Merci à tous de vos reviews toujours plus nombreuses et encourageantes :

BohemioKatharos : oui, j'aime bien malmener Severus, et je ne suis pas convaincu que ça va s'arranger pour lui par la suite. Mais Chhhuut! Ce serait dommage de divulguer la suite!

Lone Wolf : Je suis heureuse que tu aies apprécié le dernier chapitre, un peu sombre effectivement. J'avais quelque crainte de plomber encore plus l'ambiance...

Thegirloftheshade : Et oui nos erreurs nous poursuivent souvent! Merci de tes encouragements!

Alors voici encore quelques bribes de la vie de Severus, j'espère que ça vous plaira!

CHAPITRE 19 : Espion jusqu'au bout

Enfin seul et face à lui-même, Severus revivait certains de ses souvenirs. Il revivait le moment où il avait fait une des plus grosses erreurs de sa vie, puis cette fois où il avait enfin fait fi de toutes ses peurs pour aller vers Dumbledore.

Il se revoyait lui, étant jeune, devant la porte de la chambre à la Tête de Sanglier, où Dumbledore s'entretenait avec une jeune femme du nom de Trelawney, postulante au poste de professeur de divination à Poudlard. Il avait été chargé par son Maître d'espionner le vieux directeur de Poudlard, ce qu'il s'évertuait à faire, ainsi résigné à écouter aux portes. Il ne jugeait pas cette entrevue d'une importance capitale, mais il se devait de l'écouter tout de même, au cas où…

Il était donc là depuis un petit bout de temps, l'oreille tendue, quand il perçut la voix de la jeune femme se faire plus lointaine et énoncer des paroles pour le moins floues et nébuleuses. Mais en entendant l'évocation de son Maître, Severus prêta plus d'attention à cette prophétie. Car apparemment, cela avait tout l'air d'une prophétie ! Pouvait-on vraiment s'y fier ? Il n'y croyait qu'à moitié, mais son Maître voudrait certainement tout savoir, même si c'était sans importance. Il écouta donc attentivement jusqu'à la fin. La voix de la jeune femme redevint enfin normale.

Ainsi, vers fin juillet devrait naître un enfant capable de vaincre le Seigneur des Ténèbres, un enfant né de parents l'ayant déjà défié par trois fois… Que de niaiseries ! Qui pouvait vraiment prêter foi à de telles aberrations ?…

Mais Severus fut interrompu dans ses pensées par des bruits de pas dans l'escalier, indiquant l'arrivée du frère de Dumbledore. Avant qu'il n'ait eu le temps de trouver une autre issue, il se sentit vigoureusement empoigné par deux puissants bras, qui le traînèrent sans ménagement jusqu'à la porte et le jetèrent violemment dehors. Il parvint à s'enfuir de justesse avant que la colère du vieil homme ne le réduise en pièce, et transplanna directement vers l'antre des Mangemorts pour faire son rapport.

Il se tenait maintenant devant son Lord, lui ayant relaté la prophétie, enfin une partie seulement. Il voulait déjà voir sa réaction. Autant garder des cartes dans sa manche, sait-on jamais. Le Maître était visiblement troublé par ce qu'il venait d'apprendre. Ce que Severus venait de rapporter était donc si important ? Se pouvait-il que, lui, le plus grand de tous les mages noirs, puisse croire de pareilles inepties ? Apparemment oui !

- Né fin juillet, et de parents m'ayant par trois fois défié. De qui peut-il s'agir ? Réfléchissait tout haut le Maître, comme si Severus et les autres Mangemorts n'existaient plus.

Il faisait les cent pas de long en large, faisant virevolter ses capes derrière lui, les mains dans le dos, tête baissée.

- Je ne vois que deux candidats : Potter ou Londubat !

A ses mots, Severus eut un sursaut, qu'il parvint à dissimuler avec peine. Potter ou Londubat ! Lily, la meilleure amie de Freyja ! Frank, le jeune homme à qui il délivrait ses informations et qu'il avait appris à estimer ! Les deux seules personnes qu'il aurait voulu épargner dans cette guerre ! Non ! Pas eux ! A croire que le sort s'acharnait vraiment contre lui ! En une seconde, Severus prit sa décision. Il ne devait en aucun cas révéler la deuxième partie de la prophétie. Si le Seigneur des Ténèbres prenait connaissance de cette deuxième partie, Il déciderait certainement de tuer les deux enfants qui le menaçaient de la sorte, ainsi que leur famille !

- Qu'en penses-tu Severus ? Toi qui as un esprit si vif, qu'en penses-tu ?

- Maître ! Je ne suis pas sûr que nous puissions vraiment prêter foi à de tels propos ! Les prophéties sont si aléatoires et si peu fiables !

- Tu es doué Severus ! Très doué ! Subtil aussi ! Mais visiblement la divination n'est pas ton fort ! Vu ce que tu m'as relaté, on peut croire qu'il s'agit là d'une vraie prophétie ! Et si cela s'avère exacte, il est rare que de telle prophétie ne se réalise pas. Je ne peux pas prendre de risque.

- Mais Maître, il ne s'agit que d'enfants ! Comment des enfants pourraient-ils s'avérer être un danger pour vous ?

- Pour l'instant, il ne s'agit que d'enfants ! Pour l'instant, Severus ! Mais ces enfants vont grandir, et c'est là qu'ils deviendront peut-être un danger. Alors autant étouffer l'œuf dans le nid ! As-tu d'autres idées de cibles potentielles auxquelles cette prophétie pourrait s'appliquer ?

- Non Maître ! Mais est-il sage…

- Assez Severus ! Tu n'es pas là pour juger de mes actes ni de mes décisions.

- Mais… s'entêta le jeune homme.

- Assez ! Vociféra le Lord Noir, une inquiétante lueur embrasant ses yeux.

Severus se tut. Il était peut-être aller trop loin. Cela risquait de mal tourner pour lui…

- As-tu entendu la suite ?

- Non Maître, j'ai été interrompu par le frère de Dumbledore.

- En plus d'être insolent, tu te montres incapable ! Décidément ces derniers temps, tu te ramollis et tu deviens moins efficace. Le ton se faisait plus furieux et venimeux au fil des mots.

