Merci beaucoup de tous vos commentaires, en particulier Sushi-powa, thegirloftheshad, et Lone Wolf.

Pour une fois, Lone Wolf je ne vais pas répondre à tes questions, sinon ce serait tout te révéler... En tout cas pour une romance avec hermione et Severus je peux déjà te dire non. Bien qu'effectivement ils vont apprendre à se connaître et mieux s'apprécier, tout comme severus avec Tonks... Mais la romance sera pour plus tard...

Alors bonne lecture à tous et à bientôt de vous lire!

CHAPITRE 21 : Magie noire

Severus descendit les marches pendant un laps de temps qui lui parut interminable, ayant abandonné depuis longtemps le décompte des marches. Il s'était arrêté de compter à la marche 387 et avait perdu patience. Il ne cessait de descendre, toujours et encore descendre, ce sombre escalier en colimaçon, son chandelier à la main, en prenant garde de ne pas aller trop vite pour que les bougies ne s'éteignent pas.

Plusieurs fois, les flammes vacillèrent lors de sa descente, mais pourtant elles continuaient encore d'étinceler alors qu'il devait avoir atteint des profondeurs abyssales. Il devait donc y avoir une source d'air, sinon depuis longtemps il aurait sombré dans l'obscurité totale. Pourtant il ne sentait aucune brise particulière, seule une atmosphère lourde et humide, limite étouffante l'entourait. Certes ces petites lumières vacillantes n'éclairaient pas très loin devant lui, mais elles lui permettaient tout de même de voir où il mettait les pieds et de garder quelques repères.

Ce qui n'était pas vraiment du superflue, car au fur et à mesure de sa descente, les marches de pierre brute étaient de plus en plus irrégulières, aussi bien en hauteur qu'en largeur, si bien qu'à chaque marche il devait faire attention de ne pas tomber. Les murs, taillés grossièrement, gris et suintants d'humidité et de moisissures, semblaient eux aussi se resserrer sur lui, à moins que ce soit cette obscurité et cette ambiance asphyxiante qui lui donnaient cette impression.

Pourtant Severus ne se sentait nullement effrayé, quelque peu inquiet, restant tout de même sur ses gardes, mais trop grisé par l'énergie qui lui envahissait ses sens, trop enivré pour penser à rebrousser chemin, comme attiré par un aimant. Il poursuivit sa descente vertigineuse, jusqu'à enfin atteindre la dernière marche. Il se retrouva alors dans un étroit couloir, qui apparemment s'élargissait peu à peu. Il regretta alors de ne pas avoir compté les marches jusqu'au bout. A quelle profondeur se trouvait-il ? Ce devait être certainement les bas-fonds de la demeure des Blacks, ou peut-être était-il plus bas que les fondations elles-mêmes ?

Il longea donc le couloir, un frisson, à la fois de froid glacial et d'excitation, lui parcourant l'échine. Il se retrouva alors devant une lourde porte de chêne vermoulu, aux bas-reliefs usés par le temps et devenus illisibles. Avec une certaine appréhension, il poussa la lourde porte et avança de quelques pas.

Il se retrouva dans une immense salle, dont il ne pouvait discerner les murs ou le plafond. Il avait besoin de lumière, ces simples petites flammes ne pouvaient suffire… Il sentait en lui l'énergie intense qui s'était accumulée au cours de ce long trajet et qui prenait ainsi possession de son corps. Il murmura alors, de façon presque inaudible, hésitant :

- Lumos !

La lumière se répandit alors tout autour de la pièce, embrasant une à une les torches accrochées aux murs, puis le feu dans l'âtre situé à l'autre bout de la pièce, donnant à la pièce une luminosité presque chaleureuse, mais étrangement mystique.

Il n'avait pas eu besoin de baguettes ! Il avait juste eu à murmurer le sortilège, sans un geste, sans instrument intermédiaire… et il ne se sentait pas épuisé pour autant. Il savait qu'il était capable de faire de la magie sans baguette, mais seulement en cas de magie noire et cela drainait généralement toutes ces forces, le laissant le plus souvent inconscient, pendant parfois plusieurs jours. Il évitait donc d'user de magie sans baguette, beaucoup trop dangereux pour lui… Mais là, c'était tout autre, il se sentait transporté, capable de tout et de n'importe quoi, plus fort et plus puissant que jamais…

Certes l'énergie qu'il ressentait l'envahir n'était autre que de l'énergie de magie noire, ce qui expliquait peut-être qu'il ait pu se passer de baguette, mais pourtant il ne ressentait aucune fatigue, aucune crampe ni aucune migraine… Cette salle était imprégnée de cette énergie et la lui transmettait : étrange… impressionnant, presque effrayant.

