Désolée pour ce retard, mais j'ai eu bien du mal à poster ce chapitre qui était pourtant prêt depuis samedi dernier...
Merci encore à tous, Lone Wolf, Polgarra, Bohemio, Sushi-powa, Becky666, Aesylee, même si tu n'es pas encore à ce chapitre, sans oublier les autres. Apparemment vous suivez toujours, et voilà même une petite nouvelle Mia.
Tes hypothèses Lone Wolf sont toujours trés intéressantes : quant à savoir si si les 4 autres personnes du cercle intime vont se defouler sur lui ou bien l'accuser de trahison, pour l'instant ni l'un ni l'autre, mais peut-être par la suite qui sait...
Visiblement vous avez tous apprécié le combat à Pré au Lard, alors que direz-vous de celui-là... Car oui, on repart pour un petit tour, et vous allez enfin savoir qui sont les quatre personnes qui ont transplanné "lâchement" derrière Severus... Mais je vous laisse le découvrir. Alors bonne lecture!
CHAPITRE 39 : Sauts périlleux
Severus se retourna vivement, baguette en main, et lança un sortilège de bouclier avant même de savoir qui venait troubler son repos. Ses réflexes lui évitèrent certainement une blessure supplémentaire, car un violent maléfice frappa de plein fouet son bouclier magique, qui vola en éclat par la même occasion. Severus renouvela aussitôt sa protection, histoire de se laisser un peu de temps pour évaluer la situation. Situation bien précaire, réalisa-t-il rapidement.
Quatre Aurors lui faisaient face, déterminés à en découdre avec lui et à le capturer coûte que coûte. Deux d'entre eux devaient être des novices, ce qui ne devraient pas être trop difficile de s'en défaire, par contre les deux autres, un homme d'une cinquantaine d'année et une jeune femme de trente ans environ, avaient visiblement plus d'expériences.
Severus jugea préférable tout d'abord de parer simplement les sorts lancés par les deux plus âgés, pour essayer de neutraliser avant tout les novices. Peut-être était-il temps d'essayer le dernier sortilège qu'il avait inventé récemment ?
- Protego reflexio ! Murmura-t-il, en pointant sa baguette devant lui.
Un halo de lumière bleutée, aussi grand que Severus, se forma devant lui. A peine le halo s'était-il profilé, que deux jets de sortilège se fracassèrent contre celui-ci, pour aussitôt se retourner contre leur lanceur. Un des novices et la jeune femme furent frappés par leur propre maléfice, maléfice d'entrave pour chacun d'entre eux, ce qui les cloua à terre.
Severus jubila et un sourire mesquin et narquois se dessina sur ses fines lèvres. Son nouveau sortilège se révélait extrêmement efficace, redoutable même. Il s'agissait d'un bouclier certes, et non d'un sortilège d'attaque, mais ce n'était pas un bouclier comme les autres. Celui-ci, bien que de puissance moyenne, faisait aussi « réflexion », tel un miroir en quelque sorte, et permettait ainsi de renvoyer le sortilège contré à son expéditeur. Il avait mis du temps à le mettre au point, mais finalement cela en valait la peine. Deux Aurors provisoirement neutralisés en un seul sortilège… Une première !
Severus n'était pas peu fier de cette invention, qui allait grandement lui faciliter la tâche et peut-être l'aider à se sortir de situations plutôt inextricables, comme celle-ci. Bon, il est vrai, ce bouclier n'était que de puissance assez moyenne et ne permettrait pas de renvoyer les sortilèges les plus violents, ni les impardonnables, mais cela lui permettrait éventuellement de prendre l'avantage…
Pour l'heure, les Aurors étaient encore sous le choc et l'ébahissement, ne parvenant pas à comprendre ce qui avait bien pu se passer. Le Mangemort n'avait, à leurs yeux, invoqué qu'un bouclier des plus simples, non ? Ou était-ce un nouveau sortilège ? Qu'avaient-ils entendu après le mot « protego » ? Serait-ce une nouvelle sorte de bouclier ? Snape était connu pour inventer toute sorte de potions et sortilèges, parfois terribles, même au sein des Aurors. Cela ne serait guère étonnant qu'il s'agisse là, à nouveau, d'une de ses trouvailles…
Le plus vieil Auror reprit le premier ses esprits, en quelques secondes à peine, et s'apprêtait à délivrer ses collègues à terre, quand Severus rompit momentanément son bouclier et lui lança un sortilège d'entrave. Mais l'Auror l'esquiva de justesse.
Le novice non touché se joignit alors à l'ancien pour lui prêter main fort, tandis que les deux autres Aurors se débattaient toujours à terre pour se libérer, en vain. Severus esquivait et parait du mieux qu'il pouvait les sortilèges lancés par les deux Aurors valides, tantôt tournant sur lui-même, tantôt invoquant un bouclier, tantôt répondant par un sortilège d'attaque de son cru, ou tantôt déviant simplement les jets plus ou moins agressifs qui le frôlaient parfois dangereusement. Il donnait l'air de danser, ses capes virevoltant autour de lui, tous ses gestes d'une fluidité et d'une agilité remarquables, les sortilèges l'illuminant de leurs lumières multiples, tandis qu'il tourbillonnait sans cesse dans un ballet infernal.
Mais il commençait à s'essouffler et avait bien du mal à suivre le rythme. Les deux Aurors étaient, quant à eux, parfaitement synchronisés. Le plus jeune assurait leur protection, tandis que le plus âgé, plus puissant et plus expérimenté, lançait les attaques. Il fallait trouver une percée, et vite, d'autant plus que les deux Aurors à terre commençaient à recouvrer la liberté de leur mouvement, l'effet des sortilèges d'entrave s'estompant progressivement avec le temps.
Finalement, Severus s'arrêta, se protégeant à nouveau à l'aide de son bouclier - miroir, se laissant quelques instants de répit. Les sortilèges arrêtèrent de fuser des deux côtés, chacun reprenant ses esprits, et les deux Aurors se relevant enfin pour rejoindre leurs collègues. Ils avaient parfaitement retenu la leçon, et n'allaient pas commettre la même erreur deux fois de suite, ils attendirent donc que Severus se lasse de son bouclier…
Ce dernier de son côté peinait à reprendre son souffle et sentait ses forces physiques et magiques s'épuiser peu à peu. Elles avaient déjà été mises à rude épreuve dans la nuit, lors de l'attaque à Pré au Lard, puis par les trois ou quatre doloris reçus de son « Maître » en guise de remerciements… Il n'avait pas eu le temps de récupérer complètement depuis, et il sentait qu'à ce rythme là, il ne tiendrait pas longtemps. Il fallait trouver une parade, et vite, avant que les Aurors ne trouvent la faille de son bouclier.
- Rends-toi Severus ! Tu fatigues. Nous sommes quatre contre toi, tu n'as aucune chance. S'exclama le plus ancien des Aurors.
- Vraiment ? Rétorqua Severus.
- Vous ne tiendrez pas longtemps à ce rythme. Ajouta la jeune femme.
- C'est bien mal me connaître. Cela en deviendrait presque vexant. Fit Severus d'une voix basse et suave, avec un léger accent de menace.
