CHAPITRE 5 : La dispute

De nouveau le miroir scintilla et tremblota, reflétant peu à peu les images de la nouvelle scène.

Se profila alors un Severus pâle et las dans le bureau du directeur, assis dans un des fauteuils, quasiment avachi, se tenant le front d'une main comme pour s'en faire une visière, le coude lourdement appuyé contre le bras du fauteuil, tandis que l'autre main restait inerte sur ses genoux, et racontant cet entrevue avec Malefoy à Dumbledore. Ce dernier écoutait attentivement le récit, n'interrompant pas son interlocuteur, mais ne paraissait pas troublé outre mesure par ce qu'il entendait.

En fait un observateur attentif aurait pu pensé qu'il savait presque déjà tout et que cela ne l'étonnait guère… Mais le Severus de la vision ne regardait pas le vieil homme, fixant le sol comme pour échapper à ces yeux bleu acier qui n'auraient fait que confirmer la triste vérité. « L'un de nous doit mourir ! Accomplir le Serment signifie le tuer. Lui, la seule personne qui m'ait jamais fait confiance, qui m'ait donné une seconde chance sans me juger ni me condamner ! Mais je ne peux pas !»

- Severus, vous vous souvenez n'est-ce pas de notre entretien de cet été ? demanda doucement Dumbledore.

Severus se contenta de hocher la tête positivement comme toute réponse, regardant toujours le sol. « Oh que oui il s'en rappelait et maintenant il entrevoyait ce que tout cela impliquait. »

- Vous vous souvenez de ce que nous avons conclut, n'est-ce pas ?

- Et qu'avons-nous conclut, au juste ? Parce que pour ma part, je n'ai rien conclu avec vous ! déclama Severus relevant enfin la tête, comme défiant le vieil homme qui se tenait devant lui.

- Severus ! Vous avez promis d'accomplir cette tâche qui vous incombe, quoi qu'il vous en coûte ! Vous savez, comme moi, que l'un de nous ne peut rester ! Moi je me fais vieux, ma vie a été pleine et riche, il est temps pour moi de partir. Vous devez rester, survivre et continuer malgré tout ! Vous êtes le seul à pouvoir aider réellement Harry dans sa quête !

- Au diable Potter ! Je ne peux pas faire ce que vous me demandez ! Cela m'est impossible. Je préfère encore mourir, je pourrai au moins mourir la tête haute.

- Severus ! Nous ne pouvons pas laisser le jeune Serpentard aller jusqu'au bout ! Vous savez, en connaissance de cause, que cela le mènerait à sa perte ! Seriez-vous prêt à sacrifier ce jeune homme par pur égoïsme, pour sauver un pauvre fou qui a déjà bien assez vêcu comme ça et qui de toute façon est bientôt à la fin de sa vie ? Vous voyez bien vous-même que je m'affaiblis de jour en jour. Les derniers événements ont été éprouvants pour moi, et sans vous d'ailleurs, je ne serai plus là ! Mon temps est révolu, Severus ! Le ton était monté peu à peu se faisant de plus en plus autoritaire, n'autorisant aucune réparti.

Severus ne répondit rien. Que répondre d'ailleurs ? Mais pourquoi s'était-il laissé entraîné dans cette histoire. Il blâmait Potter et sa clique d'avoir le don de se retrouver dans des situations qui les dépassaient, mais finalement lui-même pouvait leur faire concurrence !

- Severus, reprit plus doucement Dumbledore, vous êtes le seul à qui je peux demander ça. Si ce n'est pas vous qui le faîtes, ce sera un autre, un mangemort ou Voldemort ! Severus tressaillit en attendant ce nom. Je préfère mourir de la main d'un ami … que je considère d'ailleurs comme un fils.

Severus le fixa d'un regard noir impénétrable. Que ressentait-il à ce moment : tristesse ? Désespoir ? Chaleur filiale ? Il ne saurait le dire lui-même, peut-être tout à la fois.

- Je vous en prie Severus, acceptez ! J'ai conscience que ce que je vous demande est difficile et inhumain, que cela fait ressortir des souvenirs destructeurs pour vous, des souvenirs que vous aviez enfouis au plus profond de vous, j'ai conscience que je vous demande de faire ce que vous vous étiez juré de ne plus jamais faire ! Mais je n'ai pas le choix, je n'ai personne d'autre vers qui me tourner !

