CHAPITRE 23 : Les plans de l'Ordre 2ème partie
- Ce que j'ai planifié ?! Répéta Severus, s'attendant à tout sauf à une question si vague. Et bien, je me verrais mal refuser un tel rendez-vous, auquel j'ai été convié avec tant d'attention. Mais, je pense que vous l'avez bien compris, je me dois de lui apporter quelque chose digne d'intérêt.
- C'est-à-dire ?
- C'est-à-dire, Minerva, quelque chose qui lui apporte un avantage certain dans cette guerre : une information, un objet clé crucial, dont il aurait cruellement besoin pour s'assurer une longueur d'avance… Enfin, vous voyez ce que je veux dire…
- J'ai comme l'impression, que tu as déjà une solution bien Serpentarde derrière la tête ! Je me trompe, Snivellus ? s'exclama Sirius.
- Non, pas du tout ! J'ai effectivement une idée, mais je doute qu'elle vous plaise.
- Nous vous écoutons, Severus, faîtes-nous donc part de cette idée. Nous verrons ensuite. répondit McGonagall.
Severus fit un rapide tour de la pièce de son regard ténébreux et pénétrant, avant de commencer ses explications :
- J'ai enfin retrouvé un objet, tant estimé par Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, et tant recherché par l'Ordre.
Des murmures parcoururent tous les membres réunis, leur curiosité piquée soudain au vif. Severus s'arrêta un instant, attendant avec une pointe d'impatience bien contenue que ce brouhaha ambiant s'éteigne, puis reprit dans un murmure qui fit taire instantanément les derniers perturbateurs.
- Je pense que cet objet en question devrait amplement Le satisfaire, et me garantir de revenir dans ses grâces pour reprendre une place digne de ce nom auprès de Lui.
- Es-tu si impatient de reprendre ta place de bras droit auprès de Lui ? demanda Maugrey, toujours suspicieux et inquisiteur envers Severus.
- « Impatient » est un bien grand mot, Maugrey ! Et me considérer comme Son bras droit serait un peu trop prétentieux, bien qu'effectivement, depuis quelque temps, Il ait l'air de vouloir me donner plus de, disons, responsabilités, pouvant ainsi faire penser que je suis devenu Son second direct. Mais je doute que le Seigneur des Ténèbres puissent un jour consentir à accorder à qui que ce soit un tel honneur !
- Honneur ! Comme tu en parles ! Comme un bon Mangemort en somme ! fit Nayasta, du ton le plus agressif qu'elle était capable de prendre.
- Mais n'est-ce pas ce que je suis à vos yeux ? Rétorqua Severus toujours impassible et imperturbable.
- Trêve d'enfantillages ! Intervint McGonagall, excédé de ses éternelles joutes verbales entre Severus et les autres. Severus, s'il vous plait, venez en au fait, vous qui d'habitude n'aimez pas tergiverser, ne nous faîtes pas languir plus que nécessaire.
- Si l'on ne m'interrompait pas à tout bout de champ !
- Severus ! Dîtes-nous donc de quel objet il s'agit ! Fit-elle perdant toute patience.
- Soit, Minerva ! Il s'agit de ceci !
Se disant, Severus se leva et sortit un objet de sa poche. Dans un geste digne des plus grands tragédiens de théâtre, il brandit entre ses doigts fins une chaîne en or, le long de laquelle il laissa glisser un médaillon. Le médaillon pendait ainsi aux yeux de tous, stupéfaits et sans voix.
- Le médaillon de Salazar Serpentard ! L'Horcruxe volé par R.A.B. ! S'exclama enfin Harry, éberlué de voir l'objet en la possession de l'homme qu'il haïssait le plus au monde après Voldemort, et qui le lui rendait bien d'ailleurs.
Severus acquiesça en silence, une lueur de victoire pétillant effrontément au fond de ses prunelles d'ébène.
- Oui Potter ! Le médaillon de Serpentard, et également Horcruxe !
- Co... comment l'as… comment l'as-tu… ?
- Cesses donc de bégayer bêtement Lupin ! On pourrait croire que ta bestialité t'a fait perdre l'usage de la parole ! Rétorqua Severus, de son ton le plus cynique.
