Merci à tous :

Bohemio-katharos : Toi qui trouvait Sirius détestable, te voilà servi, mais j'ai essayé de faire Rémus plus compréhensif et moins impulsif...

Polgarra : J'espère que cette fic te plaira tout autant avec ce nouveau chapitre entre Sirius et Severus...

Sushi-powa : Alors après Harry, voilà Sirius qui s'y met à nouveau... Tu vas enfin savoir ce que contient cette mignonne petite boîte à souvenirs...

Lone-Wolf : à défaut de voir la réaction de l'ordre du phenix au complet, on é déjà un petit aperçu avec Sirius... Toutes les questions que tu te poses trouveront à un moment donné ou un aitre leur réponse, promis, mais pas forcèment tout de suite. J'aime bien faire languir mes lecteurs... (auteuse légèrement sadique sur les bords à ses heures!)

J'ai hâte de voir vos réactions concernant ce petit intermède entre Sirius et Severus...

CHAPITRE 22 : Le masque

Un léger « pop ».

Un bruissement de tissus…

Une respiration quelque peu irrégulière, un parfum inconnu… parfum d'homme…

Une présence, Severus sentit inconsciemment une présence… Etait-ce son rêve ou commençait-il à s'éveiller ? Y avait-il réellement quelqu'un ou dormait-il encore, et tout ça n'était que le fruit de son imagination ?

Il sentit alors des doigts froids frôler son torse et la chaîne qu'il portait au cou. Puis brusquement, ces mêmes doigts s'emparèrent des deux anneaux et, dans un bruit sec et mat, la chaîne se rompit, lui entaillant la nuque… ce qui réveilla définitivement Severus.

Il ouvrit les yeux, le cœur battant la chamade d'avoir été réveillé ainsi en sursaut, se releva sur un coude et instinctivement chercha sa baguette, tout en balayant la pièce du regard. « Imbécile, tu n'as plus de baguette ! » se dit finalement Severus, ne trouvant pas l'objet de ses recherches et recouvrant enfin totalement ses esprits.

Il constata alors la présence d'un homme dans la chambre, de taille assez grande, qui se tenait devant la cheminée, dos aux flammes, le dévisageant d'un regard dédaigneux et méprisant. Il tenait dans une main la chaîne qu'il venait d'arracher à Severus, et de l'autre la boîte et le masque de Mangemort. Black ! Encore et toujours Black !

- Alors Snivellus ! Bien dormi ? Tu cherchais peut-être ta baguette ?! Mais que suis-je bête, tu n'en as plus. Quel dommage ! Tu ne vas pas pouvoir m'avada-kedavariser !

- Black ! Que fais-tu là ? A quoi joues-tu ?

- Je venais juste te rendre une petite visite, voir si tout allait bien. Après ton petit exploit de tout à l'heure, tu dois être exténué ! Rétorqua Sirius narquoisement.

Sirius était ravi de tenir enfin Snivellus en porte-à-faux. A vrai dire, il avait été étonné de trouver l'homme encore endormi. Snivellus ne se laissait jamais surprendre d'habitude, le sommeil toujours léger, à croire que sa petite démonstration de la soirée l'avait vraiment fatigué ! Quand il était arrivé dans la chambre, il avait tout de suite aperçu cette mystérieuse boîte sur la table : il était certain que son vieil ennemi y cachait des objets d'une certaine valeur. Il avait enfin l'occasion de percer certains secrets de ce cher Snivellus, alors il n'allait pas s'en priver !

- Tout va bien ! Tu es rassuré, maintenant ? Alors laisse-moi tranquille et sors d'ici sur le champ ! Lui répondit Severus d'une voix basse menaçante.

- Bien, je te laisse !

Sirius s'avança alors vers la porte, toujours son butin dans les mains…

- Avant de sortir, aie l'obligeance de me rendre ce que tu m'as volé !

- Volé ? Comme tu y vas fort ! Je n'ai rien volé, j'ai juste trouvé ces objets négligemment posés sur la table... enfin sauf la chaîne, je te l'accorde ! Rétorqua l'animagus d'un air faussement innocent.

- Quel toupet ! Ces objets, comme tu dis, sont à moi ! Rends les moi, ou je te jure que tu vas le regretter !

- Ah oui ?! Alors j'attends de voir ça !