Silence. Severus détourna de nouveau le regard vers le sol. Puis brusquement se leva sans mot dire, et se dirigea vers la porte.

- Severus promettez-moi de faire ce qui devra être fait le moment venu ! Promettez-le moi ! le supplia-t-il une dernière fois avant que Severus n'atteigne la porte. Mais celui-ci ne répondit rien. Il s'arrêta, la main sur la poignée, face à la porte, la tête légèrement tournée vers Dumbledore. Il entrouvrit ses lèvres et prononça des paroles inaudibles, aucun son ne sortant réellement, puis il sortit, en claquant la porte.

Toutefois il était possible de voir une lueur de triomphe dans les yeux de Dumbledore, qui pétillaient alors étrangement, il émanait de lui comme une aura de plénitude jamais vue auparavant. Il savait que Severus avait en fait fini par accepter et ferait ce qu'il devait faire en temps voulu.

- Laissons lui un peu de temps ! marmonna le vieil homme comme pour lui-même. Merci Severus !

Tous gardaient les yeux rivés sur le miroir, bien que la scène soit finie depuis longtemps. Ils avaient besoin d'un peu de temps. Severus avait gardé la main sur le miroir, les yeux fixes, sans expression, vides, comme paralysé par ce souvenir.

Cela était si douloureux pour lui. Il n'aurait pas cru cela si douloureux ! Il ne s'était jamais confié à qui que ce soit sur ce lourd fardeau, il n'avait pas l'habitude de se livrer ou d'étaler ses sentiments d'ailleurs ! Severus se sentait mal à l'aise, mis à nu. Il venait de révéler une partie de lui, de son moi profond, ce qu'il n'aimait, mais alors n'aimait vraiment pas du tout ! La seule personne avec qui il pouvait se confier si librement, était morte, définitivement morte, tuée de sa propre main, assassinée par ses propres soins…

Partager ce douloureux, et pourtant si intense, souvenir avec des gens qui le considéraient comme à peine humain, comme un traître et un assassin, avait été difficile, déchirant. Mais Albus lui avait demandé de leur « expliquer » et de continuer malgré tout. Mais pour continuer, justement, il fallait qu'il regagne un tant soit peu leur confiance, si infime soit-elle, pour qu'ils le croient, pour qu'ils croient les informations qu'il détenait et qu'il puisse continuer cette guerre. Si ce n'avait pas été nécessaire il aurait gardé ce souvenir pour lui, mais il sentait au fond de lui, que c'était CE souvenir, et aucun autre, qui les déciderait, que seul ce souvenir leur permettrait vraiment de comprendre…

Mais pouvaient-ils vraiment comprendre ? Et comprendre quoi ?

Severus commençait à avoir les idées embrumées. Diffuser ainsi ses souvenirs, assez éprouvants, l'avait vidé de son énergie. Il se sentait las, à bout de force. Il n'avait vraiment pas l'habitude d'utiliser ses capacités d'aggelomencie, et surtout pas de façon si intense. La douleur, qui jusque là était restée sourde, se faisait de plus en plus rappelée à son corps épuisé, il sentait peu à peu la fièvre reprendre son feu ardent dans ses veines, qui palpitaient faiblement maintenant.

Il écoutait à peine les murmures qui s'élevaient peu à peu au sein des membres. Ceux-ci commençaient à discuter entre eux, ne prêtant pas vraiment attention à lui. Mais une voix, qu'il ne connaissait que trop bien, et qu'il exécrait, le sortit de ses songes :

- Alors, la dispute à l'orée de la Forêt Interdite, c'était ça ! S'écria Harry, plus fort qu'il ne l'aurait voulu, faisant brusquement le rapprochement entre ce qu'il venait de voir et ce que Hagrid leur avait raconté, à Hermione, Ron et lui, l'année dernière. Alors votre dispute avec le Professeur Dumbledore, c'était pour ça !

- Oui ! C'était pour ça, Potter ! Mais comment êtes-vous donc au courant de cette … « dispute » ? Personne n'était présent à ce que je sache ! A moins que votre tendance légendaire à enfreindre les règlements et à violer la vie privée des autres ne soit encore à l'origine de ce mystère ! cracha Severus, d'une voix rauque et faible.

- Serait-ce trop vous demander de nous expliquer de quoi vous parler tous les deux ? Demanda McGonagall.

