Merci à tous les fidèles reviewers dont Bohemio, Lone Wolf et Aulandra 17.

Pour répondre à l'une de vos questions : oui severus et ses enfants vont apprendre à mieux se connaître au fil des chapitres, mais de là à se rapporcher... Peut-être avec le temps. En tout cas, Lone Wolf tu as raison, les choses seront un peu plus facile avec sa fille...

Et oui, severus est un incompris, et pas qu'au sein de l'Ordre. Mais de même il serait difficile de quitter l'Ordre comme ça, il en a besoin, tout comme l'Ordre a besoin de lui...

Enfin, voici le dernier chapitre de cette semaine. Je ne sais pas quand je pourrai poster le suivant, donc profitez-en bien...

CHAPITRE 24 : Joyeux Noël !

25 Décembre. Noël.

Il détestait Noël. Cette effervescence, qui frémissait dans l'air et les secouait tous, adultes comme enfants. Toute cette agitation.

Et tout ça pour quoi ? Pour une stupide fête, d'origine moldue en outre. Il détestait les fêtes, particulièrement cette fête. Fête de quoi d'ailleurs ? De partage ? Foutaise ! De l'amour et de l'amitié ? Que de balivernes ! Que de vains mots ! Ils avaient perdu toute signification pour lui depuis si longtemps!

Il avait préféré rester seul, laissant les autres à leur fébrile excitation. Depuis la veille, ils étaient tous à la préparation de la décoration, de mets culinaires les plus farfelus, et d'autres fantaisies sans queue ni tête.

Il préférait ne pas participer, mais surtout ne pas les voir si frénétiques et si joyeux. Il préférait rester seul, comme toujours, drapé dans sa froideur et son indifférence la plus totale. Enfin, en apparence…

Pour lui, ces fêtes ne signifiaient rien, rien depuis tant d'années. Pour lui, ces fêtes n'étaient que de lointains souvenirs, désagréables et douloureux, qui lui laissaient encore aujourd'hui un étrange goût aigre et amer dans la bouche. Le goût de la violence. Ces fêtes ne signifiaient pour lui que violences supplémentaires, et plus violentes que jamais.

Joie ? Il ne connaissait plus ce mot depuis longtemps. L'avait-il connu un jour au juste ? Attente frétillante de l'échange des cadeaux ? Bonheur de partager un bon repas ensemble ? Non pas pour lui. Lui était un éternel solitaire, détesté de tous et qui détestait tout le monde.

Non, pour lui : désespoir, tristesse et mélancolie. Il avait finalement décidé de rester dans le laboratoire de la cave, son laboratoire désormais, à concocter diverses potions et accroître le stock déjà en partie reconstitué pour l'Ordre. Ah les potions ! Ses seules amies, qui le rassuraient, le calmaient et lui susurraient tant de choses dans leur chaudron bouillonnant, sans jamais porter de jugement ni d'accusation sur lui, ou sur ce qu'il faisait. A ces pensées, Severus émit un léger ricanement qui résonna durement dans le silence glacial de la cave. « Quelle ironie, Severus ! Comparer des potions à des amies ! Ce n'est pas comme si tu n'avais jamais eu d'amis, n'est-ce pas ? »

Il avait déjà bien avancé concernant le stock en question, et s'accordait un moment de détente à retravailler un de ses anciens projets de recherche laissé à l'abandon depuis son départ de Poudlard. Une potion anti-douleur et revigorante plus efficace que celles existantes, une potion capable d'annihiler tous les effets du Doloris en une seule prise. Voire de les prévenir si possible.

Jusque là, les essais s'étaient révélés de cuisants échecs. Il ne parvenait pas à rendre les ingrédients compatibles ou alors la potion suffisait pour un Doloris mais pas pour plusieurs, ou encore ne se conservait pas assez longtemps.

Il avait abandonner la plupart de ses recherches il y a près de un an, mais il était temps de s'y replonger.

Il consulta rapidement l'horloge du laboratoire accrochée au-dessus de la porte. Treize heures. Minerva avait essayé de lui arracher la promesse de venir les rejoindre pour le midi et de rester avec eux l'après-midi. Mais il n'avait rien répondu, rien promis. Il n'avait vraiment pas envie de passer cette maudite journée avec tous ces chacals de Griffondors ignares. Mieux valait encore s'enterrer vivant !

