Fiction Rated T : Attention, ce nouveau chapitre contient une scène de violence, bien que rapide et peu décrite... Pour ceux qui préfèrent passer leur chemin, je vous ferai un rapide résumé en début du chapitre 16..
Merci encore à tous les reviewers en particulier à Lone Wolf, toujours fidèle au poste!
Lone Wolf : j'espère que je ne t'ai pas trop déçu : finalment Severus n'arrive pas à se faire accepter par les autres, loin de là... Peut-être un jour?! La suite nous le dira!
CHAPITRE 15 : Prince de Sang-Mêlé
Le lendemain, Severus ne vit aucune trace ni de Sirius ni du lupus, et ne put donc déverser sa colère sur eux. McGonagall avait été prévenue de l'incident. Elle avait éclairci l'histoire avec Sirius et Rémus d'un côté et Severus de l'autre et avait jugé préférable qu'ils ne se retrouvent pas en présence tout de suite. L'animagus et le loup-garou avaient donc été envoyés pour un ou deux jours dans un ancien refuge de Sirius, ce qui permettait à tous de reprendre leurs esprits et de se reposer.
Madame Pomfresh était passé dans la journée pour vérifier le processus de cicatrisation qui lui semblait satisfaisant. Elle remercia par la même occasion Severus pour son attention et lui remit, comme convenue, la liste des potions nécessaires pour les mois à venir.
Au dîner, McGonagall avait tenu à rester, manquant alors exceptionnellement le repas à Poudlard.
- Severus ! Madame Pomfresh m'a fait part de sa liste. J'attends que vous m'indiquiez les ingrédients dont vous auriez besoin et je vous les apporterai au plus tôt.
- Je vous la donnerai demain !
- Nous ne sommes pas pressés à ce point. Ménagez-vous tout de même ! Vous paraissez très fatigué !
- Après s'être fait agressé par un loup-garou enragé, j'aimerai bien vous y voir ! Il veut vraiment ma peau, nom d'un dragon ! Une fois ne lui a pas suffit, on dirait !
- Parce que vous avez déjà été attaqué par Rémus sous sa forme de loup-garou ? demanda Nuwan, interloquée et incrédule. Elle s'était très vite attachée à Rémus, homme calme et doux, mais aussi tellement triste. Bien sûr quand elle avait appris sa condition de loup-garou, elle avait compris d'où venait cette tristesse qu'on pouvait lire au fond de ses yeux. Mais elle ne se l'imaginait pas en bête fauve, et même en ayant assisté à sa transformation la veille, elle ne parvenait pas à réaliser que ces deux facettes correspondaient bien à la même personne.
- Severus ! Vous n'allez pas remettre cette vieille histoire sur le tapis ! intervint McGonagall agacée, laissant la question de la jeune femme en suspens.
- Quelle vieille histoire ? demanda Harry, trop content de pouvoir saisir l'occasion d'en savoir un peu plus sur cette fameuse mésaventure dont le Professeur Dumbledore lui avait vaguement parlé, mais regrettant immédiatement d'avoir osé poser cette question au vu du regard haineux du maître des potions
Il savait seulement que Severus avait découvert, suite à une mauvaise blague de Sirius, la cachette que Rémus utilisait tous les soirs de pleine lune lors de sa scolarité à Poudlard, au cours de leur cinquième année. Il savait également que Severus avait failli être tué et qu'il avait été sauvé par son père, James Potter. Mais il mourrait d'impatience de savoir ce qui s'était passé exactement.
Severus le darda d'un regard noir perçant, où jaillissait une lueur de fureur, à la limite de la démence. Ses traits étaient tirés, les mâchoires crispées, les sourcils froncés, ses yeux ne formant plus qu'une fente, et les lèvres fines devenant livides. Il parvint à répondre d'une voix glaciale :
- Ceci ne vous regarde en rien, Potter ! Quand apprendrez-vous à vous mêler de ce qui vous regarde ?!
- Mais cela me regarde ! Il s'agit aussi de mon père, non ?
- NON, POTTER ! Cela ne vous regarde pas ! rugit Severus, ne cherchant plus à contrôler sa colère et se levant, menaçant Harry de toute sa hauteur. Et même si votre… père y a joué un rôle, vous n'avez aucunement besoin d'en savoir plus !
- Je veux savoir ! S'entêta Harry.
- N'insistez pas, où je ne vous garantis pas de me maîtriser davantage ! Je risquerai d'être tenté de rejoindre le camp de mes chers amis, comme vous aimez à les appeler, et de vous livrer enfin au Lord noir !
- Severus ! s'exclamèrent plusieurs voix outrées.
Une douleur fulgurante et cuisante envahit brutalement la joue gauche de Severus et le fit légèrement vaciller de côté. McGonagall s'était levée et venait de le gifler. Severus porta machinalement la main droite à sa joue, et fusilla du regard McGonagall. Mais peu à peu son regard passa de haine, à mépris et enfin à effroi. Il réalisait seulement ce qu'il venait de dire. Se pouvait-il qu'il ait été aussi loin ? Jamais, oh grand jamais, il n'avait pensé un mot de ce qu'il venait de dire ! Mais il l'avait dit, et cela était amplement suffisant et parfaitement inexcusable ! Mais qu'est-ce qui lui arrivait ? Jamais il n'avait perdu son sang-froid à ce point.
- Severus ! Vous venez de dépasser les bornes. Je veux bien être patiente et compréhensive, mais ce que vous venez de dire est inqualifiable. Je ne saurai tolérer ça plus longtemps. Vociféra McGonagall, également hors d'elle comme jamais personne ne l'avait vu. On aurait cru que la colère divine s'abattait sur la demeure, enfin plutôt sur Severus.
