Merci pour vos commentaires toujours aussi enthousiastes.

Oui, polgarra, j'aime bien rappeler ce côté un peu brutal et méchant, agressif et violent de Severus. Ce n'est effectivement pas quelqu'un de trés gentil-gentil, comme tu le dis si bien, il est quand même devenu mangemort... Sinon, ne t'inquiètes pas trop, la fin n'est pas encore pout tout de suite, même si on s'en approche petit à petit. Il reste encore environ vingt chapitres. Et un suite est prévue dans ma tête, si bien sûr vous voulez suivre encore cette histoire quand la première partie touchera à sa fin... Bref, nous allons encore passer quelques moments ensemble... ;)

Becky666, effectivement beaucoup de monde a apprécié cette version de l'épouvantard... ;) Et j'en suis trés heureuse, car j'ai pris moi-même beaucoup de plaisir à écrire cette scène.

Mia : comment va réagir l'Ordre quand il reviendra? En tout cas, ce sujet d'inquiètude sera remplacé par un autre, bien plus troublant... Mais vous le découvrirez bientôt...

Merci aussi aux lecteurs qui n'en sont pas encore à ce chapitre mais qui me laissent régulièrement des reviews au fur et à mesure de leur avancée, à savoir, Aesylee, Sulnaruto, Helleni et Lone Wolf.

Je tiens de suite à vous préciser que je serai malheureusement absente la semaine prochaine, puisque je pars mardi après-midi, jusqu'à dimanche soir pour un congrès en Ecosse. Je ne pourrais donc vous répondre ou vous opster de nouveaux chapitres pendant ce laps de temps. Pour le prochain chapitre, je crains d'ailleurs qu'il ne faille attendre vers le 23 mai au plus tôt! Mais je ferais tout pour combler votre attente à mon retour... ;)

Bonne lecture et à bientôt!

CHAPITRE 44 : Rencontre inattendue

Le mois de mars venait de prendre fin, mais le printemps ne daignait toujours pas s'installer durablement. Le ciel restait morose, gris et terne, à l'image de l'humeur de la société sorcière dans son ensemble. Les éternels nuages bas masquaient le soleil, dont les pâles rayons peinaient à atteindre les étendues d'herbes encore gelées, tandis que l'humidité et les rigueurs du froid s'ancraient avec entêtement dans l'air maussade et menaçant.

L'espoir de renaissance et de renouveau, que la terre et la nature attendaient avec ferveur avec la venue du printemps, se faisait de plus en plus mince et ténu, comme si les caprices du temps s'accordaient avec une harmonie parfaite aux cœurs troublés des hommes en cette période critique.

Mais rien ne servait de rester là, à se complaire dans la mélancolie. Severus se secoua donc vivement et s'écarta de la fenêtre qui lui offrait ce paysage si désolant, pour retourner dans son laboratoire et finir l'inventaire des potions. Cela faisait trois jours dès lors, que le Lord Noir l'avait rappelé. La mauvaise humeur et la colère froide, qu'Il avait manifestées la semaine passée, suite à l'attaque de Pré au Lard, semblaient s'être considérablement atténuées, même si les tensions étaient encore palpables dans tout le Manoir. En tout cas, si cette colère L'animait toujours, Il semblait mieux la maîtriser.

Ses fidèles Mangemorts, et les moins fidèles aussi d'ailleurs, se gardaient bien toutefois de l'attiser à nouveau et restaient sur leurs gardes. Ils savaient qu'ils n'avaient plus le droit à l'erreur. Le cercle intime en particulier redoublait d'efforts, de ruse et d'adresse, pour retrouver les grâces de leur Maître. La prochaine attaque se devait d'être une réussite totale, car l'enjeu cette fois-ci était de taille, non pas seulement d'un point de vue stratégique, mais aussi d'un point de vue vital.

Vital pour eux cinq, bien entendu. Comme leur Maître leur avait bien fait comprendre, quand Il leur avait fait l'honneur de les désigner en tant que Ses plus proches collaborateurs, ils étaient peut-être utiles et précieux, mais pas irremplaçables. Et une erreur de plus les rendrait tout de suite beaucoup moins précieux à Ses yeux, Severus en avait bien trop conscience. Autrefois son instinct de survie lui aurait tiré la sonnette d'alarme, lui dictant de se ranger à l'attitude des quatre autres, et de tout faire pour retrouver les faveurs du Maître, ne serait-ce que pour préserver son rôle d'espion, mais cet instinct semblait être devenu muet ces derniers temps.

Au fond de lui, Severus était partagé. En effet, d'un côté, il aurait désiré faire échouer les plans du Lord Noir, TOUS Ses plans, mettant fin ainsi à la frustration de se sentir impuissant face à ce carnage, et pouvant alors assouvir, par la même occasion, son profond désir de Lui tirer sa révérence avec panache, même si le prix à payer était la mort. D'un autre côté, sa raison lui dictait de servir au mieux les intérêts de l'Ordre et de tout faire pour conserver sa couverture. Or, à vrai dire, cette même raison commençait à s'émousser et à perdre son emprise, réalisa-t-il soudain.

Il était pourtant tout à fait conscient, que, s'il rentrait en disgrâce et qu'il perdait son rôle de Second, voire s'il venait à mourir, tous les plans de Dumbledore risquaient de s'échouer, comme des naufragés sur une plage. Mais cela ne le perturbait pas outre mesure. Ou ne le perturbait plus, plus autant. Il constata alors, presque avec nostalgie, qu'il avait perdu le feu sacré, qu'il avait perdu cette colère qui l'animait, cette révolte intérieure contre le monde entier, qu'il avait perdu cette volonté de se battre, et de Le terrasser définitivement, coûte que coûte. En fait, il ne savait même plus réellement ce qui l'animait encore. Il faisait ce qu'il avait à faire, sans plus, sans réelle conviction, ni espoir.

En avait-il jamais eu d'ailleurs ? Des convictions ? Non, pas vraiment. Tout d'abord, il avait été essentiellement animé par son désir oppressant de vengeance et par sa soif de se faire une place parmi ses paires. Par la suite, c'était sa volonté de se racheter qui avait pris le relais, cette volonté de racheter ses erreurs et de racheter sa conscience pour être enfin digne d'elle, digne de Freyja. Et d'espoir ? Non, d'espoir, il n'en avait eu que très peu, un frêle espoir qui avait très vite été déchiré en lambeaux par les violents tourbillons de sa sombre vie. Alors que lui restait-il dès lors ?