Et sans préavis, il enchaîna aussitôt avec un sectumsempra à l'encontre du plus jeune Auror qui avait légèrement baissé sa garde. Ce dernier n'eut même pas le temps de parer et tomba à terre, le sang s'échappant des diverses plaies qui lui couvraient dès lors le visage et le torse. La jeune femme se précipita vers son jeune collègue pour tenter d'arrêter l'hémorragie et le protéger d'éventuels autres sortilèges, tandis que les deux autres Aurors répliquèrent instantanément. Ce que Severus avait bien entendu prévu : les deux Aurors reçurent leur propre sort de plein fouet, Severus s'étant protégé une fois encore de son bouclier - miroir.
« Vraiment pratique ! » remarqua-t-il intérieurement. Le novice était à terre, incapable de bouger. L'autre novice continuait de se vider de son sang, sa collègue ne parvenant pas à résorber les plaies malgré tous ses efforts. Seul le plus âgé faisait encore face pour le moment à Severus. Celui-ci reporta donc toute son attention sur le dernier Auror et le combat reprit entre eux deux. Enfin à armes égales et en un combat équitable. Les sortilèges fusèrent de part et d'autre, chacun usant de toute son adresse et de toute sa ruse. Le duel était serré, mais le vieil homme semblait commencer à fatiguer et se faisait légèrement moins vigilant.
Severus remarqua alors qu'après chaque attaque son adversaire prenait quelques secondes de plus avant de redresser ses défenses ou de contre-attaquer. Ce qui lui laissait une brèche pour prendre l'avantage. Il ne fit donc ni une ni deux. Il lança son attaque comme prévu. Cependant, au lieu d'attendre la réponse de l'autre et de se protéger, comme il l'avait fait jusque là, il lança aussitôt un deuxième sortilège d'affilée. Le coup toucha sa cible et l'Auror tomba, immobilisé sous l'effet de l'impedimenta.
Au même instant que l'Auror touchait le sol, Severus sentit une douleur cuisante lui déchirer l'épaule. Malheureusement, avant de tomber, le vieil homme avait eut le temps de répliquer et Severus n'avait pas pu parer le coup. La douleur lui coupa le souffle momentanément et lui fit mettre un genou à terre. Il regarda rapidement l'estafilade qui balafrait son épaule, évaluant d'un coup d'œil expert les dégâts : l'Auror ne l'avait pas manqué, la plaie s'étendait de la clavicule à l'omoplate en passant par l'articulation de l'épaule, et saignait de façon assez conséquente, il lui était en outre extrêmement douloureux de bouger le bras.
Il se jeta un rapide sort de coagulation, ce qui permit d'arrêter les saignements. Cela devrait suffire en attendant qu'il soit à l'abri. Severus releva alors le regard sur le champ de bataille, juste à temps pour voir la jeune femme se redresser, déjà prête à l'attaque. Les réflexes de Severus prirent soudain le dessus et, avant même qu'elle ait fini sa propre incantation, il s'écria :
- Petrificus totalus !
La jeune Auror tomba alors à son tour, le corps complètement rigide, en arrière.
- Les sortilèges les plus simples sont parfois les plus efficaces. Fit-il à sa nouvelle victime, tout en s'approchant d'elle et en la toisant de toute sa hauteur.
Par précaution, il renouvela l'impedimenta sur le vieil homme et sur le novice non blessé, qu'il avait déjà neutralisé précédemment. Severus était pour s'échapper, laissant là les Aurors, quand une lueur de conscience s'illumina dans son esprit encore embrumé par le combat sanguinaire et mordant qu'il venait de livrer. Il ne pouvait partir comme ça, il ne pouvait laisser le plus jeune ainsi blessé sans rien faire.
Il s'assura que tous les Aurors étaient toujours sous l'emprise des sortilèges, puis, constatant qu'aucun danger ne le menaçait momentanément, il reporta son attention sur le novice ayant subi le sectumsempra.
Ce dernier était mal en point, il était couvert de plaies béantes qui continuaient de saigner abondamment, et il était d'une pâleur cadavérique, ayant déjà perdu beaucoup de sang. S'il ne recevait pas de soins, le jeune homme mourrait à coup sûr dans quelques minutes à peine. Sans compter, qu'il n'y avait qu'une seule façon de neutraliser un sectumsempra, et peu de personnes la connaissait…
Severus se décida enfin à intervenir, et s'agenouilla lentement près du jeune homme agonisant, sous les regards furibonds et menaçants, mais impuissants, des trois autres Aurors. Il s'empara aussitôt de la baguette laissée à terre, et la rangea dans une de ses poches. Sait-on jamais…
Il croisa le regard lointain, déjà perdu dans les méandres de la douleur et de l'agonie, du jeune Auror. Mais il ne s'attarda pas plus longuement et commença à psalmodier à voix basse une mélodieuse incantation, passant sa baguette le long des profondes entailles. Severus dut reprendre plusieurs fois le rituel pour que les blessures se referment complètement et que le sang cesse enfin de s'écouler.
Il chercha ensuite dans sa poche gauche une petite boîte, qu'il ouvrit devant les yeux ébahis et remplis d'incompréhension des Aurors, révélant ainsi un ensemble de fioles… Des potions. Il se saisit de deux d'entre elles et rangea la boîte. Puis, faisant fi de sa propre douleur qui lui lancinait l'épaule, il souleva légèrement la tête du jeune homme d'une main, pour lui faire boire les potions en question. Une de régénération sanguine et une anti-douleur. Une fois la dernière goutte avalée, il reposa délicatement l'Auror et s'autorisa enfin à le regarder droit dans les yeux. Le jeune homme semblait reprendre peu à peu vie, et son regard devint plus lucide. C'est alors qu'il vit Severus penché au-dessus de lui.
Son premier mouvement fut un mouvement de recul, mais il réalisa soudain ce qui venait de se passer et que le Mangemort en face de lui venait de lui sauver la vie. Bon, il est vrai, c'était le même Mangemort qui lui avait jeté ce sortilège infernal et avait mis sa vie en péril… Mais pourquoi avait-il soigné ses plaies et arrêté l'hémorragie ensuite ? Rien ne l'y obligeait… Au contraire… Le jeune homme était perdu, n'y comprenant plus rien… Severus Snape était un véritable mystère pour lui. Déjà en lisant son dossier, il y avait trouvé maintes contradictions, mais une fois confronté à l'homme, les contradictions se multipliaient davantage encore… Une véritable énigme…
Sa stupeur et son incompréhension durent se lire sur son visage, car les lèvres de Severus s'étirèrent en un léger rictus narquois et moqueur.
- Un petit conseil pour notre prochaine confrontation, lui dit Severus, d'une voix doucereuse mais non glaciale, ne baissez jamais votre garde. C'est à se demander ce qu'ils vous apprennent à l'Académie des Aurors.
- Mais… Tenta de répliquer le jeune homme.
- Et vous devriez aussi prendre du diatame, si vous ne souhaitez pas garder de trop grandes cicatrices.
- Mais… Tenta de nouveau l'Auror, profondément troublé. A quoi jouait donc ce Mangemort ?
