Que de reviews une fois encore, merci à tous!
Apparemment les réactions par rapport à Sirius étaient assez mitigées : vous avez tous apprécié l'explication sur son comportement assez agressif depuis son retour de derrière le voile, mais ce n'est pas pour autant qu'il est remonté dans vos coeurs à tous... Pauvre Sirius! Enfin, c'est vrai qu'il a beaucoup à se faire pardonner, il va devoir se montrer à la hauteur maintenant...
Tu vas être content Bohemio, toi qui aime bien Nuwan, là voilà de retour dans ce chapitre. Elle devrait toujours te plaire autant...
Mia tu n'es pas la seule à avoir apprécié l'histoire du tatouage, et d'ailleurs tous les membres de cette charmante maison de fous ont l'air aussi de l'apprécier... Ce qui va mettre les nerfs de notre cher Severus à rude épreuve, lui qui voulait qu'on le prenne pour un Serpentard pur et dur...
Polgarra, voilà un Severus un peu calmé, un peu moins fou, sa "folie tellement vivante" va être laissée au repos pour quelques temps. J'ai beaucoup aimé cette expression que tu as inventée, je la trouve effectivement trés bien adaptée à Severus... J'espère que tu ne seras pas trop déçue par ce chapitre moins enlevé...
J'espère que toi non plus tu ne seras pas trop déçu, Lone Wolf. Pas de combat Harry/Severus pour le moment, mais une petite joute verbale entre eux devrait te faire chaud au coeur, non? J'attends avec impatience tes impressions sur cette petite escarmouche entre eux deux.
Bon je vous laisse découvrir ce chapitre, plus calme que les autres, histiore de donner un peu de répit à Severus... Bonne lecture!
CHAPITRE 41 : Journée reposante ?
Severus buvait tranquillement son café du matin, seul, dans la cuisine. Pour une fois, il s'était levé avant Molly. Pas étonnant à vrai dire, à six heures du matin à peine…
Pourtant, sa douce quiétude ne dura guère longtemps. Arthur et Molly arrivèrent tous deux, un sourire jovial accroché au visage.
- Bonjour Severus. Firent-ils en chœur.
- Bonjour. Maugréa le dénommé entre ses dents. « Raté. » Pensa-t-il. « Que c'est difficile de rester un moment seul dans cette satanée maison de demeurés… »
Les nouveaux arrivés n'insistèrent pas devant l'humeur massacrante, habituelle, du Maître des potions. Arthur s'installa donc à son tour, pendant que Molly commençait à s'affairer.
Severus, pour sa part, tenta de les ignorer, jusqu'à ce qu'il aperçoive Arthur dérouler la Gazette du Sorcier pour la lire tout en sirotant son café.
Un instant… La Gazette du sorcier ? Pas celui d'aujourd'hui ? Pas à cette heure là ? Il était trop tôt… Severus regarda alors le dit journal, essayant de déchiffrer la date sur la première page, mais en vain. Arthur le tenait trop penché sur sa tasse, pour pouvoir lire quoi que ce soit.
Mais le regard soudain intéressé de Severus n'échappa pas à la vigilance de Molly, qui donna un discret coup de coude à son mari, pour attirer son attention. Celui-ci releva lentement les yeux vers sa tendre épouse, interloqué. Elle lui indiqua alors d'un simple signe de tête le Maître des potions, assis un peu plus loin, puis la gazette qu'il tenait encore en main, essayant ainsi de lui faire comprendre ce à quoi elle pensait.
Severus, voyant le manège du couple, se détourna aussitôt, feignant l'indifférence la plus totale, le nez dans sa tasse, humant le doux parfum qui s'y dégageait et qui lui réveillait doucement les neurones encore quelque peu ensommeillés. Mais Arthur avait parfaitement compris où Molly voulait en venir, et s'exclama, d'un air faussement innocent :
- Je pensais finir la Gazette d'hier, mais il n'y a vraiment plus rien d'intéressant à lire. As-tu eu le temps de la parcourir ? Demanda-t-il à sa femme, qui s'était enfin assise et entamait son petit déjeuner.
- Oui. Je pense aussi avoir lu le plus intéressant. Ce qui n'était pas bien difficile : à part le compte-rendu sur l'attaque à Pré au Lard et l'article sur Sirius, il n'y avait pas grand-chose.
Severus ne put retenir un petit rictus triomphant de se former sur ses lèvres. Il avait donc eu raison, le retour de Sirius parmi les vivants avait bien fait la une du journal, partagé comme il se doit avec l'attaque à Pré au Lard, cela va sans dire. Mais il aurait été curieux de lire lui-même les articles en question, d'une part pour jubiler sa victoire devant Sirius, d'autre part pour mieux appréhender l'impact que cette attaque avait eu sur le monde sorcier. Il devait tout de même se tenir au courant…
Bien que le jeu de Molly et Arthur manquât cruellement de finesse, il ravala son orgueil et s'empara du journal posé sur la table. Il le déplia alors lentement et commença sa lecture sans un regard, sans un mot, sans même prêter attention à l'air victorieux qu'arborait Molly… Comme si elle croyait pouvoir le manipuler de façon si peu subtile ! Pff… Enfin, qu'elle croit ce qu'elle veut, il s'en moquait comme de sa dernière chaussette… Quoique, même sa dernière chaussette se révélait avoir plus d'intérêt…
L'article sur l'attaque était d'une banalité affligeante, faisant l'éloge des Aurors, « légèrement » aidés par la population, alors qu'il aurait été plus honnête de dire que sans la population, et surtout sans l'Ordre, les Aurors n'auraient rien pu faire et seraient arrivés trop tard… Comme d'habitude…
L'article sur Sirius était par contre beaucoup plus amusant : l'animagus était toujours présenté comme un dangereux criminel, qui avait mystérieusement échappé à la mort, malgré tous les témoignages de son passage derrière le voile, et qu'il fallait à tout prix arrêter. Les journalistes émettaient alors toutes sortes d'hypothèses, sans queue ni tête, quant à l'explication de cette résurrection. Tout simplement risible.
Bien entendu, rien n'avait été révélé sur le splendide échec des Aurors à arrêter le Mangemort le plus craint après Voldemort, à savoir Severus Snape lui-même… Si la situation avait été autre, Severus en aurait ri, mais il se lassait de plus en plus dangereusement de cette situation… Et cette lassitude risquait de lui faire faire une regrettable erreur et de lui coûter la vie, ou pire la liberté…
Il reposa finalement à son tour le journal, tout en le repoussant de côté, et reporta son attention sur sa tasse de café, apercevant du même coup une assiette remplie d'œufs au bacon, assiette qui n'était pourtant pas là précédemment.
