Merci encore aux reviewers :

Désolée d'en décevoir certain, mais pas de morsure pour Sirius, les vampires sont mine de rien des gens de parole... Désolé Lone Wolf, j'espère que tu n'es pas trop déçu...

Merci AngelzoneLove : la réponse à ta question si Severus va devenir vampire : et bien, non... mais bon il s'en ait fallu d'un chouilla...

Comme toujours, un rapide résumé pour ceux qui ont zappé le précédent chapitre.

Résumé du chapitre 31 : Pacte de sang

Après une longue marche harassante dans une forêt d'écosse, Sirius et Severus arrivent au bord d'une falaise, au centre d'un magnifique monument formé de menhirs, où ils sont accueillis par les vampires. Après une courte discussion, au cours de laquelle Severus présente Sirius à leurs hôtes, ils sont autorisés à suivre les vampires dans leur antre.

Escortés par une vingtaine de garde, il sont alors conduis par Valâa, la souveraine des vampires et Eilendior, son fidèle bras droit, dans un lieu aux magnificences inégalées, chaleureux et richement décoré, où la luxure et le luxe sont les maîtres mots.

Sirius est bien entendu soufflé par la beauté des lieux, ce qui agace profondément Severus. Il sent également qu'il se passe quelque chose d'étrange entre Severus et Valâa. Une profonde attirance, au-delà d'une simple attirance physique, mais il ne parvient pas à déterminer quoi précisément.

Severus se sent effectivement attiré comme un aimant par cette femme - vampire d'une beauté époustouflante, comme il se sent agréablement serein au sein de cette communauté. Comme s'il se sentait des leurs, il se sent enfin libre d'être lui, sans faux-semblants, accepté tel qu'il est. Valâa lui a, à maintes reprises, proposé de devenir l'un des leurs, ce qu'il aurait été bien tenté d'accepter, mais quelque chose le retient, même s'il ne sait quoi exactement… Peut-être la promesse qu'il a faite il y a longtemps à Albus, de ne pas attenter à sa vie et de continuer la route malgré tout…

Valâa aussi se sent profondément troublé par cet homme, qui est si proche d'eux. Excellent occlumens, aussi bon occlumens que n'importe quel vampire en fait, à la fois si humain, avec tous ses sentiments tumultueux qui bouillonnent en lui, bien qu'il sache parfaitement les cacher aux yeux de ses congénères, et si proche d'eux, vampires, si distants et si détachés comme eux seuls peuvent l'être. Si puissant aussi, d'une puissance psychique plus que purement magique, ce qui pourrait expliquer ses formidables facultés à manier les Arts Sombres…

Elle aurait aimé en faire son compagnon éternel, mais il refuse toujours et encore. Elle souhaite alors lui apprendre à maîtriser ses forces et à développer ses pleines capacités, à devenir un mage sombre, non pas au sens péjoratif, comme les sorciers d'aujourd'hui l'entendent, mais au véritable sens du terme…. Un Maître es Arts Sombres… comme jamais encore aucun mortel n'a réussi à le devenir…

Severus lui explique alors la raison de la présence de Sirius, lui avouant ainsi son double jeu au sein des Mangemorts et son désir de contracter cette alliance entre les vampires et l'Ordre pour lequel il espionne Voldemort. Valâa accepte finalement cette alliance, à une condition : que Severus lui donne un héritier…

A lieu alors le Pacte de sang, auquel assiste une vingtaine de vampires les plus puissants et Sirius. Au cours de ce pacte, Severus et Valâa mélangent leur sang, se lient physiquement et mentalement, puis finalement Severus offre son sang à Valâa qui le mord, bientôt suivi par tous les autres vampires présents, jusqu'à ce que Severus perde conscience.

Et maintenant voici venir la transformation tant attendue de Sirius : Attention toutefois la scène en italique peut être dur et paraître violente pour certains. Il y aura un résumé de cette scène pour ceux qui préfèrent ne pas lire.

CHAPITRE 32 : Trêve enrichissante 1ère partie

Brûlant, il se sentait brûlant, les draps frottant contre sa peau le brûlaient, l'air qu'il respirait le brûlait…

Et cette douleur émanant de son cou…

Il entendait des bruits de pas autour de lui, quelqu'un l'appelait d'une voix lointaine et anxieuse… Il essaya d'ouvrir les yeux, mais sans succès. Trop douloureux, trop difficile…

Il lutta pour se maintenir éveillé, mais se sentit à nouveau submerger par un flot de sombres images, faisant écho à d'anciens souvenirs, cruels souvenirs… et il se sentit sombrer de nouveau, impuissant et trop faible pour lutter.

…………………………………………………………………………………………………...

- Snivellus, Snivellus ! Severus, réveille toi ! Severus reste ! Ne replonge pas ! Non Severus, reste avec moi…

Mais rien à faire, Severus était à nouveau retombé dans l'inconscience et vraisemblablement dans de pénibles cauchemars.

Cela faisait maintenant presque une journée entière que la cérémonie avait pris fin et qu'ils étaient revenus dans leur chambre… ou plutôt qu'on les avait ramenés. En effet Snivellus était inconscient, mais lui, Sirius, n'était pas en meilleur état à la fin de ce rituel, plus que sanguinaire. Il avait failli s'évanouir quand il les avait vu aspirer le sang de son compagnon, se sentant envahi lui-même d'un sentiment de profond dégoût, de peur et d'impuissance face à ces créatures, et il avait été incapable de réagir. Il avait eu ensuite toutes les peines du monde à se tenir sur ses jambes et aurait été bien incapable de ramener Snivellus, même en le faisant léviter.

Valâa lui avait assuré que tout allait bien se passer, qu'elle comprenait sa réaction mais qu'elle avait besoin de lui, qu'elle avait besoin qu'il y assiste jusqu'au bout. Pour le moment, tout s'était effectivement déroulé comme elle le lui avait dit. Elle l'avait prévenu rapidement des grandes lignes du rituel, et de ce que Snivellus allait subir au cours de la cérémonie, pour que lui Sirius puisse contrôler que tous les vampires joueraient leur rôle et n'outrepasseraient par leur droit. Surtout pour contrôler qu'ils ne boiraient pas plus que de nécessaire... Ils étaient déjà suffisamment nombreux, si l'un d'eux buvaient plus que prévu, Severus risquait de ne pas y survivre… Mais apparemment tous avaient réussi à se maîtriser… juste à temps… Severus avait perdu tout de même une quantité considérable de sang, mais semblait vivant…

Sirius avait craint que ce pacte ne conduise à la transformation de Severus, si ce n'est à sa mort… Mais apparemment non, lui avait-on dit. Il n'y comprenait plus rien. Lui qui avait toujours cru qu'il suffisait d'une morsure pour devenir vampire, mais non, apparemment non : il fallait être mordu jusqu'à presque mort, puis ensuite boire le sang du vampire ainsi régénéré… Mais, dans le cas présent, Severus n'avait-il pas été mordu jusqu'à presque mort ? D'accord, il avait bu du sang mélangé au sien, et ce avant même d'être mordu, mais ne risquait-il pas de se transformer quand même ? Sirius était perdu, frustré et se sentait complètement dépassé.

