Merci à tous, toujours autant présents pour me soutenir, cela m'encourage à continuer. En particulier, merci à Polgarra, Bohemio, Lone Wolf, Angelzonelove, et ambucias, sans oublier tous les autres fidèles qui n'ont pas eu le temps de reviewer mais qui me suivent depuis toujours.
Pour ceux qui voulaient voir les représailles, j'espère que votre curiosité va être satisfaite dans ce nouveau chapitre... Donc de l'action en perspective, comme vous avez pu vous en doutez et peu de répit pour notre cher Severus...
Bonne lecture et à bientôt!
CHAPITRE 38 : Pré au Lard
Quelques bâtiments en feu, la fumée étouffante voilant le ciel ténébreux de cette nuit sombrement étoilée…
Le sang, beaucoup de sang, cette odeur âcre s'accrochant à lui…
Des sortilèges vrombissant dans l'air dans un feu d'artifice de mille et une couleurs, lumières éblouissantes de violence et de colère… Sortilèges fusant à tout va, touchant, ricochant, ou mourrant contre un mur, n'épargnant rien ni personne…
Les cris, les ordres rugissant de toute part, les rugissements de rage, les gémissements de douleur, les appels apeurés, les pleurs d'enfants au milieu de la bataille…
La débandade, une véritable débandade de toute part, une véritable débâcle des deux côtés…
Et tout ça pour quoi ? Pour un fou voulant devenir maître d'un monde qui ne voulait pas de lui, et dont il ne voulait pas vraiment non plus… Si seulement il les avait prévenu à temps, si seulement il leur avait donné les informations en temps voulu… Mais on ne pouvait refaire l'histoire qui se jouait ce soir…
Severus s'arrêta l'espace de quelques secondes, et tenta d'évaluer la situation. Les Mangemorts semblaient en situation de plus en plus difficile, séparés par petit groupe de deux ou trois, devant faire face chacun à un groupe d'Aurors. Les Aurors étaient arrivés un peu tard, mais finalement avaient réussi à s'organiser efficacement. Ils avaient isolé les différents groupes de Mangemorts, afin de les affaiblir et de les tenir à distance, tandis que l'Ordre et quelques habitants de Pré au Lard organisaient le repli des blessés chez Honeydukes, pour les rapatrier vers Poudlard, et assuraient la défense de la Tête du Sanglier, cible privilégiée de par son possible passage secret vers Poudlard.
Severus devait rappeler ses troupes et leur ordonner le repli, s'il ne voulait pas accuser de lourdes pertes au sein des Mangemorts… pertes qui, à coup sûr, lui seraient imputées sans remords, doloris à l'appui… Il redoutait déjà assez la punition qui l'attendait pour son retard de tout à l'heure, sans en rajouter par-dessus le marché.
Il était pour rappeler ses troupes, quand il remarqua trois enfants pleurant toutes les larmes de leur corps, tétanisés par la peur, comme pétrifiés. Ils étaient seuls, en plein milieu de la bataille, séparés du magasin de Honeydukes par des flammes, alors que, non loin d'eux, un groupe de Mangemorts étaient aux prises avec des Aurors dans un duel enfiévré. Leurs parents ne semblaient nulle part en vue… peut-être morts, songea rapidement Severus. Même si l'Ordre, aidé des Aurors, avait admirablement bien œuvré pour limiter les pertes humaines, il y aurait tout de même quelques morts à déplorer… Mais, et les enfants ?
Severus était partagé… Il aurait voulu secourir ces enfants et les mettre à l'abri, mais ce n'était certainement pas le comportement le plus approprié pour le mangemort qu'il était censé être… D'un autre côté, il ne pouvait pas non plus les laisser là, seuls, au risque qu'ils se prennent un sortilège perdu… Le groupe de Mangemort était dos aux enfants, et ils étaient seuls dans les environs, les autres se battant à quelques mètres plus loin… Severus était en train d'évaluer ainsi les possibilités s'offrant à lui pour aider les mômes, quand il aperçut Potter.
Ce dernier, se battant avec acharnement aux côtés des Aurors contre le petit groupe de Mangemorts, leva les yeux vers lui, et leurs regards se croisèrent quelques secondes. Severus lui désigna rapidement les enfants des yeux, Potter suivit la direction indiquée et comprit en un éclair la situation. D'un gracieux mouvement, Harry pivota sur lui-même, contournant ainsi un des Mangemorts, et se dégagea de la bataille, laissant les Aurors faire face seuls aux adversaires. Il courut alors en direction des gamins.
Mais, arrivé à leur hauteur, il hésita. Il ne savait en effet comment emmener ces trois enfants à la fois : les barrières anti-transplannage mises en place l'empêchaient d'utiliser ce moyen de transport, le mobilicorpus était hors de question dans cette pagaille sans nom, et les enfants étaient trop jeunes pour pouvoir le suivre en courant. Il devait les prendre dans les bras, mais tous trois en même temps ?! Impossible. Finalement, il dut choisir, et s'empara des deux plus jeunes, un sur l'épaule et l'autre agrippé à sa taille, laissant le garçon le plus âgé, six ans tout au plus, seul… momentanément… Il irait le chercher ensuite…
Severus avait pu observer toute la scène. Il était pour se détourner et laisser Potter se charger de la situation : après tout, c'était Potter le Sauveur, pas lui… Mais soudain, il vit un sortilège frôler le jeune garçon, de trop près à son goût d'ailleurs. « Potter ne devrait pas tarder. » Se morigéna-t-il. « Laisse-le donc, Potter va arriver d'une minute à l'autre. Oui, mais si entre temps le garçon se prend un sortilège ?!... » Il ne pouvait se résoudre à l'abandonner ainsi, il s'en voudrait encore s'il lui arrivait quelque chose…
Sa décision prise, Severus ne fit ni une ni deux et courut en direction du môme en pleurs, tout en maudissant sa satanée conscience qui se rappelait à lui aux moments les plus inopportuns, et tout en jurant après Potter qui mettait un temps fou à revenir. Il agrippa le gamin par la taille, l'empoignant fermement sous son bras, et l'enfant se mit à pleurer de plus belle, hurlant à lui briser les tympans, croyant certainement être kidnappé par un Mangemort. Mais n'était-ce pas ce qu'il était ? Severus lança alors un sort informulé d'insonorisation. Inutile d'ameuter tout le quartier par la même occasion, ou il allait réellement griller sa couverture… Heureusement pour lui, l'enfant n'était pas trop lourd, sinon, il n'aurait pu tenir cette allure bien longtemps.
