CHAPITRE 7 : Réveil

Pomfresh arriva par la cheminée, déboulant dans le salon attenant à la cuisine, recouverte de suie de la tête au pied. Elle fut suivie quelques secondes plus tard par Tonks, le rose de ses cheveux alors parsemé de gris et de noir.

- Ah Madame Pomfresh, bien contente de vous voir ! lui dit Molly, visiblement, pâle de fatigue et d'inquiétude. On vous attend là-haut ! Ils ont dû commencer à faire les premiers soins, mais je pense que vos compétences seront les bienvenues, ils ne parviennent pas à arrêter les saignements.

- Où sont-ils ? Demanda Pomfresh, encore essoufflée par sa course à travers Poudlard pour réunir son nécessaire et venir au quartier général.

Bien que n'étant pas un membre à part entière de l'Ordre, Pomfresh était mise dans la confidence, étant souvent appelée pour soigner l'un des membres. Heureusement elle était déjà réveillée, et Tonks n'avait donc pas eu à attendre qu'elle se prépare, ce qui en soit n'était pas très surprenant, vu qu'il était déjà presque sept heures du matin. « Ils avaient passé toute la nuit ! Fichtre que le temps passait vite ! » se dit Tonks intérieurement.

-Là haut, au premier étage ! Je vais vous y conduire. Tonks ! Alastor, Dedalus et Sturgis sont enfin rentrés de mission, pouvez-vous les tenir au courant de ce qui s'est passé et de tout ce qui a été dit ? Le Professeur McGonagall est encore là haut mais ne va pas tarder à devoir rentrer à Poudlard, et les autres ne leur feront pas un compte-rendu très impartial, si vous voyez ce que je veux dire !

- Oui je vois très bien ! Ne vous en inquiétez pas Molly ! Je m'en charge de ce pas. Sur ce, Tonks disparut dans la cuisine où les autres membres, non occupés près de Severus, était restés et parlaient avec les trois nouveaux arrivants.

Pomfresh, quant à elle, suivit Molly, non sans appréhension et incompréhension. Il faut dire que Tonks n'avait pas pris le temps de lui expliquer quoi que ce soit, Pomfresh ne savait donc ni qui était blessé ni pourquoi. Lorsqu'elle entra avec Molly dans la chambre en question, elle s'arrêta brutalement sur le seuil de la porte, recevant comme un choc au cœur qui manqua presque un battement, à la vue de Severus Snape !

- Vous m'avez appelé pour … lui ! Un… un meurtrier ! Mais pourquoi est-il ici ? Pourquoi n'est-il pas livré aux autorités ?

- Madame Pomfresh, je vous en prie, nous avons besoin de vous. Je vous promets de tout vous expliquer par la suite. Nous avons de bonnes raisons de garder Severus ici et même de penser qu'il n'est pas celui que tout le monde croit ! Me faîtes-vous confiance Madame Pomfresh ?

Celle-ci acquiesça d'un signe de tête, le regard toujours fixé sur Severus, étendu sur un lit, livide, du sang tachant les draps en abondance.

- Bon dans ce cas, aidez-nous ! Il perd tout son sang, et nous ne parvenons pas à arrêter ces saignements ! reprit McGonagall. Madame Pomfresh, s'il vous plaît ! Réveillez-vous et agissez bon sang ! Je vous promets de répondre à toutes vos questions ! Mais pour l'amour de Merlin (1), secouez-vous ou il sera trop tard !

Pomfresh sortit enfin de sa rêverie et, en professionnelle experte qu'elle était, se mit à examiner son patient.

Severus était étendu sur un lit aux draps qui avaient dû être blancs, mais maintenant rougis par le sang de l'homme. Il était torse nu, Arthur et McGonagall ayant entrepris de lui retirer ses vêtements afin d'effectuer les premiers soins d'urgence. La première chose qu'elle vit fut les nombreuses cicatrices, pour la plupart anciennes, qui recouvraient ce corps si frêle et si pâle : de simples longues estafilades blanchâtres pour certaines, d'autres cicatrices formant comme des trajets sinueux, que l'on pouvaient encore sentir rien qu'en les touchant, d'autres encore formant une légère dépression dans la peau…

- Oh je ne m'habituerai jamais à voir toutes ces cicatrices ! s'exclama-t-elle comme pour elle-même, mais les autres avaient parfaitement entendu.

