Voici quelques réponses aux questions laissées en suspens, je dis bien quelques...
Merci encore et toujours aux reviewers!
Lone Wolf : Non, la rebellion, ce n'est pas encore pour tout de suite, peut-être prochainement, peut-être... Un peu de patience...
Me-Violine : deuxième vision d'un Severus un peu moins parano et un peu plus adouci, en tout cas avec certains...
J'espère que ce chapitre vous plaira, n'hésitez pas à critiquer ou à faire vos remarques!
CHAPITRE 17 : Retour troublant
Il se décida enfin à frapper à la porte d'une main peu assurée. Ce fut Molly qui leur ouvrit, un large sourire aux lèvres en les reconnaissant, puis un froncement de sourcil en voyant l'état de Severus et la fatigue de Tonks. Elle s'empressa de les faire entrer. Ils furent accueillis comme d'habitude par les cris de Madame Black, mais n'y prêtèrent pas attention. Molly les conduisit à la cuisine.
Ils s'assirent en silence, goûtant avec délectation l'ambiance calme et reposante de la maison, malgré la multitude de petits bruits parasitant le silence, et se réchauffèrent avec une tasse de thé.
- Je vais prévenir Minerva que vous êtes enfin rentrés. Je crois qu'elle souhaitera vous voir rapidement.
Ils se contentèrent tous deux de hocher la tête, sans un mot. Molly sortit et monta vers le salon du premier étage, où McGonagall s'entretenait encore avec Nayasta.
- Nayasta, j'imagine que vous devez êtes morte d'inquiétude pour votre sœur, fit McGonagall, après avoir pris connaissance du retour des deux voyageurs. Descendez donc la voir, nous réglerons les derniers détails plus tard. Si vous pouviez demander à Severus de monter en même temps !
- Pas de problème, Minerva. J'y vais de ce pas.
Elle sortit alors, accompagnée de Molly, et accourut à la cuisine pour accueillir sa sœur. Severus pour sa part, se leva, en maugréant de devoir quitter si précipitamment un siège passablement confortable et sa tasse de thé si réconfortante….
Quand il entra dans la pièce, il aperçut McGonagall regarder par la fenêtre, en direction du petit lopin de terre attenant à la demeure, un air surpris s'imprimant sur son visage. Il comprit instantanément le sujet de cet étonnement et lui expliqua :
- Ce sont des Thesdrals, ils sont apprivoisés et donc inoffensifs. Ils ont besoin de repos après le voyage que nous avons fait, et je n'avais pas d'autres endroits où les installer. Ici, ils sont au moins à l'abri des regards indiscrets, bien qu'ils aient la capacité de se rendre invisibles, et je pourrai leur administrer les quelques soins dont ils ont besoin.
La voix de Severus dans son dos fit sursauter McGonagall, qui se retourna aussitôt pour l'accueillir d'un large sourire. Mais celui-ci s'effaça rapidement, quand elle remarqua les signes de faiblesse que Severus tentait de masquer.
Elle lui désigna un fauteuil, dans lequel il se laissa tomber plus qu'il ne s'assit, sans se faire prier.
- Bonjour Severus, je suis heureuse de vous voir de retour, quoique j'aurai préféré vous revoir en meilleure forme. Quant à vos magnifiques compagnons, ils ne dérangent aucunement. Attendez moi un instant, je reviens.
« J'aurai pu rester en bas ! Si c'était pour me faire attendre ici ! » Râla-t-il silencieusement. Il ferma toutefois les yeux quelques instants, se laissant aller au confort mœlleux offert par le fauteuil, et sentant la fatigue le gagner.
Elle revint quelques minutes plus tard et le trouva ainsi, la tête basculée en arrière appuyée contre le dossier du fauteuil, les yeux fermés et les traits tirés. Quand elle arriva à quelques pas de lui, il l'entendit enfin, presque surpris, et ouvrit les yeux, des yeux las et quasiment inexpressifs. Il la vit portant un plateau avec deux tasses fumantes, quelques biscuits et… sa potion ! « Bien évidemment Minerva a remarqué que les signes du poison reprenaient… »
Elle posa le plateau sur la table basse et s'installa dans le fauteuil en face. Il prit tout de suite la potion d'une main tremblotante, leva le verre en direction de McGonagall comme pour trinquer avec elle, lui tendit une ébauche de sourire puis but d'une traite. Apparemment une bonne âme avait de nouveau réalisé son antidote, cela devenait une fâcheuse manie !
