Aux reviewers toujours là pour m'encourager : mille et un mercis.
EmmaD : Alors j'espère ne pas te décevoir, mais toujours pas de Nuwan à l'horizon, non cette fois place à Mixiel...
Bohemio : et bien Severus va encore plus se dégeler... J'espère que cette suite te plaira tout autant...
Sushi-powa : Le chapitre où Severus va affronter Voldemort ne va pas tarder, mais c'est pas encore pour ce chapitre...Toujours pas beaucoup d'action, pas beaucoup non plus de souvenirs ou de flash back sur le passé de Severus, non juste un petit peu de relationnel entre certains perso... J'espère que ça ne te décevras pas trop?!
Polgarra : Après Nuwan et severus, voilà Mixiel et severus... J'attends avec hâte tes commentaires.
Aulandra : Voici la suite tant réclamée en espérant qu'elle te plaise...
Lone Wolf : Oui Severus est humain et se dévoile un peu plus...Alors toujours pas de conversation père/fille, mais père/fils... enfin pas vraiment une conversation... J'attends avec avidité tes réactions à ce noveau chapitre...
CHAPITRE 25 : Joyeux Anniversaire Severus !
Severus pouvait presque dire que ces derniers jours s'étaient bien passés, voire qu'ils avaient été agréables. Oui agréables ! Il sentait étrangement moins d'animosité de la part des autres membres. On ne pourrait affirmer qu'il était mieux accepté, non, pas tout à fait. Les regards se faisaient toujours méfiants et quelque peu inquisiteurs, mais il y avait moins de répliques acerbes, les discussions pouvaient même être courtoises, il se sentait un peu plus toléré.
« Comme si ce que pensent les autres de toi t'importait réellement, Severus ! Reprends toi enfin ! Ne sois pas stupide ! Tu te ramollis avec l'âge à force de côtoyer tous ses Griffondors ! » Mais au fond de lui, ce que les autres pensaient lui importaient plus qu'il ne l'aurait voulu et admis. Plutôt mourir que de se l'avouer !
Il passait tout de même plus de temps avec les autres, traînant dans le salon du rez-de-chaussée, flânant dans les différents ouvrages et écoutant mine de rien les diverses conversations, bien qu'anodines. Il essayait de profiter du peu de temps qu'il lui restait encore avant de retrouver ses « amis Mangemorts ». Plus que deux jours ! Deux petits jours !
Cet après-midi, Potter et le jeune Weasley avaient décidé de jouer une partie d'échec. Severus observait du coin de l'œil la partie, désespérant des piètres capacités de Potter à ce jeu. Comme toujours Weasley allait gagner ! Trop facile pour lui, Potter n'était pas à la hauteur ! Mais ce gamin arrogant n'arrivera donc jamais à faire entrer quoi que ce soit dans son crâne ou quoi ? Ce jeu n'était pas si compliqué tout de même ! Si ? En fait depuis quelques jours, ça le démangeait d'intervenir…
Soudain après deux ou trois coups, il n'y tint plus.
- Je serai vous, Potter, je ne ferai pas ça ! Ou sinon vous allez vous faire prendre votre reine et perdre, encore une fois. Lança-t-il d'une voix soyeuse et froide.
Harry se retourna vers l'homme, qui, pour la première fois qu'il était avec eux, prenait part à leurs activités, ce qui n'était pas pour lui plaire. Il le regarda, stupéfait et mécontent. Ron, quant à lui, observait son ancien professeur de potions avec un air contrarié. Pourquoi fallait-il que Snape s'en mêle, alors qu'il allait pouvoir se débarrasser de cette partie si rapidement. Non pas qu'il n'appréciait pas de jouer avec Harry… enfin si un peu. Harry était vraiment trop nul aux échecs et Ron désespérait de pouvoir lui apprendre à jouer convenablement un jour.
- Et que suggéreriez-vous donc ? Rétorqua finalement Harry, sur un ton de défi.
- Et bien je déplacerai tout de suite ma reine en H6, quitte à sacrifier ma tour… Au moins j'éviterai un échec et mat dans les trois prochains coups !
Ron était sidéré ! Snape savait jouer aux échecs, et plutôt bien apparemment ! Si Harry suivait ses conseils, en tout cas c'est ce que Ron ferait à sa place, cela relancerait la partie… Quel genre d'adversaire serait Snape aux échecs ? Les parties seraient peut-être intéressantes ? Au fond, Ron aurait aimé faire une partie avec lui, histoire de voir… par curiosité… Mais on parlait de Snape, quand même !
- Alors Snivellus, tu te targues de savoir jouer aux échecs, maintenant ?! Fit Sirius, qui assistait lui aussi à la partie pour encourager son filleul. Intéressant ! Mais je suis sûr que tu es incapable de battre Ron. Il est extrêmement doué et personne ici n'a encore réussi à le mettre échec et mat.
Severus, qui jusque là n'avait pas daigné lever le nez de son livre, releva la tête et toisa les trois Griffondors présents. On le mettait au défi, là, non ? Le croyait-on vraiment incapable de battre ce jeune morveux aux échecs ? Bon, c'est vrai que Weasley se révélait assez bon, mais croyait-on vraiment que, lui, Severus Snape, serait incapable de rivaliser avec cet avorton ?
- Et bien peut-être qu'il n'a pas encore rencontré le bon adversaire ! Répondit-il. Ce qui n'est pas si étonnant que ça d'ailleurs, au vu des habitants de cette maison.
- Parce que tu crois pouvoir être le bon adversaire ?
- En doutes-tu, Black ? Serait-ce si étonnant pour ta petite cervelle ?
- Je ne demande qu'à voir !
Severus reporta alors son attention sur le jeune Weasley, le jaugeant momentanément du regard. Et s'il se laissait prendre au défi ! Ce serait peut-être intéressant. Et cela faisait si longtemps qu'il n'y avait pas joué ! Il arqua alors légèrement un sourcil interrogateur à l'intention du jeune rouquin. Celui comprit tout de suite la question informulée de son ancien professeur et, en guise de réponse, commença à remettre les pièces à leur position de départ. Ce qui vexa quelque peu Harry, mais celui-ci s'abstint de tout commentaire. Peut-être d'ailleurs tenaient-ils là l'occasion de rabaisser définitivement le verbe acerbe de Snape ?!
