Comme promis voici le résumé du chapitre 15 pour ceux qui ont préféré le passer (scène de violence dans le passage en italique)

Résumé du Chapitre 15 : Prince de Sang-Mêlé

Le lendemain, après une conversation plus ou moins banale qui dériva insidieusement vers l'incident entre Severus et les Maraudeurs dans la cabane hurlante (non détaillée), la situation dégénéra entre Severus et Harry, ce dernier insistant pour en savoir plus et Severus refusant catégoriquement d'en dire davantage. « Je risquerai d'être tenté de rejoindre le camp de mes chers amis, comme vous aimez à les appeler, et de vous livrer enfin au Lord noir ! » a-t-il lâché à Harry. Ce qui choqua bien entendu tous les membres présents (Rémus et Sirius étaient alors absents), et, malgré les plates excuses de Severus envers Harry (faits rares et combien mémorables pour cet homme), le jeune homme reste furieux.

Ce qui déclenche des souvenirs d'enfance à Severus : un épisode douloureux lorsque, à l'âge de neuf ans, il fut placé en orphelinat moldu, sa mère étant morte et son père étant en détention provisoire accusé du meurtre de sa mère. Il se remémore un horrible accident où, après avoir été battu, comme souvent, et injurié par le surveillant, il le tua dans un accès de fureur en déclenchant un incendie magique avec la baguette de sa mère. Le Ministère, ayant intervenu pour « réparer » au mieux les dégâts, souhaite le bannir de la société sorcière mais, Severus enfant fut sauvé de justesse par Dumbledore en personne.

Finalement Minerva le sort de ses songes et accepte ses excuses, lui assurant toutefois, qu'elle ne tolérera plus aucune de ces remarques déplacées !

Le lendemain de cette dispute, Sirius et Rémus rentrent, et sont mis au courant de ce qui s'est passé la veille avec Severus. Furieux, Sirius veut expulser Severus du 12 Square Grimmaud, disant ne pouvoir tolérer, je cite, « celui qui a assassiné sans remords l'homme que je considérais comme mon père ! ». Hermione cherche, comme toujours depuis le retour de Snape, à prendre sa défense, et de fil en aiguille, tous apprennent que Severus s'était surnommé le Prince de Sang-Mêlé lors de sa sixième année.

Hermione explique alors ce qu'elle a trouvé sur ce Prince de Sang-Mêlé et en conclut que Severus est bel et bien le fils de Eileen Prince et de Tobias Snape alors simple moldu. Mais qu'il est en fait âgé de deux ans de moins que son âge officiel, sa date de naissance ayant été falsifiée, et étant le 09 janvier 1961 et non 1959. Ce qui signifie que Severus serait rentré à l'âge de neuf ans et non de onze, comme les autres, événement sans précédent dans l'histoire de Poudlard. Tous se demandent alors quelles obscures raisons peuvent justifier de telles mesures… (En fait les lecteurs auront, je pense, fait le lien entre cette rentrée précoce à Poudlard et le meurtre commis Severus à l'âge de neuf ans…)

Severus décide alors de partir, malgré les protestations de McGonagall, mais lui promet de revenir dans une dizaine de jours, pour la réunion de l'Ordre.

Et maintenant place au chapitre suivant, où l'on change un peu d'air momentanémént. Merci à tous les fidèles reviewers en attendant avidement vos commentaires!

CHAPITRE 16 : Escapades d'un fugitif

Severus se retrouva devant la porte du 12 Square Grimmaud. Cela faisait maintenant presque dix jours qu'il était parti, on était le 21 décembre en fin d'après-midi et il neigeait abondamment. Il ne savait au juste s'il était soulagé de revenir momentanément à l'abri, ou s'il était anxieux des réactions que son arrivée ne manquerait pas de provoquer. Son départ quelques jours auparavant avait été plus qu'animé, surtout avec Potter et Black : bref, toujours les mêmes !

Tonks se tenait à ses côtés, l'air aussi maussade que lui. Il y a trois jours de cela maintenant elle l'avait retrouvé, Merlin seul sait comment, et l'avait rejoint… en transplannant. Erreur, qui aurait pu être fatale. En effet, Severus s'était retranché dans des régions boisées de France, (l'Irlande et l'Ecosse étant « grillées », mieux valait changer de secteur) habitées seulement par des moldus, peu de sorciers s'aventurant d'ordinaire dans ces terres reculées. La magie, sous quelque forme qu'elle soit, était ainsi facilement repérable à des kilomètres à la ronde. Il avait donc vécu à la façon moldu, vivant de la seule cueillette, de la chasse au collet et de la traque à l'aide d'appât, jusqu'à ce débarquement intempestif de la jeune Auror.

