Merci à tous encore et toujours, j'ai toujours un grand plaisir à vous lire...
Zarakinel : concernant l'apprentissage avec valâa, il va falloir attendre, Severus ne s'est pas encore décidé...
Lone Wolf : Tu devrais être content, la réconciliation avance à grands pas... même s'il y a toujours quelques tensions...
Bohemio : Voilà qui devrait te plaire à toi aussi, le respect mutuel s'installe peu à peu. C'est difficile, mais ça ient, ça vient...
Sushi-powa : Par contre, pour ta part tu vas être déçu : Severus ne va toujours pas rire avec Sirius, et ce ne sera pas avant longtemps... Déjà qu'il a du mal à rire tout seul, alors... Sinon, pas de voile non plus dans ce chapitre, ni de passage concernant son passé... Mais je te rassure, je vais me rattraper prochainement!
Bonne lecture à tous et à bientôt!
CHAPITRE 34 : Retour fiévreux
- Severus, où es-tu ? Severus ?!
Un toussotement lui indiqua la présence de quelqu'un derrière lui. Sirius se retourna d'un bond, baguette tirée, déjà prêt à se battre si nécessaire, quand il aperçut une masse sombre se relever difficilement, tout en crachant ses poumons.
- Ah ! Tu es là Severus. S'exclama Sirius, visiblement soulagé.
- Oui, je suis là. Où voulais-tu que j'aille ? Lui répondit la masse sombre, en chuchotant d'une voix rauque. Mais inutile de crier mon nom sur tous les toits. Où peut-être ne connais-tu pas le mot « discrétion » ?
- Oh ça va, inutile de monter sur tes grands chevaux. J'ai eu peur que tu n'ais pas réussi à transplanner…
Cette dernière répartie décocha un léger ricanement de la part de Severus, qui se transforma bien vite en une deuxième quinte de toux.
- Comme si une petite fièvre m'empêcherait de transplanner… réussit-il cependant à répondre entre deux toussotements.
- Viens, fit Sirius. Dépêchons-nous, avant que tu ne me restes sur les bras. Laisse-moi donc t'aider.
Se disant, il prit le bras de Severus d'une poigne ferme et énergique, et le soutint pour marcher. Severus n'émit aucune objection et se laissa faire sans rechigner, ce qui inquiéta fortement l'animagus… Le Serpentard n'était vraiment pas bien, pour ne pas hurler au crime d'être ainsi aidé…
Ils venaient de transplanner dans un quartier sorcier de Londres même. Mais les brigades d'Aurors ne tarderaient pas à détecter leur énergie dégagée par le transplannage, et à arriver sur les lieux. Autant ne pas traîner… Ils marchaient ainsi depuis une petite demi-heure, se faufilant d'ombre en ombre, sous la pluie fine et brumeuse qui les détrempait jusqu'aux os, quand ils aperçurent soudain un groupe d'Aurors patrouillant dans la rue perpendiculaire à la leur, les empêchant de continuer sans se faire repérer.
- Que fait-on ? Demanda Sirius.
Seul, il n'aurait eu aucun mal à leur passer sous le nez sous sa forme d'animagus, mais impossible avec Severus… Il devait donc s'en remettre aux compétences et à l'expérience de son compagnon.
- On attend. Répondit l'autre.
- On attend quoi ? Fit Sirius, très curieux de voir comment il allait les sortir de là.
Severus se contenta de lui faire signe de se taire, un doigt sur les lèvres, et le plaqua contre le mur, les faisant ainsi se fondre dans l'ombre projetée par un balcon.
Les Aurors passèrent à quelques mètres d'eux sans même les remarquer, et continuèrent leur chemin. Severus attendit encore quelques minutes, puis, lorsque les bruits de pas s'éloignèrent suffisamment, il passa lentement la tête et examina attentivement les alentours. Rien, la voie était libre. Il se retourna vers Sirius, et, lui intimant toujours le silence, lui fit signe de le suivre. Ils se glissèrent alors furtivement de l'autre côté de la rue, pour se faufiler dans une ruelle.
Sirius obtempéra sans broncher, s'en remettant entièrement à Severus. Après tout, celui-ci avait réussi à échapper aux Aurors pendant plusieurs mois, alors qu'il n'avait pas l'avantage d'être un animagus pour filer…
Ils longèrent la ruelle, et débouchèrent à nouveau sur un boulevard. Comme précédemment, Severus les plaqua contre le mur et, tout en se mettant accroupi pour se faire moins remarquer, il examina le dit boulevard, scrutant les environs de son regard d'aigle. Le boulevard était visiblement impraticable, grouillant littéralement d'Aurors et de Brigades de police.
Severus recula alors dans la ruelle, afin de se mettre hors de portée de voix.
- Comment fait-on maintenant ? S'enquit Sirius.
L'autre ne lui répondit pas, vraisemblablement plongé dans ses réflexions, son cerveau en pleine ébullition, tout en observant ce qui les entourait. Il observa les bâtiments, cherchant à déceler une possible passerelle, ou tout autre moyen de passage, entre les bâtiments de cette ruelle et ceux de la rue en face, mais rien. Les caves communiquaient peut-être, mais rien ne le leur garantissait, et il risquait de perdre un temps fou… Donc pas par là. Il ne leur restait que deux solutions, toutes deux aucunement réjouissantes : soit ils optaient pour faire un détour qui risquerait d'être assez conséquent, et ils avaient de forte chance de se retrouver confronter au même problème un peu plus loin, soit ils optaient pour les égouts…
Le regard de Severus se porta alors sur la bouche d'égout, un profond air de dégoût se dessinant sur ses lèvres. Il avait dû les emprunter à maintes reprises déjà ces derniers temps, mais il espérait à chaque fois pouvoir les éviter. A croire que ceux-ci allaient devenir sa résidence secondaire… Charmant ! Sirius suivit le regard de Severus, et comprenant enfin où les circonvolutions alambiquées de Severus allaient les conduire, s'exclama, choqué :
- Les égouts ? Tu ne crois quand même pas me faire rentrer là dedans ? Si ? Tu veux nous faire passer par les égouts ?
Severus le toisa alors d'un regard moqueur.
- Le grand Black aurait-il peur des rats qui y vivent ? Où alors cette solution te parait-elle trop inadéquate pour ta délicatesse ? Mais peut-être préféreras-tu Azkaban ? Dans ce cas, c'est par là… Severus marqua ses mots d'un geste de la main, montrant le boulevard dans son dos, où moult Aurors n'attendaient que de le cueillir.
- Mais au moins, tu sais te repérer là dedans ? Tu connais le chemin ?
Severus ne répondit rien, aggravant l'inquiétude qui commençait à happer l'animagus.
- Severus, ne me dis pas que tu ne connais pas le chemin souterrain ?! On risque de se perdre dans ce trou à rat. C'est immense…
- Je sais… Merci. Je les ai déjà empruntés. Rétorqua Severus. Mais nous n'avons aucune autre solution. Je ne m'y suis encore jamais perdu. Avec un peu de réflexion, on devrait pouvoir trouver, non ?
Ils n'eurent pas le temps d'en débattre plus longuement, qu'ils furent interrompus par une voix grave et menaçante.
- Qui va là ?
Severus rabattit promptement sa capuche sur la tête, vite imité par Sirius. S'avançaient vers eux trois Aurors, d'un pas déterminé, visiblement décidés à contrôler ces deux intrus plus que louches dans cette ruelle sombre… Quelle serait leur joie de pouvoir mettre le grappin sur deux fugitifs en cavale… dont un présumé mort…
- Identifiez-vous, immédiatement. Fit une deuxième voix, cette fois une femme, assez jeune certainement.
