CHAPITRE 10 : questions potion

Severus entendit soudain trois coups frappés sans ménagement à la porte de sa chambre, qui le réveillèrent en sursaut. Il s'était assoupi, assis sur le siège, toujours tourné vers le feu, le livre qu'il lisait ayant glissé à terre et sa main pendant contre son corps.

Trois coups à nouveau encore plus brutaux.

- Severus ! Réponds ! Qu'est-ce que tu fous ! C'est moi Sirius ! Ouvre ou je défonce la porte !

« Allez Severus, secoues toi et va ouvrir à cette brute de sac à puce avant qu'il ne défonce vraiment la porte ! Déjà que tu ne peux pas avoir beaucoup d'intimité, alors imagine un peu avec une porte défoncée !… »

Severus se leva alors, bien malgré lui, encore tout engourdi et les yeux plissés de fatigue, et alla ouvrir.

- Toujours aussi subtil Black ! Je remarque avec joie que la délicatesse est toujours ton point fort !

Il trouva à la porte un Sirius assez énervé d'avoir dû attendre deux petites secondes à la porte, accompagné des trois autres Griffondors. « Pourtant je n'avais parlé que de Potter, non ? » Enfin après tout, au point où il en était…

- Qu'est-ce que tu foutais ? Ca fait trois fois que je frappe à la porte, et tu ne daignes pas répondre ! Mais on dirait qu'on t'a réveillé ! Alors on fait la sieste Snivellus ! Fatigué mon vieux ? Que fais-tu de tes nuits ? En tout cas, pas de grande folie, on le saurait sinon, avec ton physique de rêve !

- Black ! Oui je suis fatigué ! Je suis fatigué de t'entendre ! Alors cesse de suite avant de dépasser mon point de non-retour ! Incapable de tenir plus de vingt-quatre heures, à ce que je vois !

- Des menaces ?

- Non ! Mais tu n'es pas venu pour échanger des mots d'esprit, apparemment ! répondit-il en regardant Potter et sa clique

- Non effectivement ! Tu as demandé à parler à Potter, alors nous voilà comme convenu ! Enfin si on ne te dérange pas trop ! Si tu préfères finir ta sieste, on peut revenir plus tard pour votre majesté Snape !

- Inutile ! Plus vite ce problème sera réglé, mieux ce sera pour nous tous !

- Pour une fois je suis bien d'accord ! Approuva Harry.

Severus se poussa alors et leur fit un gracieux signe de main pour les inviter à entrer, mais Sirius intervint :

- Non, je pense qu'on ferait mieux d'aller dans un endroit plus… neutre, si l'on peut dire ! Descendons en bas dans le salon ! Sirius n'attendit pas la réponse et descendit, suivi de près des trois jeunes gens.

Severus poussa un soupir de résignation et, après avoir fermé la porte, suivit à son tour. Quand il arriva au dit salon, Potter, Weasley et Granger étaient déjà installés, Potter assis dans un fauteuil et les deux autres sur le canapé, Black se tenant quant à lui debout derrière eux. Il s'agissait d'une pièce assez spacieuse, au mobilier ancien, mais non vétuste, les fauteuils et le canapé étant recouverts d'un tissus vert un peu passé, accompagnés d'une table basse en bois ouvragé, avec, tout le long du mur faisant face à la porte, une bibliothèque, remplie de livres apparemment non dénués d'intérêt, (« Je devrai venir faire un tour par ici, je pourrai peut-être trouvé quelque chose d'intéressant »), et, derrière le canapé, une grande fenêtre, donnant sur une sorte de jardin.

Devant les fauteuils, trônait une cheminée de marbre blanc/gris, sculptée à la mode sorcier du dix-neuvième siècle, autant que Severus put en juger de par ses quelques connaissances en architecture, ornée de sortes de bas-reliefs très travaillés, aux emblèmes de la maison Serpentard : ils représentaient en particulier deux immenses serpents, un gris et un blanc, dont les corps constituaient les piédroits de la cheminée, leur tête se rejoignant au centre du linteau, dans une face à face presque envoûtant tant leur regard vous captivait.

