Merci à tous pour vos reviews :

thegirloftheshade : Non je n'ai pas eu de problème avec la justice... Mais j'aimais bien joué dans le camp des fugitifs étant petite, peut-être des séquelles, qui sait? Sinon j'essaie de poster au moins une fois par semaine, voire plus si je peux... Merci en tout cas de tous tes compliments...

Lone Wolf : Toujours fidèle au poste! J'espère que ce chapitre va contenter ta faim... J'espère aussi que cette vision d'une autre facette de Severus te plaira encore!

CHAPITRE 18 : révélations

- Je connais votre mère, et, je pense que vous l'avez déjà deviné, je suis votre père !

Il marqua une pause, puis s'enfonça plus confortablement dans son fauteuil, laissant ses bras reposés nonchalamment sur les accoudoirs, et croisa ses jambes. Son attitude, apparemment décontractée, contrastait en fait fortement avec le tourbillon d'émotions qu'il ressentait au fond de ses entrailles et de son cœur de pierre. Voilà, il l'avait dit, enfin ! Il avait eu le courage de leur dire sans détour. Finalement ces mots n'avaient pas franchi ses lèvres si difficilement que ça !

- « Oui, reprit Severus. Votre mère, Freyja Madison, et moi, nous sommes connus à Poudlard et nous nous sommes devenusliés d' amistié. Nous n'étions pourtant pas dans la même maison, elle à Griffondor et moi à Serpentard. Oui, je sais, on vous a certainement parlé de la haine viscérale que se vouent ces deux maisons, réputées ennemies depuis des temps ancestraux. Et on ne vous a pas trompé, non, mais il y a parfois quelques… exceptions.

Ainsi votre mère est arrivée à Poudlard en cours d'étude en cinquième année, j'ai été immédiatement intriguée par cette jeune fille si étrange, si… différente, envoûtante. Elle exerçait sur moi un véritable pouvoir magnétique et j'ai très vite cherché à la connaître un peu plus. Apparemment elle aussi, car dès notre premier cours en commun, elle s'est installée d'elle-même à mes côtés.

Chaque cours commun Griffondor et Serpentard nous voyait ensemble à la même table, et nous nous sommes très vite liés d'amitié malgré nos différences. Bien sûr nous essayions de ne pas montrer que nous nous apprécions. Puis nous avons voulu nous voir en dehors des cours, et nous nous rencontrions alors en cachette, tentant de maintenir notre relation secrète. La révéler au grand jour nous aurait fait mener une vie d'enfer, d'un côté comme de l'autre. Au fil de nos rencontres, l'amitié s'est rapidement transformée en … mmh… autre chose. »

Severus marqua un nouveau temps d'arrêt, n'osant toujours pas se tourner vers ses deux auditeurs, qui, quant à eux, restaient cramponnés à ses lèvres attendant avec avidité la suite, sidérés de ce qu'ils entendaient. Enfin il se décida à poursuivre :

- « Tout se déroulait sans incident tout le long de la cinquième année, jusqu'aux alentours de mai. Enfin c'est ce que nous croyions. Mais je ne sais comment, d'autres élèves, des Griffondors, nommés les Maraudeurs pour être plus exacte, ont découvert notre relation et ont tout fait pour nous séparer. Ils ne toléraient pas de la voir me fréquenter, moi, LE Serpentard qu'ils détestaient le plus et qu'ils avaient choisi comme souffre-douleur dès notre première année… Mais ils n'ont pas réussi à dissuader Freyja de continuer à me rencontrer. Ils ont alors trouvé d'autres tours pendables à nous jouer, enfin plutôt à me jouer, quitte à risquer nos vies… »

« Enfin la mienne surtout ! » pensa Severus pour lui-même, en repensant à ce fameux soir où il avait fait sa première rencontre avec le Lycanthrope sous sa forme de Loup-garou. Il se souvenait de cette « mauvaise blague » qui avait failli lui coûter la vie comme si c'était hier, les Maraudeurs l'ayant attiré dans un piège, lui ayant fait croire à un message de Freyja, dans le simple but de l'humilier, voire d'attenter à sa vie, et de les séparer. « Non, Severus ce n'est pas le moment de repenser à ça, pas maintenant ! »

- Et… s'enquit Mixiel, froidement, devant le silence subit de cet homme qu'il détestait déjà et qui l'attirait en même temps.

- « Mmh… oui, désolé ! Donc je disais que ces fameux élèves ont tout essayé pour nous séparer. Pour être tout à fait honnête, ils s'en prenaient plutôt à moi, et évitaient d'attenter directement à Freyja. Mais malgré tout ce qu'ils ont pu me faire subir ou me dire, rien ne put nous empêcher de continuer, mais nous prenions d'infinies précautions supplémentaires. Non, leurs actions n'eurent que peu d'impact sur notre relation, nous liant même davantage de jour en jour. Mais vinrent les vacances, qui furent pour moi… difficiles. Je traversai une période, disons, de « grave crise » et je suis rentré en sixième année, quelque peu… changé. Ce changement n'échappa pas à votre mère, mais elle resta tout de même auprès de moi, même si parfois elle ne m'approuvait pas. »

- Quel changement ? Qu'est-ce qu'elle n'approuvait pas ?