- Ces cicatrices sont-elles dues à des blessures récentes ? S'enquit McGonagall.

- Non ! Un certain nombre d'entre elles sont bien plus anciennes. En fait je les avais déjà vues pour la plupart, il y a bien longtemps, quand il était encore élève… Ce sont d'anciennes cicatrices qui ne s'effaceront jamais mais je ne crois pas que ce soient les pires. Répondit Madame Pomfresh, presque maternelle, à ces souvenirs qui ressurgissaient en elle. Elle avait été horrifiée la première fois qu'elle avait observé ses multiples traces sur cet élève, et n'avait pu réprimé à l'époque un frisson de dégoût et de répulsion, s'imaginant les sévices qu'avait dû subir ce jeune corps. Cette réaction n'avait pas échappé au jeune Severus qui depuis était toujours assez réfractaire pour se rendre à l'infirmerie et préférait se soigner lui-même quand il le pouvait.

Arthur et McGonagall l'a regardèrent, surpris de ce qu'ils venaient d'apprendre : ces cicatrices… anciennes ! Et alors que Severus était élève… ! Ils réalisaient tout juste ce que cela impliquait mais n'émirent aucun commentaire. « Comment ai-je pu passer à côté d'une telle atrocité ? » se demandait McGonagall, devenant soudain aussi pâle que Severus.

Pomfresh retourna son attention sur Severus : ce dernier était maigre, il avait comme fondu en quelques mois. Oh il n'avait jamais été très épais, il est vrai, mais elle l'avait connu plus vigoureux, tout de nerfs et de muscles. Il avait également perdu beaucoup de sang d'une plaie assez profonde, au flanc, plaie qu'il avait dû refermer récemment par quelque sortilège mais qui s'était entièrement réouverte. Elle commençait d'ailleurs à se surinfectée. Il y avait aussi un bleu, certainement dû à un coup de poing assez brutal (Merci Sirius !...), mais rien de bien grave, et sa lèvre inférieure droite était fendue, ceci pouvait attendre également.

Elle entreprit alors de faire arrêter les saignements. Elle fit boire à Severus une potion pour faciliter la coagulation puis une autre pour la régénération des cellules sanguines. Elle nettoya la plaie puis mit en place un dispositif compressif temporaire, maintenu par magie. Les saignements commencèrent à se faire moins abondants.

Ponmfresh fit ensuite un examen plus détaillé de Severus et le retourna délicatement sur le côté pour déceler d'autres blessures éventuelles. Se faisant, elle remarqua alors une sorte de tatouage, de grande taille, de couleur noir, qui ressortait étrangement sur cette peau d'albâtre, dans le bas du dos : un serpent s'entortillant autour de la colonne vertébrale, la tête arrivant jusqu'à mis dos, et vous fixant du regard comme s'il était vivant, accompagné de chaque côté de sa queue, à la base du bassin, d'un lion à droite et d'un aigle à gauche, la queue du serpent s'enroulant autour des deux autres animaux comme pour mieux assurer sa domination. Ce tatouage réalisait de lents mouvements, comme animé d'une vie propre, un tatouage sorcier certainement, le serpent ondulant, tandis que le lion rugissait en battant de la queue et que l'aigle battait majestueusement des ailes.

- Tiens je ne l'avais encore jamais vu ! Il doit se l'avoir fait tatoué lors de ses dernières années de professorat à Poudlard ! Pas avant, sinon je m'en souviendrai ! Jolie toutefois ! s'exclama Pomfresh

- Intéressant comme tatouage !

- Oui je suis d'accord, Professeur McGonagall, très intéressant ! Renchérit Arthur Weasley.