Harry expliqua alors ce que Hagrid leur avait raconté au sujet de cette dispute qu'il avait, comme par hasard, surprise entre Dumbledore et Severus. Severus, lui, n'écoutait pas le récit, reparti dans ses songes, se remémorant, cette fois pour lui seul, ce souvenir.

Il avait été convoqué par Dumbledore peu de temps après cette terrible entrevue et les vacances de Noël.

- Et si nous prenions l'air ! déclara Dumbledore sur un ton presque enjoué, à l'arrivée de Severus dans son bureau.

Severus avait été plutôt surpris, vu l'heure tardive, et vu le peu de fois où il avait eu le plaisir de se promener ainsi avec Albus. Mais là, il savait que ce n'était pas une promenade de « santé » ni pour admirer paisiblement le paysage : Albus voulait encore en parler. Severus dévisagea alors son mentor d'un air grave, montrant clairement à Dumbledore qu'il n'était pas dupe de son manège.

- L'air frais nous fera du bien et nous aidera à éclaircir nos idées. Reprit Dumbledore.

Les deux hommes descendirent alors dans le parc, parcourant les couloirs de Poudlard sans prononcer un seul mot, comme si toute parole était inutile désormais entre eux.

Arrivé à l'orée de la forêt interdite, Dumbledore commença enfin :

- Alors Severus avez-vous réfléchi depuis notre dernière entrevue ?

Severus ne répondit rien, contemplant le sol, en marchant. Bien sûr qu'il y avait réfléchi ! Mais il ne s'était pas encore résolu à cette décision. Il avait la désagréable impression que tout se jouait entre ses mains, que sa décision allait être capitale pour la suite et qu'il faudrait qu'il en assume les conséquences. De toute façon, pour lui, les conséquences ne pouvaient être que désagréables, voire désastreuses, dans un cas comme dans l'autre.

Voyant le silence buté de son collègue et ami, Dumbledore continua :

- Je sais qu'au fond de vous, vous connaissez la bonne décision, et que vous vous y êtes résolu. Je vous en remercie Severus !

- Vous avez un peu trop tendance à penser que tout va de soi. Mais, moi, je n'ai peut-être plus envie de le faire ! Vous ne pouvez pas toujours obtenir tout ce que vous souhaitez Monsieur le Directeur ! Severus avait haussé le ton, mais ne s'en préoccupait pas plus que ça, au risque que quelqu'un les entende.

- Severus ! Vous avez accepté ! Et c'est comme ça ! Vous devrez le faire ! Je compte sur vous ! répondit Dumbledore d'un ton très sec. Ah et n'oubliez pas non plus l'enquête que vous devez mener dans votre maison !

Les deux hommes s'étaient arrêtés et se faisaient face, comme se défiant, se regardant droit dans les yeux. Severus n'avait encore rien répondu, il savait que c'était inutile, le ton de Dumbledore était assez catégorique et lui indiquait clairement qu'il n'y avait rien à répondre. Severus reprit alors son chemin et ils repartirent lentement au château, côte à côte et silencieusement. Les deux hommes savaient que le sujet était clos, et qu'il était inutile de revenir dessus.

- Severus ? Severus ? l'appellait une voix, le ramenant à la réalité. Severus ? Vous nous écoutez ? lui demanda McGonagall, à la fois inquiète et surprise.

Severus l'observa un instant puis observa ses interlocuteurs un par un : leurs expressions étaient très différentes selon les personnes, pour certains la haine et le mépris avaient laissé place à de l'incompréhension et de la tristesse, voire…de la pitié ? « Mais je ne veux pas de leur pitié ! ». En y regardant de plus prêt, il constata que ces personnes étaient minoritaires : Miss je-sais-tout-je-me-mêle-de-tout-Griffondor-au-grand-cœur, Doge et Shacklebolt, somme toute insignifiants, Molly et Arthur Weasley aussi et …et c'est tout. Arthur Weasley ? Quand était-il arrivé au juste ? Severus ne l'avait pas remarqué… Pour les autres, ils gardaient toujours cette étincelle de colère, de haine et de rancœur, ou encore de mépris, incrustée dans leurs prunelles, comme Black ou Rémus. Quant à Potter, son expression était indéchiffrable, chose rare chez le Griffondor, comme si de nombreuses émotions se battaient en lui.