Ils se regardèrent un instant sur le seuil de la maison, et se remémorèrent alors tous deux les trois derniers jours, et le moment où Tonks avait surgi, au beau milieu de l'antre provisoire qu'il s'était aménagée sommairement dans une petite grotte de la falaise, troublant ainsi la tranquillité qu'il tachait d'entretenir, et indiquant, par la même occasion, la localisation exacte de Snape à ses poursuivants, comme à l'encre rouge sur la carte !

FLASH BACK

- Tonks, que faîtes-vous donc ici ? Avait-il rugit. Et qu'est-ce qui vous prend de transplanner en plein milieu d'une zone moldue, exempte de quasiment toute magie ! Voulez-vous me faire tuer par vos confrères ?

- Moi aussi je suis enchantée de vous voir, Monsieur Snape ! Merci de votre si charmant accueil !

- Trêve de plaisanterie et de mesquineries futiles ! Votre transplannage inopiné va immanquablement attirer tous les Aurors à la ronde.

Severus, qui était alors en train de boire une infusion devant son petit feu de bois, était passablement énervé, les nerfs à fleur de peau. Il fallait faire vite, s'il ne voulait pas se faire prendre. Il se leva alors abruptement, jeta son infusion au feu, puis commença à rassembler dans sa sacoche les quelques affaires, dont il s'était peu à peu équipées : le bol en fer forgé qu'il rinça rapidement, le fameux couteau finement ciselé qu'elle avait déjà vu il y a quelques jours au quartier général de l'Ordre, quelques herbes apparemment fraîchement coupées, une ficelle de fer de fin diamètre qu'il enroula avant de la ranger, une gourde contenant apparemment de l'eau…

- Que faîtes vous donc ? Pourquoi rangez-vous vos affaires ? Vous partez ?

- Oui Tonks ! Je pars avant que je ne me retrouve encerclé, près pour un départ à Azkaban !

- Mais que voulez-vous dire ? Je n'ai aucunement l'intention de vous faire prisonnier ni de vous livrer au Ministère !

- Je ne parlais pas de vous !

Il était en train d'effacer les quelques traces de son passage ici, éteignant le feu et détruisant le petit âtre qu'il avait créé… Mais il eut à peine le temps de finir, qu'ils se retrouvèrent déjà, lui et Tonks, encerclés par sept Aurors, plus que résolus à en découdre.

« Tonks, surtout ne réagissez pas, ne faîtes rien contre eux ! Ni contre moi si possible ! Faîtes-moi confiance pour une fois !» lui dit-il mentalement par aggelomencie, pour que les autres ne l'entendent pas.

Tonks comprit alors, mais trop tard, son erreur. Elle eut du mal à réaliser que Snape venait de lui donner ses quelques instructions dans son esprit, sans prononcer une parole, ce qui la réduisit effectivement à l'immobilité et au silence pour quelque secondes. Quand elle reprit ses esprits, elle réalisa alors qu'elle avait la lame du couteau de Snape sous la gorge, celui-ci lui serrant les bras dans le dos de son autre main libre, l'empêchant de faire tout mouvement.

En effet, bien que sa marche de manœuvre était très faible, Severus avait réussi à assommer deux Aurors d'un souple moulinet de jambes, puis s'était saisi d'une de leur baguette tout en roulant sur le côté pour éviter les jets de sortilèges. Il était parvenu de justesse à en stupéfixer un autre et finalement s'était rabattu à la vitesse de l'éclair derrière Tonks, faisant croire qu'il la prenait en otage.

- Alors, Snape ! Aucun courage ! Tu as besoin de rempart humain, tu es donc incapable de te battre comme un homme ! Laisse-la partir et nous ne te ferons aucun mal ! Cria un des Aurors.

- Ce n'est qu'un lâche ! Ajouta un autre.

- Mieux vaut un lâche libre qu'un lâche à Azkaban ! Non pas que le séjour que vous me proposez me déplaise ! Enfin si, un peu ! Voyez-vous, j'ai déjà eu l'occasion d'y goûter, j'envisageais d'essayer plutôt une autre contrée pour mes vacances ! Oh, j'espère ne pas vous vexer surtout ! Mais j'ai besoin de plus… d'exotisme, dirons-nous !

