CHAPITRE 9 : Cohabitation difficile

Le lendemain soir, Severus remit un peu d'ordre dans la chambre. Il aimait bien que tout soit un tant soit peu rangé, cela donnait au moins un semblant d'ordre dans sa vie, même si celle-ci n'était pas vraiment « rangée »… Oh non, dans sa vie tout était allé de travers, tout avait déraillé ! Rien ne s'était déroulé comme il l'aurait espéré et comme il avait essayé de le planifier. Il avait en fait l'impression que toute sa vie lui avait échappée ! Il avait beau essayé de reprendre les choses en main, mais, rien à faire, tout lui échappait toujours, voire plus grave, quoi qu'il tentât, à chaque fois il perdait encore plus le contrôle…

Non décidément, il n'était pas doué pour mettre de l'ordre dans sa vie…

Il se força à sortir de ses songes, il était peut-être temps de descendre. Il devait être l'heure du repas, et il était hors de question qu'il se fasse encore servir ici plus longtemps. Il allait beaucoup mieux maintenant, encore un peu faible, mais mieux. Il faut dire qu'il n'avait pas toujours mangé à sa faim, ces derniers mois, traqué comme il l'était par l'Ordre et les Aurors, sans parler de ces dix derniers jours, où il avait été trop malade pour avaler quoique ce soit. En fait il avait recommencé à manger une alimentation solide seulement depuis la veille, depuis qu'il s'était enfin réveillé. Il mangeait encore peu, des quantités quasi ridicules pour un homme de sa taille, ayant encore du mal à se réadapter à une alimentation normale. Il se sentait plus ou moins vaseux, mais il descendrait quand même dès ce soir, et ferait quelqu'effort pour avaler quelque chose…

« Bon ! Il est temps d'y aller ! Allons affronter ces lions déguisés en agneaux ! »

S'encourageant moralement, Severus jeta un regard à son reflet dans le miroir. A vrai dire ils avaient fait des miracles avec son costume : il était propre et impeccable, ne laissant plus aucune trace de déchirure ou de sang. « Sacré Molly ! Si seulement elle pouvait en faire autant avec moi, parfois ça m'arrangerait ! » pensa –t-il en voyant son visage livide, au nez si disgracieux.

Il se contempla encore quelques secondes, de la tête aux pieds : somme toute il était assez présentable, ainsi tout de noir vêtu, pantalon et chemise noirs, recouverts de son éternelle robe de sorcier arrivant aux genoux, et chaussé de bottes légèrement montantes, la seule petite différence par rapport à son costume de Poudlard d'ailleurs. Il en profita pour examiner sa cape, laissée sur le siège : elle aussi avait été nettoyée et paraissait presque comme neuve. « On pourrait quasiment parler de travail d'artiste ! Molly est au moins douée pour ça !»

« Bon Severus, il faut vraiment y aller là ! » Il reposa sa cape sur le siège « Pas besoin de ça pour le moment ! Laisse la se reposer elle aussi ! » Prenant une profonde inspiration, et se recomposant un visage impassible et inexpressif, il se décida enfin à sortir et ouvrit d'un coup sec la porte. « Personne dans le couloir ! Tant mieux. Apparemment, je suis au premier. Ils doivent être tous déjà descendus et tu dois être en retard ! Tu aurais pu descendre plus tôt Severus ! Espèce d'idiot, tu t'es laissé perdre dans tes songeries inutiles ! »

Il descendit alors l'escalier, précautionneusement, se tenant fermement à la rampe, la tête lui tournant encore parfois un peu. Il parvint, au bout de ce qui lui parut une éternité, à atteindre le seuil de la cuisine sans rencontrer personne. Il s'arrêta brusquement, se soutenant d'une main au chambranle de la porte, essayant de se donner un air poseur pour ne rien laisser transparaître.

Tous les membres, qui apparemment restaient vivre quelques temps au 12 Square Grimmaud, étaient déjà installés à la table : les Weasley, quasiment au grand complet, Sirius, Rémus bien sûr, Granger et Potter. Il y avait aussi Tonks et sa sœur Nayasta, ainsi qu'une autre jeune femme, de vingt ans à peine, assez grande aux cheveux d'un noir d'ébène, à la peau très pâle et aux traits fins, d'après ce qu'il put en entrapercevoir, en grande conversation avec les deux sœurs.

