Merci pour vos reviews, je sais que je poste ce chapitre un peu tôt, sans vous laisser le temps à tous de me laisser vos commentaires, mais je préfère le poster de suite, puisqu'il est prêt, au cas où je ne pourrais pas me connecter dans le courant de la semaine.

Polgarra : pas trace d'Hermione ni de l'elfe dans ce chapitre, mais je pense qu'il devrait t'intéresser tout autant, toi qui voulais voir un peu la relation entre Severus et mixiel s'approfondir...

Lone Wolf : Voilà une petite vision de Severus en professeur particulier, toujours aussi... agressif, je dirais.

Maintenant place au chapitre, un peu plus agité, où sera dévoilé une information importante concernant Severus... Pour ceux qui se demandaient quel serait l'épouvantard de Severus, en voici ma version...

Bonne lecture!

CHAPITRE 43 : Défenses contre les Forces du Mal

Severus tenta d'ouvrir la porte du salon situé au premier étage. Mais celle-ci refusa de répondre à son bon vouloir et resta désespérément fermée. Il décida donc d'agir courtoisement, pour changer, et toqua trois coups contre le bois, demandant ainsi la permission d'entrer.

Il entendit alors, de l'autre côté, Lupin dire, vraisemblablement aux autres occupants de la pièce :

- Continuez. Sirius, surveille comment ils s'en sortent. Je vais voir qui c'est.

La porte s'ouvrit enfin, offrant au Maître des potions le sourire jovial et l'air affable du loup garou.

- Ah, Severus ! C'est toi. S'exclama le loup garou, son sourire s'élargissant davantage encore, ce que Severus aurait cru impossible.

- Je cherchais Nuwan et Mixiel. Répondit Severus, d'une voix neutre. Molly m'a dit pouvoir les trouver ici.

- Oui. Ils sont bien là. Mais entre, je t'en prie. Nous étions en plein entraînement. Nous avons bientôt fini, ça ne devrait plus être très long.

Severus haussa les sourcils de surprise. Avait-il bien entendu ? « Entraînement » ? Ah oui, il devait s'agir des entraînements, dont Minerva lui avait parlé. Eh bien, ce serait l'occasion de voir de quoi il s'agissait exactement…

Severus entra donc, et alla s'adosser à un mur, à une position stratégique où il pourrait avoir une bonne vue d'ensemble et observer tranquillement, les bras croisés contre son torse et une jambe repliée prenant appui contre le mur. Le salon, qu'il n'avait pas vu depuis quelques semaines, avait été soigneusement aménagé en salle de combat, offrant un espace large et dégagé. Les murs et fenêtres étaient protégés par des sortilèges d'absorption, comme en témoignait le léger voile opaque qui épousait leurs contours, de telle sorte que les sorts les frappant devenaient inoffensifs pour la vieille bâtisse qui leur offrait asile… Divers attirails, allant de simples cibles à d'autres outils plus sophistiqués, étaient entreposés, à côté de deux massives armoires, dans un coin de la salle, tandis qu'au centre de celle-ci trônait une longue estrade de bois, recouverte d'un tapis moelleux… Une estrade de duel.

L'heure était donc au duel sorcier. Qu'à cela ne tienne… Ainsi Severus aurait tout le loisir de voir les avancées des duellistes, qui n'étaient autre à cet instant que Potter et Mixiel. Il n'aurait pu mieux tomber. Autant Severus savait à peu près ce que valait Potter dans un combat, autant il n'avait jamais vu Mixiel à l'œuvre. Severus en était presque fébrile de curiosité mal contenue, et le nouvel éclat dans ses prunelles noires le trahit aux yeux de Rémus, qui était venu s'installer à ses côtés et l'observait subrepticement.

« Parfait ! » Pensa le loup garou. « Il mord à l'hameçon. J'en étais sûr, il ne devrait pas résister longtemps. » Rémus reporta alors son attention, d'un air faussement innocent, sur le duel amical qui se jouait devant eux.

Mixiel venait de lancer une autre attaque, que Harry évita de justesse, avant de riposter à son tour avec un sort de saucisson. Mais Mixiel le contra sans peine et ré-attaqua. Ils s'échangèrent ainsi sorts après sorts, dans un ballet mouvementé mais encore timide. Ni l'un ni l'autre n'osait frapper réellement son adversaire, de peur de le blesser.

Severus nota que Potter, comme à son habitude, se contentait essentiellement de se défendre ou de lancer des contre-attaques plutôt inoffensives, tout du moins bénignes. Il n'avait, sur ce point, pas progresser d'un iota depuis l'attaque de Pré au Lard. « En si peu de temps, peu étonnant. » pensa Severus. « Mais tout de même, il aurait pu apprendre quelque chose de ses erreurs lors de ce combat ! » Ne put-il s'empêcher d'ajouter en son fort intérieur.

Mixiel, quant à lui, était un peu plus offensif, mais avait la fâcheuse tendance de baisser sa garde de façon dangereuse après chacune de ses attaques, et ne relevait pas ses défenses suffisamment rapidement. Exactement comme le jeune Auror qu'il avait rencontré quelques jours plus tôt.

Severus observa encore quelque temps l'échange, bouillonnant de plus en plus, en voyant qu'aucun des soi-disant instructeurs présents, à savoir Sirius, Rémus ou Tonks, ne daignait intervenir pour corriger leurs erreurs. Mais ne voyaient-ils donc rien, pour les laisser continuer ainsi à s'engluer dans leurs maladresses, qui allaient vite devenir de mauvaises habitudes, voire des habitudes fatales, si on n'intervenait pas ? Non, apparemment, ils avaient l'air de n'avoir rien remarqué.

Severus tourna son regard vers le loup garou à ses côtés, un regard mi-réprobateur, mi-interrogateur. Mais ce dernier se contenta de lui répondre par un sourire. Un sourire ? C'est tout, ce qu'il trouvait à faire ? Un sourire ? Mais n'était-il entouré que d'imbéciles et d'ignorants incompétents ? Lui qui avait cru, à Poudlard, que Lupin avait fait un enseignant potable en Défense contre les Forces du Mal, en tout cas le plus potable depuis bien des années… Soudain, Severus n'y tint plus et se détacha du mur, dans un mouvement presque théâtral, pour se diriger à grands pas vers l'estrade.

- Suffit. Fit-il d'une voix tonitruante et autoritaire.

Les sorts cessèrent aussitôt et tous les regards se tournèrent vers l'intrus qui avait osé interrompre le duel. Enfin, tous les regards, sauf ceux des conspirateurs, Rémus, Sirius et Tonks échangeant entre eux des regards lourds de sens et de contentement. Mais Severus n'y prêta pas attention.

- Lamentable. Personne ne voit-il donc les erreurs monumentales, que ces deux-là ne cessent de répéter depuis le début du duel ? Et vous vous dîtes instructeurs ? Pathétique.