Severus continuait de la fixer sans réagir, toujours la main plaquée sur sa joue.
- Je sais que vous êtes particulièrement tendu en ce moment, et que les pressions que vous subissez sont assez importantes, et ce de toutes parts. Mais ce n'est pas une raison valable pour vous défouler sur les autres ! Et encore moins pour dire de telles atrocités ! Continua-t-elle.
Severus finit par baisser la main, une main imperceptiblement tremblante. Il reprit alors peu à peu contenance et finit par articuler, non sans mal, la gorge nouée, toujours fixant McGonagall :
- Je… je… ne pensais pas ce que je disais. Je… je… c'est inexcusable, je le sais, mais… je suis… désolé. Je… Ces derniers mots lui avaient coûté. Severus Snape n'était pas un personnage habitué à s'excuser, mais, dans le cas présent, les excuses étaient de mise après de telles paroles !
Il tourna les yeux vers Potter, toujours assis, et qui restait comme hébété par ce qu'il venait d'entendre. Il avait déjà du mal à croire en la loyauté de Snape, mais ses derniers mots venaient de réduire en cendres le peu de confiance qu'il commençait à lui accorder. Le regard de Severus avait une étrange expression, difficile à déchiffrer : haine, colère, mépris, tristesse, déception, remords ? Harry n'en savait rien et n'en avait que faire de toute façon. Il ne souhaitait qu'une seule chose désormais : que Snape sorte de sa vue et disparaisse de sa vie.
Severus se décida enfin à continuer.
- Monsieur Potter, je suis… désolé ! Je sais que tout ce que je pourrai vous dire ne changera rien à ces mots amers et regrettables, qui n'auraient jamais dû sortir et qui ne reflètent en aucun cas ce que je pense. Mais…, sa gorge se serra de nouveau, puis il reprit : je ne peux pas les effacer et je sais que, malheureusement, ils resteront ancrés dans votre mémoire ! Je regrette ces mots et j'espère qu'un jour vous me croirez.
- En effet Monsieur Snape, ces mots resteront gravés là, répondit Harry, en montrant sa tête du doigt, et n'en sortiront pas de sitôt !
Severus ferma les yeux comme par lassitude et baissa légèrement la tête. « J'ai tout gâché, quelques mots ont suffit à faire envoler le peu de confiance qu'ils m'accordaient. Tu n'es qu'un imbécile, Severus ! Toutes ces années de maîtrise ne t'ont donc rien appris et ne t'ont donc servi à rien, pour qu'en une fraction de secondes, tu détruises tout et tu laisses la rage t'envahir et t'emporter. Tu sais que ta rage peut être destructrice, tu sais que tu dois la maîtriser à tout prix, et ne jamais la laisser s'exprimer de la sorte ! »
Il rouvrit alors des yeux vides de toute émotion, fixant un point fixe droit devant lui, perdu dans ses pensées sombres. Des souvenirs, très, très lointains, affluèrent alors en lui, sans qu'ils puissent les arrêter.
Il vit alors un garçon maigrelet, au visage émacié, aux cheveux noirs légèrement graisseux et au nez disgracieux. Lui, enfant, âgé alors de neuf ans.
Il était dans une pièce sombre, éclairée simplement d'une lampe accrochée au plafond bas, une pièce meublée simplement d'un bureau en bois, d'un siège et d'une étagère remplie à craquer. Le bureau du directeur de l'orphelinat, où il avait été placé momentanément quelques mois, en attendant le procès de son père. Se tenait face à lui un homme d'âge mûr, la cinquantaine environ, corpulent et petit, avec une légère calvitie. Aux côtés de Severus enfant, un autre homme, plus grand et maigre, l'air mauvais, un sourire machiavélique sur les lèvres, tenant fermement le bras de Severus à lui faire mal.
- Monsieur le directeur, je vous amène ce garnement. Je l'ai surpris en train de sa battre comme d'habitude avec un de ses camarades.
- Et pourquoi se battaient-ils cette fois-ci ? demanda le directeur, d'une voix alanguie, visiblement ennuyé qu'on l'importune pour ce genre de bagatelles.
- Parce que l'autre enfant aurait traité Severus de tous les noms et aurait insulté sa mère.
- C'est tout ? Est-ce suffisant, Severus, pour justifier de s'attaquer à ses camarades ? Les punitions ne t'ont donc rien appris apparemment. Qu'allons-nous faire de toi ? Décidément tu n'es qu'un vaurien ingrat ! Que diraient tes parents s'ils te voyaient ! Mais nous allons nous charger de ton éducation et te montrer ce qu'on fait des vauriens de ton espèce !
Le directeur regarda alors l'autre homme et lui adressa un large sourire mauvais, accompagné d'un regard sous-entendu.
- Monsieur Grascot, je vous laisse libre de choisir la méthode appropriée. Je vous fais entièrement confiance.
Severus détestait ces deux hommes, il détestait cet orphelinat, il détestait ses « camarades ». Que des moldus ineptes et abjects, qui ne savaient qu'une chose : donner des coups, toujours et encore. Son père, le directeur, ce chien de surveillant, tous pareils. Il méprisait aussi les enfants moldus, injustes et cruels, qui deviendraient comme ces adultes, des brutes en puissance. Il les haïssait tous, tous les moldus sans exception.