Tous tournèrent leur regard vers lui, à son arrivée, certains devant se retourner sur leur chaise pour lui faire face, cessant instantanément leur conversation et le dévisageant sous toutes les coutures. « On dirait qu'ils ne m'ont jamais vu ! Leur a-t-on jamais appris qu'il était impoli de dévisager les gens ainsi ! Mais voyons, mon p'tit Severus, tu devrais être flatté de faire tant d'effets ! »

- Ah… Severus ! Je ne croyais pas vous voir descendre manger parmi nous si tôt !

Molly s'était levée et commençait déjà à préparer un couvert de plus.

- Tenez Severus ! Il reste une place de libre ! Dit-elle en lui désignant une place entre Nayasta et Arthur, presque en bout de table, juste en face de Rémus et Sirius.

« Charmant ! La place idéale en somme, si bien entourée ! » pensa Severus avec ironie.

- Merci Madame Weasley !

Il se dirigea, d'un pas lent mais assuré vers la place qu'elle lui avait indiquée et s'assit, effectuant des gestes lents, calculés, pouvant presque paraître nonchalants d'un point de vue extérieur, mais permettant en fait à Severus de ne pas accentuer son léger mal de tête. Molly s'était déjà empressé de lui servir de la viande et des légumes en quantité beaucoup trop abondante au goût de Severus, qui lui fit signe de la main que cela suffisait amplement.

- Merci, je crois que cela ira parfaitement ! Lui dit-il sur un ton froid mais poli avec une esquisse de sourire à son égard, en la regardant droit dans les yeux.

- Alors bon appétit !

Molly retourna s'asseoir et recommença à manger. Mais tous les autres continuaient de le dévisager et gardaient le silence. Severus les regarda un à un et les dévisagea à son tour, s'arrêtant un peu plus longuement sur la jeune femme qu'il ne connaissait pas. Elle soutint son regard sans ciller : « Par Merlin ! Ce regard ! Noir, noir de jais, comme ses cheveux d'ébène ! Je connais ce regard ! Mais où ? Ses traits, on jurerait… Elle lui ressemble pourtant. Non ce ne peut être cela ! »

« Qu'a-t-il à me fixer de la sorte ? Quel regard pénétrant ! Je jurerai qu'il tente de lire dans mes pensées. Serait-il legilimens ? Et quelle ressemblance étrange avec … Mixiel ! Et si c'était lui, que l'on cherchait ? Non c'est impossible, pas lui… » pensa quant à elle la jeune femme.

Il détourna ensuite son attention sur sa voisine immédiate, Nayasta ! « Ah pourquoi est-elle donc revenue ? Quel tour pendable va-t-elle encore inventer ? J'espère en attendant, que la leçon que je lui ai donnée, il y a quelques années, lui aura fait comprendre qu'elle n'a pas intérêt à s'attaquer à plus grand qu'elle ! Une gamine qui veut jouer dans la cour des grands ! Enfin… la gamine a l'air d'avoir grandi ! Rhha… Comme si je n'avais pas assez de problème comme ça ! » Mais ils ne se dirent rien. Ses yeux refirent un tour rapide de la table.

« Bon alors, quand auront-ils fini de te fixer comme ça ! Je sens que je vais leur faire baisser les yeux par une de ces répliques bien senties ! Non, Severus calme toi ! Retiens tes critiques acerbes, tout au moins pour le moment ! Ne lance pas les hostilités ! Allez mange ! Peut-être cesseront-ils quand ils verront que tu ne réagis pas ! » Bien que très agité intérieurement, Severus garda une expression froide et impassible sur son visage.

Se disant, il se tourna vers son assiette et commença à prendre une bouchée puis deux, mangeant très lentement. Les autres semblaient reprendre leur conversation, lui jetant tout de même quelques coups d'œil de temps à autre. Tout en avalant une autre bouchée, il ferma les yeux quelques secondes, comme pour mieux la savourer, sans pour autant relever la tête de son assiette :

« Ah cette sensation chaleureuse ! Ce goût légèrement salé, chaud sur la langue, cette chaleur granuleuse descendant dans la gorge… Pas forcément délicieux au point de se damner, mais toujours meilleur que ce que tu as pu manger depuis longtemps… Comment peut-on oublier cette si douce et agréable sensation… Je n'aurai pas cru que manger était aussi agréable, moi qui d'habitude dénigre les plaisirs culinaires. Il faudra y remédier ! Et t'efforcer de ne pas jeûner si longtemps, Severus ! »

- Quelquechose ne va pas, Monsieur Snape? Demanda une voix à sa gauche, timidement, visiblement troublée de le voir ainsi les yeux fermés et s'arrêter de manger.