Sirius le regarda avec un air de chien battu et prit un air consterné, parfaitement simulé.

- De quoi parles-tu Severus ? Je t'assure que l'on fait du mieux qu'on peut. C'est sûr, Mixiel et Harry ne sont pas encore au meilleur de leur potentiel, mais ce n'était pas si lamentable que ça, si ?

Severus ignora la fin de sa phrase et lui répondit, ses yeux étincelant de colère et de fougue :

- Vous faîtes du mieux que vous pouvez ? Et bien, il y a de quoi avoir des sueurs froides… Qu'est-ce que ça doit être, quand vous ne faîtes pas du « mieux que vous pouvez » ?!

- Voyons. Intervint doucement Tonks, qui avait toujours du mal à s'habituer aux coups de sang de son ancien professeur. Nous faisons du mieux possible avec les moyens du bord. Nous nous basons pour le moment sur les méthodes d'enseignement utilisées à l'académie des Aurors.

Mais elle ne put finir son explication, que Severus la coupa dans son élan, d'un ton railleur et doucereux :

- Cela promet ! S'ils prennent exemple sur les Aurors de la nouvelle génération, je doute qu'ils fassent long feu face à des Mangemorts expérimentés et sans scrupule.

Un silence s'abattit dans la salle, tous comprenant parfaitement l'allusion de Severus à sa précédente rencontre avec les Aurors, au cours de laquelle une jeune recrue avait failli y laisser la vie.

- Personne ne voit donc les lacunes de ces jeunes sorciers ? Si vous les laissez continuer ainsi, ces lacunes vont vite devenir des mauvaises habitudes qui pourraient leur coûter la vie.

- Ce n'est pas qu'on ne voit pas leurs erreurs, mais on attendait de voir l'issue du duel, pour leur expliquer les maladresses commises. Tenta Rémus.

Tout se déroulait comme prévu. Severus se sentait enfin concerné. Parfait.

- Cette méthode est valable pour des duellistes confirmés, mais dans l'état actuel des choses, il y a beaucoup trop à revoir… Répondit le Maître des potions.

Il jeta alors un regard furibond aux trois sorciers censés instruire les autres en la matière, et monta sur l'estrade d'un pas rageur.

- Ces jeunes gens sont loin de faire le poids face à une troupe de Mangemorts. S'ils sont décidés à prendre part activement à cette guerre, mieux vaudrait qu'ils soient prêts et efficaces. Et ce n'est pas comme ça que l'on y arrivera.

Les jeunes gens en question eurent une petite moue de dépit, mais, en toute honnêteté, ils ne pouvaient donner tord à leur ancien professeur. Ils sentaient eux-mêmes leurs lacunes et leurs limites, et avaient maintes fois échappé à un sort peu enviable de justesse. Grâce à « leur chance insolente », se rappela Hermione.

- Puisque vous semblez vouloir former votre petite armée au mieux, reprit Severus, ayant soudain retrouvé son ton sarcastique, et se tournant vers l'ensemble de l'assemblée, vous ne pourrez vous contenter de ces simples duels sorciers. Je ne dis pas que l'idée de duel est mauvaise, au contraire… Une fois que vous avez suffisamment travaillé chaque sort individuellement, ce peut même être une bonne étape intermédiaire avant la mise en situation de combat réel… Mais pendant ces duels, il faut que les non combattants jouent un rôle d'observateur extérieur actif, et non pas passif, contrairement à ce à quoi je viens d'assister. Chacun d'entre vous doit observer attentivement les duellistes et noter leurs points faibles et leurs points forts. Inutile d'attendre la fin du duel pour les arrêter, c'est au moment où vous voyez une erreur, qu'il faut l'indiquer au duelliste, pour qu'il essaie de la corriger sur le champ. Ensuite il faut travailler sur ce point encore, et encore, jusqu'à obtenir un résultat parfait.

- Bien. Cela semble une bonne idée. Concéda Sirius.

Mais Severus n'eut pas l'air de l'entendre et continua, son côté professoral ayant repris le dessus :

- Déjà, lors de l'attaque de Pré au Lard, j'ai pu remarquer bon nombre de leurs points faibles. Par exemple, vous Potter, fit Severus à l'adresse du jeune Griffondor, vous avez la fâcheuse tendance à ne jamais vraiment frapper. Vous vous contentez d'esquiver, de parer et de vous défendre. Et quand vous daignez enfin attaquer, vous n'utilisez que des sortilèges inoffensifs. Il ne faut pas hésiter à frapper votre adversaire, car lui n'hésitera pas. Il faut vous concentrer sur votre cible et vouloir la neutraliser coûte que coûte. Je suis sûr qu'avec un peu de bonne volonté, même un Griffondor tel que vous peut y arriver.

Harry voulut protester, mais une fois encore Severus ne lui en laissa pas le temps et continua son laïus. Tel qu'il était lancé, rien ne pourrait l'arrêter, Harry se contenta donc de lancer un regard désespéré à son parrain, qui, comme toute réponse, haussa les épaules en levant les mains au ciel dans un geste d'impuissance. En fait, Sirius n'avait aucunement l'intention d'intervenir, car ils obtenaient exactement ce qu'ils voulaient : que Severus s'en mêle… Ils avaient besoin de lui pour ces cours, mais il avait refusé la proposition de Minerva. Déjà pour les cours d'occlumencie, cela avait été la croix et la bannière, leur avait-elle expliqué, alors inutile d'insister pour les entraînements…

Sirius, Rémus et Tonks avaient donc dû monter tout un plan pour le faire craquer, avec l'aide de McGonagall et de Molly, et Severus était en train de tomber dans le piège.

- Toi, Mixiel, continua Severus. Tu baisses ta garde après chaque attaque, et tu ne relèves pas tes défenses suffisamment rapidement. Un combattant expérimenté en profitera aussitôt. C'est un défaut courant, je te rassure, mais il faut le corriger de suite, avant que cela ne devienne trop instinctif.

Mixiel observa son père avec une lueur étrange dans le regard, mais Severus préféra y faire abstraction et reprit, comme si de rien n'était :

- Bon, remettez-vous en position. Je vous indiquerai vos erreurs, dès que vous en commettrez une, et vous tenterez de la corriger aussitôt. Mais vous n'arrêterez pas le combat pour autant. Compris ?

Harry et Mixiel hochèrent la tête d'assentiment. Severus s'écarta légèrement et se jeta un sort de bouclier de faible ampleur, mais resta sur l'estrade pour pouvoir intervenir à tout moment.

- Bien. Allez-y.

Les sorts fusèrent de nouveau des deux côtés. Comme il fallait s'y attendre, chacun des deux jeunes gens avait repris ses mauvaises habitudes.