- S'il vous plaît ! Vous n'êtes pas sensés faire de telles remarques mais me servir d'assistants ! D'ailleurs, en tant que tels, vous êtes tenus au secret professionnel tout comme moi ! Alors pas un mot aux autres, je ne pense pas que Severus apprécierait vraiment !

- Ne vous inquiétez pas Madame Pomfresh, nous serons muets comme une carpe ! Quoique j'aimerai bien savoir ce que peut bien signifier un tel tatouage ! Lui répondit Molly d'un ton amusé.

Elle ne décela aucune autre blessure récente… Mais pourquoi était-il donc dans cet état de faiblesse, tous ses paramètres vitaux, cardiaques ou respiratoires étaient faibles, il était fiévreux et surtout pris de spasmes fréquents, à la limite des convulsions… Les blessures qu'elle avait constatées ne suffisaient pas à elles seules à expliquer l'état de Severus ni les saignements continus, en outre celui-ci aurait parfaitement été capable de soigner une telle blessure. Elle se retourna alors vers McGonagall, d'un air interrogateur et visiblement très inquiète, redoutant la réponse à la question quelle allait poser :

- Ne serait-il pas empoisonné par hasard ?

- Si je le crains ! Répondit McGonagall, tout aussi inquiète.

Personne n'ajouta rien. Toutes deux savaient que s'il s'agissait d'un simple poison, Severus, expert en potion, et particulièrement en antidote et antipoison, aurait pu se guérir sans difficulté. Ce qui signifiait qu'il s'agissait d'un poison complexe dont l'antidote nécessitait du temps et des ingrédients rares, s'il existait un antidote…

- Madame Pomfresh, puis-je vous laisser ? Je dois retourner à Poudlard, je vous laisse Arthur et Molly. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas à leur demander. Je compte sur vous pour faire le maximum.

- Oui je ferai tout ce qui est en mon pouvoir mais sans antidote… Savez-vous au moins quelle arme lui a fait cette blessure ? Grâce à elle nous pourrions essayer de déterminer la composition du poison et essayé de trouver son antidote. Sans cela, je doute qu'il ne survive…

- Oui nous avons l'arme, je vais voir avec les autres membres pour qu'ils se chargent de cela. De même je pense qu'il serait plus sage qu'il ne reste pas seul : voyez entre vous pour établir une sorte de garde à tour de rôle à son chevet. Dit-elle en s'adressant cette fois-ci à Arthur et Molly. Tel que je connais Severus, il n'appréciera pas du tout de rester ici, et il risquerait d'agir de façon inconsidérée… Pour ma part, je pense pouvoir revenir ce soir. Tenez moi au courant de l'évolution !

Et sur ces derniers mots, elle sortit et repartit vers Poudlard après avoir répéter ces consignes aux autres membres restés en bas dans la cuisine, certains acquiesçant plus ou moins à contre-cœur.

Pomfresh mit près de trois heures à arrêter définitivement les saignements et à freiner l'évolution du poison et de la surinfection. Elle avait dû faire avaler, de force, plusieurs potions à Severus pour enfin le stabiliser, dans un état semi-comateux, encore inconscient. Quand elle se fut assurée que son état était suffisamment stable, elle regagna Poudlard, laissant ses consignes aux aides soignants volontaires Molly, Arthur, Nymphadora et Nayasta. Un tour de garde au chevet de Severus avait été instauré comme l'avait demandé McGonagall.

A certains moments Severus s'agitait un peu plus dans son sommeil, ouvrant parfois à demi les yeux ou gémissant faiblement, mais sans jamais se réveiller vraiment. McGonagall repassa comme promis dans la soirée et prit un tour de garde.

Soudain Severus sembla s'agiter plus que d'ordinaire et se mit à hurler et crier des mots incompréhensibles, ce qui attira les autres dans la chambre. Ils surprirent alors une Minerva, s'efforçant tant bien que mal de maintenir Severus qui s'agitait dans tous les sens, toujours inconscient pourtant, mais visiblement en proie à de redoutables visions, et repoussant violemment McGonagall de ses bras tendus vers l'avant. Sirius et Rémus s'élancèrent alors à son secours pour immobiliser Severus, et parvinrent à l'attacher au lit par des liens magiques.