Il se laissa entraîner sans résistance vers la petite pièce attenante. Après avoir fermé la porte, le surveillant lui ôta sa chemise sans préavis, puis le poussa brutalement au milieu de la pièce. Il se saisit d'un fouet avec un sourire démoniaque et commença à frapper le dos de Severus. Une fois, deux fois, trois fois… Les lanières entaillaient sa peau, plus ou moins profondément, du sang s'écoulant lentement des plaies, mais Severus serrait les dents, tentant de ne laisser échapper aucun gémissement. Il avait l'habitude des coups, il pouvait bien encore en encaisser d'autres. Il s'efforça de ne pas crier quand les coups s'abattirent encore et encore. Quatre fois, cinq fois, six fois… Aucune larme ne sortit pourtant de ses yeux noirs, qui n'exprimaient maintenant que haine et rancœur, désir de vengeance. Son cœur criait vengeance !
Les coups continuaient de pleuvoir, Severus ne put tenir plus longtemps sur ses jambes et tomba au sol. Le fouet fut alors remplacé par les coups de pieds et de poings. Il se recroquevilla sur lui-même en position fœtale, essayant par la même de se protéger le visage, mais ne put retenir les larmes plus longtemps quand il entendit un craquement douteux et qu'une douleur fulgura dans son bras droit.
Le surveillant continuait en même temps de l'insulter, lui et sa famille. Tout à coup, les coups s'arrêtèrent et il sentit un souffle sur son dos. Il entendit au creux de son oreille son surveillant lui susurrer :
- Alors Severus ! As-tu retenu enfin la leçon ? Où faut-il employer d'autres méthodes. Que dirait ta putain de mère si elle te voyait ?
Le sang de Severus ne fit qu'un tour. Qu'on l'insulte lui, qu'on insulte son père, passons, mais sa mère…. Jamais il ne fallait dire du mal de sa mère. Elle n'avait peut-être jamais été une mère modèle, mais c'était sa mère, la seule personne qui l'ait jamais regardé avec une certaine affection. Amour était peut-être un grand mot, il n'aurait su dire si on pouvait parler d'amour, pour décrire ce qu'Eilenn Prince ressentait pour son fils, mais d'affection, oui, en quelque sorte.
Instantanément, les tremblements qui agitaient son corps cessèrent et il se figea, tandis que le surveillant continuait :
- Que t'a-elle donc appris ? Rien ! Ta saleté de mère n'a pas été fichu de t'inculquer la politesse et l'obéissance ! Encore heureux qu'elle n'ait pas mis au monde d'autres bâtards de ton espèce. Je comprends que ton père ait voulu se débarrasser d'une souillon dans son genre, une vaurienne, rien qu'une scélérate ingrate…
Severus en avait entendu plus qu'assez. La rage l'envahissait petit à petit, la colère montait en lui, annihilant toute réflexion possible, toute raison. Il commença alors tant bien que mal à se relever, ses prunelles étrangement animées d'une flamme démentielle. Le surveillant le regardait, toujours débitant son flot de paroles injurieux, savourant l'effet qu'il produisait sur l'enfant, et se munissant à nouveau du fouet qu'il avait laissé de côté.
Severus se baissa pour sortir un morceau de bois, qu'il gardait constamment sur lui et cachait dans ses chaussettes. Il pointa alors le bâton vers son agresseur, qui ricana face au garçon.
- Parce que tu crois pouvoir m'impressionner avec ton stupide bout de bois ? Tu penses pouvoir m'échapper en me menaçant avec ça ?!
Severus n'écoutait plus, et laissa la rage prendre possession de lui. Tout à coup, une lueur sortit du bâton et fusa sur le mur derrière le surveillant. Un feu prit alors naissance léchant d'abord les planches de bois du fameux mur, puis grossit très vite, s'étendant rapidement de façon incontrôlable : en une minute à peine le flammes finirent par faire le tour de la pièce, les encerclant tous les deux.
Le surveillant était abasourdi, et, stupéfait, n'avait pas eu le temps de réagir. Il restait pétrifié, regardant tour à tour le feu et le garçon, avec fureur et frayeur. Mais Severus ne s'arrêta pas pour autant, une deuxième lueur sortit de la baguette qu'il tenait à la main et toucha cette fois de plein fouet le surveillant qui se mit à hurler, s'embrasant sous les yeux de Severus. Celui –ci baissa alors sa baguette, le regard vide et inexpressif, plus aucune larme ne coulant sur ses joue creuses. Les flammes crépitaient autour de lui et l'illuminaient, des éclats rougeoyants sur sa peau de neige tâchée de sang et marquée d'ecchymoses multiples.
Les cris du surveillant avaient bien entendu attiré tous les occupants de l'orphelinat, qui étaient parvenus à ouvrir la porte et observaient horrifiés la scène se présentant devant eux. Le feu commença dès lors à se répandre au-delà de la pièce, les obligeant à quitter cette vision d'horreur.
A peine quelques minutes s'étaient écoulées depuis le début de l'incident, quand l'orphelinat accueillit une étrange délégation, d'hommes et de femmes vêtus de capes et de robes étranges, des morceaux de bois à la main, s'efforçant d'éteindre l'incendie magique. Ils y parvinrent au bout d'un certain laps de temps, le feu n'ayant apparemment pas fait d'autres victimes.
Une partie de la délégation se détacha du lot et se dirigea d'un pas vif vers l'origine de l'incendie, suivant les indications que leur avaient données les témoins de l'accident. Ils trouvèrent alors un petit garçon, ensanglanté, couverts de nombreuses plaies et de contusions, un bras faisant un angle plus que douteux, debout, livide et inexpressif, une baguette à la main gauche, devant un homme calciné, mort, dans une pièce encore enfumée et aux murs noircis.