Malheureusement, la nouvelle directrice de Poudlard avait dû lire dans ses pensées, bien qu'à distance, car il entendit à l'instant même un coup timide contre le bois brut de la porte.

- Entrez ! Fit-il d'une voix sèche.

Minerva entrebâilla la porte timidement et passa la tête par l'ouverture.

- Severus, je vous dérange peut-être ?

- Bien sûr, Minerva ! Mais puisque le mal est fait, entrez donc. J'ai fini de toute façon.

Elle obtempéra donc sans plus attendre et vit tout un armada de fioles, remplies cette fois, toutes de couleurs les plus variées les unes que les autres, dans l'armoire au fond de la pièce. Quand avait-il trouvé le temps de faire toutes ces potions ? Pas ce matin tout de même ? Si ?

- Je vois que vous n'avez pas perdu votre temps pour rendre ce laboratoire utile !

- Minerva, si vous me disiez directement pourquoi vous êtes descendue, répondit Severus abruptement, sachant en fait pertinemment bien la raison de cette intrusion dans son antre.

- Je venais vous chercher Severus. Nous n'attendons plus que vous pour commencer les festivités.

- Je pense que vous vous passerez très bien de moi ! Les festivités n'en seront que plus joyeuses !

- Non Severus ! Votre sens de la fête nous manquerait, assurément ! Allez, ne faîtes pas l'enfant, ne vous faîtes pas prier plus que nécessaire et venez nous rejoindre.

- Minerva !

- Severus !

- Et si je refuse ?

- Et bien, nous n'aurons plus qu'à descendre tous ici pour festoyer.

Il voyait mal comment résister à la détermination et à l'entêtement de cette femme. Albus avait vraiment déteint sur elle, à n'en pas douter ! Mais il ne pouvait pas s'y soustraire plus longtemps. De toute façon, elle ne le lâcherait pas jusqu'à ce qu'il cède.

- Soit. Je range et je vous suis. Lâcha-t-il, résigné.

Les yeux de Minerva pétillèrent de victoire. Elle avait gagné ! Ce qui n'était pas un mince exploit face à cet homme.

Arrivés à la cuisine, ils pénétrèrent dans une pièce devenue tout autre. Severus l'aurait à peine reconnue, s'il n'avait pas su où il était. Les murs étaient comme repeints dans des tons chauds mais non agressifs, avec nombre de guirlandes et autres décorations accrochées, de ci, de là. Des bougies flottaient vers le plafond, constellé d'étoiles et autres astres célestes… La table était également ornementée d'une nappe rouge et verte, un magnifique bouquet de fleurs aux diverses senteurs trônant sur la table. Un sapin avait visiblement été installé dans le salon d'à côté, également décoré dans les mêmes tons.

Tous s'y étaient donnés à cœur joie pour apporter une note de gaieté à cette demeure sinistre. Et le résultat était plus que probant, chacun affichant un sourire de satisfaction et d'indicible excitation. De nombreux paquets cadeaux attendaient sagement au pied du splendide sapin, chacun attendant en trépignant d'impatience le moment de les distribuer et de les ouvrir.

Mais à l'instant, l'heure était au repas, les cadeaux viendraient après. Tous étaient déjà attablés. Il ne manquait plus que nos deux compères qui prirent place, comme d'habitude côte à côte, mais cette fois en milieu de table. Ce qui eut le don d'agacer Severus, sans compter tous les regards insistants tournés vers lui.

- Puisque tout le monde est enfin prêt, nous pouvons peut-être commencer ! S'exclama Molly, sur un ton enjoué, tout en commençant à servir chacun.

Le repas se fit dans la joie et la bonne humeur, seul Severus restait silencieux et impassible, l'effervescence ambiante l'opprimant plus qu'autre chose. Minerva tenta à plusieurs reprises de le débrider, mais sans succès.

Vint alors le moment de distribuer les cadeaux, moment tant attendu par tous, ou presque. Severus ne s'attendait pas à recevoir un quelconque cadeau – et de qui d'ailleurs ? – mais il était tout de même resté, comme Minerva le lui avait demandé, ou plutôt ordonné. C'est alors avec étonnement qu'il vit son ancienne collègue s'avancer vers lui, et lui tendre un paquet oblong. Ne voyant aucune réaction du jeune homme ténébreux, Minerva s'assit à ses côtés, posa le dit paquet sur la table et le glissa en face de Severus.