Se disant, Sirius sortit aussi vite que son ombre, et descendit. Severus se leva d'un bond et se lança à la suite de Black, sans prendre la peine d'enfiler une chemise. Mais Sirius avait été plus rapide et était déjà en bas, vraisemblablement dans la cuisine, où le rejoignit rapidement Severus. Il le retrouva en effet dans la dite pièce, en compagnie de Rémus, à qui il montrait ses trophées de guerre…

- Black ! Rends moi ça sur le champ !

- Wwou… Snivellus en colère ! Comme j'ai peur ! Que veux-tu ? Ah oui, que je te rende ça ? Alors voyons… fit Sirius, en commençant à ouvrir la boîte et à renverser son contenu sur la table.

Severus resta figé sur place. « Il n'a pas osé ?! Il n'a quand même pas osé ! Si, il l'a fait ! Mais je rêve ?! Non tu cauchemardes ! » Il était tout bonnement incapable de réagir ou de lui lancer une quelconque réplique cinglante de son cru. Il restait tout simplement là, debout, muet, à regarder les anciens Maraudeurs déverser sa vie sur la table. « Ta vie ! Comme si tous ces misérables objets représentaient ta vie ! » Mais il ne pouvait s'empêcher de se sentir mis à nu, pendant que Black farfouillait les objets, maintenant éparpillés sur la table, comme s'il farfouillait en lui, comme s'il farfouillait son âme… « Comme s'il te restait un semblant d'âme, Severus ! »

- Sirius ! S'il te plaît, arrête ça et rends-lui ! Ca ne t'appartient pas !

- Oh Rémus ! On peut bien s'amuser un peu !

- Non, ça ne m'amuse pas !

Mais ces mots n'eurent aucun effet sur Sirius, qui se contenta de hausser les épaules et continua à étudier les objets étalés.

- Mais que de trésors ! Tu nous en caches des choses ! Alors une lettre, d'Eileen Prince, ta petite maman chérie, si j'ai bien compris… Ah ! Une autre lettre ! Tiens tu ne l'as pas ouverte celle-là, tu veux qu'on l'ouvre pour toi ? demanda-t-il en faisant mine de la décacheter.

Mais Severus ne répondit rien, le fixant simplement d'un regard étrange et lointain, la petite lueur rougeâtre encore présente au fond de ses prunelles, mais moins vive…

« La lettre de ma mère, la dernière avant qu'elle ne meure ! La dernière avant qu'elle ne me quitte à jamais ! Pour mon anniversaire, le 9 janvier 1970 ! La lettre de Freyja, celle qu'elle me donna en partant de Poudlard… Je ne l'ai jamais ouverte, je n'en ai jamais eu le courage... Mais, lui, comment peut-il se permettre de l'ouvrir ? Je sens que je vais l'étrangler ! » Pensa Severus. Cependant il ne daigna toujours pas répondre à haute voix, se contentant de donner les réponses intérieurement, pour lui-même.

- Non, on l'ouvrira plus tard ! Ensuite… Une clef ! Ton coffre à Gringotts peut-être ? Serais-tu plus riche que tu veuilles nous le faire croire ? Ce n'est pas prudent de laisser une telle clef traîner comme ça !

« La clef du coffre de la famille Prince ! Riche ? Peut-être ! Je ne sais même pas ce que contient ce putain de coffre ! S'ils savaient comment j'ai obtenu cet héritage !»

- Un parchemin… continua Sirius. Oh quel joli dessin ! C'est toi qui l'as fait ? Non impossible, un si beau trait de crayon ne peut être d'un Mangemort tel que toi ! Il représente qui au juste ?

« Ma mère, crétin ! Le dernier portrait que j'ai fait d'elle ! D'après mes seuls souvenirs ! Ca fait si longtemps maintenant que je n'ai pas esquissé un seul croquis !»

- Tiens un sceau ! Le sceau des Snape, c'est ça ?! Fit Rémus à son tour.

« Non, le sceau des Prince ! Abruti ! Les Snape n'étaient que de vulgaires moldus, et n'ont donc pas de sceau ! Ne savent-ils donc pas que je suis le seul Snape sorcier ?! Si, bien sûr, qu'ils le savent ! Qu'ils s'amusent donc, tant qu'ils le peuvent encore ! »

- Tu pourrais répondre quand on te questionne ! s'exclama Sirius, agacé par ce manque flagrant de réaction.