Au fond rien n'avait vraiment changé, ils lui accordaient toujours autant de mépris et de haine. « De la confiance ? Mais comment pouvais-tu penser qu'ils t'accorderaient un peu de confiance, eux qui se méfiaient déjà de toi avant tous ces événements, alors maintenant quoique tu dises ou tu fasses, rien ne les fera changer d'avis ! » Pourtant il le fallait ! Il avait promis à Dumbledore, il lui avait promis de continuer malgré tout ! Ce qu'il s'était efforcé de faire jusque là, mais si personne au sein de l'Ordre ne lui faisait un tant soit peu confiance, si personne prêtait foi à ce qu'il pouvait leur dire ou leur fournir comme information, c'était peine perdu !

Non pas qu'il se préoccupait vraiment de ce qu'ils pouvaient penser ou non de lui, il n'avait que faire de ses regards haineux et méprisants, il avait même cultivé cette réputation de personnage détestable, somme toute beaucoup plus facile à assumer ! Mais s'il ne l'acceptait pas en tant que membre de l'Ordre et en tant qu'espion, tout ce qu'il pouvait faire ne servirait à rien ! A quoi bon essayer de les aider, si ceux-là même qu'on aide refusent quoique ce soit venant de vous ? Et que peut bien faire une personne seule ? Pas grand-chose, en somme…

Severus en arrivait à ces conclusions quand il reporta son attention sur McGonagall. Soudain il réalisa que, elle, elle avait compris ! Comment avait-il pu douter ainsi de Minerva après tant d'années passées ensemble ? Une lueur d'espoir germa alors dans l'esprit de Severus. Il suffisait d'une seule personne après tout ! Lui accorderait-elle pour autant la confiance que Dumbledore lui avait offerte ? Non peut-être pas, mais le peu qu'elle lui donnerait suffirait peut-être…

- Severus ! Je pense comprendre enfin ce que le Professeur Dumbledore voulait nous dire. Cependant certains événements ayant eu lieu ces derniers mois m'interpellent. J'aurai encore quelques questions à vous poser.

- Faîtes ! Je vous écoute ! S'entendit-il répondre comme s'il s'agissait d'une autre personne.

- Tout d'abord nous avons régulièrement reçu des messages, contenant des informations primordiales sur l'activité des mangemorts ces derniers mois. Ces messages étaient signés « un allié », mais l'écriture était inconnue de nous tous. Connaîtriez-vous par hasard cette personne ? McGonagall lui lançaient des regards appuyés presque moqueurs par-dessus ses lunettes avec un léger sourire lui pinçant les lèvres.

- Mais il me semble que vous avez déjà votre petite idée ! Est-il besoin de vous confirmer vos soupçons ?

- Et l'écriture ? Comment expliqueriez-vous que personne ne la reconnaisse, alors que si mes soupçons sont fondés, ça aurait dû être le cas !

- Cette personne doit avoir des talents cachés de faussaire, ce qui, de nos jours, ne serait pas un luxe ! Ou alors vous vous trompez et finalement ne connaissez peut-être pas cet « allié » ! Severus marqua ses paroles par un sourire moqueur et cynique.

- Je vois ! Vous ne voudrez pas nous en dire davantage, n'est-ce pas ?

- Je ne vous contredirais pas ! J'aurai trop peur d'encourir votre colère !

- Autre chose me préoccupe davantage. Plusieurs membres ont malheureusement perdu la vie : Mondingus en septembre et Abelforth récemment. Or si l'on en croit la rumeur, ces deux personnes ont été assassinées, elles aussi, au cours d'attaques de mangemorts. Et ces rumeurs évoquent même un nom concernant le mangemort responsable de leurs morts. Le ton de McGonagall était devenu plus grave et triste, toujours en fixant Severus.

- Je connais les rumeurs ! Inutiles de me les rappeler ! la coupa sèchement Severus. Et je suis bien obligé d'admettre qu'elles sont justifiées ! Si vous…

- J'en étais sûr ! Il a bel et bien rejoint les rangs de Voldemort et nous a trahi : en fait il nous extermine tous un par un ! s'écria Harry, ne le laissant pas finir.

- On ne peut pas se fier à lui ! Il prétend nous aider et espionner Vous-savez-qui pour l'Ordre, mais à la moindre occasion il nous poignarde dans le dos ! A mon humble avis, il a adopté une confortable attitude, prétendant de chaque côté espionner l'ennemi, mais n'attendant que la fin de la guerre pour enfin choisir son camp : le camp du vainqueur. Une seule chose le préoccupe : préserver ses arrières et ne servir que ses propres intérêts ! Un bon Serpentard en somme ! Intervint à son tour Sirius.