- Joyeux Noël Severus ! Fit-elle simplement, sans plus d'explication, malgré le sombre regard interrogateur qu'il lui lançait.

Tous les autres membres, pourtant occupés à ouvrir leurs propres cadeaux, s'arrêtèrent instantanément, curieux de voir ce que Minerva avait bien pu offrir à l'ancien Mangemort.

- Je ne suis pas sûr de bien comprendre !

- Voyons Severus ! Ca me paraît pourtant clair : nous sommes Noël, et à Noël, les gens s'échangent des cadeaux, non ? Vous en aviez pourtant pris l'habitude à Poudlard.

- Mais…

- Allez Severus ! Ouvrez donc ! Ca ne va pas vous manger.

Bon gré mal gré, il reporta son attention vers le fameux paquet, plus long que large, et s'en empara d'une main hésitante. Il était assez léger, donc ce n'était pas un livre. Mais que pouvait lui avoir offert Minerva ? D'habitude c'était soit un livre, soit une bonne bouteille de vieux Whisky Pur Feu, soit une blague de très mauvais goût de ses collègues du style chaudron décoré pour Noël… Mais là, ça n'y ressemblait pas !

Il défit alors fébrilement le papier qui l'enveloppait. Il sut aussitôt, en voyant la boîte, ce qu'était son cadeau : une baguette ! Minerva avait pensé à lui offrir une baguette ! Mais comment pouvait-elle être sûre que celle-ci lui conviendrait ? D'ordinaire il fallait que le sorcier la teste lui-même : c'était la baguette qui choisissait son sorcier, pas l'inverse !

Il observa Minerva un long moment, l'interrogeant silencieusement du regard, chargé d'étonnement et d'incompréhension.

Celle-ci ne répondit rien et se contenta de l'encourager d'un signe de la main, à ouvrir la boîte. Ce qu'il fit sans plus attendre. Il souleva lentement le couvercle, la main tremblante. Il se revoyait plus de vingt ans auparavant dans la boutique d'Ollivander, accompagné de Dumbledore lui-même, pour choisir sa première baguette.

Il se revoyait enfant, alors âgé de neuf ans, enfin officiellement onze, les cheveux noirs, l'air pantelant et perdu, avec le vieil homme à ses côtés, devant le comptoir d'Ollivander. Cela faisait un petit bout de temps qu'ils étaient dans la boutique, essayant baguette sur baguette, une bonne vingtaine, voire plus, ayant déjà défilé entre les mains du jeune garçon, sans trouver celle qui lui convenait véritablement. Severus commençait vraiment à désespérer, se demandant ce qui clochait chez lui, Dumbledore se demandant quant à lui si le jeune âge du garçon pouvait expliquer cette difficulté à trouver sa baguette.

- Se pourrait-il ?... Avait fini par dire Ollivander, en laissant sa phrase en suspens, avec un air méditatif et mystérieux, qui ne fit qu'augmenter l'appréhension de Severus. Puis le vieil homme partit on ne sait où, vers l'arrière de la boutique.

Il revint enfin, après une bonne dizaine de minutes d'absence, avec une vieille boîte poussiéreuse, le regard soudain pétillant et adressant un sourire plein de sous-entendu à Dumbledore.

- Je l'avais rangée dans un coin abandonné, n'ayant jamais trouvé de sorcier adapté à cette baguette. Cela fait près de cent cinquante ans qu'elle attend acquéreur maintenant. Elle n'a jamais trouvé personne lui correspondant. Tenez, essayez-la, jeune homme. Fit Ollivander.

Severus se saisit du bout de bois sombre que lui tendait l'homme, avec une pointe d'appréhension et de désespoir. Trouverait-il jamais ? Il sentit alors instantanément un fourmillement et un picotement agréable au bout de ses doigts, dès qu'il frôla la dite baguette, et tout son être fut envahit d'une puissant onde, quand il la brandit à pleine main. Une aura bleu sombre et argentée l'enveloppa tout entier. C'était merveilleux… magique !

- Je crois que nous avons enfin trouvé votre baguette, Monsieur Snape ! Bois de sapin, 33,75 centimètres, assez souple, facile à manier, pour droitier ou gaucher, contenant en son cœur une serre de phoenix. On ne fait plus de telle baguette de nos jours, les serres de phoenix ne sont plus usitées. Il s'agit d'une baguette très puissante, très difficile à maîtriser… Seul un sorcier doté d'une grande force d'âme peut s'adapter à une baguette de ce genre.