- Maintenant, vous m'excuserez, mais je n'ai pas que ça à faire. Impedimenta.
Le jeune homme ne put faire aucun mouvement, cloué sur place, à terre. Il roula des yeux d'incompréhension et de peur également. Il ne comprenait vraiment plus le comportement de cet homme…
Severus déposa d'un geste nonchalant la baguette du jeune homme sur son torse et se releva, avec quelques difficultés, grimaçant légèrement sous la douleur. A cette vue, le jeune homme cessa aussitôt de s'agiter. Visiblement le Mangemort ne souhaitait pas le tuer… Il l'avait soigné, alors qu'il était lui-même blessé, et l'avait simplement immobilisé pour pouvoir partir sans crainte… Précieuse précaution, puisqu'il n'aurait pas manqué, à coup sûr, d'essayer de le capturer, même si l'homme ténébreux lui avait sauvé la vie…
Severus était pour sortir de la zone anti-transplannage que les Aurors avaient mise en place en arrivant, quand quatre autres 'pop' se firent de nouveau entendre, et à peine quelques secondes après, un sort fusa dans sa direction. Il eut juste le temps de l'esquiver, avant de se protéger de son fameux bouclier.
Des renforts venaient d'arriver pour porter main forte à leurs collègues. Quatre autres Aurors avaient ainsi fait irruption sur sa paisible falaise… Enfin plus si paisible que ça depuis quelques minutes…
Severus maugréa intérieurement. Quatre autres Aurors ! Donc huit, puisqu'ils venaient, bien évidemment, de libérer leurs collègues neutralisés. Il avait déjà eu grand mal devant les quatre précédents, alors contre huit… Inutile de tergiverser, il était fait… Il n'avait aucune chance.
Soudain les sorts cessèrent. Le deuxième groupe avait dû être averti de sa nouvelle invention et avait donc jugé préférable de ne pas attaquer de suite son bouclier. « Sage décision, malheureusement pour moi… » Pensa Severus.
- Rends-toi maintenant Severus. Reprit le plus âgé du premier groupe.
- Oui, rendez-vous, renchérit la jeune femme, vous êtes un adversaire redoutable et vous avez bien failli nous échapper, encore, mais vous ne pouvez faire face à huit Aurors bien entraînés.
- Sans compter que vous êtes blessé. Ajouta le plus jeune qu'il venait de soigner et qui se relevait tant bien que mal, encore un peu vacillant.
- Je ne suis pas le seul dans ce cas-là. Rétorqua Severus, d'une voix calme et froide, histoire de gagner du temps, pour trouver une quelconque issue à cette situation désespérée. Et je ne parierais pas autant que vous sur la qualité de votre entraînement…
- Mais vous n'avez pas d'issue, vous êtes cerné. Continua un des nouveaux arrivés, un homme légèrement plus âgé que lui vraisemblablement et avec un léger accent étranger. Américain peut-être ?
Mais Severus n'avait pas le temps de s'attarder sur l'étude de cet accent et de sa probable origine, aussi intéressant que soit le sujet. C'est alors qu'il constata la présence de Maugrey dans le groupe de renfort. C'était bien sa chance, ou plutôt sa malchance… De tous les Aurors faisant également partie de l'Ordre, il fallait qu'il tombe sur celui qui lui gardait le plus rancune, et qui ne manquerait certainement pas une occasion pour se venger.
Les Aurors formaient dès lors un demi cercle parfait, ne lui laissant effectivement aucune possibilité de s'échapper de ce côté, et l'obligeaient, qui plus est, à reculer dangereusement vers le bord de la falaise. Sans compter qu'il ne pouvait se permettre de regarder en arrière, pour vérifier l'écart qu'il lui restait avant de se retrouver complètement acculé. Et ce qui devait arriver, arriva…
Severus continuait à reculer, lentement mais sûrement, quand il sentit soudain son pied à moitié dans le vide. Il était arrivé au bord de la falaise, définitivement acculé… acculé au vide, comme un animal traqué. Il n'avait plus aucune issue, et aucune solution plausible ne lui venait à l'esprit. Rien.
Il était cependant hors de question qu'il se rende. Pour rien au monde il ne retournerait à Azkaban. Non, jamais, jamais sans se battre et sans vendre chèrement sa vie et sa liberté avant, du moins…
Severus maintenait toujours son sortilège du bouclier devant lui, comme un misérable et désespéré rempart vers l'inévitable, mais il se sentait faiblir. Il était difficile de maintenir très longtemps un quelconque sortilège, même le plus basique, sans épuiser ses réserves magiques…
Il se risqua alors un coup d'œil en arrière, sa seule possibilité maintenant… Le vide, le gouffre béant du vide, et plusieurs mètres plus bas la mer déchaînée, dont les vagues venaient se fracasser contre la falaise et les pics rocheux qui pointaient leurs dents acérées au milieu de l'écume rageuse. S'il sautait à la mer, il avait toutes les chances de se briser les os sur ces rochers, et même s'il échappait aux rocs épineux, il serait projeté sans scrupule par la mer traîtresse contre la dure roche de la falaise… Aucune chance d'y survivre, à moins d'un miracle.
A moins que… Une idée des plus inimaginables germa dans l'esprit tortueux et désespéré du Maître des potions. Si seulement il pouvait transplanner… Mais pour cela, il faudrait passer les barrières anti-transplannage mises en place ! Il faudrait qu'il puisse sortir de la zone, elle ne devait faire que quelques mètres, tout au plus. Et si… Il regarda à nouveau derrière lui, évaluant la hauteur de la falaise. Et si… Et si…. Non, impossible, il n'y arriverait jamais… Ca ne s'était jamais fait… Mais avait-il le choix ?
Après tout, qu'avait-il à perdre à tenter sa chance… Non, ne parlons pas de chance, il n'en avait jamais eu. Qu'avait-il à perdre à tenter le coup ? Il n'était peut-être pas chanceux, mais talentueux, oui… Il devait essayer.
Sa décision prise, il se retourna une dernière fois vers ses interlocuteurs, une lueur presque démente animant ses prunelles sombres et profondes.
- Que comptes-tu faire, Snape ? Claironna Maugrey, jubilant quelque peu de la situation.
- Vous ne comptez tout de même pas sauter ? S'enquit le jeune Auror que Severus avait sauvé précédemment.
- Je constate que l'on ne peut rien vous cacher, jeune homme. Lui répondit Severus, d'une voix traînante et nonchalante.
- Mais c'est du suicide ! S'exclama le plus jeune.
- Du suicide ? Voyons Monsieur… Monsieur Claverley, Severus venait enfin de retrouver le nom de ce jeune homme, un ancien élève bien évidemment, de Serdaigle si ses souvenirs étaient exacts. C'est bien votre nom, Claverley, je me trompe ?
Le jeune homme acquiesça silencieusement, médusé. Médusé par le fait que son ancien professeur se souvenait de son nom, lui un élève plutôt insignifiant parmi tant d'autres pour ce sombre Maître des potions, et surtout médusé par tant d'aplomb et d'assurance alors que cet homme allait se jeter dans le vide et probablement se tuer par la même occasion.
