiselles, le nombre de cavalières dépassant celui des hommes. Tout le monde fut soulagé lorsque l'on apprit qu'il n'amènerait que quatre sœurs, deux frères et trois cousins. Mais lorsque la compagnie entra dans la salle de réception, on ne dénombra que cinq personnes. Mr Watson, ses deux sœurs, son beau frère et un de ses amis, un certain Mr Holmes.

Si Mr Watson était en effet un homme d'apparence aimable et distinguée, ses sœurs très élégantes et Mr Hurst, le mari de l'aînée, Harriet, un gentleman sans plus, la haute silhouette de Mr Holmes capta les regards de toute l'assemblée. Outre son physique très plaisant, ses pommettes hautes, saillantes et sa chevelure sombre et bouclée, la rumeur qui lui attribuait un revenu de plus de dix milles livres de rente était sûrement la cause de toute cette attention.

La plupart des femmes le jugèrent alors mieux que son ami Watson, d'autant plus qu'il paraissait beaucoup plus jeune, n'ayant sûrement pas dépassé les vingt-cinq printemps. Et pourtant, il semblait avoir une grande influence sur son aîné qui écoutait d'un air attentif ses avis. On passa une grande partie de la soirée à l'admirer mais bientôt on déplora son attitude et il perdit la bonne grâce de ces demoiselles. Il ne paraissait même pas s'en soucier.

Regardant ses interlocuteurs de haut, il semblait percer à jour quiconque venait à lui être présenté, déduisait à sa façon de se tenir son statut et de ses interactions avec les autres, ses penchants amoureux (souvent indiscrets) et ne pouvait s'empêcher de démontrer (dans le meilleur des cas, de manière sous entendue), ce qu'il avait pu observer chez ses semblables. Il mettait mal à l'aise et l'on pouvait s'estimer heureux lorsqu'un de ses plus inavouables secrets lui était resté caché.

Watson retrouva vite l'attention générale par ses manières agréables et sa façon de réprimander son compagnon lorsque celui-ci allait trop loin, même s'il montrait clairement son admiration pour le raisonnement de Holmes. Il prit part à toutes les danses, invitant avec gentillesse les jeunes filles sans cavalier et ne cacha pas son attention particulière pour Mary Hooper, avec qui il dansa deux fois.

Les deux amis étaient si opposés de caractère que l'on se demanda comment une telle amitié avait pu naître entre eux. Vers la fin de la soirée, tout le monde s'était forgée une mauvaise opinion de ce Monsieur Sherlock Holmes qui n'avait dansé qu'une seule fois avec Irène Watson et une autre avec Harriet Hurst.

Un seul mot revenait sur toutes les lèvres pour le décrire : antipathique.

Malheureusement pour Molly, elle dut subir les raisonnements désobligeants de Sherlock qui froissèrent sa fierté et son orgueil.

A cause du nombre inférieur d'hommes par rapport à celui des demoiselles, Molly était restée assise pendant deux danses et Mr Watson n'avait pas tardé à le remarquer. Étant déjà engagé auprès de Mary, il décida de solliciter son ami :

- Allons Sherlock, venez danser ! Vous n'avez pas daigné participer à une seule valse, vous qui d'ordinaire êtes si bon danseur. De plus, je n'ai jamais vu autant de jolies jeunes filles, vous trouverez sans aucun doute une bonne partenaire. Cessez de montrer cette mine renfrognée et amusez-vous !

- Je n'y tiens pas. Vous savez très bien comment la société m'ennuie profondément, seul un bon mystère pourrait me distraire. Maugréa Sherlock.

- Vous êtes invivable ! S'écria Watson. Ce n'est sûrement pas ici que vous réussirez à vous mettre une enquête sous la dent. Vous n'aviez qu'à rester à Londres au lieu de me suivre.

- Bien que je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi vous avez choisi cette région pour vous installer et pour vous constituer un patrimoine terrien, je ne vous aurai jamais laisser vous lancer seul dans cette entreprise hasardeuse. De plus, Londres est quelque peu ennuyeuse en ce moment, pas de meurtres récents, ni de vols à élucider. Sans vous, elle aurait été mortelle.

- Et bien, cessez de faire comme si la compagnie d'autres personnes allait vous mener droit à la tombe. Vous n'êtes plus à Londres. Invitez donc quelqu'un à danser ! Tenez, la jeune sœur de Miss Hooper est toute aussi ravissante que son aînée, Molly je crois bien que c'est son nom. On dit d'ailleurs d'elle qu'elle est, parmi toutes les jeunes filles de la région, la plus brillante et d'un esprit vif. Vous pourriez très bien vous accommoder l'un de l'autre. Elle se trouve derrière vous, assise dans cette robe jaune qui lui va à ravir, dit-il en désignant discrètement la jeune fille.

Sherlock se retourna et suivit son regard. Il l'observa quelques instants et se retourna vers son ami.