- Il faut manger quelque chose. Ce n'est pas bon de rester à jeun le matin ! Lui fit Molly, voyant son air mi-interrogateur, mi-meurtrier envers l'assiette.
Mais pour qui se prenait-elle ? Elle n'était pas sa mère… Cependant Severus ne put finir son monologue de pensées assassines, que Molly reprit, tout en lui adressant son plus beau sourire :
- Et voici des toasts pour aller avec…
Là, il était vraiment à deux doigts de commettre un meurtre. Mais encore une fois, il n'eut pas le temps de mettre ses menaces silencieuses à exécution, qu'Arthur intervint à son tour, soudain frémissant d'excitation :
- En parlant de toast, j'ai ramené une invention moldue hier soir…
Se disant, il se leva de son siège et se dirigea vers un placard, d'où il sortit un engin métallique de taille moyenne, de forme plutôt rectangulaire aux coins arrondis, et muni d'une fente sur un de ses côtés les plus longs… Engin moldu que Severus reconnut sans peine…
- J'aurais bien aimé le tester ce matin. Il paraît qu'il permet de toaster le pain…
Arthur posa alors le dit engin sur la table et se rassit, tout en regardant avec avidité la machine qui trônait fièrement devant lui. Severus l'observa un instant, presque incrédule…
« C'est pas vrai qu'il est atteint à ce point ?! » Se dit-il pour lui-même. Il avait entendu parler de la passion d'Arthur pour ces technologies moldues, Albus lui en avait fait part à de maintes reprises, et il n'avait pu échapper à deux ou trois anecdotes à ce sujet… Mais à ce point ! Severus ne comprenait vraiment pas comment on pouvait s'intéresser à de telles inventions… D'une part, elles étaient moldues, et donc forcément incomplètes ou imparfaites. D'autre part elles étaient le plus souvent tellement inefficaces par rapport à la magie… Certaines valaient à la rigueur la peine qu'on y jette un œil, et encore un seul, mais certainement pas celle-ci…
Arthur avait repris l'engin en main et commençait à le triturer dans tous les sens, essayant de comprendre comment il pouvait fonctionner…
- Les moldus appellent ça un… un… un quoi, déjà ? Fit-il l'œil vitreux d'exaltation enfantine.
- Un grille-pain… Grogna Severus, n'en pouvant plus de ce babillage puéril.
Comment un sorcier pouvait-il se ridiculiser ainsi devant une invention moldue si… si… si inutile, superflu, insignifiante, inefficace, superfétatoire… ? Bref, une invention ridicule et qui tombait toujours en panne ou ne marchait jamais comme on voulait… Moldue quoi !!
- Vous connaissez ? S'enquit Arthur, visiblement plein d'espoir et aussi assez surpris que Severus connaisse un tel engin, lui qui se disait détester les moldus… et tout ce qui y touchait de près ou de loin…
Severus grommela quelque chose d'inintelligible entre ses dents.
- Je n'ai pas compris ce que vous venez de dire. Insista Arthur.
Arthur était prêt à tout faire pour que Severus daigne lui répondre. Il voulait savoir, et Severus savait. C'était son homme… Suicidaire ? Peut-être…
- Je disais que oui, je connais cet engin.
- Ah… Répondit Arthur, attendant impatiemment la suite. Mais celle-ci ne venant pas, il ajouta, la voix enfiévrée d'un espoir à peine contenu : Et ?
- Et rien. Cracha Severus.
- Ah non. Vous connaissez cet engin, vous venez de l'avouer. Vous pouvez bien m'expliquer son fonctionnement quand même… Ca ne va pas vous tuer, tout de même.
Arthur avait presque inconsciemment insisté sur le mot Tuer, jouant, sans vraiment le vouloir, avec les nerfs de Severus. Pourtant, il n'avait pas voulu le blesser, pas délibérément… Après ce terrible soir, il ne lui avait plus jamais reproché la mort de son fils, et ne lui avait pas gardé non plus rancune à ce sujet, car il savait que Severus n'était pas vraiment responsable de ce choix… Il n'avait par ailleurs jamais cherché à se venger d'une quelconque manière de cet homme. Mais il avait compris aussi le point faible du Maître des potions : ses remords. Il n'aurait jamais pensé jouer ainsi avec ses sentiments ou ce point faible, jamais… Ce n'était pas son attention. Cependant l'allusion lui avait échappé…
Maintenant le mal était fait, impossible de ravaler ces paroles dès lors… Arthur se tut donc et observa attentivement la réaction de l'autre homme. Molly, quant à elle, s'était comme figée sur place. Elle n'en revenait pas de ce que son mari avait osé dire à Severus, elle ne l'aurait jamais cru si… et bien oui, si Serpentard. Elle attendait, elle aussi, avec appréhension, la réaction du Maître des potions, crispée dans cette ambiance soudain plutôt tendue…
Severus s'était lui aussi arrêté en plein mouvement, la tasse au bord des lèvres, mais le café qu'il s'apprêtait à boire ne les ayant pas encore franchies. Il reposa alors lentement la tasse sur la table, réalisant avec quelques difficultés ce que Arthur avait insinué… Il n'aurait jamais cru cet homme capable de faire une telle allusion… C'était si… et bien disons, c'était plutôt Serpentard… Cruellement Serpentard, même.
Il tourna doucement la tête vers Arthur et le jaugea quelques instants du regard. Ce dernier ne broncha pas, ni ne cilla, et soutint son regard. Mais Severus remarqua toutefois une certaine surprise sur le visage d'Arthur, comme s'il était lui-même surpris de son audace et surtout de ce côté si peu Griffondoresque… Une lueur de tristesse, mêlée à un certain amusement, traversa les obsidiennes de Severus, qui finalement décida, pour une fois, de céder. Inutile de raviver cette plaie béante pour tous deux.
- Cet engin fonctionne avec de l'électricité. Fit-il d'un ton distant, un peu froid toutefois.
- Bien, répondit Arthur. Electriciamodificum, ajouta-t-il, tout en faisant un mouvement de baguette en direction de l'appareil. Voilà qui est fait.
