Merci pour toutes vos reviews et vos encouragements. Entre autre merci à une nouvelle arrivée : Chloris, sans oublier les fidèles de toujours : Lone Wolf, Sushi-powa, Polgarra, Bohemio, et Zarakinel.
Vous avez tous apprécié le changement de Sirius et la nouvelle relation qui s'installe peu à peu entre lui et Severus. La réaction de Mixiel? En voilà un premier aperçu... Juste un petit aperçu... Il faut y aller en douceur...
Ce chapitre est un peu plus calme que les précédents, plutôt une mise au point, sans grande révélation... J'espère que vous ne serez pas trop déçus. J'ai voulu ici m'attarder un peu sur le côté "psychologique" des persos.
Ah si, ceux qui voulaient en savoir plus sur les Thesdrals vont enfin être comblés... Je ne vous ai pas oublié! ;)
Bonne lecture
CHAPITRE 35 : Grandes avancées
- Bien, puisque tout le monde est là, nous allons pouvoir commencer.
McGonagall, installée aux côtés de Severus autour de la grande table de la cuisine, décida d'ouvrir la réunion du Conseil de l'Ordre. Tous étaient présents cette fois-ci, sans exception, même Hagrid, pour lequel Minerva avait dû conjurer un siège adapté à sa taille… Madame Pomfresh était également parmi eux.
- Tout d'abord, comme vous avez pu le constater, continua McGonagall, de son ton professoral et autoritaire, Madame Pomfresh est présente parmi nous ce soir, contrairement à son habitude. Même si toutes ces années, elle nous a aidé et nous a soutenu, elle ne faisait pas encore partie de l'Ordre. Mais elle désire maintenant s'intégrer à notre organisation et prendre une part plus active à nos activités.
Tous furent plus qu'étonnés par cette entrée en matière. Pour eux, Madame Pomfresh faisait déjà partie intégrante de l'Ordre, même si cela n'avait jamais été officialisé.
- Mais c'est déjà tout comme. Se risqua Sirius, qui y allait toujours sur la pointe des pieds avec McGonagall depuis la dernière fois.
Ce fut alors Madame Pomfresh qui répondit elle-même.
- Pas tout à fait. Je n'avais jamais voulu m'engager jusqu'alors, même si j'ai toujours essayé de répondre présente quand vous aviez besoin de mes services. J'estimais qu'un médecin ou une infirmière n'avait pas de parti à prendre. Notre devoir est de soigner et de sauver des vies, quelque soit son camp… Mais cette guerre est des plus terribles, plus encore que la première, je ne peux rester plus longtemps en simple observatrice.
- Pour ma part, je n'y vois aucune objection, bien que je ne voie pas vraiment ce que vous pourriez faire de plus que ce que vous faîtes déjà. Intervint Severus.
- Merci Severus. Mais ainsi, je pourrai sans doute être plus présente encore… surtout si je dois venir m'occuper d'un certain Serpentard toutes les deux semaines. Elle lui fit alors un clin d'œil très explicite, tout en lui tendant un sourire chaleureux.
Severus fusilla Madame Pomfresh du regard, lui lançant son regard le plus assassin, mais celle-ci ne parut nullement impressionnée. Au contraire, son sourire s'agrandit de plus belle.
- J'avais toujours cru que Madame Pomfresh faisait déjà partie de l'Ordre, alors pour moi je ne vois pas ce que ça changerait. S'exclama Ron, à brûle pour poing.
Ce qui déclencha des pouffements de rire de toute part.
- Bien. Quelqu'un a-t-il des objections ? Non ? Parfait. Donc bienvenue parmi nous, Madame Pomfresh. Conclut McGonagall. Encore une dernière chose avant de commencer la réunion proprement dite. Tonks, vous pouvez l'apporter.
La jeune métamorphomage s'exécuta aussitôt, et sortit quelques instants, laissant les autres membres perplexes, avant de revenir rapidement avec un objet rectangulaire et plat, soigneusement protégé d'un drap blanc.
« On dirait… on dirait un tableau. » Se dit Severus « Ne me dîtes pas… faîtes que ce ne soit pas ça. Tout, mais pas ça… »
Mais ses pires craintes furent malheureusement confirmées, quand Tonks défit le drap protecteur pour dévoiler, aux yeux de tous, le portrait qu'il cachait.
Des exclamations enthousiastes et surprises s'élevèrent de l'assemblée, tandis que des sourires s'affichaient sur tous les visages. Enfin, tous les visages, sauf un… Severus observa attentivement le portrait, le détaillant longuement. Tout y était parfaitement reproduit, depuis ses fines lèvres au sourire moqueur mais si jovial, jusqu'au regard pétillant de malice derrière ses demi-lunes, en passant par chaque ride marquant ce vieux visage parcheminé si plein de vie… si plein de vie, alors qu'il était mort…
Severus sentit son regard se voiler, il sentait son masque se fendre, prêt à craquer d'un moment à l'autre. Il crispa ses mâchoires, serra les dents et les poings, et riva son regard noir dans le regard bleu - gris du portrait, essayant de lui renvoyer toute la rancoeur et toute la colère qu'il pouvait ressentir, mais ne parvenant finalement qu'à lui exprimer son infinie tristesse et son indéfinissable désespoir.
- Professeur Dumbledore !
- Oh Professeur, nous sommes heureux de vous compter parmi nous.
- Professeur Dumbledore, vous ne pouvez savoir à quel point vous nous avez manqué…
Pouvait-on entendre de part et d'autre. Chacun était tout à sa joie et même à son soulagement. Seule Minerva et Madame Pomfresh détectèrent la détresse de Severus à leur côté.
- Mes amis, je suis heureux de vous revoir moi aussi. Fit le portrait, après de longues minutes de chaleureux accueil. Minerva m'a fait part évidemment de vos avancées et de vos actions, par le portrait qui se trouve déjà dans son bureau depuis quelques temps, mais je suis heureux de pouvoir être là avec vous et de vous voir à nouveau tous ensemble. Son regard pétillant se tourna alors vers Severus, une lueur de tristesse le traversant subrepticement.
Le silence se fit brutalement, tous ayant compris l'allusion au retour du Serpentard dans les rangs de l'Ordre, et ayant suivi la direction vers laquelle se dirigeait l'attention du défunt directeur. Severus ne put soutenir plus longtemps ce regard et détourna ostensiblement la tête, fixant un point imaginaire sur la table, et luttant pour maintenir un air de totale indifférence, mais sans succès.
- Severus, mon ami. Je suis soulagé de vous revoir, bien que vous me paraissiez bien fatigué et bien pâle.
Aucune réponse.
- Mon ami, je vous en prie.
Toujours aucune réponse.
- Me pardonnerez-vous un jour, mon enfant ? Continua le portrait.
Severus releva instantanément le regard, pour foudroyer la représentation d'Albus.
- Qu'aurai-je donc à vous pardonner, Albus ? Votre mort peut-être ? Que suis-je sensé pardonner à un simple portrait ? Rétorqua-t-il, dans un murmure bas et presque menaçant.
- Severus, mon garçon…
- Assez ! Rugit Severus, qui commençait sérieusement à perdre contenance et frappa du poing sur la table. Assez. Répéta-t-il plus doucement, dans un souffle.
Son cœur palpitait à un rythme effréné, sa respiration était presque saccadée, chaque inspiration lui comprimant affreusement la poitrine, il sentait ses mains trembler de façon incontrôlable et ses mâchoires se crisper à se casser les dents. Il passa une main fébrile sur son visage, comme pour chasser les noires idées qui l'assaillaient, et soupira lourdement, avant de reprendre d'une voix légèrement vacillante, mais plus calme.
- Inutile de s'attarder, Albus. Je n'ai rien à vous pardonner, et nous avons plus urgent pour l'heure. Nous ferions mieux de reprendre la réunion.
- Severus, ne fuyez pas vos sentiments de la sorte. Lui souffla doucement Minerva à l'oreille, assez bas pour que ces paroles ne soient pas entendues par les autres.
S'il avait pu lancer des avadas avec les yeux, McGonagall serait certainement morte sur le coup, avant d'avoir pu prononcer un mot de plus. Mais il n'avait pas encore ce pouvoir, heureusement pour son ancienne collègue…
- Merci de vos si précieux conseils, Minerva, mais je m'en passerai volontiers. Si nous pouvions reprendre, la réunion risque d'être longue ce soir. Lui lança-t-il d'un ton doucereux et froid, le regard toujours aussi meurtrier.