Valâa lui avait en outre assuré que Severus irait mieux d'ici quelques jours. Pourtant il n'y avait eu aucune amélioration notable dans l'état de Snivellus, depuis leur retour dans cette chambre. Au contraire, cela semblait même s'empirer… Bon, d'accord, Valâa l'avait prévenu et lui avait expliqué tout le processus qui allait suivre dans les prochains jours.

Snivellus allait passer par différents stades, la simple inconscience d'abord… puis les rêves agités, où, selon les dires de Valâa, il revivait ses propres souvenirs et partageaient les souvenirs de la souveraine vampire. Déjà Sirius trouvait que ces rêves étaient plus agités que prévu… Etait-ce normal ? Etait-ce dû aux souvenirs de Snivellus ? Ou était-ce un autre symptôme de sa dégradation? Sirius avait senti alors un grand désarroi quand les cauchemars avaient commencé, et ne savait comment réagir. Et maintenant la fièvre prenait la relève, et les cauchemars avaient l'air plus féroces, plus horribles encore, au vu de l'agitation incontrôlable de Snivellus… Il semblait presque pris de convulsions à certains moments, tremblait de tout son corps, et de longs gémissements s'échappaient de ses lèvres livides…

Valâa lui avait demandé de veiller sur Severus et de lui faire boire régulièrement, toutes les six à huit heures, une potion qu'elle lui avait fournie. Une potion de régénération sanguine spécialement conçue pour ces situations extrêmes… Mais Sirius se sentait frustré de ne rien pouvoir faire d'autres. Non pas qu'il commençât à apprécier Snivellus… Mais quand même, le voir presque agonisant sans pouvoir rien faire…

Il avait eu soudain un secret espoir en voyant son ténébreux compagnon bouger et cligner des yeux, comme pour se réveiller. Mais cela n'avait pas duré, et il avait à nouveau sombré, malgré ses appels désespérés pour le ramener à la réalité. Soudain un cri déchirant sortit de la gorge sèche de l'homme inconscient, puis des supplications à vous fendre l'âme…

- Non, je ne veux pas, je ne peux pas, non, je vous en supplie… pas eux, pas les enfants… Non je ne peux pas, Freyja… oh Freyja… s'écriait Severus dans un souffle quasiment incompréhensible, la voix rauque et cassée, mêlée à des sanglots.

Sirius n'y tint plus. Impulsivement, il prit une des mains de Snivellus dans les siennes qu'il étreignit doucement, comme pour le rassurer, tout en lui murmurant des paroles apaisantes à l'oreille. Mais cela n'eut pas l'effet escompté. Au contraire, Severus fut comme prit de panique, d'une panique incontrôlable, et commença à se débattre contre un ennemi imaginaire, tout en se protégeant le visage de ses bras, tout le corps pris de spasmes.

Sirius était totalement désappointé. Il fut encore plus choqué, si ce fut possible, quand il entendit les paroles de Snivellus.

- Non ! Non ! Père, promis, je ne le ferais plus ! S'étranglait-il. Ne me frappez pas, père ! Non ! Non, mère, restez, revenez ! Ne me quittez pas, ne me laissez pas seul. Ne mourrez pas, ne laissez pas seul avec lui, non, mère. Revenez, vous ne pouvez pas mourir, vous ne pouvez pas. Non, non ! Oh mère, Pardonnez-moi mère, pardonnez moi. Je n'ai pas su vous protéger. Oui, Père, je ne suis qu'un monstre, je ne suis pas digne de vous, Père. Je ne suis qu'un monstre, une erreur de la nature. Pardonnez-moi ! Non, père je vous en supplie.

Enfin, Sirius sortit de sa torpeur et essaya de calmer Severus. Il lui prit les bras d'abord, et tout en lui parlant d'une voix basse et mesurée, il essaya de maîtriser les spasmes de l'autre. Mais bien que le rapport de force soit en sa faveur, il ne parvenait pas à contrôler Severus, qui continuait à se débattre de plus belle.

Ne voyant aucune autre solution, Sirius s'allongea alors aux côtés de l'homme inconscient, puis d'une poigne de fer, il l'enlaça fermement, lui calant le dos contre son torse, les bras solidement maintenus contre la poitrine, et emprisonna ses jambes à l'aide des siennes.

- Calme-toi Severus. Calme-toi. Ce n'est qu'un cauchemar, ton père n'est pas là. Tu es en sécurité ici, je suis seul avec toi. Calme toi. Murmura l'animagus, inlassablement, comme une longue litanie.

Severus continuait encore quelque peu à se débattre dans ses bras, mais il ne faisait pas le poids contre Sirius, et, ne pouvant lutter contre cette forte prise, Severus se calma finalement peu à peu.

« Il n'avait d'ailleurs jamais fait le poids » pensa Sirius, se rappelant toutes leurs rixes à Poudlard. Quand ils en venaient aux mains, Snivellus n'avait jamais réussi à prendre l'avantage, trop maigrichon et trop peu musclé. Maintenant que Sirius en savait un peu plus sur le Serpentard, rien d'étonnant… Tout d'abord il était âgé de deux ans de moins que lui, ce qui, à l'époque, faisait une sacrée différence… Snivellus avait toujours fait un peu chétif par rapport aux autres, toujours un peu petit, bien qu'en fait en y réfléchissant bien, il devait faire grand pour son âge, son âge véritable… Ensuite, s'il avait bien compris ce qu'il venait d'entendre et de voir, Severus ne devait pas avoir vécu des moments merveilleux au sein de sa famille, peut-être avait-il même été battu par son père… Non, à bien y réfléchir, cela ne faisait aucun doute, il avait été battu…

Oui, tout concordait. Les paroles qu'il venait juste d'entendre étaient en elles-mêmes assez claires… En outre Severus avait toujours détesté tout contact humain, comme un animal sauvage, effarouché et blessé… Ses cicatrices, d'anciennes blessures mal soignées avait-il entendu dire un jour Madame Pomfresh… Il détestait son père, un moldu, et avait dû étendre sa haine à tous les moldus… Il savait aussi que la mère de Snivellus était décédée très tôt, alors que Snivellus était encore jeune. Son père aurait-il tué sa mère ? Se pourrait-il que… ? Sirius eut tout à coup peur des conclusions qu'il était en train de tirer… Si cela était vrai, si le père de Snivellus avait véritablement tué sa mère… que ce devait être dur de vivre avec ce terrible secret… Et si tel était le cas, Snivellus avait-il été présent à la mort de sa mère ?