- Mixiel, redresse tes défenses. Fit Severus. Plus vite, n'attends pas que Potter attaque. Quand tu lances ton attaque, pense déjà à tes défenses entre deux coups. Oui, comme ça. Encore plus vite, tu peux y arriver. Plus vite. Allez, concentre-toi. Une fois que tu as décidé de ton attaque, ne pense plus à celle-ci, fais comme si elle était déjà lancée et pense à tes défenses. Bien, c'est bien mieux déjà.

Mixiel faisait de son mieux pour contrer Potter, attaquer et suivre les directives de son père. Cela était quelque peu éprouvant, mais il sentait qu'il commençait déjà à obtenir des résultats.

- Potter, quant à vous, attaquez. Mais attaquez vraiment. Ne pensez pas à Mixiel, pensez qu'il s'agit d'un véritable adversaire, pas d'un ami. Allez Potter, attaquez, maintenant. Non, pas un sortilège d'entrave. Je veux une vraie attaque. Maintenant, Potter.

Mais Harry ne parvenait pas à se résoudre à lancer un sortilège trop dangereux. Severus bouillonnait en voyant ça. Mais qu'avait donc ce môme en tête pour s'entêter de la sorte ? S'il voulait avoir une quelconque chance de s'en tirer devant le Lord Noir, il devait apprendre à attaquer, à attaquer vraiment…

- Attaquez Potter. Lancez donc un sortilège d'inflammation, ou autre. Allez Potter, ne me faîtes pas croire que vous en êtes incapable. Imaginez faire face à un Mangemort.

Mais Harry n'y arrivait toujours pas. Severus, n'y tenant plus, contourna soigneusement le champ de bataille pour s'approcher de Harry par le côté. Voyant cette manœuvre, les deux jeunes gens cessèrent aussitôt.

- Vous ai-je dit d'arrêter ? Fit Severus d'une voix basse menaçante. Reprenez votre duel.

Les sortilèges reprirent donc, chaque spectateur retenant son souffle, observant attentivement la scène qui se déroulait devant eux. Severus vint alors se placer derrière Potter et lui murmura des paroles à l'oreille. Paroles inaudibles pour les autres observateurs, mais qui ne devaient pas être du goût de Harry, au vu de la colère et de la crispation qui s'inscrivaient peu à peu sur son visage.

Les sortilèges continuèrent malgré tout. Mais voyant que, malgré ce qu'il pouvait lui dire, Potter ne parvenait toujours pas à agresser son adversaire, Severus lui empoigna presque sauvagement la main qui tenait sa baguette, tout en continuant à lui susurrer des commentaires sarcastiques et agressifs. Ce qui perturba bien entendu Harry dans sa concentration, et il faillit recevoir un des sortilèges de Mixiel de plein fouet. Heureusement, Severus veillait et le dévia sans problème, évitant à Harry une blessure cuisante.

Cependant il ne lâcha pas la main de Potter pour autant, et la lui serra même un peu plus fort, quand il sentit le jeune homme vouloir se dégager.

- Non, Potter. Vous allez attaquer, coûte que coûte. Vous allez me prouver que vous savez attaquer. Murmura Severus à l'oreille de Harry. Reprenez le combat, maintenant, Mixiel attend.

Harry reprit, quelque peu hésitant. Mais, au moment où il allait lancer un impedimenta, Severus prononça un autre sortilège à voix basse. Un « inflammatio », comme put l'entendre Harry. Ce dernier sentit alors sa main recevoir comme une décharge électrique venant de sa baguette, comme si celle-ci surchauffait. Et c'était effectivement le cas… Pendant quelques secondes, aucun sortilège ne sortit de la baguette, et les mains de Potter et de Severus, qui tenaient le bout de bois, tremblaient fortement, ce qui décontenança un instant Mixiel, et ce qui sidéra toute l'assemblée. Finalement, une gerbe de feu sortit de la baguette de Harry, frôla de justesse Mixiel, et alla s'écraser contre le mur d'en face qui absorba le sortilège.

- Le duel n'est pas fini, cracha Severus, d'une voix plus forte pour que tous l'entendent, et maintenant toujours la baguette et la main de Potter d'une poigne de fer.

Celui-ci tenta de se dégager, mais la prise de Snape était puissante, et l'homme ne semblait pas vouloir le lâcher.

- Non, Potter. Fit Severus au creux de l'oreille du jeune Griffondor. Vous ne m'échapperez pas. Je ne vous lâcherai pas, tant que vous ne vous déciderez pas à attaquer vraiment. J'ai tout mon temps… Je ne vous demande pas de lancer un impardonnable, mais une attaque, quelle qu'elle soit.

Harry poussa un juron, qui fit sourire Severus intérieurement. Toutefois, le jeune homme comprit qu'il n'avait pas le choix, s'il voulait récupérer sa main. Mixiel, pour sa part, peinait de plus en plus.

- Mixiel, ne baisse pas ta garde pour autant, pense à ce que je t'ai dit. C'est dur au début, mais ça deviendra vite instinctif. Concentre-toi. Quant à vous Potter, j'attends…

Harry se décida enfin. Il n'avait pas le choix, alors autant attaquer comme le demandait Snape. Il ferma les yeux et lança le premier sortilège qui lui vint à l'esprit. C'était un sortilège de glace. Sortilège qui vint se fracasser directement contre le mur derrière Mixiel.

- Bien, Potter. Susurra Severus d'une voix doucereuse. Maintenant si vous pouviez recommencer, mais cette fois en ouvrant les yeux et en visant, ce serait beaucoup mieux.

Harry jura de nouveau mais obtempéra. Il lança le même sortilège, mais cette fois sur Mixiel, qui s'en protégea facilement par un bouclier. Les deux sortilèges s'annihilèrent alors l'un contre l'autre, dans une petite gerbe d'étincelles du plus bel effet.

- Bien. Ce sera tout pour le moment. Fit Severus, lâchant enfin la main de Potter et mettant ainsi fin au duel.

Il vint se placer entre eux deux et les regarda alternativement dans les yeux, avant de leur demander d'une voix suave et profonde :

- Etait-ce si difficile ?

Mixiel lui répondit par un sourire chaleureux, ce qui remua profondément Severus, même s'il n'en montra rien. Il reporta son attention sur Potter, qui le regardait, quant à lui, avec une expression des plus étranges. Severus n'aurait su dire, si le Griffondor ressentait de la colère, de la frustration, ou une sorte de gratitude. Peut-être tout à la fois… Drôle de gamin !

Rémus, Sirius et Tonks, pour leur part, étaient plus que satisfaits. Non seulement ils venaient de pousser Severus dans leur piège, mais en outre ils venaient de voir des progrès chez les deux jeunes gens. Progrès qu'ils peinaient à obtenir depuis plusieurs jours, alors que Severus n'avait mis que quelques heures… Les méthodes du Serpentard étaient certes parfois extrêmes, limites douteuses, mais efficaces, et c'est ce dont ils avaient besoin.