Severus arqua un sourcil, soudain déconcerté et visiblement curieux. Il savait qu'il était possible de modifier les appareils électriques moldus, pour qu'ils puissent se passer de cette forme d'énergie et ne fonctionner qu'à l'aide de la magie, toutefois il n'avait jamais utilisé un tel sortilège et ne l'avait jamais vu à l'œuvre. Mais Arthur interpréta mal son étonnement et le prit pour de l'incompréhension, il crut alors bon de lui fournir quelques explications :
- Ce sort permet aux objets moldus de fonctionner dans un monde magique sans électricité.
- Je l'avais parfaitement compris, merci bien. Rétorqua Severus sèchement, visiblement vexé qu'on puisse le croire si ignorant, avant de continuer, sur un ton légèrement moins polaire : Comme je le disais tout à l'heure, cet appareil est un grille pain, il permet effectivement de préparer du pain pour les toasts.
- Et comment fonctionne-t-il exactement ? Demanda Arthur, son excitation ayant rapidement repris le dessus.
Severus aurait levé les yeux au ciel, si sa dignité le lui avait permis. Il reprit donc sur un ton légèrement condescendant et moqueur :
- Déjà le mieux serait de poser l'engin sur la table. Si vous le gardez dans les mains, je doute de son efficacité. Ce n'est déjà pas garanti en temps normal, mais alors comme ça, je ne jure plus de rien.
Devant le manque flagrant de réaction de son interlocuteur, Severus se leva vivement, s'empara du dit engin en l'arrachant presque des mains d'Arthur, et le posa sur la table. Puis d'un geste passablement énervé, il attrapa deux morceaux de pain frais non grillés, les montra à Arthur comme pour lui dire « attention le spectacle va commencer », et les enfourna dans l'appareil. Il montra ensuite du doigt une sorte de petit levier sur le côté, et, voyant qu'Arthur avait enregistré l'information, l'abaissa.
- Et voilà le travail ! Fit-il, en croisant les bras sur son torse et en toisant d'un air narquois et conquérant le couple Weasley, qui était quant à lui médusé du spectacle…
- Génial ! S'exclama Arthur, comme un gamin qui vient d'obtenir une glace.
Severus soupira et retourna s'asseoir à sa place, presque désespéré de ce comportement.
Soudain le pain sauta, cette fois grillé, ce qui fit sursauter également Molly et Arthur. Bien évidemment, comme Severus s'y était attendu avec ce genre d'appareil, un des morceaux de pain s'était coincé avant de sortir et commençait à brûler…
- Et ça, c'est normal ? Demanda Arthur, un peu inquiet, l'odeur de brûlé lui chatouillant les narines.
- Non, pas vraiment, mais c'est assez courant. Répliqua le Maître des potions avec dédain.
Les Weasley semblaient plutôt désemparés, ne sachant comment réagir. Severus les prit alors en pitié et décida finalement de leur venir en aide. Pour tout dire, il ne voulait pas non plus provoquer un incendie… D'un gracieux coup de baguette magique, il sortit le pain coincé, maintenant carbonisé, et dit, un rictus cynique effleurant toujours son visage :
- C'est l'inconvénient avec ces inventions moldues. Elles ne fonctionnent jamais tout à fait correctement. Rien de mieux que les bonnes vieilles méthodes magiques.
- Je ne suis pas tout à fait d'accord… commença Arthur.
Mais il fut coupé par Molly, qui était démangée par une autre question depuis le début de la démonstration :
- Et comment connaissez-vous donc si bien cet appareil ?
Severus la fusilla du regard. Pourtant elle savait, non ? Elle savait qu'il n'était en fait qu'un Sang Mêlé… Ayant vécu pendant neuf ans dans un monde strictement moldu, où la magie était un sujet tabou, et dangereux pour la santé, enfin pour sa santé et celle de sa mère surtout, il connaissait forcément la plupart des inventions moldus, tout du moins celles de l'époque.
- Enfin, je veux dire… se reprit Molly, ayant compris qu'elle venait d'aborder un sujet sensible. Je sais que vous êtes… enfin, je me demandais si… si vous…
- Si je quoi ? Commença à s'emporter Severus.
- Si vous aviez vécu chez des moldus, et à la mode moldue, puisque vous étiez un Sang Mêlé, répondit effrontément une voix derrière lui.
Une voix qui horripila Severus. Potter. Le gamin s'était donc réveillé et avait jugé bon de venir l'importuner de si bon matin. C'était tellement plus amusant…
- Puisque vous avez la réponse, pourquoi donc poser la question ? Rétorqua finalement Severus, son ton tranchant et glacialement bas dénotant la tension intérieure qui le rongeait.
Harry vint s'installer tranquillement vers Molly et Arthur, et commença à se servir un petit déjeuner, comme si de rien n'était. Ce qui exaspéra davantage Severus.
- Je crois vous avoir posé une question, Potter. Fit-il de sa voix suave et dégoulinante de méchanceté et de froideur. Ou peut-être vos neurones déjà si peu nombreux sont-ils tout simplement déconnectés, pour que la conversation ne puisse se faire dans les deux sens ?
- Severus. S'offusqua Molly.
Mais Harry ne se démonta pas pour autant et répondit à son ancien professeur :
- Je croyais qu'il s'agissait juste d'une simple question rhétorique. Quant à mes neurones, ils sont en tout cas suffisamment connectés, pour se rappeler qu'avec vous une conversation ne peut se faire que dans un seul sens…
Harry jubilait. Il voyait Severus accuser difficilement le coup de cette réplique. Apparemment le Maître des potions, si fier de sa verve et de ses ripostes cinglantes et cyniques, ne s'attendait pas à ce que le petit Saint Potter puisse lui répondre de la sorte. Effectivement Severus resta cois un instant, un Stupefix n'aurait pu avoir plus d'effet. Potter venait de lui répondre, et ce de manière non dénuée d'intelligence pour une fois, avec un calme olympien… Remarquable. Severus aurait presque applaudi cette performance, si celle-ci ne s'était pas réalisée à son détriment…
- Bravo Potter. Finalement cette heure matinale semble mieux vous réussir, puisque vous paraissez enfin apprendre à aligner plus de deux mots. Un grand progrès !
- Comme quoi, tout arrive. Répliqua Harry, un air de défi profondément ancré sur le visage.
Severus se tut. Il sentait que s'il prenait de nouveau la parole, un avada risquerait de s'échapper… par inadvertance bien sûr… Ce serait dommage, vraiment dommage de perdre le Survivant en si bon chemin ! Donc Severus préféra se taire, son regard parlant bien mieux pour lui.
- Pourquoi détestez-vous autant les moldus ? S'enquit alors Harry.
