Orgueil et déductions

Coucou, désolée pour ses quasi trois semaines d'absence mais j'étais en vacances ^^ J'ai enfin eu le temps de vous concocter le quatrième chapitre ! J'espère qu'il vous plaira. Je pense publier la suite dans un peu moins d'une semaine, en attendant portez-vous bien et n'hésitez pas à laisser une review ! Elles me font toujours plaisir !

Frog38 : Ton commentaire m'a fait sauter de joie. Un grand merci ! Surtout pour prendre le temps de commenter à chaque chapitre ! J'espère être à la hauteur pour la suite ! :-)

Kate Nightingale : Hihi, dès que j'ai eu l'idée, je me suis empressée de commencer à l'écrire pour être sûre de pouvoir la publier la première. Mais, oh rage, oh désespoir, quand j'ai parcouru ! Je n'étais pas la première à avoir eu cette idée ! A ma connaissance, il n'y avait alors que deux crossovers Sherlock-O&P dont seulement un Sherlolly anglais inachevé. Et je suis ensuite tombée sur 221 Bennet Street de London Belle en anglais, dont j'ai lu seulement un passage du premier chapitre, je n'ai pas voulu aller plus loin (dommage, car j'adore ses fictions) pour ne pas m'en inspirer inconsciemment mais je crois qu'elle n'utilise pas de la même manière les personnages et l'histoire. Donc, après avoir longtemps hésité, j'ai quand même publié celle-ci. Au moins en français, je suis la première ^^ J'espère rester la plus originale possible mais je m'accroche quand même au livre. Je vais essayer de ne pas te décevoir et si tu as des suggestions, n'hésite pas ! :-D D'ailleurs, si vous en avez tous, n'hésitez pas aussi ! ;-)

Stéphanie1206, Lizzie Marie Fourmi, Whoovian, Manaut-Ninn : Merci ! Je ne sais pas comment vous remercier pour tous vos commentaires ! Ah mais si ! Avec ce chapitre ! :-D En espérant que vous l'apprécierez !

Bonne lecture !

Chapitre 4

Le lendemain du bal, les Hooper furent invités à Donovan Lodge, la demeure de la famille de Sally. Les Donovan était une famille très respectée de la région, qu'ils côtoyaient beaucoup. Sir William Donovan avait d'ailleurs été élevé au rang de chevalier, un titre qui lui importait beaucoup et dont il faisait l'étalage mais qu'il s'appliquait à en demeurer digne en étant l'homme le plus courtois du pays. Serviable et bon, il avait tout de suite plu à Mr Watson qui lui rendait souvent visite.

Lady Donovan partageait avec Mrs Hooper le titre de commère des environs et toutes deux s'assirent très vite près d'une table où s'amoncelaient des piles de fruits et de patisseries pour débattre de la veille :

- Mary semble avoir fait, hier, une très grande impression à Mr Watson, nous l'avons tous remarqué, ma chère, commença Mrs Donovan.

- Oh oui, ma très chère amie, bien qu'il ait accordé la première danse à votre fille Sally, expliqua Mrs Hooper d'un sourire forcé, il a dansé ensuite une fois avec ma Mary, la suivante avec Molly, puis deux fois suivante avec Mary, une avec sa sœur Irène et enfin il a voulu danser la dernière avec Mary. Il a raison, c'est une formidable danseuse, s'exclama-t-elle en joignant les mains.

Mary leva à cet instant les yeux au ciel en entendant cela et échangea des regards sarcastiques avec sa sœur.

- Il a d'ailleurs confié à Mr Robinson quelques beaux compliments sur elle. Les avez-vous entendus ?

- Bien sûr, j'étais à côté de vous. Il a répondu sans hésiter à l'une des questions de Mr Robinson que Mary était sûrement la plus belle jeune fille de la soirée.

- C'est vraiment un homme bon, bel homme et très comme il faut, continua Mrs Hooper. Il est étonnant qu'il ait pu devenir ami avec ce Mr Holmes.

Sa voix se gorgea de colère :

- C'est un homme vraiment orgueilleux. Je le déteste. Dire de ma Molly qu'elle n'ait pas à son goût, je l'aurai provoqué en duel si j'avais été un homme !