Severus fixait intensément ses sculptures, comme hypnotisé et s'était rapproché pour pouvoir toucher, enfin plutôt frôler, de la main cette merveille. Il sentait sous sa main, comme une chaleur qui le touchait au plus profond de lui et lui enivrait les sens. Non seulement il se sentait presque ému, captivé par cette sculpture mais il sentait qu'il y avait autre chose qui l'attirait. Mais quoi ? Il ne saurait dire au juste, tout ce qu'il savait c'était qu'il connaissait cette douce sensation, il l'avait déjà ressentie, et ce à plusieurs reprises, mais quand ? Il ne parvenait pas à se rappeler.

- Snivellus, nous t'écoutons !

Mais Severus ne détachait pas son regard de cette cheminée, sa main toujours sur la tête du serpent gris.

- Snivellus enfin ! As-tu cessé de rêvasser ! On n'a pas tout notre temps, nous ! Qu'est-ce qu'elle a donc cette cheminée à la fin ? Tu en veux une pour ton anniversaire ?

Severus parvint enfin à sortir de sa contemplation et se retourna vers ses interlocuteurs qui le dévisageaient d'un air agacés et impatients. « Severus ! Tu ne devrais pas te laisser aller comme ça ! Mais qu'est-ce qui t'a pris ?! Il faudra revenir voir ça plus tard et l'étudier de plus près ! Je suis sûr que ça cache quelque chose ! » Il préféra resté debout et se décida enfin à répondre.

- Inutile d'aboyer Black ! Ce n'est pas, parce que, toi, tu es incapable d'apprécier l'art et le bon goût de tes ancêtres, que les autres sont obligés d'en faire autant !

- Bon suffit ! Viens-en au fait qu'on en finisse !

- Mmm ! Commença-t-il dans un raclement de gorge, tentant de reprendre une attitude impassible et froide. J'ai demandé à vous parler Monsieur Potter, au sujet de la potion que vous avez eu … l'amabilité d'élaborer pour moi !

Harry se sentit tout à coup tout petit. « Qu'est-ce qui n'allait pas encore ? Car en général il y avait toujours quelque chose qui n'allait pas entre ses potions et Snape ! Qu'est-ce que j'ai encore fait ? Voilà, ça t'apprendra à vouloir rendre service ! Tu aurais dû refuser quand McGonagall t'a demandé si tu pouvais essayer de confectionner cette maudite potion ! »

- Cette potion n'est pas correcte ? J'ai pourtant cru en vous voyant en meilleure forme que tout allait bien avec ce remède ! se risqua-t-il tout de même. « Même si on lui avait demandé d'être aimable et poli avec Snape, ce qui en soi était déjà très difficile, il pouvait quand même dire ce qu'il avait dire, non ? »

- Oui cette potion a l'air…mmh… correcte ! dut admettre Severus un peu à contre-cœur. « Devoir admettre que Potter réussisse une potion est plutôt dur à avaler ! » Et non si je souhaite vous parler, ce n'est pas pour vous faire de tels reproches ! Son regard se porta alors ostensiblement vers Black. Non si je vous ai fait venir, c'est pour que vous me répétiez, dans les moindres détails, comment vous avez fait cette potion ! Je pourrai ainsi m'en charger moi-même par la suite !

- Comment j'ai fait cette potion ? Parce que vous ne savez pas comment la faire ? s'exclama Harry, incrédule que son ancien Professeur des potions ne sachent pas faire un tel antidote.

- Voyons Potter ! Bien sûr que je sais faire un tel antidote ! Je l'aurai moi-même fait si j'en avais eu la possibilité !

« Pourquoi ai-je toujours la désagréable impression qu'il lit dans mes pensées ?! » pensa Harry, sans toutefois oser rétorquer quoique ce soit.

- Si tu ne t'étais pas évanoui, tu veux dire ? le coupa Sirius

Severus le fusilla du regard mais ne releva pas la remarque et poursuivit à l'intention de Potter :

- Mais je dois reproduire exactement la même potion que la vôtre, je dois donc connaître les ingrédients que vous avez utilisez, je dis bien tous les ingrédients, ainsi que le procédé exact.

- Le procédé ?

- Oui le procédé Potter ! Faut-il vous rabâcher encore vos cours de première année ! Le procédé, c'est-à-dire l'ordre dans lequel vous avez introduit les divers ingrédients, le temps de chaque manipulation et le temps de pose, etc... enfin vous voyez où je veux en venir !