- Voyons Monsieur Claverley, reprit Severus, imperturbable, un léger sourire hautain flottant sur son visage, qui vous parle de suicide ?
- C'est de la folie, Snape. Tu ne penses tout de même pas t'en tirer en sautant de cette falaise ?! Intervint Maugrey, qui cette fois avait perdu pour sa part toute assurance. Qu'allait dire Minerva, si elle apprenait qu'il avait laissé Snape se suicider ?...
- Mesdames, Messieurs, fit Severus, tout en leur adressant une pompeuse révérence et en abaissant d'un coup son bouclier, je me vois contraint de vous laisser. Avec tous mes hommages.
Sur ces derniers mots, il se retourna dans un somptueux tourbillon de cape noire pour faire face au vide, puis fermant les yeux, prenant une grande inspiration et écartant les bras en croix, il se laissa tomber dans le vide.
« Courage Severus. Tu peux y arriver, tu peux y arriver, concentre-toi… Concentre-toi » se psalmodia-t-il. Mais la panique et la peur menaçaient de le submerger à tout instant, alors qu'il sentait le vide le happer inexorablement vers le bas, dans une chute vertigineuse, sentant comme un trou béant dans son cœur et dans ses tripes. Comme un vide sans nom.
Les Aurors, quant à eux, accoururent au bord de la falaise, pour assister à la descente abyssale et suicidaire du Mangemort. Ils ne virent en fait qu'une envolée de capes noires gonflées par le vent, telles les ailes déployées d'un grand oiseau de proie, dans un majestueux vol en piqué… Ils en eurent le souffle coupé, retenant presque leur respiration, en attendant l'impact inévitable avec la mer rugissante ou les rochers acérés.
« Concentre-toi, concentre-toi. Déjà ralentis ta chute… » Continuait Severus.
Il lutta alors contre le vent et la force du vide pour rabattre ses bras contre sa poitrine. Il y parvint, au bout d'un effort incommensurable, qui lui arracha mille aiguilles douloureuses à son épaule blessée. Il serra convulsivement sa baguette et hurla la formule, qui lui permit de ralentir sa course folle vers les flots tumultueux.
Il se crut comme dans un ralenti, voyant la falaise défiler lentement, très lentement. Il avait au moins réussi à ralentir sa chute. Maintenant, il ne lui restait plus qu'à transplanner. Plus facile à dire qu'à faire. Jamais il n'avait essayé de transplanner en plein mouvement. Cela s'était-il déjà fait d'ailleurs ? Etait-ce seulement possible ? Il n'en avait aucune idée, mais l'heure n'était plus aux questions.
Il essaya de se calmer et de se concentrer à nouveau. Mais il sentit tout à coup une douleur fulgurante lui chauffer le flanc gauche, certainement un sortilège lancé par les Aurors… Maudits soient-ils…
Il devait transplanner. Maintenant ou jamais. Il rassembla ses esprits et concentra toutes ses pensées sur son but. Il sentit alors cette désagréable sensation si caractéristique… Comme s'il était tiré par le nombril dans une autre dimension… Le transplannage, il transplannait !!
Il se sentait à la fois anxieux et soulagé… Anxieux, car avait-il réussi à transplanner sans se désartibuler ? Mais soulagé car, du moins, il avait un secret espoir d'avoir réussi et d'avoir échappé aux Aurors.
Il atterrit soudain douloureusement sur une surface dure, son flanc gauche heurtant violemment le sol, cette chute brutale le ramenant à la réalité. Il avait réussi à transplanner vraisemblablement… Il devait être dans une rue de Londres et, si tout allait bien, il devait se trouver devant le quartier général de l'Ordre.
Il voulut vérifier rapidement s'il était en un seul morceau, mais la douleur à son épaule se rappela cruellement à lui, il renonça donc momentanément à bouger. Au moins, il sentait tous ses membres, donc il devait être en un seul morceau, Merlin merci…
Maintenant ne restait plus qu'à se lever et regagner la demeure si accueillante des Black. Autre paire de manches ! En tout cas, s'il s'en sortait, cet exploit resterait à coup sûr dans les anales… Et même s'il ne s'en sortait pas d'ailleurs…
Il ne put réprimer alors un ricanement à cette idée.
C'est ce moment que choisit Maugrey pour apparaître à quelques mètres de lui. Mais cela ne put arrêter Severus dans son envie de fou rire. Seule la douleur l'empêchait réellement de rire à gorge déployée…
- Nom d'un dragon enragé ! Mais tu es complètement dingue Snape ! Quel culot ! Se jeter dans le vide… On a vraiment cru que tu voulais te tuer… Quel saut…
Severus ricana de plus belle.
- Qu'est-ce que tu as à ricaner comme un idiot ? Tu es tombé sur la tête ou quoi ?
Severus continuait toujours de ricaner, et se roula légèrement sur le dos pour mieux voir Maugrey. Celui-ci semblait vraiment énervé, non enragé, tel le dragon qu'il venait d'évoquer… Cette image déclencha à nouveau cette envie de fou rire irrépressible, inexplicable… Peut-être devenait-il fou, Maugrey avait peut-être raison ?!
- Par Merlin et les fondateurs tous puissants ! Reprends-toi Snape. Arrêtes donc de rire de la sorte, ça ne te va pas du tout.
Mais Severus ne pouvait s'arrêter, incapable de se contrôler pour une fois. Et en fait, il n'en avait pas envie, c'était tellement jouissif de voir Maugrey fulminer devant lui, après ce coup magistral qu'il venait de faire aux Aurors…
Il entendit soudain une porte s'ouvrir non loin et des pas accourir vers eux.
- Alastor. Severus. Entendit-il dire au dessus de lui. Qu'est-ce qui se passe ?
C'était Molly, qui paraissait très inquiète, comme les intonations de sa voix l'indiquaient. Ceci eut pour effet de calmer instantanément Severus.
- Ah, tu t'es enfin décidé à cesser de ricaner. Conclut Maugrey.
- Mais vous êtes plus sérieusement blessé qu'on ne le pensait, Severus. S'exclama Molly.
Severus ne répondit toujours pas, et tenta de se relever, ce qui lui élança l'épaule gauche et le flanc. Il ne put réprimer un léger gémissement sous l'effet de la surprise. Traîtresse douleur. Toujours là au mauvais moment…
Il se sentit alors soulevé de terre par des bras puissants. Maugrey. Il aurait aimé protester, rechigner, mais il se contenta de se dégager de cette emprise, tout en jetant à sa canne providentielle un regard noir meurtrier. Il était peut-être blessé, mais il avait encore des jambes…
Ils rentrèrent tous trois dans la demeure des Blacks, essuyant les injures en tout genre du portrait de l'ancienne propriétaire, et Molly les conduisit dans la cuisine. L'aiguille de l'horloge portant le nom de Severus passa alors de « en danger de mort » à « blessé ».
- Je vais devoir vous laisser Molly. Intervint Maugrey. Je dois retourner auprès de mes collègues, pour brouiller les traces. Ajouta-t-il, tout en regardant ostensiblement Severus d'un œil mauvais.