En fait, il se doutait de plus en plus de la réponse, mais il voulait savoir, il voulait en avoir la confirmation, de la bouche de Snape lui-même.
- Pourquoi je déteste les moldus ? Détester est un bien grand mot, je pense. Je dirais plutôt mépriser.
- Alors pourquoi méprisez-vous les moldus ? Répéta Harry, toujours aussi provocateur.
- Cela ne vous regarde pas.
Les Weasley observaient l'échange tendu et de plus en plus venimeux entre Harry et Severus, sans oser intervenir. Ils sentaient qu'ils n'avaient plus leur place dans cette conversation.
- Et après, vous me reprochez de vous traiter de lâche, alors que vous ne voulez même pas répondre à une simple petite question.
- Ceci, Potter, n'est pas qu'une simple petite question. C'est une question perfide et sournoise, pour me faire cracher ce que vous souhaitez entendre sur moi ou sur mon passé. Mais je ne suis pas Serpentard pour rien, je vois très bien dans votre jeu stupide et futile. Et ce n'est pas mon refus de répondre à l'une de vos questions qui fera de moi un lâche.
- Ma question n'a rien de perfide ou de sournois. A moins que vous ne craigniez vous-même la réponse à cette question ?! Continua Harry sur le même jeu.
- Si je ne vous connaissais pas si Griffondor, je dirais que vous tenez aussi de Serpentard. Rétorqua Severus, préférant changer de sujet avant de perdre définitivement le contrôle de ses actes.
- Tout comme vous tenez vous-même aussi de Griffondor.
Là, s'en était trop pour Severus. Qui avait donc encore cafté auprès du gamin ? Certainement pas Nuwan… Minerva ? Peut-être, en croyant plaisanter… Ou peut-être les derniers Maraudeurs… Oui, certainement eux… Même en temps de trêve, ils réussissaient encore à lui pourrir l'existence. A l'heure actuelle, toute la maisonnée devait être au courant. Un rapide coup d'œil vers le couple Weasley, qui baissait légèrement les yeux, le visage soudain teinté de rouge sous l'effet de la gêne, lui apprit que ses craintes n'étaient pas infondées… Bon, soit. Tout le monde savait, et alors ? Il avait été tout de même placé à Serpentard, non ? Et y avait vécu sept longues années, sans compter qu'il en avait été directeur de maison…
Eh, attendez une minute… Le gamin venait aussi d'avouer par la même occasion qu'il avait effectivement un côté Serpentard… Se pourrait-il que le choipeau ait également hésité pour Potter junior entre Griffondor et Serpentard ? Oh par Salazar tout puissant ! Severus venait de réaliser l'hécatombe, à laquelle il avait échappée peut-être de justesse…
- Intéressant Potter. Fit Severus, reprenant subitement un air narquois. Ainsi pour vous aussi, le choipeau aurait hésité à vous mettre à Serpentard… Très intéressant.
Les Weasley relevèrent soudain la tête, visiblement très surpris, et observaient Harry avec une attention toute renouvelée. Ce dernier ne savait plus où se mettre et avait tout à coup perdu toute sa superbe assurance d'il y a quelques minutes. Son secret était découvert, Snape avait un esprit beaucoup trop acéré, pour avoir manqué cet aveu indirect… « Quel imbécile je fais… » Maugréa Harry intérieurement.
Le jeune Griffondor jugea préférable de changer de sujet, et la première question qui lui vint à l'esprit franchit ses lèvres, avant qu'il ait pu réaliser la catastrophe imminente :
- Pourquoi me détestez-vous ? Demanda-t-il à brûle-pourpoint au Maître des potions.
« Ce n'était pas le bon sujet, Harry, mauvaise idée! » Se dit-il pour lui-même. Mais trop tard.
- Vous détestez ? Répondit l'autre, feignant un air désinvolte et hautain, mais bouillonnant intérieurement. Ce serait vous faire trop d'honneur.
- Non, vous me détestez, je le sais. Je l'ai senti dès notre première rencontre. Insista Harry.
Maintenant qu'il avait abordé ce point épineux, autant aller jusqu'au bout, en digne et courageux Griffondor qu'il était…
- Je pourrais vous retourner la question. Vous n'avez pas non plus été très conciliant à mon égard « à notre première rencontre ». Répliqua Severus, détachant bien chacun des derniers mots.
- Vous n'avez toujours pas répondu à ma question. Ca fait deux fois en une conversation.
- Je n'ai pas à répondre à votre curiosité mal placée, Potter. Fit Severus, cette fois perdant définitivement son calme et laissant sa colère s'exprimer. Vous n'êtes qu'un gamin insupportable, irréfléchi, et un indiscret impudent, qui croit que tout lui est dû, sous prétexte qu'il est appelé l'Elu ou le Survivant. Mais je ne vous considère pas comme ce héros que tous vénèrent. Pour moi, vous n'êtes que Harry Potter, un gamin à qui il faut montrer les limites, puisque personne ne daigne les lui expliquer.
- Dîtes plutôt, que vous me détestez parce que je suis le fils de James Potter. S'écria Harry à son tour. Mais je ne suis pas mon père, vous m'entendez. Je ne suis pas mon père. Si vous me détestez, alors détestez-moi pour ce que je suis, non pour le souvenir de mon père mort.
- Mais je n'ai jamais dit que je vous détestais Potter. Répondit Severus.
Ce ne fut qu'une fois ces paroles prononcées, que Severus réalisa ce qu'il venait de dire. Il venait d'avouer qu'il ne détestait pas Potter, qu'il ne le détestait pas vraiment du moins… Et il sentait aussi que ces paroles étaient vraies, qu'elles étaient sorties du plus profond de lui-même, cette profondeur qu'il avait tant de mal à explorer, car elle lui faisait peur en quelque sorte. Il avait peur de la vérité qui s'y cachait, de ses sentiments, de ce qu'il pouvait ressentir. Les sentiments vous affaiblissaient, vous rendaient misérable, fragile et manipulable.
