CHAPITRE 3 : 12 Square Grimmaud
Arrivés au 12 square Grimmaud, Sirius et Rémus pénétrèrent directement dans la cuisine, sans prêter plus d'attention aux insultes habituelles de la mère Black, et jetèrent violemment Severus à terre, qui glissa le long du sol jusqu'à la table située au centre de la pièce.
Il tenta de se lever en s'appuyant sur les mains mais ses bras cédèrent sous son poids et il dut se résigner à rester au sol, se tenant son flanc blessé, la respiration saccadée, l'autre main l'aidant à se redresser légèrement. Il garda la tête baissée, le regard fixé au sol, s'efforçant de retenir les larmes de rage qu'il sentait monter. Mais aucune d'elle ne perla de ses yeux secs et durs. Il releva alors doucement le regard et aperçut que de nouveaux venus avaient fait irruption au seuil de la pièce, certainement attirées par les hurlements de cette vieille harpie.
Se tenaient ainsi devant lui, debout sur le pas de la porte et le fixant du regard, ébahis pour certains, méprisants ou haineux pour d'autres, un certain nombre des membres de l'Ordre : une partie de la famille Weasley (sauf Arthur, encore au Ministère malgré l'heure tardive), le célèbre trio de Griffondors Potter/Granger/Weasley, qu'il exécrait tant, Nymphadora Tonks, et bien sûr Lupin et Black. La plupart le dévisageait comme s'il s'agissait d'un revenant… « Il paraît vieilli, changé ! Toujours son teint aussi blême, encadré de ses cheveux noirs et graisseux, mais il a maigri, beaucoup maigri, fatigué aussi, avec ses cernes…on dirait qu'il est faible, voire blessé… » pensait pour eux-mêmes chacun des membres présents.
Severus scrutait lui aussi chaque visage, de son regard de jais profond et perçant, cherchant à déceler leurs intentions et leurs pensées. Ils avaient beaucoup changé en quelques mois : était-ce la peine ? la peur ? la fatigue ? le « stress » de leurs tâches pour l'Ordre ?
Molly Weasley paraissait dix ans plus âgées, les traits tirés et la mine bouffie ; Ginny quant à elle avait subitement mûrie, il voyait devant lui une jeune femme et non plus l'enfant qu'il avait eu en cours l'année dernière ; les jumeaux Weasley avaient l'air plus sérieux, plus mâtures qu'à l'ordinaire ; quant au fameux Griffondors, il s'agissait peut-être du seul élément ayant peu changé, toujours inséparables. Severus remarqua tout de même deux mains se frôler pour finalement se serrer l'une dans l'autre, c'était Ron et Hermione… Cette image, pour le moins insolite en ces circonstances, fit soulever brièvement un sourcil à Severus : « avec ces deux-là on aura vraiment tout vu ! » « Potter pour sa part, toujours aussi arrogant et imbu de sa personne » pensa-t-il, en voyant Harry le fusiller du regard, les yeux emplis de haine : s'ils avaient été une baguette, Severus serait certainement déjà mort, frappé de multiples Avada Kedavra.
- Vous avez fait vite pour arriver ! déclara Molly Weasley, rompant par la même le lourd silence qui s'était installé. Les autres sont prévenus ?
- Oui, répondit Rémus, nous les avons averti comme vous juste avant de quitter la Tête du Sanglier ! Il ne manque plus grand monde d'ailleurs : Alastor Maugrey, Sturgis Podmore et Dedalus Diggle ne pourront pas être là, étant partis en mission. Il ne manque plus que Kingsley Shacklebolt, Elphias Doge, Hestia Jones et McGonagall. Tonks, sais-tu si ta sœur sera des nôtres ce soir ? (1)
« Nayasta Tonks, la sœur de Nymphadora, serait donc revenue en Angleterre ? Il manquait plus que ça, j'aurai préféré la revoir dans d'autres circonstances… » pensa Snape.
- Je pense que oui, mais je ne sais pas quand elle arrivera, inutile de l'attendre ! répliqua Tonks !
Soudain un bruit de porte se fit entendre avec les hurlements de bienvenue habituels de Madame Black : trois personnes vinrent grossir les rangs du petit groupe.
- Ah ! Kingsley, Elphias, Hestia ! Parfait ! Quand on parle du loup ! s'écria Rémus
- Oui désolés du retard, on a été retenus, si vous voyez ce que je veux dire ! répondit l'un d'eux. On vous expliquera ça plus tard ! Alors où est-il ?
- Là par terre, comme un misérable rat qu'il est ! déclara Sirius, amer.
- On attend encore McGonagall ! Elle ne devrait pas tarder à arriver, elle avait juste quelques détails à régler à Poudlard ! On ne peut tout de même pas commencer sans elle ! intervint Tonks, qui avait peur que la situation ne dérape et ne devienne complètement incontrôlable.