Enfin ils lui firent boire de la potion de sommeil sans rêve que Pomfresh avait eu la bonne idée de leur laisser. Severus sembla alors peu à peu se calmer et s'endormit paisiblement comme si de rien n'était.

- Si j'avais su qu'il fallait aussi se battre avec lui dans son sommeil, je ne suis pas sûr que j'aurai accepté autant de tour de garde ! Le chien ! C'est qu'il a de la force en plus ! S'exclama Sirius une fois tout rentré dans l'ordre. Allez vous reposer Professeur McGonagall. Vous semblez épuisée et vous avez déjà bien assez à faire à Poudlard ! Nous allons prendre la relève avec Rémus…

- Bien je vous laisse ! Mais n'en profitez pas et n'oubliez pas les soins que Madame Pomfresh vous a demandé de lui administrer !

- Ne vous inquiétez pas Professeur, nous sommes sous bonne garde avec Molly, Arthur et Tonks ! Je ne crois pas que l'on pourra se laisser aller à nos mauvais penchants envers Severus. De toute façon nous attendrons son réveil, ce sera bien plus amusant !

- Sirius ! Lui lança McGonagall, d'un air à la fois agacé et amusé. Puis elle les quitta.

Aucun autre incident ne se produisit dans la nuit, ni le lendemain.

…………………………………………………………………………………………………..

Severus commença à remuer, enfin à essayer de remuer, il ne pouvait en fait bouger que partiellement. Une main devait être attachée, ainsi qu'une jambe.

« Pourquoi je ne peux pas bouger comme je le veux, pourquoi suis-je attaché ! Ah oui ! 12 Square Grimmaud ! Procès mémorable ! Je n'aurai pas pensé m'en tirer à si bon compte ! Quoique, Severus, tu te retrouves tout de même attaché ! Ca pourrait être mieux tout de même ! Oui, mais ça pourrait être pire aussi ! » pensa Severus, se réveillant peu à peu.

Il essaya d'ouvrir les yeux mais la lumière trop vive l'obligea à les refermer aussitôt, puis, se protégeant les yeux de sa main libre, il les entrouvrit progressivement en clignant des yeux plusieurs fois avant de pouvoir s'adapter à la clarté ambiante. Il vit alors une silhouette bien connue se pencher vers lui.

- Bonjour Severus ! Comment vous sentez-vous ?

- Je crois que j'irai beaucoup mieux si je n'étais pas attaché ni aveuglé ! Mais à part ça plutôt pas trop mal, je vous remercie, Minerva ! répondit-il d'une voix basse, assez faible mais audible, et rauque.

- Oui je suis désolée, mais face à votre sommeil plutôt agité, nous avons dû prendre certaines mesures, somme toute désagréables, je le conçois. C'est que même endormi et à demi-mourrant, vous avez encore la force de nous assommer mon cher Severus ! lui dit-elle, un large sourire sur les lèvres, et le regardant d'un air moqueur. Puis d'un coup de baguette magique, elle défit les liens qui le retenaient encore.

- Cela va-t-il mieux ainsi ?

- Oui merci ! fit-il d'un ton bourru.

Il essaya alors de se relever sur un coude, mais une douleur brutale au flanc et une migraine fulgurante se rappelèrent à lui. Il se rallongea aussi soudainement et porta ses mains à sa tête, la serrant comme dans un étau, essayant de chasser cette douleur par la pression.

- Quelque chose ne va pas Severus ? s'inquièta McGonagall

- Ca va passer. Juste quelques secondes.

Il resta ainsi quelques secondes. Puis, il réalisa tout à coup qu'il ne sentait pas ce contact froid si familier contre sa nuque et son torse, il porta alors la main à son cou cherchant vraisemblablement quelque chose, mais n'y trouva rien, ce qui le fit froncer les sourcils.