Le goût de la vie ? Il l'avait perdu, lui aussi, depuis bien longtemps maintenant. Il ne savait même plus, s'il l'avait jamais connu un jour d'ailleurs. Non pas qu'il souhaitât réellement mourir, non, il voulait vivre. Mais il voulait vivre libre, libre de ses actes, libre d'être lui-même. Or, jusqu'à présent, il n'avait jamais été qu'un esclave. Esclave de sa soif étouffante de revanche et de puissance, puis esclave de cet homme, maintenant non homme, qui se faisait appeler Seigneur des Ténèbres, et enfin esclave d'une cause qui n'était pas la sienne, mais qu'il avait décidé de soutenir, car c'était le seul moyen de parvenir à ses fins et à sa rédemption. C'était le seul moyen d'arrêter le Lord Noir, celui qui lui avait tant donné, mais tant repris.

Oui, Severus avait décidé de soutenir la cause de la Lumière. Mais lui-même n'était pas un fils de la lumière, malgré tout ce qu'Albus pouvait dire. Il était un fils de l'ombre et des Ténèbres, il avait toujours été sombre et le serait toujours. Non, s'il avait rejoint cette cause, la cause des « biens pensants » et des « fous de moldus », c'était par amour pour elle d'abord, par amour pour Freyja, puis par désir de vengeance, par désir de venger la mort de cet amour… Que lui restait-il donc dès lors ? Rien, si ce n'est un goût âcre et amer… Ce goût, qui s'était infiltré en lui depuis tant d'années, mais qui semblait ne plus vouloir le quitter depuis… oui, depuis la mort d'Albus.

Severus réalisa, qu'il avait effectivement perdu cette force, qui l'animait auparavant et qui l'avait toujours accompagné malgré les nombreux obstacles sur son chemin, et plus précisément qu'il l'avait perdue, lorsqu'il avait tué, de ses mains, Albus Dumbledore. Lorsqu'il avait tué le seul homme, en qui il avait placé toute sa confiance et son estime, le seul homme en qui il avait cru de toute son âme, et le seul homme qui avait vraiment cru en lui et qui lui avait fait confiance. Mais Albus l'avait abandonné, le croyant sans doute assez fort pour continuer la route sans lui, pour continuer malgré tout… Or, Severus ne se sentait plus la force de continuer justement.

Il devait lutter alors à chaque instant, pour que sa raison l'emporte et qu'il ne commette pas l'irréparable. Il devait lutter à chaque instant, pour continuer ce combat, ce misérable combat aux côtés de l'Ordre… Mais cette lutte devenait de plus en plus harassante et sa raison s'affaiblissait.

« De toute façon, la cause de l'Ordre est une cause perdue d'avance. » Pensait-il. « Jamais Potter n'aura la force de vaincre le Lord Noir. Alors à quoi bon ? Qu'est-ce qui te retient ? Au moins une fois dans ta vie, tu pourrais sauver ces gens, ces « innocents », comme Albus aimait les appeler. Pourquoi devrais-tu encore jouer le jeu du parfait petit Mangemort? Qu'est-ce qui te retient ? La mort ? Non, elle serait si douce, ses bras semblent parfois si réconfortants, si apaisants… La mort n'est qu'une formidable expérience de plus, selon Albus. Mais et Nuwan ? Et Mixiel ? Qu'en penseraient-ils, si tu les abandonnais ainsi, lâchement ? Non, tu ne peux pas les décevoir, pas eux, tu dois au moins continuer pour eux… »

Severus ruminait depuis un bout de temps ces pensées agitées, quand il entendit le 'pop' sonore de l'elfe de maison.

- Que veux-tu Ansky ? Fit-il d'une voix glaciale et menaçante. Il détestait être dérangé, quand ses réflexions bouillonnaient ainsi.

- Ansky désirait juste rappeler à Maître Snape, que Monsieur devrait se préparer, si Monsieur souhaite arriver à l'heure pour ce soir. Il ne reste qu'une heure à Monsieur avant la réunion.

Severus grommela des jurons sans queue ni tête pour lui-même, tout en inscrivant une dernière potion sur la liste, avant de se diriger d'un pas précipité vers sa chambre. Il l'avait oublié cette satanée réunion… Mais qu'est-ce que le Seigneur des Ténèbres mijotait donc encore, pour vouloir les réunir tous ensemble ce soir au dîner, alors qu'aucun rite ni aucune réjouissance particulière n'était prévu ?...

…………………………………………………………………………………………………...

Les Mangemorts, vêtus de leur éternelle robe noire et leur masque morbide sur le visage, étaient enfin assemblés au grand complet dans l'immense amphithéâtre, où ils avaient mangé avant le rituel du voleur d'âme, quelques mois auparavant. Salle surnommée « l'antichambre noire », comme l'avait appris récemment Severus. Tous attendaient avec impatience leur Seigneur et Maître, qui semblait vouloir se faire désirer ce soir, et faisaient passer le temps comme ils le pouvaient, tantôt faisant les cent pas, tantôt échangeant des messes basses avec leur voisin, tantôt trépignant sur place tout en se tordant les mains de nervosité. Seuls quelques uns, dont Severus et les quatre autres du cercle intime, conservaient un minimum de sang froid et restaient impassibles, tout du moins en apparence.

Severus, debout à une des extrémités du demi cercle formé par l'estrade où siégeaient les tables, observait attentivement le manège de chacun, enregistrant instinctivement de précieuses informations, notant les nouvelles « alliances » qui avaient l'air de se nouer et celles qui s'émiettaient insidieusement… Vieux réflexes d'espion certainement. Mais pour qui savait observer en silence, ces réunions étaient en soi une mine d'or et recelaient de nombreuses informations primordiales, parfois bien plus intéressantes que les informations arrachées lors d'un interrogatoire, si subtil soit-il.

Au bout d'un temps indéfini, le glissement d'un corps contre le sol et un sifflement caractéristique se firent entendre à l'autre extrémité de la salle. D'un même mouvement, les Mangemorts se retournèrent et s'immobilisèrent aussitôt, reconnaissant le signe précurseur de l'arrivée imminente du Lord Noir. Effectivement, tel un prédateur devant son futur festin, Nagini rampait sournoisement vers eux, mettant leurs nerfs déjà fragiles à rude épreuve, et précédait son Maître, qui apparut enfin, dans l'encadrement de la porte dissimulée par une imposante tapisserie, en face d'eux.

