CHAPITRE 4 : Le Procès

Des voix lointaines, presque des murmures…

Un goût amer, et salé dans la bouche, une sensation d'irritation au fond de la gorge qui lui arrache une légère toux rauque…

Les voix se rapprochent…

Une claque sur la joue gauche, cinglante, brûlante presque. Puis une deuxième et une troisième dans un même va-et-vient semble-t-il.

Les joues en feu… Un tiraillement au niveau de sa lèvre inférieure droite, lorsqu'il essaie de les remuer, légèrement fendue apparemment… un peu de sang séché à la commissure, vu le goût acre et ferreux…

Une douleur lancinante dans tout le corps…

Il tente de bouger, mais impossible : des liens lui entravent les jambes et les bras. « Apparemment je suis assis et attaché. » Sa tête ballotte doucement de gauche à droite, d'abord baissée, puis il tente de la relever doucement jusqu'à la reposer contre l'appui tête du siège, une douleur fulgurante lui faisant alors froncer les sourcils, les yeux toujours clos. « Des mouvements lents, faisons des mouvements lents… Quelle migraine ! Quelqu'un peut-il arrêter ces coups de marteau de Troll dans ma tête !! » Il reste ainsi quelques secondes, le souffle un peu court…

Une voix se fait plus distincte, « j'ai l'impression de la connaître, désagréable impression d'ailleurs » : une voix grave et rauque, presque menaçante :

- Vas-tu enfin te réveiller, belle au bois dormant ! Quoi que « belle » est un bien grand mot pour un rapace tel que toi !

- Sirius calmez-vous ! Je vous en prie, vous me fatiguez à la fin avec vos remarques mesquines !

Une voix féminine cette fois, plutôt âgée, sévère et autoritaire…

Ses yeux tentent de s'ouvrir mais se referment aussitôt, aveuglés par cette lumière blanche éblouissante. Deuxième tentative, plus timide, cette fois les yeux mi clos seulement, le temps qu'ils s'adaptent à la lumière ambiante, en gardant toujours la tête appuyée contre le siège, légèrement en arrière. Des images floues d'abord : apparemment plusieurs personnes l'entourent, assis ou debout, autour de ce qui semble être une table, mais leurs silhouettes sont trop indistinctes encore pour qu'il les reconnaisse. Peu à peu elles deviennent plus précises… Une dizaine de personnes : « les membres de l'Ordre ! »

« Mais qu'est-ce que je fais là ? Où est-on d'ailleurs ? » Puis soudain tout lui revint : les quatre derniers jours, la Tête du sanglier, cette fâcheuse rencontre avec Black et Lupin, et son arrivée, plus que mouvementée au 12 square Grimmaud. « J'ai dû m'évanouir, je ne me souviens pas avoir été installé ainsi et attaché. »

« Et ce goût amer et salé ! Bien entendu ! Le bézoard ! Ils ont dû me le faire avaler, ce qui explique cette sensation de mieux être, la douleur est toujours là mais moins prenante, je me sens aussi quelque peu moins fiévreux… »

- Snape ! Tu réponds quand on te parle !

« Ah ce Black, si je pouvais la lui fermer ! Rien que de l'entendre, mon mal de tête revient au galop ! Comment ce chien galleux ose-t-il me donner des ordres ! Pour qui se prend-il ! » pensa Severus en entendant cette voix tant haïe.

- Severus ? Nous entendez-vous ? Severus ? Répondez-nous s'il vous plaît !

« Ah cette chère Minerva, qu'est-ce qu'elle peut être sensible et attentionnée parfois, derrière sa façade austère et autoritaire ! Inutile de me couver du regard, ça ne servira à rien, Minerva ! Je ne suis plus un de vos élèves ! » continua-t-il pour lui-même.

- Oui, je vous entends, Minerva ! Je vous entends même très bien à présent ! daigna-t-il répondre, d'une voix nonchalante en un murmure, interrompant là ses réflexions. Inutile de me hurler dans les oreilles ! Je ne suis pas encore sourd, à ce que je sache ! Bien que si vous continuez comme ça, cela ne devrait pas tarder !

- Bon ! Et bien, je constate que vous avez recouvré suffisamment de force pour vos sarcasmes, nous pouvons donc commencer sans plus attendre notre petit entretien ! Figurez-vous, Severus, que nous avons quelques questions à vous poser et j'espère obtenir de vous une pleine et entière collaboration !

Après un échange de regards déterminés entre eux deux, Severus répondit finalement d'une voix suave et doucereuse :

- Vous l'avez ! Je répondrai à toutes vos questions ! Enfin, à celles auxquelles j'ai des réponses, bien sûr…

- Bien ! Nous déciderons par la suite de ce qu'il adviendra de vous ! Rien n'est encore décidé !

- Sur ce fait, je ne me fais aucune illusion, Professeur McGonagall. Mais cela ne m'empêchera pas de vous donnez toutes les …. « explications » nécessaires à l'Ordre ! Ne vous inquiétez pas !