Les lèvres de Severus s'étirèrent alors légèrement en un rictus carnassier, tel un prédateur qui a flairé sa proie, pouvant presque évoquer un sourire. Il se leva du fauteuil où il était assis précédemment, y abandonnant son livre, et se dirigea vers la petite table où était installé le plateau de jeu.
- Monsieur Potter, vous permettez ?
Ce dernier se leva, bon gré mal gré, et se plaça debout derrière son ami, pour observer la partie. Severus s'assit alors nonchalamment à la place libérée par Potter, en face de Weasley. Rémus choisit ce moment pour faire son entrée et resta cloué sur place, sur le seuil, à la vue du jeune Griffondor en face de son aîné Serpentard, prêts à s'affronter aux échecs.
- Que se passe-t-il ici ? Demanda-t-il timidement à son ami animagus resté lui aussi debout, légèrement en retrait.
- Snivellus va jouer contre Ron, il va se faire battre à plat de couture ! J'ai hâte de voir ça !
- Severus et Ron, jouer ensemble aux échecs ? Qui l'eut cru ?!
- Ne fais pas cette tête Lupin, on dirait que tu as vu un revenant. Lui siffla Severus.
Mais les deux compères ne prêtèrent pas attention à ses sarcasmes et Sirius reprit :
- En tout cas, nous allons pouvoir savourer la défaite monumentale de Snivellus, lui qui se croit toujours si supérieur à tous !
- A ta place, je ne parierai pas sur la défaite de Severus. C'est un excellent joueur. Le nombre de fois qu'il a battu le Professeur Dumbledore ! Rétorqua Rémus.
- Et bien on verra !
- Attends, il faut que je prévienne les autres, cela s'annonce trop historique pour manquer un tel événement.
En deux minutes à peine, tous déboulèrent dans le salon pour pouvoir assister à la partie, alors que Ron finissait de remettre les pièces.
- Les noirs ou les blancs, Monsieur Weasley ?
- N'importe !
- Alors je vous laisserai les blancs, si cela vous convient.
Ils tournèrent alors le plateau pour que les pièces blanches se retrouvent en face de Ron.
- Comme c'est étonnant ! Snivellus prend les Noirs ?!
-Cccchhhhhuuut Sirius ! Siffla Tonks, ce qui le fit taire instantanément.
La partie commença alors. Beaucoup plus ardue que prévue, que ce soit pour Ron ou pour Severus. Cela faisait maintenant près d'une heure trente de jeu, et ils n'arrivaient toujours pas à se départager.
« Très bon joueur ce Weasley ! Finalement il n'est pas si bon à rien que ça ! Les parties avec lui sont même plus amusantes qu'avec Albus. Ce qui n'est pas peu dire ! Bon d'accord Albus était un bon joueur aussi, mais un peu lent parfois. Tandis que ce jeune garnement ! Bon, Severus concentre toi sur la partie : alors si tu bouges ta reine, tu sacrifies ton fou et tu exposes ton cavalier, mais tu ouvres une brèche, alors que si tu bouges ton fou, tu ne pourras faire échec et mat avant trois coups, mais tu conserves tes dernières pièces maîtresses. »
Severus était ainsi en train de réfléchir, quand il eut un éclair subit. Mais bien sûr : s'il bougeait son cavalier, il pouvait distraire Weasley, et aux prochains coups il avançait sa reine puis son fou pour faire échec… Pourquoi ne l'avait-il pas vu avant ? Il opta donc pour cette solution et déplaça son cavalier. Ron observa l'échiquier pendant quelques secondes, puis leva un regard dépité vers son adversaire. Snape avait gagné ! Snape venait de le faire pat et avait gagné ! Quoiqu'il fasse, il le mettait en échec en deux coups… Il laissa alors tomber son roi, indiquant par là qu'il accordait la victoire à Snape.
Celui-ci lui tendit un regard que Ron n'avait encore jamais rencontré chez son ancien professeur. Snape le regardait avec une lueur de victoire certes, mais se mêlait au fond de ses prunelles autre chose : fierté ? Joie ? Non, c'était autre chose, comme si… comme si Snape le regardait pour la première fois, comme s'il découvrait quelque chose en Ron qu'il n'avait jamais vu…
- Et bien, Monsieur Weasley, cela fait longtemps que je n'avais pas rencontré un adversaire tel que vous. Même Albus ne jouait pas de la sorte !
Ron n'en revenait pas ! Il rêvait ou Snape, son ancien professeur honni, venait de lui faire un compliment ? Soudain, l'audace lui prit de demander une autre partie :
- M'accorderiez-vous une revanche, Monsieur ?
Severus considéra la question un instant. Il n'était que le milieu d'après-midi, mais il avait encore tellement à régler avant son départ… Cependant ne pouvait-il pas s'accorder ce petit moment de détente ? Il n'en aurait peut-être plus d'autre avant un bon moment, alors autant en profiter. Il répondit alors sur un ton suave et doucereux :
- Mais bien sûr, jeune homme !
Ils commencèrent donc une nouvelle partie, au milieu de tasses de thé et de gâteaux et d'une ambiance bon enfant, tous observant avec attention la joute entre le jeune Griffondor et l'ancien directeur de Serpentard si détesté. Au bout de deux heures de lutte, ce fut Ron qui parvint à arracher la victoire, avec un sourire jusqu'aux oreilles.
- Cette fois, je vous ai battu Professeur ! S'enhardit-il à dire.
Severus était, quant à lui, partagé entre l'agacement et le vif intérêt que le jeune homme venait d'allumer en lui. La réplique de Weasley l'avait en même temps amusé et perturbé. Cela avait sonné comme un cri du cœur, la fierté d'avoir battu son ancien professeur perçant au fond de cette voix encore juvénile. Mais quelle fâcheuse manie avaient-ils tous de toujours l'appeler encore Professeur !
Cela ne faisait que raviver de mauvais souvenirs, et surtout lui rappelait cruellement sa situation : situation d'un criminel honni, et d'un ancien professeur déchu. Toute sa vie, il avait voulu faire croire, et surtout se faire croire à lui-même, qu'il détestait l'enseignement, les élèves n'étant que des cornichons sans cervelle, ineptes à l'art subtil des potions. Mais au fond de lui, il avait appris à apprécier ce métier, les élèves et Poudlard lui manquaient. C'était dur de se l'avouer, mais oui, tout ça lui manquait !