- Ordinaire comme toutes les autres. Il est vrai qu'elle porte à ses doigts des traces d'encre, ce qui signifie qu'elle passe son temps à lire et à écrire mais aussi qu'elle prend peu soin de sa personne. De plus, il est facile de se prétendre intelligent parmi une telle... assemblée... Elle est jolie mais pas assez pour me tenter. En outre, je vous l'ai déjà dit, je ne suis pas d'humeur à danser et à me mêler au commun des mortels. Il faut d'ailleurs que je trouve un stratagème pour éviter votre jeune sœur Irène, elle n'a fait que rechercher ma compagnie de toute la soirée et ses manières me lassent. Me trouver une autre partenaire qu'elle déclencherait une scène de jalousie assez gênante, que je pense, vous aimeriez éviter. Vu qu'elle arrive dans notre direction, je ferai bien de m'éclipser et faire semblant de discuter avec un notable. Excusez moi, je vous souhaite un agréable moment en compagnie de votre délicieuse partenaire. Dit-il en prenant congé de son ami.

Le jeune homme partit dans la direction opposée et passa devant Molly Hooper sans la regarder. Celle-ci avait entendu l'intégralité de leur conversation et son cœur oscillait entre l'envie de fondre en larmes face à autant de méchanceté pour sa personne ou celle de rire devant la stupidité et l'excentricité du personnage.

Elle décida de garder pour plus tard ses sentiments pour son orgueil blessé et de se reporter sur le tableau qu'elle se faisait de ce Sherlock Holmes. Son discours ne détrompait pas l'assemblée sur sa misanthropie présumée.

Certains avaient affirmé, bien qu'il soit propriétaire de plus de la moitié du Derbyshire, qu'il passait la plupart de son temps à Londres et après avoir réglé les affaires de son domaine, qu'il menait une vie de débauche. Non qu'il soit amateur de femmes ou d'alcool (quoique la rumeur le disait grand fumeur), il vivait tel un prolétaire et travaillait ! Chez un noble, c'était quelque chose d'assez mal vu mais Mr Holmes occupait une profession qui forçait l'admiration. Il était détective. Il rendait service aux grands de ce monde comme aux ouvriers habitants les quartiers les plus mal famés de la capitale.

Et lorsque les autorités ne pouvaient faire face et résoudre un meurtre, il venait faire le travail à leur place. Très compétent, il faisait autant l'objet de critiques par son comportement que d'éloges par ses prouesses. Les mots de Sherlock Holmes vinrent confirmer la description que l'on faisait de lui et Molly en aurait eu presque de la peine pour lui s'il n'avait pas mis à mal son estime d'elle.

Elle ne tarda pas à confier avec humour à son amie Miss Donovan ce qu'elle avait entendu et celle-ci se dépêcha de décrier les propos de Mr Holmes :

- Cet homme est un goujat, il ne mérite pas que tu t'intéresse à sa personne, déclara Sally de sa verve habituelle.

Elle avait conscience que Molly avait été touchée par les mots du grand brun mais qu'elle le cachait bien.

Molly hocha la tête et sourit à son amie. Sally était un peu plus âgée qu'elle et avait bon sens. Elles rirent toutes deux de cette mésaventure et passèrent une agréable soirée comme la plupart des invités, mis à part un certain détective.

D'ailleurs, Molly finit par venger son orgueil blessé en réprimandant le malotru vers la fin de la soirée lorsqu'on le lui présenta :

Passant entre les invités dans l'espoir de retrouver Mary, elle fut interpellée par Mr Stamford, le médecin de la région qui était en grande conversation avec Mr Holmes :

- Molly, ma chère. Comment allez-vous ?

- Très bien, je vous en remercie. Vos travaux avancent-ils comme vous le voudriez ?

- Oui, fort bien, je suis très heureux des résultats que j'ai obtenu. J'en parlais d'ailleurs tout à l'heure avec monsieur, oh, permettez-moi de vous présentez Mr Holmes, Miss Molly Hooper, une connaissance très instruite avec lequel j'ai plaisir à converser lors de ces éprouvantes réunions en société.

- Mademoiselle. Répondit d'un ton neutre Sherlock Holmes en s'inclinant.

Molly fit une révérence en réponse, essayant de ne pas montrer son aversion pour le personnage.

- Nous parlions aussi des récents travaux épidémiologiques, continua Mr Stamford, qui ont démontrés l'efficacité de la vaccination que Mr Jenner a mis en place contre la variole. En avez-vous entendu parler, Miss Hooper ?