Molly ne la coupa pas, malgré le fait que ces propos la dérangeaient. Pour une fois que sa mère la défendait...

- Certainement, ma chère amie. Tout le monde s'accorde à dire que c'est un misanthrope, arrogant et sans aucun savoir vivre. Les domestiques de Bakerfield s'en plaignent, il n'est pas en soit très exigeant mais il affiche une certaine excentricité et une telle originalité de l'esprit qu'il est difficile de s'accorder avec lui. Au moins, il est plutôt arrangeant du côté de l'alimentation puisqu'il ne mange presque rien... Quoi qu'il en soit, il n'est pas loquace avec les étrangers mais ses proches ne semblent pas se plaindre de son comportement.

- Et bien, ses dix mille livres de rentes ne changeront pas du tout mon opinion. Il ne mérite pas notre attention.

La conversation se porta vite sur autre chose.

Pendant ce temps, une autre discussion sur le même sujet avait lieu à Bakerfield.

John Watson ne cessait de faire l'éloge de Miss Hooper et de ses yeux.

Il avait beaucoup apprécié ce bal et n'avait rencontré à ses dires que des personnes charmantes. Mr Holmes, distant et hautain comme à son habitude, répliqua qu'il n'avait rencontré personne qui satisfasse son intellect et son opinion. Mais de toute façon, il n'en avait sûrement jamais rencontré de sa vie, mis à part John Watson et peut-être une certaine Hooper qui avait mouché son arrogance la veille. Il accorda cependant à son ami Watson que Miss Mary Hooper était en effet très jolie mais qu'elle souriait un peu trop. Rassuré par l'opinion de son fidèle compagnon, John put s'abandonner à sa rêverie.

Ses sœurs avaient, elles aussi, été charmées par les deux aînées Hooper et elles ne tardèrent pas à leur rendre visite. Jane et sa mère les accueillirent avec beaucoup d'attention, Molly avec politesse. Elle trouvait les sœurs Watson plutôt hautaines et hypocrites contrairement à leur frère. Elle ne les aimaient pas mais pour sa sœur elle resta avenante et enjouée.

Une lettre de Bakerfield arriva à St Bartholomew, la propriété des Hooper, quelques jours plus tard. Mary avait été invitée pour le thé par Irène et Harriet.

Que ne fut la déconvenue de sa mère quand elle apprit que Mr Watson serait alors absent. Mais elle ne se laissa pas abattre et échafauda un plan machiavélique pour pousser sa fille dans les bras du riche célibataire.

Le temps était menaçant et des nuages commençaient à se former. Le ciel d'Octobre se mettait à gronder. Elle en profita donc pour envoyer Mary seule à cheval jusqu'à Bakerfield pour ce rendez-vous. Peu après, une pluie torrentielle commença à tomber.

- Vous auriez dû donner la voiture à Mary, mère, s'inquiéta Molly en observant le jardin sous les eaux, bien au chaud derrière la fenêtre

- Non, non, c'est parfait. Les Watson ne la laisseront pas repartir par ce temps sans voiture et elle pourra ainsi revoir Mr Watson, puisque c'est lui qui reviendra avec leur fiacre. Cet homme est un tel gentleman qu'il lui proposera de l'escorter pour le retour ou même de l'inviter à rester.

Molly serra autour d'elle son châle. Il faisait froid pour la saison. Elle espérait que sa sœur ne tombe pas malade en chevauchant sous cette pluie battante. Mary était courageuse et n'avait pas discuté lorsque sa mère avait donné son ordre, de toute façon sans appel. Molly savait que son aînée bouillait de se libérer comme elle de l'autorité maternelle obsédée par l'idée de marier de ses filles.

Ironiquement, seul le mariage serait une échappatoire à l'hystérie de Mrs Hooper. Même si celle-ci faisait tout ça uniquement pour assurer leur bonheur, ses deux aînées souffraient de ses critiques incessantes et autres crises nerveuses.