Severus ne fit toujours aucun mouvement, s'obstinant dans son mutisme borné. Il savait très bien que, pour l'heure, le meilleur moyen de leur faire perdre pied était le mutisme. Et cela semblait fonctionner à merveille. D'ailleurs il aurait grande peine à articuler un mot sans se laisser emporter. Mieux valait garder le silence. Finalement Sirius, de plus en plus furieux, reprit son inventaire :

- Que caches-tu donc de plus ? Un médaillon en argent, assez ancien apparemment : « P » ?! A quoi correspond cette lettre P, mon petit Snivellus ? A qui l'as-tu volé ?

« Sombre crétin ! Il ne reconnaît même pas le médaillon d'un de ses plus proches amis ! « P » comme Potter, mon cher Black ! Potter, ce nom te dit-il quelque chose ? Et je ne l'ai pas volé…, je ne suis pas un voleur comme toi ! Non, je dirais plutôt une légation post-mortem de cette chère Lily ! Quel cadeau ! Qu'en te décideras-tu d'ailleurs à en parler à Potter fils, Severus ? Depuis le temps que tu étais sensé lui en parler… Mais je suis encore incapable de m'y résoudre, ce garnement est comme son père, arrogant, égoïste et inconscient !»

Sirius essaya de l'ouvrir mais sans succès.

- Comment ouvre-t-on ce foutu médaillon ? Encore un de tes tours, Snivellus !

« Pour une fois, non ! Lily aussi était pleine de ressources, mine de rien ! Seul son destinataire, en l'occurrence moi, est capable de l'ouvrir. Comme c'est bête, n'est-ce pas, cabot ?! »

- Tant pis ! Ah encore un médaillon ! Non, une montre ! Enfin, drôle de montre… Ne serait-ce pas une montre pour transmettre des messages ? Pour communiquer avec tes amis Mangemorts ? Continua Sirius, laissant tomber le mystérieux médaillon en argent.

« Non, ils ne sont pas si subtils ! Ils sont aussi subtils que toi, d'ailleurs ! Non, la montre qu'Albus m'a donnée pour communiquer directement avec lui lors de la première guerre ! Peut-être serait-il intéressant de s'en servir à nouveau ?... Il faut dire que je ne suis pas très doué avec les patronus ! Cela pourrait régler le problème ?! »

- Oh regarde Rémus, un joli petit carnet noir, ton journal intime Snivellus ? Oh, intéressant… fit Sirius en ouvrant le fameux carnet et y lisant toute une liste de noms. De qui s'agit-il ?

Il parcourut rapidement la liste : Eileen prince, Tobias Snape, Arturius Prince, Hector Prince… intéressant ! Snivellus tiendrait-il la liste de sa famille, au cas où il perdrait la mémoire ? Non, une liste si longue ! Impossible qu'il s'agisse simplement de sa famille. Il continua la liste en question : inconnu, inconnu… Bizarre ! Pourquoi indiquait-il « inconnu » sur une liste de noms ? Qu'est-ce que cela pouvait-il signifier ? Puis son regard se porta sur des noms qu'il connaissait : Freyja Madison, James et Lily Potter, puis, beaucoup plus loin dans la liste, dans les derniers noms, Albus Dumbledore, Mondingus Fletcher, Abelforth Dumbledore, et quelques autres…

- Serait-ce… serait-ce la liste de tes victimes ? Parvint à articuler l'animagus, soudain devenu pâle. Qu'est-ce que cela signifie ? Et combien cela fait-il en tout ? Cinquante, cent ? Tant de noms… Je n'arrive pas à le croire !

- Plus de cents, je dirai, si l'on compte les victimes anonymes… fit Rémus, aussi blanc que son ami.

Severus garda le silence, les mâchoires crispées et les poings serrés ! Maudit carnet, il aurait dû le brûler. Mais pourquoi s'obstinait-il à le conserver depuis tant d'années, et surtout pourquoi avait-il continuer à le remplir ?

- Attends, regarde Siri ! Au dos du carnet se trouve autre chose ! Continua Rémus.

Ils retournèrent le petit calepin noir pour y lire une autre liste, cette fois une liste de sorts inconnus et de recettes de potions…

- Je ne connais aucun de ses sorts, ni de ces potions. Et toi, Siri, ça te dit quelque chose ?