Severus rouvrit alors les yeux et regarda, presque avec colère, la personne qui venait de s'adresser à lui. « Ne pouvait-il pas le laisser tranquille, à sa méditation ? Ne pouvait-on pas penser tranquillement dans cette maison ? A priori non !»

- Non, tout va bien, Monsieur Weasley ! Je savourais cette cuisine, c'est tout !

- Tu savourais ? Railla Sirius, qui n'attendait qu'un prétexte pour provoquer Severus. Vous entendez Molly ! Snivellus « savoure » votre cuisine. C'est peut-être bien le seul ! Non que votre cuisine soit si mauvaise Molly, je ne voudrais pas vous vexer, je serai bien incapable moi-même d'en faire autant, mais tout de même… Et il partit d'un rire gras, accompagné par Rémus, tous deux le fixant du regard.

Severus crispa légèrement les poings mais s'efforça de ne pas répondre et continua à manger. Mais à vrai dire, cela avait perdu tout son charme et il sentait déjà la nausée le reprendre. Il s'efforça tout de même de continuer, plus lentement.

- Oh ! Sirius ! S'il vous plaît ! Soyez un peu plus charitable envers cette chère Molly ! Que deviendrait-t-on sans elle ? Je crois que l'on mourrait de faim !

- Merci Tonks ! Au moins certains ont un peu de reconnaissance ! répondit Molly, sur un ton toutefois amusé.

« Répugnant ! Tant de plaisanteries douteuses, sur ce ton si faux de joie et de bonne humeur ! Vraiment écoeurant ! A faire vomir ! Pourtant, mon pauvre Severus, il va falloir t'y habituer, car tu risques de devoir rester entouré de tous ces Griffondors pendant près de deux mois ! Ah si au moins il pouvait avoir un bon petit Serpentard acerbe et sournois, même le plus bête soit-il ! Non, tant qu'à faire, pas trop idiot quand même ! »

- Alors Snivellus ! Tu as perdu ta répartie ! Oh c'est dommage, toi qui avais le verbe si bien acéré ! Ca va me manquer ! reprit Sirius, toujours riant.

- Non Black ! Je garde ma répartie pour les grandes occasions ! Et je ne pense pas que celle-ci en fasse partie ! Mais ne t'inquiète pas, quand ce sera le cas, je pense que tu en seras le premier informé ! La voix de Severus était étrangement basse et grave.

- Ah tout de même ! J'avais peur qu'on n'ait perdu notre cher Snivellus en route ! Ca m'aurait presque manqué !

- Tu l'as déjà dit, ce me semble ! Tu radotes avant l'âge, Black ! L'air vicié de cette maison n'est peut-être pas bon pour tes neurones après tout !

- Je te signale tout de même que tu es accueilli dans cette maison à l'air vicié comme tu dis ! Bien malgré moi, je l'avoue ! Mais je n'irai pas contre les décisions et les besoins de l'Ordre ! N'en profites pas cependant et ne pousse pas le bouchon trop loin, Snivellus ! Je te préviens, au moindre écart de conduite, tu me trouveras sur ta route !

A ces dernières paroles, Sirius s'était levé, les mains posées à plat sur la table et se penchant légèrement vers Severus, menaçant.

- Mais j'y compte bien Black ! Sache toutefois que je ne reste pas non plus ici par plaisir, si ça ne tenait qu'à moi je serai déjà parti ! Mais, de même, je n'irai pas contre les décisions de l'Ordre !

- Ca, j'attends de voir ! Vois-tu, Snivellus, aussi étrange que cela puisse te paraître, j'ai du mal à te croire sur parole !

Severus à son tour se leva, un peu trop vite à son goût, sa migraine lui tambourinant brutalement les tempes et son environnement immédiat tournant dangereusement. Il devint livide, il ferma une fraction de secondes les yeux pour reprendre ses esprits puis les rouvrit sur Sirius, une lueur de froide colère au fond de ses prunelles noires. Enfin il reprit d'un ton neutre et suave qui contrastait fortement avec son regard :

- Ce n'est pas moi qui viens d'ouvrir les hostilités Black ! Que veux-tu exactement ? Que je parte ? Oui, ça, je l'ai bien compris ! Mais tu l'as dit toi-même, tu n'iras pas contre les volontés de l'Ordre. Alors que cherches-tu à me provoquer de la sorte ? Tu voudrais peut-être que je te remercie à genoux de l'hospitalité que tu as l'amabilité de m'accorder, bien qu'à contre-cœur ? Tu sais pertinemment bien que je ne le ferai jamais, et ce d'autant plus que cette hospitalité n'est pas de ton fait ! Somme toute, en y réfléchissant bien, - si jamais tu es capable de réfléchir - nous pourrions presque considérer que nous sommes quitte : ta vie contre ton hospitalité !