« Ainsi donc Minerva aurait repris les rennes à la fois de Poudlard et de l'Ordre ? Audacieux, mais elle est capable de tout effectivement ! » en conclut Sévérus intérieurement. Pour le moment il avait jugé préférable de ne pas intervenir, idée de ne pas rappeler sa présence inopportune lors de ces touchantes retrouvailles, mais ce fut peine perdue…
- Alors Snape, qu'as-tu donc à nous raconter en attendant ? Quelles sont les nouvelles chez les mangemorts ? Vous avez bien fêté vos petites victoires ces derniers mois ? s'entendit-il demander par Remus.
Mais Severus ne répondit toujours pas : « A quoi bon ! De toute façon pour eux je ne suis qu'un mangemort de plus et un traître! Un lâche, selon Potter ! Quoique je dise ça ne servira à rien ! Pauvres imbéciles ! S'ils savaient ! »
- Vas-tu enfin te décider à parler ? Ou faut-il trouver des arguments plus convaincants pour t'aider ? Lança un Sirius menaçant, la baguette toujours pointée vers Severus et s'apprêtant à lui jeter un sort. N'en tenant plus d'attendre ainsi, il leva un peu plus sa baguette, cette fois bien décidé à agir : Endolo…
- Expelliarmus ! hurla une voix indignée derrière aux. Et la baguette de Sirius vola à l'autre bout de la pièce. Tous se retournèrent pour voir de qui il s'agissait.
- Sirius ! poursuivit la voix indifférente aux regards tournés vers elle. Comment osez-vous ? Un sortilège impardonnable qui plus est ? Je n'aurai jamais cru ça possible de votre part ! Seriez-vous tombé par la tête ?
- Professeur Mc Gonagall ! Enchanté de vous revoir après si longtemps ! Articula difficilement Severus, les dents serrés de rage … et de soulagement : « Je l'ai échappé de peu ! »
Le Professeur McGonagall venait juste d'entrer, et s'avançait vers eux, tout le monde s'écartant sur son passage pour la laisser se placer au centre de la pièce. Elle s'arrêta tout près de Severus, qu'elle toisa du regard de toute sa hauteur. Personne ne l'avait entendu, tant le ton et la tension étaient montés d'un cran !
- Je ne t'aurai pas cru capable de lancer un Impardonnable ! continua Severus à l'adresse de Sirius. Je suis presque impressionné ! Mais je crois que ce sera pour une autre fois !
Il se mit à observer Mc Gonagall d'un œil attentif. Elle aussi avait changé, toujours aussi austère sous ses airs sévères mais elle avait pris de l'assurance, elle respirait l'autorité, qu'il valait mieux apparemment ne pas contredire, sous peine d'encourir la fureur divine… Aussi étrange que cela lui paraissait, elle ne le regardait ni avec colère ni avec dédain, non… on aurait dit qu'elle s'interrogeait plutôt, une nuance de déception et de tristesse sur le visage…
- Snape vous n'êtes pas tellement en posture de nous faire part de vos sarcasmes! Quant à vous, tous autant que vous êtes, vous alliez laisser faire Sirius sans rien dire ? Je n'y crois pas ! Vraiment ! Pourtant vous avez tous lu la dernière lettre de Dumbledore : il nous a explicitement demandé de lui laisser le temps de tout nous expliquer ! Non ?
Severus qui avait reporté son regard sur le sol, releva la tête vers Mc Gonagall à ces derniers mots, incrédule, ne parvenant pas à croire ce qu'il venait d'entendre. « Dumbledore aurait laisser une lettre ? Pour le disculper, lui, Severus ? » Son visage, d'ordinaire si impassible, devait certainement laissé transparaître pour une fois ses émotions et exprimé son incrédulité et sa surprise car le Professeur Mc Gonagall rajouta à son adresse :
- Ne faîtes pas cette tête Severus, vous en deviendriez presque humain !
Il replaça aussitôt son masque habituel se parant de froideur et dépourvu de toutes émotions.
- Oui Dumbledore nous a laissé une lettre, continua-t-elle en le fixant intensément, pour expliquer que votre …« geste »… n'était pas une trahison de votre part et pour nous rappeler que vous aviez sa pleine et entière confiance ! Il nous a demandé de vous laisser le temps de vous expliquer, enfin plus précisément de nous expliquer ce qui c'était passé exactement !