McGonagall se résigna, et préféra ne pas insister. Quand il était de cette humeur, elle savait qu'il n'y aurait rien à en tirer… Elle fit donc signe à Tonks qui, avec l'aide de Rémus, installa momentanément le tableau à la vue de tous. Ils lui trouveraient une place mieux appropriée plus tard.
- Bien. Reprenons donc. Fit McGonagall. Puisque nous en sommes aux intégrations au sein de l'Ordre, sachez que nous avons interrogé les recrues potentielles que vous avez trouvées. Quinze, sur les seize, nous paraissent tout à fait aptes à nous rejoindre. En voici la liste, ainsi que leur qualification et ce à quoi on pourrait les employer.
Maugrey s'empara de la dite liste et la consulta rapidement, Kingsley et Rémus lisant également par dessus son épaule. Le parchemin fit le tour des membres, avant de revenir dans les mains de McGonagall, qui reprit :
- Pour des questions de sécurité, ces jeunes recrues ne connaîtront pas tous les membres, mais seulement une poignée d'entre nous. De même, comme convenu la dernière fois, elles ne connaîtront pas l'existence de ce quartier général. Un autre a été choisi pour elles, dans un ancien quartier sorcier de Londres, une vieille bâtisse laissée à l'abandon. Maugrey et Kingsley se sont chargés d'y appliquer toutes les mesures de sécurité nécessaires. Voici l'adresse.
Se disant, elle décrivit un gracieux mouvement de sa baguette, et des lettres en rouge et or se formèrent, flottant dans l'air, et correspondant à une adresse.
- Mémorisez-la bien. Nous allons ensuite procéder au serment de fidelitas. Je suggère de choisir comme gardien du secret, une autre personne que celle nommée pour ici.
- Cela semble effectivement préférable. Pourquoi pas Harry? Proposa Hestia.
- Je doute que ce choix soit le plus judicieux. Commença Severus, mais il ne put finir son argumentation, qu'il fut interrompu par des protestations fusant de toute part.
Il attendit, bouillant de rage et de colère contenues, jusqu'à ce que le silence se fasse. Il n'allait pas devoir hausser le ton dès le début de la réunion, tout de même ! Il était tout juste le début de soirée, et ils risquaient d'en avoir pour jusque tard dans la nuit... Autant économiser sa voix.
- Si vous m'aviez laissé finir, reprit-il finalement quand les protestations se calmèrent, vous auriez pu comprendre, que ce n'est pas un manque de confiance envers ce gamin insupportable qui me fait dire ça, mais le fait qu'il est déjà bien trop exposé. Il ne faut pas oublier le fait, qu'il est la cible prioritaire du Seign... de Vous-savez-qui.
- Severus n'a pas tord. Rétorqua Sturgis, ignorant ostensiblement la remarque désobligeante de Severus envers le jeune Potter. Harry, de même que ses amis, sont trop exposés pour prendre ce risque supplémentaire.
- Je suis d'accord. Non pas que j'ai peur du danger, mais ce serait trop risqué pour l'Ordre... Fit Harry, en offrant un timide sourire.
« Ca, pour ne pas avoir peur du danger, il court même après! » ne put s'empêcher de penser Severus, en ricanant intérieurement.
- Mieux vaudrait éviter également les Aurors, pour des raisons similaires. Ajouta-t-il tout haut.
- Mmf... entendit-on du côté de Maugrey.
- Je suggérerai donc Rémus, Sirius, Molly ou Arthur. Conclut McGonagall.
- Quand je parlais des amis de Potter, je parlais aussi de la famille de ses amis... Sans compter que toute personne travaillant au Ministère est une trop belle cible... Commenta Severus, avec un ton cynique à souhait.
- Sirius serait peut-être un bon choix? Une petite voix timide venait de s'élever du fond de la salle, là où se tenaient Harry et ses amis. Enfin, je pensais que... puisque tout le monde le croit mort... continua-t-elle.
- Cela me paraît un bon raisonnement, Miss Granger. Répondit McGonagall, affichant clairement un air de satisfaction et de fierté envers son ancienne meilleure élève.
« Satané Miss-je-sais-tout-je-me-mêle-de-tout! » grogna Severus en son fort intérieur, tandis que tous donnèrent leur assentiment à cette suggestion. Ils prêtèrent alors le serment de fidelitas.
- Nous allons devoir également prévoir une formation pour ces jeunes recrues. Ajouta McGonagall. Ces jeunes gens ont un niveau très aléatoire et très disparate, il faut en particulier renforcer leur connaissance en défense contre les forces du mal.
Severus eut un reniflement moqueur. « Rien d'étonnant, avec ce défilement de professeurs de DFCM tous plus déplorables les uns que les autres… ». Cette réaction n'échappa pas au professeur de métamorphose qui darda son ancien collègue d'un regard mi amusé, mi offusqué.
- Quoi ?! Fit celui-ci. Qu'avez-vous à me regarder de cet œil noir ?
- Peut-être avez-vous des suggestions intéressantes à nous faire part, au lieu de renifler dédaigneusement ? Lui répondit-elle.
- Peut-être bien, en effet… Il lui offrit alors son rictus le plus narquois, et continua d'une voix profonde et doucereuse. Je suggère tout d'abord de confier cette formation à des Aurors. Ils pourront ainsi faire profiter ces pauvres jeunes crétins décérébrés de leur si riche expérience… Pourquoi pas Miss Tonks, par exemple ? Et je suis sûr que Lupin se fera une joie de l'aider dans cette tâche ardue. Après tout, il a déjà une petite expérience en la matière, avec son année d'enseignement…
- C'est une idée à étudier. Répondit McGonagall, d'un air malicieux, faisant mine d'y réfléchir. Albus observait le petit manège de ces deux amis, avec un plaisir à peine dissimulé.
- Mais je n'ai aucune expérience pour enseigner, moi ! S'exclama Tonks, visiblement apeurée en s'imaginant une telle mission.
- Ainsi vous acceptez, Tonks ! Rétorqua McGonagall. Vous nous enlevez une belle épine du pied, Miss. Je vous remercie grandement. Et ne vous en faîtes donc pas tant, je suis sûr que vous vous en sortirez sans problème. Avec Lupin à vos côtés, je ne me fais aucun souci.
Personne n'osa intervenir, craignant de se voir nommer d'office à leur tour pour cette dangereuse mission.
- Mais… Tenta une dernière fois la jeune métamorphomage. Lupin, quant à lui, se résigna et opta pour le silence, ayant parfaitement compris que toute tentative d'opposition se révélerait infructueuse face à tant de détermination et d'autoritarisme.
- Je vous laisse donc vous organiser tout deux. Si vous constatez d'autres points faibles à combler chez ces jeunes recrues, nous verrons qui sera le plus à même de vous aidez plus tard. Continua McGonagall, faisant fi des remarques désespérées de la jeune femme.
Tous se tassèrent alors sur leur siège, essayant de se faire le plus petit possible et de passer inaperçu. Ce qui amusa vivement McGonagall, Severus et Albus. Tous trois gagnaient à chaque fois à ce petit jeu… Cela devenait vraiment trop facile. Mais il était temps d'aborder un autre sujet.
- Voilà une bonne chose de faite. Passons maintenant à un autre point. Comme vous le savez tous dès lors, Severus et Sirius sont revenus de leur mission chez les vampires hier soir.
Mais McGonagall ne put terminer, sa déclaration provoquant des reniflements moqueurs de la part de Maugrey.
- Vous avez peut-être des remarques importantes à nous communiquer, mon cher Alastor? Fit la professeur de métamorphose, sèchement et de son ton le plus autoritaire. Non? Continua-t-elle, sans laisser au vieil Auror le temps de répondre. Bien, dans ce cas, je ne tolérerai pas d'autres remarques de ce genre.
Elle regarda ostensiblement chaque membre droit dans les yeux, comme pour les défier de la contredire ou d'outrepasser ses ordres. Ce qui raviva le regard pétillant du portrait, vivement amusé de l'autorité dont faisait preuve son ancienne collaboratrice.
- Merci. Donc, comme je disais avant d'être interrompue de façon si inopportune, ils sont tous deux revenus de mission hier soir. Mission qui s'est apparemment révélée être un succès, puisque les vampires ont acceptés de s'allier à l'Ordre.
- Je dirais plutôt « de s'allier à Severus ». Lâcha Nayasta, d'un ton cynique et méprisant.
Severus se retint de frapper de nouveau du poing sur la table, les mâchoires se crispant encore davantage qu'elles ne l'étaient quelques minutes plus tôt, faisant craindre la fracture, et son teint devenant plus livide que de la craie.