- Pour les ingrédients aucun problème, je m'en souviens parfaitement. Pour le procédé, quant à lui…

Severus blêmit en entendant ces derniers mots : « Ne me dîtes pas qu'il a confectionné une potion si délicate au petit bonheur la chance ! Sans même suivre un procédé défini ! Il n'a quand même pas fait ça ! Il a peut-être fabriqué assez de potion pour une semaine, mais il m'en faut encore pour un bon mois et demi ! Et si je ne reproduis pas exactement le même procédé, je n'obtiendrai jamais la même potion et alors… et alors le poison reprendra le dessus. » Il déglutit alors péniblement.

- Ah Potter, vous n'avez donc rien retenu de vos cours ! s'exclama-t-il tout haut, presque sur un ton professoral. Une potion signifie un procédé particulier, plus ou moins malléable certes, mais un procédé bien défini tout de même ! A un procédé correspond une potion ! On ne joue pas avec ces choses-là ! Avec de tel poison, il ne faut jamais changer d'antidote, surtout quand celui-ci ne parvient qu'à le neutraliser ! L'organisme ne peut s'adapter que difficilement ou que trop lentement à un nouvel antidote, à un nouveau mode de neutralisation, et les effets du poison sont si fulgurants, redoublant d'intensité par rapport à la première crise, que bien souvent … le patient meurt avant que ce nouvel antidote ne puisse devenir efficace ! Il faut pouvoir reproduire EXACTEMENT le même remède !

« Ah maudit Potter ! Je suis perdu ! »

Severus était perdu dans ses pensées, regardant droit devant lui, réfléchissant à un moyen de pallier ce problème. Personne ne prononçait un mot, réfléchissant à ce que venait d'expliquer Severus et comprenant petit à petit ce que cela impliquait. S'ils ne parvenaient pas à reproduire exactement la même potion, Severus risquait la mort ! Et avoir une mort sur la conscience n'était pas une chose très réjouissante pour aucun d'entre eux, même si cette personne était celle qu'ils exécraient plus que tout ! Soudain Granger rompit le silence :

- En y réfléchissant bien, je pense pouvoir me souvenir du procédé !

- Miss Granger ! Êtes-vous sûre de ce que vous dîtes ? Quand je dis reproduire le même procédé, cela peut vouloir dire à la minute de cuisson prés, ou au nombre de tour de cuillerée près…

- Oui, j'ai aidé Harry à faire cette potion. On a dû mettre près de trois heures à la faire ! Il faut dire que l'on n'a pas l'habitude de potion si complexe avec des ingrédients si délicats à manipuler.

- Oui c'est Hermione qui m'a aidé à établir un certain protocole. Je n'ai pas vraiment fait attention à tout, mais je pense aussi pouvoir m'en souvenir dans les grandes lignes.

Cette fois, Severus commençait à voir rouge ! « Dans les grandes lignes ? Ah oui ? Je vais lui en faire manger moi des grandes lignes ! »

- Mais je m'en fous des grandes lignes Potter ! rugit-il s'avançant menaçant vers Potter. Je pense d'ailleurs les connaître aussi bien que vous ces grandes lignes ! Ce dont j'ai besoin ce sont les détails ! Tous les détails ! reprit-il d'une voix suave et murmurante. Vous voyez ce que je veux dire, ces subtils détails ! Ou peut-être sont-ils si subtils qu'ils vous ont échappés ? Peut-être vous paraissent-ils trop insignifiants comme détails ? Ce qui ne me surprendrait guère puisque vous ne semblez décidément rien comprendre à l'art si laborieux mais si noble des potions !

- Severus ! Tu n'es pas ici pour faire tes petits sermons de Professeur déchu ! Tu n'es plus professeur ! Alors calme toi ! Tu n'as aucune autorité sur Harry ou sur qui que ce soit d'autre dans cette maison ! Et je te rappellerai que tu es ici chez moi, en …invité ! Alors tache de te faire un peu humble ! l'interrompit Sirius, une colère bien tangible dans la voix.