- Severus ! Je ne tolérerai plus aucun propos de ce type ! Rugit Minerva, devenue soudainement pourpre de colère.
Mais apparemment ces hurlements n'eurent que peu d'effet sur l'interpellé, qui retroussa légèrement ses lèvres en un rictus machiavélique et carnassier, et qui darda un regard jubilatoire sur un Rémus penaud et rouge de honte. « Décidément, les Griffondors ont décidé de porter leur couleur jusqu'au bout ce soir ! Le rouge leur va si bien ! » Pensa le Serpentard pour lui-même.
- Comment l'ai-je trouvé ? C'était sans doute ta question, Lupin. Reprit Severus sur un ton narquois. A vrai dire je n'ai pas eu à aller bien loin ! Je l'ai trouvé en fait ici même, dans cette charmante demeure. Elle regorge de trésors mésestimés.
- Dans cette maison ?! Mais comment ça ? Fit Tonks.
- Dans ma maison ?
- Oui, dans cette maison ! Dans la maison des Black ! Et pour tout dire j'ai bien ri, Black ! Non seulement c'est moi qui ai compris que ce mystérieux R.A.B. n'était autre que ton cher frère décédé : Regulus « Angelus » Black, mais en outre c'est moi qui ai découvert où pouvait être caché ce fameux médaillon.
- Mais où exactement ? Nous avons passé au crible, rangé et nettoyé chaque pièce ! s'écria Molly.
- Chaque pièce ? Non ! Permettez moi d'en douter. Mais vous êtes toute pardonnée, Molly, puisque la pièce en question était parfaitement dissimulée.
- Une pièce dissimulée ? Ici dans cette maison ? Fit Sirius, incrédule.
- Ne me dîtes pas que même le soi-disant propriétaire de cette maison ne connaissait pas cette pièce ?! S'exclama à son tour Severus, qui cette fois-là en restait abasourdi.
« Qui l'eut cru, le grand Black ne connaissant même pas les moindres recoins de sa propre demeure ! Trop fort ! Quel coup de maître ! Tu es un vrai géni, Severus ! Je doute que tu eusses pu trouver mieux. Finalement quelle douce vengeance ! Quelle meilleure vengeance aurais-tu pu inventée, que de le ridiculiser de la sorte devant l'Ordre au complet ? » Il laissa alors échapper un petit ricanement mesquin à cette pensée.
- Non, je ne vois pas de quelle pièce tu veux parler ! répondit Sirius, aigre et amer, énervé que Snivellus l'ai eu aussi facilement. Mais peut-être daignerais-tu nous éclairer de tes lumières ?
- Et bien en fait, cette dite pièce se trouve apparemment dans les bas-fonds ou les fondations de la maison. Il s'agit d'une salle destinée originellement aux cultes ancestraux des Arts Sombres.
- La Magie Noire !
- Oui, Potter, certains la nomment ainsi. La Magie Noire ! L'accès à cette salle se trouve dans le petit salon. Fit Severus en désignant, d'un gracieux mouvement de main, le salon jouxtant la cuisine où ils se trouvaient. Par la cheminée. Protégée par de puissants sortilèges de Magie Noire.
- Et Regulus Black aurait donc caché le médaillon dans cette salle ?! Demanda Hermione, troublée et curieuse en même temps.
- Je ne saurai dire au juste si Regulus l'a caché lui-même dans cette pièce. J'aurai plutôt opté pour son elfe. Reste à savoir si cet elfe, quel qu'il soit, l'a caché là de son propre chef, et si oui pourquoi, ou s'il a agi sur ordre de son jeune maître.
- Qu'est-ce qui vous fait dire que c'est un elfe qui a placé le médaillon dans cette salle secrète ? demanda Nuwan, elle aussi curieuse, voire presque admirative.
