Désolée de poster ce chapitre si tard, mais pour me faire pardonner il est plus long que d'habitude...

Il va y avoir plusieurs révélations sur notre cher Severus et su la résurrection de Sirius... Bonne lecture!

Merci à tous ceux et celles qui m'ont laissé des reviews : Bohemio, Lone wolf, Sushi-powa, et Polgarra. Merci aussi à Aesylee/Chloris qui rattrape à grande vitesse les chapitres précédents.

Alors on étoffe encore un peu la nouvelle relation Sirius/Severus, que vous avez l'air de tous appréciée. Pourtant ce n'était pas gagné d'avance. Désolée, je ne parle pas plus de la relation entre severus et harry, ni de ses relations avec le reste de l'Ordre dans ce chapitre, mais les révélations que vous allez y découvrir valent peut-être bien ce sacrifice?... A vous de me le dire... Vous allez voir également un peu plus le lien entre Severus et Dumbledore... Se la jouera-t-il toujours autant manipulateur? On verra bien... ;)

Pas non plus de Hermione, mais vu que vous n'avez pas l'air de l'apprécier depuis la dernière fois, ça devrait lui permettre de se reprendre un peu... ;)

Bonne lecture!

CHAPITRE 36 : Derrière le voile

Severus s'était ainsi réfugié dans le petit salon qu'il trouvait si paisible et si reposant. Il avait besoin de se calmer et de reprendre ses esprits. Il alluma un feu dans l'âtre de la cheminée et, assis confortablement dans un des fauteuils, se laissa aller à la contemplation de la valse effrénée des flammes rougeoyantes et virevoltantes, le doux ronronnement du feu le berçant peu à peu.

Il ferma les yeux et se sentit alors emporté dans cette douce torpeur, son esprit vagabondant de souvenirs en souvenirs, retraçant sa courte vie, toutes ses joies, ses peines beaucoup plus nombreuses, toutes ses monumentales erreurs, et sa lutte contre lui-même dans sa quête de rédemption. Il n'avait pas encore quarante ans, mais se sentait vieux, les années ressemblant plus à des décennies, les tentacules vigoureux du passé le rattrapant sans scrupule…

Et qu'avait-il donc finalement réaliser dans sa sinistre existence ? Rien… Il n'avait rien construit, rien accompli. Il n'avait fait que répandre le mal, détruire tout ce qu'il avait osé toucher, et tuer tous ceux qu'il avait osé aimer. Il avait, toute sa vie durant, oscillé continuellement entre la recherche du bien et le gouffre béant du mal… Et il était finalement devenu le véritable bras armé de la mort…

Il resta ainsi, tout à ses déprimantes pensées, de longues minutes, ou de longues heures… Il était en fait bien incapable de décompter le temps passé avec exactitude. Soudain, il entendit la porte s'ouvrir doucement, faisant grincer bruyamment ses gonds douloureux. Puis il entendit des pas derrière lui, des pas lourds et appuyés, les pas d'un homme certainement. Celui-ci s'arrêta à sa hauteur, mais Severus n'ouvrit toujours pas les yeux, feignant de dormir, et attendant la réaction de l'autre. Il voulait être seul et espérait que l'inopportun s'en irait…

Mais l'inopportun en question ne semblait pas l'entendre de cette façon, et une voix le força à sortir de sa sombre mélancolie.

- Severus ?!

- Mmh… répondit-il simplement, levant enfin les yeux vers son interlocuteur.

« Sirius ! Forcément, qui d'autre ? Que me veut-il encore ? Il ne veut plus me lâcher on dirait… » Se dit-il.

Il remarqua alors que l'autre avait apporté avec lui le portrait d'Albus, certainement pour l'installer dans le salon. Pour l'instant, le portrait était simplement posé dans l'autre fauteuil et les observait tous deux avec une pointe d'amusement non dissimulée.

- J'aimerais te demander… Sirius sembla hésiter. Severus était apparemment toujours d'aussi mauvaise humeur. Ce ne serait pas facile, mais il ne pouvait plus attendre. Il n'aurait peut-être pas de nouvelles occasions.

- Me demander quoi… Severus commençait sérieusement à s'impatienter face à l'intrusion et à l'hésitation de l'animagus.

- Tu sais, pour le voile…

Severus soupira lourdement.

- Tu ne me lâcheras jamais, tant que tu ne sauras pas tout, n'est-ce pas ?

- Tu as tout compris.

- Mais je t'ai déjà dit l'essentiel. Tu n'as pas besoin de savoir le reste…

- Si, j'ai besoin de savoir. J'ai besoin de savoir comment tu m'as sorti du voile, ce qui s'est passé exactement…

Severus réfléchit longuement, scrutant son vis-à-vis intensément, pendant des minutes qui parurent une éternité sans fin à Sirius. Albus choisit alors ce moment pour intervenir.

- Je crois qu'il a le droit de savoir, Severus.

Severus tourna vivement la tête vers le portrait, faisant douloureusement craquer sa nuque. Pourquoi le vieil homme devait-il toujours se mêler de ses affaires ? Ne pouvait-il pas le laisser tranquille ? Non, apparemment non. Mais pouvait-il réellement lui en vouloir ? Quelle idée stupide d'ailleurs : en vouloir à un portrait… Toute la colère et la rage, qu'il avait pu ressentir envers Albus quelques instants plus tôt lors de la réunion, s'étaient complètement évaporées… comme toujours avec Albus en fait. Severus n'avait jamais réussi à lui garder rancune très longtemps, depuis qu'il était revenu auprès de lui, vingt ans plus tôt…

- Je suis désolé pour ce que je vous ai dit en partant, tout à l'heure. C'était déplacé et complètement hors de propos. Finit-il par dire.

- Voyons Severus. Je vous connais suffisamment pour ne pas m'en offusquer… Mais enlevez-moi un doute, vous venez de faire des excuses à un portrait, non ? Vous vous laissez aller, mon cher ami.

Severus grinça des dents. Le portrait était si criant de vérité, si… si vivant, que vous pouviez réellement croire parler avec Albus en personne. Le vieux fou l'avait encore eu. Albus réussissait toujours à avoir le dernier mot, même mort. Impossible de gagner avec lui… sauf aux échecs.

Sirius écoutait avec étonnement l'échange entre le directeur défunt et le Serpentard. Il y avait une réelle complicité entre eux deux, comme deux véritables amis. Même s'il se sentait lui-même très proche de Dumbledore, Sirius n'avait jamais connu une si grande connivence avec lui. Quelque part au fond de lui, il enviait un peu Severus d'être si proche du vieil homme, comme un fils avec son père… Cette pensée le frappa en plein cœur. Severus et Albus, comme un fils et son père, comme le fils perdu et retrouvé…

- Severus, reprit le portrait plus sérieusement, ramenant du même coup Sirius à la réalité. Tu devrais le lui dire, Sirius a besoin de savoir comment tu t'y es pris…

Severus soupira et céda alors, bien malgré lui.

- Bien, puisque vous vous êtes ligués contre moi… Mais que cela reste entre nous.

Sirius acquiesça, sans chercher à discuter. Il s'installa face à Severus et se trouva rapidement emporté par les souvenirs du Maître des potions.

Rémus arrivait tout juste dans le Hall du Ministère et se dirigeait directement vers le bureau de sécurité pour faire contrôler sa baguette. Il portait un badge où figurait son nom et le but de sa visite, à savoir signer les registres des loups garous pour son contrôle trimestriel, comme la loi l'imposait à tout loup garou enregistré.

-Inutile de vous indiquer le chemin. Fit l'homme du bureau de sécurité, d'un air mesquin.

Lupin se contenta de lui répondre avec un sourire et partit en direction des ascenseurs.

Au même moment, Severus déboula dans le Hall du Ministère par le réseau de cheminettes. Il vit Lupin attendre l'ascenseur patiemment. Celui-ci se retourna, l'air de rien, et aperçut Severus se diriger vers le bureau de sécurité. Il lui fit un léger signe de tête et monta dans l'ascenseur pour accéder au niveau quatre, niveau du Département de contrôle et de régulation des créatures magiques.

