Merci encore à Lone Wolf, Polgarra, Sushi-powa et EmmaD pour leurs dernières reviews.
Apparemment vous avez tous apprécié les parties d'échec Ron/Severus et Mixiel / Severus, ainsi que la lettre d'Albus. Ce qui m'a rassurée, car je dois l'avouer, j'avais un peu peur de vos réactions pour ces deux confrontations...
Sushi-powa nous conseille de lire cette fic sur la musique de la BO de Requiem for A dream. Perso, je n'ai pas encore essayé d'écrire en écoutant cette musique, mais ça ne devrait pas tarder, rien que pour voir. Enfin, pour ceux que ça intéresse...
Sinon, EmmaD, j'ai fait trés attention à suivre tes conseils, mais je suis sûre qu'il y a encore quelques points d'exclamation superflus qui m'ont échappés... Désolée si c'est le cas...
Attention Rating T . Ce chapitre est un peu hard : un sacrifice rituel est rapidement décrit et des relations intimes aussi... Donc âme sensible s'abstenir. Comme la dernière fois, un résumé de ce chapitre sera joint au prochain épisode pour ceux qui préfèrent zapper ce passage.
CHAPITRE 27 : Voleur d'Âme
La salle de rituel, située dans les bas-fonds du manoir, s'illumina automatiquement à leur approche, torches et bougies diffusant une pâle lumière qui suffisait tout juste à dissoudre l'obscurité abyssale.
Salle circulaire elle aussi. Un autel trônait au centre, entouré d'un gigantesque pentagramme runique inscrit dans un cercle gravé à même le sol. Le Seigneur des Ténèbres prit place automatiquement à une des extrémités de l'autel et fit signe à ses fidèles mangemorts de faire cercle autour, ceux-ci s'exécutèrent sans plus attendre, dans un silence religieux. Aucune parole n'avait été prononcée, mais toute parole était inutile.
Deux cercles parfaits se formèrent ainsi autour du Seigneur des Ténèbres et de l'autel, la vingtaine des mangemorts les plus anciens et les plus proches de leur Maître formant le premier cercle, les autres mangemorts, dernièrement recrutés et en plus grand nombre, formant le second. L'homme-serpent fit signe à Severus de se placer à sa droite, ce dernier obtempérant aussitôt. Ils se placèrent chacun sur une des branches du pentagramme entourant directement la tête de l'autel. Le Seigneur des ténèbres observa ensuite intensément les mangemorts du premier cercle comme pour mieux les jauger du regard.
Au bout de plusieurs minutes, qui parurent une éternité à tous, il fit signe à trois d'entre eux de s'approcher : Bellatrix Lestrange, Dolohov et Lucius, qui se détachèrent tous trois du cercle, attendant les instructions. Un pour les seconder, et deux pour monitorer chacun des maîtres de cérémonie. Il leur indiqua d'un signe de main leur place respective : Lucius à côté de Severus, Dolohov à côté du Maître, ils seraient alors chargé chacun de monitorer leur voisin, et Bellatrix en face d'eux tous, qui aurait la lourde responsabilité de les seconder. Chaque extrémité du pentagramme était ainsi occupée.
Le Maître claqua dans ses mains et dit d'une voix gutturale et froide :
- Queudver, fais-le entrer !
Severus frémit. Le pire qu'il puisse craindre était en train de se réaliser : le rite de ce soir devait apparemment inclure un sacrifice humain… Et effectivement, il ne s'était pas trompé ! A peine ses mots furent-ils prononcés, qu'une porte s'ouvrit sur le côté, laissant apparaître deux silhouettes massives traîner un corps inerte. Rodolphus et Rabastan Lestrange, les deux frères, portaient sans ménagement un homme déjà brisé par la torture.
Severus en eut un haut le cœur qu'il parvint de justesse à maîtriser. « Ferme ton esprit ! Qui que ce soit, de toute façon maintenant il est perdu ! Alors fais en sorte de ne pas te perdre toi-même ! » Se dit-il en son fort intérieur. Il s'efforça de détourner son attention de sa future nouvelle victime.
- Installez-le sur l'autel ! Ordonna le Maître.
Les deux hommes soulevèrent leur paquet et le déposèrent durement sur l'autel, l'attachant à l'aide de liens magiques, les bras en croix, la tête vers les deux maîtres de cérémonie, puis ils regagnèrent tous deux leur place au sein du premier cercle.
Les cinq sorciers ainsi placés sur le pentagramme retirèrent enfin leur lourde cape de mangemort, que Queudver s'empressa de ramasser, révélant alors leur habit de cérémonie. Le Seigneur des Ténèbres revêtaient une robe quasiment identique à celle de Severus, de couleur vert sombre au lieu d'être noire. Les trois autres revêtaient quant à eux des robes bleu sombre simples, mais de ligne fuselée et aux manches longues et larges. Robes permettant de canaliser au mieux l'énergie magique du sorcier la portant.
Le Seigneur des Ténèbres claqua une nouvelle fois des mains. La lumière se tamisa instantanément et certaines torches s'éteignirent, tandis qu'un feu s'alluma tout autour d'eux, en suivant les rainures du cercle qui entourait l'autel, les isolant des autres mangemorts et les inondant d'une vive lumière rougeoyante, presque démoniaque, permettant de mieux distinguer les traits de chacun.