Severus opta alors pour la seule solution qui se prêtait à lui, pour lui permettre de garder contenance :
- Quand cesserez-vous donc de m'appeler Professeur ? Combien de fois faudra-t-il vous le répéter ? Siffla-t-il, faisant s'effacer instantanément le sourire du visage de Ron.
L'ambiance jusque là assez joviale se refroidit du même coup. Molly regarda alternativement Ron et Severus d'un air contrit. Elle comprenait la réaction de l'ancien professeur : cette appellation devait sans cesse lui rappeler ce qu'il avait perdu, mais ce qu'il pouvait être dur tout de même ! Elle savait que son fils ne l'avait pas appelé ainsi intentionnellement. C'est vrai qu'il pouvait être maladroit parfois ! Mais était-ce une raison pour le rabrouer de la sorte ?
Elle sentait aussi que les deux hommes avaient chacun apprécié ce moment, presque de complicité. Ils se découvraient une facette, que ni l'un ni l'autre n'avait soupçonné chez l'autre… et voilà comment gâcher un si bon moment ! Elle se décida à intervenir, pour essayer de rattraper la situation.
- Donc vous comptez chacun une victoire ! Il ne vous reste plus qu'à faire une troisième partie pour vous départager.
Severus releva le regard vers la femme. Vraiment surprenante ! Elle avait le don de détourner les conversations houleuses vers des sujets anodins, d'une façon si étonnante et déconcertante ! Mais souvent cela marchait, et parfois même elle parvenait à détendre l'atmosphère. Quelle sacré bonne femme cette Molly ! Ses lèvres s'étirèrent légèrement en coin à cette pensée.
Molly prit ceci pour un sourire, ce qui en était un certainement, mais si imperceptible qu'il aurait cru que personne ne l'aurait détecté, et elle lui répondit à son tour par un sourire franc. Il regarda subrepticement l'heure affichée à l'horloge : il était dix-sept heures. Si leur partie prenait deux autres heures, ils auraient fini vers dix-neuf heures, et il ne resterait qu'une heure avant le repas. Il n'aurait donc pas le temps d'entreprendre quoi que ce soit ce soir, s'il optait pour une troisième partie. Se laisserait-il tenter ou resterait-il sur un échec ? Non, un Serpentard digne de ce nom ne reste pas sur un échec !
- Pour ma part, je serai assez pour. Je vous dois bien une revanche, nous n'allons pas nous quitter sans nous départager ! Rétorqua le jeune Weasley.
Severus fut assez surpris par son audace, mais finalement se décida et acquiesça, sans un mot. Un sourire de conquérant éclaira le visage du jeune Griffondor, qui tourna alors l'échiquier pour prendre les blancs. Il s'apprêtait à avancer un des pions, quand une main vint se poser doucement sur son épaule. Il releva la tête, ébahi et curieux de savoir ce que lui voulait cette main, quand il croisa deux onyx noirs. Non pas ceux de son ancien professeur, mais ceux de Mixiel.
- Pourrais-je ? Demanda simplement celui-ci.
Ron ne savait que dire ni comment réagir. Devait-il accepter de céder sa place ? Que faire ? Il était en fait assez embarrassé : il n'osait refusé à l'homme ténébreux qui se tenait à ses côtés, mais en même temps que dirait Snape ? Après tout c'était lui, Ron, qui avait demandé cette troisième partie ? Que dirait Snape, s'il la cédait à un autre ? Il regarda alors Severus avec un air indécis. Celui-ci comprit l'indécision du jeune homme.
- La décision vous revient, Monsieur Weasley ! Je ne me vexerai pas quelque soit votre décision. Fit-il sur un ton parfaitement neutre, tout en reportant son attention sur son double, plus jeune de presque vingt ans.
Au fond de lui, Severus aurait bien aimé aussi entreprendre cette partie avec Mixiel, son fils. Quel joueur pouvait-il être ? Pourraient-ils apprendre à se connaître un peu mieux par ce biais ? Après tout, qu'importe la méthode, du moment qu'il pouvait essayer de se rapprocher un peu de ses enfants !
- J'aimerai assez tenter l'expérience, si ça ne vous dérange pas Ron. Je vous promets une autre partie en échange, quand vous le souhaiterez. Insista Mixiel.
Ron céda donc, ne pouvant lui refuser cette partie avec son père, et se leva pour lui donner sa place. Cette partie allait s'annoncer elle aussi intéressante : Snape père et fils, jouer l'un contre l'autre !
Mixiel s'installa posément. Il désigna d'un simple geste de la main les pièces blanches qui étaient devant lui, proposant par là même à Severus de les prendre. Celui-ci refusa poliment, lui accordant alors le privilège de commencer.
Tous observaient la scène, plutôt curieux et assez stupéfaits de la conversation silencieuse entre les deux hommes. De simples gestes leur suffisaient pour communiquer, comme si toute parole était devenue inutile, voire futile et mal venue… Vraiment étrange !
Mixiel lança alors le début de la troisième partie, au milieu des chuchotements et bavardages à voix basse, tous observant avec attention cette joute qui s'annonçait passionnante.
Le jeu était serré, une fois encore, comme si chacun décelait les intentions de l'autre avant même qu'ils aient pu mettre en place leur stratégie respective. Mais aucun d'eux ne se départit de son calme. Ils restaient tous deux impassibles, indéchiffrables, si semblables et si différents à la fois, si calmes et si bouillonnants en même temps… Aucune parole n'avait été prononcée entre eux, seuls des regards lourds de signification, d'attente et d'interrogations avaient été échangés, chacun évaluant l'autre et cherchant à percer un peu plus la personnalité de son adversaire. Le père et le fils, dans une joute à la fois amicale et tendue.
Au milieu de la partie, toutefois, ils furent interrompus par un événement pour le moins inattendu.
- Quel est ce grand oiseau noir ? Cela fait un petit bout de temps qu'il ne cesse de planer dans les environs au dessus du quartier ! S'exclama Sirius, qui s'était approché de la fenêtre.
- Quel oiseau ? Demanda Rémus, se positionnant alors à côté de son ami.
- Celui-là, là-bas ! Fit l'animagus, en pointant une silhouette sombre qui se profilait sur le ciel de fin de soirée.
- Je ne le reconnais pas, mais effectivement, on dirait qu'il cherche quelque chose ou quelqu'un. Quelqu'un ici attend-il du courrier ? répliqua le loup-garou.