Etonnant que ce soit cet homme qui ait trouvé le fameux médaillon, en si peu de temps, en à peine deux mois, alors que Harry et ses amis le cherchaient depuis l'été sans succès… Et comment cet homme peut-il être à la fois si fascinant, si intelligent, et si froid, si mesquin ? Elle détestait cet homme, mais par ailleurs il l'attirait, elle voulait en apprendre plus sur lui… et bien oui, en apprendre plus sur son père, le connaître un peu mieux… Mais il était si difficile à aborder, et c'était si douloureux… A chaque fois qu'elle le regardait, elle ne pouvait s'empêcher de revoir ces images, sa mère morte, tuée par lui… C'était si douloureux…
- Simplement parce que le médaillon était placé dans un coffre et protégé par la magie ancestrale et puissante que pratiquent les elfes de maison. Lui répondit Severus, la sortant de ses réflexions. J'ai d'ailleurs eu grand mal à défaire ses sortilèges !
- Kreattur ! S'écria Harry, qui comprit en un éclair.
Tous les regards se tournèrent vers lui, interrogateurs.
- Oui, Kreattur !
- Quoi Kreattur ! Fit Ron, qui commençait un peu à être perdu.
- Et bien, je suis sûr que c'est Kreattur qui l'a caché là. Lui répondit Harry, emporté par son enthousiasme. Je suis sûr qu'en fait ce médaillon est celui que l'on a trouvé en faisant le nettoyage du salon du premier étage, à notre arrivée ici. Ce médaillon que l'on ne parvenait pas à ouvrir. On l'avait mis à jeter avec les autres objets, mais j'étais persuadé que Kreattur en avait récupéré certains. Seulement, je ne savais pas où il les avait cachés. Je suis sûr qu'il a réussi à récupérer le médaillon de Serpentard et qu'il l'a ensuite mis en sécurité dans le lieu le plus sûr qu'il connaissait : la salle de Magie Noire !
- Ca se tient, en effet Potter ! Et si cela s'avère exact, je dois dire que nous lui devons une fière chandelle ! Sans lui, nous aurions pu perdre définitivement l'Horcruxe sans espoir de le retrouver. Les elfes de maison sont peut-être finalement plus intelligents qu'ils n'y paraissent ! répondit Severus, narquoisement.
- Mais alors, c'est de là que vous veniez quand vous êtes sorti du salon hier soir ! Vous étiez imprégné de Magie Noire.
- Oui Mixiel ! C'est de là que je venais ! Et c'est aussi pour ça que j'étais trop exténué pour répondre à toutes vos questions. Utiliser une telle Magie, sans baguette pour canaliser votre énergie, draine beaucoup de forces.
- Dis plutôt que tu savourais ta petite victoire et souhaitais faire ton coup d'éclat lors de cette réunion, Snivellus !
- Si tu le dis, Black ! répondit simplement Severus, affichant un faible sourire en coin.
- Je serais curieuse de voir l'accès de cette salle. Fit Hermione.
« Sacré Miss-je-sais-tout ! Sa curiosité parfois mal placée la perdra ! » Severus interrogea McGonagall du regard, qui lui donna son accord silencieusement.
Il s'avança alors vers le dit salon, suivi de près par tous les autres membres et se plaça devant la cheminée. Il recommença le rituel qu'il avait exécuté la veille. Les deux mains posées sur chacune des têtes de serpent, il murmura l'incantation magique : In girum imus nocte et consumimur igni. Il sentit à nouveau la magie pulser en lui, puis les deux serpents de marbre frémirent et se rejoignirent, leurs yeux gris clair prenant cette délicieuse lueur bleutée.
Severus appuya alors, cette fois sans hésitation, sur les deux yeux. Il sentit la secousse s'intensifier sous ses mains et, à nouveau, son énergie fut comme drainée par la pierre, en même temps qu'une autre énergie l'envahissait. Mais il n'eut pas la force de supporter ce flux comme la veille et tomba à genoux devant la cheminée, vidé et exténué, les serpents reprenant quant à eux le balai que Severus avait déjà eu l'occasion d'admirer, avant d'être avalés par les flammes. La cheminée laissa place enfin à un passage étroit et à des escaliers vertigineux d'obscurité, sous les yeux interloqués des membres de l'Ordre.