Puis Il leva les mains au ciel, tout en basculant légèrement la tête en arrière, les yeux fermés, afin de canaliser au mieux sa propre énergie, signe que le rite allait commencer. Severus, qui connaissait parfaitement ces rites, n'eut pas besoin de plus d'explications et imita son maître, levant à son tour les mains au-dessus de lui dans un lent et gracieux mouvement. Dolohov et Lucius écartèrent simplement les bras, paumes en l'air, en direction de chaque côté de leur corps, cherchant à capter l'énergie dégagée par celui qu'il devait monitorer, essayant de percevoir leur aura, leur rythme cardiaque et leur respiration régulière, et commençant à surveiller soigneusement leurs paramètres vitaux. Ils avaient pour mission de contrôler à chaque instant l'état de faiblesse et d'épuisement des maîtres de cérémonie et d'intervenir en conséquence pour leur permettre de finir le rituel sans difficulté. Bellatrix, pour le moment, les observait en silence, le moment d'intervenir n'étant pas encore venu pour elle.
Le Seigneur des Ténèbres rouvrit les yeux et reporta son attention sur le corps étendu sur l'autel, aussitôt imité par Severus. Ce dernier n'avait pas besoin de mots ou de signes pour savoir quoi faire ni quand : les deux hommes étaient maintenant comme reliés mentalement, chacun ayant accès directement aux pensées de l'autre, et agissaient en parfaite synchronisation.
Cette cérémonie allait s'avérer éprouvante pour Severus, car tout en donnant accès à son esprit de la sorte à son Maître, il se devait de mettre précieusement à l'abri les délicates informations qui pourraient le trahir, ce qui était extrêmement difficile. Pour tout dire Severus n'était pas bien sûr d'y parvenir, mais il n'avait pas le choix. Le moindre faux pas lui coûterait la vie et il le savait. Il refoula donc au plus profond de lui tout sentiment parasite, toute pensée futile, et barricada toute information dangereuse du mieux qu'il put, se concentrant sur la tâche présente.
Mais la vue qui se présenta à lui sur l'autel le perturba momentanément et lui fit perdre pied.
« Non impossible, pas lui, pas lui ! » Eut-il envie de crier. Se tenait devant lui un jeune homme, légèrement défiguré par d'anciennes blessures, mais dont le corps était à présent également mutilé et couvert de blessures de toute sorte sous l'effet de récentes tortures… Cependant, ce n'était pas l'aspect affreux et terrible de ce corps torturé et mutilé qui l'effrayait ainsi. Non, il avait l'habitude des tortures en tout genre, en ayant infligé lui-même d'ailleurs. Non, il avait suffisamment l'habitude de participer à de tel spectacle, pour parvenir à contenir ses réactions de répulsion et de dégoût. Mais là, il connaissait cet homme, il le connaissait même assez bien !
« Bill Weasley ! » s'écria-t-il en lui-même. Il essaya très vite de reprendre contenance et de fermer son esprit à cette vision d'horreur, et y parvint en quelques secondes à peine, en rassemblant toutes ses capacités d'occlumens aguerri.
Mais son trouble passager n'avait apparemment pas échappé au Maître, qui le dardait maintenant d'un regard flamboyant de colère. Malgré toute la maîtrise qu'il avait réussi à regagner, il n'avait pas pu cacher cette réaction à l'homme-serpent, leur esprit étant restés bien évidemment toujours connectés.
Severus tenta d'ignorer l'impatience et la fureur qu'il sentait mentalement affluer en son Maître, et dirigea toute sa concentration vers la haine et la colère que lui-même ressentait à cet instant, essayant de la diriger vers le jeune homme étendu et offert devant lui. Apparemment, cette diversion eut l'air de satisfaire son Seigneur, qui décocha un sourire carnassier et machiavélique.
La cérémonie, qui n'avait été interrompu que de quelques secondes, une minute tout au plus, reprit alors, les autres mangemorts n'ayant apparemment rien remarqué. Le lord Noir commença à psalmodier des paroles incohérentes pour la plupart, mais que Severus reconnut comme un langage liturgique ancestral, se rapprochant du latin.
Le rite du Vol d'Âme ! Severus le connaissait assez bien, il l'avait longuement étudié étant jeune, ayant toujours été fasciné par ce genre de rites des Arts Sombres. Celui-ci avait pour but de s'emparer de l'essence magique d'un autre, en lui volant son âme et en offrant son corps en sacrifice aux forces obscures auxquelles il faisait appel ! Un rite puissant et très dangereux, mais ô combien fascinant ! Pourtant Severus n'avait jamais eu l'occasion d'y assister et n'aurait jamais pensé y faire appel, n'appréciant pas vraiment l'idée de sacrifice humain qu'il requerrait.
Bien sûr, il avait déjà pratiqué certains rites où avait lieu un sacrifice humain, entre autres le rite d'intronisation au sein des mangemorts, au cours duquel le novice devait sacrifier un être humain devant toute l'assemblée de mangemorts réunie. Ce rite se rapprochait assez, en y réfléchissant bien, du rite du Vol d'Âme d'ailleurs ! Severus n'appréciait pas pour autant ce genre de rituel, trop sanguinaire à son goût.
Mais le Seigneur des Ténèbres en avait décidé autrement, et avait choisi pour lui. Et, si Severus ne s'était pas trompé, ce soir ce serait lui le voleur d'âme. Il se doutait que son Maître avait déjà pratiqué ce rite auparavant, ce qui pourrait expliquer en partie Sa montée en puissance si rapide. Mais ce soir, Il lui avait parlé d'une surprise, comme un cadeau. Ce devait être ça !