Il atteint finalement la barrière de flammes en quelques minutes à peine, et, prenant son courage à deux mains, il sauta par-dessus les flammes rougeoyantes, qui heureusement pour lui, une fois encore, étaient assez basses. Il arriva à quelques pas de la porte de Honeydukes, où il se retrouva nez à nez avec deux Aurors et trois membres de l'Ordre, dont Potter, bien évidemment.
Il déposa en toute hâte le gamin, qui, ayant subitement cessé de crier, s'empressa de rejoindre son frère et sa soeur, puis se redressa aussitôt, faisant face à ses cinq opposants. Il leva promptement le sort d'insonorisation précédemment jeté sur lui et lança un sort de bouclier sur sa personne. Il remarqua alors seulement qu'il était en sueur, essoufflé, et que sa cape commençait à prendre feu.
Il éteignit rapidement les flammes qui commençaient à ronger le tissu coûteux de son vêtement et releva de nouveau les yeux, rabattant une mèche de cheveux noirs qui lui barrait le visage d'un rapide mouvement de tête vers l'arrière. Il avait toujours le souffle saccadé, peinant à reprendre une respiration normale, mais avait vite redressé son masque d'impassibilité malgré tout.
Les Aurors commençaient à se rapprocher dangereusement de lui, tandis que les membres de l'Ordre faisaient rentrer les enfants à l'abri. Severus évalua la situation d'un coup d'œil expert : les Aurors lui faisant face, devant Honeydukes, les membres de l'Ordre derrière eux, mais d'aucune aide à l'heure actuelle, les flammes derrière lui, et aucune issue sur les côtés… Mauvais… Très mauvais…
« Et voilà dans quel pétrin tu t'es mis à vouloir jouer les héros ! Tu ferais mieux de laisser ça à Potter, il a beaucoup plus d'expérience que toi apparemment à ce petit jeu, et il a l'air de mieux se débrouiller que toi… » Fulmina-t-il intérieurement, tandis que les autres rouages de son esprit essayaient désespérément de trouver une solution. « Déjà, gagnons du temps. » pensa-t-il dans un éclair de lucidité.
- Doucement ! Grogna-t-il à l'adresse des Aurors, qui n'étaient plus qu'à deux mètres de lui. Un pas de plus et je vous expédie en enfer, en moins de temps qu'il n'en faut pour prononcer un avada.
- Tu n'es pas en position de force, Snape. Tes petits amis Mangemorts sont de l'autre côté, eux aussi en mauvaise posture, et tu n'as pas d'issue… Rétorqua le plus jeune des deux représentants de l'Ordre.
- Tu n'as pas honte, Snape, s'en prendre à des enfants… Mesure-toi donc à ceux qui sont capables de te faire face. Fit l'autre.
- Parce que vous pensez pouvoir me faire face ? Répliqua Severus, d'un ton nonchalant et badin. Intéressant… C'est bien dommage que je n'ai guère le temps de vérifier cette charmante hypothèse.
- Aurais-tu peur ? S'enquit le plus vieux.
- Peur ? Ce serait vous faire trop d'honneur. Non, mais voyez-vous, je suis attendu ailleurs. Le devoir m'appelle.
Se disant, Severus fit volte-face, faisant virevolter ses capes dans son sillage, et, sans même prendre d'élan, il sauta de nouveau par-dessus les flammes.
- Il est suicidaire. Souffla McGonagall, qui était restée devant Honeydukes avec Nuwan et Potter, et avait assisté à toute la scène impuissante.
- Qu'il se suicide si l'envie lui en vient ! Ca nous fera du travail en moins. Rétorqua le jeune Auror, se récoltant ainsi un regard noir et furibond de la part de Nuwan et de la nouvelle directrice de Poudlard, ce qui le fit taire instantanément.
De l'autre côté, Severus avait eu chaud, très chaud même. Mais il s'en était sorti honorablement… Quelques petites brûlures peut-être, mais au moins il avait échappé à la rôtisserie, grâce à ce petit sortilège qu'il avait inventé il y a longtemps… Un sortilège peu puissant certes, mais qui vous permettait au moins de traverser des flammes de petite intensité, sans prendre feu…
Lui, dont le feu était un élément de prédilection depuis son plus jeune âge, comme aurait pu en témoigner un certain surveillant d'orphelinat s'il était encore parmi les vivants (« Paix à son âme » pensa furtivement Severus), avait dû effectivement très tôt développer aussi des contre – sortilèges, afin de s'éviter de graves complications lors de ses essais clandestins…
Bref. Il avait peut-être réussi à se sortir de cette délicate impasse, mais il devait maintenant replier ses troupes au plus vite… Avant que ce ne soit un désastre total.
- Repliez-vous ! Rugit-il à l'adresse des quelques Mangemorts présents prés de lui, qui obtempérèrent aussitôt. Il courut alors vers la Tête de Sanglier où la bataille faisait rage le plus intensément.
Il avait fait quelques mètres à peine, quand il entendit une altercation violente entre des Mangemorts et l'une de leur victime. Il s'approcha alors, voulant leur intimer l'ordre de se replier, quand il reconnut dans la dite victime nul autre que Sirius Black.
« Black ! Toujours Black ! » Maugréa-t-il. « Il faut toujours le sortir de la bourbe dans laquelle il se plonge, celui-là. »
- Repliez-vous ! Ordonna-t-il.
Ils étaient quatre Mangemorts, dont Bella qu'il reconnut sans peine, et ce malgré le masque que tous les Mangemorts portaient à l'exception de Severus. Elle n'avait apparemment aucunement l'envie de lâcher sa proie si facilement.