Ils s'observèrent quelques instants en silence. Puis McGonagall se lança :
- Comment s'est passé votre… séjour ?
- A merveille ! La France est un pays très beau, mais étrange. Je crois que j'aurai du mal à m'habituer à leur coutume… En fait, tout se serait passé sans accroc sans l'intervention de Tonks !
- Ah, que s'est-il donc passé de si catastrophique ?
Il lui raconta alors en détail son arrivée impromptue, l'altercation avec les Aurors et leur fuite effrénée depuis trois jours. McGonagall écoutait, religieusement, se gardant bien de l'interrompre.
- En somme, fit-elle à la fin de son récit, avec une petite moue moqueuse, vous avez réussi à ne pas vous étriper ! Nous faisons des progrès, c'est déjà ça !
- En parlant de Tonks, je parierai que c'est vous qui me l'avez envoyée pour me ramener ! Je me trompe ?
- Je ne peux rien vous cacher, Severus !
- Mais pourquoi ? N'aviez-vous donc pas confiance en moi et croyiez-vous que je n'allais pas revenir ? Ou l'avez-vous envoyé pour me surveiller et m'espionner ? Ou peut-être pensiez-vous que j'avais besoin d'aide ? Et pourquoi Tonks ?
- Severus, voyons ! Ne vous fâchez pas de la sorte ! J'ai effectivement envoyé Tonks, car je craignais que les Aurors ne vous trouvent et que vous vous retrouviez en fâcheuse posture. Vous n'aviez aucun moyen de nous contacter, et réciproquement ! Tonks, étant Auror elle-même et n'ayant que peu d'animosité à votre égard, était la plus à même pour cette mission.
- Bien joué ! Les Aurors ne m'auraient probablement jamais trouvé dans ce coin reculé, si Tonks n'avait pas transplanné en pleine brousse déserte et exempte de toute magie !
- En êtes-vous si sûr ? Comment croyez-vous qu'elle vous ait trouvé justement ? Lui rétorqua McGonagall, imperturbable devant la mauvaise humeur de Severus.
Celui-ci la jaugea quelques secondes du regard, comme pour lire la réponse dans l'esprit de son ancienne collègue. Tout à coup, il écarquilla les yeux sous la compréhension de la situation.
- Oui, Severus ! Fit McGonagall, triomphante, voyant que le jeune homme avait enfin compris. Oui, effectivement, les Aurors étaient sur vos traces. Ils ont très bien appris vos méthodes de fugitif et étaient très près de vous trouver. Kingsley et Sturgis ont heureusement réussi à infiltrer les équipes chargées de vous traquer. Ils ont tout fait pour retarder l'avancée des autres Aurors, laissant ainsi le temps à Tonks de vous débusquer, de vous prévenir et de vous ramener
Severus baissa la tête et acquiesça en silence. C'était donc pour ça ! Tonks avait donc bien été envoyée par Minerva, et ce pour le sauver des Aurors ! Mais malgré tous leurs bons soins et leurs bonnes intentions, les choses avaient failli mal tourner. Et qui les avait sauvé des Aurors, qui les avait ramené ? Certainement pas Tonks ! Elle n'y connaissait rien ! Sans ses Thesdrals, ils y seraient encore !
Il s'en serait peut-être mieux tiré sans elle sur les talons. Il aurait certainement senti la présence des Aurors et aurait eu le temps de fuir… Cependant en était-il si sûr ? En y réfléchissant bien, si elle n'était pas arrivée de façon si impromptue, les Aurors l'auraient probablement quand même trouvé et il aurait été prit encore plus au dépourvu. Leur aurait-il échappé ? Il commençait à en douter… Elle était peut-être arrivée trop tard pour le prévenir, mais sans elle, aurait-il pu s'enfuir ? Peut-être pas…
Et cela signifiait que l'étau se resserrait de plus en plus ! S'ils avaient réellement réussi à retrouver sa trace, dans cette contrée perdue, et malgré toutes ses précautions, il aurait de plus en plus de mal à leur échapper et à les semer…
- Allons Severus ! Vous y avez échappé, c'est l'essentiel ! Et tout n'est pas négatif ! Répliqua-t-elle, essayant de le rassurer et de le calmer.