Quelle ironie ! Comme s'il soumettait Severus à nouveau au rite d'intronisation, tout en lui offrant l'opportunité de mener un rituel qui le fascinait au plus haut point ! Le réprimander et le rabaisser au stade de novice, tout en lui faisant un « cadeau » inestimable à ses yeux ! Vraiment ironique !
Et comme pour répondre à ses pensées, le Seigneur des Ténèbres fit une pause dans ses incantations et tourna légèrement la tête vers Severus. Ce dernier sut ce que cela signifiait : Il l'incitait à continuer l'incantation à sa place. Donc il ne s'était pas trompé. Sans hésitation, Severus psalmodia à son tour les précieux mots mystiques. L'heure n'était plus à l'hésitation. Tout ce qu'il espérait maintenant, c'était que le jeune Weasley était inconscient et de pouvoir par la suite abréger ses souffrances au plus vite.
Ils continuèrent ainsi à psalmodier à tour de rôle les différentes incantations, invoquant les puissantes Forces des Ténèbres, libérant toute leur énergie, et drainant au fur et à mesure celle de Bellatrix en face d'eux. Celle-ci restait immobile et impassible, psalmodiant de son côté à voix basse d'autres incantations pour drainer l'énergie des autres mangemorts et la focaliser sur elle. Elle sentait son énergie quitter son corps et s'affaiblir au fur et à mesure. Mais elle avait l'insigne honneur d'avoir été choisie et faisait donc tout son possible pour en être digne, laissant de ce fait les deux hommes s'emparer de toute l'énergie dont ils avaient besoin.
Severus sentait couler en lui le flux d'énergie que Bella leur envoyait à tous deux, en provenance de tous les autres mangemorts présents, à part leurs deux moniteurs. Il sentait ce flux d'énergie l'envahir, le réchauffer et l'enivrer, puis le quitter presque aussitôt. Il se sentait à la fois puissant et faible, vide et empli d'énergie, cette sensation était des plus étranges, mais tellement fascinante…
Au bout d'un temps qui lui parut plusieurs heures, mais qui ne devait être en fait que une heure ou deux, Severus sentit une puissance obscure flotter autour de lui et du Maître et les envahir tous deux peu à peu. Le moment était venu, le moment crucial et fatidique était enfin arrivé. Il tendit les mains devant lui paume vers le haut, comme par réflexe, et une dague en argent y apparut.
Sans que le Lord Noir n'ait eu à lui donner quelques indications que ce soit, il s'avança à pas lent vers l'autel et se plaça à la droite de celui-ci, à hauteur du torse du jeune homme. Comme si ce mouvement l'avait sorti de la torpeur dans laquelle il était resté plongé jusque là, Weasley ouvrit lentement les yeux pour voir, horrifié, Snape à ses côtés, un poignard étincelant en argent dans les mains, déjà levé sur lui. Il sentit l'homme essayer de s'insinuer dans son esprit. Il eut envie de crier, de se débattre, mais n'en avait plus la force. Il savait sa fin proche, il ne pouvait plus rien faire, il était ligoté, à bout de force et sans rien pour se défendre.
Il abandonna toute tentative, mais comme dans un dernier soubresaut de fierté et de combativité, il ne voulut pas donner la victoire si facilement à ses bourreaux. Il laissa donc enfin Snape pénétrer son esprit, pour qu'il puisse voir, et même sentir, la haine, le mépris et le dégoût qu'il ressentait au plus profond de son âme pour lui, ce traître assassin…
Severus reçut toutes ces émotions sans broncher, bien qu'il fut touché profondément, mais il ne pouvait se permettre de le laisser transparaître, surtout pas en étant ainsi connecté avec son Maître. Il aurait voulu lui dire qu'il n'avait jamais voulu ça, qu'il avait été lui aussi mis devant le fait accompli, qu'il n'avait pas trahi l'Ordre et qu'il ferait tout pour qu'il ne souffre pas plus. Mais il ne le pouvait pas, il se serait trahi, le Maître aurait perçu ses pensées… Il ne le pouvait pas, et cela lui déchira le cœur encore un peu plus…
Il était temps, inutile dans ces conditions de le faire languir plus longtemps. Autant le libérer de suite, sans plus attendre. Il leva donc encore un peu plus la dague et dans un mouvement vif et sec, il abattit le poignard sur le corps frêle de sa victime, tout en gardant ses yeux noirs d'ébène plongés dans ceux gris clair de Bill, la lame transperçant le corps juvénile sans résistance aucune, tout comme la peine lui transperça son propre cœur. Le sang perla de la blessure, d'abord doucement, puis plus rapidement, et se répandit sur l'autel et le sol, s'insinuant progressivement dans les sillons du pentagramme.
Severus se pencha alors en avant vers le visage de Bill, pour la dernière phase du rite. Il ferma les yeux et frôla de ses lèvres pâles les lèvres plus charnues du jeune rouquin, que la vie quittait rapidement, capturant ainsi le dernier souffle du mourant. Au même instant, une ombre sombre et glaciale les enveloppa tous les deux, tandis qu'il entendait les incantations de son Maître au dessus de lui. Lui-même prononça d'une voix lugubre et quasiment inaudible les dernières paroles rituelles :
- Rish Ka Ma Arama Alame Oo Yama Amate Adea (1)
Severus sentit alors une onde passer des lèvres du jeune homme à ses lèvres et lui parcourir tout le corps, une onde étrangement chaleureuse et bienfaisante. « L'âme de Weasley ! » Pensa-t-il. « Je la sens m'imprégner et m'envahir peu à peu, fusionnant avec la mienne, ou ce qu'il en reste. Etrange ! » Il ne sut dire s'il appréciait cette sensation ou si elle lui répugnait, mais il n'avait jamais rien connu de tel, rien de si… de si… il ne sut mettre de mots pour la décrire, tant cette expérience le bouleversait.