Au bout d'un temps indéfini, McGonagall réagit et s'avança vers les escaliers, les scrutant quelques instants, puis se tourna vers Severus, toujours agenouillé, la tête basse et la respiration saccadée, visiblement vidé de ses forces. Elle s'approcha doucement de lui, et lui posa, presque affectueusement, une main sur l'épaule. Severus tressaillit à ce contact, qui le ramenait brutalement à la réalité, alors qu'il aurait voulu se laisser aller à cette douce volupté enivrante. Il détestait les contacts physiques directs. Tous le savaient pourtant, non ? Qui était donc l'imprudent qui avait osé ?
Il releva un regard quelque peu embrumé et courroucé sur une McGonagall apparemment inquiète. Il n'eut pas alors le cœur de lui lancer ses habituels sarcasmes. Il la regarda encore quelques secondes avec un air las et distant, puis reprit peu à peu ses esprits. Il parvint à se relever, un peu chancelant, et, soutenu par McGonagall, se laissa guider sans résistance jusqu'à un fauteuil où il se laissa choir. Tous restèrent dans le dit salon, s'installant chacun, soit debout, soit assis, reprenant eux aussi peu à peu pied dans la réalité.
- Ce fut une expérience des plus intéressantes, je dois bien l'avouer ! Fit enfin McGonagall, rompant dès lors le silence quasi religieux qui s'était instauré. Mais comment avez-vous découvert ce passage ? Regulus vous en avait-il parlé ? Ou l'avez-vous trouvé tout seul ?
Severus entreprit alors de leur expliquer comment il avait senti le flux d'énergie la première fois qu'il avait vu cette cheminée, comment il avait fait le lien avec la Magie Noire, comment il avait découvert le mot de passe grâce à la légende du tableau qu'il avait vu à Poudlard et qui représentait les deux mêmes serpents que ceux de la cheminée. Il leur décrivit succinctement la salle et ce qui s'était produit la veille, lors de la découverte du médaillon.
Tous l'écoutaient avec avidité et admiration, en même temps que suspicion et une certaine crainte. Beaucoup n'aurait jamais soupçonné Severus capable d'une Magie si puissante, personne ne l'avait jamais vu pratiquer de la Magie Noire d'ailleurs et ne se doutait pas de l'étendue de ces capacités dans ce domaine. La plupart d'entre eux restaient en outre persuadés qu'il leur cachait quelque chose et ne pouvaient s'empêcher de se méfier de lui.
- Maintenant que nous avons le fin mot de l'histoire, que comptiez-vous faire de ce médaillon ? Ne me dîtes pas que vous envisagez de rapporter cet Horcruxe à Vous-savez-qui ! Nous devons le détruire Severus, nous ne pouvons pas nous permettre de le lui laisser une seconde fois. Reprit McGonagall.
- Laissez-moi donc vous expliquer jusqu'au bout. Vous déciderez ensuite !
- Très bien ! Allez-y Severus ! Exposez-nous votre plan.
- Pour tout dire, j'envisage effectivement sérieusement de le lui remettre à mon retour. Ce médaillon serait l'appât idéal, inestimable !
- Mais vous n'y pensez pas ! Lui remettre l'Horcruxe ! Et puis quoi encore ! Autant lui servir la victoire sur un plateau pendant qu'on y est.
- Harry a raison. Là Snivellus, tu t'es trahi tout seul. En fait tu ne cherches qu'une seule chose, c'est de revenir servir ton cher Maître comme un bon toutou bien dressé. Tu n'es qu'un traître !
- Comment peut-on l'écouter encore une seule seconde de plus ? Il ne mérite qu'Azkaban et je vais l'y conduire sur le champ. Enchaîna Maugrey, qui brandissait déjà sa baguette vers Severus.
- Moi, je souhaite l'écouter jusqu'au bout. Alors rangez donc votre baguette Maugrey ! Enfin, voyons ! Croyez-vous Severus assez stupide pour nous montrer ce médaillon, et nous faire part de ses intentions, s'il s'agissait seulement de le rendre à Vous-savez-qui ? Si tel était le cas, il n'aurait eu qu'à nous le cacher et partir avec, à la date prévue, comme si de rien n'était !