- Pardonnez-nous, nous cherchions notre chemin. Répondit Sirius, décidant de prendre les rênes, comprenant que Severus ne pouvait intervenir dans une telle situation, sans risquer de se faire démasquer, sa voix étant trop facilement reconnaissable.
- Qui êtes-vous ? Continua la jeune femme. Présentez-nous vos papiers.
- Nous sommes Arthur et Mickael Roberton. Mon frère que voici est malade, et nous nous rendions chez un médicomage, mais nous nous sommes perdus en route. Nous ne sommes que de passage à Londres et ne connaissons pas très bien la ville.
« Quel aplomb ! Il aurait pu faire un bon comédien… » Pensa Severus, prenant bien soin de garder la tête baissée et d'éviter leurs regards.
- Vos papiers. Ordonna à nouveau le troisième Auror, tout en pointant sa baguette vers Sirius.
Celui-ci fit mine de chercher ses papiers dans ses poches internes, prenant tout son temps.
- Ah, mais où les ai-je donc mis ? Fit-il au bout de quelques minutes. Mickael, je suis sûr que je te les ai donnés.
Severus se contenta de hocher la tête négativement, tout en toussant de façon très convaincante. Pas besoin de beaucoup forcer pour se faire d'ailleurs …
- Tu es sûr ? Alors où ai-je bien pu les mettre ? Continua Sirius sur le même jeu.
- Bon cessez donc ce petit jeu, on vous emmène. Vous vous expliquerez au poste.
Sirius, tout comme Severus, s'apprêtait à sortir sa baguette, prêt à neutraliser les Aurors et à vendre cher sa peau, quand une voix bien connue intervint à son tour.
- Que se passe-t-il ici ? Qu'est-ce qui vous a interrompu dans votre ronde ? Demanda le nouvel arrivé.
- Nous avons rencontré deux énergumènes sans papiers et nous nous apprêtions à les emmener au poste, pour contrôler leur identité et les interroger. Répondit le premier Auror.
- Ils prétendent se nommer Arthur et Mickael… Commença la jeune femme, faisant mine de ne pas se rappeler leur nom de famille.
« Vieille ruse ! » se dit Severus pour lui-même. Mais Sirius ne perdit pas son aplomb et répondit :
- Roberton. Arthur et Mickael Roberton, Madame. Il désigna alors Severus, quand il prononça le dernier prénom, essayant par là même de faire comprendre au vieil Auror, qui était censé être Arthur et qui était censé être Mickael. Alastor, je suis heureux de vous revoir. Continua-t-il à l'adresse du quatrième représentant de la justice.
- Mon cher ami, fit ce dernier, tout en s'avançant vers lui, d'un air jovial. Cela faisait longtemps. Qu'est-ce qui vous amène dans ce quartier mal famé ?
- Nous sommes de passage à Londres pour quelques jours. Voyez-vous j'expliquai à vos collègues que mon frère que voici est malade. Rien de bien gravissime, mais cela nécessite tout de même des soins immédiats. Nous nous rendions chez un médicomage, et nous nous sommes perdus. Et pour couronner le tout, je n'arrive pas à retrouver nos papiers, je crains de les avoir oubliés…
- Quel est votre animal préféré ? demanda Maugrey à brûle pour poing.
- Le lupus, répondit Sirius. « Toujours aussi paranoïaque ce vieux Fol'œil ! » ajouta-t-il intérieurement.
- C'est bien vous. Conclut Maugrey.
- Les mesures de sécurité sont toujours autant de rigueur à ce que je vois… ne put s'empêcher de faire remarquer l'animagus.
- Plus que tout, en cette sombre période. Mais ne vous inquiétez pas mon ami, je vais vous indiquez votre chemin. Fit Fol'œil. Je connais ces messieurs, il n'y a rien à craindre. Vous pouvez continuer votre ronde. Ajouta-t-il à l'adresse de ses collègues.
Ils attendirent que les trois Aurors soient partis, avant de poursuivre.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Et qui est avec toi ?
- Je reviens de mission, d'avec Severus. Non, doucement Maugrey. Fit Sirius, tout en stoppant à temps les ardeurs de l'Auror. Ce n'est pas le moment. Nous devons regagner le quartier général au plus vite.
- Cette zone grouille d'Aurors, vous aurez du mal à passer, même si je vous aide. Si l'on tombe sur un groupe un peu trop zélé, même mon influence n'y fera rien. Vous êtes de trop belles proies…
- Nous pensions passer par les égouts. Répondit stoïque Sirius. Nous n'avons pas de temps à perdre.
Sur ces derniers mots, il fit un signe de tête en direction de Severus, qui s'était entre temps adossé au mur le plus proche, tremblant de plus belle, les bras croisés contre sa poitrine, pour mieux resserrer sa cape autour de lui.
- Il est blessé ? S'enquit l'Auror.
- Pas vraiment, c'est un peu long à expliquer. Mais il ne tiendra peut-être pas trop longtemps.
- La mission a mal tourné ? Ils ont refusé l'alliance ?
- Non, au contraire. Ils ont accepté… Répliqua Sirius, un large sourire étirant ses lèvres. Nous t'expliquerons plus tard. Même si tu ne peux pas nous aider à passer les Aurors, peut-être pourrais-tu m'aider à regagner le quartier général ? Au cas où…
Maugrey jeta un regard suspicieux à Severus, puis regarda Sirius droit dans les yeux. Même s'il n'appréciait pas le Mangemort, il ne pouvait pas laisser l'animagus, qu'il avait appris à estimer, en si mauvaise posture.
- Bien. Mais si je le fais, ce n'est pas pour lui.
- Je m'en serai douté Maugrey. Rétorqua Sirius.
Il n'attendit ni une ni deux, se dirigea vers Severus, qui le fixa avec un regard vitreux, puis lui reprit le bras pour le tirer jusqu'à la bouche d'égout que Maugrey venait d'ouvrir.
- Ce qu'il ne faut pas faire, tout de même. S'exclama l'animagus, retenant sa respiration pour s'habituer peu à peu à l'odeur pestilentielle qui assaillait si férocement leurs narines.
- Allez y ! Descendez. Je vous suis. Fit Maugrey.
Sirius descendit en premier, tentant de maintenir une prise ferme, tandis que ses pieds avaient tendance à glisser sur les barreaux humides et visqueux de l'échelle. Il parvint aux bas des échelons au bout de quelques mètres à peine, ils ne s'enfonçaient pas en trop grande profondeur… C'était déjà ça.
- A toi, Severus. Fit-il une fois arrivé en bas.
Maugrey eut un moment de stupeur, en entendant cette appellation pour le moins étrange venant de Sirius envers son vieil ennemi, mais n'en dit mot. Il aurait les explications en temps voulu… Il fixa haineusement Severus, alors que celui-ci commençait à descendre, mais en le voyant chanceler, il le rattrapa tout de même à temps, lui permettant de rétablir son équilibre avant de descendre. Severus et Maugrey s'observèrent alors un cours instant, comme se jaugeant du regard, le bras de Maugrey le retenant toujours. Severus se dégagea doucement, puis descendit.
Arrivé à mi hauteur, son pied glissa et, ne parvenant à reprendre prise, il chuta lourdement aux pieds de Sirius, aspergeant leurs robes de boue poisseuse.