En outre, Severus s'y connaissait comme personne, c'était indéniable. Même si les trois compères n'étaient pas des manchots en la matière, ils manquaient d'expérience, expérience que Severus avait… Severus était un combattant dans l'âme, un véritable guerrier, ce qu'aucun d'eux trois n'était vraiment au fond de lui. Sans compter qu'il connaissait les Mangemorts et leurs méthodes, et pourrait donc apprendre aux jeunes à se défendre au mieux…

- Je crois, Severus, que, comme nous le prouve cette petite démonstration, nous ne pouvons nous passer de toi. Intervint Sirius, coupant cours à l'affrontement visuel entre le Serpentard et Harry.

Severus se retourna aussitôt, pour faire face à son nouvel interlocuteur. Qu'avait-il entendu ?

- Et bien oui. Continua Rémus. Nous pensions te demander ton aide avant, mais tu viens toi-même de nous la donner. Et le résultat est plus que probant, tu viens d'obtenir ce que nous essayions de réaliser depuis plusieurs jours. Ton expérience serait la bienvenue, d'autant plus que tu connais à la fois les méthodes des Aurors et celles des Mangemorts, donc les points forts et les points faibles des deux camps.

- Ah non, ça ne va pas recommencer… Commença Severus d'un air inquiet. Ils n'envisageaient certainement pas d'un air sérieux, qu'il participe à cet enseignement, si?!

- Severus, votre aide nous sera très précieuse. Vos conseils surtout. Dit à son tour Tonks. Je sais, ce qui s'est passé sur cette falaise, lors de votre dernière altercation avec les Aurors. Le jeune Auror que vous avez « aidé », après que vous l'ayez gravement blessé, n'a pu s'empêcher de tout relater en détails à ses amis, dont moi. Il m'a fait part des conseils avisés que vous lui avez donnés, à son plus grand étonnement d'ailleurs. Conseils avisés que vous venez de faire également à Mixiel et Harry. Il serait intéressant que nos jeunes amis, et les moins jeunes aussi, puissent en bénéficier.

- Mais… Tenta de protester Severus.

- Non, Severus. Fit Sirius, le plus sérieusement du monde, ce qui ne lui allait pas du tout, de l'avis de Severus. Laisse-nous finir. On sait que tu ne pourras pas forcément leur consacrer beaucoup de temps. On ne te demande pas de venir tous les jours, ton rôle d'espion prime avant tout. Non, voilà ce que nous pensions te suggérer.

- Me suggérer ? Vous avez l'air d'avoir bien réfléchi à la question, vous trois. Répondit Severus d'un air suspicieux.

Ce qui fit sourire Nuwan, Ginny et Hermione, d'un air plutôt complice. Tandis que Ron et Harry se regardaient avec une drôle d'expression. Que Snape leur donne quelque cours de combat et de duel, ne semblait pas les enchanter plus que ça, même si ces cours semblaient si utiles et si efficaces…

Mais Rémus ajouta, sans prêter attention à la remarque du Serpentard :

- Si tu pouvais venir ici toutes les semaines, ou au moins tous les dix - quinze jours, et que tu restais deux jours minimum, tu pourrais nous consacrer un peu de temps. Tu pourrais par exemple leur consacrer une demie journée pour l'aide aux ASPICS, apparemment essentiellement en potions comme te l'a demandé Hermione, et une autre demie journée pour l'entraînement au combat.

Severus soupira, réfléchissant à cette proposition. Ils l'avaient bien eu… Il sentait, que tout cela avait été soigneusement mis en scène, pour le faire capituler. Et Minerva et Molly devaient certainement être dans la combine. Mais l'idée était tout de même tentante. Il avait bien aimé ce petit tour sur l'estrade. Il aimait bien pousser chacun dans ses derniers retranchements, pour en tirer le meilleur… Et au fond, il s'aperçut aussi qu'il aimait bien enseigner, lui qui avait dénigré l'enseignement toutes ces années durant… Surtout enseigner un sujet qui lui tenait tant à cœur. Sans compter qu'il pourrait passer encore plus de temps avec Mixiel et Nuwan.

Et cela semblait jouable, il pourrait ainsi venir régulièrement au quartier général, ce qui lui permettrait en partie de relâcher prise… Rester vingt-quatre sur vingt-quatre au Manoir des Mangemorts était usant, aussi bien sur le plan physique que psychique, car, là-bas, il lui était impossible de relâcher sa vigilance ou ses barrières d'occlumens, ne serait-ce qu'une minute. Cela lui permettrait alors de se « ressourcer » en quelque sorte, même si ce n'était pas forcément le lieu idéal. Au moins, dans cette maison, il n'était pas constamment obligé de maintenir ses barrières mentales au plus haut, du moins pas constamment…

Devant le silence songeur du Maître des potions, Sirius reprit :

- Nous pensions, que dans un premier temps tu pourrais jauger le niveau de chacun. Rémus l'a déjà fait en partie, mais ton sens de l'observation est plus aiguisé que quiconque. Et tu as la capacité de déceler instantanément les points faibles et les points forts de chacun, comme tu nous l'as déjà montré lors des recrutements des nouveaux de l'Ordre et à l'instant même. Nous mettrions ainsi au point une planification détaillée des entraînements en fonction des capacités de chacun…

- Vous pourriez aussi, continua Tonks, nous apprendre les sortilèges que vous avez inventés et qui se révèlent si… précieux et si efficaces. Nous verrons ensuite, comment nous organiser efficacement. Peut-être vaudrait-il mieux que vous nous montriez d'abord à nous trois ces nouveaux sortilèges, ou certaines techniques de combat plus ou moins compliquées, ce qui sera beaucoup plus rapide, au vu de notre expérience, et nous nous chargerions ensuite de transmettre l'enseignement aux plus jeunes. Vous ne perdriez ainsi pas de temps.

- Vous avez l'air d'avoir déjà tout planifié. Répondit Severus.

- Bien entendu, vous y gagnerez aussi au change. Reprit Tonks. Je pourrais par exemple vous montrer les nouveaux enseignements donnés aux jeunes Aurors, ce qui pourrait peut-être vous donner un avantage, au cas où… Vous pourrez aussi tester vos inventions, du moment qu'elles ne sont pas trop nocives, sur nous et les peaufiner avec notre aide.

- Je ne sais pas.

Cette proposition lui semblait honnête et tout à fait possible. Il ne devrait pas avoir beaucoup de mal à l'intégrer dans son emploi du temps, puisqu'il avait délégué le plus gros du réapprovisionnement de potions, pour l'Ordre ou pour les Mangemorts, aux jeunes Griffondors. Il n'aurait plus qu'à superviser leurs décoctions, mais cela ne prendrait pas un temps fou. En outre, les recrutements étaient beaucoup plus espacés, d'un côté comme de l'autre.