McGonagall fit alors signe aux membres présents de s'installer, et ceux restés debout, prirent des chaises pour s'asseoir avec les autres autour de la table : Severus se trouvait lui-même sur un siège, attaché par des liens magiques, à l'une des extrémités de la table, tous les regards tournés vers lui, comme autour d'une proie fraîchement capturée et prête à être consommée…

Voyant que personne n'osait lancer le procès et ouvrir les hostilités, Severus, après quelques secondes d'hésitation, prit la parole :

- Par quoi voulez-vous commencer ? Que désirez-vous savoir avant tout ?

- Commencez peut-être par le début ! répondit McGonagall

Severus marqua son incompréhension en arquant légèrement un sourcil, McGonagall poursuivit :

- C'est-à-dire… ce fameux soir sur la tour d'astronomie…enfin vous voyez ce dont je veux parler…

- Vous voulez parler du meurtre d'Albus Dumbledore ? ajouta Severus, en insistant bien sur les derniers mots, non sans une pointe d'ironie dans la voix. Appelons donc les choses par leur vrai nom, inutile de tourner autour du pot !

A ces derniers mots, tous les membres se raidirent d'indignation sur leurs chaises, s'échangeant des regards d'exaspération, un murmure de mécontentement parcourant la salle. « Comment ose-t-il prendre cela avec autant de dérision ! Il n'est pas en position de railler et d'ironiser ! »

- Oui ! Merci Severus ! Je vous serai grés de cesser avec vos sarcasmes. Nous vous écoutons ! reprit McGonagall. Tous les murmures cessèrent aussitôt, l'attention de l'assemblée revenant sur Severus.

Severus émis un petit raclement de gorge avant de commencer son récit. Il relata les faits tels qu'ils s'étaient déroulés ce soir-là, en les énonçant de façon purement objective (chose assez rare pour le préciser de la part de cet homme…), depuis le moment où le Professeur Flitwick était venu le chercher dans son bureau jusqu'à sa fuite dans le parc de Poudlard et son transplannage.

Ce récit correspondait assez bien à ce qu'avait relaté Harry peu après ces événements tragiques, au grand étonnement de ce dernier qui s'était attendu à ce que Snape déforme les faits et les enjolive. Mais, non ! Rien de tout cela ! Il avait tout avoué, sans rien omettre, ou presque…. Il avait effectivement tout relaté, jusqu'à son altercation avec Harry dans le parc, sans toutefois parler du Prince de sang mêlé… Etrange, pourquoi Snape ne voulait-il pas qu'on l'associe au Prince ? Qu'avait-il donc à cacher de pire que le meurtre de Dumbledore et qui puisse être rattaché au Prince ? Harry décida de garder cela pour lui en attendant. De toute façon quelle preuve de ce qu'il avançait avait-il à fournir ? Aucune, mieux valait ne rien dire pour le moment et continuer à écouter.

Malgré tout, son auditoire avait l'air sceptique et ne semblait pas croire ce qu'il avait raconté, notamment l'épisode avec le Professeur Flitwick. Tous le suspectaient de l'avoir agressé, ne pouvant admettre que le Professeur Flitwick s'était tout simplement évanoui.

- Le moyen le plus simple, puisque vous ne semblez pas croire à mon récit, serait peut-être de vous montrer directement mes souvenirs ! Cela économisera ma salive et vous convaincra peut-être que je ne vous mens pas impunément ! répliqua Severus d'un ton acerbe et amer, après avoir entendu leurs doutes. « Même en leur racontant tout sans détour et sans commentaires assaisonnés, ils ne croient pas un traître mot de ce que je dis ! Vraiment des idiots, incapables de discerner quand on leur ment ou quand on leur dit la vérité ! Vraiment pitoyables ! »

- C'est une idée, effectivement ! Mais comment comptez-vous vous y prendre ? Nous n'avons pas de pensine à disposition, et même si tel était le cas, nous n'allons tout de même pas nous passer à tour de rôle la pensine, cela prendrait une éternité !

- Bonne remarque, Professeur McGonagall ! Mais j'y avais pensé, bien sûr ! Il me faudrait un miroir, assez grand pour que vous puissiez tous regarder ensemble… voyons, à peu près de la taille de cette table…

Tous le regardèrent interloqués.

- Qu'as-tu besoin d'un miroir Snivellus ! Ton reflet ne nous intéresse guère et tu risques même d'effrayer le miroir lui-même ! ricana Sirius

- Merci beaucoup de cette réflexion si… instructive, Black ! Sombre crétin ! Je vais m'en servir pour y faire refléter mes souvenirs, que vous pourrez ainsi suivre comme si vous y étiez ! Bien que je conçoive sans peine qu'un cabot galleux de ton espèce ne puisse rien comprendre à une magie si raffinée !

Sirius se leva brusquement, prêt à sauter à la gorge de Severus, mais fut retenu par ses voisins qui le forcèrent à se rasseoir non sans mal. Severus pour sa part était pâle de rage et crispait les poings à tel point que l'on pouvait voir blanchir les jointures de ses phalanges.

- Messieurs ! s'écria le professeur de métamorphose. Calmez-vous sur le champ où je vous livre tous les deux au Ministère ! Severus, non pas que je ne vous en crois pas capable, mais comment cela est-il possible ? Je n'ai jamais eu vent d'un tel acte de magie. Je serai curieuse de savoir comment vous vous y prenez !