- Oui, on va se replier, Snape, mais attends un peu que je m'amuse. Ne vois-tu pas qui je tiens là ?
- Si, je le vois bien. Je le croyais mort d'ailleurs. Mais nous n'avons pas le temps de nous amuser, dois-je te le rappeler ?
- Oh Snape ! Tu n'es vraiment pas marrant, mais alors pas du tout. Endoloris.
Sirius se tordit une nouvelle fois de douleur sous le sortilège, Severus l'observant de son air impassible et détaché, comme si la torture de l'animagus ne l'atteignait pas. Une fois le sortilège fini, Sirius releva péniblement ses yeux brumeux, et marqués par la douleur, vers Severus. Ce dernier soutint ce regard quelques secondes et put y noter également une pointe d'accusation et de déception… Mais il n'y prêta guère d'attention, tout du moins en apparence, et reporta vivement son regard noir sur les Mangemorts, à qui il cracha d'un ton rageur :
- Je ne suis pas là pour être marrant. Alors lâchez-le, et repliez-vous. Il fusilla Bella des yeux, puis, voyant que personne ne lui obéissait, il ajouta en rugissant. C'est un ordre. Ou dois-je me montrer plus persuasif, pour vous faire obéir ?
Les trois autres obtempérèrent sans plus attendre. Ils avaient certes peur de la colère de Bella, mais ils redoutaient tout autant la fureur de Snape. Et à tout prendre, mieux valait celle de Bella, que celle de Snape ajoutée à celle du Maître. Et après, on dira que les Mangemorts manquent pour la plupart de jugeote !
- Bella, ne m'as-tu pas compris ? Souffla Severus, de son ton le plus menaçant.
- Ne m'appelles pas par mon nom.
- Je t'appelle comme il me plaît. De toute façon, Black n'est pas idiot au point de ne pas t'avoir reconnue, n'est-ce pas Black ? Fit-il tout en tournant son regard vers le dénommé.
L'animagus paraissait en plus mauvais état encore, qu'il ne l'avait cru tout d'abord. Plusieurs doloris, peut-être quelques autres maléfices, à en voir les diverses entailles qui le couvraient, mais rien d'irréversible vraisemblablement… Il était vraiment dans un piteux état, mais il devrait tout de même pouvoir s'en remettre…
Sirius le regarda de nouveau, le regard cette fois vitreux, visiblement perdu dans les affres de la douleur qui le parcourait encore. Severus se demanda un instant si Black le reconnaissait encore ou s'il n'allait pas perdre peu à peu l'esprit… Finalement les doloris avaient peut-être fait plus de dégâts…
- Laisse-le moi, Severus. Insista Bella, une lueur de folie démente à l'état pur illuminant ses yeux.
Nom d'un dragon fumant ! Elle jouait vraiment avec lui, là ! Severus sentait qu'il aurait du mal à la convaincre de lui obéir, malgré toutes les menaces qu'il pourrait proférer. Il n'avait pas de temps à perdre, il en avait déjà assez perdu comme ça… mais une fois encore, il ne pouvait laisser Black aux mains de cette folle furieuse.
Il regarda les alentours, à la recherche d'une aide providentielle, quelle qu'elle soit. Et là, il vit. Il vit un groupe de l'Ordre à quelques mètres d'eux, essayant de lutter contre trois autres Mangemorts. Voilà ce qu'il lui fallait !
- Non, Bella. J'ai dit on se replie. Murmura-t-il.
Sans prêter plus attention à la réponse de la Mangemorte, il se concentra sur les membres de l'Ordre et tenta de les appeler par la pensée. Par la barbe de Merlin ! Il avait bien du mal à atteindre leur esprit, il n'avait encore jamais tenté l'aggelomencie à une telle distance… Il se concentra davantage encore, rassemblant toutes ses ressources mentales vers la cible :
« Rejoignez-nous, nous sommes juste derrière, Black a des ennuis. » Leur cria-t-il désespérément à plusieurs reprises, par la pensée.
Il crut un moment qu'il avait échoué, et qu'il n'y parviendrait pas, mais l'un des membres, qu'il reconnut être Lupin, se retourna enfin vers eux, et héla les autres, avant d'accourir dans leur direction.
« Bien Lupus ! » Jubila Severus intérieurement, puis il ajouta de vive voix, à l'adresse de sa compagne Mangemorte, encore à ces côtés et déjà prête à recommencer son petit jeu de torture :
- Mieux vaudrait pour nous ne pas traîner plus longtemps. Voilà du renfort pour ce satané cabot. Ce n'est pas aujourd'hui que tu pourras t'amuser avec lui, ma chère. Mais qui sait, un jour peut-être…
Et Severus partit sans demander son reste, ni vérifier si sa chère collègue le suivait. Il n'en avait que faire, Sirius avait de l'aide désormais, il devrait s'en tirer. Maintenant il devait penser à sa propre peau…
Il arriva enfin à hauteur de la Tête du Sanglier et chercha Lucius du regard. C'était lui le responsable chargé de mener l'attaque contre le pub mal famé. Severus le vit alors, là, au milieu du combat, avec sa grâce nonchalante légendaire même en plein assaut, tel un serpent se faufilant entre ses proies. Un groupe de Mangemorts s'était rassemblé à ses côtés, et faisait face à un petit groupe d'Aurors en mauvaise posture.
Lucius exultait, à en voir le sourire machiavélique et le regard incandescent qu'il arborait. Severus les rejoignit en quelques enjambées et leur prêta momentanément main forte. C'est alors qu'il aperçut de nouveau Potter. L'arrogant Griffondor avait dû arriver quelques instants plus tôt et se battait maintenant comme un lion contre deux autres mangemorts, protégeant un Auror visiblement blessé que le jeune Weasley et l'impétueuse Granger tentaient d'évacuer. Non loin de lui, se battaient sauvagement Maugrey et Kinsgley, quasiment dos à dos.