- Pensez donc ce que vous voulez ! Qu'importe, maintenant que nous sommes rentrés ! Par contre, il serait peut-être préférable qu'elle reste cachée encore quelques jours ici, jusqu'à ce que nous mettions au point une histoire qui tienne la route pour ces collègues, concernant ce pseudo enlèvement !
- Oui vous avez raison, comme toujours ! Elle restera ici jusqu'à la réunion, nous en reparlerons à ce moment-là. Finalement vous vous êtes presque attaché à cette « jeune écervelée » !
Severus lui répondit en maugréant entre ses dents.
- Mais trêve de plaisanteries ! Vous voudrez peut-être vous rafraîchir, avant le dîner.
Severus la regarda interloqué.
- Je ne pensais pas rester pour dîner, répondit-il. Juste le temps de refaire un peu de ce remède et je repartirai tout de suite.
- Pour ce remède, ne vous tracassez donc pas, vous en trouverez déjà de préparer en bas dans la cuisine. Vous devriez en avoir assez pour quelques jours et vous aurez tout le temps d'en confectionner de nouveau pour les jours restants. Il me paraît en outre évident que vous n'allez pas repartir à deux jours de la réunion. Nous aviserons ensuite !
- Mais… Minerva… Black…
- Il n'y a pas de « mais » qui tiennent. Quant à Black, les choses ont été mises au point ! Cependant je souhaite que, vous aussi, vous preniez sur vous pour ne pas changer l'atmosphère en électricité à la moindre occasion !
- Mmf…
- Vous disiez ?
- Je disais que vous ne m'aurez pas aussi facilement !
- Severus, soyez un peu plus raisonnable ! Vous n'êtes pas en état de repartir ce soir, ni vos Thesdrals, on dirait ! Vous n'allez pas repartir demain pour revenir le lendemain, ce serait stupide !
Severus sembla réfléchir quelques instants. Minerva n'avait pas tout à fait tord ! De plus il était exténué, une bonne nuit de repos (et de vrai repos !) ne lui ferait pas de mal. Et s'il voulait être là pour la réunion, il devrait rester tout près d'ici, ce qui s'avérerait peut-être difficile pour ne pas se faire prendre. Autant rester ! Le problème Potter et Black pouvait bien être évité pour deux jours, après tout ! Finalement il se décida à accepter.
- Soit, je reste ! Mais jusqu'à la réunion seulement ! Ensuite je repartirai !
- Venez ! Je vais vous accompagner jusqu'à la chambre que vous avez laissée !
Ils se dirigèrent alors tous deux vers la chambre en question. Quelle ne fut pas la surprise de Severus quand Minerva ouvrit la porte. La chambre avait sensiblement changée : une armoire avait été installée, ainsi qu'une petite bibliothèque, placées contre le pan du mur de gauche, en face de la cheminée. Il aperçut quelques uns de ses livres sur la bibliothèque en question.
Il pénétra dans la pièce, presque timidement et remarqua alors une liasse de parchemins sur la table à sa droite, ainsi que plume et encrier… SA plume !! Les parchemins qu'il avait laissés dans un de ses tiroirs, et contenant ses travaux de recherches divers !!
Il se retourna vers Minerva, levant un sourcil pour marquer son incompréhension et sa surprise. Celle-ci, amusée de la réaction du Maître de Potions, lui sourit et finit par lui répondre.
- Oui Severus ! Nous avons décidé qu'il serait plus simple pour vous d'avoir une chambre attitrée ici même, puisque vous n'avez plus de pied à terre digne de ce nom. Ici, au moins, vous pourrez bénéficier de toutes les protections et vous reposer dès que nécessaire. Il nous a paru alors utile de ramener quelques unes de vos affaires, que vous aviez laissées à Poudlard et qui pourraient vous servir. Vous trouverez d'ailleurs quelques uns de vos vêtements dans l'armoire.
Severus ouvrit alors l'armoire en question et constata qu'en fait toute sa garde de robe de Poudlard avait été « transférée » dans cette armoire. Il referma l'armoire fébrilement, ému, mais faisant des mouvements lents, intentionnellement, pour cacher cette émotion, beaucoup trop excessive à son goût. « Tu es vraiment très fatigué pour réagir de la sorte Severus ! Ou tu te fais vieux ! »
Il se tourna alors vers la bibliothèque et vit avec surprise, soulagement et … amour, certains des livres qui garnissaient autrefois la bibliothèque de ses anciens appartements de Poudlard. Certains seulement… si peu en fait ! La bibliothèque était pourtant remplie à ras bord. Mais il y avait tant de livres qu'il avait dû abandonner là-bas… et ceux présents sous ses yeux représentaient une part si infime de ce qu'il possédait… Il passa une main sur le dos des livres, avec respect et nostalgie, une ombre obscurcissant alors fugitivement la lueur de ses yeux.