Soudain, Sirius commençait à mieux comprendre son ennemi de toujours, qui était encore blotti contre lui et commençait à dormir profondément d'un sommeil moins agité.

Sirius songea alors à sa propre enfance et adolescence. Il n'avait pas vraiment été heureux dans sa famille, une famille plongée dans la Magie Noire et fidèle à Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Très vite, Sirius s'était détaché de sa famille et avait été renié par elle, dès son entrée à Poudlard où il avait été réparti à Griffondor, rompant par là même la tradition de la famille Black, dont tous les membres honorables avaient été répartis à Serpentard. Mais il n'avait jamais subi pour autant de violences physiques, jamais son père ou sa mère n'avait levé la main sur lui, jamais il n'avait vu non plus sa famille s'entre-tuer…

Il n'avait certes jamais été heureux, mais n'avait jamais subi ce que Snivellus avait du connaître. Il avait en outre eu des amis, sur qui il pouvait compter, qui avaient toujours été là pour lui… Alors que Snivellus avait toujours été seul, même si cette solitude avait été recherchée et choisie dans un certain sens. Comment en aurait-il pu être autrement ? Comment peut-on faire confiance à qui que ce soit, après avoir été battu par son propre père ? Pas étonnant que Severus se soit refermé sur lui-même, quitte à s'exclure lui-même de ce monde…

Sirius venait de découvrir une facette cachée de Severus, une facette qu'il n'avait jamais voulu voir, jamais cherché à connaître… Severus était au fond de lui comme un petit animal sauvage effarouché et apeuré par le monde qui l'entourait, et s'était protégé comme il le pouvait en s'isolant et en se forgeant une carapace d'homme haineux méprisant et méprisable. Mais finalement ce n'était qu'une carapace ! Que se cachait-il derrière cette muraille imprenable ? Qui était véritablement Severus Snape ? N'était-il véritablement qu'un assassin et un meurtrier sans foi ni loi ? Dumbledore aurait-il raison en fin de compte ?

Non, un homme qui pouvait être si passionné, comme Sirius avait pu en être témoin la veille lors de la cérémonie, un homme qui pouvait être si doux et si aimant dans ces gestes et en même temps si fervent, ne pouvait être uniquement un assassin ou un meurtrier sans foi ni loi. Certes Severus se montrait froid, méprisant et distant, mais derrière ce masque d'indifférence se cachait un cœur meurtri et désespéré, qui était capable de tout donner comme s'il s'agissait de son dernier instant, comme s'il s'agissait de la première et de la dernière fois… Oui, Dumbledore avait eu raison et avait su voir dans le cœur de cet homme, une fois de plus…

Tout à coup, Sirius s'en voulut. Il s'en voulut d'avoir rejeté Severus dès leur première rencontre dans le Poudlard express, sous prétexte que ce gamin était déjà plongé dans la Magie Noire jusqu'au cou… Si ça se trouve, s'il lui avait tendu une main secourable et amicale, au lieu de le mépriser et de l'humilier comme il l'avait fait, peut-être Severus serait-il différent aujourd'hui… ? Peut-être ne serait-il pas devenu Mangemort ? Au fond Lily et Freyja aussi avaient raison, quand elles leur répétaient à eux quatre, les Maraudeurs, qu'ils avaient tord de s'en prendre ainsi à Snivellus, qu'il était différent des autres Serpentards, qu'il méritait mieux, et qu'à force ils le pousseraient à choisir définitivement le côté obscur et les Forces du Mal… Au fond Sirius se sentait subitement en partie responsable de la déchéance de Severus…

Severus… Etrange comment en vingt-quatre heures, il pensait désormais à lui en tant que Severus, et non plus Snivellus… Et comment devait-il se comporter maintenant envers cet homme si distant et si ténébreux ? Son premier réflexe aurait été de se moquer encore de lui et de ses « performances »... Mais cela lui semblait soudain déplacé.

Devait-il lui laisser une chance et essayer de mieux connaître Severus ? Mais il avait tué tant de personnes aimantes et aimées tout de même, Freyja et Dumbledore d'abord, puis son frère Abelforth, et ensuite Bill Weasley, sans compter qu'il était en partie responsable de la mort de Lily et James, et qu'il haïssait Harry et son meilleur ami Rémus… Mais était-ce bien de la haine ? Les haïssait-il vraiment, ou cela faisait-il encore partie de son masque ? Sirius était en proie aux doutes…

Tout à ses réflexions, il s'endormit finalement aux côtés de Severus.

…………………………………………………………………………………………………...

Severus sentait une douce et forte étreinte contre lui. Il aimait cette sensation de chaleur, et cette sensation de sécurité, mais en même temps cela lui faisait étrangement mal… pas une douleur physique, non, plutôt une étrange sensation, l'appréhension que cette étreinte chaleureuse se transforme soudain en étau suffoquant ou en coups brutaux et mordants…

Il essaya de se dégager doucement, mais l'étreinte était assez puissante, et il était lui-même trop affaibli pour lutter. Une seule personne l'avait tenu de la sorte dans ses moments de profonds désespoirs… Albus. Mais non, ce ne pouvait être Albus, se rappela-t-il. Albus était mort… Il essaya de se rappeler où il était… Chez les vampires… Oui… La cérémonie, le pacte de sang… Tout lui revint en un instant en mémoire… Mais où était-il ? Et qui le tenait ainsi ?

Il essaya alors d'ouvrir les yeux, ce qui lui prit un certain temps, avant de s'habituer à la clarté ambiante de la lumière des torches… Il laissa son regard errer quelques instants dans la pièce, une chambre… Oui, il se souvenait de cette pièce maintenant, la chambre que les vampires leur avait allouée à lui et Black…

Black ! Soudain Severus se débattit un peu plus frénétiquement et parvint à se dégager un peu des bras puissants qui le serraient, suffisamment pour pouvoir se retourner et identifier cette personne… Quelle ne fut pas sa surprise et aussi son effroi quand il vit de qui il s'agissait : Black !

Qu'est-ce que ce cabot faisait là, étendu à ses côtés, et surtout à le tenir ainsi contre lui ? Il réalisa, très mal à l'aise, qu'il était de nouveau nu sous les draps… Heureusement Black avait eu la décence de ne pas se glisser sous ses draps, mais allez savoir ce que ce maudit cabot lui avait fait pendant son inconscience… Il avait certainement dû en profiter, mais en profiter pour quoi ?... Voulait-il encore se jouer de lui ?

