Merci à tous les reviewers. Me revoilà avec ce 37ème chapitre, qui je l'espère vous plaira tout autant...
Vous serez peut-être un peu déçus de l'attitude de certains personnages, mais on ne peut pas changer les mauvaises habitudes trop brusquement non plus... Nuwan toujours égale à elle-même et se rapprochant toujours plus de Severus; Sirius toujours un peu son côté irréfléchi et spontané... Pas non plus de grandes révélations en persperctive...
Par contre, vous allez pouvoir voir enfin le moment tant attendu par certains d'entre vous : le compte-rendu de Severus à Voldemort au sujet des vampires... Mauvais quart d'heure en perspective comme vous pouvez vous en douter!
En espérant bientôt vous lire, je vous souhaite une bonne lecture!
CHAPITRE 37 : Les hostilités reprennent
- Non Minerva, il est temps que je parte. Cela fait près de dix jours que je me suis absenté, retarder mon retour de plus longtemps deviendrait trop suspect.
- Severus, voyons, soyez raisonnable. Vous êtes à peine remis de…
- Minerva, n'insistez pas. Répondit le Maître des potions d'un ton sec et tranchant, sans appel. Et vous, Pompom, n'en rajoutez pas. Je ne peux pas rester. Un point, c'est tout.
- Au moins promettez-moi de revenir rapidement.
- Je ne peux rien vous promettre. Maintenant, si vous le permettez, je dois y aller.
Se disant, Severus avança à grands pas vers la porte, faisant virevolter majestueusement ses capes derrière lui, laissant ses deux anciennes collègues en plan dans la cuisine. Il avait déjà la main sur la poignée de la porte, quand il entendit une voix qu'il reconnut sans peine le retenir.
- Père. Souffla Nuwan dans un murmure. Revenez-nous vite.
Severus se retourna alors une dernière fois, pour voir sa fille au bas des marches, le regardant intensément, les yeux légèrement embués. Par Merlin, si elle se mettait à pleurer, il allait avoir du mal à partir. Déjà qu'il n'en avait pas vraiment envie… Mais elle retint ses larmes, et lui offrit un sourire radieux, bien qu'un peu anxieux.
A sa grande surprise, Severus vit Mixiel descendre et rejoindre sa sœur. Le jeune homme le fixait d'un regard indescriptible, les traits impassibles, mais Severus crut y discerner à nouveau un léger sourire. Ou l'avait-il imaginé ? « Mon portrait craché ! » nota-t-il encore une fois. A chaque fois que leurs regards se croisaient, il ne pouvait s'empêcher de se faire cette réflexion. Ils s'étaient très peu parlés pendant les rares moments où Severus était là, mais ils n'en avaient pas réellement besoin… Severus arrivait le plus souvent à comprendre ce qui se passait en Mixiel, les tumultueux sentiments qui l'assaillaient, simplement en lisant dans ses yeux ou dans son si rare sourire, ou encore dans ses traits crispés…
A cet instant, Severus crut lire, pour la première fois, de la tendresse mêlée à une profonde inquiétude. D'habitude, Mixiel lui renvoyait sans cesse des sentiments de colère, de frustration, de désespoir aussi, de doute, parfois un brin de cynisme, des sentiments si familiers pour Severus, sentiments qu'il ressentait si souvent lui-même qu'il les comprenait parfaitement… Jamais de haine toutefois, de la rage parfois, de la fureur aussi, mais pas de haine véritable… Un bon point au moins. Mais là, Severus fut troublé par ce qu'il put lire dans les yeux de son fils, il n'y avait encore jamais lu de telles émotions. Chez Nuwan oui, mais pas chez lui… Se pourrait-il qu'il ait mal interprété ce regard ? Peut-être s'était-il trompé ?
Mais Mixiel lui ôta définitivement les quelques doutes qui lui embrouillaient l'esprit, en lui disant, la voix presque étranglée.
- Faîtes attention à vous, Severus… Père. Et revenez-nous.
Le cœur de Severus manqua un battement et l'air s'arrêta momentanément de circuler dans ses poumons. Avait-il bien entendu ? Mixiel l'avait-il bien appelé « père » ? Son masque craqua et il ne put réprimer un léger sourire, un sourire sincère, où pointait à la fois joie et tristesse. La voix lui manqua, il se contenta donc de leur rendre un signe de tête et un « à bientôt » en pensée.
Il se retourna vers la porte, se saisit de la poignée, mais marqua un temps d'arrêt. Il fallait qu'il se reprenne, et vite… L'heure n'était vraiment pas à de telles émotions, il se faisait vraiment trop vieux pour ces jeux-là… Il prit plusieurs fois de profondes inspirations tout en fermant les yeux, tentant de vider son esprit de toutes ces sensations euphorisantes et tourbillonnantes, dangereuses en somme, puis se recomposa peu à peu son masque d'indifférence et de froideur.
Ses deux enfants qui avaient été rejoints par McGonagall, l'observaient en silence, ne voulant rompre sa concentration, comprenant qu'il devait reconstruire ses barrières mentales pour ce qui l'attendait…
Au bout d'un court laps de temps, quelques minutes tout au plus, il était fin prêt et sortit sans un mot, sans un regard en arrière, ses capes volant dans son sillage, tel un grand oiseau de la nuit partant à la chasse. Ils le virent ensuite transplanner dans les ténèbres de la nuit, laissant la rue déserte, et leur cœur lourd.
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- Mon cher Ssssseverussss. Te voilà enfin de retour. Tu as été bien longtemps absent, ce me ssssssemble.
- Oui Maître, le voyage était long et j'ai préféré rester le plus longtemps possible pour parlementer avec leur souveraine. Fit Severus, restant toujours respectueusement incliné et se gardant bien de croiser le regard de braise qui le fixait rageusement.
Ils étaient tous les deux seuls, dans la grande salle du « trône ». Un silence lourd et oppressant s'installa alors entre eux, seuls les bruissements de la robe du Maître, qui faisait les cent pas devant Severus, et les sifflements impatients de Nagini rompaient cette fausse impression de calme. « Le calme avant la tempête… » nota Severus, dans un coin bien refoulé de son esprit.