Severus appréhendait ce qui l'attendait. Ces derniers temps effectivement, le Maître n'avait pas été satisfait de lui, car il ne Lui avait rapporté aucune information intéressante, depuis plusieurs mois qu'il espionnait ce fou de Dumbledore ! Et pour cause, puisque justement il se gardait bien de rapporter ce qui lui semblait important ! Mais cette fois-ci, il s'était peut-être trompé et venait de livrer à son Maître une information qui pourrait finalement s'avérer capitale pour la suite. Quel imbécile il pouvait faire parfois ! Et tout ça, à cause de son mépris pour l'art divinatoire !

Et pour couronner le tout, même si ce qu'il venait de Lui révéler avait l'air de Le satisfaire, la frustration croissante de son Maître depuis ces longs mois, assaisonnée de l'insolence qu'il avait eu de Le contredire devant tous Ses Mangemorts, ne présageait rien de bon pour Severus. « Alors combien de Doloris cette fois-ci ? » se dit-il intérieurement avec une pointe d'ironie.

- Sortez tous, je dois avoir une conversation privée avec Severus. Fit leur Maître.

Les quelques Mangemorts présents sortirent sans un mot, ricanant en pensant au type de discussion privée que leur Maître voulait avoir. Et ils ne se trompèrent pas. A peine sortis, ils purent entendre l'incantation du Doloris rugir derrière la porte, mais aucun cri ni aucun son ne vint apaiser leur soif de torture. Ils partirent donc, presque déçus.

Severus, quant à lui, était recroquevillé par terre, agonisant et reprenant son souffle entre deux sorts, ruisselant de sueur, des tremblements incontrôlables s'emparant de tout son corps, ses muscles tendus sous la souffrance, qui, malgré la fin du sortilège, parcourait encore chaque parcelle de son corps.

- Relève toi Severus !

Et Severus tentait une fois encore de se relever, pour s'affaisser presque aussitôt sous l'impact d'un autre Doloris. Le quatrième. Puis un cinquième, un sixième, de plus en plus long. Il s'efforçait de ne pas crier, mais il ne put réprimer des gémissements. Il n'avait même plus la force de se relever. Enfin le Lord noir jugea bon d'arrêter. Il se pencha sur le jeune homme agonisant, qui reprenait difficilement ses esprits, et lui susurra à l'oreille.

- J'espère que tu as retenu la leçon Severus ! Je ne tolérerai plus aucune insolence ni aucune erreur de ta part. J'espère que celle-ci sera la dernière. Est-ce clair ?

Severus parvint à hocher faiblement la tête pour toute réponse, toujours à terre, incapable de se relever ou de prononcer une seule parole. Le Maître appela deux Mangemorts et leur ordonna de faire sortir Severus et de le conduire loin du repère, ce qu'ils s'empressèrent de faire. Ils transplannèrent avec un Severus pantelant, et le traînèrent devant l'endroit où il logeait, le laissant seul sur le seuil, encore chancelant. Severus les regarda partir avec une pointe de mépris dans le regard.

« Il faut les prévenir ! » pensa-t-il. Et vite avant qu'il ne soit trop tard. Depuis quelque temps, il avait du mal à joindre Londubat. Or il ne pouvait se permettre de perdre du temps, il fallait qu'il puisse contacter l'Ordre tout de suite, mais comment ? Soudain une idée fit irruption dans son esprit embrumé. Il y avait déjà songé à maintes reprises, mais il n'en avait jamais eu le courage !

Cependant, actuellement, c'était la seule solution qui se présentait à lui. Il ne put réprimer un frisson qui lui parcourut l'échine. La peur ? L'appréhension ? Les Doloris de ce soir ? Qu'importe ! Il fallait aller voir ce vieux fou ! Quoi qu'il lui en coûte ! C'est alors qu'il se souvint des paroles que Dumbledore lui avait dite avant son départ de Poudlard : n'oubliez jamais Severus, que je serai toujours là pour ceux qui sont perdus et dans le besoin ! A vrai dire il était effectivement perdu, peut-être que Dumbledore… Oui, peut-être…

Severus essaya alors de transplanner jusqu'aux abords de l'école, mais il abandonna très vite, des nausées le submergeant tout de suite. Il était trop faible pour transplanner, pas de poudre de cheminette, pas de balai… Il ne voyait qu'une seule solution : à pied… à cette idée, il commençait déjà à désespérer. Mais il se reprit bien vite et se mit en marche.

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Severus se revit ensuite arriver à la lisière de la forêt interdite, l'entrée du château se tenant devant lui, en haut de la longue pente qu'il devait encore monter avant d'atteindre les marches… Le chemin lui semblait interminable, il était à bout de force, il avait mal, froid, faim et soif, ses jambes le portaient à peine, il titubait et trébuchait tous les trois pas. Mais il était presque arrivé, après un jour de marche… Il ne pouvait abandonner maintenant !

D'ailleurs il se demandait bien comment il avait bien pu traverser les barrières de sécurité. Il savait qu'il y avait des barrières qui, normalement, empêchaient tout Mangemort qui se respecte de pénétrer dans l'enceinte de l'école. Bon, d'accord, il n'était peut-être pas un Mangemort qui se respecte ! Et oui, d'accord, il était passé par la forêt interdite, mais les barrières faisaient effet là aussi, il le savait. En outre, aucune créature n'avait pointé le bout de son nez, comme si elles avaient eu la consigne de le laisser passer, comme si on l'attendait... Un frisson le parcourut à nouveau à cette idée.

Mais il reprit sa marche. Il trébucha, se releva, re-trébucha, se releva… Il était tellement concentré sur chaque pas, qu'il ne vit pas la silhouette massive s'avancer vers lui. Il ne la remarqua que lorsqu'elle se dressa devant lui, de toute sa stature de … géant. Hagrid ! Bien entendu !

- Que venez-vous faire ? Vous n'êtes pas autorisé à entrer dans l'enceinte de l'école ? Demanda Hagrid d'un ton bourru et méfiant.

Peut-être qu'après tout on ne l'attendait pas ?!

- Je dois voir le Professeur Dumbledore au plus vite ! S'entendit-il répondre d'une voix rauque venant presque d'outre-tombe.

Hagrid le scruta de ses yeux noirs, de haut en bas, avant de répondre, d'un ton méfiant peu habituel chez lui :

- Dans ce cas, je vous accompagne.