Mais la curiosité le poussa à poursuivre son incursion. Il observa alors la salle en question plus attentivement. Il s'agissait d'une pièce vaste et majestueuse, circulaire, d'environ cinquante mètres de diamètre, et de hauteur incommensurable. La voûte, magnifiquement sculptée de bas-reliefs à même la pierre, était difficile à admirer, se perdant dans l'obscurité du plafond, à une hauteur telle qu'elle se dérobait quasiment à l'œil humain, soutenue par de gigantesque colonne de marbre, de type gothique au vu des chapiteaux magnifiquement décorés des emblèmes de la maison de Serpentard, de fins serpents s'entrelaçant le long de la pierre mate.

Le sol était lui aussi fait d'un marbre mat. Au centre, légèrement surélevé par rapport au reste de la pièce, se dressait un autel, de la taille d'un homme, du même marbre que le sol, mais incrusté de pierres noires et bleues traçant des runes ancestrales. Tout autour de l'autel, des symboles étaient gravés à même le sol, un ancien pentagramme, très usité dans la pratique des Arts Sombres : une étoile à cinq branches entourée d'un cercle d'une envergure de dix mètres de diamètre, et au bout de chaque branche une rune antique, que Severus reconnut sans peine comme représentant les éléments fondamentaux, à la base de toute matière et de toute vie. L'eau, le feu, l'air, la terre et, à l'extrémité de la plus grande pointe, l'énergie pure reliant les quatre éléments entre eux pour former un tout indissoluble.

Enfin tout autour du pentagramme, au bas des marches menant à l'autel, des sièges, en bois sculptés, étaient disposés en demi cercle, à une distance respectueuse du pentagramme, faisant face à l'âtre où le feu s'était allumé précédemment. Severus aperçut alors deux bibliothèques et deux établis, de chaque côté de la dite cheminée. Il se dirigea à pas lent, respectueusement, vers le fond de la pièce, prenant garde de bien contourner l'estrade où se trouvait l'autel et le pentagramme, et atteint la chaleur envoûtante du feu.

Il observa minutieusement les bibliothèques d'abord : bien entendu, la plupart des ouvrages traitaient des Arts Sombres, de potions ou de sortilèges le plus souvent interdits. Puis ses yeux se posèrent sur les établis : l'un était couvert entièrement de divers instruments et objets : coupe, calice, dagues ciselées de runes anciennes et autres objets indispensables aux différents rituels… l'autre était un établi apparemment réservé à la confection de potions. Tout le nécessaire à potions y était soigneusement rangé, ainsi que différents ingrédients, plus ou moins rares et douteux….

Severus était subjugué par la somptuosité et la majesté des lieux, il était empreint de respect et d'admiration, et resta longtemps à sa contemplation, emporté par cette ambiance envoûtante. Il connaissait bien entendu cette douce et enivrante sensation, mais il ne l'avait pas ressentie depuis si longtemps, depuis qu'il avait abandonné la pratique des Arts Sombres en fait… Il réalisa alors cruellement combien cela lui avait manqué.

Il avait toujours senti ce manque en lui, comme une drogue dont on essaie de se passer, mais, il avait réussi à se « désintoxiquer », en quelque sorte… Il sentit alors qu'il suffisait de peu pour qu'il retombe dans ses « anciens penchants », comme disait Albus… La tension qui l'environnait depuis plusieurs mois, la pression qu'il subissait de la part du Maître, les missions de plus en plus oppressantes, et même certaines missions pour l'Ordre, comme la recherche des Horcruxes puis leur destruction… Tout le poussait à « replonger », mais Severus avait tenu bon jusque là, enfin à peu près. Il avait tout essayé pour ne pas succomber… Mais en cet instant, il se demandait s'il avait vraiment envie de continuer ce petit jeu, s'il n'avait pas envie de replonger justement…

Après tout, qu'est-ce qu'il avait à perdre ? Au contraire, il lui semblait à ce moment, qu'il avait tout à y gagner : la puissance, la force… et ce pourrait être un atout majeur pour l'Ordre. Après tout, quel mal y avait-il ? Tout à coup, une image furtive lui revint à l'esprit : Albus !