Il connaissait désormais assez bien son « Maître » pour arriver, avec un faible pourcentage d'erreurs, à prédire ses réactions. Et à l'heure actuelle, celles-ci ne présageaient rien de bon pour lui… Le Lord Noir devait avoir appris une autre mauvaise nouvelle peu de temps avant son arrivée, et son humeur s'en ressentait encore. S'il voulait en sortir vivant et, si possible en un seul morceau, il allait devoir y aller doucement…
- Et qu'as-tu donc à m'annoncer ? Une bonne nouvelle, j'espère. J'ai eu mon lot d'incompétences et d'échecs pour la journée…
« Pas de non direct, sinon c'est la mort assurée… » Se dit Severus en son fort intérieur. « Enrobe ! Trouve quelque chose, et vite. »
- Maître, les vampires sont des créatures très fières, que l'on ne peut manœuvrer si facilement. Leur souveraine est attentive à notre offre d'alliance, mais pour l'instant aucun de nos arguments ne semble la convaincre totalement.
- Aucun de tes arguments, tu veux dire ?!
Severus ne répondit pas et garda la tête baissée, essayant de maîtriser sa respiration, et anticipant déjà ce qui allait suivre.
- Tu me déçois, Ssseverusss. Si je t'ai accordé tout ce temps, me privant ainsi de mon Maître des potions, ce n'est pas pour récolter un échec supplémentaire.
La voix du Seigneur des Ténèbres se faisait aussi glaciale que la mort, aussi tranchante qu'une fine lame de rasoir, aussi acérée que les griffes d'un dragon, vous pétrifiant le plus vaillant des guerriers tel un Basilic…
- Ils réclament encore un peu de temps pour réfléchir à cette possible alliance, Mon Seigneur. Parvint à répondre Severus, en un murmure.
- Ils ont eu suffisamment de temps comme ça. Lui rétorqua son Maître. Il n'y aura pas d'autre tentative.
Severus entendit le bruissement de robe se rapprocher dangereusement, puis une main rêche, décharnée et froide lui saisir le menton violemment et lui redresser le visage d'un mouvement sec. Deux yeux serpentins vrillèrent ses orbes noirs, et vrillèrent son esprit par la même occasion. Severus se focalisa sur les souvenirs qu'il avait minutieusement sélectionnés, et lutta pour maintenir ses autres barrières en place. Au bout de quelques secondes à peine, mais qui parurent une éternité à Severus, l'examen prit fin. Mais pas l'entretien…
- Tu as échoué Ssseverusssss. Et tu connais le prix d'un échec, n'est-ce pas ? Lui susurra le Lord Noir à l'oreille, tout en approchant son visage macabre à quelques millimètres de celui de Severus, presque joue contre joue, leur peau se frôlant et s'électrisant à ce contact, sans pour autant le lâcher.
Ce contact funèbre lui glaça davantage le sang qui avait déjà peine à couler dans ses veines et qui quitta définitivement son visage. Severus sentait sourde un haut le cœur et un violent réflexe de répulsion, mais il réussit à les contenir et à répondre, cette fois sa voix lui faisant irrémédiablement défaut :
- Oui, Maître. La punition que vous jugerez digne de m'infliger sera mienne.
Le Maître lâcha enfin prise, poussant sauvagement Severus en arrière. Celui-ci vacilla sous le coup, mais parvint à reprendre son équilibre. Il releva lentement le regard vers l'homme-serpent qui lui faisait face et qui le dardait d'un regard de braise brûlant de froideur et de rage, et attendit patiemment et stoïquement la punition qui ne saurait tarder… Sa patience ne fut effectivement pas longtemps mise à l'épreuve, un « endoloris » rageur sifflant dangereusement en sa direction.
Il reçut le sort de plein fouet et s'écroula au sol, se tordant sous les spasme sans fin qui agitaient son corps encore affaibli, chaque parcelle de son être s'embrasant, mille aiguilles le transperçant de toute part, chaque nerf lui criant douleur, douleur atroce à l'état pure… Son corps l'avait trahi… Il lutta cependant pour ne pas crier, pour ne pas hurler sa douleur et sa rage… Il lutta, se concentrant pour ne pas laisser échapper de sons, quels qu'ils soient… Il entendit cependant des gémissements, de sourds gémissements rauques, certainement ses propres gémissements… Même sa voix l'avait trahi…
Au dessus de lui, le Lord Noir riait lugubrement, sifflant endoloris après endoloris. Severus ne sut combien il en reçut, ayant perdu le compte très rapidement, mais il dut certainement en recevoir plus que son lot… Il payait pour ses erreurs, mais aussi pour celles du Mangemort précédent apparemment. Aujourd'hui, il servait de défouloir… « Et bien, on ne perd pas si facilement les bonnes habitudes apparemment, Severus… » Il aurait peut-être dû réserver sa place à Sainte Mangouste : à cette allure, il allait devenir fou en moins de temps qu'il n'en faut pour dire Quidditch…
Severus tenta de concentrer le peu de raison qui lui restait en se récitant mentalement des listes d'ingrédients, ou en se remémorant les cinq clés pour réussir un rituel des Arts Sombres… Oublier la douleur, la transcender, il en était capable, il en était certain… Mais apparemment con cerveau refusait d'y faire abstraction… Au moins, il fonctionnait encore un tant soit peu…. C'était toujours ça !
Finalement, les sorts durent cesser, il ne sut dire quand ni depuis combien de temps… Sa tête était sauvagement martelée par les pulsations de son sang, ses poumons le brûlaient à chaque bouffée d'air, il avait peine à respirer, sa respiration était saccadée et haletante d'ailleurs, sa gorge était sèche, chaque muscle crispé et tendu comme une corde d'arc… Impossible de bouger sans arracher milles tortures à son corps meurtri, des coups de poignard parcourant ses os et ses articulations à chaque ébauche de mouvement… Le frottement du tissu sur sa peau le brûlait atrocement, comme si ses chairs étaient à vif…
Severus tenta d'ouvrir les yeux, mais se ravisa aussitôt. Même la faible lueur des torches éparses dans la salle suffisait à agresser ses rétines martyrisées. Il se concentra donc sur les bruits alentours, même si ceux-ci lui causaient une migraine incommensurable… Il entendit alors quelqu'un s'accroupir à ses côtés, et sentit une main lui caresser lentement la tête… provoquant une autre décharge, chaque mouvement de mèche lui envoyant une autre onde de douleur qui s'infiltrait jusque dans son cœur…
- Sssseverusss. Tu es toujours conscient apparemment. Voilà qui est édifiant… tu viens de dépasser les records de résistance au doloris… Tu en as reçu un grand nombre aujourd'hui, certes, mais tu dois apprendre que tes erreurs sont à la mesure de ta place auprès de moi. Tu dois donc être puni en conséquence, mon ami… Tu comprends, n'est-ce pas ?