Cette mélancolie n'échappa pas à McGonagall. Connaissant Severus et son amour des livres, elle se doutait de ce qu'il pouvait penser. Elle s'empressa de le rassurer :
- Nous n'avons malheureusement pas pu installer toute votre bibliothèque ici, elle était bien trop fournie et n'aurait même pas pu tenir dans cette même pièce. Nous avons donc dû sélectionner les livres nous paraissant les plus utiles à l'heure actuelle. J'ai conservé les autres en lieu sûr, et vous pourrez les récupérer dès que vous le souhaiterez !
Severus lui tendit un mince sourire en coin. « Les récupérer ! Mais je ne sortirai probablement pas vivant de cette guerre ! Et même si je m'en sors, je ne donne pas cher de mon sort ! Non, Severus, tu sais bien que tu ne reverras jamais tes chers amis les livres ! Si seulement ils pouvaient être les seuls que tu ne reverras jamais ! Ah Albus ! Rhhâ Severus, reprends toi à la fin ! Cesse de te lamenter sur ton sort et de pleurnicher tout le temps ! » Se dit-il pour lui-même.
Il se sortit de sa contemplation et lui demanda finalement, assez abruptement :
- Pourquoi ?
- Pourquoi quoi ?
- Pourquoi tout ça ? Je vous ai dit que je ne resterai qu'en attendant la réunion. Je ne pense pas réutiliser par la suite cette chambre plus que nécessaire !
- Et moi, je suis certaine du contraire. Vous en aurez besoin plus que vous ne le pensez ! De toute façon, cette pièce était inutilisée, donc autant qu'elle vous serve, non ?
Que répondre à ça ? Quand Minerva s'était mis quelque chose en tête, impossible de lui en faire sortir ! Severus se demandait qui de Albus ou de Minerva était le plus têtu, au final !
- Mais pourquoi tant d'attention ? Qui a eu cette brillante idée ?
- Que de questions Severus ! Ces « attentions », comme vous dîtes, sont aussi dans l'intérêt de l'Ordre ! Et pour la brillante idée, j'en suis l'auteur, mais j'ai été bien aidée par Rémus, Tonks, Molly et Arthur !
Toujours les Weasley dans le coup ! Tu auras beau t'acharner sur eux, rien à faire, ils s'accrochent ! Irrécupérables ! Sans parler du loup-garou ! Il croit peut-être s'acquitter de sa dette envers moi pour sa potion Tue-loup !
- Quelle équipe ! Fit-il simplement d'un ton narquois.
- Dignes Griffondors à la rescousse d'un vil Serpentard ! Répliqua-t-elle sur le même ton.
Severus roula les yeux au ciel, avec un léger sourire moqueur à l'adresse de son ancienne collègue. Au fond de lui, il était plutôt soulagé de retrouver un peu de cette complicité, qu'ils avaient ensemble quand ils étaient tous deux professeurs à Poudlard. Ils échangèrent alors un bref regard empreint de nostalgie, comprenant ce que l'autre ressentait.
Il détourna alors les yeux, comme gêné, mal à l'aise soudainement. Il remarqua alors qu'il manquait quelque chose dans cette pièce, et le chercha du regard mais ne le trouva pas.
- Où sont donc passer chaudrons, balance, mortier, bocaux « visqueux et immondes » et autre matériel de potions ?
- Ah ça c'est une surprise ! Nous vous montrerons demain ! Je vais vous laisser vous reposer en attendant le dîner. Si vous avez besoin de la salle de bain pour vous rafraîchir, n'hésitez pas ! Le dîner devrait être servi dans une petite heure, ce qui vous laisse un peu de temps.
- Je vais d'abord aller m'occuper de mes compagnons ailés avant. En parlant d'eux, ils ne pourront pas rester indéfiniment ici. J'aurai aimé vous demander la faveur de pouvoir les accueillir à Poudlard.
- Je n'y vois aucun inconvénient, Severus ! Je suis même persuadée que Hagrid se fera un plaisir de les chouchouter, depuis le temps qu'il rêvait d'en rencontrer en chair et en os ! Je serai d'ailleurs curieuse moi-même d'en savoir un peu plus sur ces magnifiques créatures, et sur le pourquoi du comment vous vous retrouvez avec de si majestueux compagnons !