Le Seigneur des Ténèbres semblait jubiler. Non pas seulement à cause de l'effet qu'Il produisait à chacune de Ses entrées, cela ne suffisait plus à Le satisfaire un tant soit peu. Non, il allait se produire autre chose ce soir, dont Il semblait se délecter d'avance, pensa Severus. « Qu'est-ce qui pouvait donc le rendre si… si euphorique ? » Se demanda-t-il.

Mais il devrait attendre pour avoir la réponse, car le Lord Noir avait vraisemblablement envie de les laisser encore mijoter quelques heures…

- Mes chers petits Mangemorts, commença ce dernier, un horrible rictus déformant Ses traits vipérins. Je suis heureux de vous voir ainsi toussssss réunis autour de moi. Vous vous demandez certainement la raison de cette réunion exceptionnelle, mais vous devrez encore patienter quelques temps. Ma … ssssurprise… n'est pas encore tout à fait prête.

Cette petite introduction aviva leur curiosité, mais aucun n'osa demander plus de précisions. Ils n'étaient pas suicidaires, pas un si beau soir…

- Profitons donc de ce laps de temps pour nous ssssubstenter ensemble, mes amis. Reprit le Lord Noir d'un ton doucereux et faussement mielleux.

Il claqua alors des mains, et les tables se dressèrent instantanément, vous invitant à un somptueux banquet. Il claqua de nouveau dans ses mains, et des mets de toute sorte apparurent sur les dites tables, accompagnés de diverses boissons, promettant milles merveilles.

- Allons, mes amis, installons-nous et festoyons.

Tous étaient quelque peu décontenancés, mais obtempérèrent néanmoins sans délais. Rares étaient les occasions, où le Maître les honorait de Sa présence à ces banquets. Cela présageait un événement particulier, très particulier. Ils prirent place alors autour des tables, dans un ordre bien défini, respectant la hiérarchie si scrupuleuse de leur organisation. Le Seigneur des Ténèbres trônait à la table à place unique, qui faisait face à l'entrée principale et au demi cercle, tandis que les plus anciens Mangemorts et les plus hauts placés se retrouvaient prêts de Lui, et que les novices nouvellement marqués étaient relégués à l'autre extrémité.

Severus avait l'insigne honneur d'être directement à la droite du Maître, place enviée par beaucoup, mais qu'il aurait volontiers cédée, s'il en avait eu la possibilité. Rien que l'idée de devoir manger avec cette sorte d'homme à ses côtés lui coupait l'appétit. Heureusement pour lui, il n'était pas réputé pour être goinfre, et donc cela devrait passer assez inaperçu…

Le Seigneur des Ténèbres s'était de nouveau levé pour porter un toast, mais Severus était passé en mode « écoute automatique », n'enregistrant pas vraiment les élucubrations du fou furieux à ses côtés, élucubrations qu'il connaissait d'ailleurs par cœur. Il se contenta simplement d'imiter les autres et de lever son verre aux moments fatidiques. Son cerveau était suffisamment entraîné pour repasser en mode alerte en cas de besoin, si d'importantes informations venaient à être divulguées.

Le repas put enfin débuter, et les conversations reprirent doucement, la tension s'évaporant lentement et les langues se déliant peu à peu, les boissons douces amères aidant. Severus picorait plus que mangeait, et écoutait toujours d'une oreille distraite, laissant ses sens aiguisés faire le tour de la pièce, sous ses airs impassibles.

Le festin se déroula tranquillement, sans incident ni révélation notable, le Seigneur des Ténèbres restant aussi silencieux que Son bras droit, observant et écoutant avec une fausse bienveillance Ses fidèles Mangemorts. Puis le dessert prit fin, et les conversations commencèrent à se tarir d'elles-mêmes, chacun attendant la « surprise » que leur Maître leur avait réservée, et qui ne devrait plus tarder.

- Merci, mes amis. Fit alors le Lord Noir, un ton suffisant perçant dans sa voix. J'espère que ces agapes vous ont plues. Je vous ai promis une ssssurprise, et ne vais pas vous faire languir davantage.

A ces mots, il fit un geste nonchalant de sa main droite en direction de Queudver, qui était placé à quelques mètres derrière Lui. Ce dernier comprit aussitôt l'ordre silencieux et, après une pittoresque révérence, trottina vers la porte masquée au fond de la pièce pour l'ouvrir.

Severus suivit un instant le « rat » des yeux, mais son attention fut bien vite troublée par cette sensation désagréable d'être observé. Il dévia imperceptible son regard, sans bouger la tête, et s'aperçut alors que le Maître était à demi tourné de son côté, comme pour mieux observer l'arrivée de sa soi-disant surprise, mais qu'en fait Il regardait Severus avec une intensité déconcertante et déstabilisante, tandis qu'un sourire énigmatique étirait Ses fines lèvres.

Severus ne put soutenir plus longtemps ce regard brûlant et scrutateur, et préféra détourner son attention, la reportant sur ce qui allait entrer. Il sentait toutefois une sueur froide lui parcourir l'échine, et un nœud lui serrer la gorge, lui donnant du mal à déglutir le peu de salive qu'il lui restait. Qu'est-ce que tout cela pouvait bien signifier ? Pourquoi le Maître le regardait-Il de cette façon ? Aurait-il été démasqué ? « Non, ne pas penser à ça… Pense à autre chose… » Se morigéna tant bien que mal Severus, tout en essayant de redresser ses barrières mentales.

Au bout d'à peine une minute, que le Maître des potions aurait qualifiée d'éternité, Queudver fit de nouveau son apparition et se décala légèrement de côté. Des murmures impatients et curieux s'élevèrent dans la salle, quand il devint évident que la surprise de leur Maître n'était autre qu'une personne. Cette dernière fit enfin son entrée, tout dans son allure marquant la détermination, sa fine et longiligne silhouette entièrement masquée par sa cape noire, et les traits de son visage soigneusement dissimulés aux yeux indiscrets par la large capuche.