Oui Albus ! Je sais ! Mais maintenant vous n'êtes plus là, que va-t-on devenir ? Qu'est-ce que l'Ordre va devenir ? Peut-être vous trompiez-vous finalement ? Pourquoi ne pas utiliser mes « admirables aptitudes » pour la magie noire au profit de l'Ordre ? Parce que je risque de ne pas pouvoir me contrôler ? Parce que, en voulant utiliser ces forces pour faire le bien, je risque au contraire de servir les forces démoniaques que nous combattons ? Mais qui vous dit que je ne pourrais pas me contrôler ? Qui vous dit que je ne saurais pas me maîtriser et que cela ne pourrait pas servir au mieux nos intérêts ?

Mais es-tu sûr de pouvoir te contrôler Severus ? Es-tu si maître de toi que tu pourrais t'y risquer ? Car, contrairement à ce que tu voudrais te faire croire, le risque est grand ! Tu risque tout : ton âme, ta vie… et celle des autres. Mais je n'ai déjà plus d'âme… et de vie, il m'en reste si peu ! Non réfléchis Severus ! Ne sois pas si stupide ! Prends le temps d'y repenser !

Il était perdu dans son débat intérieur, quand son regard se porta soudain sur un petit coffre en bois posé près du premier établi. Il n'y avait pas beaucoup prêté attention jusque là, mais sa présence ressortait étrangement dans ce lieu de recueillement, ce qui l'intrigua au plus au point.

Il s'approcha alors avec précaution du coffre et l'observa plus attentivement. Il ne comportait aucune inscription, aucune rune : un simple coffre en bois brute, sans sculpture, très rustique même. Il essaya de l'ouvrir, mais apparemment celui-ci était fermé à l'aide d'un sortilège. Il osa à nouveau faire usage de magie sans baguette :

- Alohomora !

Et le coffre s'ouvrit alors, sous ses yeux ébahis. Il jeta un coup d'œil à l'intérieur pour y découvrir quelques objets, visiblement ayant appartenus aux ancêtres de la famille Black, et devant se transmettre de génération en génération.

« Je suis persuadé que cet imbécile de Black ne soupçonne même pas l'existence de cette fantastique salle, ni de ce coffre ! Quel crétin ! »

Mais il fut frappé de stupeur quand il aperçut au fond, un peu isolé des autres objets, un médaillon… Se pourrait-il que… ? Son cœur battait bruyamment et il eut du mal à reprendre une respiration normale, quand sa main se tendit vers l'objet dans lequel reposait peut-être tant d'espoir. Mais il ressentit une brusque décharge repoussant sa main et l'empêchant de s'emparer du médaillon.

Il devait être protégé… il retenta l'expérience, plus lentement, et ressentit la même décharge, aussi intense, une ancienne protection faisant appel aux Arts Occultes. Mais comment la défaire ? Severus tenta alors plusieurs incantations qu'il connaissait, mais sans réel succès. Pourquoi aucune incantation ne marchait-elle donc ? Quelle pouvait être cette magie qui lui résistait ? Il détestait quand quelque chose lui résistait. Ce devait certainement être un type de magie oubliée ou inusitée par les sorciers de son époque…

Il commençait vraiment à désespérer. Il faisait les cent pas devant le coffre à la recherche d'une solution, quand il se rappela une très, très ancienne incantation, qu'il avait lue dans un livre de la réserve interdite de Poudlard, et s'apparentant à la magie utiliser par les Elfes de Maison. Elfe de maison ? Kreattur ? Mais oui, cela se tiendrait ! Quelle était-elle exactement ?

« Ah oui, ça y est ! Je m'en rappelle ! » Il s'agenouilla à nouveau face au coffre et psalmodia la formule, une fois, deux fois, trois fois. Il sentit les barrières magiques entourant le médaillon s'affaiblir. Il continua encore, une fois, deux fois. Les barrières céderaient bientôt, il en était sûr. Il récita l'incantation encore une fois. Cette fois-ci les barrières cédèrent, un flux bleuté se vaporisant tout autour de l'objet. Il put enfin se saisir du bijou.