- Non, Rémus, ça ne me dit rien ! Attends, si, celui-là je le connais ! s'exclama-t-il en désignant du doigt un des noms, avec la description du sort en question.

Rémus se pencha un peu plus pour lire ce que lui désignait son ami : « levicorpus ». Bien entendu qu'ils connaissaient ce sort, c'était un des sorts que Severus avait inventés en sixième année et qu'ils lui avaient ensuite « volé », et utilisé contre lui par la même occasion…

- Ne serait-ce pas le carnet de toutes tes inventions ? Charmant… et très instructif ! Tu es en fait plein de créativité… bien que d'une créativité parfois cruelle. Fit-il, affichant un air plutôt dégoûté et effrayé à la lecture de la description de certains sorts apparemment assez sanguinaires ou violents.

« Toutes mes inventions, peut-être pas ! Les plus bénignes, oui. Les autres sont précieusement gardées par Albus. Enfin, étaient précieusement gardées… Maintenant, Merlin seul sait où elles sont… Certainement Minerva en aura hérité ! »

- Bref, précieux carnet ! A étudier plus tard. Sirius rangea alors le carnet noir dans une de ses poches. Oh, quelle belle rose noire ! En quel honneur ?

- Ca me dit vaguement quelque chose ! répondit Rémus, fixant étrangement Severus du regard.

« Bien sûr que ça te dit quelque chose ! Tu dois en voir tous les ans sur certaines tombes ! Ma signature en quelque sorte ! En quel honneur ? Et bien en l'honneur de mes victimes, Black ! Pour leur anniversaire… de mort, bien entendu ! Et je crois que bientôt tu pourras en voir une sur ta propre tombe ! »

- Qu'est-ce qu'il nous reste ? Un ourson en peluche ? Un ourson en peluche, Snivellus ? Alors là, je n'en reviens pas… Ton petit nounours quand tu étais petit ? Comme c'est mignon… Je t'imagine déjà t'endormir avec ton petit nounours dans les bras… Snivellus et son petit nounours !

- Charmant tableau, en effet ! répondit Rémus, en souriant à cette image.

Mais Severus, lui ne souriait plus du tout. Qu'ils s'amusent et le raillent au sujet des autres reliques qu'il avait conservées dans cette stupide boîte, passe encore, mais là, non ! Pas sur ça ! Quand il vit Black s'amuser avec la peluche, en lui faisant bouger les bras devant Rémus et en prenant une voix aiguë et nasillarde, il n'y tint plus, et sortit de la léthargie dans laquelle il s'était plongé jusque là.

- Black ! Lâche ça tout de suite ! Siffla-t-il. Ne t'amuse pas avec ça !

- Ah enfin, tu réagis ! Et pourquoi je devrai t'obéir ? Tu ne veux pas partager ton nounours en peluche ? Ce que tu peux être possessif, Snivellus !

Tout à leur querelle, aucun des trois ne remarqua la présence de Tonks sur le seuil de la cuisine, qui avait été réveillée et attirée par le bruit de la dispute.

- Ce n'est pas MON « nounours » ! Alors repose ça de suite ! Et aie donc un peu plus de respect !

- De respect pour qui ? Pour toi ?

- Non, pour son ancienne propriétaire ! Rugit Severus, cette fois hors de lui.

Comment osait-il ? Comment osait-il se moquer ainsi ? Severus repensa alors à la petite fille à qui avait appartenu cette peluche, à ses yeux qui l'avaient regardé une dernière fois quand il avait… Severus ferma alors les yeux à ce souvenir, cruel souvenir qui se rappelait à lui à un moment si inopportun…

- Qu'est-ce que tu veux dire ? Tu veux dire que cette peluche n'était pas à toi ? répondit Sirius, tout à coup devenu pâle, ayant peur soudain d'avoir compris les allusions de Snivellus. Se pourrait-il que son ancienne propriétaire, comme tu dis, ait été… une de tes victimes ?

Son regard se reporta sur le nounours, sur lequel il aperçut enfin les traces de sang, puis sur Rémus, devenu lui aussi très pâle, puis sur Severus, qui gardait quant à lui les yeux fermés et les mâchoires serrées. Il sentit alors une sourde colère monter en lui et l'envahir.