Un des Aurors fit alors un mouvement brusque dans sa direction. Severus raffermit sa prise sur Tonks et la lame fit perler deux petites gouttes de sang sur le cou de la jeune femme.

- Non ! Ne faîtes pas un pas de plus ou je la tue sous vos yeux, sans préavis ! Abaissez vos baguettes et laissez les tomber à terre, si vous tenez à elle ! Laissez tomber vos baguettes, dis-je ! Il serait dommage de sacrifier un Auror supplémentaire en cette période si sombre ! Surtout si talentueuse ! Fit-il en susurrant ces mots de sa voix mielleuse et sensuelle, avec un sourire cruel.

La jeune femme, quant à elle, ne savait trop que croire. Etait-il sérieux ? Serait-il capable de la tuer, elle, membre de l'Ordre, juste pour sauver sa peau ? Ou était-ce seulement du bluff ? A quoi jouait-il donc ? On n'était pas au poker tout de même ! Quoique, au vu de la situation, on n'en était pas loin, à deux contre sept des Aurors les plus entraînés !

- N'ayez pas peur Tonks ! Je ne vous ferai jamais aucun mal ! Lui murmura doucement Severus dans le creux de l'oreille, percevant le malaise de celle-ci. Désolée pour cette petite éraflure, mais rien de bien grave, je vous soignerai ça, dès que nous serons à l'abri !

Elle était sidérée : avait-il lu dans ses pensées ? Mais comment ? Elle connaissait ses capacités en legilimencie, mais il lui fallait tout de même un contact visuel normalement, non ? Ou avait-il seulement deviné ses peurs et ses pensées ? Mais elle n'eut pas l'occasion d'approfondir ses réflexions.

Finalement, Severus vit avec satisfaction quatre baguettes tomber à terre, ses attaquants affichant un air de dépit et de rancœur refoulée. Snape allait encore leur échapper !

- Bien, voilà qui est plus raisonnable ! Maintenant poussez vos baguettes, et celles de vos collègues neutralisés, par-dessus le rebord de la falaise. Ce que l'un des Aurors, le plus âgé, fit, lentement, après quelques secondes d'hésitation.

- Tu ne t'en tireras pas aussi facilement Snape ! Tu ne peux pas toujours fuir de la sorte !

- Ne t'inquiète pas Tonks ! On fera tout pour te retrouver ! fit un des plus jeunes, avec hargne.

- Maintenant où est votre baguette ? Nous allons devoir transplanner tous les deux ! Lui demanda Severus toujours à voix basse pour se faire entendre par Tonks seulement.

- Dans ma manche gauche ! Mais vous me serrez trop fort pour que je l'attrape.

- Laissez moi faire ! De toute façon, vous ne connaissez pas assez bien les environs, je vais nous faire transplanner ! Accrochez-vous à moi et accordez-moi encore un peu de confiance !

Se disant, il relâcha les mains de Tonks, qu'il avait maintenu tout ce temps fermement dans son dos, et glissa sa main libre dans la manche gauche de celle-ci : comme elle lui avait indiqué, il trouva la baguette, s'en saisit délicatement et la sortit. D'un geste vif, il croisa les bras devant Tonks, l'enlaçant de tout son corps et, serrant la baguette d'une main et le couteau de l'autre, il se concentra et transplanna, laissant les Aurors pantois.

Elle sentit cette désagréable sensation de tournis puis ils se retrouvèrent dans une petite clairière qu'elle ne connaissait pas. Severus lâcha son étreinte et elle l'entendit tomber à genoux derrière elle. Elle se tourna vers lui, furieuse et prête à lui montrer sa façon de penser pour avoir osé se servir d'elle de la sorte. Même s'il est vrai, elle avait trouvé la démonstration magistrale ! Quel cran ! Quel culot aussi !

Mais immédiatement, à la vue de l'homme à genoux, la tête basse et une main se tenant l'épaule, la respiration saccadée, elle se tut, incapable de réagir. Elle secoua la tête pour reprendre ses esprits, puis s'agenouilla en face de lui et osa enfin lui parler :

- Severus, ça va ?

Il leva un regard noir indéchiffrable vers elle, les traits tirés, l'air las et exténué.

- Oui ça va ! Et depuis quand m'appelez-vous par mon prénom ?