- Je vous ai dit, Monsieur Snape, que je pense pouvoir reproduire le procédé ! se risqua Hermione, hésitante devant la fureur de Snape et de Sirius.

- Bien ! Miss Granger, Monsieur Potter ! Je vous écoute ! reprit Severus, la voix encore chargée d'une colère froide, son regard foudroyant tour à tout Potter et Sirius.

- Il me serait plus facile de la refaire ! En plus nous ferions d'une pierre deux coups ! Non seulement on vous montrerait le procédé et en plus vous auriez de la potion supplémentaire !

- Bien argumenté Miss Granger ! Quand voulez-vous vous y atteler ? Severus reporta alors son attention sur elle. « Etonnante ! » Son intelligence et sa vivacité d'esprit l'avaient toujours titillé un peu, à la fois de curiosité et d'agacement ! « Elle aurait dû aller à Serdaigle ! En même temps son côté impétueux et effronté correspondait tout à fait à Griffondor ! Etonnante ! Et agaçante surtout ! »

- Tout de suite, si cela convient à tout le monde !

Tous hochèrent la tête. Sirius insista pour rester. Bien qu'il savait pertinemment bien que cela allait être d'un ennui à mourir, il ne voulait pas laisser Harry seul aux mains de ce misérable Snivellus. Ils décidèrent alors de s'installer dans la cuisine, demandant à Molly de ne pas être dérangés.

Severus laissa les trois Griffondors installer le matériel et se préparer. Nul besoin de prendre des notes, il avait une formidable mémoire, surtout quand il s'agissait de potion. En attendant que tout soit près pour commencer, il observa les ingrédients posés sur la table. « Bon, c'est bien ce que je pensais McGonagall leur a donné ma liste, ils ont donc utilisé les ingrédients que j'avais indiqués. Ils ont même utilisé… tiens mais comment ont-ils su (ou deviner peu importe), je n'avais pas eu le temps de finir de l'inscrire sur la liste… ».

Les trois Griffondors l'attendaient visiblement. Il ne put s'empêcher alors, par curiosité, et comme pour les tester, de leur poser des questions, comme il aurait fait en cours. « Après tout ça peut toujours leur servir de … « révisions » puisqu'ils envisagent apparemment de passer leurs ASPIC !»

- Savez-vous au moins le nom de cet ingrédient et ces propriétés ? demanda-t-il de sa voix suave et doucereuse habituelle quand il était en cours, en désignant un petit pot contenant de la poudre brunâtre.

- Oui, il s'agit de l'écorce concassée de Surcicat, un arbre exotique. Cet ingrédient a la propriété de s'opposer aux hémorragies en accélérant la coagulation et en stimulant la production des cellules sanguines dans leur ensemble.

« La peste ! Elle sait toujours tout ! Difficile de la coincer ! Même hors programme, elle trouve encore le moyen de répondre juste ! »

- Et ceci ? fit-il, désignant cette fois une substance gélatineuse blanchâtre. Non Miss Granger, j'aimerai que ce soit Potter qui réponde cette fois !

- Ceci est du liquide lymphatique, d'un insecte rare d'Europe du Sud, dont je ne me rappelle plus le nom exact.

- Gorgulius hispanitus. Mais continuez, Potter ! « Rien d'étonnant à ce qu'il ne puisse se rappeler d'un tel nom ! Du latin, trop difficile pour Potter ! »

- Sa lymphe a la propriété d'éviter les convulsions en bloquant certains récepteurs des terminaisons nerveuses, empêchant ainsi le poison de s'y fixer et de provoquer des crises !

« Pas mal toutefois ! Il ne s'en est pas trop mal tirer ! A vrai dire, je suis surpris, qu'il ait retenu l'utilité de ces ingrédients alors qu'en fait il n'était pas forcément sensé les étudier ! »

Il passa ainsi en revue tous les ingrédients, une quinzaine environ. Il écoutait leur réponse, les complétant par moment, assez impressionné au fond de lui que ses anciens élèves, qu'il avait toujours dénigrés, car trop prétentieux et agaçant (Granger) ou trop peu doués (Weasley et Potter), aient montré un si grand intérêt pour cette potion. Mais il ne voulait surtout pas le laisser paraître et encore moins se l'avouer.