Ils commencèrent donc à marcher vers le château. Severus trébucha encore une fois et sentit une poigne le relever par le bras, le bras gauche, et le soutenir. Severus se dégagea, un peu violemment, ce qui le fit encore chanceler, et siffla :

- Je n'ai pas besoin de votre aide, j'y arriverai très bien seul !

- Bien, bien ! Pas la peine de vous énerver !

Ils arrivèrent enfin aux premières marches menant à la double porte battante en chêne massif donnant sur le grand hall. Ils commencèrent leur ascension, chaque marche arrachant des douleurs fulgurantes dans tout le corps de Severus. Il s'agrippa de toutes ses forces restantes à la rampe pour ne pas tomber, mais encore une fois il trébucha. Il n'eut pas la force de se relever et tomba inconscient. Il sentit à peine les deux bras puissants qui le soulevèrent.

Quand il rouvrit les yeux, il vit deux yeux bleu gris perçants le fixer, à la fois inquiets et sceptiques. Il cligna des yeux pour s'habituer à la lumière vive de la pièce. Une pièce, circulaire, de drôles d'objets, une chaleur ambiante douce et agréable, des tableaux… Albus… Albus Dumbledore penché sur lui, et lui parlant. Il était dans le bureau d'Albus Dumbledore ! Il était encore allongé par terre, Dumbledore penché sur lui. Comment était-il arrivé là ? Il ne s'en souvenait fichtrement plus, mais il comprit bien vite quand il vit la silhouette massive d'Hagrid lui faire de l'ombre.

- Professeur… Professeur Dumbledore ! Parvint-il à articuler.

- Oui jeune homme ! Calmez-vous ! Que vous est-il donc arrivé ?

- Professeur, je… je dois vous parler !

- Reprenez-vous d'abord ! Nous parlerons ensuite !

- Non ! Cria-t-il, autant que ses cordes vocales asséchées lui permettaient. Non ! C'est… urgent. Maintenant.

- Je vous écoute mon garçon !

Severus tourna alors un regard vers Hagrid et reporta son attention sur Dumbledore, puis il s'agrippa à l'épaule du vieil homme, pour lui murmurer à l'oreille :

- Seul à seul ! C'est au sujet… d'une certaine… prophétie ! Il déglutit péniblement et lança un regard désespéré à Albus, qui visiblement avait compris.

- Vous pouvez nous laisser Hagrid ! Je vais m'occuper de ce jeune homme. Dit Albus. Ah ! Ajouta-t-il avant que le demi-géant ne passe la porte. Et que cette rencontre nocturne reste entre nous ! Il appuya ses dires d'un clin d'oeil très significatif.

- Ohhh ! Pas de problème Monsieur le Directeur. Répondit Hagrid avec un regard éloquent, montrant sa compréhension, tout en sortant.

Une fois seuls, Dumbledore reporta son attention sur Severus.

- Alors Severus, qu'est-ce qui vous amène à une heure aussi tardive dans mon bureau, qui plus est dans un état pareil ? demanda le vieil homme, avec un ton fatigué, où perçait une certaine tristesse.

Comment ce vieil homme pouvait-il se souvenir de son prénom ? Se souvenait-il des prénoms de tous les élèves et anciens élèves ? Impossible ! Il y en avait tellement ! Et lui, Severus, avait été, et était encore, tellement insignifiant ! On le lui avait tant de fois si bien fait comprendre, et ce, quoiqu'il fasse, quoiqu'il essaie de faire pour prouver sa valeur ! Comment cet homme, si important dans la société sorcière, pouvait-il se rappeler le prénom d'un jeune impudent si insignifiant tel que lui ?

Tout à coup, Severus ne sut que dire, ni par où commencer. Il tourna alors la tête vers son bras, son bras gauche, puis d'un mouvement lent releva sa manche pour révéler la Marque sombre, dévoilant ainsi son allégeance au Seigneur des Ténèbres. Il redoutait de croiser le regard de Dumbledore. Toutefois il rassembla tout son courage, releva quand même la tête et accrocha ce regard bleu d'acier où diverses émotions perlaient : la tristesse, la déception… A quoi t'attendais-tu ? Qu'il te félicite peut-être ?... mais il nota aussi quelque chose d'autre… de l'espoir ?

- Je… J'étais chargé de vous espionner. Je vous ai pris en filature à chaque fois que vous sortiez de Poudlard. C'est ainsi que j'ai entendu la prophétie faite par une certaine Trelawney, à la Tête du Sanglier, au sujet d'un enfant pouvant être une menace pour le Sei… pour Vous-savez-qui. Je… je Lui ai rapporté tout ce que j'avais entendu…

Severus marqua une pause, attendant la réaction de son interlocuteur. Mais ses yeux pétillaient toujours de la même lueur : pas de colère, pas de fureur, non, rien de tout cela. De la déception peut-être, mais pas de mépris….

- Et… l'encouragea Dumbledore.

- Et… il l'a prise au sérieux, il en a déduit deux noms. Potter et Londubat. Il faut… vite les prévenir ! J'ai déjà mis une journée pour venir ici ! C'est peut-être déjà trop tard ! Il faut les prévenir !

- Calmez-vous Severus ! Calmez-vous ! Je vais les prévenir de ce pas ! Attendez moi ici, je n'en ai pas pour longtemps.

Albus prit alors de la poudre de cheminette et s'engouffra dans l'âtre pour disparaître aussitôt. Severus, qui jusque là était resté au sol, tenta de se relever, ce qu'il fit avec grand peine. Il parvint à atteindre un siège, où il se laissa choir, les membres encore agités de spasmes. Il s'emmitoufla dans sa cape usée par le voyage harassant à travers la forêt interdite, et croisa les bras sur son torse pour maintenir le peu de chaleur corporelle qu'il recouvrait. Il attendit patiemment, se laissant aller peu à peu à une douce torpeur, quand il entendit le vieil homme arriver par la cheminée.

Il essaya de se redresser quelque peu sur le siège, voire de se lever, ce qui lui arracha une douleur intense tout le long de son épine dorsale.

- Ne bougez pas mon garçon ! Restez donc assis ! Lui dit Dumbledore sur un ton bienveillant.