Severus savait qu'il tenait là une arme redoutable, en rappelant ainsi à Sirius la dette que ce dernier lui devait pour l'avoir sauvé d'une mort certaine, de derrière le voile de la mort, l'année dernière presque jour pour jour. Un sourire mauvais s'esquissa sur son visage.

- Mais, mais… comment, comment oses-tu… Sirius bafouillait presque de rage

- Black ! le coupa Severus d'un ton tranchant, en haussant légèrement le ton, mais toujours sans laisser percer sa colère dans sa voix. Il semble que nous allons devoir cohabiter, tant bien que mal, pendant un certain temps d'ailleurs, alors autant calmer les hostilités de suite, et ce pour le bien de tout le monde ici. « Surtout le mien » ajouta-t-il pour lui-même. Ces querelles ne concernent que nous, inutile d'en faire partager tout le monde. Ne penses-tu pas ?

Sirius ravala sa salive. Que répondre à ça ? Snivellus avait toujours les arguments fatidiques, impossibles à démonter. Une fois encore, cette joute verbale tournait en sa défaveur et il ne pouvait que, accepter, ou passer pour un imbécile égoïste incapable de faire fi de ses querelles. De toute façon, il est vrai, il avait une dette de vie envers Snivellus, pouvait-on considérer qu'ainsi elle serait réglée, il en doutait, mais…

« Pauvre Black ! Pris à ton propre piège ! Que vas-tu répondre à ça ? Mais rien, tu ne peux rien répondre, tu ne peux qu'accepter ! Je t'ai eu encore une fois ! Tu n'as donc pas encore compris qu'il est inutile de t'attaquer de la sorte à Severus Snape, tu ne gagneras jamais à ce jeu-là avec moi ! » Au fond de lui, Severus triomphait mais il conserva, non sans mal, son masque froid sur le visage.

- Je vois que vous avez enfin décidé de vous conduire en adultes et de mettre de côté vos incessantes querelles, dans le bien de tous ! Voilà qui me fait grandement plaisir ! D'autant plus de votre part Severus !

Sirius et Severus tournèrent d'un même mouvement leur regard vers la voix, qu'ils pouvaient reconnaître entre mille.

- Professeur McGonagall ! Je ne vous avais pas entendu arriver !

Severus était plus qu'étonné. « Je ne l'ai pas entendu arriver, d'habitude rien de ce qui m'entoure ne m'échappe. Tu dois être vraiment fatigué Severus ! Depuis combien de temps était-elle là ? Avait-elle assisté à toute la scène ? Après tout ce ne sera pas un mal pour moi, je me suis plutôt montré à la hauteur… On ne peut rien me reprocher cette fois-ci… Bien joué, mon p'tit Sev ! Bien joué ! Un à zéro ! »

- Alors Sirius ? Je crois que Severus vous a fait une proposition, mais je n'ai pas entendu votre réponse. J'attends !

Sirius déglutit, rageant intérieurement. « Savoures donc ta victoire, Snivellus, car elle ne durera pas ! Un jour je t'aurai ! Je montrerai à tous le traître que tu es vraiment ! »

- Je ne vois rien à redire à cela ! La proposition a l'air honnête. Si Snivellus s'y tient alors je m'y tiendrai !

- Heureuse de vous l'entendre dire Sirius ! Rasseyez-vous donc messieurs et finissez donc tranquillement votre repas !

Les deux protagonistes se rassirent silencieusement, toujours se fixant des yeux, comme si la joute verbale se poursuivait en joute silencieuse par des regards meurtriers. McGonagall prit place entre Arthur et Severus, mais ne prit pas part au repas, ayant déjà dîner à Poudlard.

- Alors je constate, Severus, que vous êtes décidément plus têtu que je ne le croyais ! Vous avez quand même décidé de descendre, alors que je vous avais demandé de rester vous reposer.

- C'était bien mal me connaître que de croire que je vous obéirai aveuglement sur ce point et que je resterai cloîtrer dans cette chambre à me faire servir comme un grand malade ! Vous m'avez côtoyé pourtant assez longtemps ! J'aurai pensé que vous aviez au moins appris cela sur moi !