- Tu peux te relever ?
- Bien sûr Sirius, ce n'est pas une petite chute de ce genre qui m'arrêtera. Répondit Severus, tout en se relevant difficilement, tandis que Maugrey les rejoignait au bas de l'échelle.
- Bon alors, maintenant par où ? demanda l'Auror, toujours un peu suspicieux et vigilant vis-à-vis du Maître des potions.
- Par là. Fit Severus, tout en leur indiquant le chemin d'un signe de la main.
Ils commencèrent alors leur périple, rencontrant de ci de là quelques rats et souris, s'arrêtant à chaque intersection et laissant le temps à Severus de se repérer. Les deux autres le laissaient les guider, incapables eux-mêmes de s'y retrouver, observant avec attention le Serpentard. Sa méthode était assez remarquable, à vrai dire. Il utilisait sa baguette comme compas, et s'aidait des différentes bouches d'égouts sillonnant leur chemin. En effet à chacune d'elles, se trouvait un panneau évoquant la rue au dessous de laquelle ils se trouvaient, souvent par son ancien nom. De même, étaient régulièrement disposés des panneaux portant un numéro, qui, leur expliqua Severus, correspondait au numéro de la ligne de métro qui passait au dessous d'eux.
Mais, même connaissant ces informations, cela nécessitait de se rappeler le plan de Londres quasiment par cœur… L'animagus et l'Auror étaient plus qu'étonnés de voir Severus évoluer dans les souterrains pollués et visqueux sans trop de difficultés, comme s'il se baladait au grand jour dans les rues de Londres même… Ils connaissaient, il est vrai, la réputation de Severus d'avoir une formidable mémoire, mais ne l'avaient jamais véritablement vu à l'œuvre.
- Et bien, je comprends mieux comment tu parviens à échapper aux Aurors à Londres. Remarqua Maugrey, ce qui fit sourire Sirius, tandis que Severus se contenta de se retourner, pour lui décocher un regard meurtrier.
Le reste du chemin se fit en silence. Toutefois, à deux reprises, ils crurent s'être perdus, mais après quelques instants de réflexion, Severus parvenait à retrouver leur chemin. Au bout d'une trentaine de minutes de marche harassante dans la boue, devant parfois marcher dans l'eau qui leur arrivait à certains endroits jusqu'aux genoux, ils s'arrêtèrent finalement sur un signe de Severus, qui leur indiqua une bouche d'égouts.
- Si je ne me suis pas trompé, nous sommes à deux rues de notre destination. Fit-il sur un ton bas et rauque, déclenchant une nouvelle quinte de toux.
Il s'appuya alors lourdement contre le mur suintant, les épaules basses, son corps tremblant de plus en plus.
- C'est bon, c'est bien ça. Et la rue semble déserte, nous pouvons y aller. Fit Maugrey, qui redescendait après être allé vérifier les dires du Serpentard. Profitons-en.
Severus regarda les échelons de l'échelle et leva la tête pour évaluer la hauteur, qui lui parut soudain considérable. Ce qui le découragea aussitôt. Il avait froid, tout en se sentant brûlant, les vertiges et la migraine l'assaillaient à nouveau, et tous ses muscles semblaient peser des tonnes… Non, vraiment, il ne se sentait pas capable de remonter à la surface.
- Severus ? Severus ? Tu m'entends ? Severus ? Tu penses pouvoir monter tout seul ?
Ce dernier hocha négativement la tête, et, sans préavis, glissa à terre, à demi conscient. Il sentit alors vaguement quelqu'un le soulever, ainsi que des mouvements réguliers sous lui…
Quand il vit Severus tomber sur le sol humide, Sirius s'empressa de le rattraper et de le hisser sur ses épaules, puis de gravir lentement l'échelle. Maugrey l'aida à sortir de la bouche d'égout, et ils reprirent leur chemin au plus vite, Severus toujours sur l'épaule de Sirius.
Arrivé au 12 Square Grimmaud, Maugrey ne prit même pas la peine de frapper à la porte et entra sans prévenir.
- Vite une potion contre la fièvre, sil te plaît, Maugrey !
- Par Merlin, vas-tu enfin me dire ce qu'il a pour être si mal en point ? Demanda l'Auror, tout en lui tendant la fiole tant désirée.
- Tout à l'heure, tout à l'heure. Pour le moment il faut faire baisser la fièvre. Répondit l'animagus.
Molly, alertée par les cris du portrait de l'entrée, apparut alors au seuil de la cuisine, et poussa un cri de surprise quand elle vit Severus lamentablement étendu sur la table, cette vision lui rappelant douloureusement la scène où Bill avait été étendu de la sorte.
- Molly, venez nous aider ou allez chercher de l'aide, s'il vous plaît. Lui ordonna Sirius, faisant fi de ses possibles états d'âme. Il n'avait pas le temps pour ça…
- Que s'est-il passé ? Demanda-t-elle, reprenant peu à peu ses esprits. Que lui as-tu fait, Sirius ?
- Rien, je vous le promets, je ne lui ai rien fait. Vous aurez toutes les explications en temps et en heure, mais pour le moment aidez-moi !
Elle commença alors à défaire la cape puis la robe de Severus, toutes deux complètement détrempées par la pluie et la boue crasseuse.
- Où êtes-vous donc allés pour ramener une telle odeur avec vous ? L'odeur qui l'agressa sauvagement arracha à Molly une moue dégoûtée.
- Nous sommes passé par les égouts. Répondit Maugrey.
- Tout s'explique ! Conclut-elle, tout en se pinçant le nez.
- Qu'est-ce qui se passe ici ? Demanda une voix inquiète dans leur dos.
- Nuwan ! S'exclama Sirius, un large sourire éclairant son visage, le rajeunissant ainsi de presque dix ans.
- Sirius ! Fit-elle, tout en se jetant dans ses bras, soudain rassurée. Ils s'étreignirent quelques instants, se réchauffant mutuellement, et se dévorant du regard. Quel agréable parfum nous ramènes-tu là ?
- Les égouts. Je me suis dis que cela te plairait. Lui répondit-il, son sourire s'étirant encore, si ce fut possible.
- Je crois que je préférais l'ancien, il t'allait beaucoup mieux. Elle lui rendit alors un sourire radieux, soulagée de le retrouver sain et sauf.
Mais un sourd gémissement provenant de la table les interrompit dans leurs douces retrouvailles.
- Severus ! Se rappela soudain Sirius, revenant brutalement sur terre.
- Que lui est-il arrivé ? Demanda Nuwan, inquiète de voir son père dans cet état. Elle entreprit aussitôt un rapide diagnostic, sa fine baguette parcourant nerveusement la longiligne silhouette étendue. Il est fiévreux. 41,8°C. Fit-elle. Et il est anémié de façon conséquente, sans doute la cause de sa fièvre. Il a en outre un début de pneumonie, mais rien de bien grave, comparé à son anémie…
- Regardez. Il a des marques dans le cou. Fit Molly, tout en montrant deux petits points rouges dans le cou de Severus vers la jugulaire.
- Il a été mordu ! Dit Nuwan dans un souffle, levant sur Sirius son regard noir de jais, lourd d'interrogations et de reproches.
- Oui, il a été mordu. Mais ce n'est pas ce que vous croyez. Les vampires ont conclu avec Severus, et donc avec l'Ordre, un pacte de sang. Mais il ne va pas se transformer pour autant en vampire, si c'est ce que vous redoutez. Il ne devrait pas mourir non plus.