- Je me ferai alors un plaisir de vous éclairer sur ce point !
- Mais pour l'instant, je vais vous laisser vous reposer !
- Merci, Minerva !
- A tout à l'heure donc !
- Oui à tout à l'heure !
…………………………………………………………………………………………………...
Après s'être assuré que les deux Thesdrals avaient tout ce dont ils avaient besoin et qu'ils n'étaient pas blessés, Severus s'était accordé un moment de détente sous une douche chaude et apaisante. Il avait soigné sa propre blessure au flanc, refait ses pansements et avait changé de vêtements, pouvant goûté de nouveau à la fraîcheur et la douceur de vêtements propres.
Il devait être l'heure du dîner à présent. Severus descendit vers la cuisine, presque serein. Il ne lui restait que quelques marches à descendre, quand il s'arrêta soudain dans son mouvement, la main se crispant peu à peu à la rampe qu'il tenait, s'empêchant de tomber ou de trembler. Il porta son autre main libre à son cœur comme pour l'empêcher de cogner si fortement, prêt à bondir hors de sa poitrine, ce cœur qu'il avait cru s'être changé en pierre inerte et froide depuis tant d'années. Il se trouva, pendant quelques secondes, incapable de faire le moindre mouvement.
Il restait là, sur les marches, figé en une expression de stupéfaction profonde, inapte à cacher sa confusion et son trouble, le souffle retenu à la lisière de ses lèvres devenues soudain livides. L'objet de ce brusque émoi se tenait devant lui, assis à la table de la cuisine : un jeune homme de vingt ans à peine, élancé et assez grand, de fins cheveux noirs encadrant un visage, dont l'harmonie des traits délicats étaient légèrement altérée par un nez plutôt aquilin, sans toutefois l'enlaidir totalement.
Le jeune homme, comme attiré par une force mystérieuse, tourna son regard vers le nouvel arrivant, le fixant alors de ses yeux noirs de jais. Il eut la même réaction que Severus, arrêtant brutalement la conversation qu'il entretenait avec Rémus. Severus fut encore plus troublé par ce regard d'ébène : « Impossible ! On dirait… on dirait moi vingt ans plus tôt ! Bon peut-être avec des traits plus harmonieux, mais … impossible ! Mais si, Severus, tu vois bien que c'est possible ! Tu l'as devant toi ! Déjà Nuwan avait une ressemblance troublante, mais là, c'est plus qu'une simple coïncidence ! C'est lui ! Enfin ce sont eux ! Ton intuition ne t'avait donc pas trompé ! Oh Merlin ! »
Il ferma les yeux une fraction de secondes et déglutit péniblement, cherchant à reprendre contenance et à dissimuler son désarroi et son agitation intérieure. Il rouvrit alors les yeux, et se recomposant rapidement un masque d'indifférence, il descendit enfin les quelques marches qu'il lui restait pour s'avancer, lentement, vers la cuisine. Il s'arrêta sur le seuil, sans lâcher des yeux le jeune homme et sa sœur. « Mixiel, ce me semble ! Mixiel et Nuwan, si je me souviens bien de leur prénom ! »
Un silence pesant s'était installé à son arrivée, tous les regards tournés vers les trois concernés.
- Severus ! Intervint McGonagall, cherchant à dissiper le malaise ambiant. Venez donc vous asseoir !
Mais l'interpellé n'eut aucune réaction.
- Severus ! Venez donc, vous dis-je ! Insista-t-elle, comprenant l'origine du malaise. Vous aurez tout le temps nécessaire ensuite pour résoudre ce… mmh… problème. Mais pour l'heure, installez-vous à table ! Il est largement l'heure de dîner !
Tous avaient bien entendu compris ce qui se passait entre Severus et les jumeaux. La ressemblance était trop frappante pour ne pas la voir ! Mais personne n'osait intervenir, ne sachant que faire en vérité. Molly se décida alors à rompre la glace, prenant son courage à deux mains, et demanda :
- Minerva, vous restez partager ce repas avec nous ce soir ?
- Oui, J'ai prévenu à Poudlard, que, ce soir, je serai absente ! Je souhaite rester pour m'assurer que tout se passe pour le mieux… cette fois-ci ! répondit-elle sur un ton lourd de sous-entendu en faisant le tour de la table du regard.