Severus quitta alors son siège pour regarder à son tour. Quand il aperçut enfin l'ombre de l'oiseau se détacher sur le fond bleu gris, il sentit un frisson lui parcourir l'échine et tout son corps fut pris d'un spasme à peine perceptible. Il aurait reconnu cette silhouette entre mille ! Mais… impossible ! Comment avait-il fait pour le trouver ?
Mais il ne l'avait pas trouvé ! Se rassura-t-il. Il te cherche encore ! Sinon il t'aurait livré son message bien plus tôt.
- Mais qu'y a-t-il Snivellus ? Tu es blême tout d'un coup !
« Oui Black je suis blême ! Et tu le serais aussi à ma place ! » Pensa Severus, mais il se contenta de lui jeter un regard assassin.
Il sortit alors abruptement de la pièce et se rendit dans le jardin. Les autres le suivirent du regard et le virent s'arrêter au milieu du petit terrain, pour regarder le ciel, puis toucher son avant bras gauche délicatement. L'oiseau fondit alors sur lui, et une fois arrivé à sa hauteur, lui tendit un paquet assez long, accompagné d'une lettre cachetée de cire rouge sang. L'oiseau se posa majestueusement sur le sol herbeux, s'offrant un moment de répit après son long périple et attendant apparemment une réponse.
Les membres témoins de la scène n'en croyaient pas leurs yeux : se tenait devant eux un somptueux aigle royal noir, au port altier et d'un envergure impressionnante, presque la taille d'un homme. Il arborait un air fier et digne, mais Severus ne parut pas en avoir peur outre mesure et vint flatter l'oiseau, comme si de rien n'était. Il s'empara ensuite du paquet laissé à terre et rentra dans le salon, laissant l'oiseau seul un instant.
Il ignora superbement les autres membres qui le fixaient ostensiblement du regard, et vint poser son paquet sur le linteau de la cheminée. Il prit l'enveloppe, la retournant plusieurs fois entre ses mains fébriles, puis se décida enfin à l'ouvrir.
Son sang se glaça et ne fit qu'un tour quand il reconnut l'écriture. C'était bien Lui ! Mais que lui voulait-Il donc, ils ne devaient pas se revoir avant deux jours. Aurait-Il changé d'avis finalement ? Ses mains tremblèrent quelques secondes, puis, se ressaisissant, il parvint à contrôler ses spasmes nerveux et lut lentement la lettre.
Cher Severus !
Je tenais à me rappeler à ta mémoire, non pas qu'elle me semble défaillante, bien au contraire ! Mais je souhaitais te montrer que je ne t'oublie pas et qu'il me tarde de te voir revenir parmi nous, en espérant bien sûr que tu nous offriras un présent digne de toi !
En attendant, j'espère que mon présent pour ton anniversaire te fera plaisir. Je te l'ai envoyé un peu plus tôt, ne sachant quand mon ami te trouverait !
A bientôt de te revoir !
Ton Maître !
« Quel culot ! Un cadeau d'anniversaire ? Depuis quand faisait-Il des cadeaux d'anniversaire ? Qu'est-ce que ça cachait encore ?
- De qui est-ce ? Demanda Molly timidement.
Mais Severus garda le silence, perdu dans ses pensées, troublé et agité intérieurement pour répondre à leurs questions insistantes.
- Severus, de qui est-ce ? Insista Tonks. Mais elle ne reçut toujours que le silence en réponse.
Black arracha alors la lettre des mains de Snivellus et la parcourut rapidement des yeux.
- Lui ! Cracha-t-il. Comment a-t-il osé ? Et comment as-tu osé laisser cet oiseau rentrer ici ? Mais tu es fou Snivellus ?
Un frisson glacial parcourut la salle : Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom !
- Voldemort ! S'exclama Potter
- Oui, Lui ! Répondit enfin Severus qui reprenait peu à peu pied. Et quant à l'oiseau, ne t'inquiète pas, Black, ce n'est pas lui qui révélera l'adresse de ta demeure ! Il a juste senti mon énergie magique et le lien de la Marque, mais on ne peut pas me localiser ici, avec toutes ces protections qui dissimulent la maison, tant que je ne le souhaite pas. C'est pourquoi il tournait en rond jusqu'à ce que je l'appelle.
- Mais c'est risqué ! Il pourrait peut-être localisé l'oiseau, ou que sais-je encore ?!
- Non, Tonks ! Il ne le peut pas. Et il aurait été bien plus risqué de ne pas répondre.
Se disant, il se dirigea vers le paquet qui attendait toujours d'être ouvert, et s'en saisit presque religieusement. Il commença à défaire l'emballage en papier et dégagea ainsi une boîte oblongue d'environ un mètre de long, assez légère. Il reposa la boîte sur le linteau et l'ouvrit précautionneusement, quand soudain, il sentit dangereusement siffler à son oreille, en même temps que des cris de stupeur et d'effroi se faisaient entendre dans son dos.
Heureusement, ses réflexes d'espion étaient toujours aussi aiguisés, et il avait pu neutraliser à temps l'objet non identifié qui lui avait sauté au visage, en sortant de la boîte. Or après un rapide examen, cet objet non identifié n'était autre qu'un long serpent de moins d'un mètre, à la peau blanc nacré et aux yeux rouges : un naja albinos, non mâture ! Un des plus agressifs ! Severus le tenait actuellement d'une main, la gueule du serpent grande ouverte, tout croc dehors, à quelques millimètres seulement de son visage, l'animal se tortillant frénétiquement entre ses doigts.
Il éjecta violemment le serpent au sol au milieu de l'attroupement des membres, qui faisaient un cercle presque parfait, et le stupéfixia aussi vite qu'il le put. Heureusement, là aussi, ses réflexes étaient vite revenus et il s'était bien adapté à sa nouvelle baguette !
Le serpent était comme pétrifié, alors qu'il se dressait déjà de toute sa hauteur, sifflant et menaçant, vers Severus. Celui-ci s'accroupit, pour mieux fusiller le serpent du regard et l'observer attentivement.
- Quelle charmante attention ! Murmura-t-il d'une voix dangereusement basse et menaçante. Je vais lui en faire manger, moi, des najas !
- Qu'est-ce ? Demanda Nuwan, intriguée, inquiète, mais en même temps un peu fascinée. Fascinée par cet homme, par ses surprenants réflexes et son aplomb, par son arrogance aussi, et par le magnifique serpent, qu'elle n'avait encore jamais eu l'occasion de voir.