Severus fit contrôler sa baguette, et se vit remettre un badge à son nom et indiquant le but de sa visite : demande de portoloin. Il se dirigea à son tour vers les ascenseurs. Ce n'était bien entendu qu'un prétexte, le tout était de rentrer dans la place... Lui et Lupin devaient ensuite se retrouver dans une heure aux toilettes du niveau 1… Une heure devait bien leur suffire pour régler ces vulgaires problèmes administratifs, non ?

Apparemment non. Severus fulminait, il avait dix minutes de retard sur l'heure convenue. Il rejoignit d'un pas pressé le lieu de rendez-vous et trouva un Lupin stressé, l'attendant dans les toilettes des hommes en faisant les cent pas.

- Tu en as mis du temps ! S'exclama le loup garou, visiblement soulagé de revoir le Serpentard.

- Va donc dire ça à ces incapables… Même pas foutus de retrouver un satané formulaire de demande de portoloin… Jamais vu ça… Grommela Severus. Inutile de perdre plus de temps. Tiens, bois ça.

Lupin regarda la fiole que lui tendait Severus avec un air de dégoût.

- Oh, allez Lupin. Ce n'est pas la mer à boire !

Rémus le foudroya du regard, puis lui arracha la fiole des mains qu'il but d'une traite en se pinçant le nez. Il lâcha la fiole qui se cassa au sol et commença déjà à sentir les spasmes de la transformation. Ses mains s'allongèrent légèrement, ses doigts devenant plus fins, plus pâles aussi, il sentit son nez s'allonger, de même que ses cheveux… En quelques minutes à peine, la transformation fut totale et Severus put admirer son double en face de lui, avec un air de satisfaction…

- Résultat admirable. Je ne me savais pas si charismatique. Fit-il sarcastique.

- Je n'aurais pas choisi ce mot là pour te décrire. Lui rétorqua Rémus, un large sourire aux lèvres.

- Ôte ce sourire de suite, cela ne me va pas du tout. Et pendant que tu y es, reste muet. Cette voix d'alto ne sied pas du tout au somptueux sombre personnage que je suis, tu risquerais de te trahir… ou de me trahir, au choix… Tiens, mon badge.

- N'empêche que quand tout sera fini, vous en entendrez parler… Ajouta Rémus tout en accrochant le badge de Severus et en rangeant soigneusement le sien dans une de ses poches. Me retrouver dans ta peau… Brrr… Cela me fait froid dans le dos !

- Trêve de bavardage. Tu n'auras qu'à te plaindre à ton cher ami, que je vais aller chercher de ce pas. Albus doit se ronger les sangs en ne me voyant pas. Passe moi la cape.

Il s'empara alors sans plus attendre de la cape que lui tendait le loup garou, et s'en revêtit aussitôt, disparaissant d'un coup. Ainsi protégé de la cape d'invisibilité, il regagna en toute hâte le grand hall, tandis que Lupin, sous les traits du Maître des potions, allait s'installer dans une salle d'attente, spécialement aménagée pour les visiteurs qui accompagnaient quelqu'un. Le loup garou n'avait pour l'heure qu'un rôle d'alibi : si, par malheur, leur petit coup de maître était découvert, Severus, le premier soupçonné à coup sûr, comme toujours en cas d'usage de Magie Noire, aurait alors un alibi en béton, comme pourraient en attester plusieurs sorciers de bonne foi qui l'avaient vu attendre là pendant des heures…

Arrivé au grand Hall, Severus parcourut la salle du regard, à la recherche d'Albus, qui devait être arrivé depuis un petit quart d'heure déjà. Connaissant le vieil homme et ses manies de bavarder de tout et de rien, il était persuadé qu'il avait réussi à faire traîner les choses, le temps qu'il arrive… enfin du moins il l'espérait. Mais il commença sérieusement à avoir des sueurs froides quand il ne le vit pas.

Soudain, il entendit une voix qu'il ne reconnut que trop bien, dans l'un des ascenseurs.

- Oh, désolé. Je ne suis vraiment pas doué avec ce genre de technologie. On est revenu au grand Hall apparemment. Disait la voix, d'un ton badin.

- Ce n'est pas grave, Monsieur le directeur. Répondit Tonks. Nous ne sommes pas à cinq minutes près.

Les ascenseurs ! La voix venait du cinquième ascenseur apparemment… Severus ne fit ni une ni deux et se rua dans l'ascenseur pile poil au moment où les portes se refermaient. Il eut toutes les peines du monde à ne percuter personne, afin de ne pas risquer de dévoiler sa présence.

« C'est bon, je suis là ! » Envoya-t-il à Albus par aggelomencie.

- C'est gentil à vous Miss Tonks, répondit Dumbledore à la jeune Auror, mais je sais par expérience comme il est important d'être bien synchronisé…

« C'est bon, Albus ! J'ai compris le message… » Fit Severus au vieil homme, sans cacher son agacement. Il n'avait pas besoin qu'on lui fasse la leçon… « Allez plutôt dire ça à ces incapables du Ministère. » ajouta-t-il ensuite, avec tout le dédain qu'il put mettre en pensées.

- Il est vrai également que, quand on sait prendre son temps et attendre, tout arrive à point… Continua Albus, signalant à Tonks que Severus était enfin arrivé.

Ce dernier avait bien du mal à reprendre son souffle, ne pouvant faire trop de bruit de peur de se faire remarquer. Ces violents exercices n'étaient vraiment plus de son âge, il n'avait plus l'habitude…

Ils arrivèrent enfin au niveau neuf, au Département des mystères, où les attendaient le Ministre en personne et l'Auror Kingsley.

- Professeur Dumbledore. Je suis heureux de vous revoir.

- Moi aussi, Monsieur le Ministre.

- Voulez-vous une collation avant d'aller voir cet objet ?

« Ne pourrait-on pas aller au vif du sujet pour une fois ? » Ne put s'empêcher de faire remarquer Severus toujours par la pensée.

Le visage d'Albus s'éclaira d'un large sourire. Severus ne sut dire si c'était à l'évocation d'une éventuelle collation glucosée à souhait, ou par rapport à sa remarque.

- Cela aurait été avec plaisir, répondit Albus. Mais je pense qu'il vaudrait mieux vérifier tout de suite, si ce mystérieux objet, que vous avez trouvé récemment et qui semble imprégné d'une puissante magie, est bien l'un de ceux que j'ai perdus il y a quelques années.

- Bien. Si vous voulez bien me suivre dans ce cas. Fit le Ministre de son ton dégoulinant et mielleux.

« Hypocrite ! Vraiment écœurant ! » Lança Severus pour lui-même, sans se rendre compte qu'il avait gardé la « connexion » avec Albus.

On entendit alors Dumbledore glousser dans sa barbe. Cette fois, Severus en était sûr, ce gloussement avait été provoqué par sa remarque acerbe.

Ils étaient déjà arrivés au seuil de la salle circulaire, quand la porte de l'ascenseur s'ouvrit de nouveau, laissant apparaître Arthur Weasley.

- Ah, Monsieur le Ministre. S'exclama ce dernier. Je vous cherchais, vos secrétaires m'ont dit que je pourrais vous trouver ici.

- Monsieur Weasley. Cela ne peut-il attendre que je finisse mon entrevue avec le Professeur Dumbledore ?

- J'ai bien peur que non. Répondit Arthur. Il s'est produit un incident gravissime dans un quartier de Londres moldu, mais ayant trait à la Magie. Je crains que l'on ait besoin de votre pouvoir décisionnaire pour pouvoir intervenir. Le Premier Ministre moldu veut vous voir en personne.

« Ah ces moldus, si prévisibles, mais si pratiques quand on a besoin de leur piètre compétence… » Pensa Severus. Cet « incident gravissime » avait bien entendu été monté de toute pièce par l'esprit espiègle du Directeur de Poudlard, histoire de faire diversion…

Le Ministre marmonna quelque chose d'inintelligible et de peu politiquement correcte, puis se tourna vers Dumbledore, d'un air contrit.

- Je suis désolé, professeur Dumbledore. Je crains de ne pouvoir échapper à mon devoir.

- Je comprends tout à fait, Monsieur le Ministre. Je ne voudrais pas vous soustraire à vos obligations ministérielles.

- Je vais demander à l'un de mes collaborateurs de vous montrer le chemin, pour que vous puissiez examiner cet objet.

- Cela est peut-être inutile, ces deux jeunes Aurors pourront certainement se charger de cette tâche. Lui répondit Dumbledore avec un sourire enjôleur.