Severus releva soudainement un regard réprobateur vers la jeune femme, une étrange étincelle scintillant au fond de ses prunelles de jais. Un tic nerveux se dessina subrepticement sur ses lèvres crispées. « Je leur avait pourtant bien demandé de ne pas m'interrompre, non ? Dois-je vraiment lui répondre ? De toute façon elle ne te lâchera pas tant qu'elle n'aura pas la réponse, ça se lit dans ses yeux, elle tient bien de sa mère… sa mère… Et puis tu leur as promis de répondre à leurs questions, après tout ! Alors que ce soit maintenant ou dans quelques heures, qu'est-ce que ça changera ?! »

- « Il me semble vous avoir demandé de me laisser aller jusqu'au bout et de poser vos questions ensuite. Siffla-t-il de sa voix doucereuse, après quelques secondes de lourd silence. Mais je vais toutefois y répondre. Pour décrire au mieux ce changement en moi, je dirais que mon… côté « sombre » prenait le dessus, m'envahissant peu à peu et plongeant toute raison vers des abîmes sans fond de haine, soif de vengeance et de revanche. »

Il scruta quelques instants les réactions de Mixiel et Nuwan, puis finalement détourna à nouveau son regard vers les flammes qui crépitaient dans l'âtre. Il venait de faire un aveu des plus difficiles et douloureux pour lui, et il sentait que ce ne serait certainement pas le seul de la soirée.

- « Ce bouleversement a été plutôt progressif, reprit-il enfin, et je pense qu'au fond il avait déjà commencé bien avant, mais il s'est effectivement accéléré au cours de cet été. Ce fut un véritable tournant pour moi. Et rien de ce que pouvait faire ou dire votre mère ne put y changer quoi que ce soit ! J'avais toujours été attiré par les Arts Sombres, ou Magie Noire comme certains les appellent, et ce avant même d'entrer à l'école de sorcellerie, cependant je n'avais jamais osé passer réellement à la pratique, ou très peu. Mais la haine, la rancœur, le désir de puissance et de vengeance annihilèrent le peu de barrières qui me retenaient encore et je me mis à expérimenter ce que j'avais pu apprendre sur le sujet… J'y passais tout mon temps libre, testant les sorts que je lisais, en inventant d'autres, tentant de réaliser les potions plus ou moins interdites quand je parvenais à réunir les ingrédients… ou d'en créer d'autres. C'était passionnant… enivrant !

Mais outre cette passion dévorante à laquelle je m'adonnais corps et âme, cette année fut marquée par une décision cruciale, qui a bouleversé radicalement ma misérable vie. J'avais, quasiment dès mon entrée à Poudlard, déjà rejoint un groupe de Serpentard, constitué d'élèves attirés eux aussi par la magie Magie Noire, la plupart plus âgés que moi. Alors que je n'étais encore qu'en quatrième année, il me parlait sans cesse d'une organisation secrète au service d'un puissant mage noir, dont le nom est tant redouté aujourd'hui. A la fin de ma cinquième, ils me proposèrent de me joindre à eux, de rencontrer ce fameux mage noir qui était très impatient de me connaître selon eux et de faire partie de cette organisation. Je n'avais encore rien décidé, de toute façon il fallait attendre ces dix-sept ans pour s'engager. Mais en sixième année, j'ai enfin pris ma décision, amère décision, qui bouscula tout, et j'ai alors rejoint cette sombre organisation connue sous le nom de mangemorts.

Je n'ai rien caché à votre mère, je ne voulais pas lui mentir, elle savait tout, pourquoi et comment j'avais pris cette décision, tout… Elle a tout entrepris pour me faire changer d'avis, mais j'étais trop aveuglé… Elle ne pouvait me suivre dans ma folie… C'est ainsi que la guerre nous sépara. En milieu de cette fatidique année, nous avions cessé de nous voir et nous ne nous parlions presque plus, prenant chacun nos distances. En sortant de Poudlard, nous avons rompu tout contact, moi oeuvrant au côté de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom et elle soutenant l'Ordre.

Mais il faut croire que notre « amitié » était plus forte que tout et, par des circonstances que je tairai, nous nous retrouvâmes. Nous avons renoué, notre passion l'un pour l'autre nous emportant, malgré la guerre, devenant des amants ennemis, trahissant leur camp respectif pour un amour impossible et destructeur. Quand nous étions ensemble, nous oublions tout, la guerre, l'Ordre ou les Mangemorts, plus de missions, plus de guerre, plus de haine, plus rien, que nous deux à jamais unis dans cette passion dévorante… C'est ainsi que vous avez été conçus, d'un amour profond, sincère, inconditionnel… Quand elle m'a appris qu'elle était enceinte, nous avons décidé de nous marier, toujours en secret. »

Severus porta alors la main à son cou, la plongea dans son col et en ressortit une chaîne en argent ouù pendaient deux anneaux. Il les contempla de longues minutes, avec une expression de profonde tristesse et de détresse voilant ses yeux, ses traits se crispant à ces souvenirs si déchirants. Aucuns des deux autres protagonistes n'osèrent rompre le silence, chargé de mélancolie, qui flottait autour d'eux. Enfin, Severus détacha son attention des anneaux, retira la chaîne de son cou, en défit un des anneaux, en le laissant tomber au creux de son autre main, et le tendit vers les deux jeunes gens, tout en se penchant légèrement en avant pour se rapprocher un peu.