Severus observa Potter du coin de l'œil, tout en tenant à distance un Auror un peu zélé. Le gamin virevoltait avec grâce et aisance, jetant sortilège sur sortilège, bien que ce ne fût que des sortilèges basiques et peu dangereux. Mais Potter manquait cruellement d'expérience, et dans un tel combat, cela se ressentait plus que jamais. Il hésitait à frapper et se contentait surtout de se protéger, de parer ou d'esquiver… Certainement encore ces stupides scrupules de Griffondors ! Même s'il s'en sortait, il devait surtout sa survie à de formidables coups de chance, et aussi à la maladresse désolante et à l'imbécillité flagrante de ses deux adversaires.
Soudain, ayant mis enfin hors d'état de nuire ses adversaires, Potter se retourna et se retrouva nez à nez avec le Maître des potions, qui venait lui aussi de neutraliser son opposant. Il y eut un moment de flottement entre eux deux, chacun jaugeant l'autre du regard.
- Alors Potter ! Besoin d'un peu d'exercice ce soir ? Notre petit divertissement vous a-t-il suffisamment plu, ou vous en faut-il encore un peu plus ? Lui lança Severus d'une voix nonchalamment basse.
Harry tenta de lancer un sort, sans grande dangerosité, à Snape, qui le dévia sans aucun effort.
- Non, Snape. Rétorqua-t-il entre deux sortilèges infructueux, d'une voix légèrement rauque, enrouée par les cris et les fumées des feux désormais tous éteints. Cela me suffira amplement pour ce soir. Mais à voir l'état de vos chers collègues, je pense qu'il en est de même pour eux.
- Je constate que vous avez enfin acquis un certain sens de l'observation, à défaut d'un minimum de réflexion. Un point pour Griffondor.
« Satané Snape ! Toujours une langue acérée même en plein combat ! » Se dit Harry intérieurement.
- Je crains que vous ne soyez malheureusement plus en mesure d'attribuer ou de retirer des points à une quelconque maison, puisque vous n'êtes plus professeur à Poudlard. Répliqua de nouveau Harry, un sourire provocateur sur les lèvres, et défiant Severus du regard.
Celui-ci passa du blême au rouge puis au vert de rage en un clin d'œil et foudroya Potter sur place. « L'insolent ! Ce n'est vraiment qu'un gamin arrogant et imbu de sa petite personne. Comment ose-t-il me jeter ça en plein visage ? » S'insurgea-t-il silencieusement. Il aurait volontiers étranglé ou dolorisé le môme sur place, mais cela risquerait d'être mal pris par l'Ordre, en particulier par Minerva. Non, mieux valait l'ignorer… Il se contenta donc de dévier un dernier sortilège lancé par Potter et lui lança à son tour un sort d'entrave informulé, faisant tomber à terre l'impudent Griffondor.
- Vous ne savez toujours pas fermer votre esprit, Potter. Lui répondit-il enfin. Et vous prétendez un jour affronter le Lord Noir ? Je ne donne pas cher de votre peau dans l'état actuel des choses.
Harry n'eut pas le temps de répliquer quoi que ce soit, que Lucius surgit aux côtés de Snape.
- Belle prise, mon cher ami. Voilà qui ravira notre Maître. Endoloris.
Lucius n'eut cependant pas le temps de pousser le cruciatux plus longuement, Severus l'interrompant en plein élan, avant que le sortilège n'ait atteint son paroxysme.
- Potter n'est pas une cible pour toi, Lucius.
- On peut bien s'amuser un peu. Un petit sortilège de rien du tout ne devrait pas trop l'amocher…
- Tu te chargeras d'expliquer au Seigneur des Ténèbres pourquoi son précieux petit Potter n'est plus en mesure de lui faire face de façon décente. Lui susurra Severus un rictus dédaigneux sur les lèvres.
Lucius baissa donc sa baguette, abandonnant son envie de se défouler sur le gamin à ses pieds. Potter parvint enfin à se défaire du sort d'entrave lancé par Severus et se releva. Deux Aurors choisirent ce moment pour venir soutenir Potter contre les Mangemorts, rétablissant ainsi l'équilibre des forces. Ce qui soulagea Severus, qui se demandait déjà quel prétexte il allait bien pouvoir trouver pour sauver la mise au jeune garnement, sans éveiller les soupçons dans l'esprit aiguisé de Malefoy.
Les sortilèges fusèrent de nouveau de plus belle, de plus en plus violents, provoquant explosion sur explosion, chaque côté parant tant bien que mal les coups portés par l'autre. Les Aurors furent bientôt rejoints par Maugrey et Kinsgley, et le rapport de force s'inversa rapidement en défaveur de Severus et Lucius.
- On se replie. Rugit finalement Severus forçant un peu sa voix, afin de couvrir les clameurs du combat.
- Oh, Severus, tu es petit joueur. Alors qu'on commençait tout juste à s'amuser et à prendre du plaisir. Lui rétorqua Lucius.
- J'ai dit, on se replie. Fais donc passer le mot. Maintenant. Ordonna Severus.
Lucius dut obéir, bien qu'à contre-cœur. Pour être tout à fait honnête, il savait pertinemment bien que Severus avait raison, comme toujours d'ailleurs. Ils avaient déjà subi suffisamment de pertes comme ça… Non seulement ils n'avaient pas réussi à prendre le contrôle de Pré au Lard, mais le village tenait toujours debout… Il n'y avait eu que peu de morts de l'autre côté, mais leurs troupes à eux avaient subi quelques dommages… Non, vraiment, une débâcle ! Le Maître n'allait pas être content…
Il rapatria alors les troupes autour de lui, et bientôt tous les Mangemorts se replièrent vers la cabane hurlante. Seuls quelques uns, trop blessés, ou morts, étaient restés isolés.
Severus, après avoir rapidement évalué la situation de ses troupes et vérifié que la plupart était hors de danger, s'apprêtait à les rejoindre, quand une voix l'apostropha par derrière. Il se retourna vivement pour constater avec désarroi, qu'un mur d'Aurors lui faisait face et commençait à l'encercler. Dans le feu de la bataille, et accaparé par le rapatriement de ses troupes, il n'avait pas remarqué qu'il s'était lui-même légèrement isolé.