Or Severus détestait être fragile, vulnérable et manipulable. Il s'était laissé prendre une fois à ses sentiments, mais il s'en était cruellement mordu les doigts et y avait perdu son âme. Non, mieux valait la haine, le mépris, la rancune, des sentiments beaucoup plus faciles à gérer, qui vous rendaient beaucoup plus fort et indépendant…
Mais là, il venait, bien malgré lui, d'avouer. D'avouer que cette haine et ce mépris envers Potter junior n'était peut-être qu'une façade. Une façade qui cachait quoi au juste ? En fait, Severus le savait. Il l'avait déjà pressenti récemment, lors de sa discussion avec Rémus et Sirius. Il était jaloux. Jaloux, envieux de Potter, de ce que le gamin représentait. De cette ressemblance, et en même temps de cette extrême différence, qu'ils avaient tous les deux, Harry et lui…
- Qu'avez-vous dit ? Fit Harry d'une petite voix. Il n'en revenait pas de ce qu'il venait d'entendre… Ce n'était pas possible. Snape affirmait ne pas le détester… Alors c'était quoi ? Pourquoi était-il si injuste et si mesquin envers lui ? Pourquoi s'acharnait-il ainsi sur lui, s'il ne le détestait pas ? Harry ne comprenait pas.
Mais Severus ne répondit pas. Il se leva sans mot dire, fixant Harry d'un regard étrange, presque dément, puis fit volte face. Pour se retrouver presque nez à nez avec sa fille. Nuwan. Toujours là au moment propice… Ils se regardèrent tous deux un bref instant, prunelles de jais dans prunelles de jais, leurs yeux suffisant pour se comprendre.
Soudain Severus détourna son regard, contourna Nuwan et sortit, pour se réfugier au plus vite dans son laboratoire dans la cave.
Nuwan avait tout entendu. Mais contrairement aux trois autres protagonistes, elle avait tout compris. Elle savait ce que Severus ressentait vraiment, d'où lui venait cette haine des moldus, car là, il s'agissait de haine. Elle savait aussi d'où lui venait ce comportement mesquin et agressif envers Harry. Devait-elle l'expliquer au jeune homme ? Lui appartenait-il de le lui dire ? Ne serait-ce pas plutôt à Severus de le faire ? Mais son père en serait incapable. Il était quasiment incapable d'exprimer ses sentiments, ou très difficilement… Alors les exprimer à Harry… Autant rêver !
Quand elle avait croisé le regard de son père, elle lui avait fait comprendre qu'elle savait, et qu'elle aurait aimé que Harry sache, que les autres sachent. Elle avait cru alors lire dans ses yeux comme une approbation non affirmée, comme si son père lui avait répondu : « Fais comme tu le souhaites, fais comme tu le juges bon, mais ne compte pas sur moi… ». Mais avait-elle bien compris ? N'avait-elle pas pris ses espérances pour la réalité ? Non, elle était certaine d'avoir bien interprété ce regard, Severus et elle n'avaient pas besoin de mots pour se parler et se comprendre…
- Pourquoi réagit-il toujours aussi violemment ? Demanda Molly d'une petite voix hésitante, faisant sortir la jeune femme de ses réflexions.
- Pourquoi réagit-il toujours comme ça avec moi ? Demanda Harry, plus fermement.
- Il faut dire, Harry, que tu n'y es pas allé de main morte non plus. Se risqua Nuwan. Elle savait qu'il fallait y aller avec des pincettes avec Harry, tout comme avec Severus en fait, tous deux étant aussi impulsif et susceptible l'un que l'autre.
- Vous prenez sa défense ? S'écria Harry, fulminant d'une colère qu'il peinait à maîtriser.
Quand on parlait de susceptibilité…
- Non, je ne prends la défense de personne, mais j'essaie de comprendre. Et je pense assez bien comprendre Severus, tout comme je pense assez bien te comprendre. Ce n'est pas en l'attaquant ainsi que tu y arriveras.
- Ah oui, et comment devrais-je m'y prendre ? Avec lui, je ne peux rien dire, rien faire. Ce sera toujours mauvais… La conversation est en sens unique. Comment voulez-vous que je lui fasse confiance, s'il refuse de parler avec moi ? Il est quand même censé m'aider dans la quête des Horcruxes et contre Voldemort, non ?
Un frisson parcourut Molly et Arthur, qui avaient toujours du mal à s'habituer à entendre ce nom honni.
- Je sais tout ceci, Harry. Mais essaie pour une fois de te mettre à sa place. Répondit calmement Nuwan.
- Et à ma place, quelqu'un s'y met peut-être ? Explosa le Griffondor.
- Harry, s'il te plait, calme-toi. Je ne suis pas ton ennemie. Nuwan s'approcha alors doucement de lui, s'assit à ses côtés et lui posa une main sur l'épaule, avant d'ajouter :
- Je crois savoir pourquoi il agit ainsi avec toi. Je ne sais pas si j'ai véritablement le droit de te révéler tout ça. Mais je sens qu'il ne le fera jamais, il en est incapable. Je vais donc te le dire quand même, mais je préférerais que tu restes discret à ce sujet. Certains membres de l'Ordre n'apprécient pas du tout mon père, et ne manqueraient certainement pas une occasion pour lui faire du tord ou le blesser.
- Nous allons vous laisser. Firent Molly et Arthur.
- Vous pouvez rester. Je connais votre discrétion, je ne parlais pas pour vous en disant cela. Vous avez d'ailleurs accepté de pardonner beaucoup à Severus, vous méritez de le connaître un peu mieux.
Molly et Arthur restèrent donc et se rassirent en silence.
- Je vous promets de ne pas le divulguer aux autres membres, répondit à son tour Harry. Sauf peut-être à Ron et Hermione.
- Je ne pense pas qu'ils te trahiraient. Concéda Nuwan.
Elle prit une profonde inspiration et commença.
- Sache tout d'abord que, effectivement, Severus ne te déteste pas, pas vraiment. Je ne sais pas s'il t'aime ou s'il t'apprécie un tant soit peu.
Harry eut un reniflement moqueur. Mais Nuwan l'ignora.
- En tout cas, il ne te déteste pas. Continua-t-elle. C'est… autre chose. Je crois qu'en fait il t'envie.
- Il m'envie ? Harry était plutôt incrédule.
- Oui, il t'envie. Si tu y réfléchis plus attentivement, vous vous ressemblez beaucoup.
Harry la regarda, comme si elle était devenue folle. Les Weasley se gardèrent bien, pour leur part, d'intervenir, mais ils n'étaient pas loin de penser la même chose que le Griffondor.
- Le Professeur Dumbledore me l'a déjà dit une fois, mais je ne vois pas en quoi on se ressemble lui et moi. Dit finalement Harry, songeur.