- Peut-être auriez-vous préféré contracter ce pacte d'alliance vous-même, Miss? Cracha-t-il avec toute la morgue qu'il avait contenue jusque-là.
- Je trouve ça louche, moi aussi, qu'ils n'aient accepté de se lier qu'à Snape ! Après tout, c'est un Mangemort comme un autre. Ajouta Maugrey, son œil magique braqué sur Severus. S'ils voulaient réellement s'allier à l'Ordre, ils ne l'auraient pas choisi, lui, alors qu'il vacille constamment entre deux camps…
- Mangemort un jour, Mangemort toujours, n'est-ce pas Maugrey ? Répliqua Severus, tout son venin se ressentant dans sa voix.
- Suffit! Cessez vos enfantillages sur le champ. Je vous prierai, Nayasta, de contenir vos propos la prochaine fois. Et vous, si vous n'êtes pas capables de vous retenir Alastor, vous n'avez qu'à sortir, vos confrères vous feront un compte-rendu. Mais si vous restez, je ne veux plus entendre ces remarques déplacées. Quant à vous, Severus, cessez donc de répondre à la moindre provocation et montrez-vous un peu adulte, par Merlin!
Nayasta se contenta d'un sourire malsain. Maugrey se tut, mais resta cependant. Par contre, Severus fusilla McGonagall du regard et se leva, tout en la toisant de toute sa hauteur.
- Si vous appelez ça de simples provocations... Pour ma part, cela n'a que trop duré et je ne tolérerai plus ce genre d'insultes ni ces incessantes insinuations plus que désobligeantes. Risquer ma vie pour de pareils imbéciles et se faire injurier par la suite n'est pas dans mes ambitions. Puisque vous considérez apparemment pouvoir réussir sans mes compétences, vous n'avez qu'à vous passer de moi … Vous trouverez bien un meilleur espion, ou un meilleur négociateur pour vos alliances…Je ne m'en porterai que mieux.
- Vous ne pensez pas ce que vous dîtes, Severus? McGonagall était choquée par les paroles que venaient de lui jeter le Maître des potions au visage.
- Si, je le pense parfaitement.
Le pensait-il vraiment? En fait, non, pas vraiment. Mais la colère et la tension étaient trop intenses à ce moment. Il avait alors réagi de la seule façon qu'il connaissait pour se défendre : l'attaque avant d'être attaqué à son tour.
- N'êtes-vous donc qu'un lâche, pour fuir à la moindre provocation ou à la moindre insulte ? Entendit-il soudain une voix s'élever de l'autre côté de la salle, une voix qu'il ne connaissait que trop bien.
« Lâche ? Fuir ? Moi fuir comme un lâche ? Mais pour qui me prend-on ? Après ce que j'ai sacrifié ? Après ce que j'ai dû faire, et tout ça pour sauver le fils de ce maudit Potter, le fils de mon meilleur ennemi ?… » Severus resta cois quelques secondes sous le choc de ces paroles. Comment osait-on le traiter de lâche ? Mais ce qui le blessa le plus, ce fut de reconnaître la personne qui les avait prononcées : Mixiel, son propre fils… Pensait-il vraiment ça de lui ? Pensait-il vraiment que son père n'était qu'un lâche ? Un lâche et un meurtrier mangemort ? Charmant, comme tableau…
Toute autre personne aurait déjà reçu de plein fouet des sarcasmes acides et acerbes comme jamais, mais là… Son propre fils… Severus ne sut quoi lui répondre, et les seuls mots qui lui vinrent à l'esprit furent :
- Est-ce donc là tout ce dont tu penses de moi ?
Il ne reçut toutefois aucune réponse du jeune homme. Ils restèrent ainsi un long moment à s'observer intensément, se jaugeant mutuellement du regard, essayant de lire en l'autre, dans un duel inutile et sans vainqueur possible… sans pour autant de réelle animosité… « Etrange ! » pensa Severus. McGonagall décida finalement d'intervenir et de calmer le jeu, avant que les choses ne s'enveniment définitivement entre eux deux.
- Reprenez-vous Severus. Je mettrai ces propos sur le compte de la fatigue, en espérant que ce soit effectivement le cas... Je vous prierai de bien vouloir vous rasseoir maintenant.
McGonagall toisa à son tour Severus, toujours debout devant elle, et lui lança un regard à la fois sévère et bienveillant, avec une once de déception aussi. « Qu'elle pense ce qu'elle veut, je n'en ait que faire! Tous des imbéciles sans nom. Ils ne comprendront jamais rien. » se disait-il. Mais au fond de lui, la lueur de déception qu'il percevait chez l'animagus le blessait, tout comme les paroles de son fils l'avaient atteint précédemment.
- Mon ami. Restez, je vous en prie. Fit le tableau. Vous ne pouvez nous quitter ainsi, ce serait dommage après tout ce qui a été accompli. Et il reste encore tant à accomplir...
Severus se retourna vivement vers le portrait, fulminant maintenant littéralement de rage. Si lui aussi s'en mêlait… Et que voulait-il dire par « après tout ce qui a été accompli » ou par « encore tant à accomplir »? Parlait-il de la guerre et du combat de l'Ordre? Ou parlait-il des actes de Severus, passés ou présents, de ses crimes et de sa quête de rédemption? Severus aurait juré qu'il y avait un peu des deux. « Maudit tableau! Maudit Albus surtout, avec ses phrases à double sens! »
McGonagall observait le Maître des potions avec une pointe de tristesse, et un certain amusement également, le voyant passer par toutes les émotions sous son masque d'indifférence, comme en témoignaient ses mains qui se crispaient et se décrispaient plusieurs fois de suite, alors qu'il foudroyait le portrait de son regard assassin. Finalement Severus se rassit, se rendant compte alors qu'il tremblait légèrement et qu'il commençait à transpirer, une goutte de sueur commençant à perler de son front vers ses tempes.
McGonagall dut réprimer un ricanement, craignant d'offenser encore plus son ténébreux voisin. Sacré Albus! Pensa-t-elle. Même mort, l'ancien directeur avait toujours une forte emprise sur son ancien collègue.
Severus, quant à lui, ne prêta aucunement attention aux réactions de McGonagall, bien trop occupé à scruter son fils, qui affichait alors un visage indéchiffrable. Il crut cependant y discerner un léger sourire. Un sourire ? Un sourire de quoi au juste ? De soulagement ? Ou un sourire moqueur ? Non il devait avoir rêvé… Mixiel lui sourire ? Impossible… Se pourrait-il que Mixiel lui ait jeté ça au visage dans le but de le faire réagir ? Non, il devait se faire des idées… Mais Severus ne pouvait s'empêcher de tourner toutes ces questions en boucle.
- Puisque vous semblez revenu à la raison, reprit la nouvelle directrice de Poudlard, l'interrompant brusquement dans ses réflexions, vous pouvez peut-être nous faire votre compte-rendu ?
Severus reporta promptement son attention sur elle, semblant soudain gêné, et plutôt incrédule. Il lui avait déjà fait son compte-rendu en début d'après-midi, lui relatant tout ce qui s'était passé, expliquant les accord explicites et implicites, le pacte de sang, et sa signification... en évitant certains détails, bien que Minerva ait parfaitement compris de quoi il en retournait. Mais il aurait aimé éviter de devoir se répéter devant les autres membres.
- Je pense que Sirius s'en fera un plaisir. Finit-il par répondre, un sourire narquois sur les lèvres, tout en menaçant le dénommé du regard, le défiant d'en dire plus que nécessaire.
Sirius leur relata alors leur entrevue avec les vampires et leur expliqua le principe du pacte sans en dire davantage. Tous sentaient un certain malaise entre Severus et Sirius quand l'un des deux évoquait ce pacte, mais personne n'osa poser plus de questions à ce sujet, au vu de l'humeur massacrante et à fleur de peau du Maître des potions. Ils sentaient aussi un profond changement dans leur relation, sans en savoir la cause, mais de même personne ne songea à vouloir en savoir plus pour le moment, soulagés que la tension se soit allégée entre eux deux.
- Voilà au moins des bonnes nouvelles. Déclara Dedalus à la fin du récit de l'animagus.
- J'aimerai par contre savoir comment vous les avez convaincus. Que leur avez-vous promis pour qu'ils acceptent finalement cette alliance ? Demanda Maugrey, toujours aussi suspicieux.