- Tu as tué des gamins ? Rugit Sirius plus qu'il ne le demanda. Je savais déjà que tu étais un meurtrier et un assassin, mais de là à tuer des mômes ! Sale pourriture ! Tu n'es qu'un Mangemort infâme et répugnant ! Comment oses-tu encore te présenter devant nous ? Comment oses-tu te regarder encore en face dans un miroir ?

Severus déglutit péniblement et ouvrit enfin les yeux sur un Black tremblant de fureur. « Si tu savais à quel point tu as raison, Black ! » se dit Severus. Mais il garda toujours le silence.

Tonks, sentant que la « discussion » s'envenimait dangereusement, s'éclipsa discrètement et sortit pour alerter qui de droit au plus vite.

Sirius reposa enfin la peluche sur la table, au milieu des autres objets, puis brandit le masque de Mangemort, un masque blanc immaculé, permettant de recouvrir le haut du visage jusqu'au niveau du nez, laissant les lèvres à découvert.

- Et tu as osé rentrer ceci ici ?! Jamais, tu m'entends, jamais un tel objet ne franchira une nouvelle fois le seuil de cette maison !

Il visa alors le masque de sa baguette et réduisit celui-ci en poussière à l'aide d'un sortilège, poussière qui se répandit par terre en un petit tas informe. Severus blêmit à la vue de son masque réduit en cendres… « Non ! Pas ça ! » Hurla-t-il intérieurement. Mais il était trop tard.

Severus sentit ses jambes vaciller et se laissa tomber à genoux, puis, d'une main tremblante, s'empara d'une petite poignée de cendres, pour la laisser glisser entre ses doigts… Il était sidéré. « C'est pas vrai ! Mais il veut vraiment me faire tuer ! Il veut vraiment ma peau ! Et je fais comment, moi, maintenant ! Cela va s'annoncer plutôt délicat de se présenter sans masque devant le Seigneur des Ténèbres ! Merci satané Black ! Tous pareils dans cette famille de fous ! Alors voilà à quoi on est réduit quand on meurt ! Peu de choses en somme ! »

- Sais-tu seulement ce que tu viens de faire, Black ? fit-il d'une voix blanche.

- Oui, je viens de détruire ton masque de misérable Mangemort ! Masque qui n'aurait jamais dû atterrir ici ! Jamais !

De colère Sirius shoota dans le tas de poussières, les répandant un peu partout, et frappant du même coup la main de Severus.

- Tu n'as donc aucun respect pour les morts !

- Parce que, toi, Snivellus, tu en as plus que moi, peut-être ? Et en quoi pulvériser ce masque constitue un manque de respect aux morts ?

- Parce que tu viens de pulvériser les restes de mon père ! répondit Severus d'une voix glaciale et distante.

- Ton père ? Qu'est-ce que ça veut dire ?

- Je pense que Severus a été assez clair, non ? fit soudain une voix féminine plutôt sèche, venant du seuil de la porte.

- Minerva ! S'exclamèrent Sirius et Rémus d'une même voix.

Ils n'avaient pas remarqué l'arrivée d'une McGonagall plus que furieuse, habillée à la va vite, suivie d'une Tonks plus qu'inquiète.

- Parce que ce masque serait… ? Sirius ne put finir sa phrase, les mots s'étranglant dans sa gorge nouée. Ce qu'il venait de comprendre le répugnait au plus haut point, bien que cela ne l'étonnait guère…

- Oui, Black, ce masque est fait à l'aide des ossements de la première victime du Mangemort, du crâne de la dite victime pour être plus exact ! répondit Severus plus glacial que jamais, toujours à terre, les yeux rivés sur les cendres éparses. Et tu viens de réduire les derniers restes de mon père défunt…

- Fait à l'aide des ossements de la première victime… répéta Rémus, presque sur le point de s'évanouir.

- Et c'était ceux de votre père ? demanda Tonks d'une voix tremblante.

- Ton père était donc ta première victime ? enchaîna Sirius, de plus en plus incrédule.

Severus releva enfin le regard et se leva, encore un peu vacillant lui-même, pour faire face à Black.

- On peut dire ça comme ça ! Tu as enfin compris ! Il t'en a fallu du temps !

Un lourd silence s'installa entre eux cinq.