- Réfléchis. Tous deux, vous n'avez pas connu une enfance très heureuse, vous avez vécu dans un monde de moldus qui vous rejetaient, car vous leur faisiez peur. Vous n'avez pu véritablement découvrir le monde de la magie qu'en entrant à Poudlard. Tous deux, vous avez manqué de figures aimantes dans votre vie et avez un fort besoin d'être accepté par les autres. Vous avez de l'ambition et le désir de faire vos preuves, c'est votre côté Serpentard, mais aussi beaucoup de courage pour surmonter les épreuves de la vie, c'est votre côté Griffondor.
Nuwan se tut, laissant le temps à Harry d'assimiler ce qu'elle venait de dire. Il hocha finalement la tête pour affirmer ses dires. Elle reprit donc :
- Vous vous ressemblez beaucoup. Mais toi, Harry, tu sais aimer et être aimé, tu t'es fait des amis de suite, des amis fidèles, ils t'aiment et tu les aimes en retour. Tu es entouré. Alors que Severus est un éternel solitaire. Il a de grandes difficultés à aimer, et encore plus à accepter d'être aimé. Il ne sait pas exprimer ses sentiments, il se réfugie donc derrière un masque d'indifférence, de froideur, et de haine. En fait, je crois, Harry, que Severus voit en toi ce qu'il aurait pu devenir, mais qu'il ne deviendra jamais.
Harry en était bouche bée. Il n'avait jamais vu ça sous cet angle. Peut-être était cela que Dumbledore voulait lui faire comprendre, quand il lui parlait de sa capacité à aimer et à se faire aimer, ou quand il lui parlait de Snape…
- Comment réagirais-tu, Harry, si tu rencontrais quelqu'un qui te faisait voir, chaque jour, ce que tu avais peut-être manqué et que tu n'auras jamais ?
- Je… je… Harry déglutit. Il comprenait, enfin il comprenait. Je serais jaloux, je crois. Et je… je m'en prendrais à cet autre…
- Tout à fait. Ce qu'a certainement fait mon père, même si inconsciemment. Il n'y a peut-être pas que cela. Severus est un homme bien compliqué et je ne serais pas étonnée qu'il y ait encore autre chose caché derrière ce masque, mais je suis sûre de tenir là la clef, tout du moins une partie.
- Et pourquoi hait-il autant les moldus ? Se risqua Harry.
- Ca, ce n'est pas à moi de te l'expliquer. Je t'en ai dit beaucoup déjà. Maintenant, c'est à Severus de décider s'il souhaite t'en dire davantage…
Harry baissa la tête, réfléchissant à ce que Nuwan venait de révéler. Elle avait touché juste, il le sentait. Cela expliquait beaucoup de choses. Peut-être pas tout, mais beaucoup.
Il releva son regard d'émeraude pour fixer les onyx de Nuwan, « les mêmes onyx que son père » pensa-t-il. Nuwan était une jeune femme discrète, mais ô combien précieuse. Perspicace, certainement grâce à son don de legilimens, et si délicate aussi, avec tant de tact. Elle savait comment s'y prendre avec les gens. La preuve : elle avait réussi à amadouer quelque peu l'ogre des cachots et arrivait même à le comprendre en partie… S'il n'était pas amoureux de Ginny, Harry aurait pu aimer cette femme. Sirius avait bien choisi.
Nuwan sourit. Certainement avait-elle dû percer ses pensées… Harry en rougit, mais lui rendit son sourire. Elle venait de lui dire quelque chose d'extrêmement important pour lui, certainement cela avait-il dû lui en coûter, car elle avait révélé alors certains secrets de son père. Mais elle l'avait fait, car cela s'avérait nécessaire pour leur relation entre lui et Snape. Il avait toujours eu beaucoup de mal à faire confiance à cet homme, mais sachant cela, peut-être cela changerait-il ? Harry ne savait pas encore, tout était embrouillé en lui, il avait besoin de temps pour mettre tout ça en ordre.
Mais il se sentait soudain plus confiant, il sentait au fond de lui qu'il n'était pas seul. Et il était déterminé à parler avec Snape, car il avait besoin de lui, il le savait. Il avait compris que Snape était peut-être son meilleur atout face à Voldemort. Mais pour être efficace, ils devaient se faire mutuellement confiance et donc mettre au clair leur relation… Difficile. Très difficile.
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Rien de tel, qu'une petite séance de potions pour se calmer et oublier momentanément les soucis. D'ailleurs les stocks de l'Ordre avaient bien besoin d'un petit réapprovisionnement…
Severus avait bien dû passer quatre heures dans son antre. Bizarrement, le stock de potions de sommeil sans rêve avait été autant épuisé que celui de potions de régénération de force et de régénération de sang ou de potions cicatrisantes… Aussi bizarrement, Severus n'était pas plus étonné que ça, et soupçonnait même connaître l'identité du coupable. Potter certainement. S'il faisait à nouveau ses cauchemars – visions, il devait certainement avoir du mal à dormir correctement, d'où la nécessité de ces potions…
« Peut-être serait-il intéressant qu'il apprenne à les concocter lui-même, ça éviterait du travail supplémentaire aux autres… » Pensa mesquinement Severus.
Il était maintenant la fin de matinée, il était temps de faire une pause. Non pas qu'il ait grandement faim, mais une migraine commençait à pulser dans son crâne, et il fallait bien laisser un minimum de temps à la potion anti-migraine pour faire un tant soit peu effet… Après avoir nettoyé, soigneusement étiqueté les fioles et tout rangé, il se décida à remonter à la surface, une petite mallette contenant un lot de diverses potions dans les mains, potions qu'il allait ranger dans la cuisine, dans le placard prévu à cet effet.
C'est là qu'il trouva Molly, éternuant et reniflant, les yeux légèrement rendus vitreux par un début de fièvre et les gestes empreints de fatigue. Severus l'observa discrètement du coin de l'œil, tout en rangeant les fioles de potion. Elle n'avait vraiment pas l'air bien… Pourtant ce matin, elle ne lui avait pas donné l'impression d'être malade…
Soudain Severus se reprit mentalement. Qu'est-ce qui lui arrivait tout à coup de s'inquiéter ainsi de la santé des autres ? Ce n'était pourtant pas dans ses habitudes… Severus se rassura, en se disant qu'il s'inquiétait en fait de sa propre santé. En effet Molly avait une fâcheuse tendance à éternuer dans les tomates qu'elle préparait. Manquerait plus qu'elle leur transmette ses virus à eux tous ! Bon, les autres, qu'importe, au contraire, un peu de paix ne pourrait pas faire de mal. Mais pour sa part, Severus n'avait pas envie de tomber malade maintenant…
- Je vois que vous avez renouvelé le stock de potion… Fit Molly, d'une voix un peu enrouée.