- Ah oui ? Alors comment expliques-tu qu'il soit dans cet état ? S'exclama la jeune femme, cette fois vraiment furieuse.
- Nous aurions dû rester encore un ou deux jours, le temps que son sang se régénère, mais Severus a insisté à tout prix pour rentrer dès son réveil. Répondit l'animagus penaud. Ni moi, ni Valâa, la souveraine des vampires, n'avons pu le ramener à la raison.
- N'en as-tu pas profité ?
- Voyons, Nuwan. Pour qui me prends-tu ? J'ai fait une promesse, et je la tiendrai. Je ne manque jamais à ma parole. Et pour tout dire, nos relations se sont quelque peu améliorées…
Nuwan le fixa un instant du regard cherchant à évaluer s'il 'agissait d'un mensonge ou de la vérité. Sirius, sentant ce qu'elle cherchait, lui ouvrit totalement son esprit et lui permit d'y lire qu'il ne mentait pas. Elle en fut rassurée, et ce qu'elle vit lui réchauffa même le cœur. S'ils pouvaient enfin s'entendre, elle se sentirait tellement heureuse…
- Soit. Finit-elle par dire. Mais si nous ne parvenons pas à faire baisser la fièvre, il peut y avoir de grave conséquence sur son organisme.
Severus choisit alors ce moment pour commencer à convulser faiblement, tout en gémissant doucement, comme pour confirmer les dires de sa fille.
- Vite, emmenons-le à la salle de bain. Ordonna-t-elle. Molly, faites couler de l'eau tiède. Alastor, apportez-nous des potions contre la fièvre, des potions de régénération sanguine et de régénération de force. Sirius, si tu pouvais le porter…
- Bien entendu.
Ils gravirent alors tous quatre les escaliers, Sirius portant le mourrant dans ses bras, et se dirigèrent d'un pas vif vers la salle de bain.
- Que se passe-t-il ? Demanda Ginny, qui venait de sortir de sa chambre et commençait à descendre au premier étage, accompagnée du trio Griffondor.
- Pas maintenant, on vous expliquera plus tard. Répondit sèchement Molly.
Voyant l'air inquiet de Molly, et surtout le corps ballant de leur ancien professeur de potion dans les bras de Sirius, ils ne posèrent pas plus de questions et observèrent simplement d'où ils étaient.
Sirius posa délicatement Severus en position assise sur le bord de la baignoire, tout en le maintenant d'une main dans le dos, et lui défit les vêtements restants. Il installa alors le Serpentard inconscient dans l'eau tiède, tandis que Nuwan commença à mouiller le front et les cheveux de son père à l'aide d'un gant humide, le caressant tendrement et avec affection.
- Il devrait s'en sortir. Il est solide, tu sais, il en a vu d'autres. Essaya de la rassurer Sirius.
- Je sais, je l'ai bien vu… Cependant je ne peux m'empêcher de m'inquiéter. J'aimerais tellement pouvoir le connaître, mais il est si difficile à approcher… C'est vrai, on a réagi plutôt violemment, Mixiel et moi, quand il nous a révélé… pour notre mère. Mais, maintenant… Quand je le vois comme ça… oh, Sirius, j'ai tellement peur de le perdre avant d'avoir su qui il était vraiment…
Ils continuèrent ainsi tous deux, s'acharnant à faire baisser la fièvre de Severus, Molly et Maugrey ayant jugé mieux de les laisser seuls avec le malade. Les tremblements arrêtèrent rapidement, en même temps que la température corporelle de Severus revenait à la normale. Ils l'installèrent alors dans sa chambre, dans des draps frais et propres, et le veillèrent à tour de rôle.
…………………………………………………………………………………………………
- Allez Severus. Vous devez manger un peu plus que quelques miettes, si vous voulez reprendre rapidement des forces. Ah, et n'oubliez pas les potions que Madame Pomfresh a laissées à votre intention.
Severus détestait qu'on le traite ainsi, comme un enfant irraisonnable, que l'on devait surveiller et dorloter de peur qu'il ne se casse… Par Salazar, il était adulte ! Il savait parfaitement ce qui était bon pour lui, non ? Allez faire comprendre ça à Molly. Surtout qu'elle était soutenue par Nuwan, Minerva et Madame Pomfresh. Une vraie coalition contre lui apparemment. Mais comment le lui faire comprendre clairement ? Comment pouvait-il rabrouer cette femme, à qui il venait d'arracher un fils aimé, et qui pourtant le traitait avec respect et estime, avec attention même, comme s'il s'agissait de n'importe qui d'autre ?
Comment faisait-elle d'ailleurs ? Non, vraiment, Severus se sentait, pour une des rares fois de son existence, incapable de jeter ses sarcasmes habituels afin de la faire taire et de pouvoir ainsi regagner sa tranquillité. Non, impossible. Mais que lui arrivait-il donc ? Avant, jamais il ne serait préoccupé ainsi des états d'âme des autres, jamais il n'aurait fait une si grande concession. Il est vrai aussi, que jamais il ne s'était retrouvé sous le même toit que les parents de ses victimes et dépendant d'eux…
- Merci Molly. Répondit-il calmement. Mais il est inutile que vous vous occupiez autant de moi. Vous avez, je pense, bien d'autres sujets de préoccupation à l'heure actuelle.
Se disant, il la regarda droit dans les yeux, essayant d'évaluer sa réaction, mais il n'y lut aucune animosité, aucune haine, beaucoup de tristesse et de détresse, mais aucune colère… Comment faisait-elle ? Il regarda alors Arthur, mais ne rencontra cette fois encore aucun mépris, aucun reproche… Etait-ce possible ?
Il devait vraiment avoir mésestimé ces gens… C'étaient peut-être des adorateurs de moldus, des excentriques dans leur genre, des Griffondors naïfs portant leur cœur en bandoulière, mais ils étaient loin d'être des sorciers de seconde zone, malgré ce que leur condition de vie médiocre et leur fâcheuse tendance à la pullulation pouvaient laisser penser… Non, ils étaient réellement des sorciers de grande valeur, avec une grandeur d'âme qu'il n'aurait jamais soupçonnée… Severus venait de voir voler en éclat un de ses préjugés les plus farouchement ancrés en lui... « Ah les préjugés ! » Pensa-t-il.
- Oui, et vous êtes l'un d'eux. Rétorqua Molly, d'une voix assurée. Je fais pour vous, ce que je ferai pour n'importe quel membre.
Severus préféra garder le silence et reprit le cours de son repas, comme si de rien n'était. Tout du moins en apparence, car intérieurement ses pensées bouillonnaient, pendant qu'il observait attentivement les autres membres présents.
Tous les membres attablés avaient écouté sans mot dire, n'osant intervenir. Tous étaient visiblement également étonnés de l'attitude des deux Weasley, s'étant attendu à des crises de colère et de pleurs, mais rien… Même Ginny restait aimable avec lui, sans doute son ancien statut de professeur aidait-il. Seul Ron avait du mal à contenir son caractère impétueux, mais il essayait de ne pas provoquer d'éclats, vraisemblablement pour ne pas raviver la peine de sa mère. Ce qui ne l'empêchait pas pour autant de maugréer sur son ancien Maître de potions à la moindre occasion, quand il se retrouvait seul avec ses deux amis, Severus en était certain…
Hermione, quant à elle, restait égale à elle-même. Elle avait toujours prônée qu'on pouvait lui faire confiance, ou tout du moins qu'on pouvait lui donner le bénéfice du doute… Elle semblait de plus en plus confiante envers lui, et même ses remarques acides ne semblaient plus lui faire autant d'effet. Peut-être commençait-il à se faire vieux ?