Tous s'étaient arrêtés sur le seuil de la porte, troublés et choqués de cette scène. Un des membres, une femme assez âgée, au visage doux et compatissant, s'approcha alors lentement du garçon et lui parla doucement, d'une voix qui se voulait rassurante. Mais le garçon ne bougea pas d'un cil, n'eut aucune réaction. La femme tendit une main vers le garçon mais celui-ci recula d'un pas. Elle se contenta donc de prendre délicatement la baguette des mains de Severus, qui ne fit rien pour l'en empêcher.
- Que s'est-il passé ? fit une voix grave, un peu essoufflée, juste derrière le petit groupe.
- Ah Professeur Dumbledore ! Nous sommes heureux de vous voir. Répondit un homme, d'une quarantaine d'année, visiblement soulagée de la présence du vieux sorcier. Apparemment la cause de cet incident serait cet enfant. Il a l'air choqué et tétanisé, mais ne veut pas qu'on le touche.
Tous s'écartèrent pour permettre à Dumbledore de voir la scène de ses propres yeux.
- Y a-t-il des blessés ?
Un des membres hocha la tête, affichant un air horrifié, et montra d'un signe de tête le corps calciné en face du garçon.
Dumbledore pénétra alors dans la pièce et regarda d'abord le corps inerte, puis le garçon, toujours immobile et livide, le regard vide. Il était trop tard pour le surveillant, mais peut-être pouvait-il encore aider le garçon !
Il s'approcha doucement, observant attentivement la frêle silhouette qui se tenait devant lui. Le garçon avait des traits disgracieux, un physique peu avantageux, mais avait un regard noir pénétrant, envoûtant, reflet certainement en temps ordinaire d'une intelligence vive. Le vieil homme s'agenouilla alors devant Severus et tenta de lui prendre les épaules, mais le garçon eut un nouveau mouvement de recul. Dumbledore stoppa son mouvement et resta immobile à son tour, toujours agenouillé devant le garçon, le regardant droit dans les yeux essayant de capter son regard.
- Mon garçon ! Regarde moi s'il te plaît ! Regarde moi. Je ne te veux aucun mal, je cherche juste à comprendre et à t'aider.
Aucune réaction de Severus. Dumbledore bougea alors imperceptiblement pour se mettre dans le champ de vision de Severus et enfin accrocha son regard. Les yeux noirs du garçon se tournèrent lentement vers les yeux bleus du vieil homme et ils s'observèrent longuement. Puis le garçon commença à regarder autour de lui, les murs, le plancher et le plafond noircis, puis il vit le corps calciné. Son regard changea aussitôt, ses yeux exprimant enfin la panique qui le gagnait, des tremblements agitèrent son corps et il recula jusqu'au mur lui faisant dos.
Puis il regarda à nouveau le vieil homme agenouillé devant lui, et qui lui tendait une main.
- Je ne te veux aucun mal. Quel est ton nom ? Comment t'appelles-tu ?
Severus reprenait peu à peu ses esprits, horrifié par ce qu'il voyait, par ce qu'il avait fait… Il avait… il avait allumé un incendie, il avait détruit l'orphelinat et il avait… il avait tué…. Il était devenu un assassin, un meurtrier ! Son père avait raison : il n'était après tout qu'un monstre, une erreur de la nature !
Des larmes montèrent à ses yeux et embuèrent sa vue, mais il les retint et aucune ne souilla ses joues amaigries légèrement noircies. Il fixait du regard le vieil homme. Il entrouvrit les lèvres pour parler mais aucun son ne sortit. Il avait la gorge sèche, irritée, comme brûlée. Il avait encore le goût et l'odeur des fumées âcres de l'incendie. Il sentait ses poumons le brûler à chaque inspiration d'air…
- Il s'appelle Severus fit une voix à la porte. Severus Snape, fils de Eileen Prince et de Tobias Snape. Le directeur était encore en état de choc mais j'ai quand même obtenu qu'il me sorte le dossier de ce jeune garçon. Tous les occupants sont à l'abri et une équipe s'occupe de les mettre sous oubliettes. Ce qui va être difficile. Il va falloir faire croire à un incendie accidentel.
- Mais c'est en quelque sorte le cas, non ? déclara Dumbledore, qui s'était alors relevé et regardait l'attroupement de sorciers du Ministère à la porte par-dessus ses demi-lunes. Pourquoi est-il dans cet orphelinat ?
- Sa mère est décédée il y a quelques mois et son père est actuellement incarcéré, son procès aura bientôt lieu. Il est accusé d'avoir… la voix de l'agent du Ministère s'étrangla soudain à la lecture de ce qui était inscrit dans le fameux dossier.
- Oui ? s'enquit patiemment Dumbledore, le regard s'assombrissant de tristesse.
- Il est accusé d'avoir tué sa femme, la mère de ce garçon.
Un silence pesant tomba dans la pièce. Dumbledore finit par demander d'une voix las et empreinte de chagrin :
- Que comptez-vous faire de ce garçon ?
- Et bien nous devrons lui trouver un autre orphelinat, le directeur refuse catégoriquement de le reprendre et même si nous le mettons sous oubliettes, je doute qu'il ne se souvienne pas de Severus comme un pyromane… Le choc a été trop fort et la vue du garçon suffirait pour rappeler à tous ce qui s'est passé. Bien entendu, nous devons détruire sa baguette et il sera banni du monde sorcier.