Severus commençait sérieusement à frémir en pensant à cette situation embarrassante, ne sachant comment réagir, et incapable de se dégager complètement de ces bras. Il se contenta alors de maintenir le plus d'écart possible entre lui et Black, en appuyant ses mains contre le torse de l'animagus. Mais il ne pouvait empêcher son esprit de tourner à cent à l'heure et de s'imaginer tous les scénarios possibles et impossibles…

Il était ainsi an pleine ébullition, les yeux fermés, une moue de profond dégoût sur les lèvres, quand Sirius se réveilla à son tour. Constatant que son vis-à-vis était déjà éveillé et voyant son air quasiment apeuré, Sirius desserra instantanément son étreinte. Il vit alors Severus ouvrir brusquement ses obsidiennes et s'écarter à l'autre bout du lit, comme s'il avait été brûlé.

Ils s'observèrent un moment, en silence, essayant d'évaluer les réactions de l'autre, ne sachant comment réagir eux-mêmes.

- Que s'est-il passé ? Que faisais-tu à me serrer de la sorte ? Demanda finalement Severus, d'une voix encore rauque de son long sommeil, rompant ainsi le silence devenant pesant.

- Tu faisais des cauchemars, j'ai juste essayé de te maîtriser pour t'empêcher de te blesser… ou de casser quelque chose. Rajouta Sirius précipitamment, devant l'air incrédule qu'affichait Severus.

Severus se redressa légèrement et difficilement sur un coude, et le darda d'un regard noir haineux et menaçant. Il y avait autre chose, il le sentait, Black ne lui disait pas tout. Et comment le croire ? Comment croire que Black l'avait seulement tenu pour l'empêcher de se blesser ? Que lui importait-il s'il se blessait ? Après tout, ils étaient ennemis, non ? Même s'ils combattaient pour la même cause, le même camp, ils restaient ennemis, n'est-ce pas ? Alors pourquoi Black, voulait-il l'empêcher de se blesser ?

Et il disait avoir assisté à ses cauchemars… Severus se souvenaient partiellement de ces cauchemars, cauchemars qu'il faisait assez souvent… cette fois des visions de la vie de Valâa, de son ancienne vie et de sa vie actuelle de vampire, s'y étaient ajoutées… Mais avait-il parlé lors de ces cauchemars et visions ? Pourquoi Black semblait-il si troublé ? Qu'avait-il au juste ?

- Apparemment ce ne sont pas tes performances d'hier qui t'ont rendu plus aimable. Lâcha Sirius, pour rompre le malaise ambiant qui s'installait entre eux. « Et voilà, ça t'a échappé, ça a été plus fort que toi ! Incapable de te retenir Patmol. Tu aurais pu trouver mieux pour briser la glace… Vraiment pas doué ! » Se dit-il pour lui-même.

- Se pourrait-il que tu sois jaloux ? demanda narquoisement Severus.

- Jaloux de quoi ?

- Tu pensais certainement que ce domaine t'était réservé ?! Je ne suis peut-être pas un Apollon, loin de là, mais cela ne m'empêche pas d'avoir un certain « savoir-faire », bien au contraire. Continua Severus, affichant un sourire en coin des plus agaçants.

- Pff… fit Sirius, incapable de trouver mieux.

A nouveau un lourd silence s'installa.

- Rien d'autre ? Demanda abruptement Severus, d'une voix tranchante.

- Quoi rien d'autre ? Sirius ne voyait plus du tout où il voulait en venir.

- Tu as juste essayé de me maîtriser ? Tu n'as rien essayé d'autre ?

- Mais que vas-tu t'imaginer ? Répondit Sirius rudement, commençant à s'emporter. Non, je n'ai rien fait d'autre, je ne t'ai pas violé, si c'est ce que tu veux savoir.

Severus rougit violemment et déglutit péniblement le peu de salive qui lui restait. Oui, il ne pouvait nier qu'il avait songé à quelque chose de la sorte, venant de Black on pouvait s'attendre à tout. Bon, au moins il était rassuré de ce côté…

- Venant de toi, cela n'aurait pas été si étonnant. Et ce n'est pas une certaine expérience dans notre jeunesse qui viendrait me détromper, assurément… Fit Severus d'une voix basse.

Cette fois, ce fut au tour de Sirius de rougir comme une pivoine. Oui, lui aussi se souvenait de cet épisode désastreux lors de leur sixième année à Poudlard.

Ils se regardèrent droit dans les yeux tous les deux. Severus ne pourrait jamais oublier cette humiliation, une de plus, mais une des plus terribles, qui l'avait conduit ensuite à une action extrême. Il ne put empêcher les images de revenir à la surface et de l'assaillir une fois encore. Mais ne pouvant juguler son souvenir, il décida qu'il ne serait pas le seul à le revivre. Il fixa alors intensément Sirius et les images se formèrent distinctement simultanément dans leurs deux esprits, comme s'ils y étaient.

Ils virent alors un jeune homme grand, mince et ténébreux, tenant ses livres étroitement serrés contre son torse, sortant de la Grande Salle, à la recherche d'un endroit calme et silencieux. Il se dirigea d'un pas assuré et déterminé vers l'extérieur, et marcha quelques instants, pour finalement s'asseoir au pied d'un arbre.

C'était la fin de journée, le dîner allait bientôt prendre fin, et le soleil commençait à se coucher. Ce serait bientôt l'heure du couvre-feu, il n'avait pas le droit d'être là, mais Severus n'en avait que faire, il voulait être tranquille et seul.

Il sortit fébrilement une lettre encore fermée de son livre. C'était une lettre moldue, Rusard la lui avait remise le matin même. Severus en connaissait parfaitement l'expéditeur, il n'y avait pas trente-six moldus qui pouvaient lui écrire à Poudlard. Mais il n'avait pas eu le courage d'ouvrir cette lettre, il savait d'avance qu'elle ne pouvait contenir que de mauvaises nouvelles. Que pouvait-ce être d'autres ? Son père ne lui écrivait jamais, si ce n'était pour de mauvaises nouvelles.