Ce geste n'échappa pas à McGonagall, qui s'empressa de le rassurer :

- Ne vous inquiétez pas Severus ! Tous vos effets personnels, dont votre chaîne, sont rassemblés sur cette table. Nous avons dû, et je m'en excuse d'avance, vous enlevez cette chaîne, car vous auriez pu vous blessez lors de vos… crises !

Il ne répondit rien et tenta à nouveau de se redresser en s'appuyant sur son coude, tout en observant McGonagall d'un regard interrogateur. Le drap qui le recouvrait glissa de son torse, alors seulement entouré des bandes qui protégeaient sa plaie. Il réalisa tout à coup qu'il ne sentait rien d'autre que le drap sur sa peau et qu'il était… il était nu ! Il porta alors son regard sur le bas de son corps comme pour confirmer.

« C'est pas vrai ! Ils n'ont quand même pas osé … » Severus déglutit à cette découverte et reporta son regard sur McGonagall, apparemment amusée de la situation quant à elle, comprenant l'objet de l'embarras de Severus.

- Pourrai-je savoir ce qui vous amuse tant ? demanda-t-il sur un ton outré et proche de la colère.

- Désolée Severus, de vous avoir mis dans une position si … indélicate, mais nous n'avions pas le choix. Tous vos vêtements étaient tâchés de sang et nous devions soigner vos blessures !

- Je n'avais des blessures que sur le torse, ce me semble, non ?

- Severus ! Ne prenez pas ses airs outrés ! Je peux vous garantir que seuls, Madame Pomfresh, Arthur, Molly et moi-même avons assisté à vos premiers soins !

Severus se mit alors subitement à rosir, ce qui redonnait quelque peu vie à son visage jusque là plutôt livide.

- Madame Pomfresh !... Vous et … Molly et Arthur Weasley… ! Assisté aux soins! Mais… vous… Severus ne parvint pas à finir sa phrase, trop confus pour continuer.

Il se redressa alors un peu plus et s'assit tant bien que mal sur le bord du lit, posant avec difficulté ses pieds à terre et tentant de maintenir le drap sur lui. Il avait l'impression que tous ses muscles avaient été passés sous rouleau compresseur comme disaient les moldus. Et cette migraine !... Il reposa sa tête dans ses mains, les coudes appuyés sur ses genoux.

- Severus vous n'êtes pas raisonnable ! Restez donc couché ! Et reposez-vous !

- Combien de temps ?

- Combien de temps, quoi ?

- Combien de temps suis-je resté inconscient ? Combien de temps s'est-il passé depuis… enfin depuis mon soi-disant procès ?

- Deux jours, nous sommes le soir du deuxième jour pour être plus exact. Il doit être près de 21h, si vous voulez tout savoir. Et vous devriez vous recoucher, votre plaie se remet à saigner ! Nous avons eu assez de mal comme ça, alors, s'il vous plaît, obéissez pour une fois !

Severus regarda ses bandages et constata effectivement qu'ils commençaient à se teinter de rouge. « Pas étonnant en soi ! Ils n'ont pas dû trouver de quoi neutraliser ce foutu poison ! »

- Je suppose que, pour le moment, vous n'avez rien trouvé concernant le poison qui courre actuellement dans mes veines, et donc que vous n'avez trouvé ni antidote, ni de quoi le neutraliser. N'est-ce pas ?

Il leva alors doucement le regard vers McGonagall qui prenait un air contrit. « Inutile d'attendre la réponse, cet air en dit long ! » Il baissa les yeux puis dit, comme s'il réfléchissait tout haut :

- Bon dans ce cas, je vais devoir encore me débrouiller ! Je vais devoir tacher de trouver moi-même le remède ! Dans un premier temps, il faut que je détermine sa composition ! Veuillez m'apporter tout le matériel et les ingrédients nécessaires pour détailler la composition du poison… Si vous avez tenté de le faire auparavant, vous devez savoir de quels ingrédients je veux parler… Ah et n'oubliez pas la dague, j'en aurai besoin !

Puis n'entendant aucune réaction de la part de son interlocutrice, il la regarda à nouveau, et ajouta, avec un sourire forcé :

- S'il vous plaît !