Il se releva lentement, contemplant une dernière fois le corps inerte et sans vie de Bill. Il entendit le Maître donner quelques ordres derrière lui, mais ne comprit pas le sens de ces paroles, trop absorbé dans sa contemplation. Mais quand il vit Rodolphus et Rabastan s'approcher du corps et détacher les liens, il réagit enfin et leur murmura d'une voix suave mais menaçante :
- Non, laissez-le moi ! J'ai d'autres projets pour lui.
A peine eut-il prononcer ces paroles, que Severus réalisa ce qu'il venait de faire : il venait de donner un ordre, vraisemblablement contradictoire avec les ordres de son Maître. Il avait osé contrecarrer des ordres de son Maître ouvertement. Mais la réaction du Seigneur des Ténèbres le surprit au plus haut point. Au lieu de se mettre en colère et de le foudroyer sur place d'un de ses sortilèges préférés, il lui demanda calmement :
- Pourrait-on savoir au moins quels sont tes projets, Severus ? Sont-ils si importants pour oser t'opposer à mes ordres ?
- Désolé Maître, j'ai parlé sans réfléchir. Mais je pensais qu'il serait intéressant d'en profiter pour délivrer un message des plus explicites à l'Ordre. Répondit Severus, qui se sentait peu à peu faiblir, et n'eut même pas la force de simuler un ton quelconque.
- Je vois. Répondit le Maître, visiblement aussi las que lui. Tu souhaiterais leur réexpédier le corps. Je n'y vois pas d'objection, ce serait même une bonne idée après tout.
- J'aimerai, si possible, m'en charger moi-même. Ajouta Severus.
- Soit ! Mais pas tout de suite. Tu es trop affaibli, pour l'heure. Nous conserverons le corps en attendant, tu t'en chargeras demain.
Severus s'inclina et acquiesça silencieusement, incapable de répondre quoi que ce soit d'autre. Il était exténué, non seulement par la cérémonie, très éprouvante en soit déjà, mais aussi par le fait qu'il avait dû maintenir tout ce temps ses barrières mentales, qui apparemment avaient tenu. Il sentit son Maître rompre le contact d'ailleurs.
L'homme-serpent fit signe aux autres de sortir et aux deux Lestrange de ramener le corps dans un lieu plus approprié. Il reprit d'un geste brusque sa cape de mangemort des mains de Queudver, et Severus l'imita. Ils sortirent alors tous deux, refermant la salle désormais vide derrière eux, et remontèrent l'escalier lentement et silencieusement.
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Severus se sentait différent, presque étranger à lui-même, avec cette présence étrangère et inconnue en lui. En même temps, il se sentait vide de toute énergie et très faible, il n'aurait su dire d'ailleurs quelle force lui permettait encore de gravir les marches interminables. Il sentait cependant que l'homme-serpent devant lui était dans le même état de fatigue.
Ils arrivèrent enfin dans la salle où avait eu lieu le repas précédemment. Tous les mangemorts les y attendaient patiemment, debout en cercle. Le Maître conduisit Severus au centre et se retourna lentement vers lui.
- Maintenant mes amis, place aux festivités ! Faîtes honneur à Severus, qui s'est révélé un remarquable maître de cérémonie ce soir. Voici Hydromel, Aliquem-ater (2) et autre breuvage pour recouvrer vos forces.
Sur ce, il tourna les talons, et vint s'asseoir nonchalamment sur le siège qui lui était réservé au bout de la salle, laissant alors Severus seul au centre de la pièce, tous les regards tournés vers lui.
Il savait ce qui l'attendait : les mangemorts allaient s'adonner sans complexe à une de leurs fameuses orgies que Severus détestait au plus haut point et qu'il évitait toujours dans la mesure du possible. Mais ce soir, il était le centre d'intérêt, et tout comme lors de la cérémonie d'intronisation qu'il avait subie il y a près de vingt ans, il lui serait impossible de s'esquiver. De toute façon, il n'en avait pas la force.
Il entendit le frottement de tissus et des pas se rapprocher insidieusement de lui, le bruit d'un liquide que l'on fait couler à flot dans un récipient, et la coulée de ce liquide dans les gorges asséchées, mais il n'y prêta pas vraiment attention. Il sentait son esprit s'embuer, sans réaction au monde l'entourant. Il ne prêta pas plus attention aux mains qui commençait à lui défaire sa cape, puis sa robe, ni aux mains chaudes et fiévreuses qui le frôlaient et lui parcouraient peu à peu tout le corps.
Pourtant il connaissait bien ces mains, mains qui l'avaient maintes fois caressé dans le passé : celles de Lucius et Narcissa, auxquelles vinrent s'ajouter celles de Bella et Rodolphus. Dans leur jeunesse de Mangemorts, ils s'adonnaient effectivement fréquemment ensemble à ces jeux sensuels, s'offrant mutuellement plaisir et extase. Au début Severus avait été réticent, complexé par son corps balafré et n'aimant guère l'exposer et le livrer aux autres de la sorte.