Tous les convives écoutaient bien entendu la conversation entre Severus et McGonagall, espérant bien qu'une information croustillante leur échapperait.

- Oui j'aurai dû m'en douter ! lui fit-elle avec un sourire, le regardant par-dessus ses lunettes. Vous n'en faîtes toujours qu'à votre tête !

- Presque toujours ! Presque toujours ! répondit-il, détournant le regard, avec un air méditatif, presque nostalgique. « Presque toujours, ma chère Minerva ! Si j'en faisais toujours qu'à ma tête, Albus serait encore là avec nous… enfin avec vous, parce que, dans ce cas, moi, je ne serais plus ! » pensa-t-il pour lui-même.

McGonagall posa alors délicatement sa main sur le bras de Severus qui se dégagea d'un geste un peu vif et foudroya presque McGonagall, celle-ci prenant alors un air contrit. Elle savait bien que Severus détestait et ne supportait pas les contacts physiques, mais elle ne savait pas comment lui exprimer autrement son soutien. Elle sentait que cet homme était torturé et déchiré au fond de lui-même et aurait bien aimé l'aider. Si ce qu'elle avait compris se révélait exact, (je dis bien si…) comme cela avait dû être dur et destructeur, de devoir tuer son seul ami et de se mettre alors à dos la quasi-totalité de la société sorcière, tout en trahissant l'autre partie…

Severus avait repris, enfin avait tenté de reprendre, son repas. Mais il sentait comme une boule lui entravant la gorge, l'empêchant d'avaler. Son altercation avec Black et son bref entretien avec Minerva, l'avait un peu troublé. Des souvenirs, qu'il avait réussi à refouler jusque là, refaisant surface peu à peu.

- Severus, qu'est-ce qui ne va pas ? Vous ne mangez pas et cela fait bien cinq minutes que vous triturez la nourriture dans votre assiette sans rien avaler, demanda Molly inquiète.

- Oui, Severus, vous devez manger un peu plus ! Vous devez reprendre des forces !

- Je ne suis pas un enfant, je sais bien ce que j'ai affaire ! Merci ! Inutile de me couver ! J'aimerai juste un peu de tranquillité !

Il vida alors d'un trait son verre d'eau et se leva, s'appuyant lourdement sur la table pour se redresser. Il se dirigea alors vers la porte, puis soudain se retournant d'un geste théâtral, comme à son habitude poudlardiesque, il fit mine de saluer de la tête en disant :

- Mesdames, messieurs, je vous laisse et vous souhaite une bonne nuit ! Et il remonta dans sa chambre.

- Quelle humeur ! Dès qu'on cherche à l'aider, il nous sert de ces sarcasmes !

- Oui Molly ! Et dire qu'on doit encore le supporter. Combien de temps vous avez dit déjà ?

- Deux mois, Rémus, deux mois ! Allez voyons, ce n'est pas si terrible ! Laissons lui un peu de temps ! Je pense que la situation est plus embarrassante pour lui que pour vous ! Et puis il fait des efforts : il vous a même souhaité une bonne nuit ! Un miracle pour lui ! Je pourrai presque compter sur mes dix doigts le nombre de fois qu'il l'a fait à Poudlard, c'est pour vous dire !

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Le lendemain, Severus se réveilla de lui-même à une heure assez matinale, comme à son habitude. Il ne dormait jamais beaucoup d'ailleurs, son sommeil étant souvent troublé par des cauchemars de son passé. Il n'aimait pas dormir, cela n'était pas si reposant pour lui, il ne parvenait à dormir véritablement que lorsqu'il était totalement exténué, ce qui n'allait pas vraiment être le cas ici, vu le peu d'activité physique qu'il pouvait entretenir ainsi confiné en intérieur. Il avait accepté de prendre de la potion de sommeil sans rêve la veille, mais il allait devoir se réhabituer à dormir sans. Il savait qu'une certaine accoutumance pouvait apparaître si on en prenait tous les jours, et il n'avait pas besoin de cela !