- Merci Minerva. Fit Severus d'une voix devenue rocailleuse par la fatigue qui le gagnait. Au moins une qui ne me croit pas si stupide.
- Je vous en prie Severus. Je vous écoute.
- Donc, comme je le disais précédemment, ce médaillon m'assurerait sans aucun doute de retrouver ma place de choix parmi les Mangemorts, pour mieux espionner pour l'Ordre bien entendu. Plus je serai proche de Vous-savez-qui, plus je pourrai obtenir des informations cruciales. Quoi de mieux que de lui rapporter Son très cher Horcruxe pour Lui prouver ma soi-disant loyauté ? Qui pourrait alors douter de mon « allégeance » envers Lui ? Personne ! Il saurait alors que je sais pour les Horcruxes, et peut-être se méfiera-t-il un peu moins, peut-être me confiera-t-il plus d'information concernant les autres Horcruxes ?
- Mais cela signifierait aussi L'informer que l'Ordre est au courant et, qui plus est, recherche ses Horcruxes ! fit Dedalus, qui prenait la parole pour la première fois de la soirée.
- Oui cela est juste ! Mais croyez-vous vraiment que cette chasse aux Horcruxes pourrait encore longtemps passer inaperçue ? Le croyez-vous aussi idiot pour ne pas comprendre ce que l'Ordre cherche ? Ce n'est qu'une question de temps ! Tôt ou tard il découvrira que nous cherchons à détruire ses Horcruxes. Si nous optons pour ce que je vous propose, nous ne ferons que le mettre au courant un peu plus tôt !
- Justement mieux vaut tard que tôt ! S'il restait encore dans l'ignorance pour quelque temps, nous aurions peut-être encore l'effet de surprise à notre avantage pour un ou deux Horcruxes de plus. Rétorqua Sturgis.
- Certes ! Fit Severus. Quoique pour ma part, je pense que nous ne parviendrons à dérober qu'un Horcruxe supplémentaire avant qu'Il ne découvre le pot aux roses ! Et encore, si nous avons de la chance. Nous aurions alors trouvé combien d'Horcruxes ? Trois ou quatre sur six ! Et pour trouver les autres, comment vous y prendrez-vous ? Non, le mieux est de gagner au maximum Sa confiance, autant que cela est possible, comme l'avait planifié Albus, au risque de perdre le peu d'avance que l'on avait sur Lui, mais en étant sûr de pouvoir trouver ensuite TOUS les Horcruxes restants !
- Albus n'avait pas prévu de lui révéler notre connaissance des Horcruxes, je crois. Intervint McGonagall.
- Non, pas si tôt, il est vrai ! Son plan était que je me rapproche le plus possible de Lui. Mais les derniers événements ont quelque peu… compliqué la tache. Je pense que cette proposition est la meilleure option que nous ayons, si nous voulons continuer le plan d'Albus.
- Bien joué ! Et comme ça, il ne nous reste plus que quatre Horcruxes à trouver au lieu de trois ! Sans compter que sachant ça, Il va certainement renforcer les sécurités autour des autres Horcruxes ! Répliqua Harry.
- Et qui te dit qu'Il t'accordera Sa pleine confiance pour te parler des autres Horcruxes et te révéler leur emplacement ?
- Sache, Lupin, qu'Il n'accorde jamais Sa confiance pleine et entière à qui que ce soit ! Il s'agit juste de me rapprocher au maximum de Lui. Bien entendu, jamais Il ne me parlera de Lui-même des autres Horcruxes, mais moi, je pourrai Lui en parler. Sachant que je suis au courant, et de leur existence et de leur nombre, Il n'aura aucune raison de me cacher ce fait. Il ne me révélera certainement jamais non plus leur emplacement, mais à force de déduction et de ruse, je devrais pouvoir lui soutirer les informations nécessaires pour trouver moi-même le reste ! Alors, il est vrai, qu'Il renforcera certainement les sécurités, mais là aussi je pourrai plus facilement obtenir les informations.
- Je trouve cette idée beaucoup trop risquée ! Fit Dedalus, après mûre réflexion.