Severus ne se le fit pas répéter, bien trop las pour tenter quoique ce soit d'autre. Il attendit que le directeur s'installe à son bureau lui faisant face. Une fois assis, ce dernier le toisa brièvement du regard, les coudes appuyés sur le bureau, les mains jointes sous son menton. Puis, d'un ton détaché, comme si de rien n'était, il demanda à Severus :

- Du thé ?

Severus en était bouche bée. Il venait de lui montrer la Marque, de lui dire qu'il servait le Seigneur des Ténèbres et qu'il Lui avait révélé la veille une information peut-être cruciale, et le vieux fou aux addictions glucosées lui demandait s'il voulait du thé ? Avait-il bien entendu ? Avait-il frappé à la bonne porte, finalement ? Ou alors…. Ou alors Dumbledore se moquait de lui ?! Peut-être n'était-il pas pris au sérieux ?!

Severus s'apprêtait à répliquer, qu'il venait parler de choses sérieuses et non prendre du thé, quand il fut coupé, avant même d'avoir prononcé un mot, par Dumbledore, d'un ton cordial mais sérieux :

- Non je ne me moque pas de vous ! Et je vous prends très au sérieux. Nous avons effectivement à parler de choses graves, très graves, et de lourdes décisions vont devoir être prises. Mais un peu de thé ne nous fera pas de mal ! Non ?

Severus ne sut que répondre, et se contenta de hausser un sourcil en signe de résignation. « Il lit dans mes pensées ! Bien entendu il est legilimens ! Et puissant en outre ! Arrive-t-il à passer mes barrières mentales ? »

- Oui je suis legilimens ! Mais vous êtes très doué, vous êtes un puissant occlumens et j'ai beaucoup de mal, je dois le dire, à percer vos barrières mentales. Je ne parviens en fait à capter que certaines de vos pensées, très fugaces, très banales en somme. Mais le fond de vos pensées, ou vos souvenirs, me restent inaccessibles… Vous êtes d'ailleurs une des rares personnes à me rester si inaccessible…

Avant même de pouvoir répondre quoi que ce soit, il se retrouva alors, sans même savoir comment, avec une tasse de thé bien chaud entre les mains. Du thé chaud, chaleur qui lui envahit peu à peu tout le corps, alors qu'il n'avait pas encore bu une seule goutte. Il porta doucement la tasse à ses lèvres, en huma délicatement le délicieux parfum mentholé, son goût préféré, et en but une gorgée. Il se rendit alors compte de combien sa gorge avait été asséchée. Il en but une deuxième, puis attendit en silence, gardant les yeux fixés sur sa tasse.

Il était tout à coup fier de ce que venait de lui dire Dumbledore. Ainsi, lui, un des plus puissant legilimens au monde, avait du mal à le percer complètement à jour… Il se morigéna soudain intérieurement : il n'était pas là pour s'étaler sur de telles considérations. Il avait des choses bien plus importantes à lui révéler. Il avait en fait de nombreuses choses à dire, mais par où commencer ?

Finalement il n'eut pas le temps de chercher ses mots, que Dumbledore prit les devants :

- Ce que vous venez de me révéler ce soir est grave, Severus. Je ne parle pas seulement de la prophétie, mais aussi de votre Marque.

Severus déglutit. Sa gorge se nouait. Il savait pertinemment bien l'erreur fatale qu'il avait commise, les atrocités qu'il avait commises par la suite, impardonnables… Mais entre le savoir et se l'entendre dire, il y avait une grande différence ! Il se contenta de hocher la tête, en fermant les yeux, puis répondit :

- Oui, je sais, Monsieur le Directeur. Rien de ce que je pourrai dire ou faire ne pourrai racheter toutes mes… erreurs. Je suis venu me livrer à vous, et je vous laisse libre de choisir ma sentence ou de me livrer au Ministère pour Azkaban. Qu'importe ! Mais tout d'abord je vous implore de m'écouter. Je pense que certaines informations pourraient vous être utiles, à vous et à l'Ordre.

- Je vous écoute ! Mais avant tout, ceci devrait vous être utile vu votre état et vu la longue conversation qui nous attend…

Se disant, Dumbledore lui tendit deux petites fioles.

Severus n'en revenait pas. Encore une fois, pas une réprimande, pas de colère, non, il voulait l'écouter, simplement…. Il regarda les deux fioles, d'abord suspicieusement, puis, résigné, s'en saisit d'une main, dont il ne put dissimuler les tremblements. Il les contempla quelques secondes attentivement et reconnut de suite, sans peine, une potion de régénération de force à la couleur ambrée du liquide et une potion anti-douleur à son aspect bleuté et velouté.

Il releva la tête vers le vieil homme, incrédule. Celui-ci l'encouragea alors d'un gracieux mouvement de main et d'un léger hochement de tête. Severus s'exécuta donc. Il sentit très vite la douleur s'estomper, même s'il sentait encore quelques réminiscences des sortilèges qu'il avait endurés la veille et de la fatigue accumulée. Une douce chaleur envahit son corps épuisé au fur et à mesure que ses forces revenaient couler dans ses veines…

- Je vous écoute maintenant ! Fit Dumbledore, d'une voix grave, mais dénuée de toute accusation. Dîtes moi d'abord comment vous avez pris connaissance de cette… prophétie et ce que vous avez exactement entendu.

Severus lui raconta alors la mission que le Seigneur des Ténèbres lui avait donné, à savoir espionner Albus Dumbledore, ce qu'il avait accompli assidûment depuis plusieurs mois. Il lui expliqua comment il l'avait suivi jusqu'à la Tête du Sanglier, et ce qu'il y avait entendu, enfin en partie. En effet, tout comme il avait prétendu au Seigneur des Ténèbres n'avoir entendu que la première partie de la prophétie, il fit de même en présence d'Albus Dumbledore. Celui-ci eut l'air suspicieux sur ce point, mais n'insista pas outre mesure.

- C'était donc vous le jeune homme que mon frère a surpris ! Bien, maintenant ce point est réglé ! Les personnes concernées ont été mises à l'abri, et ce, grâce entre autres à votre intervention. Vous avez fait le bon choix, mon garçon.

« C'est peut-être bien la seule fois de toute ma misérable vie où j'ai fait le bon choix ! » Se dit Severus intérieurement, avant d'ajouter à haute voix :

- J'ai encore d'autres informations qui pourraient vous être utiles.