Le Ministre sembla réfléchir un instant à la proposition de Dumbledore, essayant d'y déceler l'éventuel piège. Mais quand, visiblement, il n'en trouva aucun, il acquiesça.

- Oui, vous avez raison. Kingsley, vous savez certainement où se trouve l'objet en question ?

L'Auror répondit par l'affirmative.

- Dans ce cas, je vous charge d'escorter le Professeur Dumbledore, et, si cet objet se révèle bien être l'une de vos possessions, nous réglerons les problèmes administratifs ensuite.

- Je vous remercie, Monsieur le Ministre. Fit simplement Dumbledore, le regard pétillant de malice.

- Mais de rien, Professeur.

Le Ministre repartit ainsi, accompagné d'Arthur Weasley, aux niveaux supérieurs.

« Parfait, tout se déroule comme prévu. » Pensa Severus. « Remarquez, avec un Ministre aussi imbu de sa personne et si incompétent, ce n'est pas très difficile ! »

Ils pénétrèrent alors tous les quatre dans la salle circulaire. Ce n'est qu'une fois à l'intérieur, qu Severus ôta la cape d'invisibilité.

- J'ai bien cru, que l'on n'allait jamais vous retrouver, mon cher Severus.

- Voyons Albus, ce serait bien mal me connaître. Il faut dire que le coup du « je ne m'y connais pas trop » était un coup de maître. Répondit le plus jeune.

- Je vous remercie du compliment. Lui répondit Albus. Vous connaissez certainement le sortilège pour trouver la bonne porte ? Ajouta-t-il à l'attention des deux Aurors.

- Désolé Professeur. Fit Kingsley. Mais nous ne connaissons le sortilège que pour trouver certaines salles, comme la salle où sont entreposés les objets, mais la salle de la mort étant strictement interdite, même à nous, nous ne sommes guère d'une grande aide dans ce cas.

- Bien, essayons donc de trouver la salle de la mort. Conclut le Directeur, sans se départir de son calme et de son assurance légendaires.

Chacun d'eux se plaça à une porte, la marqua d'une croix, puis l'ouvrit, tous en même temps. Aucun des quatre n'eut la chance de tomber sur la salle de la mort. Ils refermèrent donc les portes, et la salle se mit à tourner, les portes se mélangeant. Une fois que la salle redevint immobile, ils se repositionnèrent de nouveau à quatre autres portes, qu'ils marquèrent de même d'une croix, puis les ouvrirent. Cette fois, Tonks avait ouvert la salle de la mort. Tous s'y engouffrèrent sans plus attendre.

Severus resta quelques instants sur le seuil, subjugué par la salle, et surtout par le voile. Puis il descendit lentement les gradins, jusqu'à n'être plus qu'à quelques mètres du voile. Comme appelé par une force inconnue, complètement hypnotisé, il ne put s'empêcher de s'en approcher encore de quelques pas.

- Severus attention. Ne vous en approchez pas de trop près. Fit Dumbledore, soudain inquiet.

Mais Severus ne répondit pas, il était irrésistiblement attiré par le voile, il avait toujours été attiré par ce mystérieux objet. Et ce, dès la première fois qu'il l'avait vu, avant même de savoir ce que cela représentait. Le néant… Etrange comment un simple voile pouvait représenter autant… Le néant… Derrière ce voile se cachait le néant… Qui l'aurait cru, qui aurait pu le soupçonner, un voile si banal en lui-même en fait… Un simple voile noir…

Il tendit une main comme pour toucher le voile, mais fut arrêté dans son élan par une voix ferme.

- Severus ! Fit Dumbledore, la voix autoritaire et ferme, une voix qui vous forçait à obéir.

Severus revint subitement à la réalité et retourna enfin son attention vers le vieil homme. Il se racla la gorge, visiblement gêné, comme un enfant pris en faute, avant de reprendre la parole.

- Bien. Fit-il, la voix un peu rauque. Je pense qu'il vaut mieux que Kingsley et Tonks restent à l'écart.

Dumbledore approuva, et les deux Aurors s'installèrent dans les gradins les plus hauts.

- Venez auprès de moi, Albus. Continua Severus, sans se rendre compte qu'il donnait des ordres à son supérieur hiérarchique.

Mais Dumbledore ne s'en formalisa pas et obtempéra. Il sentit Severus lui prendre la main, sa main tremblant légèrement. Rien de bien incompréhensible, lorsqu'on songeait que le jeune homme allait devoir lui aussi passer le voile.

Le vieil homme espérait de tout cœur que le jeune Maître des potions ne s'était pas trompé dans sa théorie, sinon il risquait de le perdre, et il n'en avait vraiment pas envie.

Severus ferma les yeux et commença à psalmodier une incantation, dans un ancien langage runique, et bientôt Dumbledore put sentir les ondes des Arts Sombres envahir la pièce, les enveloppant tous deux d'une aura sombre et froide. Severus saisit alors la dague qu'il avait à sa ceinture, s'entailla le creux de la paume à l'aide de la lame aiguisée, puis se tourna vers Dumbledore, lui offrant un regard empli d'excuses et d'appréhension mêlées.

Il devait entailler la paume d'Albus, pour renforcer le lien existant entre eux, mais il n'appréciait pas beaucoup l'idée. Cependant le vieil homme n'eut aucune hésitation et tendit sa paume à Severus, qui lui fit une petite incision, puis ils joignirent leurs mains, mélangeant ainsi leur sang.

Ils sentirent tous deux le flux magique et psychique de l'autre s'intensifier en lui, et se lièrent par legilimencie. Après une profonde inspiration, Severus ferma les yeux et s'avança vers le voile, encore un peu tremblant, pour finalement le traverser, lâchant définitivement la main d'Albus.

Mais, même s'ils n'étaient plus en contact physique, il pouvait encore sentir sa présence psychique, et il en fut tout de suite rassuré. Déjà sa première hypothèse était bonne : il n'était pas mort… N'est-ce pas ? On ne peut pas avoir de telles pensées quand on est mort, si ?

En proie à ses doutes, et sentant la panique peu à peu le submerger, il se décida à ouvrir les yeux… pour regarder autour de lui… mais rien… Rien. Le néant. Deuxième hypothèse de vérifier… enfin en considérant que la première était effectivement bonne…

Bref en somme, il n'était plus sûr de rien. Il se sentait perdu, affolé, et complètement désemparé. « Et maintenant, je fais quoi ? Ah oui, trouver Black ! Mais comment ? »

Peut-être qu'en l'appelant tout simplement ?... Severus cria alors plusieurs fois le nom de Black, mais sans succès… Il était toujours seul, sans rien, le noir, le néant…

Peut-être en pensant bien fort à lui… Il se concentra et tenta de penser de toutes ses forces à Black, se remémorant tous les moments passés avec lui, ou plutôt contre lui, à Poudlard, et ensuite au sein de l'Ordre…

Cela faisait déjà un certain temps qu'il se concentrait de la sorte, commençant réellement à désespérer de le trouver, et une migraine commençant à sourdre insidieusement, quand il sentit enfin une présence à ses côtés.

Il rouvrit les yeux, qu'il n'avait même pas eu conscience de fermer d'ailleurs, pour voir peu à peu se matérialiser en face de lui une vague silhouette. Il se concentra à nouveau sur Black, focalisant toutes ses pensées sur l'ancien Maraudeur, et la silhouette se précisa, les contours se faisant de moins en moins flous… Au fur et à mesure, la silhouette prenait les traits de Black, et, au bout d'un temps qui parut infiniment long à Severus, Black se tenait enfin en chair et en os devant lui, une expression consternée sur le visage.

- Toi, ici ? Fit l'animagus.

- Heureux de te revoir, moi aussi, Black. Merci de ton accueil si chaleureux.

« Bon maintenant, deuxième étape, lui faire passer le voile dans l'autre sens. Beaucoup plus difficile ! »

- Que fais-tu là ? Demanda Sirius.

- Je viens te chercher, imbécile. Maintenant je te prie, tais-toi pour une fois et laisse-moi faire, si tu veux sortir d'ici.