- Et bien Professeur McGonagall, outre le fait que je suis un expert en légilimencie et en occlumencie, je suis aussi un aggelomens ! Un sourire hautain, et presque carnassier s'étira sur les fines lèvres de Severus, fier de l'effet qu'il produisait parmi les personnes présentes. Je peux ainsi communiquer ou… transmettre mes souvenirs par la pensée. Cependant transmettre ses souvenirs à un si grand nombre d'interlocuteurs à la fois, directement par la pensée, serait, Mmh…, comment dire… difficile, bien que pas impossible, et fatiguant.

- Et que vient faire un miroir dans cette histoire ?

- J'y viens justement, Lupin ! Si vous cessiez de m'interrompre à tout bout de champ, vous auriez déjà l'explication ! Nous avons découvert avec le Professeur Dumbledore un procédé qui me permet de diffuser ces pensées par l'intermédiaire d'un miroir ou tout autre objet réfléchissant… un procédé assez proche de celui du miroir du Riséd, d'ailleurs !

« Je suis peut-être acculé et piégé, à leur merci, mais je ne suis pas pour autant totalement inoffensif, même sans baguette ! Et oui ! Méfiez-vous encore de Severus Snape ! Tout n'est pas fini ! » siffla-t'il intérieurement.

- Un aggelomens… répéta McGonagall songeuse. J'en avais effectivement entendu parlé, mais c'est un don assez rare ! En fait si mes souvenirs sont corrects, le monde sorcier n'en avait pas connu depuis plusieurs décennies…

- Effectivement ! Je ne connais personne d'autre actuellement possédant ses facultés ! Et c'est pour cette même raison que personne d'autre, à part Albus, n'était au courant ! Une telle révélation aurait été beaucoup trop … dangereuse pour moi en cette période si… troublée, une telle capacité serait beaucoup trop convoitée, si vous voyez ce que je veux dire…. Je ne l'utilise d'ailleurs que rarement.

- Désolée de paraître inculte mais qu'est-ce qu'un aggelomens ! demanda soudain Nymphadora Tonks, interrompant ainsi la conversation.

Severus remarqua alors une jeune femme, à peine plus âgée que Nymphadora et lui ressemblant étrangement, à ses côtés. « Nayasta ! C'est bien elle ! Toujours ses airs hautains et méprisants ! Elle n'a pas vraiment changé malgré tout ce temps ! Et cette hargne dans son regard ! Si elle continue à me fixer ainsi je sens que je vais l'étrangler !» mais Severus fut à nouveau interrompu dans ses pensées.

- Un aggelomens est une personne capable de transmettre ses pensées à une autre personne quels que soient les dons de cette dernière… de lui parler en quelque sorte sans émettre de son, directement par la pensée, si vous voulez…expliqua Rémus

- On peut résumer ça comme ça ! Cela est assez rapprochant ! Conclut Severus, affichant un air de triomphe non dissimulé face cet auditoire interloqué. « Tiens le loup-garou n'est pas si ignorant que ça après tout ! Je dois avouer qu'il marque un point ! » ajouta-t-il pour lui-même, se gardant bien d'émettre ce commentaire tout haut.

- Je ne vois pas vraiment la différence entre legilimencie et aggelomencie ! s'exclama Harry

- Non moi non plus ! Renchérit Ron, tous deux ayant eu quelque peu du mal à comprendre la dernière partie de cette conversation.

- Cela ne m'étonne guère de vous deux ! Peut-être que Miss je-sais-tout se ferait une joie de vous expliquer ces subtilités ! Enfin… Puisqu'il faut toujours tout vous répéter pour que quelquechose parvienne à rentrer dans vos têtes écervelées, je vais simplifier les choses : en gros, un legilimens peut s'introduire dans l'esprit d'une personne pour en extraire les pensées ou les souvenirs, un occlumens, ayant quant à lui la capacité de fermer son esprit à cette intrusion. Un aggelomens, lui, peut …comment dire… communiquer à distance sans prononcer une seule parole. Il ne s'agit pas seulement de souvenirs mais de paroles transmises par la pensée… Comprenez-vous enfin la différence ou faut-il vous faire un dessin ! rétorqua Severus d'une voix doucereuse, et dangereusement suave. Si ça ne vous ennuie pas, pourrait-on en revenir à notre sujet initial ? Apportez donc un miroir ou quelquechose d'approchant et posez le donc sur cette table ! Nous pourrions alors avancer de façon constructive !

McGonagall fit un signe de tête affirmatif en direction de Sirius et Rémus qui partirent, en maugréant contre Severus, et qui revinrent avec un miroir faisant quasiment la taille d'un homme. Ils le posèrent sur la table et reprirent leur place respective, attendant la suite des événements, avec une certaine inquiétude et une certaine curiosité aussi.

- Mais comment savoir s'il ne va pas là encore trafiquer ses souvenirs ou en fabriquer de faux ! demanda Nayasta, qui jusque là n'avait prononcé aucune parole.