Severus se sentait fier tout à coup : c'était une baguette puissante, oui, il pouvait le sentir entre ses doigts ! Et cette baguette l'avait choisi lui ! Et lui seul !

Il releva le regard vers Albus Dumbledore qui se tenait toujours auprès de lui, et qui affichait un large sourire bienveillant, ainsi qu'une lueur de fierté dans son regard pétillant. Se pourrait-il que le vieil homme soit fier de lui ? Et pourquoi d'ailleurs, il n'avait rien fait de spécial ? Il sentait qu'il y avait autre chose. Ollivander avait eu un regard plein de sous-entendu à l'intention de Dumbledore en apportant la baguette. Que lui cachaient les deux hommes ? Qui avait-il exactement ?

Il observa de nouveau la baguette qu'il tenait toujours en main et ses précédentes interrogations s'envolèrent aussitôt, comme elles étaient venues. Après tout, que lui importait-il, s'il tenait là, la baguette qui lui correspondait ?

Belle et somptueuse baguette d'ailleurs : assez fine et légère, ni trop souple ni trop rigide, sombre avec de magnifiques arabesques finement ciselées à même le bois, formant comme un pommeau, l'autre extrémité étant lisse. Il passa la baguette de sa main droite à sa main gauche. Elle avait une bonne prise aussi dans la main gauche… Il était en effet ambidextre, et comptait bien développer cette faculté aussi question sortilèges…

Tout à coup, une sinistre réflexion vint assombrir sa contemplation : cette baguette avait un prix, un prix qui devait être élevée, au vu du fin ouvrage qu'elle représentait. Il avait bien entendu quelques gallions que sa mère lui avait laissés en guise d'héritage, et Albus Dumbledore lui avait accordé une bourse d'étude pour son entrée à Poudlard. Mais cela était déjà tout juste suffisant pour s'acheter tout le matériel, les manuels et les costumes, qu'il devait le plus souvent prendre d'occasion d'ailleurs, alors s'acheter une si somptueuse baguette… Elle devait être hors de prix !

Il releva un regard triste mais déterminé vers Ollivander et reposa respectueusement la baguette dans son étui, en disant d'un ton étrangement mâture et fier pour un enfant :

- Je vous remercie Monsieur Ollivander. C'est une baguette somptueuse et magnifique, mais je doute qu'elle soit dans mes moyens.

- Oh, je vois ! Je peux certainement revoir mes prix. Il serait vraiment dommage que cette baguette attende de nouveau cent cinquante ans pour trouver un si bon acquéreur !

- Merci, mais je ne saurai accepter.

- Voyons mon garçon ! Répondit à son tour Dumbledore. C'est moi qui vous l'offre. Ceci est mon cadeau de bienvenue à Poudlard !

Severus était perplexe.

- Pourquoi, vous, Directeur de Poudlard, me feriez-vous un tel cadeau, à moi, un simple élève de première année ?

Severus sentait qu'il y avait anguille sous roche. En général les gens ne faisaient pas de cadeau sans raison et sans rien demander en retour. Que pouvait donc bien vouloir le vieux directeur ? Qu'allait-il lui demander en échange ? Et surtout qu'est-ce qu'un insignifiant garçon de son âge pouvait bien offrir à un tel homme ?

- Parce que, Severus, vous n'êtes pas un simple élève ! Lui répondit tranquillement le dit directeur. Pour moi, il n'y a pas de simples élèves, chacun est unique. Vous êtes unique. Et je dirai même plus, vous êtes spécial, cette baguette vient de nous le prouver, pour vous avoir choisi, vous, et personne d'autre.

Severus continua de l'observer, sceptique et méfiant. Dumbledore comprit la méfiance et la retenue du jeune garçon, ce qui l'attrista au plus au point. Comment un garçon si jeune pouvait-il être si mâture, et surtout si méfiant envers toute personne ? Qu'avait-il vécu au juste pour être si introverti et toujours si distant, comme sur ses gardes ?