Les emblèmes de Serpentard ! Impossible ! Mais si ! C'était tout à fait plausible même ! Pourquoi tant de protection sinon ? Et l'objet était chargé de Magie Noire, il pouvait le sentir, pulsant à travers ses doigts qui tenaient le médaillon, et une puissante Magie Noire qui plus est ! C'était lui, il en était sûr. Il n'avait pas eu l'occasion de voir la réplique, mais il le sentait. C'était inespéré ! Il ferma alors lentement la main sur le médaillon, comme pour mieux s'imprégner de cette énergie, la chaîne en or s'échappant d'entre ses doigts et pendant nonchalamment. Puis doucement, d'un geste tremblant, il passa la chaîne autour de son cou et enfoui l'objet sous sa robe de sorcier.

Il sentit ainsi le contact glacial du métal contre son torse et un frisson indescriptible lui parcourut tout le corps. Ce contact était des plus désagréables, mais c'était pour le moment le moyen le plus sûr de le cacher de la vue des autres. Il serait trop voyant dans une de ses poches. Il ne voulait pas que les autres membres soient au courant tout de suite, il voulait attendre la réunion…

Il se concentra alors pour reprendre ses esprits, troublé par toutes ses sensations qui se bousculaient en lui… Au bout d'un temps indéterminé, il ferma le coffre et se releva. Il refit un rapide tour de la pièce, comme pour s'imprégner encore de son atmosphère exaltante, puis sortit enfin. Il referma enfin la lourde porte en chêne, toutes les lumières s'éteignant d'elles-mêmes. Il se retrouva dans l'obscurité totale, ayant laissé le chandelier dans la pièce. Mais il n'en avait plus besoin dès lors !

- Visionis obscurantis !

Il vit alors l'obscurité se changer en un dégradé de gris, percevant les nuances des ombres se dessinant devant lui, pouvant distinguer les moindres détails et les moindres aspérités des murs et du sol. Il n'avait plus besoin de lumière, ses yeux devenant aptes à voir dans les ténèbres. C'était un sortilège qu'il avait inventé il y a longtemps, lors de ses premières années d'espionnage, sort s'étant révélé très utile, mais il n'avait jamais essayé de le lancer sans baguette jusqu'à maintenant…

Il grimpa alors les marches patiemment, une à une, régulièrement. Le chemin du retour lui parut en fait beaucoup plus rapide que l'allée, aussi bizarre que cela puisse paraître, peut-être parce qu'il était plongé dans ses pensées.

Quand il fut enfin de retour dans le salon du rez-de-chaussée, le passage se referma instantanément derrière lui et la cheminée reprit son aspect d'origine, dans une nouvelle secousse, un feu crépitant et chatoyant en son âtre. Il tendit l'oreille, anxieux, à l'écoute de tout bruit lui indiquant que les autres avaient été alertés par tout ce boucan. Mais rien… Personne ne semblait avoir réussi à pénétrer dans la pièce, personne ne semblait s'inquiéter de ce bruit… Il entendait cependant les conversations des membres dans la cuisine.

Il remarqua que la nuit était tombée, il devait être le début de soirée, et les autres devaient déjà être attablés. Autrement dit, il ne pouvait sortir discrètement. Ils devaient tous être déjà dans la cuisine, se demandant certainement ce qu'il faisait, et pourquoi il s'était enfermé dans le salon. Il serait obligé de leur faire face. Qu'importe ! Il remit rapidement en place les meubles qu'il avait déplacés pour bloquer la porte.

Il ouvrit alors la porte d'un mouvement brusque et pénétra dans la cuisine nonchalamment. Il ne s'était pas trompé : tous étaient là et le regardaient, plutôt surpris et agacés. Minerva était parmi eux, ayant apparemment décidé de passer tous les dîners de ses vacances de Noël avec les membres de l'Ordre au Square Grimmaud.

Il sentait encore toute l'énergie accumulée en lui, et affichait une indescriptible expression de triomphe et de puissance, peu familière pour lui qui ne laissait jamais rien paraître en temps ordinaire, ce qui n'échappa pas aux autres.

Il se dirigea, comme si de rien n'était, vers l'étagère où se trouvait sa potion. Il avait oublié de la prendre cet après-midi, il était donc plus que temps de la boire, il n'avait en effet aucune envie de subir à nouveau les symptômes du poison.

Mais un Black très, mais alors très agacé, s'interposa, lui bloquant le passage.

- Black ! Que fais-tu donc ? demanda-t-il d'une voix suave. Laisse-moi passer !