Il se leva, d'un air plutôt maussade, se rappelant ce qui s'était passé la veille et s'imaginant que cette journée n'allait certainement pas être bien différente. « Allez Severus, que deux petits mois ! Ce n'est pas la mort tout de même ! »

Il se rafraîchit rapidement à l'aide de la bassine d'eau qu'on avait déposée sur la table à son attention. « Qui l'avait déposé là, au fait ? Certainement un elfe de maison ! Les Blacks doivent bien avoir un elfe de maison eux aussi ! Allons ! Ne sois pas si paranoïaque ! Enfin si je reste deux mois ici, il faudra bien me laisser l'accès à la salle de bain, ils ne comptent tout de même pas à ce que je me contente de cette bassine indéfiniment ! Je réglerais ça plus tard ! »

Puis se tournant vers le miroir, il défit les bandages pour les changer et contempla la plaie qui balafrait son flanc d'un trait encore rouge mais net et fin. « Pas vraiment totalement refermée, mais au moins elle ne saigne plus ! » Il appliqua la pommade que Madame Pomfresh lui avait préconisé pour empêcher la surinfection et refit le pansement.

« Il faudra aussi que je me préoccupe de cette potion anti-poison. Je vais devoir avoir une petite conversation avec Potter et compagnie pour savoir exactement ce qu'ils ont mis et quel procédé ils ont utilisé, car je vais devoir faire dorénavant exactement la même, enfin… avec quelques améliorations quand même ! Parce que ce goût vraiment, non, pas possible ! Je ne tiendrai pas deux mois avec ce goût ! Finalement tu as un bon programme devant toi, pour t'occuper aujourd'hui ! »

Il s'habilla ensuite et se prépara à descendre pour déjeuner. « Peut-être était-il trop tôt ? Il doit être tout juste 7h00-7h30 ! Oh… et puis tant pis ! Je descends, je me servirai moi-même. Avec un peu de chance je serai seul ! »

Il descendit alors vers la cuisine. A son grand désarroi, il n'était pas seul : Molly était déjà là, préparant la table, les œufs au bacon sur le feu, les toasts déjà grillés pour certains…

- Bonjour Monsieur Snape ! Alors comment vous sentez-vous aujourd'hui ?

- Bien Madame Weasley ! Mais vous pouvez abandonner ces civilités avec moi, vous savez ! Je ne m'en offusquerai pas, rassurez-vous ! Au contraire !

- Mais si je vous demande cela, ce n'est pas par simple politesse ! Je m'inquiète vraiment pour vous ! Et vous pouvez m'appeler Molly, ce sera plus simple !

« Mais c'est qu'en plus elle ne ment pas ! Qui l'eut cru ! Une Weasley s'inquiéter pour Severus Snape, le bourreau de ses charmantes petites têtes rousses et surtout de Potter ! Il va falloir t'y habituer Severus, tu risques d'aller de surprise en surprise dans cette satanée maison ! Et ce ne sera certainement pas la dernière ! »

- Pas la peine de vous inquiéter pour moi ! Vous devez avoir bien d'autres sujets à vous préoccuper !

- Pour le moment non ! Je me suis engagée à veiller à ce que vous ne manquiez de rien et à ce que vous vous rétablissiez ! Votre santé est une de mes principales préoccupations actuellement ! Et à vrai dire, votre mauvais caractère ne me facilite pas la tâche !

Severus était un peu estomaqué, s'étant attendu à tout sauf à cette réparti ! Qu'on lui reproche son mauvais caractère n'était pas chose rare, et il s'en amusait et en jouait même, entretenant cette réputation à la moindre occasion. Mais qu'on s'inquiète véritablement pour lui, si ouvertement et avec tant de franchise, il y était peu habitué, excepté de la part d'une poignée de personnes, tel Albus ou Minerva ! Il ne saurait dire s'il l'appréciait, au juste !

Il décida finalement de ne pas répondre.

- Mais ne restez pas debout ! Installez-vous donc ! lui dit-elle, lui épargnant ainsi les détestables civilités du style « Peut-on vous aider ? ». De toute façon, il ne se serait jamais abaissé à de si basses hypocrisies. Il détestait ces politesses et ne s'y résignait qu'en cas de nécessité absolue, ce qui était loin d'être le cas ici…

- Tenez voici vos œufs au bacon et des toasts tout chauds. Vous avez là de la confiture de fraise, de la marmelade d'orange amer et du beurre. Café ou thé ?

- Euh… Thé merci ! se contenta-t-il de répondre en s'asseyant devant l'assiette qu'elle lui avait servie. Il contempla son assiette d'un air dubitatif : « dix fois trop comme d'habitude ! Ca aussi il va falloir t'y habituer ! » Il commença à manger, lentement.

- Ah bonjour Chérie ! fit une voix chaleureuse derrière lui

- Bonjour mon Arthurirounet ! Euh… Arthur ! Se reprit Molly, un peu trop tard, voyant le regard noir que Severus leur jeta en entendant ce surnom pour le moins idiot. « Où suis-je tombé ? Suis-je tombé si bas pour me retrouver avec ces fous ? Comment peut-on se donner des surnoms si .. si …crétins ? »

- Bonjour Monsieur Snape !