Severus essaya de répondre, mais sa mâchoire trembla convulsivement, sans qu'un seul mot cohérent ne parvienne à franchir ses lèvres.
- Ccchhhhut Ssssseverusssssss. Je vais te faire raccompagner dans ta chambre. Je t'attends demain soir, ici même. Nous devons parler de nos autres projets.
Severus entendit le Maître se lever et donner ses consignes à Ansky, son elfe de maison attitré dans ce maudit manoir… Bien, au moins les autres mangemorts n'auront pas le loisir de le voir dans ce triste état.
- Maître Snape, Ansky va s'occuper de vous, Maître Snape. Ne bougez pas, Monsieur, Ansky va vous transporter directement dans votre chambre. Vous pouvez faire confiance à Ansky.
Severus n'avait à cet instant aucune envie de lui faire confiance. Au contraire, il n'avait qu'une seule envie, lui crier de se taire au plus vite, chaque son de cette voix désagréablement criarde lui martelant les tempes davantage encore… Il se sentit tout à coup comme aspiré au niveau du nombril et perdit le contact avec le sol dur, pour sentir presque instantanément un sol moelleux, épousant les contours de son corps…
Ansky avait dû le faire transplanner directement dans sa chambre, un transplannage à la mode elfe des maisons certainement…
- Maître Snape doit boire ces potions. Ansky est désolé, mais Maître Snape doit boire pour soulager la douleur. Fit le misérable elfe, tout en lui faisant ingurgiter bon gré mal gré plusieurs potions d'affilée.
Severus avala cependant docilement, les différents liquides alors insipides lui brûlant vivement sa gorge asséchée. Ce qui l'empêcha d'identifier les dites potions. Mais l'elfe devait savoir ce qu'il lui faisait avaler, non ? Oui, certainement… Enfin, Severus l'espérait…
Il sentit très rapidement les effets se répandre dans son corps malmené, la douleur se faisant légèrement moins vive, la migraine se faisant moins tenace, ses muscles se décrispant quelque peu. Mais le répit fut de courte durée.
- Ansky est désolé, Maître Snape, mais Ansky va devoir faire mal à Monsieur pour retirer les vêtements et soigner les plaies. Les vêtements de Maître Snape sont pleins de sang et sont collés aux plaies…
« Sang ? Plaies ? A ce point ? » Eut-il le temps de penser, avant de se sentir légèrement soulevé à quelques centimètres de son lit, et de crier sous la nouvelle décharge de douleur que lui causa l'elfe en retirant ses vêtements. Puis sans préavis, il sentit qu'on le faisait délicatement léviter, et quelques instants plus tard, fut plongé dans de l'eau tiède et parfumée. Ce doux contact l'apaisa peu à peu, la douleur s'estompant très lentement.
- Maître Snape devrait boire ça, cela fera le plus grand bien à Maître Snape.
Severus se risqua enfin, pour la première fois depuis son retour dans ses appartements, à entrouvrir les yeux, ce qui causa fatalement un nouvel assaut de cette satanée migraine. Mais il tenta de l'ignorer, et observa l'elfe quelques minutes. Il aurait voulu parler, mais aucun son cohérent n'acceptait de sortir. Cependant Ansky devait être plus intelligent qu'il n'y paraissait de prime abord, car il répondit à la question muette de son maître.
- Ansky a fait avaler à Maître Snape des potions de régénération de force extrême, des potions de cicatrisations, des potions anti-douleur les plus puissantes, ainsi que des potions anti-migraine et des potions décontracturantes. Ansky voudrait maintenant faire avaler à Maître Snape une potion de sommeil sans rêve. Ainsi Ansky pourra nettoyer les plaies sans faire trop mal à Monsieur et appliquer une crème décontracturante sur les muscles crispés de Maître Snape, ou sinon demain Monsieur ne pourra plus se lever…
L'elfe avait raison. Severus n'avait aucune envie de ressentir à nouveau ces décharges qui parcouraient son corps au moindre contact, même s'il détestait l'idée d'être dépendant de quelqu'un. Mieux valait se laisser aller aux mains de l'elfe, que de se laisser aller aux affres de la douleur et sombrer dans la folie… Severus voulut faire cesser ce babillage incessant et fatiguant, et hocha vivement la tête, pour signifier son accord. Mauvaise idée, très mauvaise idée : il crut entendre ses cervicales craquer, le monde se mit à tourner autour de lui, et il dût fermer aussitôt les yeux pour stabiliser ses sensations étourdissantes.
Une main chaleureuse aux doigts noueux lui caressa alors doucement le front, tandis qu'une autre porta une fiole à ses lèvres et lui fit couler dans la gorge le liquide doux amer de la potion de sommeil sans rêve. A peine eut-il avalé les dernières gouttes, qu'il se laissait déjà glisser dans un monde paisible et calme, et il s'endormit, oubliant momentanément toute tension et toute douleur.
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Il y a des périodes dans la vie où tout va de travers… Severus avait comme l'impression qu'il était de nouveau dans une de ces périodes. La séance de doloris de l'avant-veille, puis la réunion de la veille, où les quatre autres du cercle intime avaient enfin présenté au Maître ce qu'ils avaient programmé, aussi bien concernant les espions à faire infiltrer que concernant les attaques à planifier. Et ce, sans même en avoir parlé à Severus au préalable. Ils avaient prétexté que, puisqu'il avait été absent, ils avaient jugé préférable de le mettre au courant en même temps que le Maître… Et il n'avait rien pu rétorquer, pas en présence du Maître, il n'était pas suicidaire à ce point-là…
Mais il allait falloir remédier à ce problème d'obéissance très rapidement, on ne brave pas Severus Snape sans en subir les douloureuses conséquences par la suite… Il se devait de défendre son pouvoir décisionnaire s'il voulait encore garder un tant soit peu le contrôle… Oui, il devrait remédier à ça, mais pas pour l'instant. Il avait pour l'heure beaucoup plus urgent à régler.