- Mais ton père est mort quand tu étais encore à Poudlard en sixième année ! s'exclama Rémus. Je croyais qu'il était mort d'un accident !

- Bien des accidents peuvent être provoqués, Lupin ! lui répondit Severus, se remémorant son plan machiavélique de l'époque : comment il avait concocté en cachette un poison lent et agressif, sans aucun remède possible ; comment il l'avait introduit dans une bouteille de whisky, qu'il avait envoyée ensuite, en guise de cadeau d'anniversaire à son très cher père, à la fin du mois d'octobre ; comment il avait profité d'une sortie à Pré-au-lard pour se rendre par voie de cheminette à Londres et faire expédier ce colis par la poste moldu, brouillant ainsi les pistes, et de façon anonyme bien sûr, bien que son père ait certainement compris qui était l'auteur de ce mystérieux colis, grâce à la lettre qu'il avait jointe mais qu'il avait ensorcelée pour qu'elle se détruise une fois lue.

Son père était ainsi mort d'empoisonnement, d'une lente et terrible agonie. Les autorités avaient conclu à une mort accidentelle, ayant retrouvé le corps en bas des escaliers et n'ayant pu détecter la moindre trace d'un quelconque poison. Severus se souvint de la joie et de la fierté qu'il avait d'abord ressenties, en lisant la lettre du Ministère de la Magie lui annonçant la mort de cet homme qui lui avait pourri la vie et qu'il avait tant haï, puis du dégoût et de l'effroi qui l'avait ensuite envahi en réalisant ce qu'il était devenu : un assassin, un empoisonneur en puissance…

- Vous étiez donc déjà Mangemort à cette époque ? S'enquit Tonks, à la fois effrayée et intriguée.

Severus hocha la tête négativement, tout en la baissant et en fermant les yeux :

- Non, pas encore. Pas encore.

- Tu étais donc déjà un assassin ?! Conclut Sirius, suffoqué d'une telle révélation, qui en fait ne faisait que confirmer ce qu'il pensait déjà de Snivellus.

Severus ne put s'empêcher d'émettre un petit ricanement.

- Si tu savais Black ! En quelque sorte, j'étais déjà un assassin, avant même de rentrer à Poudlard. Mais mon père a été ma première victime… préméditée.

Lourd silence.

- Bien, peut-être pourriez-vous m'expliquer ce que signifie tout ceci ? Intervint enfin McGonagall, en désignant, d'un ample mouvement de main, les objets étalés sur la table et les cendres à terre, et essayant par là même de rompre le malaise qui s'emparait d'elle.

- Et bien… commença Sirius, les mots lui manquant soudain.

- Et bien, reprit Severus, toisant Black d'un regard hautain et prenant son ton le plus méprisant. Si j'ai bien compris, ce cher Black voulait me rendre une petite visite, souhaitant s'assurer que tout allait bien pour moi, après ma… « petite expérience » de cet après-midi. Puis voyant que, finalement, il n'y avait aucun souci à se faire pour ma santé, il a cru bon de me délester de quelques objets, les jugeant sans doute trop encombrants pour moi !

Sirius lui jeta un regard venimeux puis tourna la tête vers McGonagall, pour bien vite la baisser devant l'expression furieuse qu'elle affichait à son encontre.

- Après s'être bien amusé à détailler le contenu de cette boîte, de façon peu subtile je dois le dire, nous nous sommes quelque peu « disputés ». Ce qui a fini par… ce déplorable incident ! fit Severus en désignant d'un léger signe de tête les cendres par terre.

- Et quelle est cette boîte ? Qu'a-t-elle de si intéressant pour faire tout ce remue-ménage ? Leur demanda McGonagall, visiblement excédée.

Personne ne répondit, Sirius et Severus se fusillant du regard.

- Et bien, j'attends votre réponse, Messieurs !

- Rien de si intéressant. Juste quelques souvenirs ! répondit enfin Severus, impassible.

- Rien qui ne justifie donc cette agitation ! Sirius, êtes-vous donc encore si infantile que l'on ne puisse vous laisser seul plus d'une minute sans craindre au drame ? Pourquoi avez-vous agi de la sorte ? Tout ceci ne vous appartient pas, que je sache !

Lourd silence de nouveau. Seuls quelques échanges de regards haineux pour toute réponse.