Sirius se tut, sentant que Snivellus ne lui mentait pas et que l'heure n'était pas à la discussion. Pourtant il avait nombre de questions qui lui démangeaient le palais… Mais ce serait pour plus tard…

Il entendit Snivellus psalmodier une longue incantation dans une mélodieuse langue qu'il ne connaissait pas. Le Serpentard était extrêmement concentré, les traits tendus, les mains levées, les yeux fermés et la tête légèrement renversée vers l'arrière.

Sirius observa la scène en silence et sentit bientôt une puissante énergie obscure l'envelopper entièrement. Il se sentit peu à peu comme tiré vers un point inconnu et commença à prendre peur. A quoi jouait donc Snivellus ? Mais ce dernier ne lui laissa pas le temps de se poser plus de questions, lui attrapa violemment le poignet, et le tira auprès de lui sans préavis.

Severus sentait ses forces s'amenuiser sérieusement… Il avait dû réciter l'incantation cinq fois de suite, et pour l'instant aucun résultat. Il commençait à se demander, si, finalement, il ne s'était pas trompé… Après tout, il utilisait une vieille magie ancestrale, qu'il n'avait pas l'habitude d'invoquer, et il aurait très bien pu faire fausse route… Mais il ne s'était pas trompé. Le processus était seulement beaucoup plus long que prévu, et drainait ses forces de façon considérable.

Ses efforts furent cependant récompensés, et c'est avec soulagement qu'il vit une lueur blanche percer lentement les ténèbres environnantes du néant. La lueur s'intensifia peu à peu, formant comme les contours d'une porte, porte virtuelle qui s'ouvrit, dévoilant alors ce qui se passait dans la salle de la mort, dans le monde réel. Sirius et Severus purent ainsi voir Dumbledore juste devant le voile, les traits tirés de contrariété, tandis que Kingsley et Tonks étaient assis dans les gradins supérieurs, également très anxieux.

- Vas-y. Fit simplement Severus.

- Et toi ? Demanda Sirius.

- J'ai encore une chose à régler ici. J'arrive dans un instant. « Enfin, si j'en ai la force. » ajouta-t-il pour lui-même.

Il poussa violemment Black à travers le passage ainsi créé et le vit tomber littéralement dans les bras d'Albus. Il pouvait les voir, mais vu la réaction de Black, ce n'était vraisemblablement pas réciproque… C'était tout à fait logique, à vrai dire… La porte était une porte à sens unique, que ce soit pour voir ou pour passer à travers…

Severus coupa brutalement le lien avec Sirius. Il n'avait pas besoin de voir le reste. Mais apparemment la curiosité de l'animagus n'était pas étanchée.

- Et ensuite ? Qu'as-tu fais ensuite ?

Severus le regarda intensément. Que croyait donc Sirius ? Que, sous prétexte que leur relation était plus… calme, il allait tout lui dire, tout lui révéler ?

- Je doute que cela te concerne. Tu n'as pas besoin de savoir. Répondit-il finalement.

- Pourquoi ne veux-tu rien me dire ?

Severus resta silencieux un bon moment, ne sachant que répondre. Il ne voulait pas lui dire, simplement. Il n'en avait parlé à personne en fait, sauf à Albus. Et encore, il ne lui avait raconté que les grandes lignes… C'était trop… personnel…

Tout à sa réflexion, il se perdit dans les limbes de sa mémoire et se remémora sa rencontre avec son défunt parent derrière le voile. Il se souvenait des doutes et des sentiments mitigés, qui l'avaient assailli à ce moment-là.

Une fois Sirius parti, il lui restait encore une chose à faire avant de sortir. Il devait trouver son grand-père maternel, Hector Prince… Il devait le trouver… Il rassembla alors ses forces restantes, et tenta de se remémorer ce terrible moment, le moment où cet homme, qu'il avait à peine connu, avait été exécuté… Le moment où il l'avait tué, ou plutôt lâchement jeté dans ce trou de néant, encouragé par le Seigneur des Ténèbres et entouré de tous ses « amis » Mangemorts… Cruel moment pour tous deux…

Non pas qu'il regrettait la mort de cet homme, qui l'avait toujours rejeté, car il n'était qu'un Sang Mêlé, un fils de moldu, le fils d'Eileen Prince qui avait déshonoré sa famille en se mariant à un vulgaire moldu et lui avait même donné un fils… Non, il ne regrettait pas que cet homme soit mort, mais il regrettait de l'avoir tué, surtout de l'avoir tué de cette façon…

Oui, il avait ardemment désiré se venger… Oui, il avait attendu ce moment de pouvoir montrer aux Princes qui il était, et qu'on ne rejette pas impunément Severus Snape sans mordre la poussière par la suite. Oui, il avait crié vengeance, mais pas de cette sorte de vengeance… Il avait espéré autre chose… Quoi ? En fait, il ne saurait dire… Mais pas ça, pas comme ça… Quand il avait tué les deux derniers représentants de la famille Prince, à savoir son grand-père et son arrière - grand père, il ne s'était pas senti soulagé pour autant, sa soif de vengeance n'était pas vraiment assouvie… Au contraire, ne lui restait maintenant qu'un étrange goût amer.

Il sentit à nouveau une présence se matérialiser à ses côtés. On pouvait encore y distinguer les traits, fins et caractéristiques des Princes, mais cette fois les contours restaient flous, plus vagues, comme se fondant peu à peu dans le néant environnant.

- Severus ? Fit la silhouette.

Severus ne sut que répondre, profondément troublé. Il avait réussi, Hector Prince se tenait devant lui, et maintenant, il ne savait plus quoi lui dire, lui qui avait pourtant minutieusement préparé son « texte »…

- Severus ? Réitéra la silhouette. Severus Snape ?

Que ce nom sonnait presque comme une injure dans cette bouche.

- Oui, Hector Prince. Répondit Severus d'une voix basse et rauque, presque étranglé par l'émotion. C'est bien moi, Severus Snape.

- Tu as été jeté à travers le voile, toi aussi ?

- Non, je l'ai traversé volontairement, j'avais quelqu'un à y chercher et je souhaitais aussi vous trouver. Mais j'espère ne pas y rester bien longtemps.

- Tu as traversé volontairement ? Mais…

- Ne perdons pas de temps. Mes forces s'amenuisent, il ne me reste que peu de temps, avant que cette porte, que vous voyez derrière moi, ne se referme. Et je n'aurai plus de force pour l'ouvrir par la suite.

- Je t'écoute. Fit simplement la silhouette.

- J'aurais aimé savoir. Dit Severus comme tout préambule.

- Savoir quoi ?

- Savoir qui je suis. Je suis aggelomens, le seul actuellement vivant en ce monde, et un aggelomens puissant…

- Je le sais, tu possèdes le don d'aggelomencie, comme tous les hommes de notre famille. Mais tu es un aggelomens extrêmement puissant, et tu es un puissant occlumens aussi.

- J'en étais sûr ! S'exclama Severus. Rien de précis n'avait été écrit dans les livres que j'ai pu consulter à ce sujet, mais tous parlaient tout de même d'un possible don héréditaire… Dans ce cas, pourquoi ma mère ne m'en a jamais parlé ? Pourquoi ne m'a-t-elle rien dit ?

- Parce qu'elle ne le savait pas. Dans notre famille, seuls les mâles portent ce don, les femmes ne peuvent pas l'avoir, et ne sont pas au courant de son existence le plus souvent. Par contre, elles portent le gêne en elle et peuvent le transmettre. C'est ainsi que tu en as hérité.

- Que pouvez-vous me dire sur ce don ?

- C'est un don rare et extrêmement puissant, mais tu ne dois le divulguer à personne, car c'est un don très convoité et certains feraient tout pour le voler, quelque soient les méthodes.

- Mais ce n'est pas tout, n'est-ce pas ? Il n'y a pas que ce don que j'ai reçu en héritage, n'est-ce pas ? Pourquoi suis-je irrésistiblement attiré par les Arts Sombres ? Pourquoi est-ce que j'excelle dans certains domaines bien particuliers, alors que je me révèle incapable dans d'autres ? Pourquoi, par exemple, suis-je incapable de me métamorphoser en quoique ce soit, même partiellement ?