Tous les convives échangèrent entre eux des regards et des sourires gênés, ou moqueurs pour certains, ou baissèrent les yeux pour d'autres.
- Severus, s'il vous plaît ! Venez donc ! Ne restez pas planté là ! reprit-elle, légèrement impatiente cette fois. Elle prit alors délicatement le bras de celui-ci pour le conduire discrètement vers un siège.
« Allez Severus ! Réagis bon sang de bonsoir ! Par Salazar, bouge toi ! » Se disant, Severus tourna le regard vers McGonagall et dégagea doucement son bras de son étreinte. Il se décida enfin à s'asseoir sur le siège qu'elle lui indiquait, s'efforçant par là même de ne plus regarder en direction de Nuwan et Mixiel.
Il se contenta de contempler un point fixe sur la table devant lui, cachant difficilement les émotions qui le submergeaient de plus en plus. Il se sentait pris dans un tourbillon étourdissant, son passé ressurgissant et lui éclatant en plein visage, comme l'océan revient sans cesse sur les rives, fracassant ses vagues contre la roche ou le sable, inlassablement et inexorablement, charriant la boue et le limon chargés de tant de vies passées…
Personne n'osait reprendre leur discussion, la tension était palpable, tous la ressentant à même leur peau. Molly avait servi tout le monde, mais tous hésitaient à manger, attendant comme un signal. McGonagall prit donc l'initiative et commença à manger, suivie ensuite de Molly, puis des autres. Seul Severus n'avait toujours pas touché à son assiette, le regard fixe et vide. Nuwan et Mixiel, quant à eux, s'efforçaient de prendre quelques bouchées mais sans conviction, comme des automates.
Au bout d'un certain temps, Severus releva le regard vers les deux jeunes gens et les observa intensément, eux deux lui rendant son regard d'onyx. De nouveau, tous s'arrêtèrent, comme suspendus aux faits et gestes de nos trois protagonistes.
- Je crois que le temps des explications est venu ! Je vous attendrai dans le salon d'à côté, vous n'avez qu'à me rejoindre quand vous serez prêts tous deux ! Cela risque d'être long et… difficile. Prenez donc votre temps !
Il n'attendit pas leur réponse, se leva, lentement, et se dirigea vers le salon en question. Il referma la porte derrière lui sans se retourner et s'installa dans un fauteuil, se lançant dans la contemplation des flammes virevoltantes du feu de cheminée, qui, contre toute attente, l'apaisait quelque peu, calmant son propre feu intérieur.
Il n'eut toutefois pas longtemps à attendre. Il entendit la porte se refermer doucement dans son dos, et vit deux ombres se profiler à ses pieds.
- Je pense qu'il vaudrait mieux que vous vous asseyez !
Les deux jeunes gens obtempérèrent sans riposter, et vinrent s'asseoir sur le canapé à la gauche de Severus. Un long silence s'installa, aucun d'eux n'osant se regarder, ayant trop peur de ce qu'ils pourraient lire dans les prunelles de l'autre.
- Je ne sais par où commencer. Dit finalement Severus. Vous avez pu constater une ressemblance troublante entre vous et moi ! Cette ressemblance ne peut être une coïncidence ! En outre, l'histoire succincte que vous nous avez relatée la dernière fois, Nuwan, ne m'était pas inconnue !
Nuwan et Mixiel levèrent alors, d'un même mouvement, leurs yeux noirs, étincelants de colère et d'incompréhension, vers Severus, qui s'empressa de rajouter :
- Avant toute chose, je vous demanderai de ne pas m'interrompre, de m'écouter jusqu'au bout ! Ensuite, vous pourrez dire ce que vous souhaitez et ce que vous avez sur le cœur, me posez toutes les questions qu'il vous semblera nécessaires ! Mais laissez moi, s'il vous plaît, aller jusqu'au bout !
- Bien, nous vous écoutons dans ce cas ! répondit froidement Mixiel.
« Jusqu'à la voix ! » pensa Severus. Il releva alors la tête, interrogeant du regard Nuwan, qui acquiesça simplement pour toute réponse.
Il prit enfin une longue inspiration et se lança, reportant son regard sur les flammes, se gardant bien d'observer les réactions de ces deux interlocuteurs, se sentant pour la première fois de sa vie incapable d'affronter leurs regards et leurs mépris.
- Je connais votre mère, et, je pense que vous l'avez déjà deviné, je suis votre père !