- Bien ! J'ai cru un instant que vous aviez perdu les quelques rudiments de politesse que vous aviez appris ! Quoique même en temps normal, ce n'est pas la politesse et l'amabilité qui vous étouffent. Le ton qu'elle prenait n'était pourtant ni agressif ni contrariée mais au contraire amical.

- Minerva s'il vous plaît ! Epargnez-moi ces babillages puérils ! Et accédez à ma requête, ce sera bien plus utile !

- Severus, vous devez vous reposez !

- Je pense m'être suffisamment reposé jusqu'à maintenant ! Deux jours de sommeil, cela est plus que suffisamment. Et dois-je vous rappeler que si je ne trouve pas de remède à ce poison très rapidement, je ne durerai pas très longtemps ! Apparemment personne ici n'en a été capable, donc je vais devoir m'en charger ! Comme d'habitude ! Voilà ce qui arrive d'être entouré d'ineptes ignorants qui méprisent les arts des potions pourtant si basiques et si utiles, pour la simple et bonne raison qu'ils ne sont pas spectaculaires ! Pathétique !

- Severus ! Calmez-vous donc ! Je vais aller vous chercher ce dont vous avez besoin, mais je resterai avec vous ! Et promettez moi de ne pas abusez de vos forces ! Je n'ai pas envie de devoir encore vous réanimer ! Une fois m'a suffit bien amplement !

Elle s'apprêtait à sortir quand une voix grave et rauque la rappela derrière elle :

- Minerva… Pourriez-vous, avant de sortir, me donner… Severus avala sa salive et se racla la gorge avant de continuer, puis lui montra de la main le siège à l'autre bout de la chambre… mon pantalon… S'il vous plaît ? Il regardait dans le vide visiblement embarrassé.

- Bien entendu Severus ! McGonagall semblait plutôt s'amuser de la situation. Le voir ainsi si gêné était si rare qu'il fallait savouré le moment, trop unique pour passer à côté de ça ! Tenez !

Severus attrapa le pantalon d'un geste un peu brutal, plus brutal qu'il ne l'aurait voulu, en marmonnant un « merci ! » à peine audible, les dents serrées, évitant toujours de la regarder. Il détestait par-dessus tout être ainsi en position de faiblesse, à la merci de tierce personne, et d'être redevable de quoique ce soit ! En outre, il n'était pas dupe que les autres jubilaient en quelque sorte, de le voir ainsi, lui si fier et si indépendant d'habitude, devoir quémander de l'aide… Il rageait intérieurement, mais essaya de se contenir, trop fatigué d'ailleurs…

Et il valait mieux ne pas trop se faire remarquer, sa position restait tout de même précaire, bien qu'il ait obtenu l'appui de McGonagall. Cet appui était peut-être non négligeable, mais cela ne valait pas la protection que Dumbledore lui avait assurée jusque là : mieux valait rester sur ses gardes !

McGonagall sortit. Il se mit alors difficilement debout, les jambes encore flageolantes, se maintenant au mur pour ne pas tomber. Après quelques secondes, se sentant un peu plus stable, il enfila, d'un geste mal assuré et tremblotant, son pantalon. Voilà déjà qui est un peu moins humiliant ! Il aurait bien aimé aussi enfiler un haut pour ne pas rester ainsi torse nu, mais ne s'en sentit pas la force. Il avait déjà du mal à rester debout et à enfiler un pauvre pantalon, alors atteindre le siège à l'autre bout de la salle et enfiler sa chemise ou sa robe, là… cela paraissait assez compromis pour le moment.

Il se rassit donc sur le lit et attendit McGonagall. Celle-ci ne tarda pas à revenir, avec chaudron, balance en cuivre, mortier, pilon, ustensiles divers, fioles, et plusieurs ingrédients. Sans oublier la dague ! Elle déposa le tout sur la table, située à l'opposé du lit, près du fameux siège. Une fois qu'elle eut fini de tout disposer convenablement, elle se retourna vers Severus et avec un grand sourire lui dit :

- A vous, maintenant, Maître des potions ! Que je puisse admirer vos talents ! Aucune pointe d'ironie ne perçait dans sa voix, elle paraissait vraiment sincère.