Il devait prévenir l'Ordre et vite. Très vite même, s'il voulait qu'ils aient une chance de parer la première attaque… Par Salazar, pourquoi tout devait-il toujours se précipiter ainsi ? Pourquoi ne pouvait-il pas souffler cinq minutes, cinq petites minutes ? Etait-ce trop demander ? Apparemment, oui… Il était maudit, vraiment maudit…
Bref, c'est dans cet état d'esprit très optimiste qu'il regagna le Square Grimmaud. Il ne prit même pas la peine de saluer qui que ce soit, et se dirigea directement dans le salon, dans lequel il s'enferma soigneusement. Il avait précautionneusement gardé sa capuche relevée, afin de dissimuler ses traits.
- Je dois parler à Minerva de toute urgence, Albus. Fit-il à voix extrêmement basse et rauque.
- Je vais la prévenir tout de suite, Severus. Répondit le portrait, affichant un air des jours sombres. Il n'avait pas besoin d'en savoir plus pour comprendre l'urgence de la situation.
Severus se laissa choir dans un des confortables fauteuils, et ferma les yeux, épuisé. Il s'était à peine remis de la cérémonie du pacte, qu'il avait dû subir une des plus longues séances de doloris de toute sa carrière de Mangemort… A ce rythme, son corps ne suivrait certainement pas l'allure… L'être humain est véritablement peu de choses, en somme : voilà comment un brillant esprit se retrouve misérablement contraint par un corps de chair et de sang, devant se plier aux exigences de cet organisme traître et faible. Pathétique en un mot…
Il en était là de ses réflexions déprimantes et moroses, quand McGonagall fit son apparition, surgissant par la cheminée dans un tourbillon de fumée verdâtre. Severus la toisa un instant d'un regard perçant, qu'elle ne put déceler, toujours camouflé comme il l'était sous sa capuche. Elle nota cependant les légers tremblements qui agitaient encore ses mains, ainsi que le port de ses épaules, plutôt avachi, contrairement à son habitude.
- Bonjour, Severus. Mauvaises nouvelles ? S'enquit-elle, connaissant en fait parfaitement la réponse. Pour que le jeune homme l'ait fait appeler si hâtivement, à peine deux jours après son départ, c'est que les nouvelles ne pouvaient être bonnes, il y avait urgence…
- On peut dire ça. Hier a eu lieu une réunion du « cercle intime ».
La voix de Severus était à peine un murmure rauque, ses cordes vocales étant encore irritées après ses cris d'il y a deux jours. « Deux jours ! D'habitude il s'en remettait plus rapidement. D'ordinaire en un jour, tous les effets avaient quasiment disparus… Rhâa… Que Merlin soit de son côté pour une fois… » Pensa-t-il.
- Et… Entendit-il dire McGonagall. L'inquiétude était imprégnée sur chaque trait de son visage. Inquiétude au sujet de cette réunion, mais aussi au sujet de son ancien collègue. Il ne semblait même pas s'être aperçu, qu'il s'était interrompu de parler. Et pourquoi, par Morgane, gardait-il sa capuche relevée ?
- Ah oui…. Reprit Severus, revenant à la réalité. La réunion. Oui, donc, comme je vous le disais, j'ai pris enfin connaissance hier de leur planification d'attaques.
- Et ? Continua McGonagall, de plus en plus tendue.
- La première attaque aura lieu beaucoup plus rapidement que ce à quoi je m'étais attendu. Elle est prévue pour dans quinze jours tout juste. Pré au Lard.
Silence momentané. Puis Severus reprit :
- Je n'ai pas encore tous les détails, mais vous pouvez être sûre qu'ils seront nombreux. Les derniers préparatifs doivent avoir lieu dans dix jours.
- Merci de nous avoir prévenus si rapidement, Severus. Nous allons ainsi pouvoir nous aussi prendre les dispositions nécessaires. Le mieux, je pense, serait de prévoir une dernière réunion trois jours avant l'attaque, vous pourrez ainsi nous faire part des derniers détails.
Severus se contenta de hocher la tête lentement.
- Severus, poursuivit-elle, vous n'avez pas l'air d'aller bien.
- Je vais on ne peut mieux, Minerva. Je vais d'ailleurs devoir y retourner. Se disant, il se leva, cachant du mieux qu'il pouvait sa faiblesse par une lenteur calculée.
Ils entendirent alors trois coups timides contre le bois de la porte. Leur entrevue étant terminée, McGonagall pria la personne d'entrer.
- Bonjour Harry. Fit-elle, avec un faible sourire à son attention.
- Bonjour Professeurs. Répondit Harry aux deux adultes.
- Potter. Fit simplement Severus d'une voix caverneuse, comme venant d'outre tombe, ce qui fit presque frissonner Harry.
- Oui, Harry ? Demanda McGonagall, avec bienveillance.
- J'ai entendu Monsieur Snape arriver. Je venais voir ce qu'il en résultait.
- Minerva vous en fera part elle-même. Je ne peux, pour ma part, m'attarder plus longuement. Lui répondit Severus, son ton dénué de tout sarcasme pour une fois.
Harry sentait que quelque chose n'allait pas chez Snape, sa voix déjà, ses mains aussi qui tremblotaient légèrement, ses épaules voûtées, sa démarche un peu moins gracieuse que d'habitude… Et pourquoi avait-il donc gardé sa capuche sur la tête ? Au fond de lui, Harry se doutait de la réponse, mais il ne voulait l'admettre.
Oui, il connaissait la réponse à sa question, ainsi que la raison de cet état de faiblesse… Il avait vu, il avait été là, quand Voldemort s'était défoulé sur son mangemort ce soir-là… Pas là physiquement bien entendu, mais il avait tout vu en pensées, dans ses cauchemars… Cela faisait longtemps qu'il n'en avait pas eu d'ailleurs, mais la colère de Voldemort avait été si intense alors… Il avait vu le mangemort se convulser au sol sous les doloris, gémir puis hurler de douleur, un cri quasiment inhumain… Il n'avait pas pu bien voir son visage, tout était un peu flou… Mais il était sûr maintenant, que ce Mangemort n'était autre que Snape…
Oui, tout était là… Il avait quasiment tous les symptômes secondaires… Enfin, presque tous, car il semblait, heureusement, avoir encore toute sa raison… Combien de doloris déjà ? Quinze ? Ou un peu plus ? Harry avait perdu le compte, bien trop choqué par ce qu'il voyait devant lui… Il aurait voulu faire cesser cette séance de torture, mais ses suppliques n'étaient pas parvenues jusqu'à Voldemort… Et quand bien même, Il n'aurait pas cessé pour autant, bien au contraire…
Mais pourquoi Snape ne voulait-il pas qu'on voie son visage ? Et pourquoi ne disait-il rien au sujet de ce qu'il avait subi ? Il pourrait se faire soigner, non ?