Severus et Sirius se regardèrent, s'interrogeant silencieusement. Severus décida alors de prendre les rênes. Il ne voulait certainement pas leur révéler la véritable cause de cette acceptation, il aurait préféré se pendre plutôt que d'avoir à leur révéler ça… A part Sirius, seule McGonagall était au courant, et certainement le portrait d'Albus, vu son regard malicieux et son sourire moqueur, et cela était plus que suffisant ! Inutile de donner aux autres membres une nouvelle occasion de le railler… Ce dont ils ne se priveraient certainement pas, s'ils apprenaient ce que la souveraine des vampires désirait réellement, à savoir un héritier hybride, dont il serait le père… Il choisit alors de ne leur dire qu'une demi vérité et répondit avec une moue dédaigneuse :
- Cela n'a pas été si difficile de les convaincre. Ils ne portent pas le Lord noir dans leur cœur, considérant qu'Il mène ce monde à sa perte. Pour les convaincre de se joindre à l'Ordre, nous leur avons simplement montré tous les intérêts qu'ils pourraient tirer d'une telle alliance, et leur avons de plus assuré qu'ils pourront assouvir leur soif de vengeance envers les loups-garous, leurs ennemis de toujours…
Rémus eut un léger frémissement, ne pouvant réprimer les instincts que l'évocation de ces créatures réveillait en lui.
- Et pour Rémus ? Qu'en est-il ? Voudront-ils aussi assouvir leur vengeance sur lui ?
- Non, Harry. Répondit Sirius.
- Non, continua Severus. Ils sont au courant pour Rémus, et ne lui feront aucun mal, nous avons leur parole.
- Et que vaut leur parole ? Continua Maugrey.
- Oui, qui peut nous assurer que l'on peut se fier à eux ? S'enquit Kinsgley à son tour.
- Moi, je peux vous l'assurer. Répondit simplement Severus. Au cours de la cérémonie du pacte, nous avons échangé la moindre de nos pensées, leur souveraine et moi. C'est ainsi qu'elle a appris pour Rémus et qu'elle m'a garantit que ni elle, ni son peuple, ne s'en prendront à lui, du moment bien sûr que chacun garde ses distances… Mais j'imagine, vu le peu de cas que vous faîtes de ma propre parole, que cette garantie ne vous suffit pas ! Je n'ai malheureusement rien d'autre à vous offrir.
- Comme toujours ! S'exclama Maugrey.
- Pour ma part, cela me suffit amplement. Déclara le portrait, soudain sérieux et grave.
- Je pense aussi que l'on peut s'y fier. Répliqua Sirius, tout en observant intensément tour à tour Severus et Maugrey. Après tout, ils m'ont assuré ne rien me faire, et ils on tenu parole. Je pense qu'il en est de même pour Rémus. C'est un peuple digne et fier, qui ne donne pas sa parole à la légère.
- Tu as bien changé, Sirius. Fit remarqué Hestia. Es-tu bien sûr qu'ils ne t'ont rien fait ? Demanda-t-elle sur un ton mi amusé, mi inquiet.
- Non, ils ne m'ont rien fait, je peux vous le garantir. J'ai tout simplement… mûri. Répondit le jeune homme, visiblement mal à l'aise, tout en continuant de fixer Severus.
- Il y a quelque chose qui a changé en toi, ou plutôt entre toi et Severus. Que s'est-il passé entre vous deux au cours de cette mission ? Fit Sturgis.
« Moi qui croyais qu'ils avaient finalement renoncé à poser la question… » Pensa Severus. Il remarqua seulement à cet instant le regard de Potter, dont les deux émeraudes le dardaient intensément depuis un petit bout de temps, une expression étrange sur le visage. D'habitude ce jeune garnement était un vrai livre ouvert pour lui, et jusque là, il avait toujours aisément déchiffré ses pensées, sans avoir besoin de recourir à la legilimencie.
Mais à cet instant, il n'aurait su dire ce que ressentait ce petit impertinent. Mépris ? Haine ? Non, il y avait autre chose… Interrogation ? Oui, il semblait y avoir de l'interrogation dans ce regard, comme si Potter essayait de le transpercer du regard, de le mettre à nu… Mais que cherchait-il donc ? On aurait dit que le gamin essayait de déchiffrer en lui… comme de lire en lui… oui, lire en lui… Le gamin voulait lire en lui… Mais y lire quoi ? Ses sentiments ? « Comme si Potter pouvait s'imaginer que l'abominable Maître des cachots puisse avoir des sentiments… Tu commences à dérailler Severus ! Reprends toi avant qu'il ne soit trop tard ! » Se morigéna-t-il silencieusement.
- Cela ne vous regarde en aucune façon. Rétorqua-t-il finalement à l'attention du reste de l'assemblée, commençant sérieusement à perdre le peu de patience qu'il avait. Nous avons eu une simple discussion… civilisée, pour une fois. Quel est donc le problème ? Vous avez votre alliance, oui ou non ? Et en prime, vous n'avez plus à subir nos querelles incessantes entre Sirius et moi ? Cela ne vous suffit-il pas ?
- Depuis quand l'appelles-tu Sirius et depuis quand t'appelle-t-il Severus ? Depuis quand êtes-vous courtois ? Continua Maugrey.
- Cela suffit. Intervint McGonagall. Nous ne sommes pas là pour faire une inquisition. Ce sont leur histoire, et cela ne nous regarde en aucune façon, effectivement.
Severus soupira d'exaspération. Que leur fallait-il donc ? Quand Sirius et lui s'étripaient, ils ne cessaient de se plaindre, et maintenant que leur relation semblait s'apaiser, ils n'avaient pas l'air satisfait pour autant… « Que de stupides Griffondors ! Ils ne savent jamais ce qu'ils veulent. » Pensa-t-il « Ah Valâa… Que je regrette de ne pas avoir accepté ta proposition parfois… Tout est tellement plus facile avec vous. »
Ses pensées le ramenèrent instantanément à la veille, lors de son départ de chez les vampires. Valâa était venue une dernière fois leur dire au revoir et leur donner ses derniers conseils.
- Severus, Sirius. J'espère que ce séjour n'a pas été trop éprouvant. Dit Valâa, son magnifique regard hypnotisant rivé dans celui de Severus. Êtes-vous sûrs de vouloir partir si tôt ? Cela n'est pourtant pas raisonnable après un tel rituel.
- Inutile d'insister Valâa. Répondit Severus d'une voix encore un peu rauque. Je ne peux rester absent plus longtemps sans donner signe de vie. Et il m'est impossible ici de communiquer avec qui que ce soit… Nous devons partir au plus tôt.
- Tu es décidément bien entêté, rien de ce que je pourrai dire ne te fera changer d'avis apparemment. Soit, je vous laisse partir. Mais promets-moi de ne pas prendre cet état de faiblesse à la légère Severus… Voici encore quelques potions pour le chemin du retour. En voici aussi la recette, elle devrait grandement t'intéresser et t'être très utile.
- Branias a consenti à me divulguer un de ses plus grands secrets ? Fit Severus, plutôt incrédule que le Maître des potions des vampires ait accepté de partager le fruit de leur savoir et de ses recherches avec lui, simple mortel. Ce secret sera précieusement gardé, je vous en fais le serment.
- Nous te faisons confiance.
Valâa et Severus s'observèrent encore de longues minutes en silence, profitant de ces derniers instants ensemble et se remémorant les derniers événements qui les avaient liés. Severus avait bien du mal à détacher son regard de cette femme, si somptueuse et si majestueuse, si frêle et si puissante à la fois. Elle dégageait une aura qu'il n'aurait su définir. Même s'il la connaissait de mieux en mieux et qu'ils étaient devenus si proches, il ne pouvait s'empêcher de rester fasciné par sa magnificence.
- Nous sommes liés dès lors Severus. Dit finalement Valâa, brisant le silence qui s'était installé.
- Oui, je sais, je le sens.
- Non, il y a une chose que tu ne sais pas, et que je dois te dire maintenant.
Severus hocha la tête, pour lui affirmer qu'elle avait toute son attention. Sirius lui aussi écouta attentivement.
- Lors de ce pacte, je t'ai lié à moi et tu m'as liée à toi. Non seulement ce pacte scelle l'alliance entre mon peuple et ton Ordre, tout en me permettant de donner aux miens un héritier hybride puissant, mais il me permet également de te transmettre ma force.
Severus fronça les sourcils, cherchant à comprendre où elle voulait en venir.
- Oui Severus. Puisque tu ne souhaites pas m'accompagner pour l'éternité et rejoindre mon peuple, j'ai décidé de te guider, si l'on peut dire.
- De me guider ?