- Oui. Mais je constate à mon tour que vous n'êtes pas dans votre meilleure forme. Répondit le Maître des potions. Tenez buvez ceci, ça devrait vous aider.
Severus lui tendit alors deux potions, une antipyrétique et une autre contre le rhume. Molly prit un air consterné, hésitant à accepter les fioles.
- Ce n'est pas du poison, si c'est ce que vous craignez. Ajouta Severus, quelque peu amusé, en même temps que vexé de cette réaction si peu confiante.
- Ah non. Ce n'est pas pour ça que… Non, en fait j'ai déjà pris quelque chose tout à l'heure.
- Vous avez déjà pris des potions et il n'y a pas eu d'amélioration ? Demanda Severus, incrédule.
- Euh... non, pas des potions… Euh, j'ai pris… Enfin, Arthur a découvert des… des remèdes moldus… et il voulait que j'essaie… pour voir….
Severus bouillonnait intérieurement. Ainsi, on préférait des remèdes moldus à ses potions ? Il se donnait tout ce mal, tout ça pour que l'on dédaigne son art, encore une fois ? S'il avait su, il ne se serait pas fatigué à renouveler le stock, et aurait troqué cette tache rébarbative à souhait pour une plus intéressante, comme ses recherches….
- Pour voir ?!... Et bien vous avez vu, ce me semble. Répondit-il sèchement. Et vu le résultat déplorable que vous semblez en tirer, je ne gagerai pas sur l'efficacité de ces soi-disant remèdes.
Il posa abruptement les fioles sur la table, en face de Molly, avant d'ajouter, d'un ton suave et doucereux :
- Mais bon, c'est à vous de voir…
Il se détourna alors et continua à ranger les autres potions.
- Je ne voulais pas vous vexer… Entendit-il dire à ses côtés d'une toute petite voix.
Il l'ignora royalement et continua sa tache, posant la dernière potion sur l'étagère. Il fermait déjà le dit placard, quand la petite voix ajouta :
- Severus, ce n'est pas un manque de confiance en vos potions. Au contraire, elles sont des plus efficaces, plus efficaces même que certaines potions de Sainte Mangouste selon Madame Pomfresh. Mais vous comprenez, j'ai voulu faire plaisir à Arthur…
- Mais vous faîtes comme vous le jugez bon, Molly. Ce n'est pas à moi de vous dicter votre conduite. Répliqua Severus, d'un ton froid et calme.
- Severus… Est-ce que vous pensez que… enfin, je veux dire, n'y a-t-il pas d'interaction entre vos potions et ce que j'ai pris ? Tenta Molly.
- Je ne peux vous le garantir avec certitude. Mais, si ce que je pense s'avère exact, il n'y a pas d'interaction, puisque les cibles ne sont pas les mêmes.
- Ce que vous pensez… pas les mêmes cibles ?... Répéta Molly, essayant, en vain, de comprendre de quoi parlait Severus.
- Oui, ce que je pense. Mais je ne vais pas vous faire un cours maintenant. Voyez-vous, je ne me contente pas, comme on pourrait le croire, de faire des potions, sans en comprendre le fonctionnement. En outre, je fais aussi des recherches. Et si mes résultats et hypothèses sont bien exacts, les potions ciblent… disons, des marqueurs, qui ne sont présents que sur les cellules des sorciers, et donc ne sont efficaces que sur les sorciers ou famille de sorciers, alors que les remèdes moldus ciblent des marqueurs moins… spécifiques et devraient fonctionner sur tous, moldus ou sorciers. Mais leur efficacité est souvent plus que douteuse, du moins ces remèdes s'avèrent moins rapides et moins puissants que les potions… En somme, je pense que vous pouvez sans problème prendre ces potions, sans risque d'interaction.
Molly acquiesça avec un sourire et s'empara des deux fioles.
- Mais vous devriez aussi vous reposer. Ajouta Severus, tout en s'apprêtant à quitter la pièce.
- Me reposer ? Mais qui va s'occuper de la maison ? Et des repas ?
- La maison peut bien attendre un jour ou deux. Répondit Severus, tout en se retournant de nouveau vers Molly, alors qu'il était sur le seuil. Quant aux repas, nous pourrons bien nous débrouiller pour une fois…
- Vous débrouiller ? Et comment ? En outre, je vous ferai remarquer qu'il ne reste qu'une demi heure avant le repas de midi. Molly ne voulait pas remettre les compétences de Severus en question, mais quant à devoir faire la cuisine, elle avait quelques doutes…
- Il doit bien y avoir ici d'autres personnes parfaitement capables de faire un repas digne de ce nom…
- Mmh… Fit simplement Molly, dubitative.
Après tout, pourquoi pas ? Cela pourrait même s'avérer intéressant, voire amusant, de voir comment ils seraient capables de se « débrouiller » sans elle…
- Bien. Alors, à vous de jouer. S'exclama-t-elle, ses yeux fiévreux pétillant d'amusement, tout en lui tendant les instruments de cuisine.
- Que voulez-vous dire ? S'inquiéta Severus. Etant la seule autre personne présente dans la pièce, il n'y avait qu'à lui qu'elle pouvait tendre ses ustensiles…
- Et bien, oui. Je vais suivre votre conseil et m'en aller me reposer. Donc je vous laisse les fourneaux… A moins que vous n'ayez peur du défi… ajouta-t-elle rapidement devant le regard noir qu'il lui lançait.
Molly avait rapidement compris que, pour obtenir quelque chose de cet homme, rien de mieux que de le mettre au défi ou devant le fait accompli. Et cela semblait marcher…
Severus la foudroya d'abord du regard. Un défi ? Pour qui le prenait-on ? Le croyait-on réellement incapable de préparer un misérable petit repas si nécessaire ? Ce n'est pas, parce qu'à Poudlard tout lui était servi, qu'il en était de même quand il passait l'été à l'Impasse des tisseurs. Il n'avait pas d'elfe pour l'aider, lui. Il devait donc tout faire seul, repas compris… Bon, quand il lui avait parlé de se débrouiller, il n'avait pas pensé mettre la main à la pâte… Mais après tout, faire la cuisine n'était pas si désagréable…
Il réfléchit alors rapidement à l'impact de cette proposition, et surtout à l'impact d'une éventuelle acceptation de sa part. Il n'avait pas grand choses à perdre, et serait au moins sûr de manger quelque chose d'acceptable ce midi… Il pourrait en outre prétexter avoir donner sa contribution, et laisser ainsi les autres taches ingrates aux Griffondors valides…
- Allez donc vous reposer, je m'en occupe. Fit-il finalement, tout en arrachant couteau et cuillère à Molly, et il l'invita à sortir en désignant la porte d'un geste péremptoire du couteau.