- Un naja ! Un naja albinos ! Certainement le petit frère de Nagini, l'animal de compagnie fétiche de Vous-Savez-Qui. Susurra-t-il d'une voix mielleuse et pleine de mépris.
Il se redressa alors vivement, et se rassit à la place où il était encore quelques minutes avant cet incident. Il poussa délicatement l'échiquier, en prenant garde de ne déplacer aucune pièce, puis conjura du parchemin, une plume et de l'encre, rouge. Il réfléchit quelques secondes avant de griffonner sa réponse.
« Seigneur,
Votre cadeau m'a touché au plus haut point et a su me montrer la profonde estime dans laquelle Vous me tenez pour me faire un présent si précieux.
Je pense toutefois être bien incapable de pouvoir assurer ses besoins. Il me semblerait peut-être plus judicieux de Vous le confier, et Nagini serait certainement heureux de cette nouvelle compagnie. Je suis en outre certain qu'il Vous serait d'une plus grande utilité qu'à moi-même et ne saurai Vous priver d'un tel compagnon si essentiel.
Je me permets donc de Vous retourner Votre présent, en Vous remerciant encore de cette délicate attention.
Dans l'impatience de Vous rejoindre, Votre dévoué serviteur.
SS »
- Lèche-lui encore plus les bottes, pendant que tu y es ! Siffla Sirius, qui avait lu sa missive par-dessus son épaule pendant qu'il l'écrivait.
- Je ne te demande pas ton avis, Black !
- Vous ne croyez pas que c'est un peu osé ? S'enquit Molly, qui elle aussi s'était penchée en avant pour mieux lire par-dessus la table.
« Mais c'est pas possible ! On ne peut rien garder de privé dans cette maison de demeurés ! » Pensa-t-il.
- Si, bien sûr que si, c'est osé ! Répondit-il, acerbe et crispé. Mais en y mettant les formes… ajouta-t-il, sans finir sa phrase, tout en jetant un regard sombre à Black.
Il poussa ce dernier un peu rudement, reprit le serpent en main, le déposa précautionneusement dans la boite et défit le sort tout en fermant hermétiquement la boîte. Il refit l'emballage, et y joignit la lettre, puis porta le tout à l'oiseau toujours posté dans le jardin. Il attacha le colis à une des serres, et d'une voix douce donna ses instructions à l'oiseau, qui s'envola aussitôt dans un bruissement d'ailes splendide.
Severus resta quelques instants à observer l'oiseau s'éloigner sur l'horizon, les traits crispés et le regard perdu vers de lointaines pensées. Il se tira enfin de sa contemplation pour rentrer dans la salle où tout le monde l'attendait. Il se dirigea d'un pas assuré vers la chaise qu'il avait quitté, se rassit devant l'échiquier, qu'il redressa doucement, et sans un mot déplaça sa reine, montrant par ce geste que la partie pouvait reprendre.
Mais, apparemment, ces compagnons n'étaient pas prêts de passer outre cet événement.
- Pouvez-vous nous expliquer de quoi il s'agit au juste ? Vous ne pouvez tout simplement pas prétendre qu'il ne s'est rien passé. Nous devons en parler ! S'exclama Tonks, franchement inquiète.
- Il n'y a rien à dire à ce sujet ! Répliqua-t-il.
- Mais enfin, Severus ! Cet incident pourrait avoir de fâcheuses conséquences. Vous ne pouvez le nier. Nous devons en parler à Minerva !
- Oui je sais tout cela Molly ! J'en parlerai à Minerva en temps et en heure avant de partir. Mais pour l'instant il n'y a rien à ajouter. Il n'y a aucun risque pour le moment. Et l'Ordre ne risque rien de toute façon !
- Mais… Tenta de protester Nuwan
- Il est temps de finir cette partie, ce me semble, Mixiel. A moins que cet événement vous ait, vous aussi, trop perturbé pour continuer ?
Le jeune homme se contenta de hocher la tête et avança son fou en regardant Severus d'un air dubitatif. Il était lui aussi quelque peu impressionné par cet homme si ténébreux, si arrogant et si téméraire, mais si ingénu en même temps. Comment pouvait-il rester aussi impassible après… après ça ? Enfin, tant qu'à faire, autant finir cette partie !
La partie dura encore quelque temps, et se finit par un match nul. Ce ne serait pas aujourd'hui qu'on les départagerait ! Mais il était temps cette fois d'aller dîner. Severus prit alors à l'écart Minerva, qui venait de les rejoindre, pour lui faire part de ce qui s'était passé, celle-ci l'écoutant avec attention, mais ne l'interrompant pas dans son récit.
…………………………………………………………………………………………………...
Plus qu'un jour... On était le neuf janvier 1998 ! Neuf janvier ! Date si fatidique et si cruelle pour Severus ! C'était effectivement son anniversaire, mais aussi et surtout l'anniversaire de tant de souvenirs douloureux : en particulier l'anniversaire de la mort de sa mère, tuée par son père… Elle était morte le jour de ses neuf ans. Depuis ce jour, il exécrait cette date ! Depuis ce jour, il ne fêtait plus son anniversaire. Avec qui d'ailleurs ?
Neuf janvier ! C'était aussi l'anniversaire de la mort de Freyja… l'anniversaire de son amour perdu… l'anniversaire de sa propre mort en quelque sorte…
Pour lui, c'était un jour de deuil, de recueillement et de mélancolie. Ceux qui le connaissaient un tant soit peu, savaient qu'il ne fallait pas le déranger un tel jour, qu'il avait besoin d'être seul et de s'isoler. Mais, voilà ! Il était à l'heure actuelle au manoir des Blacks, au quartier général de l'Ordre. Il était impossible de s'isoler et de rester seul pour se recueillir en paix.
Severus était donc sur les nerfs et s'était enfermé dans la bibliothèque de la cave, espérant pouvoir resté seul au moins quelques heures. Il avait besoin aussi de faire le vide dans son esprit, pour se préparer à sa rencontre le lendemain avec le Seigneur des Ténèbres, ce qui n'était pas vraiment facile au vu des circonstances. Il était ainsi plongé dans ses sombres méditations, quand il entendit la porte donnant sur le couloir s'ouvrir derrière lui, et des pas se rapprocher dans son dos.