Les heures passèrent, la tempête redoublait d'intensité et Mary ne revenait pas. A la tombée du soir, un valet de Bakerfield arriva au galop à St Bart sous la pluie battante. Mary était arrivée là-bas trempée jusqu'aux os. Elle avait quand même eu le temps de prendre le thé avec les sœurs Watson après qu'on l'ait eu recouverte de couverture, jusqu'à ce qu'elle ne se sente mal et ne se mette à tousser de manière peu rassurante. On avait appelé Mr Stamford après l'avoir menée dans une chambre d'amis et celui-ci après l'avoir examiné avait décrété qu'il fallait la laisser se reposer et surtout la réchauffer. Lorsque Mr Watson était rentré, il avait obligé Mary à rester, lui interdisant de repartir avant qu'elle ne soit guérie. Il avait demandé à un de ses valets d'aller prévenir les Hooper et de revenir avec quelques affaires nécessaires à Mary pour son séjour.

Molly ne put s'empêcher de se ronger les sangs pour son aînée, tandis que sa mère se félicitait d'avoir envoyée sa fille à Bakerfield :

- Quelle enfant merveilleuse ! Tomber malade ! Je n'y aurais pas pensée moi-même ! Quel excellent prétexte pour se rapprocher de ce cher Mr Watson !

Les deux autres sœurs Hooper restèrent complètement indifférentes aux événements, ne s'autorisant à s'inquiéter pour Mary seulement quelques secondes car leurs pensées étaient accaparées par l'arrivée d'un régiment tout entier dans le voisinage.

Mr Hooper remarqua que si Mary en mourrait, Mrs Hooper aurait au moins la consolation que ce serait en pourchassant Mr Waston. Il se retira vite dans la bibliothèque pour échapper aux discours exaltés de sa femme.

Le lendemain, on reçut des nouvelles de Bakerfield. Mary était encore alitée et on ne pourrait pas la laisser repartir avant quelques jours.

Molly décida, contre l'avis de sa mère, de se rendre à Bakerfield. Elle se devait d'aller visiter sa sœur et de lui apporter du réconfort. Quoi que sa mère dise sur l'amabilité de Mr Watson, Mary ne pourrait s'empêcher de se sentir seule loin des siens. Comme la pluie avait cessé au matin, Molly prit la route à pied.

Sa mère avait essayé de la dissuader, en lui arguant qu'elle ne serait pas présentable à son arrivée à cause de la boue. La jeune fille s'en moquait, seule sa sœur lui importait. Elle serait de toute façon de retour avant le dîner. Ses deux sœurs l'accompagnèrent jusqu'à la ville voisine, Meryton, qui se trouvait sur le chemin et la laissèrent parcourir le dernier mile qui la séparait de leur aînée.

- Si nous nous dépêchons, peut-être pourrons nous voir le capitaine Moran ! S'écria Janine en se rendant chez la femme d'un officier.

Molly, impatiente d'arriver, continua sa route à travers champs tout en essayant d'éviter les flaques en sautant par dessus. Elle arriva un peu fatiguée, les joues rougies par le froid et des bas crottés.

On la fit entrer dans le salon où tout le monde sauf Jane, était installé. Son arrivée surprit tout le monde. Irène et Harriet furent estomaquées par son geste et son allure et ne purent s'empêcher d'émettre des avis désapprobateurs lorsqu'on la mena à l'étage.

Mr Holmes ne put s'empêcher de remarquer l'éclat de son teint et surtout se demanda pourquoi elle avait fait autant d'effort pour se rendre au chevet d'une personne malade, il n'en voyait pas du tout l'utilité. Cependant, il fut impressionné par le courage de la demoiselle.

Mr Watson accompagna Molly jusqu'à la chambre de sa sœur et par pudeur, la laissa entrer seule.