Ce dernier le lui rendit, sans un mot. Et Maugrey sortit.
A peine le vieil Auror fut-il sorti, que Severus se fit plaquer sauvagement au mur par deux bras vigoureux, lui provoquant une onde de choc de douleur tout le long de son côté gauche. Black cette fois… En fin de compte, il n'avait pas changé tant que ça ! La hache de guerre semblait de nouveau déterrée, visiblement…
- Sirius, non. Tenta Molly, mais sans succès.
- Comment oses-tu te présenter ici, après ce qui s'est passé à Pré au Lard hier soir ? Cracha Sirius, enragé.
- Black. Lui répondit Severus d'une voix glaciale. Je vois que tu t'es parfaitement remis de ce qui s'est passé, justement.
- Je ne parle pas de ça. Et tu le sais très bien. Que tu me laisses, moi, sous les doloris, passons… Venant de toi, rien d'étonnant. Mais Harry ?!
- Potter. Encore et toujours Potter. Et que crois-tu que j'ai fait ?
- Tu n'as rien fait. Tu as laissé faire Malefoy… comme tu as laissé faire Bella avec moi…
Severus ricana de dépit. Un ricanement où l'amertume était palpable pour tous ceux qui l'entendaient.
- Et ça te fait rire, en plus ? S'exclama Sirius, furieux. Il resserra son emprise sur Severus, lui serrant la gorge douloureusement.
- C'est toi… qui me fais rire, Black. Parvint à souffler Severus, entre deux inspirations devenues difficiles, tout en portant ses deux mains sur celle qui lui enserrait dangereusement la gorge, comme pour tenter de se défaire de cette emprise, mais en vain.
- Je pourrais très bien te faire passer cette envie de rire, Snivellus. Lui rétorqua l'animagus.
- Et qu'attends-tu donc ? Vas-y… Personne ne te reprochera… ton geste, profites-en… murmura Severus, de plus en plus haletant.
- Si, moi. Fit une voix depuis le seuil de la cuisine.
Nuwan. « Elle est douée pour arriver au bon moment… » Pensa Severus.
- Et moi. Ajouta une autre.
Rémus. « Nuwan, d'accord. Mais de quoi le lupus se mêle-t-il donc ? Qu'il reste donc à sa place, c'est encore ce qu'il sait faire de mieux… » Fit Severus en son fort intérieur.
Sirius relâcha son étreinte, ce qui permit à Severus de reprendre une respiration plus normale, en se penchant légèrement en avant, tout en massant son cou douloureux.
- Reste donc en dehors de ça, lupus. Continue donc comme tu as toujours su si bien faire : n'interviens pas dans ces histoires.
Sirius était prêt à se jeter de nouveau sur Severus, mais fut arrêter de nouveau par la voix de Rémus.
- Non, laisse. Il n'a pas tout à fait tort.
- Mais tu délires, Rémus. Que tu n'aies rien à faire de ce qu'il puisse dire sur toi, soit. Mais ce qu'il a fait ce soir me montre, qu'encore une fois il nous a bien dupé…
- Cela montre surtout que tu n'as rien compris. Rétorqua Severus, la voix cassante.
- Ah oui ? Et alors pourquoi tu n'es pas intervenu, quand Bella m'a jeté le doloris sous tes yeux ?
- Tu aurais peut-être voulu que je m'interpose ? Cela aurait fait très crédible en effet. Je te rappelle que je suis censé être des leurs, un Mangemort comme eux. Et à ma connaissance un Mangemort ne va pas porter secours aux membres de l'Ordre, même un membre aussi éminent que toi ? D'ailleurs je te félicite par la même occasion, ton retour parmi les vivants va rapidement être officialisé, tu peux faire confiance à Bella… Je suis sûr que ta charmante photo fait déjà la une d'aujourd'hui…
- Censé être Mangemort, seulement ? Reprit Sirius, voulant éviter le sujet délicat de cette « officialisation ».
Cela ne l'arrangeait pas en effet, ni l'Ordre d'ailleurs. Il aurait mieux valu que cette information reste secrète, tout du moins jusqu'à ce qu'il puisse prouver son innocence. Il aurait dû être plus prudent, se camoufler ou autre, mais dans le feu de l'action… Cependant pour rien au monde, il ne donnerait raison à Snivellus. Mieux valait revenir au sujet qui l'intéressait, à savoir l'implication de Snape dans la catastrophe de la veille.
- Oui, censé. Répondit le Maître des potions, impassible. Mais pour ta gouverne, sache que je ne suis pas resté aussi inactif que tu te plais à le faire croire.
Un silence de plomb les enveloppa un instant.
- A ton avis qui a prévenu Lupin de ta position et de ta situation… disons… délicates ? Reprit Severus, amer.
- C'était donc toi ? S'écria Rémus.
- Oui, Lupin, c'était moi. Qui d'autre sinon ?!
- C'était vous quoi ? Se risqua Molly.
- Quand nous combattions un petit groupe de Mangemorts en retrait, Tonks, Sturgis et moi, j'ai entendu une voix dans mon esprit me prévenant que Sirius était en danger à quelques mètres derrière nous, lui expliqua Rémus sans lâcher Severus du regard. C'est ainsi que nous sommes arrivés pour lui porter secours.
- L'aggelomencie. Conclut Nuwan.
Severus hocha simplement la tête en guise d'acquiescement. Au moins sa fille relevait le niveau général vraiment déplorable.
Sirius, pour sa part, se sentait soudain mal à l'aise. Se pouvait-il qu'il se soit encore trompé et qu'il ait jugé trop vite ? Il déglutit péniblement, avant d'ajouter :
- D'accord, tu as peut-être appelé au secours pour moi. Mais pour Harry, alors ?
- Que crois-tu donc que j'ai fait ? Lui cracha Severus. Que j'ai lancé moi-même le doloris ? Ou que je me suis délecté à sa vision se tordant sur le sol ? Tu es pathétique, Black. Et après, tu prétends vouloir me connaître ?! Mais tu es incapable de voir plus loin que le bout de ta truffe, comme tout bon cabot qui se respecte…
- Alors pourquoi as-tu laissé Malefoy faire ?
- Et que crois-tu que j'ai fait, imbécile ? Qui aurait donc arrêté le sortilège avant qu'il n'atteigne son apogée ? Grâce à qui, à ton avis, Potter a-t-il évité de se faire doloriser davantage ? Et comment crois-tu qu'il soit parvenu à éviter un sort plus déplorable encore ?
- Comment voudrais-tu que je te croie ? Fit Sirius, encore incrédule.
- Ce qu'il dit est vrai. Fit Harry du haut de l'escalier, d'une voix encore ensommeillée.
Il avait entendu les cris de son parrain, et venait de se lever, malgré les ordres de Molly de rester au lit, et bien qu'encore un peu faible, pour voir de lui-même ce qui justifiait cette crise de colère. Il avait donc entendu les derniers échanges venimeux entre Snape et Sirius. Il appréciait l'inquiétude sincère que son parrain éprouvait pour lui, mais il devait aussi s'avouer que Sirius était injuste envers Snape. Même s'il avait du mal à apprécier l'homme, il ne pouvait laisser dire sans rétablir la vérité…
- Jeune homme au lit. Et tout de suite. S'écria Molly, furibonde, jetant un regard noir de reproche à Sirius, avant de se précipiter vers Harry pour le forcer à se recoucher.