- Ne trouvez-vous pas que c'est une sanction un peu sévère ? Severus n'a simplement pas pu contrôler ses pouvoirs, qui se sont exprimés alors qu'il ressentait des sentiments forts, peur ou colère, ce qui arrive à bon nombre d'enfants sorciers de son âge. Nous ne punissons pas ces enfants de la sorte ce me semble ! Certes, dans ce cas, les conséquences ont été désastreuses, mais croyez-moi ce n'était pas volontaire. Et je crois que Severus est encore plus effrayé que nous tous. Répondit Albus qui tourna à nouveau son regard bienveillant vers le garçon.
Severus qui n'avait pas écouté la conversation releva la tête vers Dumbledore à son nom et observa les autres sorciers un par un. Qu'allait-il devenir ? Qu'allait-on faire de lui ? Allait-on l'envoyer en prison ?
- Qu'avez-vous à proposer d'autre ? Il n'existe pas d'orphelinat pour enfants sorciers. Nous ne pouvons plus le confier à un orphelinat moldu sans brimer ses pouvoirs, ce serait trop risqué, et brimer des pouvoirs est un acte définitif et irréversible. Ce qui équivaut à le bannir de la société sorcière. Demanda un des sorciers du Ministère.
- Que voulez-vous faire, Professeur Dumbledore ? Il est encore trop jeune pour entrer à Poudlard. Fit un autre.
« Bannir de la société sorcière ? Poudlard ? » Les mots commençaient à lentement prendre une signification pour Severus, mais il redoutait d'avoir bien compris ce qui se disait.
- Est-il vraiment trop jeune pour rentrer à Poudlard ? fit Dumbledore, un sourire bienveillant sur les lèvres et un éclair de malice dans les yeux.
La voix de McGonagall le tira de ses souvenirs, souvenirs oh si douloureux et poignants. Cela faisait si longtemps maintenant, qu'il n'y avait pas pensé. Cet épisode lui avait cruellement appris l'importance de maîtriser sa colère. Il se savait capable du pire s'il se laissait aller à ses sentiments si forts, et pouvait devenir incontrôlable. Et il ne voulait en aucun cas revivre cette expérience. Non pas que sa vie fut exempte de tristes et funestes expériences, mais jamais il ne s'était laissé aller comme lors de ce déplorable incendie depuis.
Et tout à l'heure, il avait senti avec Potter sa rage monter et prendre peu à peu le dessus sur sa raison. Pourquoi donc ce gamin lui faisait perdre tout contrôle ? Pourquoi n'arrivait-il plus à garder sa totale maîtrise si légendaire ?
- Severus ! Fit McGonagall sur un ton sec et tranchant. J'attends votre réponse.
« Ma réponse à quoi ? » Severus n'avait rien suivi de son sermon et ne savait donc pas ce que Minerva lui demandait. Il la regarda insondable mais ne répondit rien. « Répondre quoi ? Tu ne connais pas la question.»
- Mais Severus à la fin ! Où avez-vous donc l'esprit ? Qu'est-ce qui vous arrive ? reprit-elle plus doucement.
« Que répondre à ça ? 'Désolé Minerva mais j'étais perdu dans mes charmants souvenirs d'enfance ! Je n'ai strictement rien écouté de ce que vous avez dit et de toute façon, ça me passe au dessus de la tête !' Non je ne crois pas qu'elle apprécierait beaucoup ! »
- J'avais l'esprit ailleurs, désolé !
« Décidément 'désolé' est un mot que tu prononces un peu trop souvent en ce moment, Severus ! Que ça ne devienne pas une mauvaise habitude ! Ou mieux, raye-le de ton vocabulaire !»
- Je trouve que vous vous perdez un peu trop souvent dans vos pensées en ce moment ! Je vous disais que vos excuses sont acceptées. Mais je ne tolérerai plus une seule fois de telles remarques, ni un tel comportement ! Quelles qu'en soit les raisons ! Au moindre écart, je vous expulse d'ici et de l'Ordre. Est-ce clair ?
Severus ferma les yeux quelques secondes pour les rouvrir sur une McGonagall au visage à la fois furieux et inquiet. Il soupira puis répondit dans un murmure :
- Très clair, Professeur McGonagall, très clair. Severus avait réussi de nouveau à reprendre son masque habituel dénué de toutes expressions, mais il ne put dissimuler la lueur de tristesse qui ternissait son regard, ce qui n'échappa pas à McGonagall.
Mais elle ne dit rien. Que pouvait-elle lui dire ? Quelle était cette indicible tristesse qu'elle percevait chez Severus ? Etait-ce les mots malheureux qu'il avait laissé échappé ? Ou était-ce autre chose ? Elle était persuadée qu'il ne pensait pas un mot de ce qu'il avait dit à Harry, et que cela lui avait échappé sous la colère. Elle réalisa alors soudain que, peu à peu, elle avait accordé à Severus une totale confiance, comme Albus en son temps… Elle ne savait pourquoi, mais elle sentait que Severus était digne de cette confiance. Cependant il était parfois tellement incontrôlable, tellement imprévisible, si colérique et si maître de soi en même temps, une véritable antithèse en soi. Elle ne savait pas aussi bien le comprendre qu'Albus… Peut-être qu'avec le temps…
- Minerva, si vous n'avez rien d'autre à ajouter, je vais vous laisser. Ajouta-t-il d'un ton froid et distant. Bonne soirée.
Il balaya une dernière fois la salle du regard, saluant rapidement chacun du regard, en s'attardant une fraction de seconde sur Potter, puis sortit, d'un pas mesuré.