La jeune fille trouva sa sœur enfouie sous les couvertures. Elle avait le front brûlant mais se releva dans son lit avec un petit sourire fatigué pour accueillir sa sœur. Soulagée de trouver un peu de réconfort de la part d'une proche dans une maisonnée inconnue, Mary commença à lui expliquer tout ce qui lui était arrivé depuis la veille. Elle ne put s'empêcher de faire l'éloge de Mr Watson, très prévenant et, chuchota-t-elle d'un sourire las mais sarcastique, très pudibond : bien qu'il soit médecin, il s'était retenu de l'examiner lui-même. Il avait bafouillé quelques excuses pour lui expliquer que quelques affaires urgentes le retenaient en bas tout en arguant que Mr Stamford avait bien fait son travail et qu'il devait avoir eu raison sur le diagnostic. Cela n'empêcha pas Mr Watson de revenir quelques minutes plus tard et d'entretenir de longues conversations avec son invitée, sous le regard d'une domestique que Mr Watson avait nommé garde malade, plus ou moins pour chaperonner le couple.

Molly ne put s'empêcher de sourire. Ces deux-là semblaient très bien s'entendre et étaient décidément adorables par leur timidité respective envers l'autre. Elle avait un peu de mal à reconnaître là Mary qui était naturellement à l'aise avec les autres. Ce devait être la même chose avec Mr Watson car il n'affichait pas du tout une telle gaucherie dans les conversations mondaines.

Bien qu'assez bavarde, Mary était dérangée fréquemment par des maux de tête et son rhume lui donnait un accent assez drôle. John Watson lui avait conseillé de rester au lit et de boire régulièrement le remède que lui avait prescrit Mr Stamford.

Molly resta de longues heures auprès de la malade et quand il fut le temps pour elle de repartir, elle annonça son départ avec regrets à Mr Watson. Celui-ci, remarquant la contrariété sur le visage de Mary, invita Molly à rester à Bakerfield pour s'occuper de sa sœur. Molly répondit avec enthousiasme à son invitation et John et Mary sourirent de concert.

John et Molly descendirent avec les autres pour le diner, laissant à regret la malade derrière eux. On donna des ordres pour aller chercher des affaires à St Bart.

Les deux sœurs Watson furent étonnées du geste de John. Elles accueillirent cependant complaisamment Molly à leur table.

Sherlock Holmes arriva le dernier au dîner. La mine renfrognée, il se mêla aux autres et ne mangea que très peu.

Le mari d'Harriet ne dit pas un mot de la soirée, concentré sur son assiette.

Molly et John bavardèrent entre eux. Le médecin rédigeait ses aventures en compagnie de Sherlock et il pouvait ainsi lui raconter des anecdotes distrayantes et des enquêtes abracadabrantes. Parfois, Sherlock les commentaient ou faisaient des remarques lorsque John oubliait des détails ou inventait. Molly rit beaucoup et Harriet s'y joignit également, lançant des regards furtifs à la jeune fille qui n'échappèrent pas au détective.

Irène faisait la moue et essayait de faire la conversation à Sherlock mais elle se faisait souvent moucher par les répliques cinglantes du jeune homme brun.

Après avoir passée une partie de la soirée dans le salon avec les autres, Molly se retira avec un bon livre dans la chambre qu'elle occupait avec sa sœur où l'on avait fait amené un lit pour qu'elle remplisse son rôle de garde malade. Dans un fauteuil, Molly lut avidement les pages qui l'intéressaient dans l'épais volume qu'elle avait emprunté dans la bibliothèque de Mr Watson. Elle acheva au bout d'une heure les trois chapitres qui l'avaient amenée à choisir ce livre et se sentant frustrée de ne pas avoir eu toutes les réponses à ses questions, se décida d'aller en chercher un autre dans la bibliothèque en espérant y trouver son bonheur. Il n'était pas encore trop tard pour veiller, elle entendit d'ailleurs des éclats de voix venant du salon en passant devant le grand escalier.

Molly se faufila dans la bibliothèque. Tenant dans la main un bougeoir, elle traversa la pièce dans la pénombre pour chercher l'étagère où elle avait empruntée l'ouvrage qu'elle tenait à la main. Mais dans le noir, elle ne parvint pas à se repérer et malgré les modestes proportions de la pièce, elle se perdit dans les rayonnages.

- Les livres de sciences sont sur la deuxième étagère à votre droite. Celui que vous tenez se range sur la troisième rangée en partant du haut.

La jeune femme sursauta, fit tomber le lourd volume de ses mains mais heureusement, s'abstint de lâcher la lampe. Après avoir repris son livre, elle se retourna lentement.