Il était assez peu courant qu'une potion contienne autant d'ingrédients à elle seule. Mais vu la complexité du poison, et vu l'absence totale d'anti-poison au venin de Basilic ou de Naja, en tout cas connu à ce jour dans le monde sorcier, il avait fallu trouver un remède neutralisant chaque effet possible de ces deux poisons, et de plus choisir les ingrédients pouvant être compatibles entre eux.

Une autre question démangeait Severus avant de les laisser commencer, enfin, cette potion.

- Encore deux petites choses !

- Snivellus enfin, pourquoi poses-tu toutes ces questions à la fin, puisque tu connais toi-même les réponses ! A ce rythme là on n'aura jamais fini !

- Si je pose toutes ces questions, c'est juste pour voir si ces jeunes gens ont eu la curiosité d'esprit de s'intéresser à ce qu'ils font. Et si par la même occasion ils peuvent apprendre un petit quelque chose, pourquoi se priver ?

- Ton côté professeur sans doute…

Severus se contenta de répondre par un haussement d'épaule dédaigneux.

- J'aimerai savoir une chose : pourquoi vous avez utilisé cet ingrédient-ci. Reprit-il, avec une lueur particulière dans le regard. « Comment avait-il su que cet ingrédient serait utile pour cette potion ? Voire qu'il serait peut-être déterminant dans sa réussite ? »

- Ceci est une plume de phénix, je crois. Répondit Hermione, fière de sa découverte. Car c'était elle qui avait trouvé quel était l'ingrédient que Snape avait voulu indiquer sur la liste donnée à McGonagall mais qu'il n'avait pas pu finir d'inscrire. C'était elle qui avait trouvé comment lier cet ingrédient aux autres dans la potion pour rendre tous les autres ingrédients compatibles.

- Enfin j'en suis sûre, s'empressa-t-elle de rajouter devant l'air agacé de son ancien professeur. Pour fabriquer un antidote complexe, il faut allier les antidotes de chaque composant du poison mais il faut ajouter un ingrédient supplémentaire. En fait dans notre cas présent, certains ingrédients sont difficilement compatibles entre eux. Bien sûrs on aurait pu choisir d'autres ingrédients, peut-être plus faciles à lier dans une même potion, sans interactions entre eux, mais beaucoup moins efficaces. Or face à un poison si violent, il fallait des ingrédients particulièrement puissants, comme ceux étalés ici. Donc il fallait trouver un moyen de les rendre …compatibles.

Elle s'arrêta quelques instants observant Snape avec quelque appréhension. Mais il ne réagit pas, la regardant intensément de ses yeux noirs, attentif à ce qu'elle disait mais sans ciller.

- Et ?... finit-il par ajouter, voyant le trouble de Miss-je-sais-tout.

- Et… les plumes de phénix ont plusieurs propriétés, dont celle de pouvoir lier dans une même potion des ingrédients a priori antagonistes sans pour autant altérer leurs propriétés respectives. En outre ces plumes de phénix ont la propriété étonnante d'accélérer les effets de la potion, ce qui est très utile en cas …d'urgence. Cet ingrédient s'imposait donc comme l'ingrédient supplémentaire par excellence. Elle repensa alors aux conversations qu'ils avaient surpris tous les trois lors de la convalescence de Snape : apparemment il avait frôlé la mort et c'est la rapidité d'effet de la potion qui l'aurait peut-être sauvé…

« Une véritable petite encyclopédie, cette Miss Granger ! Agaçante, vraiment ! »

- Maintenant nous pouvons commencer, je pense. Conclut-il tout simplement, sans un « merci » ou sans un « impressionnant, vraiment félicitations ! ». Non ce genre de compliments n'était pas du style de Severus, mais cette lueur dans son regard en disait long et les trois Griffondors ne manquèrent pas de le remarquer. Leur ancien Professeur était fier, il était fier d'eux… peut-être aussi de lui un peu, puisque c'était leur ancien professeur de potions…

Ils commencèrent alors, détaillant chaque étape, s'arrêtant parfois pour se remémorer les gestes exactes qu'ils avaient effectués la fois précédente. Severus observait quant à lui, d'un œil expert et critique, les reprenant parfois dans certains gestes, leur donnant quelques astuces. Jamais il n'avait été comme ça avec eux, mais peut-être les considérait-il maintenant comme dignes d'intérêt ? Il rajouta enfin une petite touche finale, en versant dans le chaudron une fine poudre vert pâle qu'il avait trouvée dans la cuisine.