- Bien, allez-y. Je suis tout ouï.

- Tout d'abord, je ne pourrai vous livrer le quartier général des Mangemorts, puisque, comme vous vous en doutez, pour utiliser vous-même ce genre de protections, le repère est incartable et protéger par le serment du fidélitas. Mais je peux vous divulguer des noms.

- Des noms ? Mais ne gardez-vous pas entre vous le maximum d'anonymat possible ?

- C'est vrai dans une certaine mesure ! Pour la plupart d'entre nous, nous nous connaissons depuis longtemps, et nous nous… fréquentons en dehors de ces... assemblées. L'anonymat n'est valable en fait que vis-à-vis des nouvelles recrues, mais les membres du noyau dur, appelé premier cercle, se connaissent parfaitement !

- Ainsi vous faîtes parti de ce « noyau dur » ? Et vous me proposez de livrer les noms de ces membres ?

- Oui ! Et celles des nouvelles recrues potentielles. Je ne les connais pas toutes, mais j'en connais un certain nombre. Voici la liste. Bien entendu, je doute que cette liste puisse vous servir devant le Ministère, qui ne vous croira certainement pas, mais elle permettra au moins à l'Ordre de savoir à qui il a affaire.

Albus parut un instant circonspect : comment ce jeune homme, futur ancien mangemort, connaissait-il le nom de son organisation secrète, l'Ordre du Phénix ? Et que savait-il d'autres à ce sujet ? Mais son trouble disparut bien vite, se doutant en fait de la réponse à ces questions : Severus devait être au courant certainement grâce à elle !

Le Directeur consulta rapidement la liste et la replia soigneusement. Certains noms de cette liste ne l'étonnaient guère, d'autres en revanche étaient assez surprenants. Certaines recrues potentielles étaient d'ailleurs les mêmes recrues potentielles auxquelles l'Ordre avait pensées. Cette liste s'avérerait précieuse pour éviter d'introduire de dangereux éléments au sein de l'organisation. Rien que cette information valait de l'or.

Severus continua alors, expliquant son rôle à lui au sein des Mangemorts, dans différentes missions et en tant que Maître des Potions, sans omettre les différentes potions qu'il avait mises au point récemment sur ordre du Lord Noir. Il donna alors à Albus Dumbledore un petit calepin noir, copie conforme de celui où il annotait toutes ses potions expérimentales et toutes ses inventions en sortilèges ou autres, avec leur antidote ou la façon de les contrer.

A cette lecture, le vieil homme resta un moment sidéré de tant d'ingéniosité… et de tant d'horreur, de tant de … machiavélisme… Comment un jeune homme si brillant pouvait créer tant d'atrocités, tout en étant si créatif et doué, et si prévoyant aussi ? Oui, doué, ingénieux et prévoyant, car souvent les « mauvais génies » se contentaient de créer des maléfices ignobles ou des potions sans nom, sans se préoccuper de leur remède… Mais Severus avait développé à chaque fois le poison et l'antidote, le sort et le contre-sort ! Remarquable ! Et étonnant !

Severus ne prêta pas attention à la réaction de Dumbledore, pour tout dire il ne la remarqua même pas, tant il était concentré sur ce qu'il avait à confesser. Il expliqua ensuite les différents grands projets de son Maître pour les mois à venir, du moins ceux en sa connaissance, sans oublier bien sûr la nouvelle priorité, à savoir tuer les deux enfants Potter et Londubat. Dumbledore écoutait attentivement.

Quand Severus eut fini, le vieil homme aborda enfin un sujet qui lui brûlait la langue depuis le début de l'entretien.

- Severus, j'aimerai savoir une chose ! Qu'est-ce qui vous a poussé à devenir mangemort ? Qu'est-ce qui vous a ensuite fait vraiment changé d'avis ? Et qu'est-ce qui vous a poussé à venir me révéler tout ça ? Comment puis-je être sûr de pouvoir vous faire confiance ?

Severus se mordit les lèvres et reporta son regard vers le sol. Que lui dire ? Devait-il tout lui dire ? Tout lui révéler ? Devait-il lui avouer tous ses remords, ses rancoeurs, ses peines ? Devait-il tout lui expliquer, pourquoi il était devenu mangemort, pourquoi il avait pris plaisir à torturer, brutaliser et tuer des gens parfois innocents, comment et pourquoi il avait eu peu à peu des doutes, comment peu à peu cette vie l'écoeurait, combien il se sentait pris de dégoût à la vue de ce qu'il était devenu, et pourquoi il en était arrivé maintenant à trahir ceux qui l'avait accueilli comme un des leurs, comme une famille ?

Comme un des leurs ? Comme une famille ? Mais que crois-tu Severus : les Mangemorts n'ont pas de famille, pas d'amis, et tu n'as jamais été des leurs. Tu n'es qu'un vulgaire sang-mêlé, et s'ils t'ont accepté parmi eux, c'est parce que tu es un géni dont ils ont besoin ! C'est tout ! S'il savait pour notre « Maître » !

Que devait-il dire à Dumbledore ? Pouvait-il lui faire confiance ? Après tout, qu'est-ce qu'il avait à perdre ? Il avait déjà tout perdu ! Il releva la tête : deux orbes noirs croisèrent alors deux perles grises. Il sut à cet instant, sa décision était prise : pas la peine de lui dire, montre-lui.

Il se concentra, fixant intensément ses prunelles bleues pétillantes, et abaissa ses premières barrières mentales. Il commença à déverser ses souvenirs, un à un, en tentant de les rendre cohérents. Puis il abaissa une autre barrière et une autre, chaque barrière lui demandant un effort intense, lui qui les avait dressées si solidement depuis si longtemps. Jamais il ne s'était livré ainsi, il jouait vraiment le tout pour le tout, dans un dernier espoir désespéré, faisant défiler sa vie entière dans l'esprit du vieil homme devant lui.