Il resta assis dans le fauteuil, où il s'était installé, et garda les yeux fermés, sachant pertinemment bien de qui il s'agissait. Molly ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter de son brutal retour au mutisme et venait voir s'il ne manquait de rien dans son refuge. Quelle mère poule, même avec les enfants des autres, et même avec les non enfants d'ailleurs ! Mais qu'est-ce qu'elle pouvait être agaçante aussi parfois, voire étouffante ! Etait-il si difficile de comprendre qu'il voulait être seul ?
- Que me vaut l'honneur de votre visite, Molly ? Fit-il d'une voix froide et basse, qui fit frémir la femme.
Comment savait-il que c'était elle ? Et quelle voix gutturale, à vous glacer le sang ! Elle avait beau connaître Severus depuis quelques années maintenant, elle l'avait rarement entendu de la sorte, et commençait à mieux comprendre ce que lui racontaient les trois Griffondors sur la terreur des cachots de Poudlard !
- Je venais juste voir comment vous alliez et si vous aviez besoin de quelque chose.
- Je n'ai besoin que de solitude, Molly ! Rien d'autre !
- Minerva est en haut. Je crois qu'elle aurait aimé vous voir, mais elle n'osait pas vous déranger.
- Elle connaît mes habitudes et sait qu'il est mal venu de venir me déranger un jour comme aujourd'hui. Mais ne frissonnez pas de la sorte, voyons, je ne vais pas vous tuer pour ça ! Répondit-il de sa voix mélodieuse et légèrement moqueuse.
Comment avait-il senti qu'elle avait légèrement frémi à ses paroles, alors qu'il avait gardé les yeux fermés et qu'il avait toujours le dos tourné ?
-Nous avons aussi observé un oiseau qui planait depuis quelques minutes au dessus du quartier, comme la dernière fois. Peut-être de nouveau un message pour vous ?
- Sans doute ! Vous auriez dû commencer par là ! Rétorqua-t-il, cette fois franchement agacé.
« Aucun sens des priorités ces Griffondors ! Aucun sens de la réflexion ! A croire qu'ils ne savaient vraiment pas se servir de leur cerveau ! Mais que pouvait-Il encore bien lui vouloir ? Car je suis sûr que c'est encore un message de Sa part !» Pensa-t-il tout en se levant lentement et d'un air las.
Il ne l'avait pas appelé, Severus n'avait pas senti la Marque le brûler, donc Il ne devait pas vouloir le convoquer plus tôt que prévu. Alors que lui voulait-Il ? A moins… à moins que ce ne soit un message d'un autre Mangemort ?! Mais qui ? Seul Lucius osait lui écrire, chaque année, en ce jour fatidique ! Se pourrait-il que… ? Normalement il devait encore être emprisonné à Azkaban… Se serait-il finalement évadé ou l'aurait-on fait évader ? Mais les Aurors devraient être au courant dans ce cas…
Sa curiosité l'emporta sur ses considérations nostalgiques et sur ses apitoiements égoïstes. Il monta donc au rez-de-chaussée et se dirigea vers le jardin, sans un regard pour les membres présents à la cuisine, dont Minerva et Pompom. Il leva les yeux aux ciels, se les protégeant du soleil éblouissant à l'aide de sa main, et vit effectivement un oiseau tournoyer au dessus de lui. Mais celui-ci ne pouvait toujours pas le trouver, à moins qu'il ne l'appelle.
Il s'agissait toujours du même volatile que celui envoyé il y a quelques jours, il répondait donc à la Marque. Severus toucha le sombre tatouage qui balafrait son bras gauche et, sans plus d'hésitation, l'aigle plongea vers lui.
Severus défit la lanière retenant la lettre à la serre de l'oiseau et, aussitôt libéré de son fardeau, ce dernier repartit, n'attendant visiblement cette fois aucune réponse. Il reconnut tout de suite le cachet de la lettre.
Il rentra dans la demeure, les yeux fixés sur le morceau de parchemin, et s'installa dans le salon jouxtant la cuisine, devant la cheminée. Il défit précautionneusement le cachet, et commença à lire les fines arabesques élégantes et aristocratiques.
« Cher ami,
Je ne t'ai pas oublié en ce jour si particulier pour toi, et viens, comme chaque année, te souhaiter, par la présente, un bon anniversaire !
J'en profite également pour t'annoncer mon retour en ce monde. Je ne peux malheureusement pas t'en révéler davantage, mais il me tarde de te revoir dans peu de temps, nous avons tant à nous dire !
A bientôt !
L. »
Aussitôt la lecture finie, le parchemin se consuma de lui-même et il ne resta bientôt qu'un petit tas de cendres, que Severus vaporisa d'un gracieux coup de baguette magique.
- Alors tu aurais finalement des amis, Snivellus ! Fit Sirius, plus qu'irrité par cette attitude hautaine du Maître de potions. De qui s'agissait-il et que te voulait-il ? Encore un des tes chers amis encapuchonnés, je présume. Et plutôt parano sur les bords pour prendre de telles précautions.
- Rien qui ne te regarde, Black ! Répondit Severus, égal à lui-même.
- Rien qui ne me regarde ? Alors que tu donnes l'autorisation à ces oiseaux de venir ici, chez moi, au risque de révéler l'emplacement du quartier général de l'Ordre !
- Je vous ai déjà assuré qu'il n'y avait aucun risque ! Les oiseaux ne pourront se souvenir de leur destination exacte. Même si le serment de fidelitas ne marche pas sur eux, il est impossible de leur soutirer une adresse quelconque. Et même si un dispositif de traçage avait été placé sur eux, il serait impossible de localiser précisément cette demeure en les suivant. Faut-il te rappeler qu'elle est incartable ? Elle ne figurerait sur aucun plan, aucune carte, et il est alors impossible de voir où l'oiseau s'est posé.
- En es-tu certain ? Où cherches-tu simplement à nous embobiner pour mieux nous livrer à ton maître ? Répliqua Sirius, fou de rage.
- Sirius ! Calmez-vous ! J'espère Severus que ce que vous dîtes est vrai. Fit McGonagall à son tour.
- Minerva, je ne vous ferais courir aucun risque inutile ! Lui rétorqua Severus, avec un rictus dédaigneux sur les lèvres, tout en la rejoignant à la cuisine.
- De qui était ce message ? demanda-t-elle finalement.