Les murmures se turent instantanément, tandis que l'énigmatique inconnu avançait dignement jusqu'au Maître, d'un pas souple et félin. Un pas léger et peu appuyé, à peine audible sur le sol dallé de marbre, un port altier marquant un caractère fier, et une démarche assurée mais gracieuse, typiquement féminine, nota Severus. « Une femme, donc… » Se dit-il intérieurement. « Voilà donc cette fameuse surprise… ».

Vivement intrigué, il observa plus attentivement encore la nouvelle arrivée, scrutant les moindres détails qui pourraient lui en révéler davantage. Tout à son observation minutieuse, il en oublia momentanément la réaction inquiétante, qu'avait manifestée le Lord Noir à son égard quelques instants plus tôt. Celui-ci continuait toutefois à darder Son second d'un étrange regard, indescriptible, presque carnassier. Mais Severus n'y prêtait plus attention, son regard sombre rivé sur le visage caché de la jeune inconnue, subjugué malgré lui par tant d'assurance, tant de maîtrise, aucun geste ne trahissant pour le moment la moindre nervosité chez elle…

Ce n'est que lorsque le Seigneur des Ténèbres reprit la parole, une fois la mystérieuse invitée arrivée à ses côtés, que Severus sortit de sa transe. Il sentit alors une aura de puissance presque électrique émaner de l'étrange couple qui se tenait prêt de lui, et ne put s'empêcher de ressentir un frisson glacial l'envahir, quand elle se tourna imperceptiblement vers lui. Qui était-elle ? Pourquoi tant de mystères autour d'elle ? Pourquoi avait-il cette désagréable sensation qu'elle le dévisageait du regard ? Et d'où venait cette prodigieuse aura de puissance ? D'elle ou du Maître ? Ou la réunion des deux ? Et pourquoi ne détournait-elle pas le regard ?

- Mes amis, voici ma sssurprise. Nous avons l'honneur d'accueillir parmi nous, ce soir, une nouvelle recrue pour notre communauté. Mais il ne s'agit pas d'une recrue comme les autres. Miss, si vous le voulez bien.

Se disant, le Seigneur des Ténèbres lui fit un gracieux mouvement de main, pour l'enjoindre à retirer ses capes. Le lourd tissu noir glissa alors au sol, révélant une jeune femme d'une vingtaine d'années, à la frêle et longue silhouette, et aux longs et fins cheveux bruns aux discrets reflets roux, qui ondulaient souplement jusqu'au creux de ses reins et qui contrastaient avec sa peau pâle et ses yeux bleu azur. Elle paraissait d'aspect fragile et délicat, pourtant tout dans son maintien assurait une grande force de caractère et une puissance peu ordinaire pour une sorcière de son âge. Son visage aux traits d'ange, et encore juvénile, arborait un air grave mais impassible, ce qui n'enlevait rien à son charisme. « Bien au contraire, cela lui donne une prestance presque intimidante, mais tellement attirante… » Pensa Severus.

Cependant, ce qui le frappa plus fortement, fut cette lueur féroce de rage et de colère dans les prunelles d'un bleu si intense. Un regard haineux et meurtrier, qu'elle semblait adresser à toute l'assemblée, mais plus particulièrement à lui. A lui, Severus Snape… Pourtant il ne connaissait pas cette jeune femme, il ne se rappelait pas l'avoir jamais rencontrée, bien qu'au fond de lui il sentait une étrange impression. Comme si sa présence lui était familière… Comme si ce regard, abstraction faite de la lueur criminelle, lui était familier… Comme s'il connaissait depuis longtemps cet énigmatique pétillement au fond de ces orbes bleus…

- Mes amis, je vous présente Ardwenna. Ardwenna Lennard Dumbledore.

Ces mots eurent l'effet d'une bombe. Severus en eut le souffle coupé, tandis qu'un brouhaha emplit l'amphithéâtre. Avait-il bien entendu ? Ardwenna Lennard DUMBLEDORE ? Impossible… Avait-elle un lien de parenté avec Albus ? « Oui, certainement, bougre d'idiot ! S'admonesta Severus en son fort intérieur. Il ne doit pas y avoir trente-six Dumbledore par le monde… » Mais alors, qui était-elle par rapport à Albus ? Sa petite fille, son arrière petite fille ? Pourtant Albus n'avait pas de famille, à part son frère… Ou alors était-ce une descendante d'Abelforth ? Quoi qu'il en soit, son nom expliquait la haine et le mépris qu'elle semblait lui vouer… Rien d'étonnant…

Mais la question qui taraudait davantage l'esprit du Maître des potions était de savoir, ce qu'elle faisait parmi les Mangemorts ? Elle ne semblait pas être prisonnière, ni être maintenue contre son gré. Elle ne songeait tout de même pas à devenir l'un des leurs, si ? Alors que toute sa famille avait toujours prôné la résistance contre le Seigneur des Ténèbres ? Et même si elle désirait réellement devenir un de Ses Mangemorts, jamais Il ne l'accepterait, n'est-ce pas ? Cela serait trop suspicieux… Ou alors le monde tournait à l'envers…

Severus était perdu, à la fois fasciné et quelque peu effrayé par cette nouvelle venue. Quoi qu'elle puisse cacher, cela ne pouvait rien présager de bon. Il tourna un regard plein d'interrogations et d'incompréhensions vers son Maître, qui le toisait d'ailleurs Lui-même avec un sourire prédateur et un air de vainqueur. Severus sentit qu'il n'était pas au bout de ses surprises, loin de là. Le Seigneur des Ténèbres avait apparemment bien mijoté son plan et semblait se délecter de son effet, de secondes en secondes.

- Mes fidèles petits Mangemorts, un peu de silence, je vous prie. Réclama le Lord Noir en levant sa main d'un geste péremptoire.

Le silence se fit instantanément.

- Oui, vous avez bien entendu. Notre jeune amie que voici…

La jeune amie en question se retourna vivement vers l'orateur et lui décocha un regard assassin des plus explicites. Apparemment, elle n'appréciait pas particulièrement qu'on l'appelle « jeune amie »…

- …a décidé de nous rejoindre. Continua le Seigneur des Ténèbres, ignorant ostensiblement l'affront que la jeune femme venait de lui lancer.

Ce qui inquiéta davantage encore Severus. Personne, au grand jamais, n'aurait osé adresser un tel regard au Maître, sans en payer les frais sur le champ… Aurait-elle droit à un traitement de faveur ? Ou peut-être lui réservait-Il une punition plus adéquate par la suite ? Severus ne savait que penser… « Méfies-toi ! Vigilance constante ! » Se rappela-t-il.