Harry, quant à lui, avait radicalement changé à son encontre, plus posé, un peu plus respectueux, même si quelques critiques par ci par là ne pouvaient s'empêcher de fuser. Il devait avoir eu une longue discussion avec son parrain, il les avait vu passer de longues heures ensemble, dans une discussion parfois assez animée. Sirius avait certainement essayé de raisonner Harry et lui avait demandé de faire quelques efforts pour la paix de cette maison.
Sirius avait dit à Harry vouloir mieux connaître Severus… Harry n'en avait pas cru ses oreilles. Il devait avoir rêvé, son parrain et Snape en meilleure entente ? Impossible…
Tous avaient été apparemment extrêmement étonnés, et quelque peu soulagés aussi, de ce revirement de situation entre les deux anciens ennemis. Severus et Sirius semblaient vraiment vouloir se comporter civilement, en véritables alliés… Oh bien sûr, ils n'étaient rentrés que la veille au soir, cela faisait à peine vingt-quatre heures qu'ils étaient sous le même toit, il n'y avait eu donc que peu d'occasions encore. Mais tout de même, tous pouvaient sentir un véritable changement de comportement des deux côtés….
Il y avait bien eu quelques petites querelles, mais rien de bien méchant, ne concernant que de petites futilités. Et ils étaient parvenus à régler leurs petits différends sans en venir aux mains… Un miracle !
Nuwan et Mixiel, pour leur part… et bien… ils semblaient un peu moins distants, ils ne lui parlaient encore que très peu. Mais une sorte de lien commençait à se tisser entre eux, des échanges de regards lourds de sens, et lourds d'attente aussi, des demi sourires, des visages moins tendus… Severus hésitait encore à faire le premier pas, ne sachant pas comment s'y prendre… Devait-il leur laisser encore du temps ? Ou devait-il leur parler, et essayer de nouer un lien plus tangible ? Il était un peu perdu… les relations sociales, et en particulier celles d'un père avec ses enfants, n'étaient pas son fort… Sans compter qu'il hésitait à s'attacher à qui que ce soit : avec son statut d'espion, ce pouvait être dangereux. Et pour lui, et pour eux…
Severus était ainsi perdu dans ses pensées, ressassant les derniers événements et l'attitude de chacun, et ne s'aperçut de la fin du repas, que lorsqu'il vit les autres se lever. Il était pour les imiter, quand il fut retenu par une douce étreinte sur son bras. Sur son bras gauche. Il n'aimait pas beaucoup être touché, encore moins sur ce bras, sur la Marque, même si c'était à travers les vêtements… Il leva un regard courroucé vers celui ou celle qui avait osé, quand il croisa le triste sourire de Molly. Molly !
- Arthur et moi aimerions vous parler Severus.
Bien sûr, elle lui avait déjà fait cette même requête avant qu'il ne parte en mission avec Black, et il lui avait promis qu'il la lui accorderait, dès qu'elle le souhaiterait une fois de retour. Il ne pouvait se dérober cette fois… Pas de mission en perspective pour lui sauver la mise… Il acquiesça donc silencieusement, les traits crispés, et se rassit à sa place. Il attendit, un silence pesant s'installant entre eux. Mais il voulait leur laisser la prérogative de commencer.
- Tout d'abord, Severus, sachez que les derniers événements n'ont en rien changé ce que nous pensons de vous. Se décida Molly, l'air grave et sérieux, mais calme. Nous ne pourrons certainement jamais oublier ce qui s'est passé, nous ne pourrons jamais oublier l'assassinat de notre fils bien aimé.
Severus ferma les yeux à ces mots. Assassinat ! Quel mot dur, tranchant comme de la glace… mais ô combien réel…
- Mais nous savons pertinemment bien que, même s'il est mort de votre main, vous n'êtes pas réellement responsable de sa mort. Qui plus est, vous nous avez permis de faire notre deuil, et ce, en prenant peut-être de grands risques…
Severus rouvrit instantanément les yeux sur Molly et Arthur, qui le regardaient intensément. Avait-il bien entendu ? Ses sens devaient lui jouer des tours, il devait avoir mal compris… Mais ce que Arthur ajouta par la suite lui confirma, qu'il avait parfaitement compris…
- Nous voulions nous excuser de notre attitude de ce soir-là. La peine nous a aveuglés, et nous vous avons dit des mots cruels que vous ne méritiez pas…
- Non, Monsieur Weasley, Molly. Les coupa Severus, n'y tenant plus. Ce n'est pas à vous de vous excuser. JE suis bel et bien responsable de sa mort, même si ce n'est qu'en partie, et rien n'y changera quoi que ce soit. Ce qui est fait est fait. Je regrette profondément ce qui s'est passé, et pas seulement ce qui s'est passé ce soir-là. J'aimerais moi aussi pouvoir effacer tout cela d'un coup de baguette magique, mais apparemment cela ne fonctionne pas ainsi. Fit-il avec un pâle sourire empli de tristesse.
Un sourire que les Weasley ne lui avaient encore jamais vu. Mais bien vite le masque froid et indifférent se remit en place.
- Je suis profondément désolé que vous ayez à endurer ça. Reprit-il d'une voix calme mais tendue. Mais si je me retrouvais dans la même situation, je le referai, sans hésitation. Ce que je dis vous paraît peut-être cruel et dur, mais nous sommes en guerre, et dans une guerre il y a forcément des morts et des victimes. Bill en est malheureusement l'une d'entre elles. J'essaie juste qu'il y en ait le moins possible, mais je dois aussi faire des choix, aussi douloureux soient-ils… Je ne peux avoir d'état d'âme quel qu'il soit, et nous ne devons pas perdre de vue l'objectif, quoiqu'il nous en coûte.
- Nous savons tout cela Severus. Nous ne vous reprochons rien. Fit Molly.
- Nous voulions juste vous assurer que nous ne vous en voulons pas, et que les mots que l'on a pu vous dire à ce moment-là, nous ne les pensions pas. Continua Arthur.
- Vous auriez pourtant toutes les raisons de le faire. Vous n'avez en tout cas aucune justification ni aucune excuse à me faire, Monsieur Weasley.
- Cessez donc de m'appeler Monsieur Weasley. J'ai l'impression d'avoir dix ans de plus.
Severus se tut momentanément, ne sachant plus très bien sur quel pied danser. Cette conversation était difficile et délicate pour lui, tout comme elle devait l'être pour le couple. Il n'avait pas l'habitude de ce genre de choses…
- Je croyais… commença-t-il au bout de quelques secondes de silence.
- Je sais, je vous avais dit de ne plus m'appeler Arthur, mais c'était sous l'effet de la colère. C'était stupide. Vous pouvez de nouveau m'appeler par mon prénom, cela me gênerait moins.
- Bien… Arthur. Répondit Severus.
Soudain Molly lui prit une main et l'entoura chaleureusement dans les siennes. Severus eut un mouvement de recul et essaya brièvement de retirer sa main de celles de Molly, mais celles-ci se resserrèrent en une douce étreinte, et celles d'Arthur se joignirent à celles de sa femme.
- S'il vous plaît, Severus.