- Désolée, cela m'a échappé ! Mais ça n'a pas l'air d'aller du tout ! Votre joue gauche a une entaille, apparemment superficielle mais tout de même assez grande, et votre épaule a été touchée aussi. Et je constate que votre plaie au flanc saigne à nouveau ! Vous avez l'air également épuisé !

- C'est que, voyez-vous, transplanner sans votre propre baguette, avec quelqu'un, même s'il s'agit d'une si charmante compagnie, alors que dans votre sang s'écoule un poison mortel, n'est pas de tout repos ! Lui répondit-il sur son ton le plus sarcastique. Quand à ses petites éraflures cela devra attendre. Je dois avoir une ou deux potions de régénération de force dans ma sacoche, nous en aurons bien besoin.

Tonks s'empara de la sacoche que Severus portait en bandoulière et fouilla dans son contenu. Elle fut surprise de voir tout cet attirail à l'intérieur : outre ce qu'elle lui avait vu rangé quelques minutes plus tôt, il y avait aussi une cape noire d'un tissus assez épais, différentes fioles, un nécessaire à potion rudimentaire et une étrange boite en bois de la taille d'un petit livre... Il n'avait pas tout ça en partant du Square Grimmaud. Où se l'était-il procuré ?

- Je ne vous savais pas si bien équipé !

- Il vaut mieux avoir un minimum d'équipement quand on est un fugitif, très chère… Je suis plein de … ressources ! répondit-il narquoisement.

Elle haussa un sourcil pour marquer son incompréhension, ou plutôt sa curiosité. Ce qu'il pouvait être agaçant avec ses réponses si évasives…

- Mais encore ? Continua-t-elle suspicieusement. Où avez-vous donc trouvé tout ça ? Vous n'aviez pas tout cet attirail en partant du quartier général.

- J'ai dû faire un petit détour vers mon humble demeure. Cela vous convient-il comme réponse ? Il commençait sérieusement à s'énerver. Elle lui faisait perdre un temps précieux avec ses questions si futiles.

- Votre demeure Impasse des tisseurs ?

- Je n'en ai pas trente-six non plus !

- Mais comment ? Celle-ci est étroitement surveillée, non ?

- Ce n'est pas MA demeure pour rien ! Celle-ci possède fort heureusement de nombreux passages, encore inconnus de vos chers collègues ! Certes je ne peux m'y rendre pour un long séjour, mais je peux encore aller m'y glisser subrepticement pour aller chercher quelques affaires nécessaires… Pouvons-nous enfin reprendre nos affaires actuelles, beaucoup plus urgentes, ou avez-vous d'autres questions ?

Tonks se contenta d'une moue dédaigneuse et moqueuse.

- Bien, alors ces potions de régénération ! fit-il en montrant d'un signe de tête énervé la sacoche qu'elle tenait toujours.

Elle repartit donc à la recherche de ces fameuses potions de régénération au fin fond de cette sacoche. Elle leva alors un regard inquiet et désespéré vers lui, tout en sortant des débris de verre. Severus comprit tout de suite, poussa un soupir dépité et résigné et ferma les yeux quelques instants.

Ils avaient peut-être finalement réussi, lui et Tonks, à fuir. Mais, dans la bagarre, toutes ses fioles de potion s'étaient brisées, pas seulement les potions de régénération, mais aussi les trois fioles de potions de remède restantes… Fioles cassées, plus de remède, et rebelote les vertiges, saignements, migraine, fièvre, crampes et compagnie. Combien de temps cela prendrait-il avant que tous ces symptômes ne reviennent ? Il l'ignorait, mais le plus tard serait le mieux, ils ne pouvaient se permettre de se rendre directement au quartier général, il devait donc tenir quelques jours.

Il se redressa quelque peu, et leva la baguette qu'il tenait toujours, pour la diriger vers Tonks. Un frisson parcourut cette dernière, qui se demandait quel maléfice il allait lui jeter. Finalement, elle le vit simplement murmurer quelque chose qu'elle ne comprit pas, et sentit un léger picotement au niveau de sa gorge. Il avait soigné la petite plaie au cou, qu'il lui avait faite avec son couteau ! Elle le vit ensuite lui tendre sa baguette, qu'elle saisit, restant sans voix.

- Allons-y, avant qu'il ne retrouve nos traces ! Suivez moi. Fit-il pour toute conclusion.