- Toutefois, une fois n'est pas coutume, notre jeune amie, ajouta le Lord Noir, en insistant bien sur les derniers mots, comme pour bien faire comprendre à la jeune femme qu'Il la nommait comme bon Lui semblait, sera sous la responsabilité de l'un d'entre vous.

Quelques mangemorts des plus hardis marquèrent leur contentement par des exclamations approbatrices. Mais leur Maître ne sembla pas s'en offusquer outre mesure, bien au contraire, Il semblait s'en amuser…

- En effet, cette jeune demoiselle ne connaît pas nos mœurs, puisqu'elle vient d'Amérique. Elle sera donc la novice de l'un de mes plus fidèles.

Les plus fidèles en question se regardèrent entre eux avec avidité et jalousie, chacun espérant être l'heureux élu… A cette vision, Severus ne put réprimer une moue de dégoût et de dédain, qu'il effaça bien vite, quand il vit le Lord Noir se tourner vers lui. Son sang ne fit qu'un tour et son cœur manqua un battement, mais il maintint son masque d'indifférence condescendante et d'impassibilité, face au regard de glace qui le dardait.

Un silence lourd et pesant retomba dans la salle, tous braquant leur attention sur le Maître et son Second, attendant avec impatience ce qui allait se passer. Le Maître allait-Il donc punir Son bras droit pour avoir exprimé, même silencieusement, tant de dédain ?

- Mon cher Ssseverusssss. Fit le Seigneur des Ténèbres, tout en s'approchant de ce dernier, tel un serpent fondant sur sa proie. Cette idée n'a pas l'air de te réjouir. Qu'est-ce qui te dégoûte à ce point ? L'idée qu'elle soit la novice de l'un d'entre vous ? Ou qu'elle soit la novice d'un autre que toi ? Ou peut-être le comportement de tes chers compagnons vis-à-vis de cette somptueuse jeune femme ?

- Maître, répondit Severus, tout en affermissant ses barrières mentales et en prenant le temps de bien peser ses mots. Il ne m'appartient pas de juger vos idées. Et si quoique ce soit dans mon attitude ait pu vous faire penser une telle chose, je m'en excuse tout de suite.

- Mon ami, continua le Lord Noir, faisant cette fois le tour de Severus par l'arrière, une main osseuse traînant sur les épaules du Maître des potions, comme pour mieux assurer sa prise sur ce dernier. Ce que tu me dis me rassures, car, vois-tu, sinon, cela aurait contrarié mes plans…

Il s'arrêta soudain dans le dos de Severus, lui agrippa vivement les épaules de Ses mains noueuses, mais encore vigoureuses malgré leur maigreur cadavérique, et lui susurra à l'oreille, assez fort toutefois pour que tous entendent :

- En effet, j'avais pensé qu'elle serait une parfaite novice pour… toi.

Severus se crispa à ces mots. C'était donc ça, c'était donc pour ça qu'Il le regardait si intensément depuis tout ce temps… Dans son esprit tordu, Il avait projeté ça depuis le début. Quoi de plus jouissif en effet, pour cet esprit pervers, que de les mettre tous les deux ensemble, presque vingt quatre heures sur vingt quatre, alors qu'ils allaient être comme chien et chat, deux ennemis, forcés de cohabiter et de travailler ensemble… le bourreau et sa victime, le meurtrier et sa proie… Il avait assassiné presque toute la famille de la jeune femme, par merlin ! Or, en devenant sa novice, elle serait obligée de lui obéir, totalement, et lui serait obligé de l'accepter, totalement… Cruel. Perfide et cruel. Tout à fait Lui, en somme…

Le Seigneur des Ténèbres libéra enfin les épaules tendues et nouées du Maître des potions et repartit à sa place, un air des plus satisfaits collés sur Ses traits tortueux, avant de reprendre d'un ton incisif :

- A compter de maintenant, cette chère Ardwenna sera ta novice, Severussss. Tu seras chargé de lui apprendre notre fonctionnement et nos règles, tu seras chargé de la former, dans tous les domaines qui te semblent utiles. Je ne te demanderai qu'un seul sacrifice.

Severus en aurait ri, s'il avait pu, tant ces mots lui semblaient teintés d'ironie. « Qu'un seul sacrifice » ? Mais le fait de la prendre comme novice, et de l'avoir à ses côtés, allait déjà être un énorme sacrifice en soit… pour lui comme pour elle, d'ailleurs…

- Elle doit rester pure. Continua l'homme-serpent. Tu devras rester vertueux avec elle. Je sais que je te prive ainsi d'un des privilèges tant prisés par mes Mangemorts, mais il te sera interdit de jouir de ce droit sur elle. Tout du moins, pour le moment.

Des murmures interloqués montèrent peu à peu parmi l'assemblée des Mangemorts les plus hauts gradés. C'était la première fois que leur Maître demandait à l'un d'entre eux de déroger à la règle et de ne pas profiter de son droit de cuissage…

Severus, quant à lui, était quelque peu choqué. Non pas à l'idée qu'il devait s'abstenir de ce « droit », droit qu'il avait toujours considéré comme barbare, et qu'il n'avait aucunement l'intention de réclamer de toute façon, mais choqué que l'on puisse penser que ce serait justement un sacrifice pour lui… Et il était également désespéré de se retrouver avec cette jeune femme, aussi magnifique soit-elle, sur les bras… Source d'ennuis plus qu'autre chose, selon lui…

Ardwenna, pour sa part, avait gardé un masque parfait, seul un léger tressaillement et une légère crispation la trahirent aux yeux expérimentés de Severus… Cette idée n'avait pas l'air de la réjouir plus que lui. Cette scène parut soudain obscène au Maître des potions, cela donnait l'impression d'une femme vendue aux enchères à de riches et méprisables nantis... Cela l'écoeurait. Cela l'avait toujours écoeuré, mais aujourd'hui plus que jamais… Peut-être à cause de l'identité de la jeune femme, comme si, en la souillant, on souillait son nom et ses ancêtres… Severus comprit alors, que c'était certainement l'intention profonde du Seigneur des Ténèbres, Il tenait enfin une victoire contre cette famille qui lui avait toujours tenu tête…

Mais pourquoi cette jeune femme participait-elle, apparemment de plein gré, à cette mascarade ? La colère et la haine commençaient peu à peu à enfler en Severus, colère et haine contre cette assemblée, contre son soi-disant Maître et surtout contre cette Ardwenna…

- Ce sera un plaisir de satisfaire votre requête, Maître. Parvint-il à cracher, tout en s'inclinant légèrement, pour mieux dissimuler l'éclat assassin dansant dans ses obsidiennes.