Plus jamais il ne se laisserait aller ! Plus jamais ! Il s'était déjà fait cette promesse, il y a longtemps, après cet incendie, et avait réussi très vite à maîtriser toute émotion, à ne rien laisser paraître, à dompter toute expression de son visage ou toute inflexion de sa voix. Il était devenu un maître en dissimulation. Mais ce soir, il ne saurait dire pourquoi, il avait perdu le contrôle, quelques secondes avaient suffit. Peut-être s'était-il sentit trop confiant et avait-il relâché son attention ? De toute façon, qu'importe, cela ne se reproduirait plus désormais !
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- QUOI ? Que dis-tu Harry ? Snivellus a osé te dire ça ! Non mais il va voir de quel bois je me chauffe !
Sirius et Rémus était rentrés le lendemain dans la journée. Dès leur arrivée, ils avaient senti que quelque chose s'était passée, l'ambiance ayant imperceptiblement changé, plus tendue encore qu'auparavant, si ce fut possible…
Sirius avait voulu voir Harry tout de suite pour voir ce qui n'allait pas et l'avait trouvé dans sa chambre, en pleine discussion mouvementée avec Ron et Hermione, débattant encore apparemment de ce qui s'était passé la veille. Ils racontèrent alors en détail la scène et le comportement étrange de Snape.
Bien sûr Sirius était fou de rage. Il ne pensait qu'à une chose, étrangler Snivellus et le virer de la maison à coup de pieds, voire d'endoloris. Il se rua dans la chambre de Snape, mais ne l'y trouva pas. Il descendit alors en trombe, suivi de près par les trois Griffondors, inquiets de sa réaction. Il le trouva enfin dans la cuisine, déjà attablé, ainsi que Molly, Arthur, Nayasta, Tonks, Rémus et Nuwan.
Il se rua vers la table, et se plaça face à Snivellus, balayant d'un revers de main rageur tout ce qui se trouvait devant lui. Prenant appui des deux poings sur la table, il se pencha sur lui, bouillonnant de rage et menaçant. Le trio Griffondor arriva à sa suite et ils se décalèrent légèrement sur le côté pour se placer aux côtés de Tonks, Nuwan et Nayasta.
- Snivellus ! Comment as-tu osé ? Je t'avais pourtant prévenu.
Rémus, percevant que les choses risquaient dangereusement de dégénérer, se leva et se plaça près de son ami tentant de le raisonner et de l'apaiser.
- Non Rémus, tu es trop bon. Il t'a toujours méprisé et insulté, alors que toi, tu as toujours cherché à lui trouver des excuses ! Mais il n'y a pas d'excuses qui tiennent cette fois.
Il écumait de rage, crachant ces mots plus qu'autre chose. Severus le regarda droit dans les yeux, froidement mais déterminé. Il ne bougea pas d'un pouce, attendant la réaction de Black.
- Je ne veux plus le voir ici ! Il est hors de question que je partage ma table et mon toit avec un traître et un meurtrier ! Je ne veux plus voir ce mangemort dans cette maison.
Severus se leva alors lentement, impassible, presque nonchalamment. Il n'eut pourtant pas le temps de répliquer que Sirius continuait.
- Je ne tolérerai pas une minute de plus la vue de celui qui a assassiné sans remords l'homme que je considérais comme mon père ! Ces derniers mots avaient été prononcés calmement cette fois, mais froidement.
Ce qui fit l'effet d'une douche glacée à Severus. Il s'était attendu à tout, aux coups, aux cris, aux jets de sortilèges en tout genre, à se faire étrangler, à tout… sauf à ça. Il blêmit et ses lèvres eurent un léger tressautement, à peine perceptible. Il aurait voulu hurler, se ruer sur Black… mais il n'en fit rien et se maîtrisa parfaitement. « Comment Black ose-t-il me cracher au visage le meurtre d'Albus, meurtre prémédité par Albus lui-même ? Sait-il seulement ce que cela m'a coûté et me coûte chaque jour ? Non Black ne sait pas et ne le saura jamais, il s'en contrefout ! »
- Mais pour Snape aussi, le Professeur Dumbledore était comme un père ! s'exclama une petite voix à l'autre extrémité de la table.
C'était Hermione, qui, on ne savait pourquoi, s'acharnait à défendre Snape, depuis qu'il était revenu. Depuis qu'elle avait vu ses souvenirs dans le miroir, elle ne pouvait s'empêcher de penser que son ancien professeur de potions était au fond de lui quelqu'un de bon, et qu'il était resté fidèle au professeur Dumbledore et à sa mémoire. Non pas qu'elle appréciait pour autant le personnage, toujours autant détestable voire plus, mais elle ne supportait pas qu'on accuse cet homme à tord.
- Miss Granger ! Ne m'appelez plus jamais ainsi ! Je ne suis peut-être plus votre professeur mais je suis encore votre aîné ! Vous me devez un minimum de respect !
- Et comment voulez-vous que l'on vous appelle ? Prince-de-Sang-Mêlé, peut-être ?
S'en était trop pour Severus, qui commençait sérieusement à voir rouge et qui sentait toutes ses bonnes résolutions de la veille partir en éclat. « Ne cède pas à la colère ! Ne cède pas à la colère ! » Psalmodia-t-il intérieurement pour regagner son calme olympien. Au prix d'un effort incommensurable, il finit par répondre d'une voix grave et doucereuse :
- Potter, êtes-vous donc incapable de garder quoi que ce soit pour vous ?
- Prince de quoi ? s'enquit Rémus, complètement abasourdi.