Au fur et à mesure que les images défilaient, il sentit son cœur battre de plus en plus fort, ses tempes lui tambouriner fortement et dangereusement, mais il continua. Quand il arriva à la mort de sa chère et tendre Freyja, il se revit lui lancer le sort fatal, puis debout faisant dos à la tombe qu'il venait de lui offrir, regardant la mer en haut de la falaise, cheveux et cape au vent, les larmes ruisselant sur ses joues amaigries. Il sentit alors les larmes de nouveau couler le long de ses joues, creusant des sillons amers sur sa peau pâle et cireuse. Il ne put les retenir.

Il pleurait rarement, mais le flot d'émotions était trop intense : faiblesse, tristesse et détresse face à son père brutalisant sa mère puis le brutalisant, impuissance, souffrance et honte face aux maraudeurs, souffrance et solitude à Poudlard, vengeance et haine enflant progressivement face à la violence de ce monde, face à la mort de sa mère tuée par son père, face à la brutalité des moldus, face à l'arrogance et la cruauté des autres enfants, sorciers ou moldus, jalousie aussi, illusion de pouvoir et de reconnaissance chez les Mangemorts, sentiment de puissance et de revanche face à ses victimes, jouissance d'effrayer, jouissance du pouvoir sur les autres, même si cela signifiait torturer, martyriser et tuer, soif de vengeance et de sang, soif de souffrance et de violence, puis peur du monstre tapis au fond de lui et qu'il était devenu, dégoût et remords, culpabilité et honte, espoir et furtif bonheur vite déchiré en lambeau à la mort de la seule personne qu'il ait aimée, méfiance constante, peur de l'autre et peur de faire confiance, peur de se faire encore trahir ou d'être encore déçu !

Il n'était plus qu'un homme déchiré, torturé et tourmenté par des visions de son passé, pas si passé que ça, écoeuré par ce qu'il était devenu, et par la vie qu'il menait, vie qu'il avait toujours détestée et qui le lui rendait bien, se sentant maudit et rejeté par la vie elle-même, ombre parmi les ombres…

Il avait fini de conter sa vie au vieil homme, mais les larmes ne cessaient de couler. Dumbledore le regardait d'un regard pénétrant, empli de tristesse mais aussi de confiance. Severus ne put soutenir ce regard plus longtemps, et enfouit sa tête dans ses mains, se laissant aller pour la première fois de sa vie à ses pleurs et sa peine… Il se sentait pathétique, mais ne pouvait s'en empêcher.

Il sentit tout à coup une main apaisante se poser sur sa tête, main chaleureuse et si réconfortante. Une autre main lui prendre le menton et lui relever doucement et tendrement la tête. Deux yeux pétillants le regarder avec… avec… affection, tendresse, et confiance. Peu de personne avait eu un tel regard sur lui : sa mère, Freyja, et… c'est à peu près tout.

Severus réalisa alors le contact physique qu'il avait avec le vieil homme, et ne put réprimer un léger mouvement de recul. Dumbledore n'insista pas et recula légèrement à son tour. Il avait remarqué que, déjà en tant qu'élève, Severus ne tolérait que difficilement les contacts physiques, mais cela avait été plus fort que lui, il avait eu envie de réconforter ce jeune homme, de le soutenir. De l'aider. Il avait déjà échoué tant de fois avec lui ! Cette fois, il se devait de réussir !

Les larmes de Severus s'asséchèrent lentement, ses yeux d'onyx scrutant les moindres réactions de ce visage légèrement parcheminé, mais si pétillant de vie et de malice. Un vieillard si pétillant de vie, alors que lui, encore dans la fleur de l'âge, avait déjà le cœur mort et l'âme noircie, perdue dans des abîmes sans fond et sans retour !

- Je peux vous aider Severus ! Entendit-il dire, après de longues, très longues minutes de silence.

Dumbledore s'assit alors sur le siège à côté de lui et lui sourit, d'un sourire calme et serein, qui réchauffa Severus. Il sut, il sut qu'il pouvait faire confiance au vieillard, qu'il pouvait faire confiance à Albus ! Albus ! Etrange, comment, tout à coup, il pensait à son ancien directeur par son prénom, et non plus par son nom ou son titre ! Non pas qu'il lui manquât de respect, non, au contraire, jamais il n'avait autant respecté ce vieil homme. Un grand homme, un grand sorcier ! Il comprenait enfin pourquoi Albus Dumbledore était considéré comme le plus grand sorcier de tous les temps ! Cette calme puissance et cette sérénité presque pétrifiante qui émanaient de lui, en même temps que cette aura d'énergie si intense !

- Je peux vous aider ! Répéta Albus. Si vous le voulez, je peux vous aider à quitter les Mangemorts et Voldemort et à reprendre une vie honnête.

A ce nom, Severus frémit, mais ne dit rien. Ce frémissement n'échappa pourtant pas à Dumbledore, mais, imperturbable, il poursuivit :

- Je peux vous aider à les quitter définitivement et vous mettre en sécurité. Je peux même vous trouver un travail digne de vos capacités. Peut-être même ici, à Poudlard. Voyez-vous, Severus, je connais vos prédispositions étonnantes en potions, art subtil et délicat. Il est assez rare, de nos temps, de trouver quelqu'un d'aussi doué que vous dans ce domaine. Or je cherche pour la rentrée prochaine un nouveau Maître des potions.

Severus n'en revenait pas : Albus Dumbledore, Directeur de Poudlard, lui proposait, à lui, Mangemort repenti en perdition, un poste en tant que professeur à Poudlard, lui offrant alors sécurité, emploi, et foyer ?!... Impossible, il devait avoir mal compris ! Il ne parlait pas de le livrer à la justice ni à Azkaban ?!

- Vous… vous ne voulez pas me livrer ? Vous ne voulez pas m'envoyer à Azkaban ? demanda-t-il dubitatif et sceptique.

- Azkaban ? Non, pas après ce que vous venez de me révéler. Non, Severus je ne pense pas que vous méritiez Azkaban ou quelque prison que ce soit. Oh, bien sûr, vous avez commis des actes horribles et des atrocités difficilement pardonnables. Il faudra certainement du temps pour pouvoir vous racheter. Mais je pense que vous méritez une seconde chance ! Et je peux peut-être vous l'offrir.

- Une troisième chance, vous voulez dire ! J'ai déjà eu une seconde chance, mais je n'ai pas su la saisir. Répondit Severus, se rappelant ce jour tragique où, à neuf ans, dans un orphelinat moldu, il avait tué pour la première fois de sa vie, et où Dumbledore était déjà venu lui tendre une main secourable…

Dumbledore comprit l'allusion et lui répondit calmement, mais fermement :

- Je ne considère pas cette fois-là comme une seconde chance ! Vous n'étiez alors qu'un enfant !