- Bien. Je savais que je pouvais compter sur toi, mon cher Sssseverusss. Je te laisse donc la mener à ses nouveaux appartements, qui sont ceux jouxtant les tiens. Elle te suivra comme ton ombre, tant que tu seras à l'intérieur de ce manoir, et restera dans ses appartements ou dans tes quartiers quand tu devras t'absenter. Est-ce clair ? Je veux que tu l'emmènes partout avec toi dans cette demeure.

- Oui, Maître. Répondit simplement Severus, d'un ton neutre et détaché.

- Maintenant mes amis, les festivités sont terminées. Rentrez donc chez vous et oeuvrez dignement pour notre cause. Fit le Seigneur des Ténèbres avant de sortir, Nagini rampant à ses côtés et Queudver accourant derrière lui.

Dès que la porte dérobée fut refermée derrière Lui, les conversations reprirent de plus belle, tandis que les Mangemorts remontaient lentement à la surface pour regagner leur foyer ou leur quartier, tout en commentant cette soirée étrange. Ils ne pouvaient s'empêcher de spéculer sur cette nouvelle recrue, déjà si renommée à peine arrivée, et enviaient Severus d'avoir été choisi, une fois encore, pour jouir de cette faveur, malgré les restrictions exigées par le Maître.

Ardwenna et Severus restèrent ainsi seuls dans la salle, immobiles, face à face. Tous deux se dévisagèrent un long moment, s'observant intensément, d'un regard perçant, comme s'ils cherchaient à déceler les pensées les plus profondes et les plus intimes de l'autre, comme s'ils cherchaient à déceler les secrets que cachait l'autre. Mais chacun avait dressé de solides barrières mentales, leur tentative se heurta donc de part et d'autre à une puissante muraille de silence incassable et infranchissable.

« Legilimens… Elle est legilimens… » Constata Severus. « Voilà qui est intéressant, et voilà qui va te compliquer la tâche… ». Face au silence obtus et à la détermination troublante qui lui faisaient face, il décida finalement de rompre le contact visuel, et fit quelques pas en direction de la sortie. Une fois arrivé au seuil de la pièce, il se retourna nonchalamment et lança d'une voix glaciale, à la jeune femme restée immobile à l'autre bout de l'estrade :

- Si vous souhaitez regagner vos nouveaux appartements, vous avez intérêt à me suivre. A moins que vous ne souhaitiez vous perdre dans ce dédale de couloirs… Mes chers collègues se feraient un malin plaisir de vous indiquer le chemin, cela ne fait aucun doute, mais je doute que vous apprécieriez leurs attentions si… pressantes. Ajouta-t-il, tout en insistant sur les derniers mots d'une voix doucereuse et suave.

Et il se retourna sans attendre, commençant à monter les escaliers. Toutefois, à peine avait-il gravi quelques marches, qu'il entendit des pas légers et souples derrière lui… Elle avait fini par céder et par se décider à le suivre, bien qu'il pût sentir sans peine l'énergie négative qui émanait d'elle. Certainement devait-elle pester de se retrouver avec lui, plus que tout autre…. Mais ils n'avaient pas le choix, ni l'un ni l'autre. Elle devrait apprendre qui commande, et vite… « Et en plus elle a un caractère de cochon, voilà qui promet ! » Grommela-t-il intérieurement. « Mais elle ne sait pas à qui elle a affaire ! »

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- Non, Miss Lennard. Vous n'avez pas besoin de savoir. Asseyez-vous et taisez-vous.

Quoi de plus désagréable, quand vous êtes en plein essai pour une nouvelle potion, que d'entendre continuellement les questions incessantes de cette jeune femme indiscrète ? Severus et Ardwenna étaient tous deux dans le laboratoire privé du Maître des potions depuis le début de matinée, et Severus essayait désespérément d'avancer dans ses recherches, mais en vain.

- Pourquoi n'ai-je pas le droit de savoir ce que vous faîtes dans ce laboratoire ? S'entêta la jeune femme, d'une voix assurée et ferme. Ne suis-je pas censée vous suivre comme votre ombre ? Ce qui signifie aussi vous suivre ici, je peux donc bien savoir ce que vous préparez, non ?

- Non, je vous l'ai déjà dit. Répondit Severus, sa voix basse trahissant la colère qui montait en lui mais qu'il tentait de contenir. Ce n'est pas parce que je suis obligé de supporter votre présence continuelle à mes côtés, que je dois répondre à toutes vos questions. Votre indiscrétion n'a d'égale que votre insolence. Et vous avez tout intérêt à changer de ton avec moi, si vous ne voulez pas subir mon courroux d'ici peu.

- Votre Maître vous a pourtant formellement ordonné de me former, et de m'expliquer les règles de votre communauté… Lança-t-elle, d'un ton de défi.

Severus nota dans un coin de son esprit la formulation particulière de la jeune femme. Elle parlait du Seigneur des Ténèbres comme de son Maître à lui, et non à elle, et de leur communauté à eux, Mangemorts, comme si elle n'en faisait pas partie… Et ce n'était pas la première fois qu'elle parlait de la sorte. Severus était ainsi rapidement revenu sur ses premières impressions. Certes, elle bénéficiait d'une certaine liberté de mouvements, mais elle restait tout de même enchaînée à lui et à ce manoir, elle était bel et bien prisonnière et n'était peut-être pas là de son plein gré… Tout du moins, pas sans un moyen de pression pour la contraindre.

Restait à savoir quel était ce moyen de pression. Il devait être suffisamment important, pour qu'elle ne daigne même pas chercher à s'enfuir d'une quelconque façon… Elle semblait posséder de ressources magiques plutôt conséquentes, tout du moins non négligeables, alors pourquoi ne s'en servait-elle pas pour se sortir de cette impasse ? Quel moyen de pression pouvait donc obliger une personne à rester, contre sa volonté, alors que la fuite était à portée de baguette ?