Il lui était alors impossible de rejoindre les autres Mangemorts sans exposer dangereusement ses arrières… Il ne pouvait non plus lutter contre tous ses guerriers aguerris… Il était fait, comme un rat ! Mais un Snape ne se rend pas aussi facilement…
- Snape, tu es cerné. Rends toi. Lui lança un des Aurors.
- Que je me rende ? Vous m'injuriez, là. Répondit-il de son ton le plus doucereux et suave.
- Trêve de plaisanteries. Tu es seul, tes chers amis t'ont délaissé et tu es à notre merci. Alors rends-toi. Fit un autre Auror.
- Voyons très cher. Vous ne croyez tout de même pas m'avoir aussi facilement ?! Répliqua Severus, affichant toujours un air impassible et indéchiffrable.
Mais en son fort intérieur, il fulminait littéralement : « Maudites barrières anti-transplannage ! » En effet, les Aurors avaient mis en place, comme à chaque bataille de ce type maintenant, des barrières anti-transplannage. Ce qui empêchait les Mangemorts d'utiliser leur Marque pour se volatiliser au nez et à la barbe des troupes du Ministère.
- Bien, puisque tu cherches à faire la forte tête, tu l'auras voulu. Endoloris !
Severus reçut le sort de plein fouet et tomba à terre, se tordant sous la douleur. Mais il en avait l'habitude maintenant. Et à vrai dire, les sortilèges du Lord Noir était bien plus violents que ceux-ci…
Le sortilège prit fin, et Severus put se relever, tant bien que mal, pour faire face à nouveau aux Aurors.
- Flagellatio. Entendit-il derrière lui.
Et il sentit sa peau se taillader en plusieurs endroits dans le dos, comme si on lui donnait des coups de fouets, mais les plaies n'étaient certainement que superficielles, comme Severus pouvait le sentir. Il reçut un deuxième doloris et s'apprêtait déjà à en recevoir un troisième, quand Potter intervint, une nouvelle fois, et arrêta à temps l'Auror.
- Non. S'exclama le Griffondor sans peur et sans reproche. Ne nous rabaissons pas à utiliser les mêmes armes qu'eux.
« On ne veut plus me lâcher ce soir apparemment Potter… » Pensa Severus, tandis qu'un des plus jeunes Aurors tenta de répliquer. Mais Harry ne semblait pas du même avis que l'Auror et ne le laissa pas placer un mot.
- Nous ne sommes pas comme eux, n'utilisons donc pas leurs sortilèges si dégradants.
- Joli Potter ! Fit Severus, retrouvant enfin son souffle après le doloris. Vous semblez au moins avoir fait quelques progrès en plaidoirie…
C'est alors que la Marque des ténèbres se dessina dans le manteau bleu nuit du ciel au dessus d'eux et qu'il entendit des sortilèges en tout genre rugir derrière lui. Un groupe de Mangemorts menés par Lucius et Mulciber était venu à sa rescousse et attaquait sauvagement les Aurors qui l'encerclaient dans son dos.
Severus ne se fit pas prier deux fois et se joignit à eux, jetant à tout va des maléfices, la plupart de son propre cru. Il parvint ainsi à s'échapper du cercle d'Aurors. Une fois que Severus les eut rejoint, les Mangemorts fuirent sans plus attendre en direction de la cabane hurlante, les Aurors à leur poursuite.
Ils furent bien vite hors d'atteinte des sortilèges anti-transplannage et, tous d'un même mouvement, touchèrent leur Marque et disparurent dans une brume de fumée noire, laissant les Aurors rageurs en plan.
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Le vent froid caressait son visage et balayait ses cheveux de jais, la pluie battante le détrempant jusqu'aux os et le fouettant férocement, tandis que les embruns marins lui laissaient cette saveur salée sur les lèvres…
Un homme ténébreux tout de noir vêtu faisait face à la mer, assis contre une pierre tel une statue de sel, tandis que les vagues venaient se briser dans un dernier élan de rage contre la falaise escarpée à quelques mètres plus bas. Ce spectacle tout de vie et de colère contrastait étrangement avec l'impassibilité et l'immobilité apparentes de l'homme. Celui-ci observait sans ciller l'océan agité, comme indifférent à ce que lui déclamait le soleil naissant à l'horizon, dont les rayons rougeoyants caressaient presque amoureusement l'écume des vagues déferlantes, alors que le ciel se pâmait langoureusement dans son sang et que la brume se dissipait lentement.
La pierre contre laquelle il était adossé n'était autre qu'une pierre tombale, où pouvait être lu : Freyja Madison 1959 – 1979 « Que mon chagrin éternel t'accompagne. ». Les herbes environnantes grimpaient insidieusement le long de la pierre, une simple pierre brute où étaient gravés ces quelques mots, émoussés par le temps et les intempéries, mais toujours aussi forts de sens dans le cœur de Severus.
Il avait passé tout le reste de la nuit ici, assis ainsi les genoux repliés contre la poitrine, ignorant ostensiblement la beauté matinale qui s'offrait à lui, le regard perdu dans un lointain horizon, où passé, présent et futur se confondaient sans scrupule. Cette nuit avait été des plus éprouvantes pour lui.
D'abord la réunion de l'Ordre, où il avait eu tout juste le temps de donner quelques informations avant de devoir répondre, malgré lui, à l'appel impromptu du Seigneur des Ténèbres, puis l'attaque à Pré au Lard qui s'était révélé un véritable désastre pour les Mangemorts, et enfin leur repli en catastrophe auprès de leur Seigneur et Maître. Autant dire que ce dernier était loin d'être satisfait. Affirmer qu'il était en colère serait un doux euphémisme…
Rien que d'y penser, Severus en frissonnait encore, tandis que les souvenirs de ces dernières heures affluaient à la surface de son esprit.