- Une confortable attitude ? Mes propres intérêts ? Répéta Severus entre ses dents.

Rémus se leva alors pour venir se positionner debout face à Severus, se penchant vers lui, les mains appuyées sur chacun des accoudoirs du siège où était attaché Severus et le regardant droit dans les yeux.

- Je suis d'accord avec toi Sirius. Ce n'est qu'un misérable traître. Combien faudra-t-il de morts pour que l'Ordre réagisse ? Pour ma part, nous n'avons pas trente-six solutions. Soit on le livre au Ministère, soit on l'exécute nous-même !

- Rémus, Sirius, reprenez votre calme ! Aurais-je la possibilité de dire mon avis tout de même ! s'indigna McGonagall. J'aimerai entendre la réponse de Severus !

- Mais il nous l'a donnée sa réponse ! Il a avoué ! Que voulez-vous de plus ? Il a tué trois membres, non mais ! Et de sang-froid qui plus est !

- Non Nayasta ! Je veux entendre toute la réponse ! Severus je vous écoute !

- Que voulez-vous que je dise ? Vous avez entendu les arguments, si bien démontrés d'ailleurs, de vos compagnons d'armes. Que vous voulez que j'ajoute ? Que, par l'incompétence qui règne ici, deux autres membres de l'Ordre ont été exposés à une mort certaine, tout simplement parce que VOUS n'avez pas daigné prendre en considération les informations que l'on vous avait transmises ! Qu'à cause de cette maladresse, ou peut-être de cet oubli que sais-je ? un membre a dû prendre, seul, LA décision qui s'imposait pour assurer la sécurité des autres membres ! Pourtant, cet allié vous avait bien prévenu de ces attaques imminentes et vous avait même indiqué les cibles visées, non ? Vous avez bien reçu les informations, non ? Vous l'avez vous-même déclaré précédemment. Mais vous n'avez apparemment pas jugé nécessaires d'y prêter attention ! Si vous aviez fait le nécessaire pour contrer ces attaques avant qu'elles n'aient lieu, nous n'en serions pas là, rien de tout cela ne se serait passé, Fletcher et Abelforth seraient encore parmi vous ! VOUS êtes les seuls responsables. Votre méfiance paranoïaque, n'a d'égale que votre stupidité et votre orgueil ! Cracha Severus, un air quasiment dément, inhumain, sur le visage, déformé par la colère qu'il ne maîtrisait plus, le souffle saccadé.

- Tu peux toujours parler d'orgueil ! Si tu étais cet allié, pourquoi ne pas être venu toi-même nous donner ces informations et t'expliquer par la même occasion ? lui siffla Sirius. Mais tu es si orgueilleux et si imbu de ta petite personne que tu ne pouvais pas te rabaisser à cela !

- Pourquoi je ne suis pas venu ? Quand on voit vos réactions présentes, la réponse me paraît évidente ! Et pour quoi faire ? Severus reprenait alors sa voix doucereuse et sarcastique. Pour me faire exécuter par l'un des membres un peu trop zélé, bien trop heureux de tenir enfin l'occasion de se faire justice et de se venger de la mort de Dumbledore ! Je ne suis pas si stupide, Black ! Je ne vais tout de même pas me jeter dans la gueule du loup ! ajouta-t-il, en affichant un sourire mauvais, à l'adresse de Lupin, qui s'était redressé et se tenait debout devant lui, les bras croisés sur la poitrine. Une fois m'a suffit ! Merci bien !

- Nous nous passerons de vos souvenirs de jeunesse ! répondit McGonagall, l'allusion que Severus venait de faire au sujet de cette fameuse farce de Sirius à son encontre, au cours de leur cinquième année, ne lui ayant pas échappée. Severus pourquoi avez-vous donc … dû tuer Mondingus puis Abelforth ?

- Cela vous intéresse vraiment ? Les explications de Rémus et Lupin ne vous suffisent-elles pas ? Le ton de Severus était plus calme. La fatigue commençait de nouveau à le submerger et la douleur se faisait plus présente. Comme si chacune de ses terminaisons nerveuses avaient des perceptions décuplées : le moindre frôlement du tissus de sa robe contre sa peau l'irritait, le moindre mouvement l'élançait… « Ce n'est vraiment pas le moment de flancher Severus ! Pas maintenant ! Pas devant tous ces charognards qui n'attendent que ça ! »

- Severus, gardez votre hargne pour d'autres ! Non, ces … explications ne me suffisent pas !