Quelques minutes de silence s'installèrent entre les deux hommes, chacun revivant cet instant où ils s'étaient rencontrés pour la première fois, au cours de ce dramatique incident. Puis Dumbledore reprit plus doucement :

- Ce que je vous propose n'est pas forcément de tout repos. C'est beaucoup de responsabilités. C'est un travail astreignant, surtout que ce sera tout nouveau pour vous et que, si vous acceptez, vous aurez aussi la charge de directeur de la maison Serpentard. Mais je suis persuadé que vous ferez un excellent professeur et directeur de maison. En outre vous trouverez peut-être un peu de temps pour effectuer vos recherches… en toute légalité cette fois-ci !

Là, c'était le summum pour Severus. Il lui proposait un travail honnête, qui plus est pouvant être intéressant et qui le tentait beaucoup, et lui parlait de responsabilités et d'astreintes, alors qu'il lui proposait une bouée de sauvetage ? Trop d'émotions en si peu de temps, s'en était trop pour lui, lui qui d'habitude brimait tout sentiment et toute trace d'humanité pouvant l'affaiblir… Là il était servi ! La proposition d'Albus était plus qu'alléchante, mais… Mais il n'en avait pas le droit, ce serait trop lâche.

Si Albus n'envisageait pas de le livrer à Azkaban, peut-être pouvait-il encore se montrer utile pour l'Ordre ?! Ce qu'il s'apprêtait à proposer lui coûtait beaucoup. Certes il l'avait déjà fait en quelque sorte, oui, il avait déjà joué ce rôle d'espion pour l'Ordre ! Mais alors ce n'était pas pareil, ce n'était pas vraiment officiel, et peu de personne était au courant. A l'époque, il n'avait pas non plus beaucoup d'alternative, il n'avait pas, à ce moment-là, la possibilité de choisir de tout laisser tomber pour mener une vie tranquille, sans encombres ni tracas !

Mais, non, décidément il n'en avait pas le droit ! Il ne méritait pas la vie douce et tranquille qu'on lui proposait ! Ce serait comme une trahison envers elle, sa défunte bien-aimée qui s'était toujours battu pour rendre ce monde meilleur ! Trahir ses soi-disant amis mangemorts, passons, mais elle, non ! Et peut-être en reprenant son rôle d'espion pourrait-il expier ses fautes et ses crimes ? Cela suffirait-il à racheter ses meurtres ? A purifier ses mains souillées par tant de sang ? A retrouver son âme au milieu de ses fonds abyssaux de noirceur ? Il en doutait, mais il pouvait toujours essayer !

Il était plongé dans ces pensées, regardant Albus sans le voir, les yeux quelque peu vitreux, quand enfin il reprit ses esprits, offrant alors à Dumbledore un regard déterminé et résolu. Ce dernier avait suivi tout le cheminement de pensées de Severus, ses doutes, ses craintes, ses remords et son envie de se racheter, et enfin sa détermination. Il sut alors, avant même que Severus ne parle, ce que le jeune homme s'apprêtait à lui proposer. Il en était à la fois heureux, soulagé, voire admiratif, et en même temps il le redoutait.

- Monsieur, j'apprécie énormément cette proposition, plus que tentante je dois l'avouer. Mais je ne peux décemment accepter. Puisque vous ne semblez pas vouloir me livrer à la justice, je peux peut-être encore me rendre utile pour l'Ordre. Je peux peut-être… vous servir… d'espion ?!

Voilà, il l'avait dit ! Il avait eu le courage de le dire ! Il était aller jusqu'au bout !

- Comme vous l'avez fait depuis quelque temps déjà, n'est ce pas ? Parce que c'est bien vous l'allié et l'informateur anonyme de Freyja d'abord, puis de Franck Londubat ! Je me trompe ? Inutile de le nier, je sais tout, et de toute façon vous vous êtes quelque peu trahi tout à l'heure en me révélant vos souvenirs, dans lesquelles j'ai pu voir entre autre cette jeune femme…

Bien sûr, Severus ! pensa celui-ci. Quel bougre d'idiot tu fais ! Tu lui as révélé ta liaison avec Freyja tout à l'heure ! Il sait donc parfaitement bien ! Quel triple idiot ! Enfin de toute façon, qu'est-ce que ça change ?

- Mais ça change tout ! Cela devrait vous prouver que vous n'êtes pas si mauvais que vous le croyez, Severus, qu'au fond vous êtes quelqu'un de bien !

« Baliverne ! » répondit mentalement Severus. « Elucubrations séniles d'un vieillard gâteux ! » Se surprit-il à penser. Il vit alors Dumbledore sourire et ses yeux pétiller de malice furtivement, avant de reprendre un air sérieux, et d'ajouter :

- Mais Severus, la proposition que vous faîtes implique beaucoup de sacrifice de votre part ! Êtes-vous sûr de vouloir encore assumer ce rôle, et cette fois de façon officieuse et non plus clandestine ? C'est un jeu dangereux, vous avez réussi jusqu'à maintenant, et brillamment je dois l'avouer. Vous êtes un occlumens hors pair, comme je n'en ai jamais rencontré, mais vous avez affaire à un puissant legilimens, à un cruel legilimens ! Serez-vous prêt à l'affronter de nouveau, à risquer de nouveau votre vie, pour une cause peut-être perdue d'avance ? Êtes-vous sûr de vouloir retourner auprès des Mangemorts et de vous faire passer pour eux, quitte à devoir faire tout ce qu'il faut pour paraître Mangemort à leurs yeux ? Je dis bien tout, même de nouveau torturer et tuer, si cela s'avérait nécessaire ?

Severus baissa les yeux, puis les releva bien vite et répondit, froidement, mais déterminé, son masque impassible, qu'il avait quitté depuis le début de l'entretien, soudain revenu sur son visage :

- Je ne dirai pas que je le veux, mais, oui, je suis sûr que c'est ce que je dois faire !

- Bien dans ce cas, Severus, je ne vois pas comment je peux vous en dissuader. Sachez toutefois, que je serai toujours là pour vous aider.