Dans une alcôve, légèrement dissimulée aux regards, Sherlock Holmes était allongé négligemment dans un confortable canapé, ses pieds et sa tête reposant sur les accoudoirs. Il avait les mains jointes sous le menton et ne portait qu'une chemise blanche, légèrement entrouverte, et un pantalon, ses pieds étant nus.

Son accoutrement était tellement indécent que Molly, qui pourtant n'était pas à cheval sur les convenances, se sentit mal à l'aise. Rougissant, elle ne put s'empêcher de faire tomber à nouveau son livre et se pencha pour le ramasser en cachant son trouble. Malheureusement, il n'avait pas échappé à Sherlock...

Heureusement que je ne suis pas en robe de chambre, elle m'aurait fait une syncope, se moqua-t-il en se remémorant les remontrances de son ami Watson lorsqu'il s'était promené uniquement enveloppé de draps dans les corridors de Bakerfield et qu'il avait observé la curieuse manière qu'avait eu Harriet Hurst de s'évanouir lorsqu'elle l'avait vu dans sa « toge romaine ».

Molly essaya de reprendre une contenance et tourna son regard vers la fenêtre, pour éviter de le regarder, faisant semblant d'admirer l'astre lunaire. Elle ne put s'empêcher de demander :

- Comment avez-vous su quelle étagère je cherchais ?

- J'ai parfaitement distingué dans la pénombre le titre de votre livre, répondit-il ironiquement, en tournant la tête de son côté pour la regarder.

La jeune fille se retourna vers lui, lui jetant des yeux noirs pour le punir de son sarcasme. Éclairée par la lueur de sa lampe, on voyait poindre de la colère sur le doux visage de la demoiselle. Elle s'en voulait d'avoir été surprise. Sherlock fut subjugué par ce spectacle qui attirait inévitablement le regard dans l'obscurité de la pièce. On aurait pu la confondre avec une vision dans sa robe de mousseline blanche. Il se reprit et éprouva bizarrement la volonté de se racheter :

- Vous êtes une des rares personnes à fréquenter cette bibliothèque, expliqua-t-il en essayant de trouver ses mots. Le Dr Watson est en ce moment accaparé par la santé de votre sœur, il n'a pas éprouvé le besoin de venir chercher un livre dans la bibliothèque depuis hier, alors que cela lui permettrait pourtant de se changer les idées. Ses sœurs sont de piètres lectrices et je sais encore ce que je lis moi-même. Alors, il n'y a que vous pour expliquer l'absence de ce lourd volume que j'ai remarqué en arrivant dans cette pièce. Difficile à manquer tellement l'espace qu'il occupait est important.

Molly sembla se contenter de cette explication.

- Vous n'êtes pas en bas avec les autres ?

Sa question ressemblait à une affirmation quelque peu accusatrice.

- Non, l'intelligence de l'assemblée n'est pas à mon niveau, d'ailleurs les réunions m'ennuient généralement et John, qui est la personne la plus sensée de la pièce, a l'esprit trop occupé par l'état de votre aînée. J'ai pour habitude de me retirer le soir et je suis sûr de trouver le silence ici pour réfléchir et me soustraire aux incessantes remarques de Miss Watson, qui ont le don de m'énerver.

- Vous n'êtes pas très aimable avec elle...

- Je reconnais qu'elle est intelligente mais elle en use avec perfidie. Je vois clair dans son jeu de séductrice et croyez-moi ou non Miss Hooper, j'en ai plus qu'assez de ses minauderies... Quand à sa sœur, elle rivalise de bêtise avec son mari et son penchant pour l'alcool n'arrange rien.

Molly ne fut pas surprise par ses propos. Elle les avait observés elle-même.

Sherlock reprit :

- A essayer de noyer son chagrin dans l'alcool, je ne vois pas en quoi cela résoudrait son malheur.

Il fit la moue et tourna la tête pour revenir dans sa position initiale. Il referma les yeux.

- Quel malheur ? Demanda curieusement Molly.

- Harriet n'aime pas son mari, expliqua-t-il toujours les yeux fermés. En fait, elle n'aime pas les hommes tout court. Fit Sherlock avec un petit sourire.