Il faut dire qu'il n'avait goûté que tardivement à ce plaisir par rapport à bien d'autres Serpentards, sa première expérience du plaisir ayant eu lieu l'été de ses dix-sept ans officiels, sous les mains expertes de Narcissa et Lucius. En effet, c'était eux deux, Lucius et Narcissa, qui l'avaient « libéré » de son dégoût et de sa réticence à ce sujet, et qui lui avaient tout appris, l'art sensuel et subtil de la séduction. Il était devenu lui-même un maître à ce jeu, et malgré le peu d'atout physique dont la nature l'avait pourvu, aucune femme ne pouvait résister très longtemps à ses avances et ses caresses, s'il l'avait décidé. Combiné à ses capacités de legilimencie qui lui permettaient de déceler à tout moment le moindre des désirs de sa partenaire, Severus pouvait devenir un redoutable prédateur, quand il le désirait.
Mais ce soir, Severus n'avait pas la force ni de repousser ni de répondre aux caresses de ses quatre compagnons. Il se laissa donc faire et sentit rapidement le désir monter en lui. Il se sentit tomber doucement, soutenu par des mains puissantes, qui l'allongèrent précautionneusement sur le sol. Il ne vit ni n'entendit les autres qui commençaient aux aussi à jouir autour de lui. Tout ce qu'il sentait, c'était les gestes de plus en plus pressants sur son corps, aucune parcelle n'échappant au doux supplice.
Des lèvres chaudes et doucement sucrées, celles de Narcissa, s'emparèrent des siennes, lui déversant en même temps quelques gouttes d'un délicieux liquide presque brûlant : de l'Aliquem-ater! Ce délicieux « poison noir » qu'il avait créé dans sa jeunesse et qui plongeait l'esprit dans une douce extase tout en amplifiant les sens et la perception de son entourage immédiat. Drogue puissante et ô combien extatique, que ces condisciples mangemorts avaient vite adoptée pour leurs soirées.
Ah Narcissa! Les rares fois où il participait à ses orgies, Narcissa était toujours sa partenaire, du moins la première, avec Lucius. Il laissa la langue douce et forte prendre possession de la sienne et, fermant les yeux, se laissa submerger par le plaisir ardent qui le brûlait. Il sentit tout à coup une main s'emparer de son intimité, lui envoyant des pulsions délicieusement suppliciantes dans tout le corps.
Il était tout près du plaisir et de la jouissance ultime, quand, sans préavis, Narcissa se coula sur lui et les fit fusionner de lents mouvements du bassin, de plus en plus frénétiques, tandis qu'elle continuait ses caresses. Toutes ces sensations conjuguées ensemble, après cette exténuante cérémonie qui l'avait drainé de toutes ses forces, étaient trop éprouvantes pour Severus, qui se sentit tout à coup partir, son esprit s'envolant peu à peu vers d'autres contrées imaginaires. Il perdit très vite conscience, laissant les autres continuer de jouer avec son corps, celui-ci livré à lui-même répondant malgré tout au plaisir.
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Un léger 'pop' se fit vaguement entendre à son chevet, comme un bruit lointain étouffé, le tirant imperceptiblement de son rêve. Il bougea légèrement, mais n'eut pas le courage d'ouvrir les yeux, et repartit aussitôt se replonger dans son doux sommeil. Une main aux longs doigts noueux lui secoua alors doucement les épaules, ce qui fit le réagir instantanément : il se redressa d'un seul coup, baguette pointée vers son agresseur et une formule bien sentie déjà aux bords des lèvres.
Mais il s'arrêta à temps, en reconnaissant l'inopportun qui venait de le réveiller aussi brutalement au péril de sa vie. C'était l'elfe de maison Ansky ! Quel imprudent ! Encore un peu et Severus le tuait d'un simple avada kedavra ou l'écorchait d'un joli sectum sempra.
- Ne refaîtes jamais ça ! Rugit Severus à l'elfe. Ne me touchez plus jamais ! Plus jamais ! Est-ce clair ?
L'elfe de maison était tout tremblant de peur, ne comprenant pas une réaction si exacerbée venant de cet homme si froid et si distant d'habitude. Ses grandes oreilles claquaient l'une contre l'autre, tant les spasmes de peur qui l'agitaient étaient impressionnants.
- Oui Maître Snape. Ansky a très bien compris et ne touchera jamais plus Maître Snape. Ansky est désolé d'avoir réveillé si brutalement Maître Snape, Ansky ne voulait pas faire peur à Maître Snape, Ansky voulait juste réveiller Maître Snape pour que Maître Snape mange un petit quelque chose…
- Bon, bon, ça va, j'ai compris ! Suffit avec ces stupides excuses. Ne recommence jamais plus, c'est tout.
L'elfe, contrit et profondément désolé d'avoir ainsi mécontenté son nouveau maître, commença à se taper la tête contre le mur le plus proche, ce qui acheva d'exaspérer Severus.
- Et cesse donc de t'auto flageller de la sorte, ça en devient ridicule. Fit-il d'une voix basse, tout en roulant les yeux au ciel. Laisse moi donc un instant.
L'elfe obéit aussitôt, ne voulant pas lui déplaire une fois de plus, et sortit. Une fois seul, Severus se renversa sur son lit, allongé sur le dos, sentant alors son cœur battre à vive allure, puis se couvrit le visage de ses mains, s'accordant quelques minutes pour reprendre ses esprits.
Il était apparemment dans sa nouvelle chambre au manoir du Lord Noir. Toute la cérémonie de la veille, et ce qui s'en était suivi, lui revenait peu à peu en mémoire, enfin jusqu'au moment où il avait perdu connaissance. Comment avait-il atterri dans cette chambre ? Il ne saurait le dire. Il se retrouvait pour l'heure complètement nu, dans des draps frais et propres, couché dans son lit : vraisemblablement une âme bien attentionnée l'avait conduit jusqu'ici, et avait même ramené ses affaires, au vu de la robe de cérémonie et de la cape soigneusement posées sur une chaise au pied du lit.