- Vous me décevez beaucoup. Cette attaque s'est révélée une véritable catastrophe. Aucun de nos objectifs n'a été atteint. Susurra la voix aiguë et persiflante du Lord Noir.
Tous les Mangemorts étaient réunis autour de leur Maître, même les blessés, tous tremblants à l'idée de ce qui les attendait. La colère du Seigneur des Ténèbres avait atteint un paroxysme qu'ils n'avaient encore jamais eu l'occasion de goûter, et ils craignaient le pire. Les cinq formant le cercle intime, à savoir Severus, Lucius, Bellatrix, Dolohov et Mulciber, étaient aux premières loges, agenouillés devant leur Maître, pour faire le compte-rendu de ce désastre et rendre leur compte.
- La plupart de mes Mangemorts sont blessés, plus ou moins gravement, un est mort, et deux ont été arrêtés. Lamentable. C'est un lamentable et coûteux échec. Continua la voix. Nous ne contrôlons toujours pas Pré au Lard et nous n'avons même pas pu nous emparer de la Tête du Sanglier. Sans compter que vous n'avez même pas été capables de me rapporter Potter, quand vous en avez eu l'occasion…
- Nous sommes désolés, Maître, tenta encore une dernière fois Lucius, pour se justifier, mais l'Ordre était présent et a ralenti notre progression, tandis que les Aurors sont arrivés plus tôt que prévus.
- Je n'ai que faire de ces minables justifications, Luciussss. Ce n'est pas ainsi que tu pourras fuir tes responsabilités. Tu devrais plutôt te demander pourquoi l'Ordre était présent, ce serait beaucoup plus efficace.
- Maître, si je puis me permettre... tenta Severus, mais il ne put finir sa phrase, le Lord Noir l'interrompant aussitôt.
- Severussss, je serai également curieux de connaître la raison de ton retard de tout à l'heure. Des esprits vicieux et pervers pourraient s'imaginer bien des choses et faire un rapprochement malvenu entre ce retard et la présence de l'Ordre à Pré au Lard. Quelle étrange coïncidence, n'est-ce pas ? Mais ce n'est certainement qu'une coïncidence… Tu ne peux certainement pas nous avoir trahi, mon très cher ami, toi un de mes plus fidèles serviteurs depuis tant d'années et qui a tué le soi-disant plus grand sorcier de tous les temps pour moi… Me serai-je trompé ?
Severus avait quelque peu blêmi à ce discours. Etait-il démasqué ? Ou n'était-ce encore qu'une insinuation pour le tester, une fois de plus ? Il préféra opter pour cette deuxième option et rassembla tout son courage et sa détermination pour répondre, d'une voix profonde et ferme, toujours respectueusement incliné aux pieds du Maître :
- Non, Maître. Je vous suis et vous serai toujours fidèle. Ces deux événements sont effectivement de déplorables coïncidences. Si, par malheur, vous doutiez de ma fidélité et de ma ferveur à vous servir, je suis prêt à tout pour vous prouver mon allégeance. Vous pouvez m'ordonner ce que vous souhaitez et j'obéirai.
- Vraiment ? Tu manies admirablement bien les mots, Severussss, comme toujours. Mais je veux plus. Regarde moi. Regarde-moi, maintenant.
Severus trembla de façon quasiment imperceptible. Ayant gardé jusque là la tête baissée, il avait ainsi réussi à éviter ce regard de braise, qui cherchait sans cesse à sonder vos pensées les plus intimes. Mais il n'avait plus le choix à présent. Il obtempéra donc et leva les yeux, il croisa alors les deux orbes rouges du Seigneur des Ténèbres qui vrillèrent instantanément son esprit.
En occlumens averti, Severus avait bien entendu maintenu ses barrières relevées et les avait solidement barricadées, tandis qu'il offrait à son Maître les images susceptibles de Lui plaire, ou qui pourraient répondre à Ses questions, sans éveiller Ses soupçons. Mais ce soir, le Lord Noir en voulait plus, Il fouillait plus profondément encore, inlassablement, sondant sans vergogne l'esprit de Severus.
- Montre-moi Severussss. Montre-moi ce que tu ressens envers moi, montre-moi combien tu m'es fidèle. Murmura le Maître, son souffle froid frappant de plein fouet le visage du Maître des potions, lui arrachant malgré lui un frisson qui se répandit rapidement à tout son corps.
Severus n'avait pas prévu ça. Lui montrer ce qu'il ressentait pour Lui ? Il ne pouvait pas, pas ainsi… Il ne pouvait Lui montrer le dégoût et la haine qui avait peu à peu remplacés l'admiration et la fascination juvéniles qu'il avait ressenties jadis. Ce serait du suicide. Pourtant Il cherchait, et si Severus ne Lui montrait pas ce qu'Il voulait, le Maître risquait de s'impatienter, de rencontrer ses solides barrières et de vouloir les détruire, coûte que coûte…
Il devait Lui montrer quelque chose, et vite. Et si possible quelque chose qui Le satisferait ! La seule solution était de retrouver ses anciens sentiments de jeune Mangemort… Mais c'était si difficile, si lointain et si hors de propos maintenant… Cependant il n'avait pas le choix, il devait le faire. Il en était capable, il le savait.