Mixiel et Nuwan le regardèrent dubitatifs, quand enfin le jeune homme se décida et s'empara délicatement du dit anneau. Il le montra à sa sœur et tous deux l'observèrent attentivement. Il s'agissait d'une bague formée de trois anneaux enchevêtrés, en argent, or blanc et or jaune, et portant une inscription gravée à l'intérieur. Ils se penchèrent légèrement vers la lueur des flammes pour lire l'inscription : « Uni à jamais. FM et SS ». Ils levèrent alors en même temps deux regards interloqués vers Severus, qui attendait quant à lui leur réaction avec une pointe d'appréhension.

- Ceci est mon anneau de mariage. Dit-il finalement, la gorge nouée. Celui de votre mère est resté avec elle.

Lourd silence à nouveau. Puis Severus reprit d'une voix plus monocorde, essayant de contrôler le flot d'émotions qui le submergeaient encore.

- « Nous avons connu à cet instant un intense moment de pur bonheur. Cela peut paraître égoïste, voire cruel, de parler de bonheur, alors que la guerre faisait rage autour de nous, avec son lot de mort et de massacre, mais qu'importe ! C'est ce que nous ressentions ! Mais c'était trop beau pour durer. Malgré notre mariage, malgré votre venue imminente prévue pour dans quelques mois, nous continuions toujours d'œuvrer chacun pour notre camp… Enfin presque… Le doute s'insinuait en moi, je n'aimais pas cette vie que je menais. Je ne l'ai jamais vraiment aimée, mais je ne sais pourquoi, je ne voulais pas me l'avouer. Je me raccrochai désespérément et irrationnellement à cette vie faite de violence, de mort et de désolation. C'est le contact de Freyja qui me le fit comprendre et admettre. La vérité m'éclata en plein visage, j'entachais ce bonheur par le sang qui souillait mes mains. Je vis alors quel monstre j'étais devenu, monstre qui me fit horreur et que j'ai maintes fois vomi, monstre que je redoute et que j'exècre encore aujourd'hui… »

Severus ferma les yeux et déglutit le peu de salive qui lui restait. Il continua, la gorge sèche, la voix rauque et basse, presque un murmure.

- « Je sentais que je ne pouvais continuer ainsi indéfiniment, j'avais enfin compris mon erreur, mais cette erreur là était de taille. On ne quitte pas le Seigneur des Ténèbres si facilement. Je savais ce qui m'attendais, si jamais je décidai de me retirer des rangs de ses fidèles Mangemorts : une fuite effrénée et désespérée, impossible avec une femme enceinte et des enfants en bas âge, ou la mort…. Ma lâcheté ne put me résigner ni à l'un ni à l'autre. Je suis donc resté, et, peu à peu, j'ai commencé à donner des renseignements à Freyja, qui s'empressait alors de les transmettre à l'Ordre, sans jamais révéler sa source bien entendu. Nous jouions alors un jeu tendu, très tendu, mais cette tension nous rapprocha encore, si ce fut possible.

Cependant à son sixième mois de grossesse, Freyja disparut soudainement. Nous devions nous voir ce soir-là, mais jamais elle ne vint. J'ai espionné les membres de l'Ordre deux jours durant, et compris qu'eux aussi avaient perdu sa trace. Ce fut alors avec effroi que j'appris qu'elle avait été capturée par mes « chers amis ». »

Ces derniers mots furent prononcés avec toute l'amertume et le dépit que put mettre Severus dans sa voix. Ses lèvres tremblaient alors furtivement, ses yeux se voilaient encore plus, les mots ne pouvaient plus sortir. Il sentait que les larmes menaçaient de refaire surface, luttant pour perler de nouveau au coin de ses yeux si longtemps resté secs. Mais une fois de plus, Severus se reprit et se maîtrisa, et rien ne s'échappa de ses paupières maintenant fermées.

- Je… je… Il m'a…

Les mots s'étranglaient dans sa gorge, incapables de sortir et de former une phrase cohérente. Il rouvrit alors les yeux sur Mixiel et Nuwxan, qui, eux, n'avaient pu retenir leur chagrin de s'exprimer, bien que silencieusement. Ils le regardaient, de nombreux sentiments dansant dans leurs prunelles d'obsidienne, et se mélangeant : haine, mépris, tristesse, souffrance, désespoir, et… tendresse ? Les larmes coulant doucement sur leurs joues.

- Les mots me semblent trop importuns pour vous relater cette tragédie. Je… je … préférerai vous la montrer, ce serait… peut-être plus facile.