Une fois seul dans la cuisine, Severus s'attela à la tâche sans tarder, regardant rapidement les ingrédients sortis par Molly et ceux disponibles dans le réfrigérateur. Il reprit donc là où Molly avait été interrompue, coupant les tomates en fines rondelles, d'un geste sûr et précis… Potions et cuisine n'étaient finalement pas si éloignées que ça…
Tout fut prêt à l'heure dite. Severus avait mis la table et tout disposé afin de ne pas avoir, en plus, à faire le service. Quand il eut fini, Sirius arrivait tout juste, accompagné de Rémus et de Tonks, ainsi que du trio Griffondor et de Ginny. Severus, pour faire bonne mesure, s'était déjà installé, faisant mine d'attendre comme si de rien n'était.
- Où est Molly ? Demanda Sirius, d'un air un peu inquiet et suspicieux.
- Elle ne se sentait pas très bien, elle n'est pas sûre de manger avec nous. Mais tout est prêt, nous n'avons qu'à nous servir. Répondit Severus, d'un air impassible, mais une légère lueur espiègle traversant son regard sombre.
- J'espère que ce n'est rien de grave. Intervint Tonks, le rouge pourpre de ses cheveux passant à un léger rose pâle.
- Je ne pense pas, en tout cas rien de mortel. Fit Severus en insistant d'un ton doucereux sur le dernier mot.
Ils prirent donc place autour de la table, bientôt imités par les derniers retardataires, dont Mixiel, Nuwan et Nayasta. Le repas commença dans un léger brouhaha de discussions banales. Une fois l'entrée finie, Severus fit léviter un plat sortant du four jusqu'à la table, plat contenant un rosbif juteux déjà coupé en tranches, accompagné de pommes de terre et de légumes, le tout assaisonné d'une sauce faite avec le jus de viande.
A ce geste, toutes les conversations s'arrêtèrent. Pourquoi était-ce Severus qui se chargeait de faire venir les plats suivants ? Molly lui aurait-elle indiqué où se servir, avant de s'éclipser ? Severus les ignora superbement, se servit et commença à manger.
- Qu'y a-t-il ? Fit-il finalement au bout de trois bouchées, constatant que tous les regards étaient toujours tournés vers lui, et que personne d'autre ne se servait. Les Griffondors auraient-ils décidé de faire la grève de la faim ? Enfin une bonne nouvelle, j'avais bien besoin de vacances.
Un léger ricanement se fit entendre du côté des jumeaux. Ou plutôt deux ricanements. Car Mixiel avait rapidement imité sa sœur, et tous deux essayaient à grand peine de ne pas s'esclaffer haut et fort. Finalement, ils parvinrent à se calmer et se servirent à leur tour.
Severus croisa le regard des jumeaux et leur décocha un léger rictus, presque un sourire, avec une légère pointe de complicité. Ils avaient compris… Ils savaient. Apparemment, il était difficile de leur cacher quoi que ce soit à tous les deux…
- Tous les Griffondors ne sont apparemment pas concernés par cette grève de la faim, répliqua Sirius, avec deux temps de retard, voyant Severus se resservir.
Severus le fusilla du regard. Décidément, on ne voulait plus le laisser tranquille avec cette histoire de répartition… Que leur fallait-il donc pour qu'ils comprennent, qu'il était avant tout, et malgré tout, un Serpentard dans l'âme ?
- Il faut bien rehausser le niveau général de cette maison. Lui répondit-il d'un ton nonchalant. C'est un travail à plein temps, et harassant, qui nécessite de se nourrir correctement. Sans compter qu'il serait dommage de laisser perdre un si bon repas.
Severus put entendre quelques soupirs de résignation, ou d'agacement, il ne saurait dire, mais très vite les bruits de couverts sur les assiettes avaient repris, ainsi que les discussions. Tout le monde avait fini par se servir…
Tonks attendit d'avoir fini le dessert, une mousse au chocolat faite maison, pour s'exclamer :
- Et bien, Molly a beau être malade, elle s'est surpassée aujourd'hui.
Severus sourit intérieurement. Si la malade en question avait entendu ça, elle en serait certainement verte de jalousie… Voilà ce qui arrive de vouloir mettre un Snape au défi !
- Je ne crois pas que ce soit Molly qu'il faille remercier. Intervint la voix douce et suave de Mixiel.
- Ah non ? Et qui donc ? Interrogea Sirius, se doutant au fond de lui de la réponse. Le fait que Severus ait amené lui-même les plats à table était par trop douteux. Ne serait-ce pas Severus par hasard ? Reprit-il tout haut.
Severus l'observa un instant avec un haussement de sourcil, avant de répondre :
- Tu peux te révéler moins bête qu'il n'y paraît parfois, Sirius. Voilà qui est encourageant. Quoiqu'il en soit, Molly étant malade, il serait peut-être plus sage que vous vous partagiez les tâches à accomplir…
- Que NOUS nous répartissions les tâches ? Et toi dans tout ça, tu comptes te rouler les pouces, peut-être ? Objecta Sirius, le ton légèrement courroucé.
- Moi ? Je pense avoir déjà donner ma contribution avec ceci. Répondit Severus, stoïque, en désignant les restes du repas. Je vous laisse donc vous organiser pour le reste, vous êtes suffisamment nombreux pour ne pas être trop surchargés…
- Tu pourrais peut-être t'occuper du repas de ce soir ? Suggéra timidement Rémus.
Severus se leva, le toisant de toute sa hauteur.
- Personne ne sait donc faire un tant soit peu de cuisine, ici ? Ajouta-t-il.
Silence pendant quelques secondes.
- Ce n'est pas qu'on ne sait pas. Fit finalement Nuwan. Mais personne ne tiendrait la comparaison avec vous ou Molly.
- Je vois. Flatter pour mieux convaincre. Concéda-t-il à sa fille avec une moue amusée. Digne de Serpentard ! Soit, je m'en occupe. Je vous laisse par contre le soin de nettoyer et de ranger.
Sur ce, n'attendant pas de réponse, il quitta la table et les laissa en plan.
Fin du chapitre 41