- Moi aussi, d'autant plus que dans ce cas, non seulement on perd le seul Horcruxe sur lequel nous avions quelques informations, mais en plus tout repose sur Snape, en qui je ne me fie pas totalement ! Renchérit Kingsley.
- Comment savoir s'il dit la vérité ? Comment savoir si ce n'est pas encore une ruse pour mieux servir ses propres intérêts ? S'enquit Nayasta.
Severus sentit alors le picotement caractéristique de quelqu'un cherchant à s'introduire dans son esprit. Il se concentra au maximum, mais le picotement s'intensifia et il eut du mal à le contrer. Mais d'où venait cette désagréable sensation ? Qui cherchait à percer ses pensées ?
- Il ne ment pas ! Affirmèrent tout à coup Mixiel et Nuwan en chœur.
Tous se retournèrent vers les jumeaux, ne comprenant pas vraiment comment ils pouvaient être aussi catégoriques.
« La legilimencie ! Bien sûr ! Mais comment… ? » Se dit Severus, intérieurement, commençant pour sa part sérieusement à paniquer concernant ses capacités d'occlumencie. « Comment ont-ils pu percer mes barrières d'occlumencie ? S'ils peuvent les percer, alors Lui aussi le pourra, et alors là, je suis fait comme un rat ! A moins que… A moins que d'avoir ouvert le passage tout à l'heure est drainé tant d'énergie, que mes barrières se soient partiellement brisées ?! Oui, ce doit être cela. »
- Comment pouvez-vous savoir qu'il ne ment pas ? demanda Rémus, vivement intéressé par cette révélation, sur une possible faiblesse chez Severus.
- Nous sommes tous les deux legilimens. Répondit froidement Nuwan.
- Oui, mais Snivellus est réputé comme un puissant occlumens ! fit Sirius, jubilant à son tour que Snivellus puisse enfin trouver plus doué que lui dans un domaine dans lequel il aimait montrer sa supériorité.
- C'est exact ! Et c'est bien la première fois que nous parvenons à franchir certaines de ses barrières. Répondit Mixiel, calmement.
Severus déglutit, à la fois inquiet et rassuré. Inquiet, car qu'avaient-ils pu lire d'autre ? Et rassuré, car ses capacités d'occlumens ne s'étaient apparemment affaiblies que provisoirement.
- Sans doute que son affaiblissement provisoire et nos deux forces combinées puissent expliquer le fait que nous ayons pu pénétrer son esprit momentanément. Mais nous pouvons l'affirmer ! Il ne ment pas ! Ajouta Nuwan.
« Comment dois-je prendre ça ? Dois-je m'en réjouir, dois-je me réjouir qu'ils puissent savoir enfin que je ne mens pas ? Ou dois-je au contraire m'en attrister ? Comment dois-je prendre ça ? Que pensent Nuwan et Mixiel de moi ? Me voient-ils encore comme un sale mangemort traître et assassin, ou comme un éventuel père digne de leur estime ? Mais que dis-tu Severus ? Estime ? Amitié ? Mais comment peux-tu seulement imaginer avoir une relation d'amitié ? Le seul ami que tu ais jamais eu, tu l'as tué, et ce, à sa demande ! L'amitié, comme tout sentiment d'ailleurs, ne fait qu'affaiblir et rendre vulnérable. Chasse ses inepties de ta tête ! De toute façon ils ne pourront jamais te voir autrement que comme l'assassin de leur mère ! »
Severus préféra garder le silence, attendant en quelque sorte le verdict. Tous partirent dans une discussion des plus mouvementées, chacun donnant son avis sur la question, a priori peu enclins à adhérer à cette proposition. Seuls Harry et Minerva gardaient, à l'exemple de Severus, un silence obstiné, observant attentivement les réactions de ce dernier. Mais lui gardait ses yeux fixer sur les jumeaux, semblant écouter d'une oreille distraite ce qui se disait autour de lui.
- Non, je ne peux me résoudre à lui faire confiance. Je ne suis pas d'accord. Entendit-on dire Kingsley.