Mixiel et Nuwan se regardèrent, puis acquiescèrent. Severus plongea alors son regard profond et intense dans les orbes de Nuwan d'abord puis dans celles de Mixiel, pour établir un contact mental, puis leur tendit à chacun une main, qu'ils saisirent, avec quelques hésitations.

Severus se concentra, sa respiration se faisant plus lente et profonde, et des images mêlées à des sentiments étrangers se formèrent alors dans les 'esprits des deux jeunes gens qui, sous l'effet de surprise, eurent d'abord un petit mouvement de recul, puis piqués par la curiosité, se laissèrent entraînés par le flot des souvenirs de Severus.

Ils virent ainsi un jeune homme, tout de noir vêtu, encapuchonné et portant un masque aux reflets blanchâtres inquiétants, cachant à moitié les traits de son visage, arriver en transplannant, dans une immense salle circulaire, quasiment vide, sombre et froide, aux murs de pierre noire immenses, sans fenêtre, mais surplombée d'une magnifique voûte de verre qui révélait ainsi le ciel étoilé de la nuit. La salle était à peine éclairée par un faible feu de cheminée. D'autres hommes (ou femmes), encapuchonnés, et de même masqués, apparaissaient auprès de lui.

- Bien ! Venez mes fidèles Mangemorts ! Approchez ! Approchez ! Fit un homme également vêtu de noir, assis nonchalamment sur un siège faisant vraisemblablement office de trône, au bout de la salle sur une sorte d'estrade. Son visage n'était pas bien visible dans la pénombre ambiante, seules deux étranges lueurs rougeâtres illuminaient ses traits anguleux.

Les dits Mangemorts obtempérèrent sans un mot et s'approchèrent pour saluer d'un même mouvement leur Maître, en se courbant devant lui. D'un signe, il leur fit signe de se relever. Automatiquement, ils formèrent un demi-cercle parfait en face de leur Seigneur. Tous se demandaient vraisemblablement pourquoi leur Maître les avait appelés, mais aucun n'osa poser la question. Ce dernier daigna enfin répondre à leurs interrogations muettes.

- Ce soir, j'ai une excellente nouvelle à vous annoncer : une excellente amie a eu l'amabilité de venir se joindre à nous et nous allons célébrer de suite sa visite dans notre humble demeure ! Le ton employé était tout, sauf cordiale. L'ironie et le sarcasme côtoyaient le mépris.

Cela ne présageait rien de bon, en particulier pour l'amie en question. Un frisson d'excitation et de peur parcourut la salle en un instant. L'homme se leva de son siège, révélant son visage dans la pâle lumière irradiée par le feu de cheminée, un visage étrangement déformé par un rictus machiavélique et à la peau diaphane. Il descendit majestueusement les quelques marches de l'estrade, sa grande cape noire traînant derrière lui, se retrouvant ainsi au même niveau que les autres, et se plaça au centre de leur demi-cercle.

- En effet notre très fidèle serviteur que voici, continua-t-il en désignant un homme de haute stature au port altier, se tenant à sa droite et également encapuchonné mais dont quelques mèches blondes soyeuses s'échappaient de sa capuche, l'a rencontré au détour d'une mission et a eu la gentillesse de la convier à nous rencontrer. Quelle délicate attention ! Je suis sûre que cette visite en ravira plus d'un.

Il fit alors un simple signe de la main à l'homme désigné. Celui-ci sortit rapidement par une petite porte derrière l'estrade et revint quelques minutes plus tard, en traînant, plutôt brutalement, une jeune femme enceinte, visiblement de plusieurs mois, peut-être même presque à terme. Elle était déjà savamment amochée, ses vêtements déchirés en de maintes endroits, de multiples plaies défigurant les traits délicats de son visage, et couvrant une bonne partie de son corps.

Il la laissa choir au sol aux pieds de son Maître, une lueur démoniaque traversant son regard et un sourire carnassier sur les lèvres, rares parties de son visage visibles aux autres. La femme, alors à genoux, garda les yeux baissés, des larmes séchées souillant encore ses joues meurtries, et quelques tremblements sporadiques parcourant son corps affaiblis.

- Voici notre très chère amie : Mademoiselle Freyja Madison, oeuvrant pour ce misérable Dumbledore et son Ordre du phénix.

Severus sentit les mains de Mixiel et Nuwan tressaillirent au creux des siennes, mais raffermit sa prise et continua son souvenir.

Un murmure à peine audible de surprise et d'inquiétude fit frémir l'air vicié et suffocant de la salle. D'habitude, les Mangemorts ne faisaient pas de prisonniers, ils torturaient, brutalisaient de toutes les façons possibles et tuaient, mais jamais de prisonniers… sauf sur ordre spécial de leur Maître ou si leur victime pouvait avoir une quelconque valeur… Mais quelle valeur pouvait avoir cette femme enceinte ? Elle n'était pas un membre très important de l'Ordre. Avait-elle des pouvoirs particuliers convoités par leur Maître ? Ou ses enfants peut-être ?

- Mais certains d'entre vous la connaissent en particulier ! Mon cher Severus, approche toi ! Avance donc ! dit-Il de sa voix soyeuse.