- Vous semblez à court d'arguments. Continua-t-elle, sur le même jeu, ramenant Severus à la réalité.

- Je ne suis pas à court d'arguments, rétorqua-t-il enfin, sa voix de nouveau froide et claquante comme un fouet. Je ne souhaitais tout simplement pas vous répondre. Car, voyez-vous, si ce petit jeu vous amuse tant, pour ma part, il m'ennuie. Et je ne vois pas, pourquoi je devrais vous répéter sans cesse la même chose, alors que vous ne vous donnez même pas la peine de vouloir comprendre.

- Vous êtes d'une mauvaise foi incroyable. Vous étiez en fait perdu dans vos pensées, une fois encore, et aviez perdu momentanément le fil de la conversation. Fit-elle, d'un air nonchalant, comme si c'était une évidence.

Oui, effectivement, il s'était perdu dans ses pensées, mais pour rien au monde il ne l'avouerait, certainement pas à elle en tout cas… Et comment parvenait-elle à le percer si facilement à jour, alors que les personnes qui le connaissaient le mieux, qui le côtoyaient depuis tant d'années, se laissaient au contraire si facilement duper ? Cela faisait à peine une semaine qu'ils cohabitaient ainsi, bon gré mal gré, et elle semblait le décrypter mieux que personne, comme s'ils se connaissaient depuis des décennies…

Certes, elle était legilimens et bon occlumens, tout comme lui, mais elle n'était pas parvenue à percer ses barrières mentales, Severus en était sûr… Non, elle lisait en lui d'une autre façon, tout comme lui le faisait souvent avec les autres en fait. Par simple observation… Pourtant Severus savait maîtriser son langage corporel et sa voix, et les maîtrisait à la perfection même, puisqu'il parvenait à tromper les plus puissants sorciers et legilimens de cette société. Or, elle semblait tout de même arriver à déceler son état d'esprit général…

Lui aussi parvenait à lire en elle, dans ses gestes, ses mimiques, si infimes soient-elles, sa voix, ses inflexions, la façon dont elle prononçait certains noms, certains mots… Mais c'était sa spécialité, il était espion, après tout… Par contre, qu'elle parvienne à faire de même avec lui était… perturbant. Elle ne semblait pas avoir autant d'aisance que lui pour déchiffrer ces codes si discrets, mais elle y parvenait en partie, et cela était déjà amplement suffisant au goût de Severus. Il avait parfois l'impression d'être mis à nu devant elle.

Déplaisant, vous dis-je. Et dangereux. Tant qu'il n'en saurait pas plus sur cette mystérieuse recrue, il ne pouvait se permettre un faux pas. Il ne pouvait trop en révéler… En espérant qu'il n'en ait pas déjà trop révélé, sans le vouloir…

- Petite impertinente, quand cesserez-vous donc votre babillage infantile ? Je travaille. Alors taisez-vous. Siffla-t-il, sa voix devenant cette fois dangereusement basse.

Ardwenna sentait qu'elle atteignait des limites plus que périlleuses. Elle avait vite compris que, tout assassin qu'il était, Severus Snape s'avérait néanmoins l'un des Mangemorts le moins menaçant pour elle, le plus intelligent aussi, le plus subtil et le moins brutal.

Elle le savait tout de même dangereux, très dangereux, surtout quand il était poussé à bout. Il n'avait encore jamais fait montre de violence, tout au moins physique, même si ses paroles recelaient une violence contenue, paroles acerbes et cyniques, cruelles aussi parfois. Malgré son caractère explosif, il ne l'avait jamais frappée, jamais touchée. Il lui témoignait même un certain respect, si ce n'était par ses paroles, tout du moins par ses actes et ses gestes. Il n'avait par exemple jamais pénétré dans ses appartements personnels, bien que leurs quartiers fussent reliés par une simple porte communicante. Il avait également mis Ansky, cet elfe si particulier, à son service. Et il s'était personnellement assuré, qu'elle puisse disposer de tout ce dont elle pouvait avoir besoin.

Mais Ardwenna avait rapidement appris, qu'il y avait des limites à la patience… non pas patience, cet homme n'en avait pas… disons plutôt à la courtoisie qu'il essayait de lui manifester. Et à cet instant, elle frôlait dangereusement ces limites, comme en témoignait la voix basse et doucereuse qu'il venait de prendre. Cette fois-ci, cependant, elle n'avait aucunement l'intention de plier.

- Et que suis-je censée faire en attendant ? Vous regardez travailler peut-être ?

Severus n'y tint plus. Après un rapide regard à sa potion pour s'assurer qu'il n'y avait momentanément aucun danger, il délaissa son chaudron, qui devait encore bouillonner à feu doux pendant une vingtaine de minutes, et vint se poster devant elle, la menaçant de toute sa hauteur et la toisant de son sombre regard ténébreux et orageux.

- Miss. Je vous l'ai demandé poliment. Susurra-t-il. Si maintenant vous ne daignez pas m'obéir, je vais devoir adopter d'autres manières, pour vous apprendre une once de politesse.

Malgré toute la belle assurance dont elle faisait encore preuve, Severus pouvait sentir la peur sourdre insidieusement dans les veines de la jeune insolente qui le défiait de la sorte. Peur dont il se délecta quelques instants, avant de reprendre, d'une voix légèrement moins menaçante, mais toujours aussi péremptoire :

- Je ne vous le redemanderais pas deux fois. Laissez-moi travailler.

Ardwenna l'observa un moment de son regard si intense, si perçant. Puis, brusquement, comme si elle avait été brûlée, elle se leva de son siège pour se diriger à grands pas vers la porte.

- Où allez-vous Miss ? Il ne me semble pas vous avoir dit de partir, mais de vous taire…

- Puisque vous ne voulez pas répondre à mes questions, je ne vois pas l'intérêt de rester ici. Je retourne donc à mes appartements. Lui répondit-elle nonchalamment, sans pour autant s'arrêter.

- Restez, Miss. Ou vous allez le regretter amèrement. La menaça Severus.