- Bonjour Monsieur Weasley !

- Arthur !

Severus le regarda d'un air surpris. Arthur lui répéta alors :

- Oui appelez moi Arthur ! Les « Monsieur Weasley » font un peu trop officiels ! Depuis le temps que l'on se connaît maintenant !

- Bien… Arthur ! lui répondit simplement Severus. « Après tout il y a tellement de Weasley dans cette maison, que les appeler par leur prénom permettra peut-être de les distinguer ! »

- Avez-vous passé une bonne nuit ?

« Ah non ! Pas la conversation ! S'il y a bien une chose que j'exècre, c'est bien les conversations banales et sans intérêt au petit déjeuner ! Juste un peu de tranquillité ! Est-ce trop demander ? »

- Bien ! Merci ! maugréa-t-il presque agressif, ses doigts se crispant sur les couverts qu'il tenait, jusqu'à rendre ses phalanges encore plus pâles qu'elles n'étaient déjà.

Ce dont Arthur, qui s'était assis en face de lui, dut s'apercevoir.

- Quelque chose ne va pas ?

Severus eut envie de lui crier, de lui hurler même, que, oui, ça n'allait pas ! Que ce quelque chose qui n'allait pas c'était, lui, ARTHUR WEASLEY, avec son babillage incessant et futile dès le matin à l'aube. Voilà ce qui n'allait pas ! Mais il se contenta de foudroyer Arthur d'un regard noir très significatif en répondant d'une voix doucereuse :

- Non tout va bien… Arthur ! Tout va bien ! contredisant ainsi ce que son regard signifiait clairement.

Arthur se tut enfin, lançant un regard interrogateur à Molly qui avait pris place à côté de lui et qui haussa les épaules comme toute réponse, avec un air résigné.

- A quelle heure dois-tu finir aujourd'hui Arthur ? demanda-t-elle finalement à son mari

- Je ne sais pas ! Vraisemblablement vers 18h, mais avec tous ces événements on ne sait jamais, je pourrais encore finir en retard. Mais ne t'inquiètes pas Molly ! Si nous avons un grave contretemps, je te préviendrai !

- J'espère que tu seras au moins là pour le dîner ! C'est assez rare que tu puisses te libérer comme hier ! Et n'oublie pas la réunion de l'Ordre demain soir au fait ! Il faut que tu préviennes les autres membres qui travaillent avec toi au Ministère, je ne suis pas sûr qu'ils soient tous au courant !

- Ah oui ! Tu as bien fait de me le rappeler, avec tout ça, j'ai failli oublier. Au fait Monsieur Snape…

- Severus ! le coupa ce dernier. « Il était difficile de les appeler par leur prénom, sans leur donner le change de son côté !». Oui, appelez moi Severus ! Cela simplifiera les choses. Il tourna alors un regard chargé de sous-entendus à Molly.

- Donc, comme je vous le disais,… Severus, vous êtes bien entendu conviez à cette réunion !

- Convié ? Moi ? Je suis, il faut le dire, étonné que l'on me fasse encore participé à de telles réunions, pouvant être … mmh… compromettantes pour l'Ordre !

- Mais, vous avez été réintégré au sein de l'Ordre ! Répliqua Arthur presque offusqué que quelqu'un puisse douter de la réintégration de Severus. Le Professeur McGonagall n'a pas pu vous tenir informé car vous êtes parti avant qu'elle ne l'annonce hier, et elle n'a pas voulu vous déranger dans votre chambre. Elle m'a donc chargé de vous en faire part ! De toute façon, je ne vois pas pourquoi vous n'assisteriez pas aux réunions !

Severus s'arrêta de manger, fixant Arthur d'un regard pénétrant comme pour lire en lui et vérifier qu'il ne se moquait pas de lui.

- Vous avez l'air sûr de vous et cela peut vous paraître une évidence, mais je doute que cela le soit pour tout le monde !

- Severus, ne soyez pas défaitiste ! Tout le monde se pliera aux décisions du Professeur McGonagall !

- Je ne suis pas défaitiste, je suis réaliste ! Quel sera l'ordre du jour, le savez-vous ?

- Nous devons faire un point sur plusieurs choses. A vrai dire, nous avons du mal à avancer et nous devons nous réorganiser, toutes nos actions n'aboutissent à rien de bien concret, voire se révèlent de véritables fiasco depuis … depuis… enfin vous voyez. Cette perte nous a porté un coup dur !