Le jeune homme que Mixiel et Nuwan avaient vu arriver en transplanner tout à l'heure, se détacha du demi-cercle et fit quelques pas vers son Maître, ses traits restant impassibles, bien que son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine, et que tous ses muscles étaient tendus comme la corde d'un arc. Il s'efforçait de fermer son esprit, sachant très bien que si son Seigneur arrivait à lire son trouble, s'en était fini de lui. Néanmoins tout se bousculait en lui : pourquoi elle ? Pourquoi l'avait-Il gardé en vie ? Pourquoi cette mascarade ? Que voulait-Il au juste ?

Intérieurement il tremblait de rage, de désespoir, et d'impuissance. Il avait l'impression que tout se dérobait autour de lui et sous lui. Il ne savait comment ses jambes le portaient encore et comment son corps lui obéissait malgré tout. Mais un immense poids lui étreignait le cœur et le déchirait en mille morceaux. Tout était perdu ! Tout se finissait donc là ! Il devait faire un effort considérable pour ne pas laisser filtrer ses pensées, sentant le regard perçant du redoutable legilimens qui se tenait devant lui.

Oh Freyja ! Ma Freyja !

- Mon cher Severus ! Aujourd'hui est un jour spécial pour toi ! Et oui, si toi tu l'as oublié, moi je ne l'ai pas oublié ! Nous sommes le 9 janvier aujourd'hui, le jour de tes vingt ans ! C'est un événement à ne pas manquer. Et voici mon cadeau !

Le sang de Severus ne fit qu'un tour, pulsant à ses tempes si fort qu'il avait l'impression que son crâne allait exploser, sa vision se voila légèrement quelques secondes, et il s'arrêta momentanément de respirer. Avait-il bien compris ? Il redoutait d'avoir bien compris. Outre son excellente réputation de Maître des Potions et d'empoisonneur, incontestablement l'un des plus doués de sa génération, il s'était fait très rapidement une réputation de tortionnaire hors pair, maîtrisant aussi bien les tortures physiques que mentales, ce qui avait fait de lui également l'inquisiteur numéro un au sein des mangemort. Il était alors chargé des interrogatoires en tout genre, plus ou moins musclés, mais préférant les méthodes plus subtiles. Que voulait-Il donc de lui ? Voulait-Il qu'il la torture, qu'il la questionne à sa manière ? Mais que voulait-Il à la fin ?

- Ton ami Lucius m'a relaté ce que cette garce t'a fait endurer, comment elle t'a rejeté, quand elle a su que tu devenais Mangemort et comment elle t'a brisé le cœur ! Voici l'occasion de te venger ! Agis donc à ta guise !

Mais Severus resta paralysé. Il lui était impossible de répondre ou de faire le moindre mouvement. Les mots qu'il venait d'entendre résonnaient en lui comme un douloureux écho. Il se mortifiait intérieurement de s'être ainsi confié, il y a quelques années, à Lucius, dans un moment de faiblesse, un des rares qu'il s'était accordé. A l'époque, il avait été effectivement cruellement troublé et touché au cœur, quand Freyja s'était éloignée de lui, après qu'il lui avait avoué sa décision de devenir Mangemort. Et Lucius avait été là, comme toujours, pour repêcher son âme esseulée, et en profiter bien évidemment pour le renforcer dans son choix de rejoindre le Seigneur des Ténèbres.

Severus tourna enfin son regard vers Lucius, l'homme qui avait amené Freyja dans la salle. Car même avec le masque et sous sa capuche, il avait très bien reconnu Lucius. Ils se connaissaient trop bien depuis toutes ces années, et l'attitude arrogante de Lucius était d'ailleurs reconnaissable entre mille, même pour ceux qui le connaissaient moins bien. Lucius ! Comme il le haïssait à cet instant ! Comme il l'aurait volontiers tué sur le champ, s'il l'avait pu ! Mais pourquoi avait-il fait ça ? Car Lucius ne faisait jamais rien de gratuit en général ! Même quand il l'avait enrôlé au sein des Mangemorts, il l'avait fait dans son propre intérêt, pour plaire au Maître, pour obtenir la gratitude du Maître en apportant auprès de lui un génie des potions, doué en outre en legilimencie… Mais que pouvait-il obtenir de… ça ?

- Ssseverussss ! Siffla le Maître, de plus en plus irrité par cette hésitation et son manque de réaction. Notre… cadeau ne te plaît-il pas ? Tu ne veux donc pas t'amuser un peu ?! Es-tu si faible pour ne pas enfin jouir de ta vengeance ? Toi qui réclamais tant de pouvoir te venger et assouvir ta haine! En voici une première occasion ! Vas-tu donc enfin la saisir, ou rester là, sans réagir, comme un lâche ?

Severus ne répondit rien et baissa la tête comme toute réponse, tout en maintenant ses barrières, la pression de son Maître sur son esprit se faisant plus impérieuse. Freyja releva alors enfin la tête vers lui et leurs regards se croisèrent. Il y lut tout l'amour qu'elle éprouvait pour lui, et une muette supplication d'abréger ses souffrances, de l'aider à mourir dignement. Il sut alors ce qu'il devait faire, mais n'arrivait pas à s'y résoudre.