Dumbledore connaissait les sinistres événements qui avaient eu lieu les mois précédents à l'orphelinat, mais se pourrait-il que la situation soit plus grave encore ? Se pourrait-il qu'il y ait autre chose ? Son père ? Pourtant, les autorités moldues semblaient croire que Tobias Snape était innocent des accusations qu'on lui portait concernant la mort de sa femme, mère du garçon. Il n'avait pas encore été relâché, son procès n'étant pas encore fini, mais ce n'était qu'une question de temps. Se pourrait-il que finalement il ne soit pas si innocent que ça ? Que cachait ce jeune garçon au fond de lui ?

- Allez, Severus ! Faîtes-moi l'honneur d'accepter ce cadeau. Cette baguette n'attendait que vous. Continua Dumbledore.

- De toute façon, si vous ne la prenez pas, personne ne la prendra jamais. Je désespérai de la vendre un jour. Au lieu de vingt gallions, je vous la cède pour dix ! Ajouta le vieux marchand, en faisant un clin d'œil à Dumbledore, clin d'œil que ne vit pas Severus, perdu dans ses pensées.

- Dix au lieu de vingt ! Répéta ce dernier, songeur, tout en recomptant les gallions qui lui restaient dans la paume de sa main. Mais il ne lui en restait que sept, et il devait encore s'acheter le nécessaire à potions…

Ce geste n'échappa à Dumbledore, qui intervint alors :

- Je vois qu'il vous reste sept gallions. Je vous fais une proposition, Severus : il vous reste encore le nécessaire à potions à acquérir, un gallion devrait vous suffire. Ce qui vous laisse six gallions pour la baguette. Je complète pour faire dix et cette baguette est enfin vôtre. Considérez cela comme une avance sur votre prochaine bourse.

Severus restait dubitatif. Il détestait être redevable à quelqu'un, mais le vieil homme semblait sincère et ne rien vouloir en échange. Mais il avait déjà tant fait pour lui ! Il l'avait sorti de l'orphelinat, Severus ne pouvant y rester après cet horrible incident et son père étant toujours en détention provisoire jusqu'à la fin de son procès, qui ne se terminerait pas avant quelques semaines.

Il lui avait évité d'être banni de la société sorcière – à cette pensée il ne put retenir un frisson – et il l'avait défendu à son procès… car, oui, il y avait eu un procès à son encontre, à la Section pour Délinquance des Mineurs du Département de la Justice au Ministère de la Magie, concernant le meurtre qu'il avait commis sur la personne de Monsieur Grascot, surveillant de l'orphelinat moldu, où il avait été placé en attendant le procès de son père…. Il avait été disculpé grâce au plaidoyer de Dumbledore, qui avait insisté sur le fait qu'il s'agissait d'un horrible accident et d'un acte de légitime défense, et sur la détresse de Severus…

Il est vrai que, depuis, Severus était encore plus renfermé qu'à l'accoutumée, plus distant, plus perturbé, plongé fréquemment dans ses songes, occultant parfois totalement le monde extérieur, et revivant en pensée cet événement qui l'avait marqué à vie. Il avait développé depuis une remarquable faculté de se fermer totalement aux autres, de ne rien montrer de ce qu'il ressentait et surtout de fermer son esprit. Dumbledore lui avait parlé d'occlumencie, une ancienne magie, très développée apparemment dans la famille Prince, la famille de sa mère, mais qui se manifestait rarement si jeune. En général, cette faculté se développait vers l'âge de la majorité. Seuls des événements traumatisants pouvaient expliquer un développement précoce de cette capacité psychique. Le traumatisme qu'il avait vécu, quelques semaines auparavant, était sans doute à l'origine de ce qui lui arrivait. Il devait maintenant apprendre à maîtriser ce don. Car pour Albus Dumbledore, l'occlumencie était un don, et non une fatalité !

Le vieil homme lui avait offert en outre une deuxième chance, un avenir même : il lui avait offert de rentrer à l'école de sorcellerie de Poudlard dès la prochaine rentrée, soit trois semaines seulement après l'accident en question, alors qu'il n'était âgé que de neuf ans… un événement sans précédent avait-il entendu dire… Cette proposition avait suscité un véritable remue-ménage au sein du Ministère, qui déjà avait été réticent à l'idée de disculper un jeune meurtrier, même si c'était de la légitime défense, et qui voyait d'un mauvais œil qu'un jeune délinquant soit initié si tôt à la magie…

Cependant l'influence de Dumbledore était apparemment grande : il avait assuré que Poudlard était le meilleur endroit pour assurer la surveillance du jeune garçon et la sécurité de la société sorcière, qu'en outre Severus était largement en âge de commencer son initiation de la magie, comme il l'avait déjà démontré en déclenchant cet incendie, et qu'il était donc préférable qu'il apprenne dès maintenant à contrôler son pouvoir… Le Ministère avait finalement cédé.