- Tu as raison. C'est trop dangereux ! fit Sturgis.
- Ce n'est qu'un Mangemort ! On ne peut pas lui faire confiance. Il nous mène en bateau comme d'habitude. Ajouta Maugrey.
Au bout de plusieurs minutes de débat infructueux, Severus n'y tint plus. Il reporta son regard las et vidé sur le médaillon, qu'il avait gardé en sa possession et qu'il avait repris dans les mains en attendant leur décision. Il se leva alors et les toisa d'un regard à vous glacer les entrailles. Tous s'arrêtèrent instantanément de parler.
- Suis-je bien au milieu de Griffondors sans peur et sans reproches ? Cracha-t-il. J'ai l'impression d'être avec des couards et des lâches ! Bien sûr que ce que je vous propose est un véritable coup de poker et est des plus risqués. Mais nous ferions un coup de maître s'il réussissait !
- Mais ce que tu proposes est plus qu'un coup de poker ! C'est du suicide ! Cela revient à Lui donner directement la victoire. Fit Lupin, désemparé, ne sachant quoi penser véritablement au fond de lui.
- Oui, du suicide, mais pas pour vous ! « Du suicide pour moi ! » ajouta-t-il pour lui-même.
Puis il reprit tout haut :
- Mon retour est grandement compromis, surtout sans mon attirail complet de Mangemort ! Siffla-t-il, en lançant un regard haineux à Black. Il me faut quelque chose de très important à ses yeux, pour reprendre place au milieu d'eux et avoir accès à ces précieuses informations.
Tous comprirent sans mal l'allusion de Severus à sa récente violente dispute avec Sirius, qui s'était terminée par la destruction du masque de Mangemort de Severus, bien qu'ils n'aient pas été mis au courant de tous les détails. Mais il ne leur laissa pas le temps d'y réfléchir plus amplement et poursuivit :
- Pour l'Ordre, tout ne sera pas perdu pour autant en cas d'échec ! Si j'échoue, si je ne parviens pas à Lui faire croire tous les mensonges que je vais Lui rapporter à mon retour, c'est la mort, et une mort bien lente, qui me sera réservée… Par contre pour l'Ordre, vous n'aurez perdu qu'une bataille, laissant échapper un Horcruxe et l'effet de surprise, mais vous n'aurez pas perdu la guerre pour autant !
- Que voulez-vous dire par « tous les mensonges » ?
- Et bien Molly, je ne vais tout de même pas révéler tout ce que l'Ordre sait à Vous-savez-qui ! Je ne souhaite surtout pas qu'il sache que ces deux derniers mois, j'ai renoué avec l'Ordre et que j'ai été « réintégré ». Enfin, réintégré, façon de parler ! « Vu la confiance que l'on m'accorde, réintégration est un bien grand mot » ajouta-t-il intérieurement.
- Et qu'allez-vous inventer pour justifier votre disparition de la circulation, si vous ne lui avouez pas avoir renoué avec nous ? Parce que partout votre absence a été remarquée. Vous-savez-qui aussi a dû la remarquer ! Répliqua Sturgis.
- Je m'en doute ! Mais je ne vais certainement pas lui dire que j'ai repris contacts avec les membres de l'Ordre. Bien entendu, il me réintégrerait dans ma fonction d'espion au sein de l'Ordre pour le mangemorts, mais il se méfierait de nouveau de moi. Et alors là, adieu, les précieuses informations ! Quant à ce que je compte dire, cela ne regarde que moi ! Vous n'aurez qu'à faire courir le bruit que vous ne parvenez pas à me localiser, ni l'Ordre, ni le Ministère.
- Bien ! Puisque vous ne voulez rien nous dire ! Mais ça ne nous donne toujours pas la solution quant à ce médaillon. Répondit le vieil homme.
- Je pense qu'au final Severus a raison ! Il n'y a pas que du négatif dans sa proposition. Je la trouve même en fin de compte prodigieuse et ingénieuse ! Très Serpentarde certes, mais très ingénieuse ! Fit enfin Minerva, ayant écouté attentivement tous les arguments et ayant pesé soigneusement le pour et le contre.