Il céda donc et laissa sa main dans les leurs. Ils restèrent ainsi quelques instants, Severus se sentant de plus en plus mal à l'aise. Il n'aimait pas les contacts inutiles, même si infimes…
- Sachez Severus, que vous serez toujours, je dis bien toujours, le bienvenu ici dès lors. N'hésitez pas à venir en cas de besoin, ce quartier général est pour tous les membres du conseil de l'Ordre, y compris vous.
- Merci Molly, mais…
- Non, il n'y a pas de mais.
- Mais… Tenta t'il de nouveau.
- Non, Severus. Bien sûr, cela ne nous est pas toujours facile de vous regarder dans les yeux, et cela est réciproque apparemment. Rien ne sera plus comme avant, je vous l'accorde. Mais nous vous estimons toujours autant, Molly et moi, voire plus qu'avant. Vous n'avez pas à vous exclure pour ça.
- Ce serait même dangereux pour l'Ordre. Ajouta Molly.
Severus, peut-être pour la première fois de sa vie, manqua de mots, et se tut. Les Weasley desserrèrent leur emprise et il put alors dégager doucement sa main, un peu tremblante.
- Tenez, vous alliez oublier vos potions. Fit Molly en lui tendant trois petites fioles.
Severus sourit intérieurement. Etonnante, une fois encore. Ils venaient d'avoir une conversation des plus difficiles pour tous trois, et cette femme, pourtant encore éplorée, continuait de le materner comme si de rien n'était…
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Severus était tranquillement installé dans le salon du rez-de-chaussée, une sorte de planche inclinée sur ces genoux, faisant office de support à un parchemin sur lequel il griffonnait.
- Que fais-tu, Severus ? Demanda Sirius qui venait d'entrer dans le petit salon et s'installait dans l'autre fauteuil en face du Serpentard, un verre à la main.
Severus se contenta de lever un regard dédaigneux vers lui, mais ne répondit pas et retourna rapidement à son activité. Sirius se leva alors et alla se placer derrière Severus pour mieux voir ce qu'il écrivait… enfin plutôt ce qu'il dessinait…
- Mais on dirait… on dirait des…
- Oui, Sirius. Des plans.
- Et des plans de quoi, si ce n'est pas indiscret ?
Severus s'arrêta momentanément et tourna la tête légèrement en arrière pour regarder Sirius du coin de l'œil.
- Ca, tu le découvriras tout à l'heure, à la réunion, comme tout le monde. Lui répondit-il finalement avec un sourire en coin.
- Oh, ne fais pas ton mystérieux… Tu peux bien me le dire, non ?
- Non. Laisse-moi donc finir. J'en ai encore pour un petit bout de temps.
- Ce que tu peux être mesquin, si Serpentard parfois ! S'écria Sirius, mi amusé, mi fâché.
- Et ce que tu peux être fatiguant, si Griffondor parfois ! Lui répondit Severus, sur son ton le plus suave.
Ils se regardèrent un instant, et leurs regards pétillèrent alors d'une petite lueur d'amusement. Ils commençaient à presque s'apprécier. Ils commençaient à comprendre comment l'autre fonctionnait, que leurs mesquines remarques n'étaient autre que des petites taquineries sans méchanceté réelle, et ils commençaient à vraiment apprécier ce petit jeu…
- Tiens, si tu veux te rendre utile pour changer, fit Severus, cette fois plus sérieux, pourrais-tu voir pour envoyer ce message ? Je ne peux utiliser aucun hibou d'ici, ils sont trop reconnaissables. Et je ne peux me rendre moi-même au courrier postal… Si tu vois ce que je veux dire…
- Alors comme ça, quand on a besoin de moi, on fait le tout gentil tout d'un coup ? Lui rétorqua l'autre, un léger sourire effleurant ses lèvres. Severus commençait à lui faire confiance pour lui demander un tel service…
- Comme tout bon Serpentard ! Fit simplement Severus.
- Et où dois-je l'envoyer ?
Severus perdit instantanément toute trace de malice, toute trace d'amusement, et détourna le regard sur son parchemin.
- A Lui. Répondit-il dans un souffle.
- Je vois. Et que contient cette lettre, si je puis me permettre ?
Severus le darda d'un regard offusqué. Sirius doutait encore de lui ?! Mais que lui fallait-il donc ? Il répliqua alors hargneusement :
- Si tu as si peur que ça que je ne vous trahisse, tu n'as qu'à la lire… Tu as si bien l'habitude de fouiner dans les affaires des autres, de toute façon, que cela ne devrait pas t'être trop difficile.
- Ce n'est pas ce…
- Si, c'est tout à fait ce que tu insinuais. Comme toujours. Tu ne changeras donc jamais, Black. Le coupa Severus, la colère l'envahissant inexorablement, malgré lui.
- Toi non plus tu ne changeras jamais, Snape. Toujours aussi méfiant, tu sautes toujours aux conclusions avant d'écouter ce que les autres ont à dire !
- Tu peux parler !
- Je cherchais juste à lier un peu la conversation, rien de plus.
Severus soupira. Comment faisaient-ils pour qu'une simple conversation s'envenime si facilement ? Finalement c'était toujours difficile de parler civilement avec Black… enfin Sirius… enfin vous voyez qui… La suspicion n'était jamais bien loin… Severus réalisa soudain qu'il avait, en fait, toujours du mal à parler civilement avec les autres, qui que ce fut… Le problème ne venait peut-être pas de Sirius, mais de lui ? C'était même certain, en y réfléchissant bien. Sirius savait se faire des amis, lui non… Le problème venait de lui, de sa méfiance et de sa paranoïa presque maladives. Cependant, c'étaient ces mêmes défauts qui lui avaient sauvé la vie à maintes reprises. Pouvait-on vraiment reprocher à un espion d'être méfiant et paranoïaque sur les bords ?
- Je lui écris juste que je serai absent encore quelques jours, en lui précisant bien sûr qu'Il lui sera difficile de me répondre par courrier. Reprit Severus, d'un ton las, la voix basse. Je ne peux décemment y retourner tout de suite. Je pense rester encore deux ou trois jours… si c'est possible bien entendu.
- Bien entendu, Severus. Répondit l'animagus soudain calmé. Je vais charger Tonks de le faire, elle peut facilement se faire passer pour le parfait inconnu et va emprunter une chouette des plus banales à l'une de nos connaissances. Cette lettre sera envoyée avec toutes les précautions, tu peux me faire confiance.
Severus regarda une fois encore Sirius dans les yeux.
- Je ne sais pas faire confiance, Sirius. Ou que très difficilement. Ne m'en tiens pas rigueur.
- Pour me confier cette lettre, je pense que tu te fies déjà assez à moi, non ? C'est déjà pas mal. Sirius lui offrit un sourire franc, comme jamais il ne l'avait fait auparavant vis-à-vis de Severus, ce qui le laissa coi quelques instants.
Nuwan choisit alors ce moment pour faire son apparition, radieuse et resplendissante, dans une robe vert émeraude légèrement cintrée et à manche longue évasée. Elle était tout simplement sublime, pensa Severus, et ressemblait tellement à sa mère… Elle s'avança gracieusement et alla s'installer nonchalamment sur le canapé entre les deux fauteuils. Elle engagea alors une conversation anodine, que Severus écouta d'une oreille distraite, bien trop occupé à l'observer ou à dessiner ses plans.