- Beaucoup de questions effectivement, dont je détiens les réponses. Mais ce serait trop long d'y répondre maintenant, ta porte commence déjà à se refermer. Sache toutefois que la famille Prince descend d'une longue lignée qui a commencé au temps de Merlin lui-même. Notre famille est l'héritière d'un don de Magie ancestrale, un don extrêmement puissant mais ô combien difficile à maîtriser. En fait même au sein de notre famille, peu sont parvenus à le maîtriser entièrement…

- Vous parlez de l'aggelomencie ?

- Non, bien que ce don soit extrêmement puissant en effet… Je parle d'un autre don encore, beaucoup plus puissant, dont tu n'imagines même pas l'existence. Mais la plupart qui ont essayé de le maîtriser s'y sont brûlé les ailes. Seuls nos aïeuls y sont parvenus, il y a plusieurs centaines d'années, mais avec le temps, notre famille a perdu une partie du savoir qui aurait permis de garder le contrôle de ce don. Cependant, un oracle dit, qu'un jour naîtra un garçon, d'une union non reconnue et rejetée, un garçon qui possèdera pleinement ce don et qui deviendra un puissant psyché, mais qui, pour ce faire, devra traverser de lourdes épreuves et devra affronter la mort par trois fois, avant d'apprendre à utiliser ce don parfaitement sans y perdre son âme… Ce psyché aura alors la tâche de protéger l'Elu et de l'aider dans sa quête de la lumière…

Severus avait du mal à comprendre ce dont parlait le vieil homme, il avait du mal à comprendre ce que tout cela pouvait signifier…

- Severus, je ne sais pas si cet oracle dit vrai, cela fait des centaines d'années que notre famille guette l'arrivée de cet éventuel psyché. Mais ce que je sais, c'est que tu détiens déjà de nombreux dons de la famille Prince. Peu d'entre nous possédaient tous ces dons ainsi rassemblés et aussi développés en une seule et même personne. En général, nous ne développions qu'un seul don, l'aggelomencie pour les hommes, l'occlumencie pour les femmes, parfois deux dons à la fois, mais jamais les trois… Or, toi, tu as les trois réunis, chose rare déjà en soi, et, qui plus est, tous les trois sont extrêmement développés. Sans compter les autres dons…

- Comment savez-vous ça, puisque vous n'avez jamais cherché à me connaître ? S'enquit Severus, ne pouvant cacher son amertume.

- Nous l'avons tout de suite senti, moi et mon père, quand tu es apparu au manoir des Princes. Mais peu importe. Severus, peut-être es-tu ce garçon, ou peut-être serait-ce tes futurs enfants, je n'en sais rien… Mais il va falloir que tu en apprennes davantage sur la famille Prince, car tu es dès lors notre dernier héritier. Tu ne dois pas perdre cet héritage, Severus, tu en auras besoin. Et si cet oracle est vrai, il en va peut-être de l'avenir de notre monde…

- Il aurait peut-être fallu songer à cet état de fait avant. Rétorqua Severus.

- Je sais, Severus, mais on ne refait pas le passé, tu es bien placé pour le savoir… Je n'ai pas le temps de te transmettre tout notre savoir, mais voici ce qui te permettra d'en apprendre davantage. Tu es intelligent, avec ce que tu trouveras, tu devrais comprendre et apprendre tout ce que tu dois savoir.

Le vieil homme tendit alors un objet à Severus et le laissa tomber dans la paume tendue du jeune homme. Severus écarquilla les yeux, quand il réalisa de quoi il s'agissait : une clef, une clef d'un coffre de Gringotts…

- Que suis-je sensé en faire ? Demanda-t-il, bien que la réponse lui paraissait évidente.

- Ton véritable héritage se trouve dans ce coffre. Vas-y, et tu comprendras… Tu comprendras peut-être qui tu es…

Severus observa encore quelques instants la silhouette d'un air dubitatif, avant de reporter son attention sur la clef.

- Tu devrais y aller, Severus. La porte n'est plus qu'entrebâillée et tes amis s'inquiètent… Je suis désolé mon garçon, pour tout. Mais ne rejette pas ton héritage. Au revoir, Severus.

La silhouette se fondit alors peu à peu dans le néant, laissant Severus seul, complètement abasourdi par ce qu'il venait d'entendre. Il était venu chercher des réponses, et au lieu de cela, il repartait avec encore plus de questions.

- Severus ? Severus ?

La voix de Sirius à ses côtés le sortit de sa rêverie.

- Tu étais encore parti dans tes songes ! Pourquoi ne veux-tu rien me dire ? Insista l'animagus.

- Je ne veux pas, tout simplement. Cela ne regarde personne d'autre que moi. Peux-tu comprendre ça ? Sa voix était calme, mais montrait nettement son impatience. Severus détestait devoir se répéter. Surtout avec des Griffondors. Encore plus avec Black.

Sirius hocha lentement la tête, pour signifier son assentiment. Oui, il pouvait comprendre, mais il aurait tellement aimé savoir… Curiosité mal placée, diriez-vous… Oui, peut-être, certainement d'ailleurs. Mais il était soudain tellement curieux envers ce mystère qu'était Severus. Ce dernier cachait tant de choses. Qu'avait-il de particulier pour intéresser autant les vampires ? Ce don pour la Magie Noire ? Il y avait plus, il le sentait... Sirius souhaitait tant apprendre à mieux le connaître dès lors... Mais il aurait été indécent d'insister, n'est-ce pas ?

- Je peux comprendre, mais je suis curieux, tout simplement. Lui rétorqua Sirius, avec un sourire mutin.

Severus arqua un sourcil, marquant sa surprise et son incompréhension. Sirius, curieux envers lui ? Qu'est-ce que cela pouvait-il cacher encore ?

- Et une fois que tu as trouvé ce que tu cherchais, que s'est-il passé ? Continua l'animagus.

- Et bien, la suite, tu la connais, tu y étais toi-même. Fit Severus, tout en repassant dans son esprit la fin de son souvenir, et en les partageant de nouveau avec Sirius.

Se retrouvant à nouveau seul, Severus se retourna enfin vers la porte pour constater, à son grand effroi, qu'elle était presque fermée. Il se concentra encore une fois, et renouvela l'incantation pour ouvrir la porte un peu plus dans l'espoir de pouvoir s'y engouffrer… Mais il sentait ses forces l'abandonner, il avait un peu trop traîné dans ce lieu morbide. Il commençait à craindre de ne pouvoir partir…

« Albus, concentre toi sur Albus. » Il pensa à Albus, à sa présence puissante, mais tranquille et apaisante, et à tous les moments passés avec le vieil homme. Il s'accrocha autant qu'il put à cette image, à l'image d'Albus… Albus… Il l'appela, cria presque son nom, et sentit alors peu à peu une force affluer en lui, certainement provenant d'Albus, force qui lui permit d'ouvrir un peu plus la porte. Puis, dans un effort qui lui parut surhumain, il se jeta vers la porte, et atterrit lourdement sur un sol dur, entraînant avec lui un corps… Albus… Il était de nouveau dans la salle de la mort.

Il était affalé par terre, la tête tournant dangereusement, le sang pulsant fortement à ses temps, la migraine le taraudant plus que jamais. Il était vivant… Il rouvrit doucement la main, comme pour vérifier que tout ce qu'il avait vécu derrière le voile n'était pas un rêve… Non, tout cela était bien réel, la clef était bien là.

Il était encore plongé dans ses songes, quand il vit une main tendue devant lui, l'invitant à se remettre debout.

- Pouvez-vous vous relever Severus ? Demanda Dumbledore, le front plissé d'inquiétude.

- Oui, je crois. La tête tourne et j'ai une migraine d'enfer, mais ça devrait passer.

Dumbledore gloussa, en entendant Severus répondre directement à une de ses questions concernant sa santé, pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient. Le jeune homme devait vraiment être perturbé… Severus ne parut pas remarquer cette réaction, empoigna la main que le vieil homme lui tendait et se releva avec peine. Il sentait ses muscles crispés et tendus, comme s'il avait couru le marathon… Et sa tête tournait plus que de raison.

Il chancela, pris de vertige, mais fut rattrapé à temps par Albus.

- Venez mon ami, il faut sortir d'ici. Nous sommes là depuis presque une heure déjà, je ne voudrais pas qu'on nous trouve dans cette salle. Je vais vous aider à marcher.