- De m'expliquer ! Mais qu'avez-vous affaire de mes « explications » ! vociféra Severus fou de rage, tentant de nouveau de se relever mais renonçant sous la douleur qui venait de lui fulgurer dans tout le corps. Il se laissa alors retomber sur le sol, en gémissant faiblement. Ce qui n'échappa à personne. « De toute façon qu'est-ce qui pourrait expliquer mon « geste » ? pensa Severus, Que croient-ils donc ? Que je l'ai tué par plaisir, par vengeance ou sur les ordres du seigneur des ténèbres ? Mais oui, Severus, bien entendu c'est ce qu'ils croient ! Te faisais-tu encore des illusions ? A leurs yeux tu ne seras toujours qu'un mangemort et un traître, un assassin ! »
Un silence s'installa quelques secondes. Le Professeur Mc Gonagall repris calmement :
- Severus, je n'ai pas beaucoup de patience en ce moment alors ne me poussez pas à bout je vous en prie ! Calmez-vous tout de suite ou je vous laisse entre les mains de Sirius !
La douche froide qu'il venait de prendre ne radoucit en rien l'humeur de Severus mais il tenta de se calmer, de toute façon trop affaibli pour tenter quoi que ce soit d'autre. Personne d'autre n'avait osé prendre la parole depuis l'arrivée de l'ancien Professeur de métamorphose, maintenant devenue d'ailleurs directrice de Poudlard (2) et Dirigeante de l'Ordre du Phénix, ce qui lui allait par ailleurs comme un gant contre toute attente.
- Tenez voici cette lettre ! Puisque vous paraissez si dubitatif et sceptique, vous n'avez qu'à la lire vous-même !
Severus s'empara, d'une main tremblante, de la lettre que lui tendait McGonagall et la lut tant bien que mal, ses yeux ayant de plus en plus de mal à accommoder.
« Chère Professeur McGonagall ! Chers membres de l'Ordre !
Si vous lisez cette lettre, cela signifie que je suis mort. Je suis sincèrement désolé de vous laisser seuls, en cette période si sombre, continuer cette lourde tâche, mais ma mort s'avérera plutôt bénéfique pour l'Ordre et sa mission, croyez-moi !
Je pense aussi connaître les circonstances de cette mort et la personne qui a eu la lourde tâche de me tuer : ne lui en voulez pas ! Il m'a exécuté sur MON ordre ! Oui vous avez bien lu ! Je ne peux malheureusement pas vous donnez son nom car ce serait trop le compromettre, mais je suis sûr que vous comprenez parfaitement de qui je veux parler. Je ne peux pas non plus tout vous expliquer, pour les mêmes raisons, et ceci serait d'ailleurs beaucoup trop long.
Je ne vous demanderai cependant qu'une seule chose, et ceci sont mes dernières volontés : laissez-lui le temps de tout vous expliquer. Il détient de précieuses informations pour le reste de la quête et est une clé déterminante pour sa réalisation. Cet homme n'est pas le traître que vous croyez, il sert et servira toujours, j'en suis certain, l'Ordre fidèlement, et ce au péril de sa propre vie ! L'Ordre a besoin de lui ! Ne le condamnez pas sans l'avoir entendu. Je vous le répète : il a effectué cet acte, aussi cruel que cela puisse vous paraître, sur mon ordre, et a fait preuve ainsi d'un courage dont peu d'entre nous pourrait se vanter. Je lui fais entièrement confiance.
Je vous fais confiance et sais que vous respecterez les dernières volontés du vieux fou que j'étais.
Merci mes amis. Je serai toujours à vos côtés. N'oubliez pas : il y a bien pire que la mort, la mort en soi n'est qu'un nouveau départ !
Dumbledore.
PS : A cet homme et ami très cher, je le remercie de toute la dévotion et la confiance qu'il m'a accordée. Je lui souhaite de tout cœur de pouvoir vaincre ses démons et de connaître des jours meilleurs à la fin de cette guerre. »
Severus laissa la lettre glisser de sa main et tomber à terre. Il n'en croyait pas ses yeux. Pourquoi Dumbledore avait-il pris un si grand risque à écrire cette lettre qui aurait pu tomber en de mauvaises mains, et ce dans le simple but de le discréditer. « Au point où j'en suis, une accusation de plus ou de moins ne changerait pas grand-chose ! Vieux fou sentimentaliste ! » Il fut brutalement interrompu dans ses réflexions par une voix furieuse qui s'écria à la surprise générale :
- Alors, c'est tout ! Il va encore s'en sortir comme ça, sans rien de plus qu'une simple réprimande, voire une promotion, tant qu'à faire ! Rien de plus !
- Non Monsieur Potter, mais nous devons bien au Professeur Dumbledore de respecter ses dernières volontés, non ? lui répondit McGonagall. Une larme perla au coin de son œil au nom de l'ancien directeur défunt, mais bien vite elle se reprit. Bien je crois que tout le monde est d'accord, maintenant ! Alors ne perdons pas de temps ! Si personne n'a de remarques constructives à faire, ne m'interrompez plus ainsi et commençons !