Combien de temps avait-il dormi ? Il n'en avait aucune idée. Les festivités avaient certainement dû prendre fin à l'aube, comme à l'accoutumée. Et la journée devait être déjà bien avancée. Certainement la soirée, comme le lui indiquait le soleil déjà déclinant qu'il apercevait à l'horizon, à travers les rideaux de la fenêtre en face de son lit. Il était effectivement largement temps qu'il se lève… Il avait quelque chose de très important à faire aujourd'hui, et il ne lui restait que peu de temps avant l'heure fatidique. Après, il serait trop tard !
Il se décida enfin, se leva et partit se préparer dans la salle de bain jouxtant sa chambre.
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Alors que le soleil finissait de se coucher, un homme en noir et encapuchonné se tenait maintenant devant la porte du Square Grimmaud, un corps parfaitement protégé et rendu invisible flottant derrière lui. Il n'osait frapper à la porte, redoutant la confrontation qu'il ne pouvait éviter.
Enfin, prenant son courage à deux mains, il toqua deux coups, assez faiblement. Il attendit quelques secondes à peine, avant que la porte ne s'ouvre doucement sur une femme d'âge mûre et au visage souriant.
- Severus ! Entrez ! Fit-elle d'un ton joyeux, son sourire s'élargissant encore plus.
Ce dernier hésita, visiblement troublé, le regard noir encore plus perçant et scrutateur que d'ordinaire.
« Pourquoi de tous les membres, faut-il que ce soit justement Molly qui vienne m'ouvrir ? » pensa-t-il malgré lui.
Au lieu d'entrer comme l'invitait Molly, il se décala légèrement sur le côté comme pour laisser passer quelque chose devant lui, sa baguette pointée vers le vide à quelques centimètres de lui.
Molly s'écarta tout de suite, devinant qu'il s'agissait d'un objet rendu invisible par on ne sait quel procédé, visiblement assez long, peut-être un mètre quatre-vingt, et de la largeur d'un homme. La largeur d'un homme ! Cette idée lui frappa brutalement l'esprit. Se pourrait-il que… Oh par Merlin, faîtes qu'il ne s'agisse pas d'un corps ! Et de qui pouvait-il s'agir ? Un des membres de l'Ordre ? Encore un ?
Ses traits se crispèrent à cette idée, tandis que Severus franchissait enfin le seuil de la maison, sans prêter attention aux cris de la mère Black, et se dirigeait vers la cuisine, tout en maniant délicatement avec d'infinies précautions l'objet ou le corps en question. Il posa son fardeau sur la table, heureusement libre à cette heure tardive, et défit le sortilège d'invisibilité qui ensorcelait le corps.
Car il s'agissait bien d'un corps ! Il était encore impossible de distinguer les traits, emmitouflé comme il l'était dans un drap blanc immaculé, mais les formes que l'on apercevait ne pouvaient tromper. Molly blêmit, et resta prostré sur le seuil de la pièce, incapable d'articuler un seul mot.
- Qui est-ce Molly ? Fit une voix masculine depuis le salon d'à côté.
Mais celle-ci ne put répondre.
- Molly ? Fit la voix un peu inquiète devant ce silence peu commun venant de la femme. Molly ? Répéta la voix, de plus en plus inquiète.
Enfin, devant le manque de réponse plutôt inquiétant, l'homme du salon se décida à venir voir de lui-même. Arrivé dans la cuisine, Arthur se figea devant l'expression livide et les traits crispés de sa femme. Il porta son regard vers le centre de la pièce, suivant le regard terrorisé de Molly, et là, il vit le tableau qui l'avait si secouée : Severus avec un air encore plus macabre qu'à l'accoutumée, devant un corps soigneusement recouvert d'un drap blanc, posé sur la table de la cuisine.
Il rejoint en trois enjambées sa femme, qu'il enlaça affectueusement pour la réconforter, puis se tourna vers Severus, qui avait l'air de les attendre et les observait intensément depuis quelques minutes.
- De qui s'agit-il ? Demanda Arthur, la voix tremblante, redoutant la réponse.
Severus ne répondit rien, mais commença à défaire lentement, avec des gestes empreints d'un profond respect, la portion de drap recouvrant la tête. Ce qu'il révéla, pétrifia Arthur et fit pousser un cri d'agonie à Molly.
- Non pas lui ! Pas notre cher Bill ! Pourquoi lui ? Pourquoi mon fils ? S'écria-t-il, son cœur déchiré par la douleur.
Severus garda le silence, les laissant pleurer dans les bras l'un de l'autre, avec un air toujours aussi indéchiffrable, sa détresse se lisant seulement au fond de ses yeux. « Ils en ont besoin ! Laissons-leur quelques minutes ! » Se dit-il.
Arthur se retourna enfin vers Severus et lui demanda, tout en le fixant d'un air désespéré :
- Comment ?
- Lors d'une cérémonie rituelle de Magie Noire, hier soir… répondit Severus laconiquement, essayant de maîtriser sa voix.
- Et pourquoi ? Pourquoi lui ?
- Je ne sais pas.
- Et vous, quelle part avez-vous prit dans sa… sa… sa mort ?