- Mais vous n'y pensez pas Minerva ! s'écria Nayasta
- Vous perdez la raison ! Désolé, mais là, je ne vous suis pas ! répondit Dedalus.
Severus perdit tout espoir de leur faire entendre raison. Excédé et résigné, il s'avança d'un pas déterminé vers Potter et lui tendit le médaillon. Ce dernier, ne s'attendant visiblement pas à ce geste, en resta bouche bée, incapable de faire le moindre mouvement ou d'articuler le moindre mot.
- Puisque la plupart reste indécis, je crois qu'il vous revient à vous, Monsieur Potter, de décider du devenir de cet Horcruxe. Fit Severus. J'espère seulement que vous prendrez la bonne décision !
Harry n'en revenait pas : son ancien professeur honni lui remettait le médaillon et lui laissait la décision finale ! Impossible !
Severus observait le jeune homme d'un regard intense, plein d'espoir et en même temps plein de résignation, s'attendant à un refus de la part de Potter, qui préférerait probablement détruire l'objet. Il ne lui restait plus qu'à trouver autre « chose digne d'intérêt » pour son retour. Mais là, il n'avait vraiment pas d'idées ! L'idée de l'Horcruxe lui avait paru tellement génialissime, qu'il ne voyait pas ce qu'il pouvait trouver d'autre ! En outre, il aurait pu faire d'une pierre deux coups. « Mais résigne toi ! Tu es avec des couards et des crétins congénitaux ! Et dire, qu'ils espèrent gagner la guerre ! Et bien, c'est pas gagné justement ! »
Harry se saisit du médaillon, d'une main un peu tremblante, le regardant avec une étrange lueur de satisfaction. Puis il releva les yeux vers l'homme en noir qui se tenait toujours devant lui et l'observait intensément. Devait-il lui faire confiance ? Pouvait-il lui faire confiance ? Et s'il optait pour cette idée, qui, bien que risquée, pouvait se révéler très brillante si elle réussissait, que risquait-il ? Et si finalement ce plan échouait, et si finalement Snape les trahissait, comme le traître qu'il était en réalité, que perdrait-il réellement ? Prendrait-il finalement le risque ? Toutes ces questions lui taraudaient l'esprit, brouillant ses réflexions.
Au fond de lui, une petite voix lui disait de faire confiance à cet homme, qu'il n'était pas ce qu'il paraissait être, qu'il était digne de confiance et qu'il était peut-être le seul à pouvoir l'aider réellement. Cette petite voix lui rappelait Dumbledore… Mais une autre voix, la voix de sa raison, lui criait que les faits parlaient d'eux-mêmes, qu'en fait ce n'était qu'un meurtrier et un dangereux Mangemort… Quelle voix suivre ? Que choisir ?
Finalement, après de longues minutes de silence pesant et lourd d'attente, Harry prit une grande inspiration. Sa décision était prise.
- J'adopte votre plan, Monsieur Snape ! répondit enfin le Survivant.
Tous restèrent cois, incrédules. Avaient-ils bien entendu : Harry Potter, le Survivant, ancien élève de Griffondor, qui détestait Snape et qui disait ne pouvoir faire confiance à ce traître, venait d'acquiescer à une idée de l'ancien mangemort ! Ils devaient avoir mal compris ! Mais quand Harry reprit la parole, ils ne pouvaient se leurrer plus longtemps.
- Je vous suis, Monsieur Snape ! J'espère seulement faire le bon choix et que je ne serai pas déçu. Sachez que sinon, vous le regretteriez amèrement.
Il tendit alors le médaillon à Severus, qui, pour la première fois de sa vie, restait figé et muet devant le jeune homme. Il sentit Potter prendre sa main, y placer le médaillon au creux de sa paume puis refermer ses doigts sur l'objet métallique. Severus regarda un instant l'objet qu'il tenait dans la main, puis le jeune homme aux yeux d'émeraude, les yeux de Lily...
- J'espère, dans ce cas, ne pas vous décevoir Potter. Fit-il de sa voix la plus suave, mais dépourvue de tout ironie ou de tout cynisme.