Tonks obéit sans aucune objection. Elle se sentait assez fautive de la situation délicate, dans laquelle elle les avait mené tous les deux. Ils marchèrent longuement, à un rythme soutenu, que Tonks avait quelque mal à suivre, jusqu'à la nuit tombée, et atteignirent le sommet d'une petite colline, en sortant de la forêt. Il lui avait rapidement expliqué qu'il valait mieux ne pas transplanner directement au 12 square Grimmaud, car avec les Aurors toujours à leur trousse, ils se seraient faits prendre dès leur première tentative et risqueraient d'attirer l'attention sur le quartier général inutilement.

Heureusement Severus avait de la ressource. Une fois au haut de la fameuse colline, il s'empara d'un étrange objet, qu'il porta à ses lèvres et d'où sortit un sourd sifflement à la limite de l'audible. Tonks était plus qu'intriguée, mais n'osait poser de questions, consciente de l'état plus qu'exaspéré de Severus.

Ils attendirent de longues minutes, lui restant debout, tendu, les yeux rivés vers le sombre manteau noir du ciel. Elle suivit son regard mais rien ne venait. Finalement n'y tenant plus, elle se risqua à demander :

- Qu'attendons-nous maintenant ? Ils doivent être sur nos traces, ils risquent de nous rattraper. Nous ne pouvons pas rester trop longtemps ici !

- Je le sais bien ! Un peu de patience ! Siffla-t-il, d'un ton glacial sans quitter le ciel du regard.

Puis soudain, il tendit le bras devant lui et lui désigna du doigt un point vers le ciel. Elle tourna les yeux vers ce qu'il lui indiquait, mais ne voyait rien. Elle se concentra au maximum et fixa intensément le ciel. Puis, au fur et à mesure, elle aperçut deux points noirs se dessiner sur l'horizon bleu sombre. Ses ombres grandissaient peu à peu, elle distingua alors deux créatures ailées s'avançant vers eux à grande vitesse. Au bout d'une dizaine de minutes, elle put contempler deux magnifiques chevaux ailés noirs d'ébène, se tenant majestueusement devant eux.

- Des… des… des Thesdrals ! Parvint-elle à articuler. Elle en restait bouche bée. Elle connaissait ses créatures de nom mais n'avait jamais eu l'occasion d'en voir de ses propres yeux. C'étaient des créatures rares, réputées pour leur caractère solitaire et difficilement apprivoisables.

Pourtant elles ne semblaient pas craindre Severus, qui s'était approché des Thesdrals sans hésitation et les caressait doucement, presque… affectueusement même, leur parlant à voix basse. Tant de douceur dans ce geste ! Tant de sérénité même ! Elle n'avait jamais vu Snape sous ce jour, avec personne ! Il se tourna enfin vers elle et lui tendit une main, l'invitant ainsi à s'approcher à son tour. Mais Tonks était comme hypnotisée, et restait immobile.

- Tonks, quand vous voulez ! Ils ne vont pas vous manger ! A moins que vous ne préfériez attendre vos confrères, mais je pense qu'il vaudrait mieux que l'on rentre ensemble au quartier général. Cela permettra de décider de la meilleure tactique à adopter vis-à-vis du Ministère concernant votre pseudo enlèvement !

Elle acquiesça et approcha, timidement des chevaux, quant à eux quelque peu effarouchés par sa présence. Severus les rassura de sa voix mélodieuse dans une langue inconnue de Tonks, tout en aidant la jeune femme à enfourcher un des animaux. Elle sentit sous elle la créature se détendre, elle était acceptée. Severus enfourcha l'autre, un peu plus grand et donna l'ordre de départ.

- Je vous conseille de bien vous tenir ! Lui donna-t-il pour seule indication avant de partir.

Tonks se sentit alors soulever de terre, les muscles puissants de la bête vibrant à chaque mouvement sous elle, les ailes se déployant majestueusement derrière elle, dans un lent mais régulier mouvement de haut en bas, faisant frémir l'air dans son dos. La vitesse augmenta rapidement, le vent sifflant fortement à ses oreilles et dans ses cheveux, le paysage défilant sous elle devenant flou et imperceptible. Elle se cramponna de toutes ses forces, à la fois émerveillée et terrorisée.

Ils parcoururent certainement une grande distance cette nuit-là, quand Severus décida enfin à l'aube de faire une halte, pour laisser les Thesdrals se reposer disait-il. Comme si eux deux n'avaient pas besoin de se reposer ! Elle brûlait de lui poser des questions sur ces magnifiques compagnons, mais le regard courroucé de Snape l'en dissuada rapidement.