Severus ferma les yeux un instant et déglutit douloureusement. Le moment tant redouté était arrivé, le moment de leur avouer face à face. Combien de fois avait-il dû avouer ses meurtres ? Combien de fois avait-il été confronté à ce genre de choses ? Mais là c'était différent, il ne s'agissait pas de l'avouer à une tierce personne, comme Albus, mais aux propres parents de la victime. Et c'était mille fois plus difficile, plus douloureux, plus… déchirant !
Il rouvrit les yeux et répondit d'une voix gutturale et rauque, en un murmure presque étranglé par l'émotion :
- C'est moi qui l'ai tué, lors du rite du Vol d'Âme organisé en mon honneur hier soir pour célébrer mon retour auprès des Mangemorts.
Ces derniers mots furent prononcés avec toute l'ironie que Severus pouvait encore donner.
- Non ! Non, ce n'est pas possible ! Pourquoi ? Pourquoi lui ? Pourquoi par vous ? Hurla Molly, au bord de l'hystérie et de l'évanouissement.
- Vous ! Vous… Vous avez tué mon fils… et certainement de sang-froid ! Mais n'êtes-vous donc qu'un monstre ? Comment pouvez-vous encore nous regarder en face après ça ? Lui cracha Arthur en plein visage.
Ces mots touchèrent Severus profondément, mais il s'efforça de rester stoïque et de marbre. Ce qui accentua la colère de l'autre homme, aveuglé par le chagrin.
- On croirait que la peine des autres et les mots ne vous touchent pas, qu'ils rebondissent sur votre cœur de pierre, inerte et sans vie, sans jamais l'effleurer ! Continua Arthur. Comment osez-vous vous présenter encore devant nous ?
Tonks et Rémus, certainement alertés par les pleurs et les cris déchirants que Molly avait poussés quelques instants plus tôt, choisirent ce moment pour faire irruption dans la pièce. D'un seul regard, ils comprirent la situation, et Tonks s'empressa de sortir pour prévenir, une fois encore, McGonagall, tandis que Rémus ferma la porte pour les isoler du reste de la maisonnée, probablement réveillée elle aussi.
- Et ne le touchez pas ! Hurla Arthur, désormais hors de lui, voyant que Severus se rapprochait du corps de son fils.
Mais Severus ignora cet ordre et entreprit de retirer complètement le drap qui recouvrait le reste du corps. Il avait bien entendu fait en sorte de rendre celui-ci présentable et lui avait trouvé des habits convenables pour lui rendre un tant soit peu de dignité. Arthur, fou de rage, se rua sur l'homme ténébreux et le poussa violemment à l'écart de la table.
- Arthur ! Calmez-vous ! Je comprends votre peine, mais j'ai encore une dernière chose à réaliser pour votre fils défunt. Et je n'ai que peu de temps pour le faire, bientôt il sera trop tard.
- Ne m'appelez plus Arthur ! Et vous n'avez aucun droit sur lui. Ne le touchez plus !
Severus ne put se contenir à son tour et gronda d'une voix sourde et menaçante :
- Sachez que j'ai en fait plus de droit sur lui que vous ne pouvez le croire. J'ai enfreint nombres de règles des Mangemorts pour vous le ramener ici, au lieu de le laisser croupir dans une rue déserte ou de le laisser aux bons plaisirs de certains de mes chers confrères ! Alors calmez-vous de suite et procédons au rite au plus vite avant qu'il ne soit trop tard.
Arthur se calma instantanément, soufflé par ce qu'il venait d'entendre. Comment osait-il ? Comment Severus osait-il ? Pour qui se prenait-il ?
- Quel rite ? Intervint Rémus, qui reprit pied plus rapidement.
- Le rite pour lui rendre son âme. Répondit simplement Severus, son regard toujours fixé sur Arthur et sa femme.
- Lui rendre son âme ? Pourquoi ? Où est-elle ? Demanda le lycanthrope incrédule, n'y comprenant plus rien.
- Oui, lui rendre son âme. Parce qu'elle lui a été volée hier soir, au cours d'une cérémonie, et qu'elle est dès lors en moi. Mais pour ce faire, il faut réaliser le rite dans les vingt-quatre heures suivant le Vol de l'Âme. Il ne nous reste donc que peu de temps ! Alors je vous prierai d'y mettre un peu du vôtre pour que tout se passe bien.
Rémus se contenta d'acquiescer d'un signe de tête, trop abasourdi pour réagir davantage, puis se tourna vers le couple Weasley, trop choqué quant à lui, pour comprendre un traître mot de ce que venait de dire Severus.
Severus continua donc ce qu'il avait commencé et délivra ainsi entièrement la frêle silhouette étendue sereinement sur la table. Severus retira à son tour sa cape, qu'il laissa choir simplement sur le sol, puis vint se placer à la tête du jeune homme mort. Rémus s'apprêtait à faire sortir les Weasley, quand il entendit une voix le retenir :
- Non, ils doivent rester ! Des parents proches doivent être présents lors du rituel. Ils pourront peut-être même lui faire leur dernier adieu si j'ai assez de force. Et reste donc aussi, pour vérifier que tout se passe bien et les soutenir.
Rémus obtempéra donc, sans mot dire, et vint se placer à l'autre extrémité de la table, comme le lui indiquait Severus, Molly et Arthur à ses côtés, tous deux complètement prostrés de douleur.
Severus commença alors à psalmodier une sorte de chant aux accents graves et mystiques, dans une langue inconnue de Rémus, et leva les bras au dessus de sa tête.