On était en fin septembre, la rentrée avait eu lieu il y trois semaines maintenant, rentrée qui avait été terrible pour Severus… En effet, son père avait refusé catégoriquement qu'il retourne dans cette école de dégénérés, comme il l'appelait, il l'avait séquestré tout l'été pour l'empêcher de contacter qui que ce soit de cette maudite école. Severus avait cherché à se rebeller, ce qui lui avait valu de se faire rouer de coups… presque à mort… Il avait finalement abandonné… jusqu'au moment fatidique, jusqu'au jour de la rentrée…

Il avait effectivement soigneusement préparé son évasion et était déterminé à rentrer à Poudlard, coûte que coûte. Malheureusement, tout ne s'était pas déroulé comme prévu. Son père était rentré plus tôt ce jour-là et l'avait attrapé alors qu'il tentait de partir. Il l'avait alors battu plus violemment que d'habitude encore. Grâce à l'intervention d'un voisin, Severus avait quand même réussi à s'enfuir, miraculeusement, très mal en point, traînant sa malle heureusement allégée derrière lui, tant bien que mal…

Il avait manqué bien entendu le Poudlard express, étant arrivé à la gare de King's Cross avec deux heures de retard. Il avait essayé de se renseigner s'il y avait un autre train plus tard pour Poudlard, mais peine perdue. Il n'avait aucun moyen de rejoindre Poudlard à l'heure actuelle, trop faible pour tenter quoi que ce soit d'autre. Il était donc resté à la gare 9 ¾, allongé sur un banc. Il ne sut combien de temps il resta ainsi, étendu dans le froid, la douleur l'assaillant de toute part, mais quand il ouvrit les yeux, ayant entendu quelqu'un murmurer son nom, il vit Albus Dumbledore en personne, penché sur lui avec un air de profonde inquiétude sur le visage.

Severus voulut se lever, mais fut dans l'incapacité de bouger, sa respiration se faisant difficile et sifflante, son épaule et sa hanche l'élançant dangereusement. Il siffla de douleur et resta prostré sur son banc, essayant de reprendre une respiration plus calme, mais en vain.

- Ne bougez pas mon garçon. Vous avez de sérieuses blessures. Madame Pomfresh va arriver de ce pas, ne bougez pas. Je pense que vous avez des côtes cassées, ainsi que la hanche et l'épaule luxée et une fracture au bras.

- Monsieur… le directeur… essaya d'articuler Severus difficilement.

- Chut ! Ne parlez pas non plus, économisez donc vos forces. Vous nous direz plus tard ce qui vous êtes arrivé. C'est un miracle que vous soyez encore parmi nous et que vous soyez parvenu à venir jusqu'ici…

Madame Pomfresh arriva sur ces bonnes paroles. A la vue de l'état de Severus, elle ne put retenir une exclamation d'horreur.

- Que lui est-il arrivé ? Demanda-t-elle à Dumbledore, tout en commençant un rapide examen.

- Je n'en sais rien, même si j'ai de sérieuses suspicions. Nous verrons ça plus tard.

- Il est dans un triste état, plusieurs fractures, aux côtes, et au bras gauche, sub-luxation de la hanche et de l'épaule. Il a certainement essayé de se les soigner lui-même, ce qui explique que ses articulations soient partiellement remises en place. Plusieurs contusions, dont une assez conséquente à l'abdomen, j'espère qu'il n'y a pas de lésion interne plus grave. Les poumons n'ont pas l'air d'être perforé, mais ils ont subi aussi quelques contusions…

- Pouvez-vous faire quelque chose pour le stabiliser le temps qu'on le transporte à Sainte Mangouste ? S'enquit Dumbledore, l'air grave et peiné.

- Pas… Sainte Mangouste… s'il vous plaît… pas Sainte Mangouste… parvint à dire Severus dans un murmure à peine audible.

- Mais nous ne pouvons vous laisser ainsi, et vous serez mieux soigner à Sainte Mangouste… commença Dumbledore.

- Pas… Sainte Mangouste… répéta le jeune homme, tout en fixant le vieux directeur d'un regard noir perçant et criant presque à sa place sa supplique.

Le vieil homme ne savait pour quelle raison Severus refusait catégoriquement Sainte Mangouste, mais il n'avait pas le cœur de lui refuser cette requête.

- Vous sentez-vous capable de prendre en charge ce jeune homme, Madame Pomfresh ? Demanda-t-il, tout en gardant ses yeux pétillants plantés dans ceux du jeune homme.

- Oui, je pense. Au pire, je pourrai toujours demander conseil à l'un de mes confrères de l'hôpital.

- Bien dans ce cas, faîtes le nécessaire pour le stabiliser et nous le transporterons à Poudlard.

Severus eut un faible soupir de soulagement avant de s'évanouir. Madame Pomfresh mit environ une heure à stabiliser les diverses fractures et contusions internes les plus importantes, dans le froid mordant du soir. Enfin, Dumbledore prit délicatement dans ses bras le corps frêle, froid, et beaucoup trop léger à son goût, de Severus, et ils transplannèrent sans plus tarder aux abords de Poudlard.

Il porta ainsi Severus tout le long du trajet jusqu'au château, le visage sombre, Madame Pomfresh sur les talons, bientôt rejointe par McGonagall et Hagrid. Le cortège se rendit aussitôt à l'infirmerie, sous les regards médusés des autres élèves, qui se demandaient tous, ce qui pouvait être arrivé au ténébreux Serpentard.

Madame Pomfresh s'attela alors à la tâche, aidée de Dumbledore, McGonagall et Hagrid. Ils mirent toute la nuit à le soigner. Outre les blessures déjà identifiées à la gare, Severus avait de multiples contusions, dont certaines assez conséquentes, à un lobe pulmonaire et au foie. Il avait aussi des entailles plus au moins profondes, dont une au torse allant de son épaule gauche luxée à son flanc droit, qui serait difficile à cicatriser. Il avait en outre une légère fracture à l'arcade sourcilière, au nez et à la mâchoire. Rien de bien irréparable, mais qui demanderait plusieurs semaines avant se remettre de façon stable.

Severus resta quinze jours à l'infirmerie et fut enfin autorisé à reprendre les cours, à la condition de faire attention et de ne pas abuser de ses forces. Il était en outre contraint à des visites à l'infirmerie deux fois par semaine pour surveiller son évolution. Mais Severus s'était plié à toutes ses requêtes, bien trop heureux de pouvoir reprendre les cours… il avait déjà assez de retard à rattraper, même si Lucius Malefoy, alors en septième année et préfet en chef, s'était chargé de lui apporter les cours qu'il avait emprunté à un autre sixième année pour Severus.

De même, Dumbledore s'était chargé d'aller lui acheter ses fournitures, Severus n'ayant bien entendu pas pu y aller en été ni à la rentrée.