- Oui, de te guider. Ce que je vais te dire te paraîtra peut-être complètement absurde et insensé, mais fais moi confiance. Ne te renferme pas sur toi-même, une fois que tu auras entendu ce que j'ai à te dire... Severus, tu es un puissant mage noir…
- Je ne suis pas un mage noir, Valâa, la coupa-t-il, emporté par la colère qui montait peu à peu en lui. Ou plutôt, je ne le suis plus. Plus vraiment… j'ai renoncé à ces anciennes pratiques, dans la mesure du possible, depuis longtemps.
- Je sais tout cela. Laisse moi finir, et tu comprendras. Tu es un Mage Noir, Severus, ou tu pourrais l'être si tu le voulais, mais pas un Mage Noir au sens où votre peuple l'entend. Pour nous, un Mage Noir est un Maître es Arts Sombres, quelqu'un qui maîtrise les Arts Sombres, sans se laisser emporter par les forces obscures.
Severus était plus que perplexe. Il comprenait ce qu'elle voulait dire, mais cela ne pouvait être… Il n'avait jamais réussi à vraiment maîtriser et canaliser les forces dégagées lors des rituels de Magie Noire… Il se sentait le plus souvent submergé par tant de puissance… Alors comment pouvait-elle affirmer une telle chose à son sujet ? Elle devait se tromper…
Sirius pour sa part était partagé entre fou rire, colère et incrédulité. Mais il se contint tant bien que mal, ne voulant pas déclencher un incident diplomatique, pas alors qu'ils avaient déjà pratiquement accompli leur mission… Il écouta donc la suite, en restant le plus calme possible.
- Tu ne le sais pas encore, mais tu es de ceux-là, Severus. Continua Valâa. Aucun Homme n'y est parvenu jusqu'à maintenant, je n'ai jamais connu de Mage Noir mortel, tous les prétendants à ce titre se sont laissés consumés par ces forces obscures et en sont morts ou ont été détruits. Mais toi, tu as le potentiel. Tu n'as pas encore trouvé la force et la puissance en toi pour y parvenir, mais elles sont là. Fit-elle, tout en appuyant un doigt sur le torse de Severus. Cette puissance et cette force sont en toi, il faut juste que tu apprennes à les reconnaître et à t'en servir. Alors seulement tu pourras maîtriser ces forces et te révéler tel que tu es. Mais pour se faire, tu as besoin d'être guidé, tu ne pourras y arriver seul, le chemin est long et difficile, semé d'embûches…
- Ce que tu me dis me paraît plutôt… aberrant, Valâa. Même si je suis profondément attiré par les Arts Sombres et que j'en connais beaucoup sur la question, je n'ai jamais réussi à maîtriser leurs rituels et la puissance qu'ils invoquent, sans m'y perdre moi-même…
- C'est bien ce que je dis, Severus. Tu ne peux y parvenir seul. Il faut quelqu'un à tes côtés, pour te guider et te soutenir. Je t'offre d'être ce guide. Lors du rituel pour le pacte, je t'ai transmis une partie de ma force, tu la sentiras affluer en toi quand tu en auras besoin…
- Je ne sais pas… Fit Severus, ne la laissant pas finir ses explications. Je ne suis pas sûr de le vouloir…
- Si, Severus, tu le désires ardemment, depuis toujours… Je le sens en toi, je l'ai senti la première fois que je t'ai vu. Tu as seulement peur de perdre le contrôle, comme il y a presque vingt ans… Mais tu étais jeune alors, et sans expérience ni aide…
- Je ne sais pas… Je…
- Oui, tu as besoin de temps, Severus. Je sais. Et je ne te demande pas de prendre ta décision maintenant, je ne te forcerai pas non plus. Prends le temps d'y réfléchir… Je connaîtrai ta réponse instantanément grâce à notre lien. Sache toutefois que si tu acceptes ce que je t'offre, il n'y aura plus de retour possible. Je ne peux pas me le permettre…
Ces paroles laissaient Severus songeur. Se pourrait-il que ce que venait de lui révéler Valâa soit véridique ? Se pourrait-il qu'il puisse effectivement maîtriser pleinement les Arts Sombres, cette puissante magie qui l'avait toujours fascinée et attirée, bien malgré lui ? Que devait-il décider ? Et qu'en dirait Albus ? Qu'en penserait-il ? Et que voulait dire Valâa par « Je ne peux pas me le permettre… » ? Que de questions confuses… Mais il était pour l'heure trop troublé pour y réfléchir raisonnablement… Il avait besoin de temps, oui, de temps…
- Bien, j'y réfléchirai. Mais ne t'attends pas une réponse avant quelque temps. Je ne pense pas pouvoir prendre une telle décision rapidement…
- J'attendrai. J'ai tout mon temps. Fit la vampire, avec un sourire malicieux. Réfléchis-y, nous verrons ensuite.
Severus acquiesça en silence. Il admirait au fond de lui l'assurance de la vampire, comme si elle était persuadée qu'il céderait… Comme si pour elle, c'était une évidence… Mais ne l'était-ce pas ?
- Une dernière chose, avant de vous laisser partir. Continua-t-elle. Voici un anneau, il vous permettra de faire appel à moi, et à tous les vampires qui ont conclu le pacte, en cas de nécessité.
Elle leur tendit alors un double anneau, en argent et en or blanc, où étaient gravés les mots Iunctis viribus (1 – Par des forces unies).
- Vous n'aurez, pour ce faire, qu'à le frotter tout en le tournant une fois autour du doigt, et nous sentirons votre appel. Ajouta-t-elle, tout en laissant tomber l'anneau dans la paume de la main de Severus. Chacun de nous portera un anneau similaire.
Celui-ci contempla le bijou quelques instants, puis le tendit à son tour à Sirius, qui le prit, plutôt surpris. Valâa lui lança un regard interrogateur et légèrement courroucé.
- Il vaut mieux que ce soit Sirius qui le porte. Fit Severus, répondant alors à leurs questions muettes. Cet anneau ne ferait qu'éveiller des soupçons, là où je dois aller.
Valâa acquiesça finalement, montrant ainsi à la fois sa compréhension et son accord. Sirius glissa alors le dit anneau à son annulaire droit, un petit picotement lui parcourant brièvement la main puis le corps.
- Sirius, je te confies donc cet anneau, fais-en bon usage. Déclara Valâa solennellement.
- J'en ferai bon usage. Répondit l'animagus.
Sans s'en rendre compte, Severus reporta son attention vers l'anneau, que Sirius portait toujours au doigt. Ce dernier était justement en train d'expliquer la fonctionnalité de ce bijou aux autres membres. Severus n'avait pas suivi un traître mot de ce qui c'était dit, mais apparemment tous s'étaient quelque peu apaisés… Tant mieux, il n'avait pas envie de se battre plus longuement, pas maintenant, pas ce soir. Il se sentait las, éreinté… Et la réunion ne faisait que commencer !
- Je crois que nous ne pouvions pas espérer mieux. Conclut enfin McGonagall. Et je suis heureuse que vous soyez enfin revenus tous deux à la raison.
Severus ne put se retenir d'émettre un reniflement moqueur à cette dernière remarque. Certes, les relations avec Sirius étaient plus calmes… mais pour combien de temps ? Severus ne pouvait s'empêcher de se méfier, il s'était fait avoir tant de fois déjà… « Vigilance constante ! » pensa-t-il.
- Et que pensez-vous dire à Tom, Severus ? Demanda le portrait, visiblement inquiet.
Albus avait toujours le chic pour poser les questions qui fâchent, même à six pieds sous terre…
- Je pense que le mieux serait de prétexter, une fois encore, à un refus… Tout autre solution me paraît trop risquée. Répondit-il d'une voix suave et détachée, comme s'il parlait de la pluie et du beau temps.
- Et comment va-t-Il le prendre ? S'enquit Tonks.
- A votre avis ? Avec un large sourire peut-être ? Maugréa-t-il, cette fois hargneux.
Il n'avait vraiment pas envie de penser à ce problème tout de suite. Chaque chose en son temps, les doloris pouvaient bien attendre encore un peu…. Personne n'insista davantage devant l'allusion non équivoque à la colère noire de Voldemort. Même Albus n'insista pas, mais son regard scintilla soudain d'une profonde tristesse, le poids des années se faisant lourdement ressentir sur ses épaules.
- Et qu'en est-il des Horcruxes ? Intervint enfin Harry, que la question brûlait depuis le début de la réunion, et pensant qu'il était plus que temps d'aborder le sujet.
- Comme Minerva a dû vous le dire déjà, le plan que nous avons adopté a l'air de se mettre en place, lentement mais sûrement. Répondit Severus de son ton professoral.
- Oui, mais avez-vous pu obtenir des informations depuis la dernière fois ? Continua le Griffondor.