Même Sirius s'était brusquement calmé, comme refroidi par ce qu'il venait d'entendre. Snivellus aurait un surnom ? Prince-de-Sang-Mêlé ! Etrange comme surnom ! Un peu débile même ! Qu'est-ce que ça pouvait signifier ?
- Alors c'est donc bien vrai ! Continua la Griffondor. Harry nous avait dit pour le livre et les sorts du Prince-de-Sang-Mêlé, mais je ne savais trop quoi en penser.
- Le livre ? Les sorts du Prince de Sang-Mêlé ? Mais qu'est-ce que ça signifie ? Pourrait-on nous expliquer de quoi vous parler ? demanda timidement Molly, incrédule et complètement perdue dans cette conversation.
- Et bien, Harry s'est retrouvé l'année dernière en possession d'un vieil exemplaire du livre de potions pour sixièmes années : il était rempli d'annotations astucieuses pour améliorer les différentes recettes, ainsi que d'annotations de sort, plus ou moins… inoffensifs, apparemment inventés par l'ancien propriétaire du livre. Mais le seul nom que l'on ait trouvé, indiqué en dernière page, était « Prince de Sang-Mêlé ». Ce n'est qu'en fin d'année que Harry a appris que ce livre avait appartenu en fait au Prof… à Monsieur Snape lors de sa sixième année.
- Miss Granger, arrêtez ce petit numéro de suite ! fit Severus la voix de plus en plus basse et menaçante.
- Et donc Severus avait comme surnom Prince de sang-Mêlé ? en conclut Rémus. Mais d'où te vient ce surnom ?
Severus ne répondit rien et continua de fixer Granger, tentant de l'intimider pour l'empêcher de répondre, mais celle-ci ne parut pas s'en apercevoir et poursuivit.
- Je n'ai pas trouvé grand –chose sur la famille Snape. Jusqu'à ce que je tombe sur deux ou trois articles, dont un annonçant le mariage de Eileen Prince, sorcière d'une grande famille, et de Tobias Snape, moldu. J'ai aussi trouvé un article sur Eileen Prince dans la bibliothèque de Poudlard, indiquant qu'il s'agissait d'une élève excellant dans le jeu de bavboules, jeu qui nécessite une grande dextérité… Puis un dernier article paru dans la gazette annonçant l'arrivée d'un garçon au sein du couple Snape. Mais c'est là qu'est le hic…
- Miss Granger, arrêtez ! Severus s'était rapproché d'Hermione et se trouvait maintenant en face d'elle, la foudroyant d'un regard noir redoutable. Mais rien ne pouvait plus arrêter Hermione, tout à son raisonnement. Les autres membres écoutaient, espérant percer un peu du mystère de Severus Snape.
- Sur l'annonce de la gazette, la date de naissance du garçon était le 09 janvier 1961, alors que Severus Snape est né le 09 janvier 1959. C'est là que je ne comprends pas.
- Il n'y a rien à comprendre, Miss Granger. Cessez donc de fouiner dans la vie privée des gens. Et cela vaut aussi pour vous Potter !
- Mais elle bien trop perspicace Severus ! Il est difficile de lui cacher quoi que ce soit !
- Minerva ! Je ne vous avais pas entendu arriver ! grinça-t-il entre ses dents.
Personne ne l'avait entendu arriver, la conversation ayant masqué le léger « pop » caractéristique du transplannage.
- Je suis sûr que c'est vous le garçon en question. Continua Hermione, encouragée et même aiguillonnée par McGonagall.
- Alors Snivellus serait un sang-mêlé ? Quelle nouvelle ! Lui, un Serpentard et fervent adepte des idéologies de son fondateur Salazar Serpentard ! Lui, un sang-mêlé ?! Lui qui voue une haine sans nom aux moldus, et aux sangs impurs comme il les nomment ?!
- Qu'y a-t-il de si choquant pour ton petit cerveau Black ! Après tout, le Seigneur des Ténèbres lui-même est un Sang-Mêlé !
Tous le regardèrent choqués et sidérés.
- Vous-savez-qui ?! Un Sang-Mêlé ! s'exclama Tonks.
- Vous le saviez ? Comment le savez-vous ? Intervint à son tour Potter, le seul quasiment à ne pas être étonné de la révélation lâchée par Snape.
« Apparemment ils ne savaient pas pour le Lord Noir ! Et toi, non plus tu n'étais pas sensé être au courant. Dumbledore ne t'avait rien dit, bien qu'il devait se douter que tu savais certaines choses ! Tu ferais mieux de tourner cent fois ta langue avant de parler, Severus ! Ca pourrait te jouer des tours un de ces quatre ! »
- Donc c'est bien vous le garçon en question. Vous êtes bien le fils de Eileen Prince et de Tobias Snape ! reprit finalement Hermione, nullement déstabilisée par ces révélations, au contraire émoustillée de toucher du doigt la vérité. Mais alors pour la date de naissance ? Je ne vois que deux possibilités : soit il y a une erreur sur l'annonce parue dans la gazette, soit la gazette annonce effectivement la bonne date de naissance et donc … cela signifierait que… que tous les autres fichiers ont été… elle écarquilla les yeux comprenant enfin tout ce que cela impliquait. Tous les autres fichiers, dont les archives de Poudlard et du Ministère, auraient été falsifiés ! hurla-t-elle presque.
Severus déglutit péniblement le peu de salive qui lui restait et la fixa durement du regard, se taisant, ne cherchant plus ni à la contredire ni à l'empêcher de continuer. McGonagall était apparemment décidé à la laisser faire, alors….
- Je n'y comprends rien ! intervint Ron. C'est quoi encore cette histoire de date de naissance.