- D'un… ami ! fit Severus, lançant un regard noir très évocateur à Black. J'ai bien peur de devoir vous annoncer l'évasion de Lucius Malefoy de la prison d'Azkaban.
- L'évasion d'Azkaban ?! S'exclama-t-elle. Mais comment a-t-il pu ? Et pourquoi Maugrey ou Kingsley ne nous ont-ils pas tenu au courant ?
- Je n'en sais pas plus, je ne saurai donc répondre à vos questions, mais sa lettre était très claire sur ce sujet. Je devrai en savoir davantage dès demain !
Tout à coup, les cris de la mère Black rugirent dans l'entrée, indiquant l'arrivée de nouveaux venus. Kingsley et Maugrey firent alors irruption dans la cuisine, visiblement fatigués et de forte mauvaise humeur.
- Bonjour Minerva ! Nous venons vous apporter une mauvaise nouvelle.
- Asseyez-vous donc Messieurs. Je vous écoute ! Fit celle-ci, les traits tirés de contrariété et s'attendant au pire.
- Les détraqueurs ont définitivement quitté Azkaban, et même pire, ont attaqué la prison et fait libérer tous les prisonniers. Certains ont pu être rattrapés à temps, mais un certain nombre nous a échappé, dont tous les Mangemorts présents… commença Kingsley.
Tous étaient consternés. L'évasion de Malefoy senior s'expliquait donc ainsi, mais apparemment il n'était pas le seul à s'être évadé. Ils avaient l'impression de revenir à zéro, de faire un pas en avant et deux pas en arrière…
- Oui, nous venions juste d'apprendre l'évasion de Lucius Malefoy, mais visiblement la situation est bien plus grave encore… Reprit McGonagall, soucieuse.
- Et comment avez-vous su ? Demanda Maugrey, redevenu soudain suspicieux, et son œil mobile se tournant instantanément vers Severus.
- Grâce à moi, effectivement, Maugrey ! Répondit celui-ci, sans laisser le temps à Minerva de dire quoi que ce soit.
- Et comment exactement ?
- Mon très cher ami Lucius a eu l'extrême délicatesse de me prévenir lui-même par lettre ! Continua Severus, sur un ton suave et provocateur.
- Lui-même ? Par lettre ? Continua le vieil Auror, de plus en plus inquisiteur.
- Est-ce si étonnant, Maugrey ? Après tout, nous sommes sensés être proches, Lucius et moi, non ?
- Messieurs, ne recommencez pas ! Nous ne pouvons rien y faire de toute façon. Cette affaire est aux mains du Ministère. Intervint McGonagall.
- Que des incapables ! s'exclama Harry, furieux et bouillonnant de rage. Ils auraient dû s'en douter, depuis le temps qu'on leur dit que les détraqueurs se sont rangés du côté de Voldemort.
Tous tressaillirent à ce nom.
- Et cessez donc de sursauter à chaque fois que je prononce son nom, bon sang ! Vol-de-mort ! Ce n'est pas si difficile tout de même, ce n'est qu'un nom ! Rugit-il, hors de lui.
- Oui, bon ! Reprit McGonagall. Incapables ou non, de toute façon, nous ne pouvons rien y faire pour le moment. Messieurs, reposez-vous donc un moment, vous avez l'air exténués ! Ajouta-t-elle à l'intention des Aurors, qui ne se firent pas prier deux fois et s'installèrent aux places qu'on leur offrait.
- Severus, j'ai quelque chose pour vous. Reprit-elle, plus bas, à l'intention de son ancien collègue.
Celui-ci la regarda un moment, d'un air intrigué et méfiant. Elle le guida à l'écart, le ramenant vers le salon, et ferma la porte doucement derrière eux, pour être à l'abri des regards. Elle se retourna vers lui, avec un air amical et tendre, et lui dit, plutôt abruptement :
- Joyeux anniversaire, Severus !
Il resta quelques secondes sans voix. Elle lui avait souhaité un bon anniversaire ! Il savait qu'elle connaissait la date, mais jamais elle ne lui avait souhaité de vive voix. D'habitude elle le faisait toujours par écrit. Seul Dumbledore lui souhaitait et venait passer quelques instants avec lui chaque année, lui offrant à chaque fois un cadeau symbolique, mais surtout le réconfort de sa profonde amitié. Mais Dumbledore n'était plus, et à vrai dire, Severus ne s'attendait pas à ce que Minerva se manifeste de quelque manière que ce soit. Encore moins à lui souhaiter là, maintenant, devant lui !
Il doutait qu'elle sache exactement ce que cette date représentait pour lui, mais elle devait bien en avoir une petite idée, vu l'air doux et attentionné qu'elle lui offrait à cet instant. Dumbledore devait lui avoir expliqué vaguement que cette date était plus liée pour lui à une sordide tragédie familiale et à de douloureux choix, plutôt qu'à un moment de joie ! Il ne savait comment réagir.
Il était partagé entre l'émotion poignante que cette simple phrase avait remuée en lui, et l'agacement ! Il ne voulait pas de pitié ! Mais non, en y regardant de plus près, Minerva ne semblait éprouver ni du mépris ni de la pitié. Non, une profonde tristesse peut-être… Elle semblait vouloir partager la peine qu'il ressentait, comme Albus en son temps, comme une amie… Comme une amie…
Ces trois mots résonnèrent étrangement dans l'esprit de Severus. Considérait-il Minerva comme une amie, comme il avait considéré Albus ? Et Minerva le considérait-elle comme un ami ? Severus Snape, pouvait-il parler d'amis en fin de compte ?
- J'ai quelque chose pour vous. Continua-t-elle, rompant le silence embarrassant qui s'était installé entre eux. J'ai trouvé ceci dans le bureau du directeur de Poudlard, à votre attention.
Elle lui tendit alors une lettre précieusement cachetée. Severus reconnut, sans même avoir touché le parchemin, l'écriture d'Albus. Une lettre d'Albus ! Il la prit d'une main tremblante, l'observa de longues secondes, et resta là, pantois et troublé, sans entendre Minerva lui murmurer des mots attentionnés à l'oreille, avant de sortir pour le laisser seul.
Il s'installa dans un des fauteuils, et, après de longues minutes de contemplation, il déplia enfin le parchemin et le lut.