- Pas concernant les Horcruxes eux-mêmes.
Harry soupira de frustration. Il doutait, il ne pouvait s'empêcher de douter encore et toujours, concernant la loyauté de Snape, concernant le choix qu'il avait fait d'opter pour ce plan plutôt osé et risqué… Et s'il s'était trompé finalement ? Et s'il avait commis une grave erreur ?
- Il faudra un peu plus de temps pour obtenir des informations sur ces précieux trésors. Continua Severus, d'une voix basse, presque en un murmure. Le Seigneur des Ténèbres ne fait confiance en personne, même s'Il semble m'accorder une place de second à ses côtés. Je pense d'ailleurs qu'en m'assignant ce rôle, cela Lui permet surtout de garder un œil sur moi… Qui sait… Je suis le plus à même de Le trahir et Il n'en a que trop conscience…
- Oui, celui qui a trahi une fois un de ses mentors, est le mieux placé pour trahir une seconde fois ! Rétorqua Maugrey, avec un sourire malveillant envers Severus. Au fond, un judas reste un judas.
Severus fusilla le vieil Auror du regard mais se retint de répliquer. A quoi bon ! Il n'y avait que trop de bon sens, dans ce que Maugrey venait de dire. Inutile de le nier… L'Auror venait de soulever une question épineuse et très litigieuse à son sujet. Il le savait parfaitement. Il avait parfaitement conscience, que chacun, ici présent, n'avait pu s'empêcher de penser la même chose à son sujet, au moins une fois au cours de cette guerre…
Chacun, à l'exception d'Albus sûrement, mais alors un portrait ne comptait pas… Et la réaction des différents membres à ces âpres paroles lui confirmèrent ses amères pensées, s'il avait jamais eu besoin d'une quelconque confirmation… La plupart n'osait plus le regarder en face, d'autres au contraire le défiaient du regard… Seuls Albus, Mixiel et Nuwan l'observaient avec une certaine neutralité, tout du moins sans aucune lueur de mépris ou de gêne… Tous le considéraient, ou l'avaient considéré, comme un traître potentiel… Tous… Autre cruelle réalité à encaisser…
Il préféra toutefois faire fi de ses sombres états d'âme, et ignora ostensiblement les remarques du vieil Auror. Il continua donc ses explications, coupant par là même Albus qui s'apprêtait à répliquer, et préféra se concentrer sur Potter :
- Il a par contre enfin révélé l'existence de ces Horcruxes à son cercle intime, à savoir, outre moi-même, Lucius, Bellatrix, Dolohov et Mulciber. Ce qui en soit en dit long déjà…
Harry hocha lentement la tête, montrant à Snape qu'il avait toute son attention. Le Maître des potions reprit alors :
- Il a chargé chacun de nous de former des équipes de cinq personnes, quatre équipes chargée chacune de la protection d'un Horcruxe, ce qui confirme donc vos soupçons concernant le nombre d'Horcruxes, et une cinquième, la mienne, chargée de la protection du Manoir. Malheureusement, aucun de nous ne connaît la composition des autres équipes, même si nous avons quelques soupçons… De même, aucun de nous ne connaît l'emplacement exact de l'Horcruxe dont il a la charge, ni les mesures de sécurité qui les entourent.
- Mais alors à quoi cela rime-t-il ? Fit Harry, plutôt perplexe.
- En fait, les quatre responsables n'ont qu'un rôle de contrôle et d'organisation. Le Seigneur des Ténèbres se charge ensuite de donner ses instructions directement aux cinq acolytes choisis, les mettant bien entendu soigneusement sous fidelitas… De toute façon, ils ne leur viendraient pas à l'idée de Le trahir… Je suppose qu'Il en est le gardien du secret, ce qui rend la tâche plus ardue encore…
- Mais je ne comprends toujours pas pourquoi, dans ce cas, Il a nommé quatre responsables, puisqu'Il contrôle tout lui-même.
- C'est là toute la subtilité, Kingsley… Il se charge effectivement des mesures de sécurité et du fidelitas, s'assurant qu'aucune information cruciale ne puisse filtrer, mais Il se décharge de toute la logistique ennuyeuse à souhait, et par là même de la responsabilité… Il ne peut décemment s'occuper lui-même d'organiser les tours de garde, ou de s'assurer que chacun assume sa tâche comme prévu. Il ne peut être partout à la fois, ce n'est finalement qu'un homme… Répondit Severus, un peu amèrement. En outre, cela Lui permet également d'avoir un bouc émissaire attitré en cas d'échec…
- Mais vous n'êtes même pas chargé d'une des équipes des Horcruxes… Donc retour à la case départ… S'exclama Harry, de plus en plus frustré. Vous ne nous apportez aucune information utile.
- Non, je ne suis pas tout à fait d'accord, Monsieur Potter. Je suis chargé de la sécurité du Manoir, et contrairement aux quatre autres, Il m'a laissé l'entière responsabilité de tout organiser…
- Et en quoi cela nous avance-t-il ? Demanda Ron, lui aussi profondément déçu.
- En quoi cela nous avance-t-il, Monsieur Weasley ? Et bien, cela nous avance grandement, et ce pour plusieurs raisons… Tout d'abord, si nos suppositions s'avèrent exacts concernant l'un des Horcruxes et Nagini, nous pourrions avoir besoin de ces données, puisque ce charmant reptile est en permanence auprès de son Maître… Ensuite, cela pourrait aussi nous faciliter la tâche pour diverses missions… de sabotage ou autre…
- Et à quoi cela peut-il nous servir, si nous ne connaissons pas le lieu exact de ce Manoir ? Fit remarquer Rémus.
- Ceci n'est plus qu'une question de temps également. Je ne connais toujours pas le gardien du secret, mais je suis quasiment sûr de son identité… Dès que je le pourrai, je me déferrai du serment fidelitas. En attendant, soyez un peu patient. Je me dois d'agir prudemment, et surtout de ne rien brusquer. Pour l'heure, voici le plan du Manoir.
Se disant, Severus s'empara de plusieurs parchemins laissés à terre auprès de lui, et les déplia sur la table.
- C'était donc ça que tu dessinais tout à l'heure ? S'exclama Sirius, admiratif devant les schémas plus que détaillés et pourtant très clairs, qu'il avait sous les yeux.
Tout y était : les différentes salles, les accès, les codes pour les accès restreints, les passages secrets, les pièges éventuels, les fenêtres également… Tout y était représenté… Et Severus avait dessiné ça de mémoire ?! Simplement de mémoire, comme il avait pu en juger lui-même tout à l'heure… Incroyable !
Severus ne releva pas la remarque de l'animagus et poursuivit son exposé.
- Un parchemin par étage. Certaines parties me sont interdites d'accès, je me suis donc contenté de recopier les plans que j'avais à disposition. Ces parties sont en rouge, je ne suis pas sûr que l'on puisse se fier totalement à ces données. En revanche, j'ai vérifié par moi-même tout le reste, arpenté chaque couloir et relevé tout ce qui me paraissait utile.
Il leur laissa quelques instants pour prendre connaissance des plans, avant de continuer :
- Voici enfin, les mesures de protection que j'ai mises en place.
Severus tendit alors un dernier parchemin, transparent cette fois, qui indiquait en détail les mesures de sécurité, les sortilèges utilisés, les gardes en faction, le trajet des rondes, les accès protégés…
- Il suffit de superposer ce parchemin aux autres, en choisissant l'étage qui vous intéresse sur la liste inscrite en haut à droite, et toutes les données s'intégreront automatiquement au plan de l'étage… Ajouta-t-il. En rouge apparaîtront les points faibles, ils sont certes peu nombreux, mais ils devraient être suffisants en cas de besoin, et ils ont moins l'avantage de passer inaperçus. Il y a donc peu de chance pour que tout ceci soit profondément modifié dans les mois à venir.
Tous examinèrent avec attention les parchemins, sidérés du résultat obtenu… En fait, ils ne s'attendaient pas à toutes ces informations… Effectivement ces données pourraient se révéler des plus utiles !
- C'est un travail remarquable, Severus. Fit enfin McGonagall, encore sous l'effet de la surprise. Je ne m'attendais pas à de telles informations si tôt.
- Moi non plus, à vrai dire. Lui rétorqua Severus. Ce qui décocha un sourire malicieux au portrait d'Albus. Mais Severus choisit d'ignorer délibérément ce clin d'œil de l'ancien directeur.
- Effectivement, ces données pourraient nous être d'une grande aide… Quand nous connaîtrons l'adresse du Manoir bien entendu. Conclut Maugrey, d'un air mauvais, son œil magique rivé sur Severus.