- Et bien pour simplifier, si j'ai bien compris, Monsieur Snape n'est pas né le 09 janvier 1959 comme l'affirme les fichiers de Poudlard ou du Ministère, mais le 09 janvier 1961. Les fichiers officiels ont été falsifiés.
- Ce qui veut dire… fit Harry soudain songeur.
- Ce qui veut dire que Monsieur Snape a en fait deux ans de moins que ce que l'on croyait.
- Oui Hermione ! Et donc, comme il est de la même promotion que Sirius, Rémus et mon père, cela signifie, qu'il est entré à Poudlard à neuf ans et non onze…
Un silence de plomb s'installa dans la pièce. Tous dévisageaient Severus comme s'il découvrait un nouveau venu. McGonagall, quant à elle, qui savait ce détail depuis le début, ayant été mise dans la confidence comme tous les directeurs de maison de l'époque, regardait Severus d'un air dubitatif. Comment allait-il réagir encore ? Il n'avait certainement pas apprécié que l'on dévoile ainsi un de ses secrets les plus profonds.
Severus avait, pour sa part, bien du mal à rester calme. Au bout de quelques minutes, il parvint à se reprendre et dit, d'une voix suave et onctueusement dangereuse :
- Êtes-vous satisfaite de votre petit numéro, Miss Granger ! A croire que le choipeau s'est trompé : il aurait dû vous envoyer à Serdaigle ! Après de si brillante déduction, avez-vous encore quelque chose à ajouter ?
Rien ne servait de nier, la démonstration magistrale parlait d'elle-même. Il n'y avait pas trente-six Snape au monde, s'étant marié à une sorcière du nom de famille Prince. Ce qu'il espérait par contre, c'est que ces recherches se soient arrêtées là, ce qui avait l'air d'être le cas.
Tous continuaient pourtant à le fixer étrangement. Il voyait déjà les rouages de leur cerveau – pour ceux qui avaient un cerveau- fonctionner à plein régime, se posant moult questions sur lui, son âge, et surtout la question clé : pourquoi était-il rentré à Poudlard si jeune ? Poudlard n'avait connu aucun précédent de ce type, c'était apparemment le premier et le dernier élève à être rentré si jeune à Poudlard. Pourquoi ? Qu'est-ce qui justifiait d'une telle mesure ? Qu'est-ce qui justifiait toutes ces mesures, ces duperies, ces « falsifications » ? Il ne pouvait y avoir que quelque chose d'extrêmement grave pour cautionner une telle décision. Même McGonagall n'en savait pas davantage, s'étant toujours posé la même question, sans obtenir de réponse. Seul Dumbledore savait la vérité…
Mais il n'avait aucune envie de répondre aux questions qui immanquablement arriveraient tôt ou tard. Il n'avait pas envie de se justifier de toutes ces années de mensonges. En fait, à bien y réfléchir, toute sa vie avait été un mensonge. Il se décida alors à intervenir, leur coupant l'herbe sous le pied :
- Après cette remarquable démonstration de raisonnement, je me vois dans l'obligation de vous laisser à vos interrogations.
- Et où comptez-vous aller Severus ?
- Désolé, Minerva, mais je ne peux rester plus longtemps. On m'a clairement fait comprendre que ma présence dans cette demeure n'est plus tolérée. Je ne saurai m'imposer plus que nécessaire.
- Non Severus ! Il a été décidé que vous resteriez deux mois !
- Les choses ont changé, j'en suis navré. Pour ma part il est hors de question que je reste plus longtemps. Je devrai cependant revenir dans une dizaine de jours, pour la réunion de l'Ordre, n'en déplaise au propriétaire de ces lieux. Et si sa tolérance me le permet, j'en profiterai pour confectionner mon remède pour le laps de temps restant.
- Non Severus ! Vous restez.
Celui-ci cependant se dirigeait déjà vers l'entrée, attrapa une légère besace contenant ses potions pour dix jours et sa cape, qu'il avait déjà descendues et laissées sur la rampe de l'escalier. Il s'était douté de la réaction inévitable de Black et avait déjà prévu de partir avant même que l'explosion n'éclate. Il avait juste espéré pouvoir prendre un repas avant, mais bon, il faudrait s'en passer pour ce soir !
Une main le rattrapa doucement par le bras.
- Severus c'est trop dangereux !
Severus se retourna ver McGonagall et lui répondit, avec un sourire légèrement moqueur, mais aussi empreint d'une pointe de tristesse :
- Mais rien n'est assez dangereux pour Severus Snape, mangemort assassin !
Tous deux se regardèrent quelques secondes. Puis Severus reprit d'un ton plus neutre, perdant cette fois tout sourire :
- Ne vous inquiétez pas Minerva, je reviendrai, dans une dizaine de jours.
Il ajusta la cape sur ses épaules et mit sa capuche, masquant ainsi la quasi-totalité de son visage. Et il partit, faisant virevolter sa cape derrière lui, tout en boitillant encore légèrement, sous les beuglements de Madame Black.
McGonagall le regarda partir tristement. Elle avait échoué, elle n'avait pas réussi à faire en sorte que les autres membres le tolèrent un tant soit peu. Mais elle ne renoncerait pas pour autant. Elle songea alors qu'il était impossible de maintenir un fauve en cage, son instinct sauvage reprenait toujours le dessus, comme pour Severus. Un sourire timide se dessina sur son visage, à cette image : comparer Severus, fidèle Serpentard, à un félin, emblème des Griffondors ! Quelle image cocasse… mais tellement frappante !