- Bien ! Dans ce cas, puisque tu ne veux pas commencer les festivités, je vais le faire ! Cracha le Lord noir, les traits déformés par la colère.

Il leva sa baguette d'un gracieux mouvement et susurra une incantation. Tous purent contempler le corps de la frêle jeune femme se tordre de douleur sous l'effet du Doloris. Puis les spasmes cessèrent tandis que l'homme abaissait sa baguette.

Severus sentit une nouvelle fois les mains des deux jeunes gens tenter de se dérober à son étreinte, mais il les teint fermement. Il fallait qu'ils voient jusqu'au bout, qu'ils voient tout. Il fallait qu'ils le sachent maintenant, il était incapable de leur dire avec des mots, mais s'il ne leur révélait pas tout maintenant, ils risquaient de l'apprendre autrement et ce serait encore pire. Il fallait qu'ils voient !

- Alors Severus ! Le Doloris est pourtant ta spécialité et ton sort de prédilection ! Alors qu'attends-tu ? Susurra le Maître, ne contenant plus sa colère. Il leva à nouveau sa baguette et la jeune femme se contorsionna encore une fois, sa respiration se faisant saccadée, des sanglots se mêlant à ses cris d'agonie, puis sa voix s'affaiblissant pour finir par des gémissements. Le sort cessa encore une fois, mais Freyja continuait de trembler, son corps devenu incontrôlable.

- Puisque tu ne veux pas de ton cadeau, les autres vont pouvoir en profiter !

- Non ! Finit par articuler Severus, en levant un regard déterminé vers l'homme qui le dominait en face de lui.

- Bien, tu t'es enfin décidé ! Alors montre nous de quoi tu es capable ! Jouis de ta vengeance et fais nous jouir en même temps !

Severus leva alors sa baguette d'une main légèrement tremblante, plongea une dernière fois ses yeux dans ceux de sa bien-aimée, et tout en fermant son esprit à Celui-Qu'Il-Execrait-Et-Execrerait-A-Jamais, il lança un dernier adieu empli d'amour à sa femme et son enfant.

- Avada Kedavra ! Murmura-t-il, un éclair vert fusant de sa baguette sur le corps qu'il avait tant aimé, tant désiré et tant caressé, ce corps maintenant inerte et sans vie devant lui. Il venait de le faire, il venait de la délivrer d'une lente agonie, il venait de la… tuer. Non, de LES tuer, rectifia-t-il pour lui-même.

- Qu'as-tu fait Ssseverusss ?! Tu n'étais pas sensé la tuer, pas comme ça ! N'es-tu donc qu'un lâche ?! Tu m'as habitué à beaucoup mieux, beaucoup mieux… siffla le Lord noir, visiblement hors de lui. Lucius !

Ce dernier s'avança, effrayé et presque tétanisé. Ce qui devait s'annoncer une charmante soirée divertissante avait brutalement tourné court. La fureur du Maître se réveillait et mieux valait ne pas l'attiser davantage.

- Lucius ! Débarrasse-nous de ce misérable corps ! Laisse-le donc dans une ruelle isolée, d'autres se chargeront bien de la détestable besogne de l'enterrer à notre place. Vous autres, partez ! Sur le champ ! Toi Severus, reste encore un peu, j'ai un autre cadeau, puisque celui-là n'a pas l'air de t'avoir plu !

Tous transplannèrent sans demander leur reste, redoutant ce qui pourrait leur arriver s'ils traînaient un peu trop longtemps, et s'imaginant très bien ce qui attendait ce stupide Severus !

Severus se retrouva en conséquence seul avec le mage noir si redouté. Celui-ci leva sa baguette vers Severus le jeune homme et lui dit, un sourire démoniaque étirant ses lèvres :

- Bon anniversaire Severus ! Doloris !

Severus rompit alors brutalement le contact, les mains moites, le front en sueur, et ferma les yeux. Ils étaient tous sous le choc.

Severus sous le choc d'avoir livrer ainsi un des plus douloureux secrets de sa misérable déplorable existence. Il avait vraiment cru ne jamais pouvoir y arriver. Une seule personne était au courant de cette tragédie au sein de l'Ordre. Toujours et encore cette même personne, mais elle n'était plus dès lors. Albus était décédé et ne pouvait plus l'aider. D'avoir fait ressurgir ce passé si encombrant, si saumâtre, l'avait perturbé encore plus qu'il ne voulait bien l'admettre. Il aurait espéré que révéler ce passé aurait peut-être soulagé un peu sa douleur et son désespoir, mais non, au contraire, il avait l'impression qu'ils étaient encore plus attisés…

Nuwan et Mixiel, quant à eux, étaient choqués par ce qu'ils venaient d'apprendre. Ils savaient enfin qui étaient leurs parents, quelle avait été leur relation… Ils avaient retrouvé un père, à défaut de pouvoir rencontrer leur mère, mais quel père ?! Ce père était un Mangemort, un assassin, un traître, un lâche. C'était l'assassin de leur mère, il avait tué leur mère froidement, et eux par la même occasion. Mais ils avaient survécu, par on ne sait quel miracle !