- Oui je vois ! Severus reporta alors son attention sur son assiette, songeur. « Ah Albus ! Et si vous aviez eu tort ! L'Ordre est complètement désorganisé et désemparé, il a perdu sa pièce maîtresse et son pilier et est complètement perdu sans vous ! Et vous qui croyiez que l'Ordre avait plus à perdre avec ma mort, plutôt que la vôtre ! Je crois que malheureusement vous aviez tort… pour une fois !»

- La réunion aura lieu ici demain soir vers 21h, pour que tout le monde puisse être présent. Presque tous les membres seront là normalement ! reprit Molly

- Bonjour Molly ! Bonjour Arthur ! dirent tout à coup deux nouveaux arrivants.

- Bonjour Rémus ! Bonjour Sirius ! répondit en chœur le couple Weasley.

Rémus et Sirius s'assirent en face l'un de l'autre, l'un à côté de Molly, l'autre à une place d'écart de Severus, sans lui prêter un seul regard, ce dernier feignant la même indifférence.

- Nos trois jeunes amis ne sont pas encore levés ? s'enquit Sirius, sur un ton enjoué.

- Non ils dorment encore, je ne vais pas tarder à les tirer du lit ! Ce n'est pas parce qu'ils restent ici, qu'ils doivent se laisser aller, c'est qu'on a du pain sur la planche entre les révisions, les missions pour l'Ordre…

« Tiens c'est vrai ça, je ne l'avais pas remarqué, mais pourquoi notre charmant trio est-il resté ici en pleine année scolaire alors que Poudlard a tout de même réouvert ? Pourquoi ne sont-ils pas à Poudlard ? Auraient-ils abandonné leurs études ? Non puisque Molly vient de parler de révisions. Mais s'ils ne vont pas à Poudlard comment peuvent-ils envisager de passer leurs ASPIC ? Auraient-ils obtenu une dérogation ? Cela ne m'étonnerait guère de ces satanés Griffondors ! Et après, on me dira qu'il n'y a pas de favoritisme !»

- Vous en revoulez encore un peu, Severus ? Demanda Molly à brûle-pourpoint.

- Non merci. Je vais vous laisser. J'aurai cependant deux - trois choses à vous demander, mais je repasserai tout à l'heure quand vous serez moins occupée. J'aimerai aussi parler à Potter quand il sera libre, si c'est possible !

- Bien entendu, Severus ! Si vous ne reprenez pas vos détestables habitudes de vous défoulez sur lui comme à Poudlard, je n'y vois pas d'inconvénients. J'en ferai part à Harry ! répondit-elle d'un ton devenu soudain plus suspicieux et autoritaire.

« C'est qu'elle y tient à son petit Potter ! »

- Et que lui veux-tu à Harry ? Qu'as-tu donc encore à lui reprocher ? Qu'as-tu donc inventé pour le torturer ? Sirius n'appréciait pas du tout l'idée que Snivellus parle à son filleul, quelle qu'en soit la raison.

- Rien si cela peut te rassurer. Il s'agit d'une affaire entre moi et Potter, mais rien de désagréable pour lui !

- Je veux savoir ! Tu ne lui parleras pas tant que je ne saurai pas !

- Et bien, si tu veux tout savoir, je voulais juste le libérer de la corvée de faire cette satanée potion pour moi ! Mais si tu considères qu'il vaut mieux pour lui que cette tache lui incombe encore pendant près de deux mois, qu'à cela ne tienne ! Cela ne me dérange pas le moins du monde !

- Bien, mais je veux être présent !

- Soit ! Venez donc me chercher quand vos majestés Potter et Black seront disponibles ! Je reste à votre entière disposition ! De toute façon, je ne risque pas d'aller bien loin.

Severus se leva, puis d'un signe de tête vers Molly :

- Molly, je repasserai donc tout à l'heure !

- A toute à l'heure, Severus !

- A tout à l'heure, Snivellus !

Severus sortit et entra dans sa chambre. Il ferma la porte puis s'adossa contre elle, en soupirant et en fermant les yeux comme pour reprendre ses esprits.

« Merlin ! Que cette journée s'annonçait éprouvante, sans parler de demain avec cette satanée réunion ! Mais tu feras face, comme toujours ! Pour le moment autant se détendre, de toute façon tu n'as rien d'autre à faire en attendant ! Ah j'ai oublié de l'eau ! Bon ce sera encore pour tout à l'heure ! »