Severus se releva alors comme précédemment et d'une démarche incertaine s'avança vers la table. « Je ne vais tout de même pas lui demander de l'aide pour ça aussi ! » Mais il se sentait chanceler et faillit vaciller sur le côté, quand il sentit une main forte le retenir par le bras et le soutenir, le guidant vers la table puis l'asseoir sur le siège. Il croisa le regard de McGonagall qui l'avait ainsi aidé, mais ne dit rien. Elle non plus, d'ailleurs.

Son regard se porta dans un premier temps sur les quelques objets qu'il avait en sa possession en arrivant, peu nombreux en fait, et qui avait été rassemblés sur la table. Il y avait quelques mornilles, formant une somme dérisoire, une lettre précieusement recachetée, un couteau dont le manche était fait d'un métal finement ciselé d'écritures anciennes et dont la lame était protégée par magie, ainsi que la fameuse chaîne en argent dont il ne se séparait jamais d'habitude. Toutefois les ingrédients qu'il avait récupérés à la Tête du sanglier ne se trouvaient pas là. Il s'empara d'une main légèrement tremblante de la chaîne et contempla un instant, au creux de sa main, les deux anneaux qui y pendaient, un en forme de serpent en argent s'enroulant en tête à queue et l'autre formé de trois anneaux enchevêtrés en argent, or blanc et or jaune et portant une inscription gravée à l'intérieur. Puis il se décida enfin à en détacher le regard et à attacher la chaîne autour de son cou.

McGonagall l'avait observé sans prononcer une parole, bien que de nombreuses questions la démangeaient, mais elle savait que ce n'était ni le moment ni l'endroit. Il commença alors à regarder ce qu'elle lui avait apporté et à disposer le matériel comme à son habitude. Il se tourna alors vers elle, un peu dépité.

- Je pense que malheureusement j'aurai encore besoin de vous !

- Bien sûr Severus ! Je vous ai dit que je resterai, alors autant que je vous sois utile !

- A vrai dire c'est votre baguette qui sera utile !

McGonagall comprit alors où il voulait en venir.

- Très bien ! Je vous écoute ! Quelles sont vos instructions ?

Severus lui demanda d'allumer un petit feu sous le chaudron et de faire apparaître de l'eau dedans, ce que McGonagall réalisa sans plus tarder. Il se releva alors, appuyé à la table et commença : il mélangea d'abord deux – trois ingrédients puis se saisit de la dague et, sous le regard terrorisé de McGonagall, se fit une entaille sur le bras gauche, sous la célèbre Marque des Ténèbres. Quelques gouttes de sang tombèrent alors dans le chaudron se mêlant aux autres ingrédients, formant ainsi une mixture d'une couleur rose orangée assez artistique.

- Que faîtes-vous donc Severus ? Êtes-vous devenu fou ?

- Ma chère Minerva ! Si c'est pour m'interrompre à tout bout de champ, autant m'envoyer quelqu'un d'autre qui montrera moins de curiosité ! Si je fais ça, ce n'est pas par pur masochisme, c'est parce que ce genre de poison ne se révèle certainement qu'en la présence de sang ! Mais je ne vous en veux pas Minerva, vous ne pouviez pas le devinez !

- Comment pouvez-vous savoir qu'il faut du sang pour révéler le poison, si vous ne savez pas de quel poison il s'agit !

- Parce que je connais bien le compositeur de ce poison et ses petites manies. Je sais que c'est le genre de chose dont il raffole et qui l'amuse au plus haut point ! Vous voyez de qui je veux parler, n'est-ce pas ? Il tourna alors vers McGonagall un regard noir lourd de sous entendus.

Elle acquiesça de la tête, sans rien ajouter. Donc elle avait vu juste, c'était bien Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom qui l'avait ainsi blessé !

- Maintenant, s'il vous plait Minerva ! Laissez moi travailler en silence !