Severus était déjà sorti du salon et sur le seuil de la cuisine, quand Harry sortit de ses songes et l'apostropha.
- C'était vous ?! C'était vous, n'est ce pas ?
Severus s'arrêta net, se crispant davantage encore qu'il ne l'était déjà, puis, lentement, très lentement, se retourna pour faire face à Potter, planté à quelques mètres devant lui.
- C'était moi quoi, Potter ? Pourriez-vous être un peu plus explicite ? Parce que, voyez-vous, si vous n'alignez pas plus que ces trois mots, je crains de ne pouvoir comprendre de quoi vous parlez au juste.
Son ton était redevenu mordant, glacial et tranchant… Bon, au moins, Snape restait Snape. C'était toujours ça… Ca lui aurait presque manqué sinon !
- C'était vous il y a deux jours ? Sous les sorts de Voldemort ?
Par merlin ! Comment le môme savait-il ? Savait-il vraiment ? Ou l'avait-il tout simplement déduit ? Non, ces mots, les mots qu'il avait choisis, ils laissaient supposer qu'il savait, comme si… comme si… comme s'il avait vu lui-même… comme s'il y avait assisté… Se pourrait-il que … ? Le gamin referait-il des rêves comme lors de sa cinquième année ? Pourtant, Potter semblait avoir réussi à fermer son esprit à ce genre d'intrusion, et le Maître semblait avoir abandonné ce genre de connexion…
- Je ne vois toujours pas de quoi vous voulez parler, Potter. Il vous faudrait être un peu plus clair, si vous voulez vous faire comprendre un jour. Mais pour ma part, je n'ai pas le temps d'attendre que vous trouviez vos mots.
Severus préférait nier. Il s'apprêtait à partir, quand il sentit une main lui agripper fermement le bras et le faire se retourner de force, tandis qu'une autre main lui rabattait sa capuche en arrière, dévoilant alors son visage à la vue de tous.
Seuls Minerva, Harry, Sirius et Rémus étaient présents, mais c'était déjà bien suffisant au goût de Severus. Doux Merlin, heureusement ni Molly ni Pomfresh n'étaient là pour pousser les hauts cris à la vue des quelques plaies qui couvraient encore son visage. Une longue estafilade allant de la tempe à la mâchoire du côté gauche, une plus petite sur le joue droite et au dessus de l'arcade sourcilière droite. Rien de bien grave, il ne fallait pas plus de vingt quatre heures maintenant pour qu'elles ne cicatrisent complètement et ne deviennent totalement invisibles… Mais apparemment, McGonagall n'était pas de cet avis.
- Severus ! S'exclama-t-elle. Que signifie ceci ?
- Vous le voyez bien Minerva. Mais rien de bien méchant.
- Rien de bien méchant ?! Intervint Harry. Vous vous moquez de nous, ou quoi ? Combien de doloris ? Quinze ? Plus ?
« Quinze ? » se répéta mentalement Severus. « Diantre ! Cela explique l'état déplorable dans lequel j'étais après cette petite séance… » Conclut-il cyniquement, toujours pour lui-même.
- Quinze doloris ! S'exclamèrent ensemble Rémus et Sirius. Ils n'auraient jamais pensé que quelqu'un puisse survivre à autant de doloris d'un coup sans finir à Sainte Mangouste.
- Potter. Vous devez certainement exagérer quelque peu. Fit simplement Severus, tout en essayant de se dégager de la prise que l'impertinent gamin maintenait douloureusement sur son bras, mais en vain.
« Sale gamin insupportable, Griffondor entêté qui se mêle de tout, même de ce qui ne le regarde pas… » Fulmina-t-il intérieurement.
- Voudriez-vous me lâcher, Potter ? Ajouta-t-il, une pointe de colère transperçant maintenant dans sa voix basse et menaçante. Ou dois-je à mon tour vous faire goûter de ce charmant impardonnable pour me libérer ?
- Severus. Je vous prie. Modérez donc un peu vos propos. Et vous n'allez quand même pas repartir ainsi ?
- Mais je modère, Minerva. Je modère. Et si, je comptais tout à fait partir ainsi. Vous aviez parfaitement compris.
- Mais tu n'as pas reçu que des doloris pour avoir de si charmantes plaies au visage. En as-tu ailleurs ? Intervint à son tour Sirius.
- Laisse-nous donc te soigner. Fit Lupin.
- Mais foutez-moi la paix, pour une fois. Rugit Severus, perdant définitivement son self contrôle légendaire et réussissant enfin à se défaire de l'étreinte de Potter. Pour ta gouverne Sirius, si, je n'ai reçu QUE des doloris. J'ai pu ainsi constater, tout comme vous, qu'au-delà d'un certain nombre, ce sortilège laisse également quelques marques extérieures. Quant à me faire soigner, Lupin, tu m'excuseras, mais je doute de tes compétences en la matière. Et d'ailleurs, je ne vous ai pas attendu pour faire le nécessaire…
- C'était donc bien vous. Conclut Harry, qui ne démordait pas de son idée.
- Oui, c'était bien moi, Potter. Cracha Severus. Et j'ai comme l'impression que vous y étiez aussi d'une certaine façon, n'est-ce pas ? Vous avez tout vu de vos propres yeux… les visions ont reprit à ce qu'on dirait Potter… Vous ne savez toujours pas fermer votre esprit. Lamentable ! A quoi vous ont donc servi vos quelques cours d'occlumencie ?
- Severus ! S'écrièrent d'une même voix Sirius et McGonagall.
Mais Severus continua son laïus, sans prêter attention à leurs récriminations, Harry blêmissant sous son flot de paroles acerbes.