- Je constate que vous n'avez que peu d'expérience dans ce domaine, ce qui est assez déplorable pour une sorcière digne de ce nom ! Un souvenir trafiqué ou fabriqué de toute pièce est facilement identifiable, comme pourront vous le confirmer ceux d'entre vous qui ont eu le privilège d'en voir dans une pensine…

- Oui effectivement Nayasta ! Severus dit vrai : il est impossible de fausser un souvenir sans laisser de trace, même si cela est fait de façon subtile et minutieuse ! Je pense que nous pouvons nous fier à cette méthode. Allons-y ! s'exclama McGonagall, sur un ton qui ne permettait aucune réplique.

- Pour me faciliter la tâche il me faudrait pouvoir toucher le miroir ! Si ce n'est pas trop demander, bien sûr !

Voyant que personne ne réagissait, Severus ajouta, une once d'agacement dans la voix :

- Que craignez-vous donc à plus de dix contre un ! Qui plus est, je suis attaché et désarmé ! Ce n'est pas en me libérant une main que vous prendrez plus de risques !

D'un autre signe de McGonagall, ce fut Kingsley cette fois qui se chargea de défaire les liens retenant la main droite de Severus, d'un gracieux coup de baguette. Ce dernier posa alors la main sur le miroir, d'un geste majestueux et théâtral, se délectant de ce moment de puissance, toute relative quelle soit. Il jubilait intérieurement. Puis il se concentra en fermant les yeux : des ombres se dessinèrent peu à peu dans le miroir, d'abord floues puis de plus en plus distinctes. Tous purent alors assister et voir de leurs propres yeux dans les moindres détails les souvenirs de Rogue de ce soir fatidique et du meurtre de Dumbledore.

- Je vois… Effectivement ce que vous avez relaté précédemment correspond bien à votre souvenir, vous ne nous mentiez pas… mais…. vous ne nous apprenez rien de nouveau, Severus, ajouta McGonagall d'une voix très calme. Tout cela nous a déjà été raconté par quelqu'un qui a été témoin de la scène depuis le début. Rien de ce que vous venez de nous montrer nous apporte quoi que ce soit, et au contraire cela nous montre que vous êtes bien coupable du … enfin du… du meurtre du Professeur Dumbledore.

A l'évocation de ce fameux témoin, Severus lança un regard plein de sous-entendu vers Harry. « J'en étais sûr ! Il était donc bien présent en haut de la tour… les deux balais, le regard de Dumbledore… oui il était là et a tout vu, j'en suis sûr ! Ca explique tout ! Toujours et encore Potter ! »

- Je ne nie pas avoir tué le Professeur Dumbledore, Professeur McGonagall, répondit tout haut Severus, toujours fixant Harry. Il observa quelques secondes de silence, puis baissant légèrement la tête et reportant son regard sur le miroir, les yeux étrangement vides et lointains tout à coup, il reprit :

- Non malheureusement, je ne le nie pas. C'est bien moi qui ai lancé l'Avada Kedavra, c'est bien moi qui l'ai exécuté, et je n'étais pas sous l'emprise d'un quelconque sortilège. Non j'étais bien en pleine possession de mes moyens, et ai agi de mon propre gré !

Un murmure indigné et consterné se fit entendre, mais Severus n'y prêta pas attention et continua.

- Je ne nie pas les faits, Professeur McGonagall. Cette fois il la fixa intensément de son regard noir le plus pénétrant. Mais je nie les intentions que vous m'avez attribué sans fondement, sans rien chercher à comprendre, en adoptant la solution de facilité, la moins dérangeante pour tous : à savoir que je ne suis qu'un misérable traître, un assassin, …un « lâche » ! En prononçant ces derniers mots il s'était tourné ostensiblement vers Harry, et le fixait d'un regard plein de mépris et de haine, que Harry lui rendit bien d'ailleurs. En fait vous ne supportez pas cet acte, car il ne vous rappelle que trop bien vos propres faiblesses : personne ici présent n'aurait été capable de le faire, même si la survie de l'Ordre ou de bien d'autres personnes était en jeu… En fait ce sont vous les « lâches » ! Severus avait prononcé ces derniers mots quasiment en rugissant et tout son corps tremblait de rage, perdant son contrôle habituel.

De nouveau le silence se fit, un silence atterré.

- Il est vrai que vous ne nous avez rien dit des véritables raisons qui pourraient justifier ce geste. Vous vous êtes pour l'instant contenté de nous relater les faits, rien que les faits, sans nous donner la moindre explication quant à vos intentions véritables.

- Mes intentions véritables ? Le Professeur Dumbledore vous les a déjà données dans sa lettre, ce me semble ! Il me l'a demandé. Oui il m'a demandé de le … de le tuer. Il ne m'en a pas vraiment donné l'ordre, comme il le prétend. Non ! Jamais il ne se serait permis d'obliger quelqu'un à commettre un tel acte. Non ! Mais il me l'a demandé, imploré même, pour l'Ordre, au nom de notre…amitié. J'ai d'abord refusé, mais vous connaissez bien ce cher Albus, il est impossible de lui refuser quoi que ce soit bien longtemps. Il a souvent des … arguments redoutables et imparables ! La voix de Severus était devenue de plus en plus sourde, de moins en moins ironique.