Ils s'installèrent sommairement, Tonks observant Severus dresser un petit campement pour la nuit, allumant un petit feu, en prenant soin de délimiter « l'âtre » improvisé à l'aide de pierre pour que le feu ne s'étende pas, puis préparant un repas rudimentaire à l'aide de ce qui lui restait des jours précédents : des champignons et des petites pousses inconnues de Tonks mais au délicieux goût de pomme de terre et assez nourrissantes, agrémentés de baies, pour finir par des fruits et une infusion.

Il ne parlait pas, apparemment plongé dans ses pensées, mais rien dans ces gestes ne dénotait une quelconque animosité envers elle. Il gardait un silence obstiné mais ne l'ignorait pas pour autant, lui indiquant par geste quoi faire, lui jetant des regards parfois furtifs, d'autre fois appuyés, il paraissait même prévenant, lui donnant la plus grande part, la laissant boire en premier…

- Vous devriez dormir un peu ! Dit-il enfin. Je n'ai malheureusement rien de mieux à vous proposer pour ce soir, que ce tas de feuilles.

- Et vous ? Vous ne dormez pas !

- Je prends le premier tour de garde, je vous réveillerai dans quelques heures !

Elle acquiesça et, sans un mot, s'installa le plus confortablement possible, à l'endroit qu'il lui avait indiqué. Très vite, elle se laissa emporter dans les bras de Morphée, gagnée par la fatigue de cette journée harassante mais si passionnante.

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Severus s'assit près du feu et se réchauffa les mains à la chaleur des petites flammes. Il avait fait un feu suffisant intense pour écarter les bêtes sauvages de la nuit, mais il ne voulait pas l'attiser davantage, de peur que la fumée n'attire l'attention.

Il la regarda dormir à poings fermés, à la fois exaspéré et surpris. Exaspéré de tant d'imprudence et de tant d'ignorance : « elle aurait pu nous faire tuer, de plus elle ne connaît rien, incapable de se débrouiller sans magie, lamentable... » Mais aussi surpris, tout d'abord de son endurance. Pas une seule fois elle ne s'était plainte, et pourtant il ne l'avait pas ménagée, et lui avait fait suivre un rythme plus que soutenu cette nuit… Lui-même était épuisé par cette course-poursuite, mais il fallait mettre le plus de distance possible avec ses assaillants, et regagner l'Angleterre au plus vite.

Il la vit frissonner, couchée en position fœtale, ses bras enserrant son torse comme pour essayer de se réchauffer. Il se dirigea alors vers elle, et délicatement défit la cape qu'il portait pour la poser sur les frêles épaules de la jeune femme. Elle semblait si fragile, si jeune, si insouciante… Il enviait quelque peu cette insouciance, qu'il n'avait jamais véritablement connue lui-même…

Il reprit rapidement ses esprits et chassa au plus vite la nostalgie qui le gagnait. Il retourna s'asseoir au coin du feu et se replongea dans ses pensées précédentes, plus constructives et beaucoup plus utiles que ses futiles songes…

Le voyage s'avérerait peut-être moins risqué et plus rapide à dos de Thesdrals, mais il fallait tout de même rester vigilants. « Vigilance constante ! » ricana-t-il en repensant au vieil Auror qui leur rabâchait sans cesse cette maxime. Ils allaient devoir faire quelques détours pour semer leurs poursuivants et brouiller les traces, avant de rejoindre l'Ordre. L'idéal serait de tenir deux ou trois jours, mais tiendraient-ils jusque là ? Les Thesdrals étaient des créatures robustes et endurantes, ils pourraient peut-être soutenir ce rythme encore un jour ou deux. Mais Tonks ? Combien de temps tiendrait-elle encore ? Elle était jeune, vigoureuse et courageuse. « Intrépide Griffondor sans peur et sans reproche ! » Ne put-il s'empêcher d'ironiser. Mais elle n'était pas habituée à ce genre de traitement, cela se sentait ! Pourtant pas une seule plainte, elle avait même suivie docilement, sans protester comme il l'avait craint au début !

Elle s'était lancée dans une aventure dont elle ne se doutait certainement pas l'envergure. Jouer les fugitifs n'était pas de tout repos ! « Après tout, c'est elle qui est venue te chercher ! Qu'elle en assume les conséquences ! » Mais au fond de lui, Severus voulait à tout prix la protéger, il s'en voudrait s'il lui arrivait quoique ce soit. Mais ça, il ne se le serait jamais avoué pour tout l'or du monde !