Se disant, Dumbledore prit d'office le bras de Severus, qui ne rechigna pas, et tous sortirent. Sirius et Severus se cachèrent ensuite sous la cape d'invisibilité et ils rejoignirent tous deux le niveau 1, où les attendait Rémus, tandis que Dumbledore et les deux Aurors allaient annoncer leur départ au Ministre de la Magie.

Rémus et les deux autres se réfugièrent momentanément dans les toilettes attendant la retranformation de Rémus, qui reprit son apparence réelle quelques minutes plus tard. Severus laissa alors la cape d'invisibilité à Sirius et sortit des toilettes, comme si de rien n'était, bien que physiquement et mentalement épuisé, pour regagner le hall d'entrée.

Sirius, ainsi caché, sortit à son tour accompagné de Rémus, qui retourna également dans le hall d'entrée. Ils virent Dumbledore arriver et rejoindre Severus, pour repartir tous deux à Poudlard par voie de cheminette, tandis que Rémus repartait par la grande porte vers les rues poussiéreuses de Londres. Une fois dehors, Sirius se transforma en sa forme animagus, et les deux compères regagnèrent le quartier général de l'Ordre.

- En tout cas, quel coup de maître ! S'exclama Sirius.

- Je ne te le fais pas dire. Tout s'est passé exactement comme prévu. Ces imbéciles du Ministère n'y ont vu que du feu.

- Tu veux dire que tout était prévu exactement comme ça s'est passé ? Alors…

- Oui, exactement comme ça s'est passé. Répondit Severus, une lueur de triomphe et d'amusement dans les yeux.

- Mais… l'objet qu'Albus devait voir, qu'en est-il ?

- Je n'en sais strictement rien, et Albus non plus. En fait, il n'en avait cure, même si cet objet lui avait effectivement appartenu auparavant… Ce n'était qu'un prétexte, Sirius, un simple et astucieux prétexte pour venir au Ministère, et accessoirement entrer au Département des Mystères sans éveiller les soupçons. De même pour ma demande de portoloin ou pour l'enregistrement de Lupin au registre des loup garous… Que de simples prétextes !

Severus affichait un sourire triomphant. Ce souvenir était peut-être l'un des plus jubilatoires : exercer une telle magie au nez et à la barbe du Ministère…. Mémorable !

- Mais… Et Arthur ?! Continua Sirius, stupéfié de tant d'ingéniosité.

- Dans la combine avec nous, bien évidemment. De même, il n'a pas été trop difficile de faire en sorte que les Aurors chargés d'escorter Albus soient de nos alliés… Le plus difficile en fait a été d'être tous parfaitement synchronisés…

- Ce qui a failli rater ! Rétorqua l'animagus, cherchant à titiller le Serpentard.

- Ce qui a failli, seulement… ce qui a failli… mais cela n'a pas raté. Rétorqua le dit Serpentard, d'un air légèrement menaçant, défiant le Griffondor de le contredire.

De son côté, le portrait, qui attendait toujours d'être enfin accroché à une place convenable, avait assisté à toute la scène, lui aussi se souvenant de cet épisode fameux. Il s'était bien gardé d'intervenir, mais se réjouissait que ces deux-là parviennent enfin à parler civilement… Il leur en avait fallu du temps. Mais mieux vaut tard que jamais.

…………………………………………………………………………………………………...

Severus se réveilla dans le fauteuil, où il s'était installé la veille, après la réunion. Il avait dû s'endormir après le départ de Sirius. Fâcheuse manie ! Surtout au vu de ses muscles douloureux et engourdis… Où était donc passé le temps, où il pouvait dormir à n'importe quel endroit sans grave séquelle ?

Son regard encore embrumé tomba sur le portrait d'Albus, installé au-dessus de la cheminée. Maudit portrait ! Comment osait-il lui sourire de la sorte de si bon matin ? Etait-il suicidaire, ou complètement inconscient ? En y réfléchissant bien, Severus opta pour la deuxième option. Il s'en était toujours douté, ce n'était qu'une preuve supplémentaire…

- Bonjour Severus. Bien dormi ?

« Et en plus il me nargue ! » Se dit Severus.

- Mmf… Répondit-il simplement.

- C'est bien ce que je pensais. Continua le portrait, avec un sourire moqueur.

Severus détourna le regard, essayant d'ignorer autant que faire se pouvait ce maudit portrait. Il remarqua alors un plateau posé sur la table basse, doté d'une tasse, d'un thermos contenant du café, comme l'indiquait la bonne odeur qui s'en dégageait, et de quatre fioles… Des potions, bien évidemment… Mais qui avait donc déposé ça ici ?

- Ah, je vois que vous venez de découvrir le plateau que Molly a déposé à votre attention, tout à l'heure.

Molly ? A mon attention ? Tout à l'heure ? Mais quelle heure pouvait-il bien être ? Il n'avait quand même pas dormi longtemps, si ?

- Au cas où vous vous le demandiez, il est treize heures, vous dormez depuis presque douze bonnes heures, et ce, sans faire de cauchemars trop prenants.

Severus écarquilla les yeux. Douze heures ? Il n'avait pas dormi autant depuis… depuis… depuis un bon bout de temps en fait. Il se leva alors et se dirigea à la fenêtre pour tirer les rideaux qui masquaient la lumière du jour. Il cligna des yeux, aveuglé tout d'abord par les rayons agressifs qui heurtaient violemment sa rétine, puis, s'adaptant peu à peu à la luminosité tranchante, il put effectivement admirer le soleil à son zénith, baignant le jardin d'une lumière cru dans ce froid hivernal.

Il était plus que temps qu'il se réveille… Il se retourna de nouveau vers le portrait, qui lui offrait toujours et encore un sourire radieux. Il continua de l'ignorer autant que possible, et se décida à prendre une tasse de café, rien de mieux pour s'éclaircir les idées… Tandis qu'il sirotait tranquillement sa tasse, il reporta son attention sur les quatre fioles, qu'il reconnut aussitôt. Une de régénération sanguine, inutile de faire un dessin… une contre la fièvre, là encore évident… Une de régénération de force, ma foi, ça ne pouvait pas faire de mal… Et la dernière, une potion calmante… Une quoi ? Une POTION CALMANTE… s'écria-t-il intérieurement, commençant à bouillonner au fond de lui. Pourquoi donc aurait-il besoin d'une potion calmante ? Il était parfaitement calme, non ?

- Pompom a pensé que cette dernière potion pourrait vous faire le plus grand bien, vu que ces temps-ci vous sembliez, je cite, « avoir les nerfs à fleur de peau ».

- Je n'ai pas les nerfs à fleur de peau. Répliqua un peu sèchement le Maître des potions.

- Ah non ? Fit innocemment Albus, le regard pétillant comme jamais.

- Et quand cesserez-vous donc de répondre aux questions avant même qu'on les formule ?

- Ah bon, j'ai fait ça, moi ?

- Ne jouez pas les innocents avec moi. Vous comprenez parfaitement, ce dont je veux parler. Cela en devient irritant à la fin.

- Ce n'est pas de ma faute si vous pensez si fort vos questions, que j'ai l'impression de les entendre…

- Rhâa, Albus ! S'exclama Severus, de plus en plus excédé.

Il reposa un peu violemment la tasse de café sur le plateau, si bien que celle-ci se cassa, certains morceaux de verre lui entaillant la main, tandis que le liquide qui restait encore dans la tasse se répandit et lui brûla la peau.

- Je crois que vous pourrez rajouter une potion de cicatrisation et une anti-brûlure. Fit Albus de plus en plus amusé du comportement du plus jeune.

Severus le fusilla des yeux un bref instant, avant de se concentrer sur ses plaies pour en arrêter les saignements. Il répara la tasse et nettoya les dégâts d'un geste rageur de sa baguette. « La baguette d'Albus ! » pensa-t-il subitement.

Il releva la tête vers le portrait et riva son regard noir dans celui bleu acier de son ami défunt… Ni l'un ni l'autre ne fit de commentaire, ils n'avaient pas besoin de mots, l'un comme l'autre savait ce que chacun pensait à ce moment précis.

Finalement Severus rompit le contact, s'empara du plateau qu'il rapporta à la cuisine, avant de remonter dans sa chambre pour se changer, laissant ainsi le portrait en plan.

…………………………………………………………………………………………………...

- Mais laissez-moi donc regarder cinq minutes. Cela ne va pas vous tuer tout de même.