- Comment peux-tu parler d'amitié, toi qui ne connais pas les sentiments humains, toi qui as fermé ton cœur à toute émotion, un cœur que rien ne peut atteindre ! s'écria Sirius, ne pouvant réprimer sa colère plus longtemps.

- Qu'importe ce que tu peux en penser Black ! Le Professeur Dumbledore et moi avions une relation de profond respect et d'estime, et ce de façon réciproque ! Ne vous en déplaise Monsieur Black ! répliqua Severus d'une voix dure, froide, vibrante de fureur.

- Assez ! Là n'est pas la question ! Intervint McGonagall. Avez-vous des preuves matérielles de ce que vous avancez ? Non, bien sûr. Question stupide ! J'aimerai dans ce cas que vous nous racontiez l'entretien au cours duquel il vous a fait cette requête, et que vous nous le racontiez dans les moindres détails si possible, Severus ! Cela nous aidera à comprendre ce que le Professeur Dumbledore vous a demandé exactement et pourquoi !

- Bien ! Mais au lieu de vous le racontez, je vais vous le montrer plutôt, ce sera plus simple ! En fait le plus simple serait que je vous montre les événements clés de cette dernière année qui vous permettront de mieux appréhender la situation. Je vous demanderai juste de ne pas m'interrompre et de ne poser vos questions qu'une fois tout terminé. Pour tout dire, je pense que cette « affaire » a débuté avant ma dernière rentrée à Poudlard, au tout début de l'été de l'année dernière, en début juillet exactement. C'est à cette période que j'ai reçu à mon domicile une visite, disons… pour le moins inattendue, qui a probablement tout fait basculer. Voici ce qui s'est passé.

N'attendant même pas de réponse ni d'approbation, il reposa à nouveau sa main sur le miroir et fermant les yeux, projeta ces souvenirs, si lointains lui semblait-il, sur la surface argenté du miroir. Il leur montra alors la visite de Bellatrix Lestrange et Narcissa Malefoy lui demandant d'aider son fils Drago, ainsi que le rituel du Serment Inviolable entre Narcissa et Severus les liant jusqu'à accomplissement de la promesse de ce dernier… ou jusqu'à sa mort.

Un silence de plomb s'abattit dans la salle, une fois le souvenir estompé. Cette révélation était de taille, mais pour beaucoup ce n'était qu'une preuve supplémentaire de la trahison de Snape. En particulier, les aveux qu'il avait fait à Bellatrix ne plaidaient pas en sa faveur, et encore moins le fait d'avoir si facilement accepter le Serment Inviolable avec Narcissa, alors qu'il prétendait connaître parfaitement la mission de Drago et donc sachant à quoi il s'engageait… Enfin c'est ce qu'ils croyaient ! C'est ce qu'ils avaient conclu de ce souvenir… Mais cela correspondait-il à la vérité ?

McGonagall était ainsi perdu dans ses pensées, se demandant pourquoi Severus leur avait montré ce souvenir, qui l'accablait plutôt qu'il le disculpait. Où voulait-il en venir ? Ce devait certainement être beaucoup plus compliqué qu'il n'y paraissait… Severus avait-il joué encore une fois parfaitement son rôle d'espion ou avait-il montré son vrai moi et ses véritables allégeances lors de cette rencontre ? Ce qu'il avait dit à Bellatrix était-il ce qu'il pensait vraiment ou n'était-ce que pour la convaincre et la duper encore et toujours ? Et pourquoi avait-il prêter ce serment, s'il connaissait la mission de Drago ?... Et si… Et si en fait Severus ne connaissait pas encore la mission de Drago à cet instant et avait accepter de prêter le Serment dans l'espoir d'en apprendre un peu plus, en bon espion qu'il était?

Les hauts cris des autres membres la tirèrent de ses réflexions et la fit revenir à la réalité. Un bon nombre des membres s'étaient levés et commençaient à insulter Severus, lui retournant tous les arguments qu'il avait si bien donné à Bellatrix, le traitant de tous les noms, qu'elle n'aurait pu répéter vu la grossièreté. Severus quant à lui ne répondait pas, les regardait d'un air impénétrable, comme si les insultes lui glissaient dessus sans l'atteindre, apparemment impassible, affichant presque un sourire indéfinissable sur ses lèvres pâles. Il paraissait calme, trop calme en fait se dit-elle pour elle-même.

« Incapables de se contrôler et de réfléchir deux secondes ! Voilà bien des Griffondors sans cervelles ! Se jeter tête baissée et foncer sans essayer de voir au-delà des apparences ! Et après ça ils parleront de vouloir sauver le monde ! J'ai bien peur que le monde soit perdu s'il faut compter sur ces imbéciles, même des Trolls montreraient plus d'intelligence ! Ce qui n'est pas peu dire ! » bouillonnait Severus dans son fort intérieur, mais ne laissant rien transparaître.