De nombreuses questions les assaillaient, mais ils ne savaient par laquelle commencer, ils n'osaient les poser. Ils ne voulaient plus parler à cet homme, si l'on pouvait encore considérer l'être qui se tenait devant eux, et qui leur avait ainsi révélé les atrocités de son passé (enfin une partie), comme un être humain ! Ils n'arrivaient pas à se résoudre à lui poser ces questions qui les démangeaient, mais ils avaient besoin de savoir.

Après une bonne dizaine de minutes, où chacun tentait de se remettre tant bien que mal de ses émotions, Nuwan se décida enfin :

- Qu'avez-vous fait ensuite ?

Severus la regarda, l'air quelque peu hébété, avant de se recomposer son masque indéchiffrable, puis de répondre, sur un ton plutôt cynique :

- Ensuite ? Et bien, j'ai d'abord essayé de me remettre des quelques doloris que j'avais reçus. Mais je voulais la retrouver, lui rendre une sépulture décente. C'est pourquoi le lendemain soir, je me suis rendu à l'hôpital de Sainte Mangouste, persuadé qu'une bonne âme l'aurait amené ici. Et je ne m'étais pas trompé ! J'ai… mmh… je me suis rendu à la morgue, où je l'ai trouvée, étendue, presque sereine. Je l'ai donc emmené avec moi, dans un lieu connu de nous seul, et lui ai offert les hommages qui lui revenaient. Sur sa tombe, j'ai juré à nouveau vengeance ! Et je suis devenu un traître !.

- C'est-à-dire ? S'enquit Mixiel, d'un ton froid et tranchant, le même que Severus savait si bien prendre pour intimider les autres….

- Et bien en donnant diverses informations à l'Ordre.

- Est-ce à ce moment-là que vous êtes allé voir Dumbledore ? Et pourquoi avoir choisi de changer de camp, au lieu de tout simplement partir, et tout quitter ? demanda Nuwan, un secret espoir au fond du cœur.

- « Pour répondre à la première question, non ! Ce n'est pas à ce moment-là que je suis allé trouver Albus. Non. Quant à la deuxième question : déjà avant ce… enfin avant ça, je donnai quelques informations à Freyja, plus pour éviter qu'elle ne se fasse blesser qu'autre chose, peut-être. Après sa… mort - Severus déglutit à ce mot - je voulais me venger, et le meilleur moyen était de tout faire pour Le détruire, pour Le tuer. Le meilleur moyen que j'avais à disposition était de conduire l'Ordre à la victoire. J'ai donc décidé de trahir le Seigneur des Ténèbres en dévoilant des informations cruciales.

Seulement, je ne savais plus vers qui me tourner. Je ne savais pas comment faire pour leur donner ces informations. J'ai alors suivi certains membres de l'Ordre, essayant de contacter l'un d'entre eux, un qui m'écouterait. J'aurai bien pu me tourner vers Lily Evans, devenue d'ailleurs Lily Potter : étant la meilleure amie de Freyja, elle m'aurait peut-être écouté. On ne s'entendait pas trop mal auparavant… Mais elle était difficilement accessible, je dirais, et cela aurait signifié peut-être se remettre en contact avec Potter lui-même : impossible !

J'ai alors rencontré un jeune homme, jeune Auror et membre de l'Ordre, nommé Londubat. Notre rencontre s'est faite dans des circonstances pour le moins délicates. Il avait été fait prisonnier par le Seigneur des Ténèbres, et j'étais chargé de le questionner et de lui soutirer les informations par tous les moyens. J'ai alors décidé de le faire s'évader… En contre partie, il m'écouta, c'est ainsi que commença notre collaboration, tout en lui ayant fait promettre de ne jamais révéler la source de ces informations… Je ne voulais pas qu'il connaisse mon nom, et jamais il ne me posa de questions, mais il apprit tout de même mon identité, lors de ma première arrestation par les Aurors… Ironie du sort : la situation se trouvait inversée et il me fit sortir, comme je l'avais fait auparavant. Notre collaboration n'en a été que renforcée, et jamais il ne dévoila notre secret… »

- Et quand êtes-vous aller voir Dumbledore ? Quand avez-vous enfin décidé à vous « dévoiler » ? demanda Mixiel, sur un ton un peu narquois, la curiosité l'emportant tout de même sur le mépris et la haine.

- Plus tard, bien plus tard. Le Seigneur des Ténèbres m'avait chargé, près d'un an plus tard, d'espionner Albus Dumbledore. Au cours de cette mission, j'ai entendu une révélation des plus importante, mais je n'en eus pas tout de suite conscience, et suis allé la livrer sur un plateau d'argent au Lord noir. C'est alors à ce moment seulement, que je compris l'erreur que j'avais commise, une de plus, et de taille. Je suis donc allé voir directement la seule personne apte à résoudre ce problème… Albus Dumbledore. C'est alors que je suis devenu officiellement espion pour l'Ordre.

Tout à ses explications, Severus revivait ces moments, mais ne put s'y attarder longuement, ses interlocuteurs l'assaillant encore de questions.