- Avez-vous pris votre pied, Potter ? Avez-vous savouré ce que donnent les doloris ? Les avez-vous comptés ? Parce que, pour ma part, je ne sais plus très bien… Voyez-vous, j'étais alors comme occupé ailleurs… Alors comment était-ce ? Etait-ce à votre goût ?
- Severus. Assez. Tu vas trop loin.
Se disant, Sirius tira Severus face à lui, lui agrippant l'autre bras, ce qui faillit arracher un gémissement de douleur au Maître des potions. Ses muscles étaient encore assez crispés et tendus, et ces tractions répétées lui envoyaient des décharges dans tout le corps.
- Qu'y a-t-il Black ? Continua Severus, le visage déformé par la colère et la douleur, une lueur quasi démentielle dansant dans ses prunelles d'obsidienne. Le brave parrain vient donc au secours de son petit filleul chéri ? Il ne t'a pas raconté peut-être…
Mais il ne put finir sa phrase, qu'un crochet du droit lui décrocha la mâchoire. Il vacilla sous le choc, et aurait perdu l'équilibre s'il n'avait pas été retenu par le bras. Ce coup fulgurant eut au moins pour effet de le calmer instantanément et de le faire revenir à la raison.
Il se dégagea doucement de l'emprise de Sirius et porta une main fébrile à sa lèvre. Du sang… Fendue… Et une lèvre fendue, une… Il avait bien besoin de ça, va ! Satané cabot, stupides Griffondors ! Toujours frapper au lieu de réfléchir… Bon, c'est vrai qu'il avait un peu perdu les pédales pendant quelques minutes, mais était-ce une raison de le frapper ?
Il releva un regard haineux vers Sirius.
- Tu es calmé ? Demanda celui-ci, lui aussi soudain plus calme.
- Va-t'en Black. Va-t'en avant que je ne t'étripe à mon tour. Lui répondit Severus, la voix comme brisée d'avoir tant vociféré.
- Severus, je vous en prie. Fit McGonagall.
- Ne pouviez-vous pas me laisser tranquille ? Continua-t-il. Serait-ce trop vous demander de vous mêler de vos affaires pour une fois ? Ne pouviez-vous pas tout simplement me laisser partir ? Vous aviez eu les informations nécessaires, non ? Alors pourquoi aviez-vous besoin d'insister ?
Il se retourna de nouveau vers Potter.
- Pourquoi avez-vous toujours besoin de savoir ? Sa voix était étrangement redevenue calme et basse. Est-ce si difficile pour vous de comprendre que je n'ai pas besoin de votre aide, que je suis tout à fait capable de me débrouiller seul ? Je n'ai jamais eu besoin de vous quand je revenais blessé avant, je n'ai donc pas besoin de vous maintenant non plus. Le ton se faisait plus hargneux et froid, ses auditeurs attendant stoïquement qu'il ait fini son monologue et qu'il ait craché tout son venin. Je n'ai pas besoin de votre pitié. Gardez-la donc pour d'autres. Je n'en ai pas besoin.
- Mais ce n'est pas de la pitié, Monsieur. Répondit courageusement Harry.
- Ah, oui ? Alors quelle est cette lueur que je perçois au fond de vos yeux, Potter ? Gardez cela pour d'autres, pour ceux que vous voulez sauver, et qui ne demande que ça, mais pas pour moi. Vous êtes peut-être le sauveur du monde, mais pas le sauveur de Severus Snape, est-ce clair ?
- Severus… Tenta Rémus.
- Et toi le lupus, tu ferais mieux d'emmener ton très cher ami de cabot ailleurs, avant que je ne me contrôle plus et que je cède à la tentation de lui rendre la monnaie de sa pièce.
Sirius aurait été lui aussi tenté de se ruer une deuxième fois sur Severus, pour lui montrer de quel bois se chauffait le dit cabot, mais il n'en eut pas le temps, et fut coupé dans son élan par une voix derrière eux.
- Père ? Fit la voix en question.
« Ah non. Tout, mais pas ça. Tout, mais pas elle, pas maintenant, pas dans cet état. » Severus ferma les yeux et baissa la tête, las et résigné. Pourquoi devait-il toujours lutter pour conserver un minimum de solitude ? Il n'avait pas besoin de leur sollicitude étouffante. En quelle langue devait-il leur faire comprendre ? Ah oui, c'est vrai, il était entouré de Griffondors, ne comprenant que le Griffondor, et donc n'écoutant que leur pitoyable sentimentalisme à tout épreuve… Aucune chance, il fallait se faire une raison…
Il sentit tout à coup une main douce et chaude lui effleurer le visage, en insistant sur les nouvelles cicatrices.
- Que t'est-il encore arrivé ? Demanda Nuwan, d'une voix douce et mélodieuse. Cette voix suffit à apaiser définitivement Severus.
- Rien de bien grave, Nuwan.
Il rouvrit alors les yeux, pour admirer le sourire triste et les yeux inquiets de la jeune femme.
- Des doloris. Ajouta Harry, récoltant à nouveau un regard courroucé de la part du Maître des potions.
- Potter. Inutile d'insister. Quand apprendrez-vous donc à tenir votre langue ?
- Quand vous apprendrez à faire confiance aux autres et à ne pas confondre pitié et bienveillance. Répondit le Griffondor sans peur et sans reproche.
- Ou amitié. Ajouta McGonagall. Vous ne pouvez continuer à refuser l'aide des autres et ce qu'ils vous offrent, ou faire votre petit bonhomme de chemin, seul, comme si vous n'aviez personne sur qui compter. Nous sommes une équipe.
- Et dans une équipe chacun s'entraide… Que vous le vouliez ou non. Continua Harry, à la place du professeur de métamorphose.
Severus blêmit. Comment ce gamin insupportable et insolent osait-il lui jeter ça au visage ? Il était vraiment suicidaire pour oser lui dire ça, à lui, Severus Snape, Mangemort renommé… Quel arrogant prétentieux et borné ! Mais étrangement, ces paroles faisaient écho à ce que diverses autres personnes lui avaient déjà dit...
« Vous ne pouvez continuer à refuser l'aide des autres et ce qu'ils vous offrent, ou faire votre petit bonhomme de chemin seul », comme Valâa qui lui disait qu'il ne pourrait y arriver seul… comme Dumbledore qui le lui avait répété maintes fois auparavant, quand il le découvrait au retour d'une mission, brisé et en sang…
« Faire confiance aux autres et à ne pas confondre pitié et bienveillance ou amitié. » Combien de fois Albus lui avait-il répété ces mots, ces mêmes mots ?