- Je… je… commença Sirius, la voix s'étranglant dans sa gorge nouée.
Il se serait donc bien trompé… Harry n'avait pas eu le temps de leur raconter tout en détails, accaparé par Molly et Madame Pomfresh, inquiètes toutes deux pour le jeune trio. Il savait juste de Madame Pomfresh qu'Harry avait reçu un doloris de la part de Lucius, mais Harry n'avait pas voulu en dire davantage. Cependant Sirius avait bien entraperçu que Sniv... que Severus était présent à ce moment-là… Il en avait donc conclu que… Mais il avait conclu trop vite apparemment. Encore une fois.
- Je…
- Je, quoi, Black ? Sois un peu plus explicite ? Aurais-tu perdu tes mots ? Siffla Severus, sa voix ne cachant plus sa colère froide.
- Je…
- Tu ferais mieux de te taire au lieu d'aggraver ton cas. Murmura-t-il sa voix devenant soudain basse et lasse.
Au fond de lui, il était déçu… Profondément déçu. Il s'était laissé à croire… à croire que lui et Sirius pouvaient peut-être mieux s'entendre. Surtout pour Nuwan. Mais c'était visiblement illusoire, et il venait d'en avoir la preuve flagrante. Ce qui lui laissait un goût âpre et amer, plus que jamais… Sirius, quant à lui, baissa la tête, penaud, tel un chien pris en faute.
- Ne me parle plus jamais de confiance, Black. Plus jamais. Reprit Severus d'un ton où perçait toute son amertume. Tu viens de me démontrer que cela était impossible entre nous.
Sirius releva le regard, un regard où perlait aussi une lueur de déception… Severus soutint son regard, sans ciller. Ce fut finalement Nuwan qui rompit l'atmosphère glaciale et tendue.
- Vous êtes blessé apparemment. Dit-elle à l'attention de Severus. Laissez-moi donc regarder ça.
- Je peux très bien me débrouiller seul. Répliqua-t-il, froidement.
- Je m'en doute bien. Mais c'est tout de même beaucoup plus facile quand une tierce personne vous soigne… Et cela me ferait tellement plaisir. Le ton de la jeune femme ne laissait aucune place à la discussion.
Elle s'avança alors vers Severus et commença à lui défaire sa cape, sans prêter plus d'attention aux deux autres. Mais Severus n'avait pas oublié leur présence. Il stoppa Nuwan dans son mouvement d'une douce étreinte au poignet, et lui désigna du regard les deux compères tout en disant, d'une voix hargneuse.
- Pas ici.
Elle suivit son regard et comprit aussitôt. Elle poussa alors sans ménagement Rémus et Sirius vers le petit salon et leur ferma la porte au nez, sans un mot, sans un commentaire. Elle fit de même avec la porte donnant sur le hall d'entrée.
- Nous voilà seuls et à l'abri des regards. Maintenant laissez-moi faire.
…………………………………………………………………………………………………
Severus était assis sur une chaise à califourchon, tandis que Nuwan soignait ses différentes blessures, passant sa baguette le long des plaies du dos.
- Tu étais donc avec Minerva devant Honeydukes pour rapatrier les blessés à Poudlard ? demanda Severus, rassuré au fond de lui que sa fille n'ait pas été trop exposée au feu ennemi.
- Oui, Ginny et moi faisions les premiers soins d'urgence dans Honeydukes, avant que Pompom ne s'occupe des derniers soins, plus longs et plus pointus, à l'infirmerie de Poudlard.
- Et Mixiel, où était-il ?
- Il a insisté pour se joindre aux autres, mais l'Ordre a jugé plus judicieux qu'il ne se montre pas trop…
- A cause de sa ressemblance avec moi, n'est-ce pas ?
- Oui. Mixiel était furieux. Mais il a tout de même dû se plier aux exigences de l'Ordre, il est donc resté avec nous à Honeydukes.
Tous deux se turent momentanément. Severus était soulagé que Nuwan et Mixiel n'aient pas été en trop grand danger lors de cette attaque. Il comprenait l'entêtement et la détermination de Mixiel à prendre part au combat, lui-même aurait réagi de la même façon, mais il préférait de loin qu'il reste en retrait…
- Et vous ? Que s'est-il passé exactement pour que vous rentriez dans cet état ?
Severus lui relata alors comment les événements s'étaient déroulés pour lui, répondant patiemment aux questions de sa fille, sans sa réserve habituelle, tout du moins une réserve moins prononcée. Il se garda bien évidemment de lui parler du lieu exact où il s'était réfugié. Il ne parla pas non plus des doloris et de la fureur du Lord Noir, mais à son regard, Severus savait qu'elle s'en doutait. De toute façon, le léger tremblement de ses mains parlait pour lui… Nuwan écoutait attentivement, tout en continuant sa tâche, jusqu'à ce que Severus lui raconte sa rencontre avec les Aurors.
- Et vous avez sauté ? Mais c'était de la folie pure ! S'exclama-t-elle, estomaquée par ce côté kamikaze…
- Oui, j'ai sauté. Je n'avais pas d'autres choix… à part celui de me rendre, et ça, il en était hors de question. Répondit Severus, impassible.
- Mais si vous aviez raté votre coup, vous auriez pu vous tuer ?!
- Peut-être, mais ce n'est pas le cas. Je suis toujours vivant, comme tu peux le constater. Et un Snape n'échoue jamais, je ne suis pas n'importe quel sorcier tout de même. Ajouta-t-il avec un rictus moqueur, tournant légèrement la tête de côté pour regarder sa fille derrière lui du coin de l'œil.
- Non, ça, je l'avais remarqué. Répliqua-t-elle, lui rendant son sourire espiègle.
Un nouveau moment de silence s'installa entre eux, mais non tendu. Nuwan s'attaquait enfin à la dernière plaie, dans le bas du dos. Son regard s'attarda quelques instants sur le tatouage qui ornait le dos de son père : un tatouage sorcier de grande taille, de couleur noir, représentant un serpent s'entortillant autour de la colonne vertébrale, la tête arrivant jusqu'à mis dos, et vous fixant du regard, accompagné de chaque côté de sa queue, à la base du bassin, d'un lion à droite et d'un aigle à gauche, la queue du serpent s'enroulant autour des deux autres animaux. Ce tatouage réalisait de lents mouvements, le serpent ondulant, tandis que le lion battait de la queue et que l'aigle battait majestueusement des ailes.
- Etrange tatouage. Fit-elle, d'une voix un peu distante, songeuse. Et très joli. Que représente-t-il ?
Severus hésita à répondre. Ce tatouage avait une signification très personnelle pour lui. Il ne l'avait jamais révélée à personne. Devait-il lui dire ? Et s'il refusait de lui répondre, comment le prendrait-elle ? Mal, sûrement… Et leur relation était tellement chaotique déjà, ils commençaient à peine à apprendre à se connaître. S'il ne lui répondait pas, il risquerait peut-être de tout gâcher…
- C'est un peu délicat. Disons que c'est un souvenir de ma répartition. Répondit-il finalement, la tête toujours tournée de côté pour observer à la dérobée les réactions de la jeune femme.