McGonagall et Tonks entrèrent au même moment et s'arrêtèrent au seuil de la pièce, stupéfiées par le spectacle qui s'offrait à elles. Les autres membres de la demeure, qui étaient descendus à leur tour, inquiétés par ces pleurs et ces cris déchirants, restèrent derrière elles, incapables eux non plus de réagir.
Cela faisait presque une trentaine de minutes que Severus psalmodiait la litanie, quand une fine ombre l'enveloppa tout entier, puis s'étendit le long du corps de Bill. Severus empoigna une fine dague ciselée, qu'il gardait attachée à sa ceinture, et s'entailla sans hésitation la paume de sa main gauche, laissa les quelques gouttes de sang couler sur les lèvres du mort, puis gracieusement se pencha vers ces lèvres livides et, comme lors du premier rite, les effleura respectueusement.
- Rish Ka Ma Arama Alame Oo Yama Amate Adea. Murmura-t-il.
Une brume gris bleuté sortit alors des lèvres de Severus et s'engouffra au travers des lèvres légèrement entrouvertes du jeune Weasley.
Severus se releva doucement, les traits tirés, sentant ses dernières forces se drainer. Il venait de réaliser un puissant rituel de Magie Noire, sans l'apport de force ou d'énergie d'autres sorciers, et sans personne pour le monitorer ou le contrôler, ce qui était extrêmement dangereux et pouvait le conduire à la mort s'il se laissait emporter…
Mais il devait bien au couple Weasley un dernier adieu avec leur fils décédé. Il rassembla le peu d'énergie qui lui restait et commença une dernière incantation, tendant les bras en croix de par et d'autre de son corps, paumes vers le haut, et fermant les yeux pour se concentrer. La brume, maintenant bleu clair, qui déjà commençait à s'élever et quitter le corps pour aller on ne sait où, s'immobilisa un instant au dessus du corps et ses contours se dessinèrent plus précisément, prenant les traits du jeune homme.
Molly et Arthur en restèrent interdits et leurs pleurs redoublèrent, incapables de réagir. Mais contre toute attente, l'ombre se tourna vers Severus et dit, d'une voix lointaine mais pourtant reconnaissable comme étant celle de Bill Weasley :
- Je vous avais mal jugé, Professeur Snape. Quand je vous ai vu avec ce poignard prêt à me frapper, j'ai cru que vous nous aviez tous trahi. Mais je me trompais, une fois de plus. Je vous ai mal jugé et je m'en excuse. Vous m'avez libéré d'une lente agonie, et maintenant vous libérez mon âme ! J'espère qu'un jour mes parents pourront vous accorder leur pardon, vous ne méritez pas le mépris que l'on vous a toujours jeté au visage.
Severus avait gardé les yeux fermés, mais avait parfaitement entendu les paroles de sa dernière victime, paroles qui l'avaient profondément ému, et une unique larme roula silencieusement le long de ses joues amaigries et tendues.
- Dépêchez-vous donc de faire vos derniers adieux à vos parents. Je n'ai plus beaucoup de force, je ne peux vous accorder que quelques secondes. Alors faîtes vite !
L'ombre lui sourit, sourire que Severus ne vit pas ayant gardé les paupières obstinément closes, et se tourna enfin vers ses parents.
- Maman, Papa, je vous aime. J'aime Fleur aussi, et mes frères et sœurs, dîtes-le leur de ma part. Je dois vous quitter maintenant mais je resterai toujours auprès de vous.
- Oh mon enfant ! Mon fils, pourquoi toi ? Pourquoi dois-tu nous quitter ? Répondit Molly, les sanglots déformant sa voix.
- Va en paix et que Merlin t'accueille sereinement en son royaume. Nous t'aimons ! Fit Arthur, la peine ravageant son visage et le vieillissant subitement de plus de dix ans.
- Je vous aime tous ! Mais je dois y aller. Une dernière chose : essayez de pardonner à celui qui m'a tué, il m'a délivré. Sans lui j'aurai souffert encore longtemps avant de mourir. De toute façon j'étais condamné, il m'a sauvé en quelque sorte, et il m'a rendu mon âme. Pardonnez-lui, puisqu-il ne pourra se pardonner lui-même.
L'ombre se dématérialisa alors peu à peu, tandis que Severus commençait à trembler convulsivement de tous ses membres, puis l'ombre s'envola vers une éblouissante lumière surgie de nulle part et qui irradiait la pièce. Tous assistaient à un moment magique, unique, merveilleux, comme jamais ils n'avaient pu y assister.
Tout à coup, tout disparut et Severus s'écroula au sol, le corps inerte. Molly et Arthur se jetèrent sur le corps de leur fils, Minerva et Tonks se ruant quant à elles sur Severus à terre. Rémus alla soutenir le couple, et les écarter délicatement du corps afin de les faire sortir et de laisser le champ libre à Minerva et Tonks.
Elles retournèrent délicatement Severus sur le dos, qui était à demi-conscient, et essayèrent de le réanimer par tous les moyens qu'elles connaissaient.
Fin du Chapitre 27
(1) Rish Ka Ma Arama Alame Oo Yama Amate Adea : correspond en fait aux titres des chansons du groupe Adiemus, musique ayant certains accents mystiques… Ces paroles sont des paroles inventées, et n'ont aucune signification particulière. Tout le monde peut y mettre le sens qu'il souhaite…
(2) Aliquem ater : mot inventé à partir de locutions latines, pouvant signifié « de quelque chose de noir », appelé également pas Severus « poison noir », drogue qu'il a créée étant jeune…