Le plus frappant cependant, c'était d'entendre Potter parler d'équipe, de faire équipe avec lui, son ancien professeur honni, l'assassin de son mentor… Il devait y avoir erreur… Mais non, le môme semblait sérieux. Il avait vraiment mûri, il ne ressemblait plus autant à ce gamin insupportable et insolent qu'il avait connu. Ou avait-il toujours été comme ça ? Et Severus ne l'avait-il jamais remarqué ? Peut-être bien après tout. Albus n'avait eu de cesse de le lui répéter.
Il s'était tellement attaché à haïr le jeune Potter, et à faire payer au fils, ce que le père lui avait fait subir étant jeune, se bornant à voir en lui le portrait craché de James… Mais n'y avait-il que cela ? N'y avait-il que de cette haine qui l'attachait à James et qu'il reportait sur le jeune Potter ? Non, il y avait autre chose, quelque chose de bien plus profond, mais Severus ne voulait se l'avouer…
En effet, Harry était assez différent de James au final, il ressemblait presque plus à Lily… Lily… Cette étonnante Lily, une des rares à l'avoir accepté lui, le vil Serpentard devenu Mangemort… Oui, Harry lui ressemblait… et ressemblait aussi un peu à Severus. Oui, peut-être qu'Harry et lui se ressemblaient en quelque sorte… Albus avait peut-être raison. La seule différence notable en fait était cette capacité à aimer et à se faire aimer… Harry était devenu ce que, lui, Severus aurait pu devenir, mais ne deviendrait jamais… Oui, Severus était jaloux en fait, envieux de ce qu'il voyait en Harry, mais qu'il ne connaîtrait jamais…
Harry… Voilà maintenant qu'il l'appelait Harry, et non plus Potter… Il n'allait vraiment pas bien ces derniers temps. Non, il fallait vraiment s'enlever ces idées incongrues de la tête ! Lui et Harry… enfin Potter… ne se ressemblaient en rien, lui et Potter n'avaient rien en commun. Mieux valait le haïr, comme il l'avait toujours fait. C'était finalement beaucoup plus facile…
Pourtant Severus se retrouva incapable de répondre quoi que ce soit. Aucun sarcasme, aucune remarque acerbe ne lui vint à la bouche. Ce qui inquiéta davantage encore McGonagall… Ce comportement apathique n'était pas normal.
Le Maître des potions reprit enfin ses esprits et était de nouveau prêt à partir, quand Nuwan l'agrippa à son tour, cette fois doucement, pour ne pas raviver les réminiscences de douleur latente laissées par le sortilège.
- Vous allez bien rester encore un peu avec nous. Fit-elle de son ton le plus doucereux, mais qui marquait clairement qu'il n'y avait aucun refus possible. Severus ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel, dépité, ce qui fit ricaner Nuwan.
« Bien comme sa mère ! Quand elle veut quelque chose, elle l'obtient, coûte que coûte ! » Pensa-t-il, avant de lui répondre par un demi rictus évoquant vaguement un sourire. Les autres préférèrent sortir les laissant tous deux seuls.
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Il était en retard. Les autres devaient déjà avoir commencé la réunion, mais il n'avait pu partir plus tôt, cela aurait paru trop soupçonneux.
Il entra enfin dans la sinistre demeure. Personne. Ils devaient certainement être dans le salon, voulant probablement faire participer Albus, ou plutôt son portrait. Il se dirigea directement vers la pièce en question, se laissant guider par le bourdonnement des voix qu'il percevait de l'autre côté de la porte close.
Il ouvrit la porte, sans même frapper au préalable, et entra.
- Ah Severus. Nous avons déjà commencé sans vous. Nous avions deux - trois points à régler, avant d'aborder le cœur du sujet.
- Mais faîtes, Minerva. Je vous en prie, continuez. Lui répondit le Maître des potions, plus sombre encore que jamais.
Il s'installa près de la porte, et s'adossa non loin de la cheminée, derrière Rémus et Sirius, laissant Minerva reprendre le cours de son discours sans vraiment l'écouter. Il était préoccupé… Dans trois jours devait avoir lieu l'attaque de Pré au Lard, les derniers détails du côté des Mangemorts ayant été préparés la veille seulement. Mais il avait un étrange pressentiment. Le Seigneurs des Ténèbres avait eu l'air ce soir particulièrement agité, particulièrement nerveux. Cela cachait quelque chose.
Cela faisait une petite demi heure maintenant qu'il était arrivé, et Minerva avait bientôt fini ses dernières mises au point, quand il sentit soudain une brûlure caractéristique à son avant bras gauche. Par Merlin, pas maintenant !
Il siffla de douleur, la brûlure s'intensifiant sensiblement, et crispa les poings, se retenant tout juste de ne pas agripper la Marque, qu'il sentait s'échauffer de plus en plus. Et Il semblait pressé, qui plus est !
Cependant, son sifflement rageur ne passa pas inaperçu, et il vit les deux anciens Maraudeurs se retourner vers lui, en même temps que tous les regards se reportaient sur lui.
- Je crois, Minerva, fit-il d'une voix un peu plus basse que d'ordinaire, que vous devrez reporter à plus tard ce sujet. Je vais devoir y aller. Il m'appelle, et Il a l'air assez pressé.
Ces derniers mots provoquèrent des exclamations de mécontentement de certains membres ou des reniflements dédaigneux de la part d'autres. Mais Severus n'y prêta pas attention, il n'en avait pas le temps, la brûlure s'intensifiait davantage de secondes en secondes. C'était encore plus pressé, que ce qu'il pensait. Et si…
L'idée lui frappa brutalement l'esprit : et s'Il avait avancé l'attaque… Il était tellement rageur quand Severus l'avait entraperçu tout à l'heure, ce serait tout à fait son genre d'avancer l'attaque pour se « défouler »…
- Je crains, continua Severus, la voix entrecoupée par les spasmes de douleur, ne se retenant plus pour agripper son bras en feu, je crains… que ce ne soit… finalement… pour ce soir… Il est… vraiment impatient.
- Mais Severus… Tenta Minerva.