Nuwan discutait, ou plutôt se chamaillait, avec Severus depuis un petit bout de temps, dans le petit salon, tandis que le trio Griffondor et la jeune Weasley tentaient, non sans mal, d'étudier. La jeune femme essayait désespérément depuis plusieurs minutes d'examiner la main que le ténébreux Maître des potions s'était blessé quelques heures plus tôt, malgré ses protestations.

Ces chamailleries entre le père et la fille ne pouvaient laisser les spectateurs indifférents, et les Griffondors avaient bien du mal à s'empêcher de pouffer de rire, en voyant la tête que faisait leur ancien professeur de potions réputé exécrable, quand Nuwan, étant enfin parvenue à ses fins et défaisant le pansement rudimentaire qu'il s'était fait lui-même, le grondait pour ses crises de colère et surtout pour ne pas prendre mieux soin de lui.

Severus leur lança un regard digne d'un Basilic et leur vociféra de retourner à leur livre plutôt que de se mêler des conversations qui ne les regardaient pas. Le quatuor jugea qu'il valait mieux sortir et laisser ainsi les deux Snape seuls. Un était déjà dangereux en soi, alors allez savoir ce qu'à deux ils étaient capables de vous faire…

Nuwan sourit en voyant le rictus triomphant sur le visage de son père, quand les Griffondors sortirent, leurs livres sous les bras. Elle gloussa à son tour.

- Ah non ! Tu ne vas pas t-y mettre toi non plus, j'espère. Fit Severus, avec une moue boudeuse.

Ce qui fit rire pour de bon la jeune femme.

- Je ne savais pas que j'étais si comique. Fit-il simplement, restant le plus impassible possible, mais au fond de lui vivement amusé de ce petit jeu entre eux deux.

- Ne bougez donc pas tant, si vous tenez encore à votre main. Lui répliqua-t-elle, en lui tirant la main pour la diriger vers la fenêtre et ainsi mieux voir l'étendu des dégâts. Rien de bien méchant, mais vous avez fait le travail à moitié.

Severus haussa un sourcil, faussement curieux.

- Vous avez certes refermé les plaies, mais à la va vite. La plus profonde peut se rouvrir à tout moment. Sans parler de la brûlure.

- D'où le pansement. Lui fit-il remarquer narquoisement.

- Oui, mais avec un peu de patience vous auriez pu la refermer totalement, même en profondeur et vous passer de pansement.

Il haussa simplement les épaules. Que répondre d'autre ? Qu'il n'en avait que faire ? Qu'il en avait vu d'autre ? Apparemment ses réponses ne semblaient pas lui convenir. Mieux valait se taire… Allez savoir ce dont elle était capable ! Bien comme sa mère !

- Laissez-moi faire.

Sans lui laisser le temps de répondre, elle commença à psalmodier une courte incantation, tout en pointant le bout de sa baguette sur la fine cicatrice et en suivant lentement son trajet. Elle répéta le processus plusieurs fois de suite pour chaque plaie et pour la petite brûlure, jusqu'à ce que le résultat lui convienne.

- Et voilà. Vous êtes comme neuf, maintenant. S'exclama-t-elle, une fois fini.

- J'aimerais bien, lui répondit-il tout bas, accrochant son regard dans le sien.

Il se sentait apaisé avec elle à ses côtés. Toutes les tensions accumulées depuis la veille semblaient s'envoler, comme volatilisées… C'était magique. Il se sentait bien. Oui, bien.

- Nuwan ?! Fit une voix derrière eux, à l'entrée du salon.

- Oui, Molly ?

- J'aurai besoin d'aide… à moins que tu ne sois occupée… je ne voulais pas déranger…

- Non, ce n'est rien, Molly. J'arrive.

Nuwan regard un dernier instant l'homme sombre devant elle, et lui fit un pâle sourire, avant de s'éclipser en direction de la cuisine pour rejoindre Molly. Severus se retrouva soudainement seul, seul avec lui-même, seul avec ses pensées et ses doutes… Il observa le jardin, sans le voir véritablement, se perdant dans ses réflexions tourbillonnantes, les bras croisés contre la poitrine, une main sous le menton.

- Vous me semblez soudain bien soucieux, mon ami. Fit Albus.

Severus se retourna à demi, pour lui jeter un regard en coin, avant de reprendre sa pseudo contemplation du jardin. Oui, il était soucieux. Les souvenirs de sa rencontre derrière le voile le taraudait encore, plus fortement que jamais. De même que les paroles de Valâa avant son départ lui martelaient l'esprit. Il était intimement persuadé que les deux avaient un lien, quel qu'il soit. Et si ces fameux dons qu'il aurait hérités des Princes étaient en fait ses facultés et son attrait presque obsessionnel pour les Arts Sombres ?

- Voulez-vous m'en faire part ? Insista le portrait.

Oui, il aurait aimé lui en faire part. Mais au vrai Albus, pas à son portrait… Mais après tout, un portrait valait peut-être mieux que rien du tout…

- Je ne sais pas. Répondit Severus.

Un silence s'installa quelques instants entre eux, Albus attendant patiemment que son jeune ami soit prêt. Il le connaissait, mieux valait ne pas le brusquer, sinon il risquait de se renfermer à nouveau dans sa coquille.

- C'est au sujet de la rencontre que j'ai faite derrière le voile. Reprit brusquement Severus.

- Votre grand-père maternel.

Severus acquiesça avant de reprendre, la voix enrouée par ce qu'il allait révéler.

- Je vous ai expliqué que j'avais besoin de savoir qui j'étais, d'où venait ce don d'aggelomencie, et pourquoi j'étais doté de certaines particularités, pourquoi j'étais entre autre si attiré par les Arts Sombres.

- C'est pourquoi vous aviez besoin de parler à votre grand père, si j'ai bien compris.

- Oui. Je vous ai également révélé, ce qu'il m'a appris à ce moment-là, à savoir qu'apparemment certaines de mes facultés, dont l'aggelomencie, étaient héréditaires, se transmettant pour certaines d'entre elles uniquement aux enfants mâles de la famille.

- Oui, je me souviens.

- Mais je ne vous ai pas tout dit. Continua-t-il, joignant ses mains dans le dos. Mon grand-père m'a aussi révélé que la famille Prince était détentrice d'un savoir ancestral, d'un don faisant appel à l'ancienne Magie, un don extrêmement puissant mais difficile à maîtriser, un don que peu de nos ancêtres sont parvenus à contrôler d'ailleurs, en tout cas aucun depuis des siècles.

Albus hocha la tête, le front plissé sous l'effet de la concentration. Ce que révélait Severus pourrait expliquer beaucoup de choses qu'il avait ressenti chez ce jeune homme, mais qu'il n'était jamais parvenu à comprendre totalement.

- Il m'a parlé aussi d'un oracle. Continua Severus. Un oracle disant, je cite, « qu'un jour naîtra un garçon, d'une union non reconnue et rejetée, un garçon qui aura pleinement ce don, et qui deviendra un puissant psyché, mais qui, pour ce faire, devra traverser de lourdes épreuves et devra affronter la mort par trois fois, avant d'apprendre à utiliser ce don parfaitement sans y perdre son âme… Un psyché qui aura alors la tâche de protéger l'Elu et de l'aider dans sa quête de la lumière…» J'ai d'abord trouvé cette histoire stupide. Mais…

- Mais… Fit Albus, incitant Severus à continuer, le voyant hésiter longuement, et trouvant l'histoire très, mais alors vraiment très intéressante… et troublante.

- Mais… il a ensuite ajouté que j'étais un des rares de la famille à avoir les trois capacités de legilimencie, occlumencie et aggelomencie aussi développées… qu'il ne savait au juste si j'étais ce garçon en question… Mais que je devais absolument en apprendre plus sur mon héritage… Sur le coup cela m'avait profondément troublé, puis les événements aidant je n'y ai plus repensé jusqu'à…

- Oui… l'encouragea le portrait

- Jusqu'à notre dernière rencontre avec les vampires. Vous savez ce que Valâa désirait au cours de ce pacte, Minerva vous en a certainement fait part. Elle me voulait moi, comme son compagnon éternel, mais puisque j'ai refusé de les rejoindre, elle souhaitait un héritier de moi, un hybride… ce que j'ai accepté… Cependant elle m'a ensuite révélé autre chose, la raison pour laquelle elle est si attirée par moi, et inversement…

Silence à nouveau.