- C'est à toi qu'il faudrait demander ce que tu fais ! Cela fait depuis le milieu d'après-midi que l'on te cherche. On a alors trouvé le salon fermé de l'intérieur… Que faisais-tu donc dedans ? Que trafiquais-tu encore, Snivellus ?

Sirius perçut alors au fond des prunelles noires de Severus, une lueur rougeâtre inhabituelle, et inquiétante, qui lui donna la chair de poule. Il eut du mal à soutenir ce regard de braise, mais tint bon tout de même. Qu'avait donc Snivellus ? Quelle était cette lueur au fond de ses yeux ? Qu'est-ce qu'il leur cachait encore? Déjà qu'il avait du mal à digérer, que ce soit Snivellus, ce graisseux Serpentard, qui ait découvert l'identité de R.A.B… Qu'est-ce qu'il avait encore bien pu trouver, qui le rende si content de lui et si triomphant ?

Et dire que, lui, Sirius, le propre frère de Regulus, n'avait rien vu, rien compris… et surtout rien fait pour son frère… Quelque part, il s'en voulait, mais il avait besoin de reporter sa culpabilité sur quelqu'un d'autre, de trouver un bouc émissaire. Qui de mieux que Snivellus ? Ce cher Snivellus, toujours là pour lui permettre de se défouler… Impossible de trouver meilleur coupable !

- Severus, pouvez-vous nous dire pourquoi vous vous êtes ainsi enfermé dans le salon ? demanda McGonagall, d'un ton inquiet. Et pourquoi vous ne répondiez pas à nos appels ? Nous nous sommes fait un sang d'encre ! Enfin, JE me suis fait un sang d'encre ! Se reprit-elle, voyant le regard courroucé des autres.

- J'avais besoin de… réfléchir, en paix ! Je devais sûrement être perdu dans mes pensées, et je ne vous ai pas entendu ! Désolé Minerva, de vous avoir ainsi causé autant de souci. Mais il n'y avait vraiment pas de quoi s'inquiéter !

- Je ne sais pas pourquoi, mais je n'arrive pas à te croire, Severus ! Intervint Rémus, se levant à son tour, pour se placer auprès de Sirius et observer plus attentivement Severus.

Ses sens de loup-garou étaient en alerte. Quelque chose d'inhabituel et de dangereux envahissait Severus. Il vit lui aussi l'étrange lueur et surtout il sentit l'énergie puissante qui émanait de lui, de tout son être. La Magie Noire ! Comprit-il tout à coup. Severus était imprégné de Magie Noire !...

- Laissez-moi passer ! reprit Severus, de plus en plus agacé d'être détaillé sous toutes les coutures par les deux Maraudeurs. Et dans son état, il contenait avec toutes les peines du monde la colère qui montait en lui.

- Ou sinon ? S'enquit sournoisement Sirius.

- Ou sinon, je risque de devenir incontrôlable, Black !

La lueur de ses orbes sombres s'embrasa davantage, et devint alors visible à tous, qui restèrent atterrés à cette vision. Snape devenait réellement inquiétant. Ils ne l'avaient jamais vu dans cet état-là, dégageant une aura si puissante et si menaçante à la fois, bien que celui-ci semblait encore pouvoir se maîtriser.

McGonagall laissa échapper une petite exclamation de stupéfaction.

- Severus, que vous arrive-t-il ? Vous semblez étrange, changé… Allez-vous bien ?

- Très bien. Je vais on ne peut mieux, Minerva. Mais je ne crois pas que ce soit le soir de me… contrarier !

- Oh, oui Snivellus va très bien, effectivement ! Tu transpires la Magie Noire ! Je le sens !

Personne n'osa intervenir. La Magie Noire ! Beaucoup d'entre eux n'avaient encore jamais eu affaire directement à une telle magie, mais il pouvait effectivement sentir cette énergie mystérieuse émanée de Severus.

- Black, laisse-moi passer, ou je ne réponds plus de rien. Je ne cherche pas la bagarre, pas ce soir. J'aimerai juste atteindre ma potion, si cela ne te dérange pas trop ! Lui répondit Severus, hargneusement.

- Non je ne te laisserai pas passer, tant que tu ne nous auras pas dit ce que tu faisais, seul, enfermé dans ce salon !