- Qu'est-ce ?

- Tout simplement de l'essence de menthe, Miss Granger ! Cela rendra le goût de cette potion un peu plus acceptable ! Parce que, voyez-vous, aussi efficace que soit cette potion, elle garde un goût infecte et je me vois mal en prendre tous les jours si longtemps avec ce goût-là !

- Oh, Snivellus fait le difficile en plus !

- Il faut savoir montrer parfois un peu de compassion aux patients désespérés, Black ! Et faire preuve par la même occasion d'un peu de créativité ! rétorqua Severus, presque moqueur.

- De la compassion ! Comme si tu étais capable de compassion, Snivellus !

- Mais je croyais que nous devions reproduire EXACTEMENT le même procédé avec les mêmes ingrédients ! remarqua Harry, qui digérait mal la scène que lui avait faite Severus, quelques heures auparavant.

- Oui c'est vrai, Potter ! Bonne remarque ! Dommage que ça ne rapporte pas de points à Griffondor, pour une fois que vous auriez pu en faire gagner dans un de mes cours ! Mais voyez-vous, sous cette forme, l'essence de menthe a perdu ses propriétés médicinales et ne gardent que des propriétés gustatives, donc il n'y a aucun risque à en rajouter dans cette potion.

- Et pourquoi n'en rajoutez-vous pas dans les potions que vous nous administrez ! Harry se rappelait avec une certaine amertume le goût désastreux des potions que Snape avait eu l'occasion de lui donner.

- Dans les potions que je vous administrais, Potter ! Que je vous administrais ! Je ne vous en administre plus à l'heure actuelle ! Ce n'est plus moi qui s'en charge désormais, faut-il vous le rappeler ? Et concernant votre question, je vous répondrais simplement : privilège du Maître des Potions. Fit Severus avec un sourire en coin.

Une fois la potion terminée, il laissa ces apprentis remplir les fioles et les étiqueter soigneusement. Ils les rangèrent sur une étagère vide, que Molly leur avait désigné comme étant destiné aux potions. « Tiens pourquoi les potions « Tue-loup » de Lupin ne s'y trouve pas dans ce cas ? Sont-elles rangées ailleurs ? Ou peut-être n'a-t-il tout simplement plus de potion « Tue-loup » ? »

- Encore une dernière chose ? Comment avez-vous élaboré le procédé ?

- Nous nous sommes inspiré d'un procédé présenté dans notre livre de potions de sixième année ! Tout simplement ! répondit Hermione.

- Je vois !

- En parlant de livre de potions de sixième année… commença Harry.

Mais il ne put finir, Severus lui coupant la parole d'un ton catégorique, tout en lui intimant l'ordre d'arrêter d'un signe de la main :

- Non, Potter ! Nous ne reviendrons pas sur ce sujet ! Je ne veux plus en entendre parler !

Il savait pertinemment bien où Potter voulait en venir, il voulait en savoir plus sur le Prince-de-Sang-Mêlé, mais il en était hors de question ! Potter n'avait pas besoin d'en savoir davantage.

Harry se tut alors, gardant ses questions et sa hargne pour plus tard. « On reviendra sur le sujet, Snape ! On y reviendra tôt ou tard, car je veux savoir ! »

Severus se leva alors et leur dit, accompagnant ses paroles d'un regard intense à l'adresse des trois Griffondors :

- C'est un miracle, Messieurs Potter et Weasley, que vous n'ayez pas fait explosé vos chaudrons et que vous soyez parvenu à ne pas transformer cette potion en breuvage sans nom ! Quant à vous, Miss granger, il vous reste encore quelques subtilités à acquérir concernant l'art des antidotes, mais peut-être arriverez-vous à les maîtrisez d'ici quelques temps ! J'espère que vous aurez au moins appris quelque chose !

Cela correspondait plus à un compliment qu'à une critique de la part de Snape. Celui-ci sortit ensuite sans un regard vers l'arrière, prenant au passage une des fioles, et repartit dans sa chambre.