Sirius et elle s'échangeaient des regards avides et fougueux, ils mourraient d'envie de se blottir l'un contre l'autre, ou tout du moins de pouvoir se joindre les mains, mais la présence de Severus les retenait. Ils ne lui avaient encore rien dit de leur relation naissante, redoutant sa réaction. Après tout, il ne pouvait que prendre mal cette relation entre sa jeune fille, qu'il connaissait à peine, et son ancien ennemi Griffondor de vingt ans plus âgé qu'elle…
Mais leurs brefs échanges de regards ou de sourires n'avaient pas échappés à Severus. Il était espion, tout de même. Pour qui le prenaient-ils pour penser qu'il ne se serait aperçu de rien ? Déjà depuis son réveil la veille, il avait eu de sérieux doutes, mais leur attitude actuelle était bien trop évidente, bien trop criante pour un observateur averti.
- Depuis combien de temps ? Demanda-t-il abruptement, coupant net leur conversation.
Sirius et Nuwan le regardèrent interloqués, et légèrement rougissants. « Ils ont au moins la décence de rougir ! Ils réagissent comme si je les avais pris sur le fait et en flagrant délit… Ils devraient voir leur tête ! » Pensa Severus.
- Depuis combien de temps quoi ? fit Sirius, ayant toutes les peines du monde à prendre un air détaché.
- Ne me prenez pas pour un imbécile. Si vous croyez que je n'ai pas remarqué vos coups d'œil et vos échanges de sourires attendris. Cela peut peut-être échapper à certains, mais pas à moi, je ne suis pas espion pour rien. Alors depuis combien de temps êtes-vous ensemble ?
- Depuis quelques semaines seulement. Répondit Nuwan, beaucoup plus calme que Sirius.
- Et comptiez-vous m'en parler ?
- Oui, mais nous attendions le bon moment. Répondit Sirius.
- Et quel aurait été le bon moment ? Quand j'aurais été mort peut-être ? Comme ça, vous n'auriez plus aucun problème. Cracha Severus rageusement.
- Non, Severus. Fit Nuwan, visiblement blessée par ces paroles. Mais vous êtes si… difficile à aborder…
Un lourd silence s'installa.
- J'aimerais te parler seul à seul, Sirius. Murmura finalement Severus, un accent toujours menaçant au fond de la voix.
Il n'appréciait pas cette relation, mais alors vraiment pas du tout. Voir sa fille avec un homme de son âge à lui… qui plus est un Black… C'était un peu dur à avaler.
- Je veux être présente. Cela me concerne aussi avant toute chose. Fit Nuwan, sur un ton mordant et déterminé.
- Non, Nuwan, je souhaite parler à Sirius en tête à tête. Nous parlerons ensemble ensuite.
- Non, je reste. Mais pour qui vous prenez vous donc, pour vouloir régenter ma vie ?
- Je me prends pour ton père, rétorqua Severus, commençant à perdre son calme et se levant brusquement, laissant tomber planche et dessins à terre. Au cas où tu l'aurais oublier…
- Non, je ne l'ai pas oublié. S'exclama-t-elle, sur le même ton, se levant à son tour et lui faisant front, bientôt imitée par Sirius. Ce sont des choses difficiles à oublier. Mais vous n'avez jamais été là pour moi, vous n'avez jamais été là comme un père doit être présent pour ses enfants…
- Nuwan. Je suis désolé. J'aurai aimé être là, j'aurai…
- Oui, je sais, vous auriez aimé… le coupa-t-elle, sans lui laisser le temps de s'expliquer plus avant. Mais la vie en a décidé tout autrement. C'est ainsi. Même si ce n'est pas tout à fait de votre faute, vous n'avez pas été là. Et il est trop tard maintenant, pour que vous puissiez réclamer vos droits. Vous n'avez plus aucun mot à dire sur mes choix.
- Mais Nuwan, je t'en prie, écoutes-moi…
- Non, vous, écoutez-moi ! Je sais que Sirius et vous n'êtes pas vraiment en bons termes, même si cela semble s'arranger entre vous en ce moment. Mais ce n'est pas, parce que vous étiez ennemi avant, que cela changera quoi que ce soit pour moi. Vous pourrez dire ce que vous voulez, je ne changerai pas d'avis.
- Mais, Nuwan, il à vingt ans de plus que toi. Il pourrait être ton père, il est du même âge que moi…
- Pour être plus exact, j'ai deux ans de plus que toi, si j'ai bien compris. Intervint nonchalamment l'animagus.
- Sirius, le moment est mal choisi pour me railler. J'espère que tu as bien conscience qu'il ne s'agit pas de Freyja. Nuwan lui ressemble beaucoup, mais ce n'est pas elle. Ce n'est pas parce que tu n'as pas eu la mère, que tu dois te venger sur sa fille, sur MA fille.
- Ca, c'est un coup bas, Severus. S'écria Sirius, cette fois hors de lui. De quel droit oses-tu me cracher ça au visage ? De quel droit oses-tu…
- Quand il s'agit de ma fille, j'ose prendre ce droit. Je ne veux pas que tu la fasses souffrir, je ne veux pas que tu te joues d'elle. Si c'est le cas, sache que tu me trouveras sur ton chemin. Je ne te laisserai jamais lui faire de mal.
- Depuis quand te conduis-tu en père ? Depuis quand te préoccupes-tu de tes enfants ? Depuis qu'ils sont ici, c'est à peine si vous vous parlez…
- Je voulais leur laisser du temps, du temps pour accepter ce que je leur avais révélé. Je pensais qu'ils avaient besoin de temps pour comprendre… Et de toute façon cela ne te regarde pas…
- Assez ! Hurla Nuwan, le visage déformé par la peine, les larmes coulant doucement sur ses joues, tel son cœur saignant à flot. Assez ! Arrêtez ! Ne cesserez-vous donc jamais de vous entretuer ? Severus, je comprends, mais j'aime Sirius, et il m'aime. Il m'aime vraiment, pour ce que je suis, et non pour ce que je lui rappelle. Je le sais, je le sens. Je suis legilimens bon sang, je sais lire quand les gens me mentent. Surtout un piètre occlumens comme Sirius !
Ce dernier fit la moue, quelque peu vexé par ces derniers mots.
- Et qu'importe son âge. Reprit-elle. Je l'aime, c'est tout ce qui compte. Nous sommes en guerre, et je veux profiter de tous les moments de joie et de bonheur qui se présentent à moi. Je ne veux pas attendre… les larmes coulèrent encore plus abondamment.
Sirius attira alors délicatement Nuwan à lui et la tourna pour la regarder en face. Il essuya d'un geste tendre et empli d'amour les larmes qui souillaient son beau visage, puis lui fit un tendre baiser, presque chaste. Nuwan se lova alors dans ses bras vigoureux et contre son torse si réconfortant. Ces simples gestes de tendresse et d'amour firent mal à Severus. Il aurait aimé être celui qui réconforterait sa fille, il aurait aimé être celui vers qui elle se serait tournée en cas de problème ou de peine. Mais apparemment elle en avait décidé tout autrement…
Il ressentit l'amertume et la rancœur refaire surface. Il eut une soudaine envie de les séparer, de se ruer sur Sirius et de l'étrangler… La colère et la haine, la jalousie aussi, ses si vieilles compagnes, commençaient à le submerger de nouveau et il se retenait à grande peine. Cependant, quand il croisa le regard de Nuwan, tous ses sentiments néfastes s'estompèrent aussitôt, pour ne laisser place qu'à une profonde tristesse et un grand vide. Il avait soudain l'impression qu'on venait de lui arracher quelque chose qu'il avait à peine eu le temps d'effleurer… comme l'eau fraîche et limpide d'un ruisseau, à peine l'avez-vous pris au creux de vos mains, que déjà elle s'écoule au travers de vos doigts… Il avait à peine eu le temps de goûter à cette sensation d'être père, et commençait tout juste à espérer que les relations avec ses enfants s'approfondiraient, que tout s'écroulait déjà, comme un misérable château de carte.