- Et bien soit ! En septembre, l'attaque contre l'Auror Gisby et sa famille, comme vous l'avait indiqué cet « allié », a été plus violente que prévue. L'objectif était juste d'éliminer l'Auror, et sa famille si elle était aussi présente. Seulement d'autres sorciers étaient présents, apparemment invités chez les Gisby, ce qui n'était pas au programme. Ils ont prêté main forte à la famille Gisby, Fletcher y était. Mais aucun autre membre de l'Ordre par contre…

- Nous avons parfaitement compris la leçon, Severus ! Merci ! Veuillez poursuivre votre récit, en évitant si possible ses sous-entendus déplacés.

- Pfff… Déplacés quand cela vous arrange ! Donc, comme je le disais Fletcher était présent, et …moi aussi. J'étais chargé de superviser l'opération, laissant aux autres les basses besognes !

- Où comment ne pas se salir les mains ! ironisa Sirius

- Je dirai plutôt « où comment essayer de trouver une solution à cette impasse et faire rater la mission », puisque l'Ordre ne daignait pas participer… Mon plan aurait fonctionner à merveille, si cet imbécile de Fletcher ne s'en était pas mêler en voulant jouer au héros : j'avais si bien désorganisé les rangs de mangemorts, de façon assez subtile je dois l'avouer pour éviter de me faire démasquer bien entendu que la famille de l'Auror et ses amis auraient eu le temps de transplanner dans un lieu plus sûr. Mais Fletcher m'a reconnu et a voulu rester et nous faire face, risquant par la même occasion d'entraîner la perte de tous les autres sorciers présents qui n'ont pas voulu le laisser seul. Fletcher a été gravement touché, presque mort. Les autres sorciers ne pouvant nous résister plus longtemps, l'ont d'ailleurs laissé pour mort et ont transplanné. Ce qui a évité d'autres pertes !

- Mais vous avez dit presque mort ! Il ne l'était pas encore n'est-ce pas ? questionna Tonks, redoutant la réponse.

- Non, mais il était condamné de toute façon, il agonisait déjà. Les autres mangemorts voulaient … comment dire … s'amuser un peu avec lui ! Mais j'ai eu… pitié… et l'ai achevé. Je pense lui avoir épargné tortures et lente agonie ! Nous ne pouvions nous permettre de toute façon qu'il soit pris vivant. Il n'était pas très fiable lui non plus, et il aurait parlé à la première occasion pour sauver sa vie.

- Un mangemort, avoir pitié ! On aura tout vu ! Et quand tu dis nous, tu parles de l'Ordre peut-être ? Mais qu'est-ce qui te fais croire que tu fais encore partie de l'Ordre ?

- Sirius je ne tolérerai plus aucune intervention de votre part ! Taisez-vous ! Laissez le finir ! Puis se retournant vers Severus, McGonagall reprit : Bon admettons pour Mondingus ! Admettons que vous ayez agi dans notre intérêt, dans l'intérêt de l'Ordre ! Comment justifiez-vous le meurtre d'Abelforth, le frère du Professeur Dumbledore ?

- Là encore vous auriez pu l'éviter si vous aviez pris en compte les indications que vous aviez en main ! Vous étiez prévenu de l'attaque à Pré-au-Lard ! Pourquoi l'Ordre a mis tant de temps à réagir ? Quand vous êtes arrivé, il y avait déjà de nombreux blessés, et quelques morts. Les mangemorts avaient pour ordre de faire des otages, mais la cible principale était Abelforth, proie facile pour eux d'ailleurs. Le Seigneur des Ténèbres connaissait le lien de parenté d'Abelforth avec Albus Dumbledore et se doutait qu'Abelforth faisait partie aussi de l'Ordre du Phénix ! Oui il connaît le nom de l'organisation, je ne sais comment, mais il le connaît. Severus répondant ainsi aux regards interrogateurs de ses auditeurs.

- Et… l'encouragea McGonagall, le fixant de plus en plus intensément.