- Sirius, rendez donc ces affaires à Severus !

- Non laissez Minerva ! Peut m'importe ! Qu'il garde tout ce fatras, si cela l'intéresse tant !

« Tu aurais mieux fait de détruire cette boîte tout à l'heure, au lieu de jouer au déplorable sentimentaliste ! Ca t'apprendra Severus ! Au moins comme ça, tu n'as plus d'excuses pour ne pas t'en débarrasser ! Mais pour le masque… Rhâaa… dans quel pétrin tu t'es mis ! Enfin, non, dans quel pétrin BLACK t'a mis ! Déjà qu'avant c'était tendu, mais alors là, c'est quasiment mission suicide de revenir sans ce foutu masque. Merlin ! Comment je vais Lui expliquer ça moi ? Qu'est-ce que je vais bien pouvoir inventer encore ? » se morigéna-t-il silencieusement.

- Mais voyons Severus, ceci vous appartient ! Insista-t-elle incrédule.

- Non, je comptais m'en débarrasser de toute façon ! Si cela l'amuse, qu'il garde donc toutes ces foutaises ! Maintenant qu'il a détruit la seule chose vraiment indispensable !

- Vous rendez-vous compte Sirius de ce que vous avez fait ? demanda McGonagall, d'une voix sèche et cassante, les yeux pétillants de colère contenue.

« Bien dit, Minerva ! Alors Black, que réponds-tu à ça ? » continua Severus dans son monologue intérieur.

- Quoi ? Ce masque ? J'ai fait seulement ce que quiconque de sensé aurait dû faire ! Il est hors de question qu'il introduise tout son attirail de Mangemort ou fasse de la Magie Noire dans cette demeure ! Puisqu'il a l'air de ne pas vouloir le comprendre, je lui ai juste donné un petit rappel à l'ordre.

« Nom d'un dragon empoisonné ! Mais il me cherche vraiment là ! Il se fout royalement de moi ! C'est pas possible d'être si… si… si Black ! »

- Sais-tu seulement de quoi tu parles, Black ! Finit-il par dire tout haut.

- Oh mais je me l'imagine très bien !

- Vraiment ! Dans ce cas, tu ne verras pas d'inconvénient à te présenter à ma place à mon rendez-vous avec le Seigneur des Ténèbres, sans masque ! Siffla Severus.

Personne ne répondit.

- Messieurs, calmez-vous ! Nous reparlerons de ce problème plus tard.

- Il n'y a rien à rajouter, Minerva ! Ce problème n'a malheureusement pas de solution !

- Severus, nous verrons ça plus tard. Peut-être devriez-vous remonter dans votre chambre et vous habillez de façon plus… convenable.

Severus sentit le rouge lui monter aux joues d'un coup, ne s'étant pas rendu compte qu'il était encore torse nu, exposant son corps couvert de cicatrices à la vue de tous… Les quatre autres le dévisagèrent encore davantage, le mettant de plus en plus mal à l'aise. Il ne sut que répondre et déglutit le peu de salive qui lui restait.

Sirius, quant à lui, retrouva instantanément son sourire moqueur. Mais ce sourire ne perdura guère longtemps, McGonagall reprenant :

- Quant à vous deux, restez un instant, j'ai à vous parler ! Ah Severus ! Le rappela-t-elle avant qu'il ne s'éclipse comme une ombre.

L'interpellé s'arrêta net, au bas des escaliers, qu'il avait déjà presque atteints, et se tourna lentement vers elle, lui offrant son plus exécrable regard noir assassin. « Qu'est-ce qu'elle me veut encore ? Ne croit-elle pas que j'en ai eu assez pour aujourd'hui ? Je sens que je vais vraiment faire un meurtre ! Alors comment, pas l'avada kedavra, trop difficile sans baguette ! Etranglement ? Pendaison ? Non, mieux, au bûcher ! »

- J'ai quelque chose à vous montrer avant la réunion de ce soir. Je vous verrai dans l'après-midi, le temps que je rentre à Poudlard me changer décemment, et que je prépare tout pour mon absence. D'ailleurs je crois qu'il vaut mieux que je reste manger ici aujourd'hui.

Severus se contenta de hocher la tête d'un mouvement sec, et repartit, sans son voletage de capes habituel, cela va sans dire…

Fin du chapitre 22