- Et pourquoi n'avez-vous rien fait pour nous retrouver ? Pourquoi nous avez-vous abandonné ? demanda Mixiel, froidement, d'un ton plein de morgue et de hargne.

Severus les regarda droit dans les yeux tous les deux :

- Mais je vous croyais morts, comme votre mère ! D'abord je ne savais pas que vous étiez deux ! Ensuite, comment aurai-je pu me douter un seul instant que vous auriez pu survivre à un tel sortilège ? Je ne vous aurai jamais abandonnés, je ne vous aurai jamais laissés, si jamais j'avais su. Mais pas un seul instant j'ai pensé que vous étiez encore en vie. Je n'ai parlé à personne à Sainte Mangouste : que vouliez-vous que je dise ou que je fasse ? Je venais voler un corps, le corps de celle que j'aimais et que j'avais tuée. J'étais persuadé de votre mort, à tous. J'étais anéanti…

- Vous mentez, s'exclamèrent en chœur les deux jumeaux.

Brutalement ils se levèrent tous deux, Severus les imitant aussitôt.

- Vous mentez ! Continua Mixiel, toute sa haine et sa rancœur sortant et se déversant sur Severus. Comment cet homme pouvait-il être leur père ? Il ne pouvait pas le croire, il ne voulait pas le croire.

Il se dirigea à grands pas vers Severus, suivi de près de sa sœur, et lui empoigna violemment le bras gauche. Severus ne fit aucun mouvement pour l'en empêcher. Il sentait toute cette haine, toute cette violence, et cela le touchait profondément, bien plus qu'il ne l'aurait cru. Il se sentait paralysé, impuissant et brisé. Il avait tellement espérer que ça se passe autrement entre eux trois, entre lui et … ses enfants !

Mais leur réaction était en fait tout à fait prévisible. Pouvait-il vraiment leur en vouloir ? Non ! Mais ça lui faisait mal ! Très mal même ! Pourrait-il jamais un jour rattraper le temps perdu avec eux, et avoir une vraie relation père-enfant ? Il en doutait…

Mixiel releva alors la manche de Severus, dévoilant à leurs yeux la Marque sombre, bien nette sur l'avant-bras gauche de Severus. Il put lire sur les visages de ses jumeaux dégoût, haine et répulsion intense. Cette Marque les séparerait à jamais, il en avait peur. Jamais ils ne l'accepteraient ! Quoiqu'il fasse, rien ne changerait ça !

- Vous n'êtes qu'un mangemort assassin, un traître, un lâche. Vous les avez laissé faire, sans réagir, puis vous l'avez tuée de sang froid. Vous ne ressentez rien, vous n'êtes pas humain, vous n'êtes pas notre père ! Hurla Mixiel d'une voix glaciale. Vous me dégoûtez !

-Vous n'êtes pas notre père ! Jamais vous ne le serez ! Vous n'êtes qu'une pourriture de Mangemort ! Je vous hais ! Reprit à son tour Nuwan, en lui crachant au visage et jetant la bague, qu'elle avait gardée à la main tout ce temps.

D'un même mouvement tous deux sortirent du salon, laissant la porte grande ouverte, Severus restant seul, debout, au milieu du dit salon, les yeux fixés droit devant, abasourdi de ce qu'on venait de lui cracher au visage, de ce que ses enfants venaient de lui cracher au visage. La chair de sa chair, le sang de son sang… Il n'avait jamais espéré un jour devenir père, mais cet espoir secret venait de partir en poussière, tout rêve à jamais balayé par cette amertume…

D'un geste machinal, il essuya le crachat qu'il avait sur le visage de sa main droite. Il remarqua subitement l'anneau laissé à terre, le ramassa presque religieusement et se redressa lentement, le contemplant au creux de sa main gauche. Au bout d'un long moment, il serra le poing dessus, puis replaça l'anneau le long de la chaîne, qu'il remit ensuite à son cou.

Soudain son regard se tourna vers la porte : là, il vit avec horreur tous les membres de l'Ordre encore attablés, qui le fixaient ostensiblement, choqués et inquiets pour certains, presque heureux et ravis pour d'autres, en fait pour beaucoup… Il les fusilla tous d'un regard meurtrier, très significatif, les dissuadant de toute remarque.

Il constata alors que sa Marque était toujours à nu. Il la regarda longuement, un léger rictus pouvant ressembler à du dégoût et du mépris étirant ses lèvres. Puis, d'un geste rageur, il rabattit sa manche gauche. Il releva enfin la tête avec un air de défit et, à grande enjambée, se dirigea vers la porte pour la claquer violemment, s'enfermant seul dans le petit salon.

Il s'adossa alors à la porte et se laissa lentement glisser au sol, découragé et désespéré, pouvant enfin se laisser aller, puisqu'il était seul, à ses émotions troublantes, sans craindre le regard moqueur et méprisant de quiconque. Il resta ainsi assis, contre la porte, de longues heures durant, broyant du noir et ressassant son passé, sans faire attention au temps qui courait.

Fin du chapitre 18.