Bref, cette rentrée avait été désastreuse et déplorable, laissant un goût des plus amers à Severus. Il se remettait tout juste de ses blessures, physiques tout du moins, ayant bien du mal à suivre le rythme des cours les premières semaines. Il commençait seulement à rattraper son retard…

Il avait refusé de parler de ce qui s'était passé à qui que ce soit, même pas à Dumbledore. Il voulait régler ce problème lui-même, bien qu'il ne sache pas encore de quelle manière. Le vieux directeur se doutait certainement de quelque chose, Severus le lisait dans ses yeux, mais il n'en avait cure. Même si les doutes du vieil homme étaient justes et fondés, il ne voulait pour rien au monde qu'on le prenne en pitié et qu'on se mêle de ses affaires… Heureusement la version officielle pour le reste des élèves était que Severus avait eu un grave accident cet été… mais certains dont Lucius, et malheureusement les maraudeurs, se doutaient que cette version était une pure invention et que cela cachait quelque chose…

Severus en était là de ses réflexions, toujours retournant l'enveloppe entre ses longs doigts fins, n'osant l'ouvrir, comme craignant qu'elle lui explose en plein visage. Mais le soleil avait presque disparu, et il se faisait sombre, il ne pourrait rester encore bien longtemps ici. Il se décida donc à l'ouvrir.

Comme il s'y attendait, cette missive n'avait rien d'une cordiale invitation ou d'une lettre d'excuses. Bien au contraire. Severus blêmissait au fur et à mesure de sa lecture.

« Severus,

Ta conduite est inqualifiable, si tu crois pouvoir m'échapper de la sorte en te réfugiant dans ton école de dégénérés, tu te trompes lourdement. On n'échappe pas ainsi à un Snape.

Je te retrouverai, monstre, et je te ferai payer au centuple cet affront. Tu n'es qu'une erreur de la nature, comme ta putain de mère, et je te montrerais comment on traite les monstres de ton espèce.

. »

La lettre continuait ainsi sur plusieurs pages, le traitant lui et sa mère de tous les noms, lui promettant mille maux, et le menaçant explicitement de mille tortures. Mais ce qui toucha le plus Severus, ce fut quand son soi-disant père le traita de monstre de la nature inutile et parasite, d'être immonde et abject, de bon à rien, disant que personne digne de ce nom ne lui accorderait une place ou un travail honnête, que ses études ne servaient à rien, qu'il n'avait qu'à rentrer de ce pas, qu'au moins il servirait à quelque chose en ramenant de l'argent, au lieu de le dilapider, même si pour cela il devait aller vendre son corps ou son âme pour gagner sa vie, en doutant que quelqu'un veuille bien d'un être aussi vil et infâme que lui …

Severus crut recevoir un poignard en plein cœur. Même s'il avait renié depuis longtemps son père, il ne pouvait croire que cet homme pense réellement ça de lui, qu'il le considère comme… comme… comme moins que rien… comme tout juste bon à… Il ne pouvait le croire. La raison lui dictait d'arrêter cette lecture infructueuse, mais il ne parvenait pas à décrocher son regard des lignes, les mots défilant malgré lui sous ses yeux, les lignes dansant et le narguant…

Tout à coup, il sentit quelqu'un lui arracher la dernière page qu'il venait de finir de lire. Black ! Encore et toujours Black, accompagné de ces fameux amis les maraudeurs. Toujours là, même quand on n'a pas besoin d'eux.

Il ne les avait pas entendus arriver, trop absorbé par sa lecture. Erreur, erreur fatale même… Il avait jusque là évité toute altercation, ne se sentant plus du tout l'envie de continuer ce jeu imbécile avec eux. Mais là, il ne pouvait ne pas réagir, il ne pouvait laisser cette lettre aux mains de ce stupide cabot. D'autant plus, réalisa-t-il, qu'il tenait là LE passage où son père lui proposait si gentiment d'aller vendre son corps et son âme au diable…

- Redonne moi ça ! Cracha Severus, essayant tant bien que mal de se maîtriser. Redonne moi cette lettre, cela ne te regarde pas.

- Oh, une lettre… de qui peut-elle bien être ? Le nargua Sirius. Une lettre moldue en plus ! De ta bien-aimée moldue ? Nous cacherais-tu quelque chose, Snivellus ? Toi qui affirme détester les moldus, comme tout bon Serpentard… Si ta maison l'apprenait, comment réagirait-elle ?

- Cela ne te regarde pas… Et je hais toujours autant les moldus… Tout comme les imbéciles de ton espèce qui se mêlent de ce qui ne les regardent pas.

- Oh Snivellus, intervint Potter, ce n'est pas gentil ce que tu viens de dire. Toi qui semblais t'être assagi depuis la rentrée… Je croyais presque que cet été t'avait été profitable…

- La ferme Potter ! Rugit Severus, hors de lui. Et toi, Black, rends moi ça, ou tu vas le regretter.

Mais Black n'en fit rien, bien entendu. Au lieu de cela, il commença à lire tout haut la lettre pour ses amis. En arrivant au dit passage, Black jubilait presque, et Potter affichait un grand sourire ostentatoire. En fait, seul Rémus semblait gêner et ne souriait pas. Severus, quant à lui, était au bord d'exploser… ou de s'évanouir. Il tremblait presque convulsivement, livide comme jamais, se mordant les lèvres presque à sang, incapable de répondre quoi que ce soit.

- Et bien, voilà quelqu'un qui te propose enfin quelque chose de censé et à ta portée. Lança Black, d'un ton nonchalant et provocateur. Alors combien comptes-tu prendre ? Si tu veux je peux même te donner quelques leçons… Je pense que tu en as besoin, si tu veux avoir du succès…

- Oui, à vrai dire, même dans cette branche, il y a du travail pour te rendre potable, mais avec un peu d'aide… continua Potter, en se rapprochant de Severus, et en le déshabillant du regard, tout en esquissant un mouvement pour lui toucher le visage.

Severus s'écarta vivement de Potter, se mettant hors de sa portée.

- Vous me dégoûtez. Cracha-t-il d'une voix basse et menaçante.

Il ramassa précipitamment ses affaires et s'enfuit en courant aussi vite qu'il le put. Il se réfugia dans les toilettes du premier étage, totalement vides à cette heure. Le couvre-feu approchait, tous devaient déjà avoir rejoint leur salle commune. Mais Severus n'avait pas le cœur à retourner dans son dortoir. Il avait besoin d'être seul… Les mots de son père, puis les mots de Black, l'avaient profondément touché, plus encore que les coups… Son cœur saignait de rancœur et de haine, de désespoir aussi…

Mais il ne put rester bien longtemps seul, des bruits de pas se rapprochaient… Plusieurs personnes, quatre en fait… Non, impossible, encore les maraudeurs ! Comment avaient-ils fait pour le trouver là ? Ils ne l'avaient pas suivi pourtant, il en était sûr, il ne les avait pas vu le poursuivre, et il n'y avait personne dans le couloir quand il était entré dans les toilettes.

Et pourtant, ce ne pouvait être une coïncidence : c'était bien les maraudeurs. Ils étaient là, devant lui, le regard narquois, le provoquant avec ce vulgaire bout de papier…

- Pourquoi nous abandonner en si bon chemin Snivellus ? Nous n'avons même pas eu le temps de te rendre ça. Fit Black, un sourire carnassier sur les lèvres.