- Un souvenir de ta répartition ?
- Oui, un souvenir de ma répartition. Répéta-t-il.
Puis voyant qu'elle restait perplexe, il ajouta, presque en un murmure :
- Le choipeau a longtemps hésité avant de me placer à Serpentard.
- Vraiment ? S'enquit Nuwan, visiblement très curieuse d'en apprendre plus.
- Oui, vraiment. Répondit-il, de plus en plus mal à l'aise.
La jeune femme s'empara d'une chaise qu'elle plaça alors devant Severus et s'y assit, attendant patiemment que son père se décide à en révéler un peu plus. Il l'observa un instant puis reprit, calmement, bien qu'un peu ému à ce souvenir :
- En fait, quand on m'a placé le choipeau sur la tête, celui-ci m'a parlé longuement. Je l'entends encore me dire : « Humm voilà un esprit bien tortueux et très complexe… Alors, alors… un esprit brillant et avide de savoir, toujours le nez dans les livres en tout genre… Serdaigle pourrait te convenir, mais… mais je vois également une farouche détermination à faire ces preuves et un esprit rusé, très rusé même. Serpentard t'irait très bien aussi. Cependant tu présentes de nombreuses autres qualités, dignes de Griffondor cette fois, le courage et la bravoure, un sens de l'honneur très développé… Tu serais prêt à tout sacrifier pour les tiens… »
Severus marqua une pause. Il se souvenait parfaitement de sa répartition, presque comme si c'était hier. Ces mots, les mots que le choipeau lui avait dits alors, étaient restés à jamais gravés dans sa mémoire, et résonnaient encore en lui, comme s'il avait de nouveau le choipeau sur la tête.
- Et… Et qu'est-ce qui a décidé le choipeau à vous placer à Serpentard ? Se risqua Nuwan, voyant Severus de nouveau perdu dans ses pensées.
- En fait, ce n'est pas vraiment lui qui a décidé. Il m'a laissé choisir en quelque sorte.
- Il vous a laissé choisir ?
- Oui. Il m'a demandé de réfléchir à ce que je désirais le plus.
- Et que lui avez-vous répondu ?
- Que je voulais prouver ma valeur, montrer qui j'étais, ce que je valais. Il m'a alors dit que Griffondor et Serpentard me correspondraient sans problème et m'a laissé le choix.
- Et pourquoi avez-vous finalement choisi Serpentard ?
- Pour plusieurs raisons certainement… Pour ne pas me retrouver dans la même maison que Black, déjà…
Cette dernière phrase fit sourire Nuwan. Dès leur première année, ces deux-là avaient déjà du mal à se supporter…
- Et peut-être aussi pour me retrouver dans la même maison que ma mère, comme tous les Prince…
Severus n'ajouta pas que le choipeau lui avait murmuré autre chose encore à l'oreille, avant de crier sa répartition à Serpentard. « Je respecterai donc ton choix et tu iras à Serpentard. » Lui avait-il dit. « Mais n'oublie jamais que, quelques soient tes choix et tes décisions, il y a toujours une lueur d'espoir… ». Cette dernière phrase avait profondément troublé Severus, plus encore que le reste… Comme si le choipeau avait une sorte de don divinatoire et avait vu ce que l'avenir allait lui réserver. Severus n'avait jamais oublié ces paroles, et ne les oubliera jamais.
La jeune femme hocha la tête, songeuse. Qu'en serait-il pour elle et Mixiel ? Le choipeau aurait-il autant de mal avec eux aussi ? Où les placerait-il ?
- En somme, vous n'êtes peut-être pas aussi Serpentard que vous le dîtes, et vous avez un côté Griffondor non négligeable. Conclut-elle, avec un sourire provocateur, ignorant ostensiblement le regard noir indigné que lui adressait son père.
- Ai-je bien entendu ? Fit une voix sur le seuil de la porte, en même temps que celle-ci s'ouvrait dévoilant la personne à qui cette voix appartenait.
- Minerva. Nous ne vous avons pas entendue arriver… S'exclama Nuwan, visiblement surprise.
Severus, quand à lui, s'était violemment retourné sur sa chaise, mais resta sans voix. McGonagall avait entendu… Et qu'avait-elle entendu au juste ? Depuis combien de temps était-elle arrivée ?
- Severus, ai-je bien entendu ? Reprit son ancienne collègue.
- Entendu quoi ? Répondit-il, cinglant, plus pour cacher sa gêne qu'autre chose.
- Et bien, vous venez de raconter à Nuwan votre répartition… Ainsi le choipeau aurait hésité entre Serdaigle, Serpentard ou Griffondor ? Enfin, surtout entre les deux derniers, si j'ai bien compris... Intéressant… Fit McGonagall, un large sourire s'étalant sur ses lèvres pincées, tandis que son regard pétillait de malice et d'amusement.
- Et alors ? Répliqua Severus de plus en plus mal à l'aise. Qu'y a-t-il de si étonnant ?
- Mais rien, Severus, rien… C'est juste que cela est plutôt intéressant et assez ironique, surtout lorsque l'on vous entend continuellement dénigrer les Griffondors stupides et sentimentalistes qui portent leur cœur en bandoulière…
C'est ce moment que choisirent Rémus et Sirius pour refaire irruption. A en voir leurs mines triomphantes, ils devaient, eux aussi, avoir tout écouté…
« Misère de misère. Par Salazar tout puissant, faîtes que tout ceci ne soit qu'un cauchemar et que je disparaisse à dix pieds sous terre… » Pensa Severus.
- Alors comme ça, tu serais peut-être allé à Griffondor ? Lança Rémus, un air indescriptible sur le visage, mais les yeux ambrés illuminés d'une lueur espiègle.
- En quoi cela peut-il t'intéresser ? Répondit Severus, méfiant.
- Oui, tu aurais pu, fit à son tour Sirius, presque moqueur. Mais tu n'y es pas allé.
- Et pourquoi, à ton avis ? Gronda le Maître des potions, la colère le gagnant peu à peu. Pourquoi ai-je choisi Serpentard ? Sans doute, pour mieux échapper à vos stupides préjugés de bien pensants, comme ceux concernant les Arts Sombres…
- Et pour mieux tomber dans d'autres… Répliqua Sirius, faisant allusion aux préjugés non moins stupides des Serpentards concernant les moldus et les Sangs purs.
Severus se tut quelques instants. L'animagus avait touché juste, mais inutile de lui laisser crier victoire…
- Et d'abord, que faîtes-vous là vous deux ? Siffla-t-il, comme toute réponse, tout en se levant promptement, et s'apprêtant à remettre sa chemise.
Mais au vu de l'aspect déchiré et sanglant de cette dernière, ainsi que de sa robe, il se ravisa, légèrement dégoûté. Il se contenta donc simplement de prendre ses affaires à la main.
- Mais je n'ai pas fini, il faut encore bander votre épaule. S'exclama Nuwan, le voyant prêt à partir.