Il n'avait même pas eu le temps de leur fournir toutes les informations concernant cette attaque, il devait justement leur fournir ce soir. Pourquoi ne l'avait-il pas fait avant, si l'attaque devait avoir lieu ce soir ? Ou peut-être l'attaque avait-elle été avancée sans préavis et peut-être n'avait-il pas été au courant ? Peut-être ne l'avait-il su que maintenant ? Oui, ce devait être ça, ce ne pouvait être que ça…
Des exclamations rageuses et énervées s'élevèrent de part et d'autre, mais Severus les coupa, sans prendre de gant.
- Pas le temps… écoutez-moi bande d'imbéciles… Parvint-il à siffler entre deux respirations saccadées. Diantre ! Vociféra-t-il. Ne peut-Il pas… attendre… deux petites secondes… ?
Cette exclamation, qui sortait visiblement du cœur, laissa pantois le reste de l'assemblée et le silence se fit instantanément.
- L'attaque à Pré au Lard… vraisemblablement ce soir… une quarantaine de Mangemorts… Souffla Severus, qui visiblement luttait pour leur parler de façon assez cohérente.
Il sentait la marque le brûler de plus en plus, comme un fer chauffé à blanc contre sa chair, il avait l'impression d'avoir tout le bras en feu, la brûlure irradiant jusque dans sa poitrine, l'orage s'infiltrant dans ses veines devenues alors rivières de feu. Il ne pouvait Le faire attendre plus longtemps, pourtant il avait encore quelques détails à leur révéler pour contrer cette attaque le mieux possible.
Il était pour continuer ses explications, quand il se sentit perdre pied, il se sentait comme aspiré… Le monde autour de lui vacillait peu à peu, il ressentait une étrange sensation… comme… « comme lorsqu'il… transplannait !! » Réalisa-t-il soudain.
Le Seigneur des ténèbres voulait le faire transplanner à Lui, puisqu'il ne répondait pas à Son appel urgent. Mais Il ne pouvait pas… pas ici ?! Apparemment si, Il en était capable… Mais pas tout de suite, il lui fallait encore juste quelques petites minutes, juste une petite minute.
- Snape. Fit simplement Harry, troublé du spectacle que lui offrait son ancien professeur le plus détesté. Dix jours plus tôt, il le voyait se tordre sous les doloris de Voldemort, et maintenant il le voyait se tordre sous la brûlure de la Marque. Il était troublé, profondément troublé.
Severus entendit le cri de Potter, mais ne put y répondre. Il essaya de lutter contre la nausée caractéristique du transplannage, se concentrant sur ce qui l'entourait, sur Minerva et Potter en face de lui… Il tomba à genou, toujours agrippant son bras gauche, et se crispant sous l'effort. Le contact dur du sol lui permit de reprendre momentanément pied et de retrouver une certaine conscience de son environnement.
La pâleur soudaine de l'homme était inquiétante, les autres assistaient, impuissants, à sa lutte contre l'Appel de la Marque, réalisant avec peine ce qui se déroulait sous leurs yeux. Mais quand il sembla perdre de la consistance, Minerva en fut terrifiée. C'était comme s'il essayait de transplanner, ou plutôt comme si on le faisait transplanner… Certainement Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom… Or, normalement, il était impossible de transplanner à l'intérieur de cette demeure, excepté pour le Gardien du secret, à savoir elle… Le pouvoir de Vous-savez-qui était donc si grand, pour pouvoir braver les barrières anti-transplannage ?
- Severus, que vous arrive-t-il ? S'exclama-t-elle, sortant enfin de sa torpeur.
- Il… Il… m'appelle à Lui. Répondit Severus, d'une voix défaillante, semblant presque sur le point de céder et de s'effondrer. Il était là, tremblant, le regard perdu dans le vide.
- Courage mon garçon. Intervint le portrait. Il n'avait jamais vu Severus lutter ainsi contre l'Appel de la Marque de son vivant, et se sentait littéralement désemparé, incapable d'aider le jeune homme.
- Tenez bon Severus. Fit McGonagall, mais sa voix avait soudain perdu de son assurance.
Apparemment l'attaque allait avoir lieu ce soir, ils étaient à peine préparés, et Severus n'avait même pas eu le temps de leur donner les informations nécessaires pour contrer l'attaque efficacement. Ce dernier semblait, en outre, souffrir atrocement et à bout de force. Poussée par on ne sait quel instinct, peut-être son côté Griffondor, elle s'avança vers son ancien collègue, s'agenouilla devant lui et lui prit la main.
Au contact de Minerva, Severus sembla reprendre quelque peu conscience, son corps sembla reprendre également consistance. Il s'agrippa convulsivement à cette main qui l'aidait à mieux s'ancrer dans la réalité, et riva son regard noir brumeux dans celui inquiet de Minerva.
- Une trentaine… attaqueront… les autres… les autres assureront les arrières, réussit-il à souffler dans un murmure rauque. Ils veulent… ils veulent tout faire brûler… et tuer… tous les occupants. Mais….
Un autre spasme le transperça, et il resserra son étreinte sur la main de Minerva, quitte à la lui broyer.
- Mais… ils veulent surtout… prendre le contrôle… du village et…. Et isoler Poudlard… Ils veulent… ils veulent… également s'emparer… de la Tête du Sanglier… pour en faire un lieu de rassemblement secondaire… il y aurait un passage… un passage secret vers Poudlard… encore non découvert…
Un autre spasme le coupa de nouveau. Il ne pouvait plus lutter, c'était au-dessus de ses forces. Il allait céder.
- Je dois… je ne peux plus, Minerva… Désolé… Fit-il avant de lâcher sa main et de disparaître d'un seul coup dans un léger nuage noir.
- Merci Severus. Répondit-elle tout de même.
McGonagall savait que Severus avait risqué beaucoup pour leur donner ces quelques informations, et que les représailles allaient sans doute être terribles par la suite pour lui.
- Bien. Continua-t-elle, cette fois d'un ton autoritaire et déterminé, tout en se relevant. Maugrey, vous savez ce qu'il vous reste à faire. Nous allons avoir besoin de renfort, tous les Aurors disponibles seront bien utiles.
- Quant à nous, fit à son tour Harry, il est temps d'y aller. On nous attend à Pré au Lard.
Fin du Chapitre 37