- Calmez-vous ! Essayez donc de réfléchir deux secondes au lieu de hurler tous en même temps des propos qui n'ont ni queue ni tête ! La situation n'est peut-être pas aussi simple qu'il n'y paraît. Je commence à avoir une petite idée de la signification de tout ceci. Mais laissons donc continuer Severus je vous en prie ! J'aimerai connaître la suite si ça ne vous dérange pas trop ! Et je vous rappelle que l'on n'a quand même pas toute la nuit !

Severus était comme abasourdi par ce qu'il venait d'entendre de la part de McGonagall. « Pas mal pour une Griffondor, elle se défend bien ! A se demander si elle est bien Griffondor d'ailleurs ! S'il ne savait pas qu'elle avait été la directrice de la maison Griffondor, il en aurait peut-être douté ! Enfin une qui utilise un temps soit peu son cerveau ! Prometteur ! Ton cas n'est peut-être pas si désespéré mon petit Sev ! »

- Merci Minerva ! Finit-il par lui répondre. Je vous avais pourtant demander de me laisser finir et de ne poser vos question qu'à la fin ! Mais comme toujours les Griffondors n'en font qu'à leur tête. Si vous m'aviez laissé continuer, vous auriez vu mon entretien avec le Professeur Dumbledore quelques heures après cette fameuse visite et vous auriez peut-être mieux compris mes propos !

- Allez-y Severus, continuez s'il vous plaît ! Le ton de McGonagall s'était étrangement radouci, presque de nouveau amical à son égard comme lorsqu'ils étaient collègues. « Je crois qu'elle commence à comprendre. C'est bon signe pour toi Severus ! »

La surface du miroir se mit de nouveau à trembloter. Apparut alors dans le reflet une silhouette grande, fine, un homme vraisemblablement, recouvert entièrement d'une longue cape noire, la capuche rabattue sur sa tête, se tenant devant la porte du bureau du directeur de Poudlard.

-Entrez, fit une voix derrière la porte.

L'homme ouvrit la porte et pénétra alors dans le bureau, rempli de nombreux instruments argentés, tous plus farfelus les uns que les autres. Une fois la porte fermée, l'homme rejeta sa capuche vers l'arrière, révélant ainsi son visage à Albus Dumbledore.

- Severus, je ne vous attendais pas si tôt… ou plutôt si tard vu comment brille ce si bel astre qu'est la lune !

- Désolé Monsieur si je vous dérange à une heure si tardive, mais je ne suis pas venu vous parler d'astronomie. répondit un Severus passablement fatigué et préoccupé même si ses traits restaient impassibles et sans expression. J'ai quelquechose d'urgent à vous communiquer !

- Oui je m'en doutais. Vous avez l'air préoccupé ! Oh oui je le vois bien, vos masques dénués de toute émotion ne marchent plus avec moi ! s'empressa-t-il d'ajouter devant le regard quelque peu courroucé et étonné de Severus. Est-ce si grave ?

Severus s'assit sur un des fauteuils faisant face au bureau de Dumbledore sur un signe de la main de celui-ci, et ce dernier prit place derrière son bureau.

- J'en ai peur, et je pense même avoir, … Mmh…compliqué la situation, si ce fut possible !

- Je vous écoute. Voulez-vous du thé ?

Severus lui répondit non d'un signe de la main, accompagné d'un regard courroucé devant les détestables manies de Dumbledore à perdre ainsi du temps en de banales civilités. Il lui détailla alors la visite qu'il avait reçue dans la soirée et toute l'entrevue qui avait suivi, énonçant les arguments qu'il avait donné à Bellatrix pour la convaincre de sa fidélité au Seigneur des Ténèbres, ainsi que le Serment Inviolable.

- Je pense avoir été un peu trop loin ! Mais je n'avais pas le choix, je devais essayer de savoir la nature exacte de la mission que le Seigneur des Ténèbres a confiée à Drago, et je devais aussi convaincre Bellatrix ! Si je n'avais pas accepté ce Serment, elle aurait su et aurait pu me démasquer. J'espérai tout du moins découvrir de quoi il en retourne précisément grâce à ce Serment, mais Narcissa a été assez subtile pour ne rien me révéler. Ah ces Black, rusés quand ils le veulent !

- La situation risque de devenir critique maintenant ! Quels sont vos plans dès lors ?

- Je vais devoir découvrir quelle est cette fameuse mission, et le plus tôt sera le mieux ! Je pense malheureusement qu'il s'agisse d'attenter à la vie d'un des membres de l'Ordre, ou de le livrer au Seigneur des Ténèbres. Peut-être s'agit-il d'ailleurs du jeune Potter ! Ensuite… et bien ensuite j'essaierai d'empêcher Drago d'accomplir cette mission… et alors… alors… enfin… vous voyez ce que je veux dire…Une fois le Serment Inviolable rompu, je crains qu'il ne faille vous passer de moi ! conclut Severus d'une voix calme, à peine tremblante.

- Je suis d'accord sur un point : je pense effectivement que vous devez tout d'abord découvrir ce dont il s'agit. Mais pour le reste, nous aviserons ensuite ! Je crains cependant que vous n'ayez pas le choix Severus, vous allez devoir réaliser ce Serment !