« Severus, mon très cher et plus fidèle ami,
Si vous lisez cette lettre, cela signifie que je suis mort, et certainement que vous en avez eu la lourde responsabilité. Je suis sincèrement désolé de vous avoir infligé à nouveau ce supplice, vous qui vous étiez juré de ne plus jamais recourir à de tels actes !
C'est pourquoi je tenais à vous écrire cette lettre, vous qui êtes le seul à qui je pouvais demander un tel sacrifice, vous le seul sur qui je pouvais réellement compter. Vous que je considère comme le fils que je n'ai jamais eu !
Sachez, Severus, mon enfant, que je n'ai jamais été aussi fier, de toute mon existence, que depuis que je vous ai à mes côtés. Avoir eu l'honneur de vous avoir auprès de moi toutes ces années, de guerre et de paix, et de vous voir vous battre vaillamment contre vos démons, courageusement, jour après jour !
Severus, mon garçon, je n'ai pas toujours été là pour vous, j'ai souvent failli et je n'ai pas su vous retenir alors que je vous voyais sombrer dans les ténèbres. Je regrette tant de ne pas avoir su être là pour vous et de ne pas avoir pu vous aider quand il le fallait, mais vous avez eu la force malgré tout de revenir à la lumière, et vous avez tout fait pour réparer vos erreurs. Vous avez tant sacrifié, tout à vrai dire, sans réserve.
Je sais que vous continuerez à tenir votre rôle dans cette maudite guerre et que vous serez toujours là pour aider le jeune Potter. Malgré tout ce que vous pouvez dire à ce sujet, je sais que vous ne le détestez pas autant que vous voulez vous le faire croire. Vous vous ressemblez tant au fond !
Je n'ai jamais rencontré quelqu'un ayant une force d'âme telle que vous ! Je suis fier d'avoir pu être votre ami ! Et j'espère garder une place dans votre cœur !
Oui, Severus, vous avez un cœur ! Même si vous le cachez bien, il est toujours là, et j'espère qu'un jour vous pourrez l'ouvrir à bien d'autres sans crainte et connaître le bonheur que vous méritez. Il est temps que vous puissiez enfin vivre votre vie, mon enfant !
N'oubliez pas qu'il y a pire que la mort ! Gardez courage et foi en l'avenir et en l'amour !
A. Dumbledore, votre ami. »
Des larmes s'étaient échappées des ses yeux noirs au cours de la lecture, et maintenant sa vue était embrumée, Severus pleurant à chaudes larmes, comme un enfant, comme l'enfant qu'il était resté en partie au fond de lui. Il n'avait pas pleuré ainsi depuis tant d'années, il s'était cru incapable de pleurer encore d'ailleurs. Mais pour l'heure, il ne pouvait plus retenir le flot de larmes, ses digues ayant lâché brutalement, des sanglots s'échappant doucement de sa gorge… Il laissa sa peine s'exprimer, complètement submergé, perdant toute maîtrise. Mais de toute façon, il était seul, personne ne le verrait pleurer !
Il passa ainsi plusieurs heures à déverser sa tristesse, puis s'assoupit, épuisé par tant d'émotions si intenses. Son visage était légèrement penché sur le côté, ses joues gardant encore les traces des larmes maintenant séchées, les traits pourtant détendus, le faisant paraître enfin son vrai âge, trente-sept ans. Sa main pendait nonchalamment le long de son corps, la lettre s'étant échappée de ses doigts et étant tombée à terre.
Minerva s'inquiéta de ne pas le revoir pour l'heure du dîner et décida d'aller voir ce qu'il en était. Quand elle entra, elle le trouva ainsi endormi paisiblement dans le fauteuil, la lettre à ses pieds, et remarqua les larmes séchées souillant ses joues légèrement creuses. Elle le contempla un instant, indécise. Il avait besoin de ce moment de paix, avant la tempête qu'il devrait affronter le lendemain.
En fin de compte, Severus était toujours resté, au fond de lui, le jeune homme fragile et timide, qu'elle avait connu en tant qu'élève à Poudlard. Sa froideur, ainsi que ses airs hautains et distants, n'étaient qu'une carapace qu'il s'était forgé au fil du temps, un masque d'indifférence qu'il préférait offrir aux autres, comme pour les dissuader de l'approcher ou de s'attacher à lui. Mais quand on prenait la peine de vraiment le connaître, il était attachant, Albus avait raison : Severus était quelqu'un de bien et méritait mieux que le mépris et la haine que tous lui réservaient !
Elle se décida enfin à le réveiller. Il devait manger quelque chose, demain serait un jour difficile pour lui… Il partirait certainement à l'aube, sans prendre la peine de prendre quoique ce soit, inutile qu'il saute en plus le repas de ce soir. Elle avait décidé de rester au quartier général ce soir et pour la nuit, ne voulant pas le laisser seul.
Elle secoua délicatement les épaules du jeune homme, qui se réveilla en sursaut, brandissant sa baguette instinctivement vers l'intrus qui venait de le réveiller. Il réalisa à temps qu'il s'agissait de Minerva, avant de lui lancer un sortilège.
- Minerva ! Maugréa-t-il entre ses dents.
- Désolée de vous réveiller Severus ! Je ne voulais pas vous faire peur, mais il est temps de dîner.
Elle ramassa le parchemin laissé à terre et le lui tendit, sans même jeter un regard sur ce qui était écrit. Ce message était personnel et ne la regardait aucunement, bien qu'elle se doutât de ce qu'il contenait, connaissant Albus. Severus s'en empara, accordant à McGonagall un bref regard reconnaissant. Il se redressa légèrement sur le fauteuil, visiblement mal à l'aise d'avoir été surpris dans ce moment de faiblesse, et courbatu d'être resté si longtemps dans cette position inconfortable.
- Vous souhaitez peut-être vous rafraîchir avant de nous rejoindre ? Fit-elle, avec délicatesse.
- Oui, effectivement, si cela ne vous gêne pas. Je n'en ai pas pour longtemps. Répondit-il, sur un ton dénué de toute froideur, très peu habituel chez lui.
Au fond de lui, il remerciait Minerva de ce savoir vivre et de cette attention, qui lui permettaient de reprendre contenance avant de devoir se présenter devant les autres. En fait, elle le connaissait si bien, mieux qu'il ne l'aurait cru, peut-être plus que lui-même ne se connaissait en fin de compte !
Il se leva lentement et sortit sans mot dire, en rangeant précautionneusement le parchemin dans sa poche intérieure.
Fin du chapitre 25