- Ca ira très bien comme ça. Répondit-il, un peu sèchement.
Mais Nuwan commençait à le connaître suffisamment pour ne pas s'en offusquer.
- Severus… amorça Sirius, encore un peu hésitant.
Rémus et lui venaient d'avoir une discussion plutôt animée tous deux, et son meilleur ami lui avait fait prendre conscience qu'il avait réagi de façon disproportionnée, encore une fois, et surtout à la va-vite, sans chercher à comprendre.
- Qu'y a-t-il encore, Black ? Aurais-tu trouvé un nouveau méfait à me mettre sur le dos ?
- Severus, je… je voulais m'excuser. Répondit l'animagus, les dents serrées, la tête basse.
Voilà, c'était fait. Il avait réussi à présenter ses excuses… Par Merlin, que c'était difficile…
- Tu voulais t'excuser ? Soit, voilà qui est fait, ce me semble. Mais je ne suis pas sûr de bien vouloir accepter tes excuses minables et faites de mauvaise grâce.
- Severus, je vous en prie. Intervint McGonagall.
Mais elle se tut aussitôt devant le regard assassin qu'il lui adressa. Elle sentait que le moment était mal choisi, qu'en l'état actuel des choses, il n'y aurait rien à tirer du Maître des potions. Elle garda donc le silence, observant patiemment, espérant que ces deux-là n'allaient pas reprendre leurs anciennes querelles d'écoliers…
Sirius releva la tête, la colère affluant de nouveau dans son esprit. Que voulait-il donc de plus ! Il venait de s'excuser, nom d'un verracrasse bouseux… Qu'est-ce que Sniv… Severus voulait-il de plus ?
- Mais… Tenta-t-il de nouveau.
- Qu'est-ce que tu pensais ? Que des mots suffiraient ? Je me suis laissé avoir une fois de trop, mais je ne recommencerai pas la même erreur. Il me faudra plus que des mots, Black…
- Plus que des mots ? Mais je t'ai donné plus que des mots, non ?
- Ah oui ? Et quoi donc ?
Silence.
- Ton silence est assez éloquent, je crois.
- Mais Severus… Comprends-moi aussi. Comment veux-tu que je réagisse, quand je te vois impassible alors qu'on se tord de douleur à tes pieds sous les coups de tes amis Mangemorts ?
- T'entends-tu parler ? Non, vraisemblablement non… Tu es désolant. Répliqua Severus dédaigneusement. A t'écouter, je prends un malin plaisir aux jeux de mes soi-disant amis Mangemorts…
- Je n'ai pas dit ça…
- C'est tout comme. Fit Severus, le ton montant d'un cran. Aurais-tu oublié notre petite conversation dans la forêt ? Tu t'en rappelles, n'est-ce pas ? Cette fois, où tu as dit vouloir m'accepter tel que j'étais… Et ce, même avec cette Marque…
Se disant, Severus montra aux yeux de tous la Marque noire défigurant son avant bras gauche.
- Accepter cette Marque et tout ce que cela impliquerait… Continua-t-il, la voix redevenue sourde et légèrement menaçante. Je dis bien tout… Même si cela signifie devoir me retrouver en plein combat contre l'Ordre et devoir vous attaquer comme un bon petit Mangemort… Même si cela signifie devoir vous regarder encaisser les coups quels qu'ils soient, sans rien faire. Même si cela signifie devoir vous voir torturer sous mes yeux, sans pouvoir vous aider… Tu as dit vouloir accepter tout cela, mais visiblement tu en es incapable.
- Mais…
- Non, Black il n'y a pas de mais. Mon rôle n'est pas de combattre ouvertement à vos côtés, ni de vous materner en cas de coup dur. Je suis un espion, et je dois tout faire pour le rester, que cela te plaise ou non. Maintenant si tu es incapable d'accepter ce fait, alors restons-en là, mais ne dis surtout pas vouloir mieux me connaître… ni vouloir m'accepter…
- Et jusqu'où serais-tu prêt à aller pour rester espion, au juste ? Si Nuwan ou Mixiel avaient été ce soir dans la même posture que moi ou Harry, comment aurais-tu réagi? Et si tu devais les sacrifier toi-même, pour que l'Ordre puisse garder son espion, que ferais-tu ? Que choisirais-tu ?
- Sirius ! S'écria McGonagall, outrée, mais en vain.
Severus blêmit soudainement. Comment Black pouvait-il lui poser une telle question ? Que Merlin le préserve d'avoir à faire, à nouveau, un tel choix. Il avait déjà été confronté à une telle situation inextricable, il y a vingt ans de cela, et il avait dû prendre une décision qui lui avait définitivement brisé le cœur et l'âme…
Nuwan et Rémus préféraient garder le silence. Sirius et Severus devaient régler ça entre eux…
- La question ne se pose pas. Répondit finalement le Maître des potions, la voix rauque.
- Mais si la question se posait un jour… Insista l'animagus.
- Si la question se posait… Répéta Severus, d'une voix blanche, presque atone. Je ne sais pas…
Son regard se tourna alors vers sa fille, cette jeune femme si magnifique qui lui rappelait tant sa mère, cette femme si intelligente et si déterminée qu'il n'avait connue que récemment, mais qu'il avait si rapidement appris à apprécier… à aimer même… à aimer comme un père aime sa fille… d'un amour inconditionnel. Que choisirait-il ? En fait, au fond de lui, Severus savait, il avait déjà fait ce choix une fois, et ferait certainement le même si la situation l'exigeait…
- Certainement ce que j'ai toujours fait… Ajouta-t-il enfin.
Nuwan se doutait de la réponse… Elle se souvenait parfaitement du souvenir que Severus leur avait transmis, à elle et Mixiel, concernant leur mère Freyja… Elle savait ce qu'il était capable de faire et de sacrifier. Pourtant, elle ne lui en voulait pas. Au contraire, elle commençait à le comprendre… Et une pointe d'admiration pour cet homme si ténébreux, si déchiré aussi, émergeait en elle, tout doucement, prenant de plus en plus d'ampleur. Elle soutint le regard presque implorant et désespéré de Severus, et celui-ci perçut dans les yeux de sa fille une lueur étrange, comme… comme si elle l'approuvait. Elle ne lui en voulait pas… Elle comprenait. Elle l'acceptait. Severus en était profondément soulagé… et ému. Elle était digne de sa mère…
- Tu serais prêt à les sacrifier s'il le fallait ? S'exclama Sirius.
Severus ne répondit pas. Il ne le pouvait pas.
- Je ne comprends pas, Severus. Je ne sais pas comment tu es capable de faire de tels choix. Continua l'animagus.
- C'est bien là la différence entre toi et moi, Sirius. C'est pour cela que c'est moi l'espion, et non toi…
- Oui certainement, mais c'est difficile à accepter. Répondit Sirius.
- Alors je suis difficile à accepter… Répondit Severus.
- Je pense que j'ai besoin de temps pour ça. Conclut Sirius.
- Mais je n'en ai peut-être pas beaucoup. Répliqua Severus, l'air sombre.
Fin du chapitre 39.