Côté Mangemort, il avait fait le plus gros du travail concernant les défenses du Manoir ou des Horcruxes, il n'avait plus qu'un rôle de supervision, la routine s'installant peu à peu. Les attaques majeures étaient déjà planifiées, les principaux préparatifs déjà élaborés, et l'Ordre avait les informations requises. Ses recherches et la quête aux informations, concernant les Horcruxes ou autre, étaient donc ce qui lui demandait à l'heure actuelle le plus de temps. Mais ce n'était pas deux ou trois malheureux petits jours toutes les quinzaines qui ruinerait son avancée… Rien ne s'opposait donc véritablement à cette proposition.

- Je ne sais pas. Répéta-t-il.

- Oh, allez Severus. Fit Rémus. On a tous à y gagner, à partager nos connaissances. Tu connais pas mal de choses et nous aussi. Si on mettait nos savoirs en commun, on gagnerait un sérieux avantage. Et Merlin sait qu'on en a besoin. De plus, cela nous permettra de mettre nos méthodes au point pour former les autres jeunes recrues.

- Oui, Severus. Tu ne peux pas refuser comme ça. Insista Sirius de son air le plus mielleux et le plus cajoleur.

- Severus, s'il vous plaît. Entendit-il dire derrière lui.

Severus se retourna, pour rencontrer les deux onyx de sa fille le suppliant silencieusement. Oui, ses enfants étaient également impliqués, et eux aussi avaient bien besoin de se perfectionner au combat. Puisqu'il serait apparemment difficile de les éloigner de la bataille, têtes de mules qu'ils étaient tous deux, autant leur donner les armes pour rester vivant et survivre à cette maudite guerre.

Severus rencontra ensuite le regard de Mixiel derrière Nuwan, un regard qui lui faisait la même requête. Mais y était mêlé quelque chose, que Severus n'aurait jamais cru pouvoir lire dans ces prunelles de jais : de l'espoir et surtout de l'admiration… De l'admiration ? Non, il devait mal comprendre… Mixiel aurait de l'admiration pour lui ?

Une autre voix le sortit de ses songes.

- Monsieur, s'il vous plaît, vous ne pouvez refuser.

Potter. Toujours à l'interrompre quand il ne fallait pas. Un instant… Avait-il bien entendu ? Potter venait de lui dire « S'il vous plaît ? » Cela avait dû lui écorcher la gorge de prononcer ces mots… Incrédule, Severus reporta son attention sur le jeune Griffondor et l'observa un instant, comme le transperçant du regard pour mieux déceler ce que Potter pouvait bien cacher.

Mais Harry ne lui cachait rien. Il désirait ardemment s'améliorer et se perfectionner. Et il venait de réaliser, qu'il n'avait jamais fait autant de progrès qu'avec Snape, même si Rémus était un bon professeur et lui avait appris énormément…

Severus en resta cois quelques minutes. Le gamin désirait vraiment progresser et venait de lui demander son aide… Son aide à lui, son ancien professeur honni, ancien Mangemort, assassin de son mentor… Le gamin avait mûri, c'était indéniable. Severus devait en outre admettre, aussi difficile soit-il, que ce petit impertinent avait du potentiel, un sacré potentiel même… Cela suffirait-il à vaincre le Seigneur des Ténèbres ? Peut-être pas… Severus avait toujours été plutôt dubitatif face à cette soi-disant prophétie. Cependant de nombreux événements semblaient abonder en ce sens… Et il y avait cet oracle… Cet oracle de la famille Prince… Tout cela était troublant…

- Severus ? Severus ? Fit Nuwan, soudain inquiète de l'air perdu qu'avait son père.

- Pourquoi pas. Concéda-t-il enfin, les yeux toujours rivés sur Potter, dans un murmure à peine audible, mais que l'ouïe aiguisée de Rémus capta parfaitement.

- Bien. Conclut alors le loup garou. Nous allons donc de ce pas voir ensemble pour les détails. Je suis heureux que tu acceptes, Severus.

Ce dernier le regarda, furibond. Il n'avait encore rien accepté, il avait juste dit : « Pourquoi pas. » Cela ne l'engageait à rien. Mais il n'eut pas le temps de protester outre mesure, que Rémus le prenait déjà par les épaules et l'entraînait au dehors, suivi de Sirius et Tonks, sous les regards amusés des jeunes gens présents.

Il s'était fait avoir comme un bleu, et venait d'être mis échec et mat comme un débutant. Et Severus détestait ça. Son côté Serpentard ramollissait dangereusement aux contacts de ces Griffondors. Ou alors était-ce lui qui déteignait sur eux ? Oui, ce devait être ça, les Griffondors cachaient bien leur jeu, quand ils le voulaient…

…………………………………………………………………………………………………

Severus pénétra dans le salon du premier étage, désormais vide et bien rangé, d'un pas assuré. Où Rémus lui avait-il dit l'avoir rangé déjà ? Ah oui, dans l'armoire du fond. Il se dirigea donc vers le fond de la pièce obscure, tout en allumant quelques chandeliers d'un coup de baguette, pour constater à son grand déplaisir qu'il y avait deux armoires.

« Maudit Lupin ! » Grogna Severus pour lui-même. « Comme s'il ne se rappelait pas, qu'il y avait deux armoires. Il aurait pu me préciser laquelle, cela m'aurait permis de gagner du temps… »

D'un geste rageur, il ouvrit l'une des armoires, tout en continuant à traiter Lupin, et son habituelle étourderie, de tous les noms. Mais à peine eut-il entrouvert les portes, qu'une ombre glaciale du plus mauvais augure s'engouffra dans la mince ouverture, pour sortir de son antre.

Severus sentit son sang ne faire qu'un tour, quand il vit l'ombre se matérialiser, à quelques mètres de lui, en une silhouette sombre et austère, ayant des traits bien caractéristiques. Un épouvantard, réalisa-t-il, mais trop tard. Se tenait maintenant, devant lui, nul autre que son double… Severus se serait cru devant un miroir. « Pas vraiment mon double… » constata rapidement Severus. Non, en effet, il y avait une légère nuance qui les différenciait, très légère… L'autre se tenait face à lui, froid, droit et fier, à son image, mais une lueur machiavélique et presque démente habitait en outre son regard…

« Un épouvantard. Ce n'est qu'un épouvantard. » Tenta de se raisonner Severus. Or il avait toujours évité soigneusement les épouvantards, redoutant ce qu'il pourrait y trouver, ne voulant justement pas se confronter à ses peurs les plus profondes. « Ce n'est qu'un épouvantard » psalmodia Severus intérieurement. Mais la peur s'infiltrait insidieusement dans ses veines, le pétrifiant sur place. Il était incapable de réagir, incapable de faire face à… à… à lui. Oui, faire face à lui. Sa peur la plus profonde était donc lui-même… La situation aurait pu être risible, ironique, si Severus n'était pas en première ligne.