« Allez, Severus. Concentre-toi. Rappelle-toi, rappelle-toi la première fois que tu as rencontré cet homme fascinant… Rappelle-toi… » Severus se concentra autant qu'il put, l'Autre lui vrillant toujours l'esprit, la présence du Lord Noir en lui se faisant de plus en plus insistante et exigeante, comme une onde de choc vous frappant encore et encore, de plus en plus fort. Ses pensées et souvenirs devenaient peu à peu confus, comme emmêlés, le Maître les prenant un par un et les jetant dédaigneusement pêle-mêle, les fracassant les uns contre les autres, avec toutes la violence et la rage qu'Il pouvait ressentir à l'instant envers Son serviteur…
Severus luttait pour ne pas laisser échapper un souvenir compromettant ou trop personnel, mais une migraine sans précédent commençait à l'assaillir, tout devenant flou et brumeux autour de lui. Il devait se concentrer, il pouvait y arriver, il le savait. Il devait redevenir momentanément ce jeune Mangemort fou et imbécile, assoiffé de Magie Noire et de vengeance… Rien qu'un instant, rien qu'un petit instant…
C'est alors qu'il vit, en même temps que son Maître, ses propres souvenirs, ses propres sentiments d'antan, cette admiration et cette fascination aveuglante, cette volonté de plaire à cet homme si charismatique qui lui offrait reconnaissance et puissance, qui lui promettait une place de choix auprès de lui, à la hauteur de ses capacités hors du commun, ainsi qu'un monde où les sorciers de valeur, tels que lui, auraient enfin la reconnaissance qu'ils méritaient…
Ses souvenirs et sentiments, presque étrangers maintenant, en devenaient suffocants, écoeurants, et Severus, de plus en plus nauséeux, chercha à fuir, à fuir ces images lointaines et malsaines, à fuir son ancien moi, et à fuir son Maître dans son esprit. Il commençait à se débattre presque frénétiquement, à deux doigts de perdre tout contrôle, quand il sentit le Seigneur des Ténèbres lâcher enfin son emprise et quitter son esprit, le libérant de cette étreinte étouffante et blessante. Ce dernier s'écarta lentement, apparemment Lui aussi quelque peu fatigué de cette joute silencieuse, laissant Severus pantelant, la tête basse. Ce « combat » mental avait été exténuant et avait vidé le Maître des potions de ses forces.
- Bien, Severussss. Tu es un admirable occlumens, mais tu n'as pu me cacher bien longtemps tes sentiments.
Severus eut soudain un frisson d'effroi. Aurait-Il percé finalement ses défenses ? Aurait-Il vu ce qu'il ressentait vraiment ? Mais il n'eut pas le temps de s'imaginer moult scénarios, tous plus divers et tragiques les uns que les autres, que le Maître reprit, de son ton doucereux et coulant :
- Mais tu n'as pas à avoir peur, ni à fuir ces sentiments. Ceux-ci t'honorent, et tu ne devrais pas les cacher de la sorte ni en avoir honte. Si je ne connaissais pas ta répugnance à montrer tout sentiment, cela en deviendrait presque injurieux pour moi également.
Severus releva brusquement la tête incrédule. Le Seigneur des Ténèbres l'avait cru, avait cru que ses anciens sentiments étaient encore actuels, Il n'avait donc rien perçu de sa haine et de sa rancune présentes… Le Seigneur des Ténèbres n'était décidément pas aussi bon legilimens qu'Il le disait… Puissant certes, meilleur legilimens que la plupart sans doute, mais en tout cas pas assez bon pour percer un occlumens tel que son humble Maître des potions.
Severus le savait en quelque sorte, au fond de lui, mais il venait de recevoir une preuve irréfutable, s'il en avait eu besoin… Dumbledore avait raison, une fois de plus : la trop grande confiance du Lord Noir en Ses capacités de legilimencie pourrait causer Sa perte. Si Albus avait été présent, il en aurait ri à s'étouffer, s'il ne le faisait pas déjà dans sa tombe… pensa Severus.
- Mais ne te réjouis pas trop vite, Severussss. Reprit le Maître, qui le dardait toujours d'un regard incandescent de colère à peine contenue. Ceci n'exclue pas pour autant que je suis toujours extrêmement mécontent de ton retard.
- Maître… Commença Severus.
- Plus tard. Tes explications attendront que nous soyons seuls. Pour l'heure, dis-moi plutôt ce qui, selon toi, expliquerait la présence de l'Ordre à Pré au Lard le soir même où l'on décide d'attaquer le village.
- Je pense, Maître, que ceci peut s'expliquer tout simplement, par le fait que la plupart des Professeurs de Poudlard étaient présents à Pré au Lard, comme ils ont l'habitude de s'y rendre quasiment à chaque fin de semaine pour se détendre. Et certains d'entre eux sont, comme vous le savez déjà, des membres éminents de cet Ordre.
- Ce ne serait donc qu'une effroyable erreur d'organisation… Et pourquoi ne nous as-tu pas prévenu tout à l'heure ?
- Maître, je n'ai été prévenu de ce changement de programme qu'à la dernière minute, l'attaque n'était prévue que pour dans trois jours. Se défendit désespérément Severus.
- Oui, j'ai décidé de l'avancer au dernier moment. Contesterais-tu donc mes décisions, maintenant ?
- Je ne me permettrais jamais une telle chose, mon Seigneur. S'empressa de répondre Severus. Je vous expliquais seulement, pourquoi je n'ai pu vous prévenir de ce fait.
- Tu aurais pu nous prévenir avant de partir, non ? Siffla dangereusement le Lord Noir.
- Bien entendu, Maître. Fit Severus, de plus en plus désemparé, bien qu'il s'efforçât toujours de ne rien laisser transparaître sur son visage. J'ai essayé de vous prévenir. Mais vu mon retard, vous sembliez dans une telle fureur, que je n'ai pas réussi à vous le dire. La plupart de nos troupes étaient d'ailleurs déjà sur place, nous n'avions donc plus le choix…
- J'espère que tu n'insinues pas, que je suis responsable de cette débâcle et de ton incapacité à nous donner les informations en temps et en heure.
Severus se tut, mieux valait pour lui ne rien ajouter, il risquait de s'enfoncer davantage encore.
- En somme, nous en revenons toujours à ton retard. Toujours et encore ce retard…
La fureur grondait sournoisement dans la voix du Seigneur des Ténèbres, qui maintenant faisait des allers-retours devant son cercle intime, d'un pas faussement nonchalant mais qui trahissait son état d'énervement. Le froissement du tissu contre le sol devenait presque irritant pour les nerfs déjà à fleur de peau des cinq Mangemorts inclinés devant Lui. Il le savait, et en jouait, certainement.
- Vous savez ce qu'il en coûte de me ramener des échecs de ce genre. Fit-Il enfin, après plusieurs minutes de lourd silence.