- Bien entendu. Se contenta de répondre l'ex-Mangemort de son ton le plus doucereux.
McGonagall rangea alors soigneusement les parchemins, réfléchissant déjà à toutes les implications et les bénéfices qu'ils pourraient en tirer. En fait ces informations étaient quasi inespérées, même si pour l'heure elles ne pouvaient être exploitées pleinement. Mais Severus n'avait pas encore fini :
- Voici également la liste des nouvelles recrues, et la liste des espions ou sympathisants que les Mangemorts envisagent de placer au sein des diverses structures clés, ainsi que la méthode choisie pour les infiltrer. Tout devrait être mis en place avant la fin du printemps, a priori. Je n'ai par contre encore aucune information concrète concernant leur planification d'attaque, mais je ne devrais plus attendre bien longtemps avant d'avoir de nouveaux renseignements.
Les autres en restèrent cois. Tant de données d'un coup leur donnaient mal à la tête…
- Nous allons pouvoir ainsi mettre en place les mesures nécessaires dès à présent, protéger les familles menacées, avertir les personnes concernées ou surveiller de plus prêt les espions déjà en place. Fit McGonagall. Kingsley, Sturgis, Alastor et Dedalus, je pense que vous êtes les plus à même d'organiser notre riposte. Vous avez apparemment quelque temps pour y réfléchir, mais le mieux serait de tout planifier au plus vite. Pensez-vous pouvoir être prêts pour la semaine prochaine ?
- Je pense que c'est envisageable. Répondit l'ancien Auror, parcourant scrupuleusement les listes que Severus leur avait remises.
- Dans ce cas, nous nous reverrons à ce sujet tous les cinq la semaine prochaine. Severus, avez-vous encore d'autres surprises de ce genre ?
- Non, Minerva. J'en suis désolé, répondit-il avec un léger rictus hautain. Rien qui ne concerne l'Ordre ou que vous ne sachiez déjà.
Il n'avait pas parlé de la mission « potions » que le Lord Noir lui avait assignée. Il en avait déjà fait part à Minerva, et certainement Albus – portrait était également au courant, mais il ne jugeait pas utile que les autres le soient aussi.
- De notre côté, nous n'avons eu encore que peu de résultats. Continua la professeur de métamorphose.
- De votre côté ? Demanda Severus, visiblement curieux de ce qui avait été entrepris de « leur » côté.
- Oui, Severus. Harry et ses amis n'ont pas abandonné leurs recherches pour autant.
Mais McGonagall ne put finir de répondre à Severus, Harry l'interrompant pour continuer à sa place :
- Oui, même si nous avons retrouvé « notre » espion, nous ne pouvons nous permettre d'attendre les informations et nous devons mettre toutes les chances de notre côté. Nous avons fouillé les endroits qui revêtaient une importance dans la vie de Voldemort (frémissement dans l'assemblée à ce nom), mais nous n'y avons rien trouvé pour le moment.
Severus marqua sa surprise d'un haussement de sourcil. Potter ne changera donc jamais ! Toujours aussi impétueux et arrogant, à plonger tête baissée dans les ennuis… faisant fi du danger pour lui ou pour autrui… Bien comme son père, digne d'un Potter !
- N'était-ce pas un peu aventureux et hasardeux ? Se risqua-t-il à objecter.
- Nous n'y sommes pas allés tête baissée, si c'est ce que vous vouliez insinuer. Nous avons pris nos précautions et couvert nos arrières.
Severus leva alors les mains en signe de capitulation.
- Et serait-il possible de savoir où vos recherches vous ont porté ? Demanda-t-il tout de même.
- Oui, cela me semble possible. Lui répondit Potter, presque avec insolence. Nous avons cherché à Poudlard même, mais nous n'avons certainement pas couvert tout le château… Nous avons également cherché à l'orphelinat où a vécu Voldemort étant jeune, et nous sommes ensuite retournés au cimetière et au manoir de ses parents.
La voix de Harry s'était quelque peu altérée sur les derniers mots, ce qui n'échappa pas à Severus. Retourner à ce cimetière et sur les lieux de la mort du jeune Diggory avait certainement été éprouvant pour le gamin, et avait dû lui rappeler de douloureux souvenirs… « Et bien, cela l'endurcira peut-être un peu… » Pensa-t-il mesquinement.
- Et où pensez-vous pousser vos recherches maintenant ? Ajouta-t-il d'une voix glaciale et impersonnelle.
- Certainement Poudlard, ou ses environs. Je suis sûr que Voldemort affectionne particulièrement cet endroit.
Severus acquiesça silencieusement. Lui aussi avait pensé à Poudlard, et Albus avait également émis cette idée. Peut-être pas si bête, ce gamin, quand il s'en donnait la peine… Bon, Albus avait certainement dû lui souffler la réponse, mais allez savoir… Un Potter vous réserve toujours des surprises…
- Nous attendrons les vacances de Pâques pour poursuivre les recherches. Poursuivit McGonagall. Même si quelques élèves resteront certainement pour ces congés, il y en aura très peu, ce sera moins risqué pour tout le monde.
- Je pense aussi que ce serait plus sage. Fit Albus du haut de son cadre, le regard pétillant plus que jamais.
Il était heureux de voir Severus et Harry travailler enfin main dans la main… Enfin façon de parler, mais cela était en bonne voie… Déjà, ils ne se criaient plus après à tout bout de champ. Il faut dire que Harry avait considérablement mûri depuis cet été, plus posé et plus réfléchi… plus mélancolique aussi… Il avait grandi trop vite, pensa-t-il tristement, tout comme Severus… Ils se ressemblaient tant, tout en étant si différents…
- De toute façon, nous n'avons pas le choix. Répliqua Harry, sur un ton déterminé, qui fit presque frémir Severus.
Tous deux s'observèrent un long moment, un silence tendu s'installant soudainement entre eux. Mais un silence pas forcément hostile, tendu mais sans la colère ni la rage qui les caractérisaient habituellement.
- Bien. Il ne nous reste plus que deux ou trois points à régler… Continua McGonagall, brisant ce court intermède.
Mais Severus n'écouta plus, perdu dans ses pensées. Il trouvait soudainement Potter bien changé, comme si… comme s'il avait brutalement grandi. Pas seulement physiquement… Il avait effectivement une carrure un peu plus athlétique, s'étant apparemment musclé, il avait certainement dû s'entraîner intensément ces derniers mois… A bien y regarder Severus était persuadé qu'il ne ferait plus le poids face à Potter dans un combat à main nue… Reste à savoir ce qu'il valait vraiment dans un duel…
Cependant, le changement était également plus profond. Il ne se trouvait plus devant le petit gamin pleurnichard… Certes toujours cette arrogance, faussement dissimulée derrière cette timidité feinte, mais il semblait plus réfléchi et plus déterminé surtout… Severus était soudain curieux envers Potter… Cette dernière pensée le fit se gifler mentalement. Comment pouvait-il penser de la sorte d'un Potter ? La fatigue certainement… Il fallait se reprendre, et vite…
La fin de la réunion arriva enfin. Les membres étaient déjà sur le point de partir, quand il entendit une petite voix appeler Hagrid.
- Hagrid, j'aimerai vous poser une question. Se risqua Hermione, un peu hésitante.
Elle s'était rapprochée du demi géant et le regardait avec attention, visiblement mal à l'aise.
La plupart des Aurors avaient déjà quitté les lieux, l'heure étant assez avancée et la journée de demain s'annonçant chargée pour eux. Il ne restait donc plus que les occupants de la maisonnée et la famille Weasley au grand complet, ainsi que les résidents de Poudlard.
- Oui, Hermione ? Répondit Hagrid, toujours heureux de pouvoir rendre service.
Hermione avait espéré pouvoir rester seule avec Hagrid, mais apparemment c'était trop demander aux autres membres, qui restaient ostensiblement à leur place et l'écoutaient attentivement.
- Et bien, à vrai dire, cela ne concerne pas l'Ordre… c'est au sujet des… au sujet…
« Non ! » pensa Severus. « Elle ne va quand même pas oser lui poser la question… Elle ne va quand même pas… et en plus devant tout le monde… » Il commençait véritablement à désespérer du toupet et de la curiosité maladive de la jeune femme, lorsqu'il l'entendit enfin finir la question fatidique, après avoir été fortement encouragée par Hagrid.
- Je voulais savoir quelle caractéristique doit avoir une personne pour pouvoir apprivoiser des Thesdrals ? Fit-elle d'une traite, sans prendre le temps de reprendre son souffle.