Bien entendu, cela devait rester secret, son jeune âge n'aurait manqué de susciter moult questions, auxquelles ni lui, ni Dumbledore, ni le Ministère n'aurait voulu répondre. Il était donc convenu qu'il se ferait passer pour un garçon de onze ans aux yeux de tous, tous les documents officiels ayant été alors falsifiés à cet effet, changeant sa date de naissance du 09 janvier 1961 au 09 janvier 1959. De toute façon, quelle importance, deux ans de plus ou de moins ? Il était de taille assez grande pour son âge pour pouvoir passer pour un garçon de deux ans de plus, même si du coup il ferait plutôt petit pour onze ans ! Et il se sentait intimidé de se retrouver avec des enfants tous plus vieux que lui, et surtout de leur mentir continuellement sur ce fait. Mais qu'importe ! Il avait une deuxième chance et il devait la saisir, quels que fussent les sacrifices à faire pour en bénéficier !

Dumbledore lui avait de plus assuré un refuge pour les trois semaines restantes avant la rentrée, l'ayant installé au chaudron baveur, sous la responsabilité du gérant de l'hôtel, très gentil bien que parfois sinistre. Dumbledore avait également insisté pour l'accompagner en personne sur le chemin de traverse pour faire ses achats pour la rentrée à Poudlard, bien que Severus lui avait assuré pouvoir se débrouiller seul. Mais le vieil homme lui avait expliqué que c'était aussi une des conditions de son entrée à Poudlard, que pour le moment il ne pouvait être livré à lui-même, le Ministère ayant ordonné qu'il reste sous surveillance permanente jusqu'à nouvel ordre !

C'est ainsi qu'il se retrouvait sur le chemin de traverse à faire les divers magasins en compagnie d'Albus Dumbledore, illustre Directeur de Poudlard, ce qui lui valait les regards étonnés des quelques élèves présents, et surtout la bienveillance de tous les commerçants. Le jeune garçon était reconnaissant de tant d'attention, mais aussi gêné, bien qu'au fond il ressentait aussi une faible lueur d'espoir et de bonheur l'envahir… Peut-être qu'il pourrait lui aussi connaître enfin le bonheur à Poudlard, peut-être qu'on ne le considérerait plus comme un monstre ou une erreur de la nature ? Peut-être…

Dumbledore avait remarqué que, de nouveau le jeune garçon était perdu dans ses pensées, tête baissée et paume ouverte sur les quelques gallions restants. « Fâcheuse tendance à se perdre dans ses songes ! Espérons que les cours et les études lui fassent perdre cette mauvaise manie et lui changent les idées ! » Pensa le directeur.

- Alors ? Acceptez-vous ma proposition Severus ? Demanda-t-il

Severus sortit aussitôt de sa demie-torpeur et adressa un regard plein d'espoir au vieil homme. Devait-il finalement accepter ? Après tout, quel mal y avait-il ? Il avait tellement envie de cette baguette. Jamais dans sa courte existence, il n'avait réclamé quoique ce soit, jamais il n'avait fait de quelconque caprice comme tant d'enfants gâtés, jamais ! Etait-ce un caprice de désirer si ardemment cette baguette ? Si le vieil homme lui proposait si généreusement, qu'est-ce qui l'empêchait d'accepter ? Sa fierté ? Son orgueil ? Mais de toute façon, n'avait-il pas déjà dû les écraser et les étouffer au fond de lui depuis tant d'années ? Alors un peu plus ou un peu moins ? Et puis il ne s'agissait que d'un emprunt en quelque sorte… Sa décision était prise.

- Merci ! Fit Severus comme toute réponse. Cette fois, sa voix était sincère.

Severus sentit tout à coup une main sur son bras droit, ce qui le sortit instantanément de ses vieux souvenirs. Il remarqua alors qu'il s'était arrêté dans son mouvement, laissant la boîte entrouverte seulement.