Personne ne répondit. Le silence était assez éloquent en soi, et la question n'était que pure rhétorique en soi…
- Sortez vous autres. Ordonna le Maître sèchement aux autres Mangemorts présents au fond de la salle.
Ceux-ci obéirent sans plus attendre, laissant le Maître seul avec son cercle intime, sachant tous pertinemment bien ce qui attendait les cinq Mangemorts de plus haut rang, mais profondément soulagés d'échapper eux-mêmes à la sentence.
- Endoloris. Cracha le Seigneur des Ténèbres, rageur.
Dès qu'ils furent seuls, le sortilège du doloris fusa et siffla longuement dans la salle, allant de Mangemort en Mangemort, chacun ayant droit à son lot, chacun se tordant de douleur à tour de rôle.
- Je pense que vous en avez eu pour votre compte… Conclut enfin le Lord Noir, après s'être suffisamment diverti pour la soirée. Maintenant laissez-moi seul avec Severussss. Et mieux vaudrait ne pas vous présenter ici avant quelques jours, de peur que ma colère ne reprenne. Ajouta-t-Il rapidement.
Les quatre Mangemorts ne se firent pas prier et sortirent de suite, aussi vite que leurs muscles endoloris et les ondes de douleur secondaires le leur permettaient.
- Severusss, je t'écoute. Je suis curieux d'entendre ce qui justifierait de me faire attendre ainsi, alors que mes appels étaient des plus explicites quant à l'urgence de la situation.
Severus avait encore la respiration haletante et les poumons en feu, mais il tenta de répondre, la voix rauque dans sa gorge asséchée :
- Maître… Quand vous m'avez appelé, j'étais… je ne pouvais… transplanner.
- Et pourquoi ne pouvais-tu donc pas transplanner ?
- J'étais dans un lieu protégé… par des barrières anti-transplannage…
- Et où, exactement ? Sois donc un peu plus explicite. Il commençait de nouveau à perdre patience.
- Dans… dans la forêt interdite… Murmura Severus.
Il avait longuement réfléchi à l'explication la plus plausible, et surtout la moins susceptible de mécontenter davantage son Maître. Et c'était la seule idée qui lui était alors venue à l'esprit. Du moins la moins abracadabrante…
- Dans la forêt interdite ?! Voyez-vous ça… Intéressant… Et qu'y faisais-tu ?
- J'étais parti à la recherche… d'un ingrédient rarissime, qui ne pousse que dans cette forêt… la fleur de lune sanglante… On ne la trouve nulle part ailleurs en Angleterre… j'en avais besoin… pour les potions que vous m'avez demandées… Ajouta Severus avant que son Seigneur ne lui demande plus de détails, ou ne s'énerve définitivement.
Severus était sûr que la mention de ces potions, si chères et si précieuses au cœur de son Maître, aurait un certain effet apaisant. Et il ne s'était visiblement pas trompé… Ce dernier s'était soudain tu, l'observant attentivement, avant de reprendre, d'une voix dangereusement douce :
- Et pourrais-tu me montrer cette plante, Severusss ?
- Malheureusement, Maître, je n'ai pas eu le temps de la trouver… C'est une plante difficile à détecter, et j'ai ressenti votre appel… avant d'avoir eu l'occasion de la localiser. Comprenant l'urgence de votre appel, j'ai abandonné les recherches… et j'ai regagné au plus vite un lieu où il m'était possible de transplanner…
- Mais mon pouvoir t'aurait permis de transplanner même malgré ses barrières. Répondit sournoisement Voldemort.
- Je ne le savais pas, Maître.
- Douterais-tu de mes pouvoirs ?
- Je ne douterais jamais de l'étendue de vos pouvoirs, mais je n'aurais pas pensé que vous les auriez recouverts si rapidement.
- Tu es intelligent, Severusss, mais parfois tu penses mal.
- J'en prends pleinement conscience, Mon Seigneur. Répondit Severus, essayant, autant que faire se pouvait, de se faire le plus humble et le plus petit possible. S'il pouvait s'éviter un ou deux doloris… Il en avait reçu déjà suffisamment comme ça ces derniers temps.
- Bien. Je me satisferai de cette réponse. Entendit-il susurrer au creux de son oreille.
Severus était plutôt soulagé. Avec un peu de chance, peut-être pourrait-il éviter une deuxième séance de cruciatux ?
- Et, reprit le Maître, bien que tu présentes une remarquable endurance au doloris, je pense que tu es assez affaibli déjà. Je n'ai pas besoin d'un serviteur ou d'un second en miettes. Estime-toi donc heureux, que je ne m'acharne pas davantage sur toi. Mais ne t'avise plus jamais de me faire attendre de la sorte. Plus jamais. Est-ce clair ?
- Oui, Mon Seigneur. Je ne vous décevrai plus.
- Je l'espère, Severussss. Je l'espère. Ah, et je te suggère de suivre le conseil que j'ai donné à tes quatre amis. Il vaudrait mieux pour toi, que je ne te vois pas avant quelques jours, je pourrais avoir envie de me défouler à nouveau sur l'un d'entre vous... Et peu m'importe où tu crécheras, ou que les Aurors soient à tes trousses. Tu es assez intelligent pour te débrouiller. Va, et ne reviens pas avant que je ne t'appelle.
Sur ce, Voldemort était sorti, Nagini rampant à ses côtés, laissant Severus seul au sol, qui se leva difficilement et quitta le manoir.
Non, vraiment, cette dernière entrevue avait été une des plus éprouvantes. Il avait échappé de peu de se faire démasquer ou de se trahir lui-même. Il sentait que le jeu devenait de plus en plus serré. Il était réellement sur le fil du rasoir, et au moindre faux pas, il tomberait. Et peut-être l'Ordre avec lui. Il ne pouvait se le permettre…
Il était ainsi à ressasser ces derniers événements, quand il entendit un 'pop' caractéristique dans son dos, bientôt suivi de trois autres. Quatre personnes venaient de transplanner derrière lui…
Fin du chapitre 38.