- Comment ? Êtes-vous devenu fou ? Surpris par les dernières paroles de Dumbledore, Severus s'était levé d'un bond, les poings crispés à présent et la voix rauque. Vous me demandez de réaliser ce Serment, quitte à devoir tuer Potter ! Quand bien même mes sentiments envers ce jeune effronté ne soient pas les plus tendres, je ne souhaite tout de même pas sa mort, loin de là. Je ne me suis pas efforcé toutes ces années à le protéger, bien malgré lu, d'ailleurs, vu sa fâcheuse tendance à se mettre dans des situations inextricables tout seul, pour ensuite l'exécuter ou pire le livrer au Seigneur des Ténèbres !

- Calmez-vous Severus ! Jamais je ne vous demanderai une telle chose ! Non je pense que cette fois-ci ce n'est pas le jeune Potter qui est visé ! J'en suis quasiment sûr. Tâchez donc de découvrir ce dont il s'agit et nous verrons ensuite !

Dumbledore s'était rapproché de Severus pour se placer face à lui et le fixait d'un regard bleu acier intense et pénétrant par-dessus ses demi-lunes, tentant d'accrocher le regard de Severus, quant à lui plongé dans ses tortueuses pensées, les yeux dans le vague. Il releva alors la tête et croisa le regard de Dumbledore, ce bref échange silencieux entre les deux hommes était lourd de signification, tous les deux réalisant à l'instant que la guerre allait prendre un tournant décisif… et douloureux. Les décisions qu'ils allaient devoir prendre se révéleraient cruciales pour la suite des événements et détermineraient probablement l'issue de cette guerre. Severus n'était pas sûr de vouloir être là pour voir cette issue… Il avait un mauvais pressentiment.

- Je suis désolé, finit-il par articuler difficilement. J'ai peur d'avoir une fois de plus pris une mauvaise décision, qui risque de nous coûter cher ! Très chère !

- Non Severus ! Ne dîtes pas cela ! Je pense au contraire que cette « décision », comme vous l'appellez, peut tourner à notre avantage. Elle vous permettra de conserver votre position en tant qu'espion. Votre rôle est primordial dans ce conflit, sans vous et sans espion, nous perdons un atout majeur, et je doute que nous puissions même gagner cette guerre ! En outre vous pourrez peut-être éviter à Drago de commettre l'irréparable ! Allons Severus vous n'allez pas perdre courage maintenant que tout se joue ! Dumbledore avait dit cela sur un ton presque paternel.

Ce vieux fou avait toujours le don de convaincre les personnes les plus sceptiques !

Le vieil homme s'était tourné vers la fenêtre, et semblait perdu dans ses réflexions et dans la contemplation du parc de Poudlard, les bras croisés sur sa poitrine. Soudain il reprit :

- Severus promettez-moi une chose !

- Quoi donc ?

- Que, quoi qu'il vous en coûte, vous accomplirez ce Serment !

- Non je ne peux vous promettre cela ! Pas sans savoir ! Non !

- Severus promettez-le moi ! Vous êtes trop précieux à l'Ordre pour que l'on se permette de vous perdre ! répondit Dumbledore d'un ton sec.

- Non ! Je ne peux pas ! S'exclama rageusement Severus, presque en rugissant. Vous ne savez même pas ce qu'il en est ! Comment pouvez-vous me demander de promettre une telle chose, alors que si ça se trouve l'Ordre aurait plus à perdre si j'accomplissais effectivement ce Serment !

- Je suis quasiment sûr de savoir ! Et si cela se révèle exact, l'Ordre perdra bien moins que si vous mourrez ! Alors Severus ne faîtes pas l'enfant et promettez-le moi !

- Dîtes moi ce à quoi vous pensez alors peut-être je vous le promettrai !

- Severus ! s'exclama Dumbledore, presque sur un ton de reproche. Je préfère ne rien dire pour le moment et attendre que vous en appreniez plus de votre côté. Alors, Severus, cette promesse ?

Les deux hommes se regardèrent droit dans les yeux, aucun d'eux ne cillant, comme livrant une bataille silencieuse. Severus était très habile à ce jeu là en temps ordinaire, mais là il faisait face au plus grand sorcier de tous les temps, à l'homme auquel il n'avait jamais rien pu refuser. Une fois encore il capitula, baissant le regard. Il tourna les talons, sans un regard en arrière ni une parole d'au revoir, et se dirigea vers la porte. Dumbledore savait qu'il avait gagné, cela équivalait entre eux à une promesse verbale, voire même plus, il le savait ! Severus le ferait ! Severus savait quant à lui, que cette promesse implicite que lui avait arrachée Dumbledore serait bien pire que la mort. Il le sentait !

- Ah au fait, puisque vous êtes là autant que je vous l'annonce tout de suite ! reprit-il alors que Severus avait déjà atteint la porte et s'apprêtait à l'ouvrir, résigné. Félicitations Severus ! Vous avez enfin obtenu le poste de Professeur de Défense contre les Forces du Mal cette année !

- Après tant d'années, vous me l'accordez maintenant ? Je crains que cela ne présage rien de bon et qu'il y ait anguille sous roche ! Mais je vous remercie Monsieur !