- Oui, j'ai lu quelques essais sur ce thème. La prévention qu'a proposé Mr Jenner est innovante et beaucoup moins nocive que la variolisation que Lady Montagu avait essayé de répandre. Les risques de mortalité sont beaucoup plus faibles et c'est efficace. La vaccination a d'ailleurs eu beaucoup de succès et elle ne cesse d'être appliquée. Espérons que dans quelques années ou peut-être un peu plus, nous parviendrons grâce à cela à éradiquer ce fléau. Cependant, je ne peux m'empêcher de réprouver la méthode qu'a utilisé Mr Jenner pour expérimenter son idée. Injecter sciemment la vaccine à des enfants sans leur consentement éclairé pour étayer sa thèse sur l'immunisation est scandaleux et dangereux.

- Mais au risque de perdre quelques enfants ignorants, n'est-il pas plus important de sauver des millions de vies de la variole ? La questionna Mr Holmes, qui bien qu'impressionné par les explications de Molly, ne semblait pas du tout comprendre sa condamnation.

Sous l'œil amusé de Mr Stamford, Molly répondit avec verve à Mr Holmes, qui sembla comprendre rapidement de l'idiotie de sa pensée.

- Sachez Monsieur qu'une vie ne vaut pas plus qu'une autre et que chacune est précieuse, encore plus s'il s'agit de celle d'un enfant, qui tient dans ses mains l'avenir de ce monde. De plus, agir ainsi sans explication préalable sur ses patients est contraire au serment d'Hippocrate. La première consigne et la plus importante est d'ailleurs celle de ne pas nuire. Êtes-vous donc à ce point dénué d'humanité, monsieur, pour penser comme Mr Jenner que l'on peut agir ainsi au nom de la science ?

Sherlock resta muet, interloqué devant la tirade de la jeune femme, chose dont il ne devait pas avoir l'habitude. De plus, quelque chose devait l'avoir choqué dans ses propos car il eut du mal à retrouver ses mots, ce qui fit jubiler Molly en son fort intérieur :

- Mademoiselle, vous avez sans aucun doute raison. Je tiens à m'excuser si mes propos vous ont blessés.

Acceptant ses excuses, non sans fierté, Molly se retira, invoquant la recherche de sa sœur ainée.

- Ne vous avais-je pas dit qu'elle était d'une vivacité remarquable et quelque peu insolente ? Demanda Mr Stamford à Sherlock

- En effet, en effet...

Celui-ci, troublé par sa rencontre avec la jeune femme qui avait été la seule à le retrancher dans ses idées depuis bien longtemps, affichait un air penaud. Comment avait-elle pu lui parler sur ce ton ? Il avait du encore penser de travers. Il avait du mal à se mettre à la place du commun des mortels, ce que John ne cessait d'essayer de lui apprendre et le réprimandait à chaque fois qu'il commettait une erreur de mauvaise pensée. Stupide, vraiment ! Mais c'était tout sauf l'adjectif qu'il aurait pu utiliser pour décrire Molly Hooper...

Mrs Hooper, en revenant chez elle, ne cessa de répéter à son mari combien elle était heureuse de l'attention que Mr Watson avait porté à Mary. Elle commençait déjà à planifier leur mariage, ce qui mettait mal à l'aise la principale concernée.

Voyant cela, Mr Hooper réussit à faire taire son épouse et l'emmena se coucher pendant que celle-ci pérorait sur l'élégance des sœurs Watson. Leurs filles les imitèrent même si Molly et Mary ne purent s'endormir avant une heure tardive, se confiant leurs impressions à la lueur d'une bougie, allongées sous la couverture. Mary ne cessa de faire l'éloge de Watson, qui lui plaisait beaucoup tant par son apparence que par ses qualités morales. Elle n'avait pas encore eu de grandes conversations avec lui mais elle espérait en apprendre plus sur lui lorsqu'elle aurait l'occasion de le revoir. Elle était déjà ravie qu'il l'ait remarquée et essayait tant bien que mal de calmer son imagination qui lui promettait déjà milles aventures en la compagnie du jeune homme et une passion dévorante. Un trouble mal dissimulé qui n'échappa pas à Molly.

Mary appréciait les deux sœurs Watson qui semblaient lui rendre la pareille. Molly se retint de lui avouer qu'elle avait trouvé Irène quelque peu hypocrite et surtout remarqué un comportement de séductrice affirmé chez elle. Celle-ci viendrait vivre à Bakerfield et il fallait espérer qu'elle ne provoque pas de scandale dans la région.

Quand à Harriet, Molly ne l'avait pas entendu prononcer une seule phrase de la soirée mais elle avait pu observer son penchant exagéré pour le vin français.

Puis Mr Holmes entra dans la conversation. Mary, au courant de la discussion qu'avait eu Watson et Holmes, consola Molly. Mr Holmes ne pouvait la juger seulement sur son apparence et s'était de toute façon mal comporté, selon l'avis de tous. Molly la rassura. Elle se fichait de l'opinion de cet homme qui prétendait être un gentleman. Elle n'avait aucunement l'intention de le revoir. Malheureusement pour elle, il était lié à Mr Watson, le destin allait donc en décider autrement...

A suivre...