Severus sortit sa baguette, prêt à en découdre cette fois, mais Potter, qui avait déjà sa baguette à la main en arrivant, fut plus rapide que lui. Un expelliarmus le désarma en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Il se retrouva alors, seul contre quatre, dans un endroit fermé, la sortie étant bloquée, et sans arme… Bref, dans une très mauvaise posture…

- Que veux-tu Black ? Et toi Potter ? Demanda Severus du ton le plus menaçant et acide qu'il put prendre en de telles circonstances.

- Te donner une leçon. Peut-être comprendras-tu enfin où est ta place ? Peut-être comprendras-tu qu'il ne faut pas s'attaquer à des Griffondors, ni en approcher, de quelque manière que ce soit. Répondit Black.

Severus comprit sans peine l'allusion à sa relation avec Freyja. Mais rien ne pourrait l'empêcher de continuer à la voir, rien ni personne… Severus le sonda alors du regard, avant de répondre :

- Si tu crois que ce que tu peux me faire changera quoi que ce soit, tu te trompes lourdement.

Mais Severus sentait que les choses allaient sérieusement se gâter. Déjà l'année dernière, la blague de Black avait failli mal tourner pour lui. Depuis, la haine et l'animosité s'étaient fortement intensifiées entre Black et lui. Et avec Potter, ce n'était guère mieux…

- Vraiment ? Fit Black. Et bien, nous verrons si tu fais toujours le fier, après notre petite leçon…

Se disant, il envoya Severus contre le mur, d'un sortilège bien placé, et lui lia bras et jambes aux pierres froides. Severus était alors incapable de faire le moindre mouvement, attaché comme un animal pris au piège.

- James, Sirius, arrêtez, ce n'est plus drôle. Vous allez trop loin !

- Si tu ne veux pas participer ou ne pas voir, Rémus, tu n'as qu'à sortir. C'est entre Snivellus, James et moi désormais.

- Oui, sortez tous les deux. Fit Potter à l'adresse de Peter et Rémus.

- Non, si je sors, ça va encore dégénérer. Répondit le loup-garou.

Severus n'y tint plus, ne supportant pas que le lupus lui vienne en aide.

- Je n'ai pas besoin de toi, Lupus. Alors tais-toi et dégage, puisque c'est tout ce que tu sais faire.

Rémus rougit, puis, profondément touché par les paroles blessantes et acerbes du Serpentard, sortit précipitamment, bientôt suivi de Peter.

- Alors là, bravo, nous n'aurions jamais réussi aussi bien que toi à le faire sortir. Nous voilà enfin seuls tous les trois !

- Par quoi on commence ? Fit Potter, sur un ton faussement innocent.

- Déjà, par ça. Répondit Black, tout en lançant un nouveau sortilège à Severus qui se retrouva subitement nu devant les deux maraudeurs, toujours ligoté au mur.

- Qu'est-ce que… qu'est-ce que… Que voulez-vous faire ? Balbutia Severus, perdant subitement son assurance.

- Je croyais avoir été clair. Nous allons te donner quelques leçons pour ton futur emploi. Fit Black, un sourire démoniaque étirant ses lèvres.

- Pour mon … pour… Mais vous êtes fous ! Vociféra Severus, comprenant enfin où ils voulaient vraiment en venir. Mais…

Mais il ne put finir sa phrase, réduit instantanément au silence par un sortilège.

- Ah ! C'est mieux ainsi. Nous pourrons travailler plus tranquillement. Fit Potter.

Black s'avança alors de Severus, quant à lui crispé et appréhendant la suite. Black se colla contre Severus, puis plaqua violemment sa bouche contre les lèvres fines du Serpentard, qui chercha à tourner la tête pour se dégager de cette étreinte. Mais en vain, deux mains puissantes lui attrapant le menton et lui redressant la tête. Black reprit alors son baiser, forçant presque l'entrée en mordant les lèvres de Severus. Ce dernier ferma les yeux, sentant un haut le cœur l'envahir, mais il ne céda pas.

Il sentit alors une main lui caresser le torse, parcourant chacune de ses cicatrices, le faisant frémir de dégoût et de peur. Black n'allait quand même pas aller jusqu'au bout ? Si ?

Severus commençait sérieusement à avoir peur, ce qui lui donnait la chair de poule.

- Aurais-tu froid Snivellus ? Veux-tu que je vienne te réchauffer ? Fit Black, d'une voix presque langoureuse et sensuelle, en se collant encore davantage contre le corps frêle et frissonnant.

Severus sentit cette main s'attarder sur chacune de ses balafres. Il ne put s'empêcher de frémir plus violemment et se mit à trembler pour de bon, complètement terrifié. Personne ne l'avait jamais touché de la sorte. Que ce soit un homme, en outre Black, le révulsait au plus haut point. Sans compter que ce simple contact ravivait les violents souvenirs de son père le battant, lui rappelant d'où lui venait ces balafres, souvenirs qu'il avait déjà tant de mal à enfouir au plus profond de lui...

Mais il était impuissant et ne pouvait rien faire, une fois de plus, et surtout il ne parvenait pas à contrôler son corps. Il sentait son corps paniquer fortement, mais ne pouvait rien y faire, ce qui le désespérait encore plus.

- Sirius, je crois que c'est bon là. Il a l'air d'avoir compris, laissons-le maintenant. Viens, sinon on va se faire prendre par Rusard ! Fit Potter essayant de raisonner son ami, voyant les choses aller plus loin que ce qu'il avait prévu, trop loin à son goût, beaucoup trop loin….

Mais Black resta sourd aux appels de son ami et continua son petit jeu, parcourant toujours le torse de Severus de ses mains froides et insistantes, jusqu'à ce qu'il le sente trembler de tout son corps presque convulsivement, littéralement paniqué et terrorisé. Severus se sentait humilié, rabaissé plus bas que terre, moins qu'une larve… Il n'avait pas réussi à se maîtriser, à maîtriser ce corps abject qui venait de le trahir. Il venait de montrer sa peur, non, sa panique et sa faiblesse… Et ce, devant son ennemi… Il n'était plus qu'un vulgaire objet aux mains de son ennemi… Il crut que son cœur allait exploser…

- Sirius, ça suffit ! Lâche-le. Il n'en vaut pas la peine. S'exclama Potter.

Cette fois, Black le lâcha enfin. Severus baissa alors la tête et ferma les yeux, accablé par la honte, honte de sa faiblesse passée et présente, honte de son impuissance face à ses bourreaux… Il ne put retenir une larme de couler sur sa joue pâle.