« Ce n'est qu'un épouvantard » continua-t-il. « Calme–toi et renvoie-le dans son trou. » L'autre Severus le regardait d'un air narquois et cynique, et commençait à s'avancer vers lui, menaçant, baguette au poing, un sort au bord des lèvres. Severus sortit enfin de sa tétanie paralysante et brandit à son tour sa baguette.

- Ri… Ridiculus ! Rugit le vrai Severus.

L'ombre se dématérialisa alors aussitôt, au grand soulagement du Maître des potions, mais pour mieux se rematérialiser quelques secondes plus tard… et pour mieux reprendre la même forme. Cette fois, son double semblait véritablement enragé, hors de lui, la lueur démente valsant furieusement dans ses prunelles noires - rougeâtres. Severus n'eut guère le temps de réagir, que l'autre se ruait déjà sur un des meubles le plus proche, une table, qu'il souleva sans réel effort et qu'il lui balança sans autre forme de procès. Severus l'évita de justesse, et la table alla se fracasser derrière lui dans un craquement sinistre. Il eut tout juste le temps de se redresser, qu'un autre meuble le menaçait de nouveau. Il l'évita souplement. Une chaise, puis une autre chaise…

L'ombre semblait enfler de colère et de rage, et fit basculer l'armoire qui l'enfermait précédemment, en direction de Severus. Celui-ci dut faire un saut en arrière pour ne pas se faire écraser. Il était essoufflé et désemparé.

- Severus ! Entendit-il sur le pas de la porte.

L'interpellé tourna la tête, pour voir Rémus et Sirius à l'entrée de la pièce, accompagnés du trio Griffondor. Le bruit avait dû les alerter…

- Attention ! Rugit Hermione, alors que l'un des deux Severus jetait sur l'autre un des mannequins leur servant pour les entraînements.

Le second Severus le reçut de plein fouet et tomba en arrière, le mannequin sur lui. Les nouveaux arrivés étaient sidérés par la scène qu'ils avaient sous les yeux. Snape contre Snape, Severus contre Severus… Mais que se passait-il donc ? Tout à leur stupéfaction, ils étaient incapables de réagir, ils ne savaient d'ailleurs pas comment réagir… Qui devaient-ils arrêter ? Lequel des deux étaient le véritable Maître des potions ?

Severus s'était enfin débarrassé du mannequin, mais son double n'était plus qu'à quelques pas de lui, baguette brandie vers lui, prêt à lui jeter un sortilège. Sortilège fatal, Severus en était sûr, se connaissant, enfin le connaissant, enfin bref, vous avez compris… Son sosie ne lui laisserait certainement pas le temps de se relever. Severus brandit donc à son tour sa baguette, afin de maîtriser à nouveau l'ombre menaçante.

- Ridiculus. Cracha-t-il dans un souffle rauque.

- Un épouvantard ! S'exclama Harry, réalisant alors ce qui venait de se jouer devant lui.

- Oh nonnn. Fit Rémus, dans une plainte ressemblant à s'y méprendre à un jappement. Mon épouvantard…

Oui, Harry avait vu juste : Snape avait trouvé l'épouvantard de Rémus et l'avait malencontreusement libéré. Ainsi, la plus grande peur de Snape était lui-même ?! Incroyable ! Si Neville savait ça… Lui qui aurait cru que la plus grande peur de Snape serait Voldemort… Harry ne put cependant s'éterniser plus longuement sur ses réflexions jubilatoires, et fut brutalement ramené à la réalité par le rugissement de Snape à l'autre bout de la pièce.

L'ombre venait de reprendre forme, toujours sous les traits du Maître des potions, mais de plus en plus menaçante. N'ayant plus de meuble à porter de main, l'ombre jeta des sortilèges à tout va, à son original en face d'elle, et commença à psalmodier une incantation étrange et mélodieuse. « De la Magie Noire ! » Comprit aussitôt Harry, sentant en même temps sa cicatrice le picoter. Il plaqua une main sur celle-ci, plus par réflexe que par véritable douleur.

Sirius entraperçut le geste de son filleul, et se rapprocha de lui, inquiet, mais Harry le rassura d'un rapide sourire et d'un hochement de tête, lui signifiant que ce n'était rien. Ils reportèrent alors tous deux leur attention vers Severus, qui, pour sa part, avait bien du mal à parer les sortilèges.

Ce duel mythique de Severus contre lui-même les fit enfin sortir de leur léthargie, et tous s'avancèrent pour prêter main forte à Snape, enfin au vrai Snape. Mais ils furent stoppés net dans leur avancée par une sorte de barrière invisible. Ils ne pouvaient aller plus loin. N'écoutant que son courage et son cœur chevaleresque, Sirius tira sa baguette, espérant tout de même pouvoir atteindre l'épouvantard, et jeta le sortilège ridiculus. Mais celui-ci se fracassa contre la barrière, qui l'absorba sans plus de cérémonie. Ils étaient consternés, et se sentaient impuissants face au spectacle qui se déroulait devant eux, spectacle des plus déconcertants, et des plus alarmants…

Severus, en effet, avait l'air paralysé de terreur. Il semblait perdu dans la contemplation de son autre moi, et n'arrivait pour l'heure, qu'à éviter les sortilèges que son homologue lui envoyait, sans pour autant riposter lui-même. Mais qu'est-ce qui lui prenait ? Où était donc passé le Severus offensif qu'ils connaissaient tous ? Il fallait qu'il réagisse, et vite…

- Severus. S'écria Rémus. Réagis. Bouge. Pense au ridiculus. Continua-t-il à l'encourager.

Severus tourna imperceptiblement la tête vers le loup garou. Son masque d'indifférence habituel était tombé, il n'y avait plus trace d'un quelconque mépris ou d'un quelconque dédain sur son visage. Non, ne se lisait plus sur ce visage que l'horreur, une horreur sans nom, et une peur glaciale tyrannique.

« Mais que croit donc le lupus ? » Parvint à penser Severus. « J'ai déjà essayé, mais mes ridiculus ne lui font aucun effet… » Severus ne savait plus quoi faire, et se sentait démuni. Fragile et impuissant, face à l'autre moi qui lui tenait tête, face à son moi profond, un moi transpirant la malveillance et la Magie Noire, un moi méphistophélique et machiavélique… Il connaissait ce moi, il l'avait déjà vu ressurgir à certaines occasions, ce moi tout de colère, de rage et de haine, ce moi si Mangemort, ce moi qui se délectait du sang et de la douleur de ses victimes, ce moi qui criait vengeance, sang, meurtre et douleur… Mais il avait toujours réussi finalement à l'étouffer et le contenir, à contenir ce moi assoiffé de la puissance que la Magie Noire lui offrait… Or là, il ne pouvait rien faire. L'autre était là, devant lui, et allait gagner…

- Severus, s'il vous plaît, réagissez. Supplia presque Nuwan, qui venait d'arriver.