Il observa un moment Minerva, qui l'avait ainsi stoppé dans ses songes, mauvaise habitude qu'il n'avait, en fin de compte, pas tout à fait perdue, puis reporta son attention à nouveau sur la boîte. Il l'ouvrit enfin totalement pour révéler une baguette d'un bois blanc, presque doré, extrêmement travaillée. La baguette d'Albus Dumbledore !

Minerva se jouait-elle de lui ? Comment pouvait-elle penser un seul instant lui donner cette baguette. Jamais il ne pourrait y toucher !

- Mais, comment… pourquoi… pourquoi cette baguette…

- Il vous faut une baguette, Severus ! En voici une, qui vous conviendra parfaitement !

- Mais Minerva, c'était celle de… celle de…

Les mots lui manquaient, s'étranglant dans sa gorge nouée. Elle devait se moquer de lui !

- Oui, c'est la baguette d'Albus Dumbledore.

Severus tourna brusquement la tête vers elle, la foudroyant du regard. Elle répondit alors à son interrogation muette, avant même qu'il n'ait eu le temps de prononcer un seul sarcasme.

- Oui Severus. Ne me regardez pas ainsi ! Il m'a semblé difficile pour vous d'aller chercher votre baguette vous-même, vu tous les avis de recherche placardés à chaque coin de rue, sans compter que tout le monde vous connaît. Vous n'auriez pas passé le pas de la porte du magasin, que vous auriez déjà été arrêté !

Severus lui fit signe d'aller plus vite dans ses explications et de cesser de tourner autour du pot, lui lançant en même temps un regard noir impatient et exaspéré.

- Oui, bon ! Donc, j'ai décidé d'aller la chercher pour vous. J'avais gardé contact avec Monsieur Ollivander, bien qu'il se soit caché, et je suis donc allée le trouver. Avec sa mémoire illimitée, il s'est tout de suite rappelé les caractéristiques de votre baguette. « Inoubliable ! Puissant baguette ! » A-t-il ajouté même.

- Passons les détails, s'il vous plaît ! Dîtes moi plutôt pourquoi cette baguette ? Fit Severus de plus en plus exaspéré par le babillage incessant et infructueux de Minerva.

- Et bien, Monsieur Ollivander m'a expliqué comment remplacer une baguette cassée. Selon lui, le moyen le plus simple est de trouver la baguette jumelle, qui devrait convenir sans trop de problème au sorcier, surtout dans votre cas, vu la difficulté pour trouver une baguette vous correspondant ! Il n'y a effectivement que peu de différence entre deux baguettes jumelles, seule la puissance, ou l'aura, peuvent varier de l'une à l'autre.

- Et ? Commença sérieusement à s'impatienter Severus, craignant d'avoir compris où Minerva voulait en venir.

- Et quelle ne fut pas ma surprise quand Monsieur Ollivander m'a révélé que votre ancienne baguette n'est autre que la jumelle de celle-ci. Répondit-elle en désignant la baguette précieusement posée devant eux dans son écrin.

Un lourd silence tomba dans la pièce. Avaient-ils tous bien entendu ? La baguette de Severus n'était autre que la jumelle de celle de Dumbledore ? Impossible ! Et qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ? Severus pour sa part, n'en revenait pas.

- La jumelle de la baguette d'Albus Dumbledore ! Répéta-t-il, sidéré. Il le savait !

- Qui le savait ?

- Albus ! Il le savait ! Il était présent quand j'ai choisi, enfin plutôt quand la baguette m'a choisi. Tous ces regards insistants et ces sous-entendus entre Monsieur Ollivander et lui ! C'est pour ça qu'il a tant insisté pour que je la prenne !

Il contempla un instant la fameuse baguette, puis, après un moment d'hésitation, il repoussa délicatement la boîte vers le milieu de la table, comme s'il s'eut agi d'un cadeau empoisonné et dangereux.

- Je ne peux pas, Minerva ! C'était une délicate intention, mais je ne peux pas !

- Severus, je comprends parfaitement. Mais je ne crois pas que vous ayez le choix. Il vous faut une baguette.

- Je le sais bien ! Mais pas celle-ci ! Je ne peux pas ! Tout sauf celle-ci, autant se passer de baguette.

- Severus ! Soyez raisonnable !

- Ne me demandez pas l'impossible ! Vociféra-t-il.

- Essayez-la au moins ! Répliqua-t-elle, d'un ton toujours calme mais autoritaire.