- Selon elle, reprit Severus, la voix tremblante, je serai doté des capacités nécessaires pour maîtriser les Arts Sombres et devenir un Mage Noir à part entière.

Le silence qui tomba entre eux devint soudain lourd et pesant. Severus, qui jusque-là était resté face à la fenêtre, se retourna et regarda droit dans les yeux le vieil homme dans son cadre, croisant les bras sur sa poitrine.

- Je sais ce que vous pensez. J'ai d'abord pensé la même chose. Il faut que vous sachiez que les vampires parlent de Mage Noir, non pas au sens où nous l'entendons, mais au sens de Maître es Arts Sombres, c'est-à-dire un mage qui maîtrise parfaitement ces forces obscures sans se laisser envahir et contrôler par elles.

- Mais cela ne s'est jamais vu, Severus. Tous les sorciers s'étant risqués sur ce chemin sont devenus fous et dangereux, pour eux et pour les autres, et n'en sont jamais revenus.

- Je le sais bien Albus. Et Valâa a précisé la même chose… Elle pense cependant que j'en serais peut-être capable. Je sais aussi que tout cela vous paraît bien abstrait… Mais…

- Mais… tu ne peux t'empêcher de te demander si tout cela est vrai, n'est-ce pas ?

Severus hocha la tête.

- S'il vous plaît Albus, ne me jugez pas. Essayez juste de me comprendre.

- Je ne te juge pas, mon enfant. Je te fais pleinement confiance. J'espère seulement que tu feras les bons choix pour toi, je ne veux pas te perdre une fois de plus.

- Peut-être est-il déjà trop tard… Vous savez certainement déjà, grâce à cette chère Minerva, que j'ai dû renouer avec certains de mes anciens penchants… Mais vous savez aussi que je n'ai pas vraiment le choix… Si je refuse d'effectuer ces rituels, Il saura et me tuera, ou pire… Et tout ce qu'on aura tenté de bâtir jusque-là s'écroulera, malgré tous nos sacrifices…

- Malheureusement, je le crains. Je suis désolé, mon enfant. Je n'aurai jamais dû te renvoyer auprès de lui…

- Vous ne m'y avez pas renvoyé, j'y suis allé de mon plein gré, Albus.

A nouveau le silence se fit. Puis Severus reprit, hésitant.

- Albus, les Arts Sombres et la Magie Noire m'appellent à nouveau à eux et m'imprègnent déjà de leur force… J'aurai beaucoup de mal à y faire face et à leur résister tout seul, vous le savez aussi bien que moi.

- Oui, tu risques beaucoup en effet.

- Mais… Si tout cela était vrai ? Et si Valâa avait raison ? Et si ces capacités de Magie ancestrale dont parlait Hector Prince étaient en fait cette capacité à maîtriser les Arts Sombres ? Severus paraissait vraiment désemparé, désespéré.

- C'est possible. Je ne saurai te dire.

- Que veut dire ce soi-disant oracle ? Reprit Severus, faisant fi de la réponse nébuleuse d'Albus. Et quel est cet Elu dont parle ce fameux oracle ? Aurait-ce un lien avec Potter ? Et dans ce cas, le psyché est-il déjà arrivé ? Qui est-il ? J'ai déjà affronté la mort par deux fois, Albus, vous vous souvenez ? Oh Albus, que de questions…

- Beaucoup de questions, en effet. Albus lui tendit un sourire chaleureux, tentant de rassurer l'homme ténébreux qui faisait maintenant les cent pas devant lui. Il avait rarement vu le Maître des potions si perturbé. Même simple portrait, Dumbledore avait bien une petite idée sur la question, mais rien ne servait de précipiter les choses. Mieux valait d'abord en apprendre plus sur les dons de la famille Prince.

- Je serais bien incapable de te répondre à ce sujet. Reprit l'ancien directeur. Y a-t-il un moyen d'en savoir plus sur cet héritage des Princes ?

- Hector Prince m'a confié effectivement une clef, d'un coffre à Gringotts. Selon lui, je devrais y trouver les réponses à mes questions. Vous savez, cette fameuse clef, que je vous ai montrée, de retour de notre escapade au Ministère.

- Oui je me rappelle.

- Mais avec tous les événements qui ont suivis, je n'ai pas eu le temps de m'y rendre. Et je me vois mal me présenter maintenant à Gringotts, je finirai directement à Azkaban, sans le moindre procès… surtout après… enfin vous comprenez. Fit-il, la gorge nouée.

- Je suis désolé, Severus.

- Vous n'avez pas à être désolé, Albus. Personne ne m'a forcé à le faire…

Le silence se réinstalla entre eux.

- Je pense que nous pourrions trouver un moyen de voir ce coffre. Reprit Albus, l'air songeur.

- Faudrait-il encore pouvoir récupérer la clef…

- Vous l'avez perdue ?

- Non, on me l'a volée.

- Ah. Et connaissez-vous l'identité du voleur ?

- Malheureusement oui, Sirius, Sirius Black. Ce satané cabot m'a dérobé une boîte, où j'y rangeais de vieux souvenirs, dont cette maudite clef.

- Ah cette fameuse boîte ! S'exclama Albus, visiblement soulagé. Oui, Minerva m'a parlé aussi de cet incident, rajouta-t-il rapidement devant l'air interrogateur de Severus. Elle m'a tout raconté dans les moindres détails. Concernant cette boîte et son contenu, rassurez-vous, Sirius les a précieusement gardés. J'aurai pensé d'ailleurs qu'il vous l'avait déjà rendue, vu comment les choses semblaient s'arranger entre vous…

Severus lui lança un regard assassin.

- Nous allons y réfléchir, continua Albus, ignorant cette deuxième tentative d'assassinat. Maintenant que nous savons où est cette clef… Peut-être pourriez-vous en parler à Minerva, elle aurait certainement une idée brillantissime à vous proposer à ce sujet.

- Je ne sais pas. J'aimerais que le moins de personnes soient au courant. Ma côte de popularité est déjà assez basse comme ça au sein de l'Ordre, sans avoir besoin d'en rajouter. Imaginez leur réaction s'ils apprenaient, que, finalement, ils avaient peut-être bien raison concernant le petit mage noir que je suis… Non pas que je me préoccupe réellement de ce que ces crétins congénitaux pensent de moi, mais si je dois travailler avec eux, alors au moins que ça se fasse avec le moins de tensions possible. J'en ai déjà assez comme ça de l'autre côté.

- Je vois ce que vous voulez dire. Le regard d'Albus s'attrista un bref moment.

Il trouvait Severus un peu plus expansif qu'auparavant, un peu plus enclin à parler de ce qu'il ressentait un tant soit peu, un progrès en soit, même s'il ne disait pas tout, loin de là. Peut-être du fait qu'il était mort, et que Severus se sentait plus libre de parler à un mort ?... Ou peut-être n'était-ce que passager, dû à son trouble face à tant de révélations sur lui-même ?… Mais c'était surtout des sentiments tendus, troublés, et plutôt moroses, voire suicidaires, ce qui peina profondément Albus.

- Réfléchissons en tranquillement. Reprit le vieil homme. Nous en reparlerons à tête reposée, peut-être aurons-nous plus d'idées. Une chose est sûre, mon ami. Quoiqu'il advienne, ne prenez pas une décision hâtive. Ce chemin est dangereux. Vous avez réussi à en revenir une fois, mais peut-être pas deux.

- Je sais. Je sais. Valâa m'a également averti, que je n'y parviendrais pas seul dans tous les cas. Elle se propose d'être mon « guide ». C'est d'ailleurs pourquoi elle a choisi d'effectuer ce pacte en particulier, plutôt qu'un autre… Pour me transmettre une partie de sa force et créer un puissant lien entre nous deux…

- Intéressant. Fit simplement Albus, une moue moqueuse et amusée éclaircissant son visage, momentanément, avant qu'il ne reprenne un air sérieux. Prenez simplement le temps. Ne vous décidez pas tout de suite.

- Je prendrai le temps d'y penser Albus. Enfin, si on m'en laisse l'occasion… répondit sombrement le plus jeune.

Fin du chapitre 36.