- Et ce qui était inévitable arriva : Abelforth fut capturé. Nous devions alors le torturer pour l'affaiblir puis le conduire jusqu'à Vous-savez-qui qui se serait alors fait une joie de s'introduire dans son esprit par legilimencie et ainsi y puiser toutes les informations utiles. Car bien qu'il fut le frère du sorcier le plus puissant de tous les temps, Abelforth était loin d'être aussi puissant et n'aurait pu faire face au Seigneur des Ténèbres, il n'aurait pas pu résister à cette séance, ne sachant maîtriser l'occlumencie. Mais il détenait beaucoup trop d'informations cruciales concernant l'Ordre, qui auraient réjouies le Seigneur des Ténèbres et qui auraient conduit l'Ordre à sa perte.

Severus marqua une pause, non pour faire effet dans l'assistance, tel qu'il aimait en produire d'habitude, mais pour avaler le peu de salive qu'il lui restait. Il avait la gorge sèche, la sueur commençait à perler de son front, ses membres commençaient à ressentir des tremblements qu'il avait peine à contrôler. Il ne parvenait pas à comprendre ce qui se passait en lui : il n'avait pas peur, non, il lui en fallait beaucoup plus ! Et à vrai dire son devenir propre lui importait peu, persuadé qu'il était d'être condamné tôt ou tard ! Non, son corps échappait à tout contrôle, comme… comme… mais bien sûr… les effets du bézoard s'estompaient et le poison reprenait ses droits sur son organisme ! Si tôt ? Normalement cela aurait du durer au moins deux jours, alors que cela ne faisait que quelques heures ?! Certainement d'avoir autant usé de ses capacités d'aggelomens l'avait plus fatigué que la normale…

Son regard se porta vers la fenêtre : l'aube approchait, cela faisait donc environ six heures qu'il était là. Six heures d'interrogatoires sans interruption ! Enfin il avait connu pire… des années plus tôt…

- Severus ! Pourriez-vous poursuivre s'il vous plaît ? Que s'est-il passé par la suite ? lui demanda McGonagall, le rappelant soudainement à la réalité.

- Et bien, j'ai demandé à mes … Mmh… « collègues » mangemorts de me laisser seul quelques instants avec Abelforth. Celui-ci me reconnut sans peine, je lui ai alors rapidement expliqué la situation, et ce que le Seigneur des Ténèbres attendait de lui et lui réservait. Il a compris qu'il n'en ressortirait pas vivant et qu'il risquait de livrer tout ce qu'il savait Je lui ai alors proposé de l'aider… si l'on peut dire. A cet instant je pense, qu'il m'a compris, qu'il a su. Il m'a alors demandé de … de le tuer. …. Ce que je fis.

- Il vous l'a demandé ? Ou vous lui avez suggérer ? se risqua McGonagall, bouleversée, la gorge nouée.

- Un peu des deux sans doute… je ne sais trop…

- Tu pourras ainsi te vanter d'avoir décimé toute la famille !

- La ferme Black ! Tu as de la chance que je sois attaché et sans arme, sinon je ne donnerai pas cher de ta peau ! Mais c'est ta spécialité de t'attaquer quand tu ne risques pas grand-chose et de te cacher quand le danger approche ! Tu n'as pas perdu les vieilles habitudes prises à Poudlard apparemment !

Sirius voulut une deuxième fois se jeter sur Severus, mais Rémus et Kingsley s'interposèrent et le retinrent, Severus quant à lui arborait un sourire en coin ostentatoire et provocateur envers Sirius.

- Et que s'est-il passé ensuite ? reprit McGonagall, abandonnant de jouer aux arbitres entre eux deux.

- Ensuite ? Et bien la suite, vous la connaissez puisque vous avez enfin daigné vous montrer, mais trop tard ! Trop tard pour Abelforth. Enfin… votre intervention a au moins eu le mérite de libérer les otages ! Les mangemorts et moi sommes alors retournés au manoir de Vous-savez-qui pour lui faire notre compte-rendu, enfin… plutôt pour faire mon compte-rendu, les autres n'osant dire un mot, vu l'humeur exécrable de celui-ci…

- Et comment a-t-il réagi ?

- Comment voulez-vous qu'il réagisse ? Il était furieux bien entendu : le Seigneur des Ténèbres ne tolère pas l'échec... et encore moins la désobéissance !

- Ah… je vois ! J'aurai encore une dernière question Severus !

- S'il n'y a que ça pour vous faire plaisir ! répondit Severus, relevant un sourcil en signe de surprise. « Que peut-elle bien encore vouloir savoir ? »