L'aura de puissance malsaine avait ameuté toute la maisonnée. Mais il leur était toujours impossible de faire quoi que ce soit, le mur invisible les empêchant d'approcher.

Severus regarda furtivement sa fille avec un regard lointain, presque vide. Ce regard les fit frissonner davantage encore, que l'apparition quasi démoniaque de son double. Severus semblait déjà parti ailleurs, dans un autre monde, dans le monde de son esprit…

- Père, s'il vous plaît. Insista Nuwan. Ne nous abandonnez pas, reprenez-vous.

Ces mots touchèrent enfin leur cible et frappèrent Severus en plein cœur, traversant l'épaisse couche de glace dont il l'avait recouvert depuis tant d'années, comme pour le protéger. Son regard sembla alors s'illuminer à nouveau, en même temps qu'un éclair de lucidité lui vrillait l'esprit.

« Reprends toi » Se morigéna Severus, tout en refocalisant sa concentration sur son sosie. « Tu dois l'arrêter, t'arrêter… ».

- Ri… Ri… Le mot avait du mal à franchir ses lèvres. Il n'y croyait pas, il n'y croyait plus. Comment ce sortilège pouvait-il marcher ? Il l'avait déjà lancé et il avait échoué… Cela ne fonctionnait pas. Mais il ne devait pas abandonner pour autant. Il ne devait pas lui laisser la victoire. Il devait le vaincre. Vaincre ses peurs, se vaincre soi-même…

- Ridiculus. Tenta-t-il encore, mais en vain.

L'ombre se reforma en un instant, révélant une nouvelle copie conformer de lui, encore plus agressive, encore plus enragée, mais étaient apparues en même temps d'autres ombres, d'autres silhouettes… Des silhouettes qui se tortillaient de douleur à ses pieds, tandis que l'ombre leur jetait doloris sur doloris, puis avada sur avada… Severus assistait à un véritable massacre, un massacre qui avait eu lieu des années plus tôt, et qu'il avait revécu maintes fois en cauchemars. Et le revoir ainsi fut le coup fatal pour lui. Cela semblait si réel…

- Nonnnn. Gémit-il dans un murmure à peine inaudible. Pas ça, pas encore, arrête, s'il te plaît arrête. Fit-il à l'ombre le représentant.

Mais l'autre n'arrêta pas et continua le supplice, tout en lui adressant un regard rempli de haine et un sourire dément, un sourire avide de douleur et de sang, avide de pouvoir et de puissance…

- Ri… Ridiculus. Lança Severus, dans une dernière tentative désespérée. Il n'y avait plus aucune conviction dans sa voix, il savait que l'ombre allait revenir le hanter.

Et cela ne manqua pas. Il se revit apparaître devant lui, cette fois les mains tachées de sang, le corps d'une petite fille dans les bras, avec un ourson en peluche. Le visage de son autre moi était impassible, mais on voyait qu'il avait pleuré, comme en témoignaient les sillons sur ses joues creuses, où se mêlaient le sang et la poussière. C'était sa première vraie victime, sa première victime pour le Seigneur des Ténèbres, la première victime qui ne faisait pas partie d'un plan de vengeance personnel… Une enfant, ce n'était alors qu'une enfant. Le double qui portait le corps se retourna lentement devant l'assemblée, restée sur le seuil de la pièce, et se mit à rire, un rire dément, qui les tétanisa tous et leur glaça le sang.

Ils avaient bien essayé plusieurs fois d'intervenir avant cette énième apparition, mais les barrières tenaient toujours bon, bien qu'elles semblaient s'affaiblir. Comme si ces barrières étaient maintenues par Severus lui-même, et non par son double… « Peut-être inconsciemment… », pensa subrepticement Rémus. « Peut-être Severus ne voulait-il pas qu'ils interviennent ? Peut-être voulait-il régler ça tout seul ? Mais que voulait-il donc se prouver à lui-même en les empêchant d'intervenir ainsi ? »

- Nonnn. Fit Severus, alors que le rire s'estompait peu à peu.

Cette fois, il n'y tint plus et se laissa tomber à genoux, baissant la tête, les épaules affaissées, dans un geste d'impuissance et de résignation. Il abandonnait, il ne pouvait lutter davantage…

L'image de lui, ou de son hypothétique lui, changea de nouveau, étrangement, sans que Severus ne fasse un seul geste, sans l'aide d'un ridiculus. Se profila alors un Severus adulte devant un Severus enfant, le premier frappant sans vergogne le second. Le Maître des potions observait la scène avec une lueur de détresse effrayante, mais ne réagissait toujours pas.

Lorsque l'enfant, à bout de force, se mit à pleurer et à supplier l'autre d'arrêter, en l'appelant « père », tous eurent un hoquet de stupeur. Ils réalisèrent soudain, qu'ils venaient en fait de voir une scène lourde de sens pour Severus, faisant écho à son passé. A son passé d'enfant, comme s'ils venaient de l'avoir sous les yeux, lui enfant, se faisant battre à mort par son père. L'état de l'enfant était lamentable, couvert de plaies en tout genre, un bras et une jambe faisant un angle douteux, le corps parcouru de spasmes.

Mais curieusement, cette scène n'appartenait pas exactement au passé. En effet, l'adulte qui venait de battre l'enfant devant eux n'était pas le père de Severus, mais bel et bien Severus adulte... Etrange… Que pouvait donc signifier cette scène ? Etait-ce une simple vision déformée du passé de Severus ? Ou reflétait-elle une peur profonde du Maître des potions, la peur de devenir comme son père, un père violent et haineux ?

Devant cette scène des plus troublantes et la prostration accablante de Severus, Mixiel, Sirius et Nuwan ne s'éternisèrent pas plus et essayèrent encore une fois de briser la barrière, qui enfin céda.

Cependant, avant qu'ils n'aient pu atteindre l'étrange trio, l'ombre de Severus se retourna vers lui et lui asséna une gifle magistrale d'un revers de la main, ce qui le fit chanceler. Severus tomba alors sur le côté, sans faire quoi que ce soit pour empêcher l'autre ou pour se protéger.

Mais Rémus s'interposa à temps, avant que l'ombre ne puisse continuer, et celle-ci se métamorphosa en une lune pleine et entière, à moitié cachée par les nuages noirs de la nuit.

- Ridiculus. Fit Rémus.

Une bulle de gomme remplaça la lune et éclata, et le loup garou renvoya finalement l'épouvantard dans l'armoire, que Harry venait de redresser à l'aide d'un reparo.