Il s'aperçut soudain que le soleil était haut dans le ciel, il devait être le milieu de matinée, il était temps de reprendre la route. Il essaya de se lever, mais une crampe fulgurante tout le long de son corps, à la fois glacé par la brise du matin et en sueur, ainsi qu'un soudain vertige, le stoppèrent dans son mouvement. Il ferma les yeux un instant, se rassit et tenta de maîtriser son soudain malaise en prenant de profondes inspirations. Il porta une main tremblante à son front pour constater, comme il le supposait, qu'il était brûlant. Bien entendu, n'ayant pu prendre son remède la veille, les symptômes avaient repris, Severus aurait toutefois espéré qu'ils reprennent moins rapidement…

Il parvint enfin à se calmer, se leva doucement et difficilement, tremblant, les premiers pas quelque peu vacillants, puis entreprit de réveiller Tonks, en la secouant doucement par les épaules. Elle ouvrit enfin un œil et se redressa lentement.

- Il est temps de s'apprêter ! Nous devons partir d'ici dans une demi-heure au plus ! Levez-vous, si vous voulez toujours me suivre. Je vais préparer une infusion.

Il s'éloigna vers le feu, qu'il avait continuer d'entretenir toute la nuit, et commença à faire chauffer dans le verre en fer forgé l'eau qu'il avait récoltée à l'aide de la rosée du matin même. Il avait de même rempli sa gourde, mais il voulait conserver cette eau pour le voyage qui les attendait.

- Merci pour la cape ! Mais vous devez avoir froid ! Dit-elle le rejoignant enfin et lui tendant la cape.

Il la prit et s'en revêtit sans mot dire, les mâchoires crispées. Il lui tendit, toujours en silence, un fruit (le dernier nota-t-il) et le verre fumant, où infusait quelques herbes dégageant une douce et agréable odeur mentholée. Elle s'en saisit avec un sourire en remerciement, et remarqua alors le léger tremblement des mains de Severus. Elle leva les yeux vers son visage et nota les quelques perles de sueur qui courait sur son front, collant quelques mèches à ses traits anguleux, les lèvres crispées et pâles, et le regard… fiévreux ! Il a de la fièvre ! Aurait-il attrapé froid ?

Elle l'observa avec plus d'attention et comprit alors : le poison… le poison reprenait ses droits. Il fallait vite rejoindre l'Ordre, pensa-t-elle.

- Il faut rentrer au plus vite, Monsieur Snape.

- Non jeune fille ! Nous ne pouvons pas rentrer directement au QG, cela serait trop risqué, aussi bien pour nous, que pour les membres de l'Ordre. Il ne faut pas que l'on conduise vos sympathiques amis directement à l'Ordre, nous allons devoir faire quelque détour !

- Mais vous ne tiendrez jamais ! Les symptômes reprennent, ne cherchez pas à le nier, cela se voit comme le nez au milieu de la figure ! Elle se mordit alors les lèvres en réalisant ce qu'elle venait oser de dire : elle venait de donner un ordre direct à Snape et d'évoquer un sujet sensible chez lui, à savoir le nez…

Il la regarda froidement et rétorqua finalement :

- Je tiendrai, Tonks ! Ne vous inquiétez pas, vous n'aurez pas à jouer les gardes malades ! Nous n'avons pas le choix de toute façon.

- Mais… tenta-t-elle une dernière fois.

- Il n'y a pas de mais ! Ecoutez moi bien, maintenant ! Si vous voulez rentrer indemne, vous allez devoir m'obéir au doigt et à l'œil, sans protester ! Est-ce clair ? Je ne suis pas d'humeur à batailler constamment avec vous !

Il se leva alors, rangea son attirail et s'avança vers les chevaux ailés. Une voix derrière lui l'arrêta net :

- Mais vous n'avez même pas dormi et vous n'avez rien mangé !

Il ne réagit pas.

- Laissez moi au moins soigner vos blessures ! Continua-t-elle, s'approchant de lui et le contournant pour se placer face à lui.