- Vous voulez dire qu'elle...

- Exactement. Elle arbore le même air d'ennui depuis le jour de son mariage organisé par son propre père. Aucun homme n'attire son attention et quelques rumeurs lui prêtent des amantes. Les nuits qu'elle passe avec son époux ne semblent pas être à son goût.

Il resta silencieux quelques instants puis reprit :

- Vous devriez faire attention, vous semblez beaucoup lui plaire, elle aime les brunes...

Molly ouvrit grand la bouche et écarquilla les yeux. Et elle ne put s'empêcher de rire en imaginant Harriet lui faire des avances ou en l'imaginant lui faire la cour. Elle cessa de s'en amuser au bout de longues secondes et Sherlock avait pu remarquer quelques larmes couler au coin de ses yeux.

- Vous pleurez ? Demanda-t-il, troublé, incapable de comprendre son comportement.

- De rire, oui. Fit-elle en se calmant.

Sherlock ne sembla pas plus avancer.

Se reprenant, Molly questionna l'homme toujours allongé :

- Pourquoi me confiez-vous cela ?

- Parce que vous auriez bien fini par l'apprendre. Les femmes adorent les ragots et dans les campagnes ils se propagent encore plus vite. Répondit-il en haussant les épaules comme si la question était complètement stupide et la réponse évidente. Il referma les yeux qu'il avait rouvert pour observer le rire de la demoiselle et essaya de se concentrer. Mais il en fut incapable. Une voix le sortit de sa méditation :

- Et vous pensez que je suis comme toutes ces femmes, avide du moindre commérage à me mettre sous la dent ?

- Et bien, oui, ou du moins vous êtes prompte à juger et à vous emporter, vu l'affront que vous m'avez fait lors du précédent bal...

- Moi, vous avoir fait affront ? C'est vraiment le monde à l'envers. C'est vous qui avez commencé.

- Vos enfantillages ne m'atteignent pas. Reconnaissez que votre comportement était tout sauf celui d'une demoiselle bien élevée.

- Peut-être mais vous aviez tort. Et puis je n'ai pas de leçon à recevoir d'une personne qui manque cruellement de savoir vivre. N'êtes vous jamais aimable avec vos semblables, lui demanda Molly.

- Non, je revendique d'ailleurs ma misanthropie. Vous connaissez sans doute ma réputation, Miss Hooper, je peux bien me targuer d'avoir plus d'esprit que toute cette maisonnée réunie.

Molly haussa les sourcils devant un tel mépris.

- Cela doit d'ailleurs être assez frustrant d'être dans la tête des autres, trop lents pour articuler une seule hypothèse valable, continua Sherlock, avec un petit sourire narquois, songeant à ses affaires.

La jeune femme en avait assez entendu. Sous le regard du détective, elle rangea le livre qu'elle tenait encore entre les mains et prit au hasard un ouvrage de médecine. Se dirigeant vers la porte, elle salua le "gentleman" d'une petite révérence ironique :

- Et bien, puisque vous vous complaisez tout seul avec votre orgueil à méditer sur la stupidité des autres, je vous laisse à vos rélexions. Bonne soirée, dit-elle pour rester polie.

Sherlock Holmes demeura pantois. Venant d'une autre personne, la remarque ne l'aurait sûrement pas touché mais Molly avait fait ressurgir de sombres souvenirs. Il grommela pour les chasser. Elle était bien comme toutes les femmes, prompte à rugir à la moindre remarque sur sa personne. Comme tous les autres.

Sherlock ne comprenait pas pourquoi les gens s'enflammaient ou se ratatinaient à la moindre de ses déductions. Il ne faisait pourtant que dire la vérité que tout le monde se plaisait à faire taire.

Reprenant le chemin de ses pensées, il se cala une nouvelle fois dans le canapé. Mais il fut dérangé par l'image de Molly. Il avait pu observé, lorsqu'elle s'était retourné, sa fine silhouette et son cou délicat. Il n'arrivait pas à se défaire de cette vision.

Quoiqu'il en dise, lui aussi, il était bien comme tous les hommes...

A suivre !

Alors, alors, qu'en pensez-vous ?