Severus soupira, soudain très las. Il tendit alors la main vers l'étagère, dont la porte s'entrouvrit légèrement, et fit léviter une fiole jusqu'à lui, sans avoir prononcé une seule parole. Un sortilège informulé, sans baguette ! Les autres membres n'en revenaient pas !

Severus but la potion, comme si de rien n'était et alla simplement s'asseoir à la place qui restait à côté de Minerva, laissant Black et Lupin, bêtement debout.

Celle-ci l'observa silencieusement, à la fois anxieuse pour lui et réprobatrice. Il lui retourna son regard, sans aucune expression sur le visage. Il sentait l'énergie s'atténuer peu à peu. Mais il savait que, normalement, il mettrait jusque le lendemain pour l'évacuer totalement. « Malheureusement » se dit-il dans son fort intérieur. Il se sentait si bien ainsi ! Il aurait tellement aimé pouvoir garder cette puissance ! Mais toute chose a une fin !

Il se servit alors du plat qui se trouvait devant lui et commença à manger sans un mot. Il était quelque peu fier de son petit effet, bien qu'il savait qu'il allait en entendre parler pendant un petit bout de temps. Mais quelque part, il trouvait que ce n'était pas plus mal : au moins ils sauraient de quoi était capable Severus Snape. Peut-être pourrait-il avoir un peu plus de tranquillité ? Peut-être oserait-on plus difficilement l'importuner dorénavant ?

Mais en voyant les regards sombres et meurtriers des anciens Maraudeurs, il en douta. « Au contraire, se dit-il, cela risque d'être encore pire pour toi, les prochains jours ! »

- Tu ne crois pas que tu vas pouvoir t'en tirer comme ça, Snivellus ? Je ne tolèrerai aucune Magie Noire dans cette demeure ! Eructa Sirius.

- Non, je ne crois pas m'en tirer comme ça ! Mais les explications arriveront demain, tout vous sera révélé lors de la réunion, quand tous les membres seront présents. Pour l'heure, mieux vaut ne pas pousser cette conversation trop loin !

- Severus ! Vous n'avez rien fait de grave au moins ?

- Non Minerva, répondit-il, avec un sourire sincère, rare pour lui. Je n'ai rien fait de grave, et en fait je n'ai pratiqué que très peu de magie. Bien que je n'aurai pas rechigné à en faire davantage. Mais je préfère ne pas en dire plus ce soir. Pour vous rassurer, sachez seulement que cela n'est pas néfaste pour l'Ordre, bien au contraire !

- Bien Severus, je veux bien vous croire ! Mais je m'inquiète de vous voir ainsi, si … transformé ! Vous semblez si … inquiétant !

- Ne vous inquiétez pas, cela passera. Mon état actuel n'est ni dangereux ni néfaste pour qui que ce soit, si ce n'est pour moi-même, tant que l'on ne m'importune pas outre mesure. Il regarda alors les deux compères, qui s'étaient rassis à leur place, non loin de lui. Mais je ne suis pas apte à tout vous expliquer maintenant !

- Bon dans ce cas, je n'insisterai pas ! Concéda McGonagall. Mais vous nous devrez tout de même des explications dès demain !

- Non je les exige maintenant ! s'exclama Sirius.

- Moi aussi, j'exige des explications, maintenant ! Il nous demande toujours d'attendre demain ou plus tard. Comment peut-il nous demander de lui faire confiance, alors qu'il ne cesse de comploter derrière notre dos ?! s'écria Harry à son tour.

Severus n'y tint plus. Il ferma les yeux, essayant de retenir la colère montante et l'énergie qu'il sentait affluer, mais il n'y parvint pas, et le verre posé en face de lui sur la table explosa, ainsi que quelques autres verres. Heureusement personne ne fut blessé. Tous restèrent quelques minutes abasourdis, réalisant avec peine que c'était Snape qui venait de faire exploser les verres…

- Calmez-vous Severus ! Je crois que les explications peuvent attendre ! fit Minerva à l'intention des autres.

Molly acquiesça silencieusement, ainsi que Tonks, tous fixant Severus avec un air hébété. Ce dernier avait gardé les yeux fermés, sa respiration se faisant plus ample. Au bout de quelques instants, il parvint à canaliser cette énergie débordante et rouvrit les yeux, constatant les dégâts qu'il venait de causer.

- reparo ! Marmonna-t-il.