Un ricanement se fit entendre, doucement d'abord, puis un peu plus fort, provenant du sol où gisait Severus. Un sourire défaitiste et désabusé s'étira sur ses lèvres, devenues de plus en plus pâles au cours de l'entretien. Tous les regards se tournèrent vers lui, accusateurs et qui l'auraient foudroyé sur place s'ils avaient pu lancer des éclairs.
- Peut-on savoir ce que vous trouvez si drôle, Severus ?
- Vous, …Professeur… souffla-t-il quasiment inaudible, baissant la tête encore un peu plus. Ne me… parlez pas des dernières volontés… d'Albus Dumbledore… alors que c'est moi …qui les ai accomplies ! Ces dernières paroles lui avaient demandé un effort considérable. Il pâlit encore plus, si c'eut été possible, et chancela légèrement sur sa main qui le maintenait, puis se reprit tant bien que mal.
- Comment ose-t-il ? s'exclama brutalement en cœur Harry, Rémus et Sirius.
- Severus ! Vous divaguez ! Mais …. vous semblez blessé ! reprit Mc Gonagall remarquant subitement son état de faiblesse et la plaie d'où s'écoulait un fin filet de sang, tachant les dalles de pierre de la cuisine. Elle se tourna d'un air accusateur vers Sirius et Rémus qui lui répondirent silencieusement par la négative d'un signe de tête. Elle reporta son regard vers Severus qui se mordait les lèvres, pour tenter de ne pas laisser échapper d'autres marques de faiblesse.
- Que vous est-il arrivé Severus ?
- Vous allez devoir poser les bonnes questions, cher Professeur ! Je ne pense pas avoir le temps de répondre à toutes, alors, si vous voulez comprendre mon « geste » … et les plans qu'Albus Dumbledore m'a confiés, ne tournez pas en rond….Je crains qu'il ne me reste que peu de temps !
- Laissez-nous voir votre blessure ! Nous pouvons certainement arranger ça !
- Laissez donc, ne perdez pas votre temps ! répondit froidement Severus que la colère redonnait momentanément quelques forces. Que croyez-vous donc ? Que je n'ai pas déjà essayé ? Non cette plaie ne guérira pas ainsi…
- N'y a-t-il rien à faire ? Il doit bien y avoir un moyen, tout au moins pour vous donner un peu plus de temps afin de répondre à nos questions ? répondit-elle aussi froidement que lui. L'Ordre doit connaître ces informations, elles sont peut-être primordiales.
Severus réussit à lever les yeux vers elle, des yeux qui avaient perdu leur froideur une fraction de seconde, il semblait réfléchir un instant, qui parut à toute l'assemblée une éternité.
- Oui je crois que vous avez raison, vous avez le droit de savoir. Répondit-il finalement dans un souffle, résigné, las, la tête basse.
- Severus… Ce n'est pas une simple blessure qui pourrait vous arrêter… vous avez l'habitude et vous êtes plus doué et plus résistant que ça tout de même….
Puis tout à coup elle s'arrêta, elle venait de réaliser ce que ses paroles impliquaient. Elle repris, plus lentement :
- A moins que…que ce ne soit pas une simple blessure mais qu'elle soit… Elle ne finit pas sa phrase de peur d'entendre la réponse.
Severus ne lui laissa pas le temps de continuer d'ailleurs.
- Peut-être le bezoard… ajouta-til, hochant la tête faiblement de haut en bas en signe d'affirmation, comme pour confirmer les doutes que McGonagall n'osait émettre tout haut. Sa fierté en prenait un sacré coup. « Moi qui ne voulais jamais montré mes faiblesses… Décidément, pris à ton propre jeu, Sev ! » se dit-il pour lui-même.
Elle le regarda interloquée, ne comprenant pas où il voulait en venir. Mais il n'en dit pas plus. Elle vit alors Remus sortir un objet de sa poche, et le lui tendre : un bezoard... Elle ne semblait pas réagir. Hermione, qui jusque là était restée muette, à la fois d'appréhension et d'étonnement, s'écria, presque apeurée par ce qu'elle venait de comprendre :
- Oui ! le Bezoard ! Un antidote très efficace pour la plupart des poisons, ou qui permet tout du moins de ralentir les effets de celui-ci…
Tous se tournèrent vers elle puis vers Severus : « Serait-il empoisonné ? Cette blessure ? Ce serait donc ça ? » les entendait-on tous pensé.
Mc Gonagall finit par arracher le Bezoard des mains de Rémus pour le tendre à Severus, mais trop tard, Severus venait de perdre connaissance au même moment.
Oui j'ai créée une sœur pour Tonks, ça m'amusait, vous verrez plus tard ce que j'en ferai…
Oui là encore : Poudlard a tout de même ouvert, même si le nombre d 'élèves inscrits a considérablement diminué.