Black jubilait, il tenait enfin sa victoire sur Snivellus. Cette simple larme était sa victoire. Il avait enfin réussi à faire pleurer Snivellus, après tant d'années de lutte…

- Tu as encore beaucoup de travail pour devenir bon à quelque chose, Snivellus. Cracha Black. Oui, je ne sais pas qui t'a écrit cette lettre, mais tu pourras lui répondre que sa proposition n'est peut-être pas si bonne que ça, ou alors il va falloir prendre des cours supplémentaires…

- Allez, viens, on s'en va. Répondit simplement Potter.

D'un geste nonchalant de la main, il libéra enfin Severus des liens le retenant au mur, et celui-ci tomba lourdement au sol, à genou. Incapable de se tenir debout. Puis Black lui lança la baguette qu'ils lui avaient dérobée au début de l'altercation, la laissant tomber sur le tas de vêtement à quelques pas de Severus, rangeant par contre soigneusement la lettre dans sa propre poche.

- Allez Snivellus, on te laisse. Après toutes ces émotions, tu dois avoir besoin de repos. Fit Potter à l'adresse du Serpentard.

- Tu oublies, James, que Snivellus n'a pas d'émotions, il n'est pas humain.

- Allez viens Sirius ! On n'a plus rien à faire ici.

Et ils laissèrent Severus seul, toujours à genou et nu, au milieu des toilettes. Une fois qu'il entendit la porte se refermer, il laissa sa peine s'exprimer librement, d'autres larmes salées et amères venant rejoindre la première, lentement et silencieusement. Il resta un bon bout de temps ainsi prostré. Finalement, sans prendre la peine de se rhabiller, il se leva et se dirigea vers le lavabo. Il ouvrit le robinet et contempla quelques instants l'eau couler sans réagir. Puis, il porta sa main à l'eau et s'en aspergea le visage. Il releva alors le regard vers le miroir qui surplombait le lavabo et ses yeux vides accrochèrent les yeux vides de son reflet. Il y lut la honte, le désespoir et l'amertume.

Il ne put supporter plus longtemps cette vision et frappa la glace, si violemment qu'elle se brisa, lui entaillant les poings. Le sang coula lentement des plaies, mais il n'y prêta pas plus attention. Il fixait intensément les bouts du miroir ainsi brisé, une idée germant alors dans son esprit embrouillé. Et si… et si…

Il défit alors précautionneusement un des bouts du miroir, s'écorchant davantage les doigts, mais n'en eut que faire, puis regarda une nouvelle fois son reflet brisé… reflet brisé tout comme son cœur…

« Oui Severus. C'est la solution. Tu le sens, tu le sais. Tu pourrais te venger, tu pourrais leur faire comprendre qu'on ne s'attaque pas à toi sans en subir les conséquences, même si cela est risqué pour toi. Peu importe, si ça tourne mal, tu seras au moins délivré de cette vie qui ne veut pas de toi. Mais tu auras au moins assouvi ta vengeance. Fais-le. Vas-y ! » Se disait-il pour lui-même.

Il porta alors le fragment tranchant à son poignet et se fit une profonde entaille, regardant le sang couler sans réaction, puis une deuxième entaille et une troisième. Il se retourna ensuite et dessina un cercle sur le sol dallé à l'aide de son propre sang. Puis, il s'agenouilla au centre du cercle et ferma les yeux pour se concentrer, rassemblant les bribes de sa mémoire, cherchant désespérément la formule dont il avait besoin...

Ca y est ! Il s'en souvenait ! Il leva lentement les mains au dessus de lui, ainsi que la tête, les yeux toujours fermés, et commença à psalmodier l'incantation, tout en concentrant toutes ses pensées sur ses deux ennemis.

Au même instant, dans la salle commune de Griffondor, deux jeunes hommes étaient en proie à un étrange malaise, devant les yeux horrifiés de leurs deux autres amis, impuissants. James et Sirius avaient l'impression de suffoquer, d'étouffer même, la sensation d'étranglement et de compression sur leur poitrine s'intensifiant de plus en plus, sans qu'ils puissent faire quoi que ce soit.

Ils ne surent combien de temps cette sensation dura exactement. Mais ils commençaient à réellement manquer d'air, leur vue et leurs pensées commençaient à s'embrumer, le monde devenait flou et vacillant autour d'eux… Ils remarquèrent à peine Rémus partir en courant, affolé, allant sans doute chercher de l'aide, ni n'entendirent les cris désespérés de Peter qui les appelait… Et ils perdirent connaissance.

Severus, quant à lui, commençait à s'épuiser et à perdre ses forces. Il le savait, un sortilège aussi puissant drainait beaucoup d'énergie, peut-être plus qu'il n'était capable d'en fournir… en outre il n'avait encore jamais pratiqué de tels sortilèges, ou plutôt malédictions… Il sentait une sensation grisante de pouvoir s'infiltrer en lui, et en même temps il se sentait faiblir dangereusement, mais il n'avait pas vraiment envie de s'arrêter. C'était si exaltant, si enivrant…

Pourtant il sentait aussi au fond de lui qu'il allait peut-être un peu trop loin, qu'il risquait de perdre le contrôle… Il sentait ses deux ennemis sous son emprise partir dans le doux domaine de l'inconscience. Encore quelque secondes et ils partiraient pour de bon, définitivement… mais le voulait-il vraiment ? Non, il ne voulait pas vraiment les tuer, il ne voulait pas qu'ils meurent, il voulait juste leur donner une bonne leçon… Il voulait se venger certes, mais il ne voulait pas les tuer… Cela devrait leur suffire…

Il se décida alors à les libérer. Peter put voir ainsi ses deux amis reprendre conscience, tousser, crachoter et revenir peu à peu à la vie, se redressant péniblement, encore faibles mais vivants…

Mais il en était tout autrement de Severus, qui s'était pour sa part vidé de toutes ses forces. Il vit le sang coulant encore lentement de son poignet, le rouge étincelant de façon cruelle sur sa peau blême, et formant une flaque carmin à l'odeur âcre sous lui. Mais il n'en avait cure… Il se sentait partir, mais n'avait plus vraiment envie de rester et de lutter… Il se laissa alors choir au sol, sentant la vie s'échapper peu à peu de son corps si vulnérable, se recroquevilla doucement en position fœtale et ferma les yeux, s'abandonnant à une douce torpeur, douce libération…

Severus cessa alors le flux d'images, les ramenant brutalement à la réalité. Tous deux étaient quelque peu choqués d'avoir partagé ce souvenir douloureux, y ayant assisté sous l'angle de Severus qui plus est. Sirius avait pu sentir toute la détresse du jeune homme de l'époque, que ce soit lors de son retour à Poudlard, lors de la lecture de la lettre ou lors de l'attaque des Maraudeurs.

Fin de la première partie du chapitre 32