Les verres se reformèrent instantanément. Mais Severus commençait à se sentir exténué. Il avait trop présumé de ses forces et sentait cette énergie le quitter peu à peu. En temps normal, il n'aurait dû ressentir cette fatigue que le lendemain. D'avoir eu recours à de la magie informulée et sans baguette avait sans doute accéléré le processus. Il n'en avait vraiment pas l'habitude. Son propre flux magique avait été drainé pour ouvrir la cheminée et avait été ensuite remplacé par ce flux magique puissant, ce qui expliquait qu'il n'ait ressenti jusqu'alors aucune fatigue, mais maintenant que ce flux le quittait aussi, il se sentait vidé de toute force.

Et d'avoir essayé de contenir ce flux et sa colère n'avait certainement rien arrangé. Le corps humain n'était pas constitué pour contenir autant de magie, il fallait généralement la laisser s'exprimer. La réprimer comme il venait de le faire était finalement beaucoup plus épuisant que de l'utiliser sans retenue. Même manger lui semblait soudain éreintant.

- Je crois que je vais vous quitter pour ce soir ! fit-il d'une voix rauque et basse, les traits tirés.

Il se leva alors, le regard vide, malgré la petite flamme rougeâtre illuminant encore ses yeux, quelque peu tremblant, et monta lentement les escaliers. Personne n'osa le retenir davantage et il atteignit enfin sa chambre.

Il commença à se défaire de ses robes noires. Au passage, il s'assura rapidement du regard que ses affaires étaient toujours là, à la même place où il les avait laissées quelques heures auparavant. Comme s'il avait peur que quelqu'un ait visité la chambre en son absence et en ait profité pour fouiller dans ses affaires. « Qu'est-ce que tu peux être parano, Severus ! Vieille habitude sûrement ! »

Son regard s'arrêta un instant sur son masque et son costume de Mangemort, qu'il était allé chercher chez lui à l'Impasse des Tisseurs il y a une petite dizaine de jours, et qui était soigneusement posés sur la table. Il allait bientôt devoir les revêtir à nouveau pour reprendre son rôle auprès du Seigneur des Ténèbres. A cette pensée, un frisson lui glaça le sang et il ne put réprimer une moue de dégoût et de mépris. Il reporta alors son attention sur la mystérieuse boite en bois, qui trônait juste à côté.

Il s'arrêta dans son mouvement, laissant sa chemise noire à moitié déboutonnée, et tendit une main vers la dite boite pour l'ouvrir précautionneusement. Il révéla alors son contenu, tout un bric à brac d'objets plutôt dépareillés : une lettre jaunie par le temps ; un parchemin encore roulé ; un sceau en argent servant à cacheter les lettres, n'ayant probablement pas servi depuis longtemps au vu de son aspect dépoli ; une clef en or, probablement d'un coffre de Gringotts ; une rose noire séchée ; un médaillon en argent patiné par le temps, où figurait, finement ciselé sur le devant, la lettre P entourée de deux lions ; un autre médaillon ressemblant étrangement à une montre ; une autre lettre encore cachetée ; un petit carnet relié de cuir noir et… un petit ourson en peluche tâché de sang…

La boîte où il conservait tous les objets rattachés à des souvenirs importants pour lui. « Pourquoi a-t-il fallu que tu ailles récupérer cette maudite boite ? La cape et le masque, d'accord, mais ça ? Vraiment ce que tu peux être fétichiste à tes heures, Severus ! C'est d'un pathétisme affligeant ! Cela ne te rappelle que de mauvais souvenirs. Tu ferais mieux de brûler tout ça ! » Il referma abruptement la boîte et s'apprêta à la jeter au feu, mais se ravisa au dernier moment. « Non pas maintenant ! Plus tard, plus tard ! Oh mais vraiment, Severus, que tu es pathétique ! Incapable de te séparer de cette maudite boîte à souvenirs !... Peut-être, mais pas maintenant ! »

Il reposa alors cette fameuse boîte, respectueusement, à son emplacement précédent, et se détourna vers les flammes. Il sentit à nouveau la fatigue le submerger. Il finit alors de retirer sa chemise qu'il laissa négligemment glisser à terre, et se laissa tomber à son tour nonchalamment sur le lit. Il s'allongea, trop épuisé pour retirer son pantalon et ses bottes, et s'endormit presque aussitôt sans demander son reste.

Fin du chapitre 21