Toute sa vie avait été un misérable château de carte d'ailleurs. Tout ce qu'il avait eu de bon dans sa vie, avait eu tendance à lui échapper aussitôt qu'il s'en approchait de trop près… Il aurait eu envie de pleurer, de crier, de hurler sa détresse, de tout détruire autour de lui pour laisser sa rage et son désespoir sortir au lieu de l'étouffer, mais il n'y parvint pas… Rien ne sortit, pas une larme, pas un cri… Et il resta, là, debout, à regarder son éphémère bonheur s'enfuir loin de lui, sa pointe de lumière dans son ténébreux couloir s'éteindre, le laissant seul, encore une fois…
Nuwan perçut alors la détresse de son père… son père… étrange comment elle pensait si facilement à cet homme comme son père. Pourtant elle avait connu ce qu'était un père, son père adoptif avait été attentionné, un homme hors du commun et un père formidable. Mais là, ce n'était pas pareil. Elle et Severus étaient si distants, et si proches à la fois…
Elle s'écarta alors doucement de Sirius, sans même le regarder, et s'avança à pas lent vers Severus. Celui-ci la fixait d'un regard si douloureux, que cela lui déchira le cœur. Elle lui prit tendrement, lentement, la main. Contrairement à son habitude, il n'eut aucun mouvement de recul ni de répulsion et se laissa faire.
- Severus, je vous en prie. Comprenez-moi. Je l'aime, et je resterai avec lui quoique vous disiez. Mais j'aimerais tellement que vous me compreniez, que vous approuviez mon choix, que vous vous réjouissiez avec moi, pour moi. J'aimerais tellement que vous restiez auprès de moi, malgré ce choix. J'aimerais tellement vous connaître…
Severus ne sut que dire, les mots auraient été incapables de franchir ses lèvres de toute façon. Il continua de fixer sa fille, si belle, si magnifique, et ses yeux s'embuèrent de larmes, mais il lutta pour les retenir. Il aurait voulu la prendre dans ses bras et la serrer tout contre lui, mais il ne le pouvait pas, une petite voix néfaste le lui interdisant au fond de lui… « Tu détruits tout ce que tu touches, tu tues tous ceux que tu oses aimer… » Répétait cette petite voix inlassablement.
- Je vous en prie. J'ai besoin de vous… Père. Ajouta-t-elle dans un souffle à peine audible.
Ces derniers mots frappèrent Severus de plein fouet et eurent raison de sa volonté, sa détermination vola en éclat. Son masque se fissura et ses traits d'habitude si impassibles montrèrent tout son désarroi, même s'il parvint à retenir les larmes qui embuaient ses yeux. Soudain, poussé par on ne sait quel instinct, il attira doucement sa fille à lui, pour l'enlacer tendrement, avec toute l'affection qu'il ressentait pour cette jeune femme qu'il connaissait à peine et pourtant qu'il connaissait si bien… sa fille, la chair de sa chair… Il la sentit alors poser sa tête contre son torse, sa douce chaleur irradiant contre lui…
Jamais il ne s'était permis une telle marque de tendresse envers qui que ce soit depuis si longtemps… depuis Freyja en fait… C'était si douloureux, et si bienfaisant à la fois…
- Oh Nuwan. Ma fille. Pourras-tu jamais me pardonner ? Lui murmura-t-il doucement à l'oreille. Je voudrais tellement… je voudrais tellement… rattraper le temps perdu, recommencer tout à zéro, vous avoir toi et Mixiel à mes côtés et vivre avec vous tous ces moments de joie dont tu parlais… Oh ma fille… si tu savais… si tu savais.
Ils restèrent ainsi un bon moment, Sirius restant silencieux, n'osant rompre ce moment d'intimité dont avait tant besoin Nuwan. Dont ils avaient tant besoin tous deux, se reprit-il. Il se sentait un peu de trop, mais il n'osait faire un mouvement même pour sortir. Finalement, ce fut Severus qui rompit ce moment de pur bonheur entre lui et Nuwan. Il l'écarta gentiment de lui, et vit alors les larmes qui coulaient de nouveau des yeux de sa fille. Ses yeux si pénétrants, si envoûtants, les mêmes yeux que lui, nota-t-il.
Ce fut alors à son tour d'essuyer ses larmes, ce fut alors à son tour de faire ce geste qu'il avait tant envié venant de Sirius… Son cœur s'arrêta presque de battre, il serait finalement aussi celui qui la réconforterait… Ce n'était pas parce qu'elle choisissait Sirius, ou qui que ce soit d'autre, pour accompagner sa vie, que lui n'aurait pas une place auprès d'elle… Elle resterait sa fille. Certes ils avaient manqué tant de choses, tant de choses qu'ils ne pourront jamais rattrapé, il était trop tard pour ces moments perdus, mais il leur restait peut-être tant de choses à vivre ensemble, si on le lui permettait…
Il offrit alors un sourire à Nuwan, un vrai, un sourire qu'il n'avait pas offert depuis longtemps, qu'il n'avait peut-être d'ailleurs jamais offert… Elle lui répondit en retour.
Il leva enfin les yeux sur Sirius, qui regardait dans un silence quasi religieux la scène entre eux deux. Son sourire disparut et son regard se fit plus dur, sans perdre pour autant la petite lueur d'espoir qui venait de naître. Sirius soutint ce regard noir sans ciller, attendant simplement la réaction de Severus.
- Bien, je crois que de toute façon ton choix est fait, dit-il après quelques temps en s'adressant de nouveau à sa fille, et que rien de ce que je pourrais te dire ne te fera changer d'avis. J'espère simplement que tu sais ce que tu fais… Et toi, Sirius, tu as intérêt à en prendre soin, comme la prunelle de tes yeux, ou sinon…
- Il n'y aura pas de sinon. Répondit Sirius, une lueur chaleureuse dans ses yeux.
Quelques jours plus tôt, jamais Severus n'aurait accepté une telle relation. La guerre aurait reprise entre eux, plus dure même qu'elle ne l'avait jamais été. Mais Severus avait changé au cours de ce séjour chez les vampires, le pacte certainement… Il le sentait au fond de lui. Comme s'il maîtrisait mieux ses sentiments impétueux, comme s'il trouvait enfin la force d'accepter ses sentiments négatifs comme positifs pour ensuite les canaliser… comme s'il trouvait enfin la force de se lier aux autres, d'expérimenter des sentiments autres que la colère, la haine ou la rancœur… Certainement Valâa qui lui avait insufflé cette force…
A vrai dire, Sirius aussi se trouvait changer… Il avait véritablement changé de point de vue concernant le Serpentard… Il l'avait vu sous un autre jour, faible, sans défense, comme un petit enfant apeuré, comme l'enfant déchiré qu'il était toujours resté au fond de lui, il avait vu au-delà du masque… et même si le masque était revenu, il ne pouvait oublier ce qu'il avait vu et entendu… En fait, Sirius se surprenait lui-même, il était surpris de la patience soudaine dont il arrivait à faire preuve envers Severus, et surtout de l'estime qu'il commençait vraiment à ressentir pour cet homme déchiré… Peut-être l'influence de Nuwan…
- Je l'espère. Conclut Severus.
Fin du chapitre 34.