- Je vous aurais cru plus enthousiaste à cette nouvelle Severus ! Préférez-vous conserver votre titre de Maître des Potions ?

- Non ! Je me contenterai de ce nouveau poste ! Merci !

- Bien ! J'en étais sûr ! Je ne vous retiens pas plus longtemps ! A bientôt Severus !

- A bientôt ! Maugréa Severus plus pour lui-même que pour Dumbledore et il sortit faisant voler ses capes derrière lui comme à son habitude et claquant la porte.

L'image s'assombrit et disparut pour laisser place au reflet des membres ébahis. Ebahis à la fois de ces nouvelles révélations, mais aussi et surtout par la familiarité dont ils avaient été témoins entre les deux hommes. Aucun des membres de l'Ordre n'avait eu l'occasion de voir la véritable nature de la relation entre Snape et Dumbledore, ils n'avaient jamais eu l'occasion de voir une telle franchise et une telle sincérité de la part de Severus… Ils n'auraient jamais cru cela possible s'ils n'avaient pas assisté à cette scène eux-mêmes.

Mais Severus ne leur laissa pas le temps de digérer ce qu'ils venaient d'apprendre et enchaîna.

- Ensuite a eu lieu la rentrée, rien de bien nouveau pendant plusieurs semaines. Je tentais en vain de convaincre Drago de me laisser l'aider et de me confier ces intentions, tentant ainsi de découvrir en quoi consistait cette mission. Puis il y a eu ce fameux incident avec le collier. Plan stupide et signe d'un manque d'expérience évident ! Je me doutais que c'était de son fait, mais je n'avais aucune preuve et rien qui puisse me mettre réellement sur la voie. Enfin au mois de décembre, le soir de Noël chez Slughorn, Drago a été surpris dans les couloirs, j'étais persuadé qu'il complotait encore et qu'il s'agissait encore de cette mission.

Harry sentit son estomac se nouer, il se souvenait lui aussi de cette soirée où il avait suivit Drago et Severus et les avait surpris tous les deux dans une salle en pleine discussion, assez mouvementée d'ailleurs. Mais il se garda bien d'en parler et continua d'écouter le récit de Snape.

- J'ai donc tenté une nouvelle fois de le convaincre, ce qui fut à nouveau un échec. Cependant lors de notre tête à tête, j'ai pu percevoir certaines de ses pensées par legilimencie. Je n'ai pas pu tout découvrir, il faut dire qu'il a appris l'occlumencie et se débrouille plutôt pas mal, LUI…

Severus se tourna une nouvelle fois vers Harry, ses yeux exprimant reproches et amertume, Harry quant à lui, déglutit péniblement, se rappelant ses cours d'occlumencie, souvenirs douloureux et catastrophiques pour lui. Détournant enfin son regard vers l'ensemble de son auditoire, Severus poursuivit :

- J'ai alors compris qu'il s'agissait bien d'un attentat envers un membre de l'Ordre, mais que la cible n'était pas Potter comme je le croyais d'abord, non la cible n'était autre que… Albus Dumbledore. Sa voix s'étrangla soudain à ce nom.

Il fit une pause, comme pour laisser à tous le temps d'assimiler ce qui venait d'être dit, mais plus pour se laisser le temps à lui-même de reprendre une certaine contenance.

- Je ne parvins malheureusement pas à découvrir comment il comptait s'y prendre. Drago s'est enfui, et depuis je n'ai plus jamais eu d'autre occasion. Il m'évitait ostensiblement, ne voulant pas que je m'immisce dans ses… « prérogatives » ! Je suis allé le soir même voir Le Professeur Dumbledore pour le tenir informer.

- Je commence à comprendre un peu mieux ! Mais, Severus, pourquoi ne pas avoir tenu les membres au courant ! Surtout moi ! J'aurai peut-être pu vous aider à convaincre Drago de renoncer à cette mission ou de vous laisser l'aider !

Severus se mit alors à rire, un demi-rire, dirons-nous, où perçaient l'ironie et le sarcasme. Tout le monde fut cloué sur place d'entendre pour la première fois de leur vie Severus rire, même si ce rire tenait plus d'un ricanement bestial voire démoniaque que d'un rire humain…

- Professeur McGonagall ! Malgré tout le respect que je vous dois, voyez-vous vraiment un élève de Serpentard se confier à un Griffondor ! Dans un monde utopique peut-être mais nous sommes dans la réalité ! Quant aux autres membres, il valait mieux que personne d'autre ne soit au courant, vous n'auriez jamais accepté la décision d'Albus Dumbledore !

- Severus, je vous prierai de prendre un autre ton avec moi ! Même si, je l'admets, vous avez touché juste ! Et cessez donc ce rire, on vous prendrait pour un démon ! Je vous préfère encore grincheux et pince-sans-rire ! Cela vous sied beaucoup mieux !

Severus se calma sur le champ et la fusilla d'un regard étincelant de colère. Mais il ne répliqua pas.

- Pour en revenir à nos affaires, voici l'entretien que j'eus ce soir-là avec le directeur.