« Si ! Elle a osé ! Quelle petite peste de Miss-je-veux-tout-savoir-sur-tout ! Elle aurait pu au moins choisir un autre moment, mais non, il a fallu que ce soit ici, et maintenant… Et en plus en ma présence… » Severus fulminait de rage et ne se serait pas gêné de l'avadakedavariser sur le champ, si la décence et un brin de conscience ne l'en avaient empêché à temps.
Hagrid, lui, était aux anges, ravi de pouvoir répondre à cette question et d'aider une si brillante étudiante, sans se douter de ce qu'il allait réellement révéler.
- Les Thesdrals ne s'apprivoisent pas réellement. Ce sont des animaux solitaires aux capacités étonnantes, mais ils sont très farouches, et fuient l'homme d'ordinaire. Ils ne se laissent pas facilement approcher et ne s'attachent qu'à certaines personnes.
- Et qu'est-ce que ces personnes ont de particulier, pour que ces créatures s'attachent à elles ? Continua la Griffondor.
- Quelque chose de terrible en fait. Répondit le demi géant.
Un silence lourd et pesant s'était installé dans la salle, tous, excepté Hagrid, ayant compris qu'en fait Hermione demandait ce que Severus avait au fond de lui, pour être devenu proche de ces animaux fabuleux. Hagrid continua sans se rendre compte de l'atmosphère tendue :
- Ces créatures s'attachent à des personnes qui ont tué avec amour et dont l'âme en est déchirée.
Severus blêmit et, chaque muscle crispé comme jamais, il trembla de rage contenue… et de confusion aussi. Il aurait souhaité être six pieds sous terre à son tour… que la terre l'avale d'un seul coup… pour ne plus être l'objet de mire de tous ses regards consternés. A vrai dire lui aussi était un peu étonné de cette réponse. Lui qui avait toujours cru que cette « particularité » était le remord, un profond remord sincère…
Mais il pouvait faire confiance au demi géant sur ce point, Hagrid en connaissait plus que quiconque en créatures magiques malgré son air benêt et naïf… Donc ce n'était pas des remords, mais le fait de tuer avec amour ?!… Bon, il n'avait certes pas été si loin de la vérité : quand on tuait par amour, on avait certainement des remords profonds et sincères, non ?…
- Alors c'est ça ! S'exclama la Griffondor, comme si elle avait atteint l'Everest. Il faut avoir tué par amour…
- Non, la coupa aussitôt le demi géant. Pas « tuer par amour » mais « tuer avec amour ».
- Je ne suis pas sûre de bien cerner la différence. Fit Hermione, soudain perplexe.
- Elle est assez infime, je vous l'accorde. Intervint alors Albus, qui fixait intensément Severus de son regard bleu – gris pétillant à la fois de malice et de tristesse.
Ce dernier avait de plus en plus de mal à se contenir, il aurait voulu que cette conversation cesse de suite. Inutile de remuer davantage le couteau dans la plaie… Oui, lui aussi avait cerné la nuance, et pour cause… Puisque l'on parlait de lui, et que lui l'avait vécu… Mais c'était impossible, n'est-ce pas ?… On ne pouvait tuer avec amour, il fallait ressentir haine et colère pour lancer un avada kedavra… A moins que…
- Prenons des exemples pour être plus clair. Continua le portrait, en reportant son attention sur Hermione. Imaginez que vous êtes mariée et que votre mari vous trompe, vous pouvez vouloir tuer la maîtresse de votre mari par amour pour cet homme… Vous me suivez ?
Hermione hocha la tête pour acquiescer.
- Bien. Maintenant, imaginez une autre situation : toujours dans l'optique où vous êtes mariée, mais cette fois votre mari est menacé, et la seule façon de le sauver est de le tuer… Que faîtes-vous ?
- Je suppose que…
Mais la Griffondor ne put finir d'exprimer sa pensée à haute voix, troublée par ce qu'elle venait de comprendre.
- Oui, vous pouvez décider de le tuer. De le tuer avec amour… Au lieu de ressentir de la colère ou de la haine envers la personne que vous tuez, vous ne ressentez qu'un profond amour.
Hermione hocha de nouveau la tête, profondément bouleversée.
- Merci Monsieur le Directeur. Fit Hagrid. Je n'aurai pas pu mieux l'expliquer moi-même.
- Ainsi, conclut Hermione, cette fois en regardant son ancien professeur de potions dans les yeux. Pour être accepté par les Thesdrals et être si proches d'eux, il faut avoir tué avec amour l'être qui vous est le plus cher au monde.
Severus était fou de rage et de douleur. Cette histoire de Thesdrals faisait, une fois encore, ressortir de douloureux moments de sa vie, qu'il aurait aimée oublier… et surtout ne pas revivre, même en souvenir… Il vit alors Mixiel et Nuwan aussi crispés et tendus que lui. Eux aussi avaient bien entendu compris de quoi il s'agissait exactement, eux aussi avaient fait le rapprochement. Mais Severus ne voulait pas l'accepter…
- Toute cette histoire est stupide… On ne peut pas tuer avec amour. Pour lancer un avada, on doit ressentir colère et haine… Vociféra-t-il d'un ton méprisant.
- Voyons, Severus. Fit le portrait. Ne niez pas l'évidence. Vous savez pertinemment bien, et ce plus que quiconque, que tout ceci est tout à fait possible. Apparemment pour lancer un avada, ce n'est pas la nature des sentiments qui comptent réellement, mais vraisemblablement leur force. Que ce soit la haine, la colère, la vengeance… ou l'amour… il suffit que ce soient des sentiments forts pour pouvoir lancer un sortilège mortel. La colère et la haine sont simplement la voie la plus facile…
- Balivernes. L'amour n'est qu'une sottise, qu'une pitoyable pantomime… S'entêta Severus, plus troublé que jamais. Il ne pouvait pas accepter cela… Pas maintenant…
- Et pourtant, cela ne peut être nié. Nous en avons la preuve vivante ici même, parmi nous. Répliqua Albus, appuyant son regard sur le Maître des potions.
Celui-ci ne put soutenir plus longtemps ce regard pénétrant, et se leva d'un bond, le regard fuyant. Il était pour sortir, quand il se retourna brusquement et franchit en quelques secondes le peu de distance qui le séparait d'Hermione, pour venir se planter devant elle.
- Je suppose que vous êtes contente de vous. Vous avez enfin la réponse à vos questions et la clef du mystère qui vous taraudait l'esprit.
Il ne pouvait contenir plus longtemps en lui tant de sentiments violents et si contradictoires, il fallait qu'il les extériorise, tout du moins sa colère… Il fallait qu'il décharge une part de cette tension, qui menaçait de l'emporter de nouveau dans la folie aveuglante de sa fureur.
- Mais professeur…
- Je ne suis pas votre professeur ! Rugit Severus, hors de lui, se retenant à grande peine de ne pas l'étrangler sur le champ.
- Mais professeur, fit à son tour Hagrid. Hermione ne faisait que poser une question, elle était juste curieuse au sujet de vos Thesdrals… Il s'arrêta alors en pleine phrase, comprenant enfin ce qu'il venait de révéler.
Severus le fusilla du regard, tout en lui offrant un rictus hautain, presque méprisant.
- Oh… Désolé, je n'avais pas réalisé… Fit le demi géant. Je ne voulais rien révéler vous concernant…
- Assez Hagrid. Vous en avez assez fait pour ce soir, je pense. Rétorqua Severus. A l'avenir, Miss Granger, je vous serai gré de poser vos questions directement à la personne concernée, en l'occurrence moi, et de ne pas insister lorsque cette même personne vous refuse une réponse…
- Mais… Tenta Hermione, tremblante de peur devant l'ex-mangemort.
- Il n'y a pas de mais qui tiennent… Est-ce clair ?
Personne ne dit rien.
- Est-ce clair ? Répéta Severus, d'une voix basse et menaçante.
Hermione se contenta d'acquiescer silencieusement.
- Severus… Tenta une dernière fois Albus.
- Non, Albus. Pour une fois, restez donc où vous êtes ! Les morts n'ont d'ordinaire plus leur mot à dire dans ce bas monde. Laissez-moi au moins tirer cet avantage de vous avoir tué…
Sur ce, Severus se retourna brutalement, voulant rejoindre le petit salon jouxtant la pièce, mais se retrouva confronté à un mur humain composé des membres encore présents. Il les toisa d'un regard noir des plus meurtriers, avant de les écarter sans ménagement pour passer et sortir à grands pas en claquant la porte, s'enfermant ainsi dans le salon et les laissant tous sous le choc de ces révélations.
Fin du chapitre 35