- Non ! S'entêta-t-il.

- Severus ! Je vous en prie ! Je suis sûr qu'Albus voudrait qu'elle vous revienne, à vous et à personne d'autre. « Plus têtu, on meurt ! » pensa-t-elle.

- Minerva ! Fit-il d'un ton plus suppliant.

- Severus !

Elle rapprocha de nouveau lentement la boîte vers lui.

Elle avait raison, il le savait ! Il aurait énormément de mal à trouver une baguette convenable, si jamais il parvenait à en trouver une, un jour. Et il savait qu'Albus aurait effectivement voulu que cette baguette lui revienne. « Comme il a voulu que ce soit toi qui le tues ! » Se dit-il. Que devait-il faire ? Devait-il accepter ? Serait-ce une offense à la mémoire d'Albus que d'accepter ? Ou au contraire de refuser ? Et avait-il réellement le choix au final ?

Au bout d'un certain temps, il tendit enfin une main tremblante vers la baguette, comme si sa main agissait de son propre chef, irrésistiblement attirée par l'objet. Il laissa ses doigts courir le long du fin morceau de bois, si insignifiant à première vue. A peine effleura-t-il le bois, qu'il sentit affluer en lui une puissante énergie, plus puissante encore qu'avec son ancienne baguette.

Il s'en saisit alors, encore quelque peu hésitant. La prise en main était facile, la baguette était légère, finement sculptée, mais cette fois tout le long, les arabesques étant plus originales et fantaisistes que pour sa jumelle. Une aura d'un bleu sombre puis plus clair l'enveloppa, tout comme la première fois chez Ollivander.

Il changea de main et fut surpris de constater que celle-ci aussi convenait parfaitement à un droitier comme à un gaucher.

- Laissez moi deviner ! Fit-il enfin, au bout de plusieurs minutes de silence. Bois d'Olivier, 33,75 centimètres, assez souple, facile à manier, pour droitier ou gaucher, contenant en son cœur une serre de phoenix.

- Oui vous avez vu juste ! Selon Monsieur Ollivander, la seule différence avec la vôtre est le bois.

Severus se contenta de hocher la tête, incapable de répondre à haute et intelligible voix.

- Je serai curieuse de savoir en quel bois était faite votre ancienne baguette, Severus. Se permit de demander McGonagall.

- Bois de sapin. Répondit-il seulement.

- Oh je vois ! Le sapin, le mystère, un bon goût exceptionnel, attitude digne et discrétion, plutôt introverti, mais ambitieux, exceptionnellement doué et travailleur, personne fiable sur qui l'on peut compter… Cela vous va très bien en effet. Et bien maintenant vous voilà avec de l'Olivier, symbole de la sagesse et d'un sens très développé de la justice !

Severus n'eut pas le goût de répliquer. Personne ne souffla mot d'ailleurs. Tous étaient encore trop sous le choc. Décidément, ils en apprenaient beaucoup ces derniers temps sur cet homme si mystérieux et si glacial qu'était Severus Snape. Enfin, pas si glacial que ça, en y regardant de plus près…

« Je ne peux pas ! » pensa-t-il en son fort intérieur. « Effectivement, c'est comme si cette baguette avait toujours été mienne, je le sens en moi, je sens cette énergie se fondre en moi, comme pour la précédente. Comme si elle faisait partie intégrante de moi-même. Mais on parle de la baguette d'Albus ! Ai-je seulement le droit de prendre cette baguette ? Oh doux Merlin, que faire ? Que me conseilleriez-vous si vous étiez là, Albus ? Mais tu le sais, Severus ! Il te la donnerait sans attendre ! Il te demanderait de l'accepter sans hésiter ! Alors que décides-tu, Severus ? »

Il regarda une dernière fois McGonagall, qui enlaça sa main sur celle de Severus pour resserrer ses doigts autour de la baguette.

- Acceptez Severus ! Albus se vexerait sinon ! Lui fit-elle en souriant.

Cette dernière remarque fit sourire Severus intérieurement. En quelque sorte, Minerva avait raison : il voyait très bien Albus leur faire cette moue caractéristique dont il avait le secret, quand il voulait faire croire qu'il était vexé.

Celui acquiesça finalement d'un signe de tête et lui répondit en un murmure :

- Merci Minerva.

Fin du chapitre 24