Severus poursuivit son travail, et elle l'observa avec attention, couper les ingrédients avec une dextérité presque envoûtante, mélanger les ingrédients si précisément préparés, chronométrer minutieusement et attendre les réactions, tout en griffonnant diverses notes de sa fine écriture illisible sur un bout de parchemin, puis reprendre ses mélanges, donnant de temps à autre des instructions à McGonagall qui s'empressait d'obéir.

Elle savait que Severus était un grand Maître des potions, extrêmement doué, peut-être même le plus doué de sa génération et de l'époque actuelle, comme elle-même était une experte dans le domaine des métamorphoses, mais elle n'avait jamais vraiment eu l'occasion de le voir à l'œuvre. Severus sentait le regard de McGonagall le scruter dans ses moindres gestes, mais il ne s'en offusqua pas. Au contraire, il semblait s'en amuser presque au fond de lui, fier même de pouvoir montrer ainsi ses capacités à son ancienne collègue et surtout ancien professeur d'une matière dans laquelle il avait toujours eu beaucoup de difficulté à exceller. Les métamorphoses avaient été, et resteraient probablement toujours, un de ses points faibles.

Au fur et à mesure elle le voyait pâlir de plus en plus, et se mordre les lèvres. Des gouttes de sueur commençaient à perler sur son front, alors qu'il ne faisait pas vraiment chaud dans la pièce. Ses gestes étaient de moins en moins précis, et à plusieurs reprises McGonagall devait elle-même faire les manipulations sous l'œil attentif de Severus qui lui expliquait comment procéder. Elle savait qu'il devait être exténué, mais se garda de tout commentaire, sachant qu'il était primordial qu'il puisse au moins finir de décortiquer ce poison, car s'il s'arrêtait, il n'aurait peut-être pas la force de reprendre… Et alors… Alors mieux valait ne pas y penser !

Enfin, au bout de deux heures d'acharnement, Severus se rassit et demanda à McGonagall d'éteindre le feu et de vider le chaudron. Il prit un parchemin vierge et commença à écrire. Son écriture, petite et fine, en patte de mouche, était devenue tremblotante. Tout en continuant à écrire, il dit à McGonagall, d'une voix sourde :

- Minerva, voici la composition exacte du poison. Et voici également les ingrédients dont j'ai besoin. Il me les faudrait assez vite, si possible, bien que certains soient assez rares. Je pense toutefois que vous pourrez tous les trouvez dans la réserve que j'avais constituée à Poudlard…

- Bien Severus ! Je vais aller les chercher tout de suite. Je pense pouvoir revenir d'ici une demi-heure avec tout ce qu'il vous faut ! Severus ça ne va pas ? Severus ?

Celui-ci avait eu un petit spasme, et se cramponnait au siège de douleur. Enfin la douleur s'estompa et il put répondre dans un souffle :

- Ca va aller ! C'était passager ! Il va falloir vous dépêcher cependant !

- Allez vous rallonger le temps que j'aille chercher tout ça ! Et tout en disant cela elle le tirait déjà légèrement pour le raccompagner au lit.

- Non attendez ! Je n'ai pas fini la liste, il me reste un ingrédient ! Bien que je croie que j'en avais sur moi en arrivant ici, il vaut mieux que vous en rameniez au cas où.

- Severus, c'est bon je me débrouillerai ! Rallongez-vous et attendez mon retour. Ce ne sera pas long ! Vous en avez assez fait pour ce soit !

Severus avait eu juste le temps de rajouter « plu… » sur le parchemin mais ne put finir son mot. N'ayant pas la force de résister plus longtemps, il se laissa faire, se rallongea et ferma les yeux. McGonagall lui fit boire une potion qui l'apaisa sur le champ puis partit. A peine la porte se fut-elle fermée qu'il se rendormit, d'un sommeil agité et troublé par des visions, des visions qu'il ne connaissait que trop bien, des cauchemars du passé… Il n'entendit pas une personne entrer dans la chambre et s'asseoir sur le siège le fixant intensément du regard.

(1) Expression lue dans certaines fic et que j'ai trouvée assez sympa. Merci aux auteurs de me l'avoir prêtée.