Puis Rémus se retourna vers Severus. Nuwan, Mixiel et Sirius étaient déjà agenouillés auprès de lui, alors qu'il se tenait assis, ou plutôt pelotonné, contre un coin de la pièce, le visage enfoui dans les mains. Sa respiration était encore saccadée et haletante, et son corps semblait secoué de spasmes. Pourtant aucun son ne parvint aux oreilles du lycanthrope.

Severus ne pleurait pas, ou s'il le faisait, c'était silencieusement. Bien vite, Rémus eut la confirmation que Severus ne pleurait pas, quand celui-ci abaissa enfin ses mains, dévoilant un visage ravagé par des émotions contradictoires. Ses yeux avaient beau être embués, aucune larme ne perla sur ses joues crispées. Ce n'était certainement pas l'envie qui lui manquait, mais Severus n'était pas du genre à se laisser aller, ni à dévoiler sa peine, ou autre sentiment, devant tout le monde, même s'il se livrait un peu plus depuis quelques temps.

Severus se sentait mortifié et aurait voulu mourir sur place. Il était déjà mort de honte, de s'être laissé ainsi allé à cette peur irrationnelle. Et surtout, de ne pas avoir su maîtriser un vulgaire épouvantard. Un simple petit épouvantard… Même Londubat avait réussi à maîtriser ses peurs, alors pourquoi pas lui ? Il était déjà incapable, ou très difficilement, de lancer un patronus, et voilà maintenant qu'un simple ridiculus lui semblait impossible… Ridicule, c'était le cas de le dire. Il se sentait ridicule, misérable… Et surtout, il se détestait, il s'exécrait, se haïssait. Il haïssait ce moi qui venait de s'en donner à cœur joie par l'intermédiaire de cet épouvantard, et il se haïssait d'avoir été trop faible pour le contrer…

Il releva soudain la tête vers le petit comité, qui le regardait d'un air désemparé. Etait-ce de la pitié qu'il décelait dans leurs yeux ? Mais il ne voulait pas de leur pitié… Etait-il descendu si bas, qu'il ne leur inspirait plus que de la pitié ?

- Allez-vous en. Cria-t-il à leur adresse.

Mais personne ne bougea.

- Allez-vous en, vous dis-je. Laissez-moi. Laissez-moi seul. Allez donc trouver quelqu'un d'autre sur qui épancher votre pitié. Il avait prononcé ce dernier mot avec toute la hargne et la haine qu'il pouvait ressentir. Allez-vous en, rugit-il, ressemblant alors fortement au double dément, qu'ils avaient eu quelques minutes auparavant en face d'eux.

- Severus… Commença Sirius.

- Non, va-t'en. Va-t'en. Laisse-moi. Vous vous êtes bien joués de moi, toi et Rémus, hein ? Le spectacle vous a plu, j'espère ?

- Mais de quoi parles–tu ? S'inquiéta Rémus.

- Comme si vous ne le saviez pas. Vous avez tout mijoté, vous avez tout planifié, tout, j'en suis sûr, comme les bons petits Maraudeurs que vous êtes.

- Mais non, Severus. Nous n'avions rien projeté. Tenta Sirius.

- Ah oui ? Alors pourquoi, comme par hasard, m'avez-vous envoyé ici, dans cette pièce, et m'avez-vous indiqué l'armoire, en omettant de préciser laquelle ?

- Tu m'as dit avoir besoin d'un scrutoscope pour une expérience, tu te souviens ? Je t'ai juste indiqué, où le trouver… répondit Rémus, essayant désespérément de faire entendre raison au Serpentard. Il connaissait la paranoïa légèrement excessive du Maître des potions, mais à ce point…

- Comme c'est pratique, ricana Severus, toujours assis par terre, que ce fameux scrutoscope soit, comme par hasard, dans l'armoire située juste à côté de celle où se trouvait l'épouvantard…. Armoire qui, soit dit en passant, n'avait aucun sortilège de protection, comme tout sorcier normalement constitué devrait placer pour ce genre d'objet.

- Mais, voyons Severus… Tenta Sirius.

- Laissez-moi. Êtes-vous donc sourds ou ineptes à ce point ? Je veux être seul, seul, vous m'entendez, seul, je ne veux plus vous voir. Alors dégagez ! Hurla Severus.

Ses mains tremblaient de façon incontrôlable, il sentait ses veines pulser à un rythme fou, son cœur s'affolait presque, cognant dangereusement contre sa cage thoracique, sa respiration se faisait sifflante et il commençait à sentir la migraine revenir au galop. Il se passa nerveusement une main dans les cheveux, essayant de se calmer.

Cette vision arracha, bien malgré lui, une moue dégoûtée à Ron, ce qui lui valut un coup de coude dans les côtes de la part de sa mère et de Ginny, sous l'œil amusé de Harry. Mais très vite, lui aussi se fit tout petit, quand il croisa le regard furieux de Molly Weasley. Elle ne tolérait effectivement pas ce genre de mesquinerie de la part de son fils, et ne souhaitait pas que Harry l'encourage dans cette voie. La situation était bien assez délicate comme ça, sans avoir à en rajouter.

Soudain, un sifflement, venant du coin où était assis Severus, la sortit de ses ruminations contre son dernier fils. Severus agrippait presque convulsivement son bras gauche et tentait de se relever, tant bien que mal.

- Il choisit toujours le meilleur moment, marmonna Severus d'un ton las.

- Où vas-tu ? S'enquit Rémus, les traits tendus, redoutant d'avoir compris ce qui se passait.

- Je dois partir. Alors laissez-moi passer.

- Où allez-vous ? Insista Nuwan. En fait, elle savait pertinemment bien où il allait, les signes ne trompaient pas, mais elle espérait au fond d'elle-même qu'il démentirait ses craintes.

- Il vous appelle. Conclut Mixiel, d'une voix rauque et basse.

Severus acquiesça silencieusement, et poussa rudement Sirius et Rémus, qui lui bloquaient le passage, pour sortir de la pièce.

- Accio robes de mangemort. Accio Cape. Fit Severus une fois dans le couloir.

Les habits lévitèrent jusqu'à lui dans un léger froissement et atterrirent gracieusement dans sa main tendue. Il enfila à la hâte ses robes de Mangemorts par-dessus ses robes actuelles, sans prêter plus d'attention aux autres membres.

- Mais Severus, vous ne pouvez pas partir comme ça. Vous n'êtes pas en état. S'exclama Molly.

Severus se retourna vers elle, un rictus hautain et dédaigneux déformant légèrement son masque d'impassibilité enfin revenu en place, et lui répondit d'un ton froid et détaché, contrastant cruellement avec l'état dans lequel il était encore quelques secondes plus tôt :

- Je doute que cette réponse Lui donne entière satisfaction.

Puis se retournant, tout en faisant voler sa cape qu'il ajustait sur ses épaules, il descendit les escaliers sans un regard en arrière et quitta la demeure des Blacks.

Fin du chapitre 43.