Il la toisa du regard, de son regard froid, distant, qu'il réservait en général à ses élèves pour les impressionner. Mais elle tint bon et, sans attendre qu'il réagisse davantage, leva sa baguette vers la joue éraflée. Il tourna alors légèrement la tête comme pour mieux exposer la plaie. Tonks lança l'incantation et suivit du bout de sa baguette le trajet sinueux, qui se referma au fur et à mesure. Elle répéta l'opération pour l'épaule. Elle s'apprêtait à faire de même pour la blessure au flanc qui s'était remise à saigner légèrement, mais elle sentit une main ferme lui enlacer le poignet et l'écarter doucement.

- Inutile ! Cela suffira amplement ! Allons-y maintenant ! Nous avons perdu assez de temps comme ça.

- Mais en plein jour, ne risquons nous pas de nous faire repérer ?

- Faut-il vous rappeler, Miss Tonks, que ces somptueuses créatures ont aussi l'incroyable aptitude de se rendre invisible, ainsi que le cavalier qu'ils ont l'obligeance de transporter ? répondit-il avec un léger sourire narquois.

Ils repartirent donc pour une nouvelle longue chevauchée. Ils s'arrêtèrent toutefois avant la tombée de la nuit, Severus s'attelant alors à la tâche de rechercher de la nourriture pour la nuit et le lendemain, cueillant quelques pousses par ci par là, cueillant quelques fruits aux arbres, ramassant des marrons, posant un collet à l'aide du fil de fer qu'elle lui avait vu ranger dans sa sacoche à son arrivée et installant devant le piège un appât.

Ils s'arrêtèrent près d'un cours d'eau et établirent leur petit campement à quelques mètres de la rive, dégustant les quelques mets que Severus leur avait dénichés. Ils s'accordèrent cette fois une nuit entière de repos, dormant à tour de rôle. Le lendemain, ils constatèrent qu'un lapin s'était laissé prendre au piège, c'était un lapin de petite taille mais il ferait largement l'affaire pour le repas du midi.

Tonks apprit alors beaucoup auprès de Severus, redoutable fugitif, qui lui montra de nombreuses techniques de traques, de chasse, de survie et de pistage. Elle se demandait où il avait bien pu apprendre tout ça mais se gardait bien de poser des questions personnelles, connaissant parfaitement bien sa réaction.

Ils passèrent ainsi trois jours et trois nuits à fuir et brouiller leurs traces, parcourant les terrains reculés de France puis d'Angleterre jusqu'à Londres. Tout le long de leur périple, elle apprit à apprécier un peu mieux Severus, même s'il restait toujours aussi froid et distant, contrastant assez fortement avec les moments où il partageait ses connaissances avec la jeune Auror de façon presque cordiale. Il avait, quant à lui, fini par s'accommoder de sa présence. De toute façon, il n'y en avait que pour trois jours et il n'avait pas la force de se battre avec elle ! Il ne se gênait pas toutefois de lui faire remarquer ces maladresses constantes, qui lui avaient coûté ces trois dernières potions !

Il ne lui avait jamais posé la moindre question, même pas pour savoir pourquoi elle l'avait rejoint ainsi. Il considérait que si elle voulait lui révéler, elle pouvait le faire d'elle-même, mais qu'il n'avait pas à poser la question. Et qu'est-ce que ça aurait changé d'ailleurs, elle était là, à troubler la tranquillité qu'il chérissait tant ! Il était en outre certain que Minerva y était pour quelque chose.

Severus se sentait toutefois de plus en plus faible, ses gestes étaient de moins en moins précis, il avait de plus en plus de difficulté à se mouvoir, et, à plusieurs reprises, il dut laisser faire Tonks, lui donnant les consignes. Apparemment, la jeune Auror était plutôt réjouie de pouvoir participer ainsi, avide d'apprendre ces techniques de survie, bien qu'elle semblait inquiète pour lui. « Inquiète pour toi ?! Voyons, Severus, ne rêve pas trop ! Elle est juste inquiète que tu lui restes sur les bras ! » Mais le croyait-il vraiment ? Il n'en était plus tout à fait sûr, à présent. Mais il ne chercha pas à approfondir la question.

Ils se tenaient donc enfin devant cette porte, Severus l'air las et très mal au point, fiévreux et faible, Tonks l'air maussade et fatiguée, peu habituée à tant de tension, ayant peu dormi pendant trois jours. Elle se demandait d'ailleurs comment il tenait à ce rythme-là, en s'imaginant que, quand il reviendrait auprès de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, cela s'accentuerait encore… Elle ressentait maintenant un certain respect pour Severus.