- Merci Monsieur.

- Mais ma proposition pour le poste de professeur de potions et de directeur de maison tient toujours !

- Co… comment ?

- Oui ! L'un n'empêche pas l'autre ! Vous êtes bien sensé m'espionner non ? Quoi de mieux que d'infiltrer Poudlard en tant qu'enseignant ?

- Et comment justifierions-nous le fait que vous ayez fait appel à moi pour ce poste, justement ?

- Très bonne remarque. Nous devons y réfléchir ! Mais je suis sûr que nous trouverons une solution.

Severus était déjà perdu dans ses pensées, une idée émergeant dans son esprit tortueux de Serpentard.

- Severus, avez-vous une suggestion ?

- Peut-être…

- Oui, je vous écoute !

- Et bien, je sais que normalement vous recherchez vos professeurs par bouche à oreille, par connaissance, rarement par petites annonces. Toutefois, si vous laissiez croire que vous n'avez toujours trouvé personne au mois d'août et que vous n'avez pas d'autre choix que de passer une annonce dans quelques journaux sorciers, alors… peut-être pourrai-je faire croire au Sei…hum… à Vous-savez-qui que j'ai eu l'idée du siècle de postuler à cet emploi d'enseignant, me permettant en fait de remplir la mission qu'il m'a lui-même assignée. En étant assez habile, je pourrai peut-être même lui faire croire que c'est lui qui en a eu l'idée brillantissime !

- Cela me semble tout à fait possible en effet ! Alors, c'est convenu, vous acceptez le poste ! Conclut Dumbledore, visiblement heureux que Severus ait accepté.

En fait lui-même avait bien trouvé une solution similaire à ce que Severus avait proposé, mais il était beaucoup plus heureux que ce soit le jeune homme qui ait proposé la solution. En tout cas, aucun doute possible, ce jeune garçon avait été un brillant élève, certainement un adversaire redoutable, et serait un précieux allié, un de leurs atouts majeurs peut-être même dans cette guerre.

Severus se sentait mieux, aussi bien physiquement que mentalement. Il était bien sûr épuisé, vidé de toutes ses forces, ce qui était tout à fait compréhensible après avoir subi quelques Doloris, avoir marché près d'une journée pour atteindre Poudlard, sans avoir pris le temps de se reposer, ni de rien manger ou boire, et après ce long entretien qui finissait aux lueurs de l'aube. Mais il se sentait quelque peu apaisé. La présence du vieil homme avait quelque chose de rassurant et de serein…

- Au fait Severus, saviez-vous que vous avez un don extrêmement rare ?

Severus écarquilla les sourcils de surprise, ne voyant visiblement pas ce dont voulait parler Albus.

- Oui Severus, ce que vous avez fait tout à l'heure, en me révélant vos souvenirs, ce n'était pas de la legilimencie. Vous ne le saviez pas ? Vu votre air d'incompréhension, apparemment non, vous ne le saviez pas. La legilimencie ne permet que de pénétrer dans les pensées de l'autre, mais elle ne permet pas de transmettre ses propres pensées à une autre personne, directement, comme vous l'avez fait tout à l'heure.

Severus paraissait incrédule :

- Que voulez-vous dire ?

- Et bien Severus, ce que vous avez réalisé tout à l'heure, c'est de l'aggelomencie ! Vous êtes un aggelomens, en plus d'être legilimens et occlumens. Et apparemment un aggelomens puissant. C'est un don extrêmement rare, il est surtout rare qu'il soit autant développé… Je crois que je n'en connais pas d'autre actuellement d'ailleurs. C'est un don très convoité aussi, alors ne le révélez à personne... Ne le révélez qu'en ceux en qui vous faîtes entièrement confiance, Severus !

Et il se leva, signifiant ainsi la fin de leur entretien.

- Vous avez besoin de repos, Severus ! Je peux vous préparer une chambre, le temps que vous repreniez vos forces et que vous vous remettiez des effets des Doloris…

- Non, merci, Monsieur le Directeur ! Je ne peux me permettre de disparaître de la circulation trop longtemps. Je vais tacher de rentrer chez moi. J'ai tout le nécessaire là-bas.

- Bon, je vois que je ne vous ferai pas changer d'avis ! Vous êtes décidément quelqu'un de très têtu, mon garçon ! Au moins prenez la voie de cheminette, ce sera tout de même moins fatiguant. Il lui tendit alors le pot contenant la précieuse poudre. Si vous avez besoin de me contacter, voici de quoi me joindre directement, ce sera plus pratique. Et voici le code, je vous laisse le soin de le détruire une fois que vous l'aurez appris.

Il lui tendait alors de l'autre main un médaillon ressemblant à s'y méprendre à une montre, mais dont le cadran était entouré de lettres et de chiffres, ainsi qu'un parchemin indiquant le code en cas de diverses situations.

Severus s'avança alors vers Dumbledore, se saisit du médaillon et du parchemin, qu'il rangea précautionneusement dans une de ses poches, puis il s'empara d'une poignée de poudre et se dirigea vers l'âtre d'un pas décidé.

- Merci Monsieur ! fit-il en guise de réponse.

- Au fait Severus ! Ajouta Dumbledore avant que Severus ne parte. Appelez moi donc Albus !

Ce dernier se contenta d'un mince sourire, enfin ce qui pouvait ressembler à un sourire, et partit dans un nuage de fumée verte par la cheminée.

Un frisson sortit soudain Severus de ses songes brumeux. Il se rendit compte qu'il avait froid. En effet le feu de cheminée n'était plus que de petites braises rougeoyantes mourantes dans l'âtre gris, et il était seul, dans le petit salon, qui paraissait alors quelque peu délabré sans la lueur chaleureuse du feu. Il devait être tard, ou plutôt très tôt, comme le lui indiquait le ciel sombre, à peine éclairé par le fin quartier de lune descendante. Cependant l'aube pointait déjà ses pâles rayons timides, un fin liseré rosâtre apparaissant à l'horizon.

Severus décida alors de regagner sa chambre, avant que les membres ne redescendent et ne le trouvent ici, dans cette piteuse posture. Il se leva, les membres engourdis d'être resté toute la nuit assis sur le sol, puis sortit.

Fin du chapitre 19