Mais Ardwenna fit la sourde oreille et atteignit le seuil du laboratoire en quelques enjambées. Elle s'apprêtait à ouvrir la porte, quand elle sentit une poigne ferme lui agripper le bras et la tirer vers l'arrière. A ce contact, la jeune femme se crispa et essaya de se dégager, sans succès. La prise de l'homme était puissante et douloureuse, elle ne pourrait se dégager de la sorte…

Elle se tourna alors vers son agresseur, une lueur de provocation valsant dans ses prunelles azur, et défia Severus de son air hautain et dédaigneux. Le Maître des potions semblait furieux, et fulminait presque de rage, une braise incandescente animant ses obsidiennes si profondes et si envoûtantes. Ardwenna ne put soutenir davantage ce regard ombrageux si hypnotisant et tenta de nouveau de se dégager, mais Severus l'en empêcha en raffermissant sa prise et la secoua pour mieux la forcer à le regarder.

La jeune femme releva de nouveau la tête, mais elle commençait peu à peu à perdre de sa détermination. La prise de son « mentor » était de plus en plus douloureuse. Elle sentait qu'elle était allée trop loin, qu'elle l'avait défié une fois de trop, qu'elle avait franchi les limites… L'homme qu'elle avait devant elle lui faisait presque peur. Elle savait pourtant, qu'elle pourrait aisément le maîtriser par sa magie, mais elle ne devait pas, elle ne pouvait pas, ce serait rompre le contrat qu'elle avait conclu avec Voldemort.

Tout ce qu'elle avait sacrifié, tout ce qu'elle avait fait jusque-là pour la sauver, aurait été vain. Elle ne pouvait s'y résoudre. Elle devait aller jusqu'au bout, coûte que coûte. Sinon elle risquait de la perdre. Elle ne pouvait donc pas repousser cet homme, elle ne devait pas utiliser ses pouvoirs sur lui, sinon tout serait perdu… Elle devait se plier, une fois encore, elle devait lui céder et lui obéir, encore et toujours…

- Je croyais vous avoir dit de rester, Miss. Puisque vous ne semblez pas comprendre ces quelques mots, je vais devoir me montrer plus persuasif.

La voix n'était qu'un murmure, Ardwenna n'avait encore jamais entendu cet homme parler ainsi, de cette façon si menaçante, pas envers elle en tout cas. Et en cet instant, il dégageait une aura puissante, sombre et ténébreuse, mais si fascinante, et agressive comme jamais aussi. Ardwenna réalisa alors que cet homme cachait une puissance insoupçonnée. Elle le savait excellent legilimens et excellent occlumens, mais il cachait d'autres trésors vraisemblablement. Sa propre magie n'aurait peut-être pas suffit à le repousser finalement, constata-t-elle tout à coup…

Quand subitement il resserra encore un peu plus sa prise, Ardwenna sentit une sueur froide lui parcourir tout le corps, sa peau frémissant sous les doigts glacés qui lui tenaillaient le bras férocement, et son sang se gela. La magie Noire ! Cet homme transpirait la Magie Noire !

Elle ancra à nouveau son regard dans celui de l'homme et y remarqua une lueur étrange, qu'elle n'y avait encore jamais vue. Une lueur de braise, comme un feu rougeoyant, une lueur caractéristique qu'elle avait déjà rencontrée dans d'autres prunelles… Oui, la Magie Noire… Il était imprégné de Magie Noire… Se pourrait-il qu'il travaille sur une potion faisant appel à cette sombre magie ?

Ce qui expliquait, pourquoi il était tellement à fleur de peau ce matin, pourquoi il se maîtrisait plus difficilement depuis quelques minutes… Elle savait, par ses lectures assidues, qu'il était difficile, voire impossible, de contrôler ses émotions quand on faisait appel à de tels pouvoirs… Pourtant, le Maître des potions semblait encore garder un éclair de lucidité et conserver un minimum de maîtrise… Il montrait une étonnante résistance à cette attraction maléfique, nota-t-elle dans un coin de son esprit, tout en essayant de calmer ses propres émotions tumultueuses, pour permettre à son « mentor » de mieux se reprendre.

Severus, quant à lui, sentait ses pulsions violentes prendre le dessus. Cette jeune femme n'avait de cesse de le pousser à bout, de jouer avec lui et ses nerfs, comme pour le tester. Jusque-là il avait su se maîtriser, tout en lui faisant comprendre où était sa place et qu'elle devait lui obéir, sous peine de sérieuses et désagréables représailles. Mais, quand il faisait ce genre d'expérience, il savait qu'il se contrôlait plus difficilement. Il aurait voulu être seul, ne pas devoir en plus la supporter. Cependant il ne pouvait pas, les ordres avaient été clairs, elle devait le suivre comme son ombre…

Il aurait au moins voulu qu'elle se taise et qu'elle se fasse discrète, mais c'était peine perdue. Elle était bien trop têtue, et bien trop curieuse aussi, pour cela. Or ce n'était vraiment pas le moment de jouer avec lui, pas maintenant, pas alors qu'il était imprégné de cette énergie dangereuse et qu'il devait déjà se concentrer pour se maîtriser et pour ne pas se perdre lui-même…

Il sentait maintenant le flux d'énergie l'envahir peu à peu, envahir ses sens, vaincre sa raison. Pourtant, il n'avait pas fait appel à de puissants rites… Mais il avait laisser libre cours à sa colère et à sa fureur, il s'était laissé aller, et cela avait suffit pour laisser la magie prendre le contrôle. Il sentait qu'il resserrait son étreinte sur le bras frêle de la jeune femme, bien malgré lui, sa raison luttant contre ses instincts barbares pour lui faire relâcher prise, avant qu'il n'aille trop loin… Il luttait, luttait, son étreinte se resserrant pourtant inexorablement…

Il sentait sa volonté faiblir de plus en plus, quand il rencontra les perles céruléennes de la jeune femme, où déferlaient des vagues de peur, d'appréhension et d'inquiétude, mêlées à quelque chose d'autre, quelque chose qu'il n'aurait su définir… Comme… comme de l'espoir, ou une pointe d'admiration… Etrange… En même temps que leurs regards s'accrochaient et se mêlaient, Severus sentit l'énergie de la jeune femme se radoucir, devenir moins agressive, moins impulsive…

Severus comprit alors qu'elle cherchait à calmer sa propre colère, ses propres émotions, pour que lui-même puisse se reprendre… Oui, il devait se reprendre, il devait reprendre le contrôle, et vite, avant de commettre l'impardonnable.

Il se concentra donc sur ses prunelles azur si pures, si innocentes, si déterminées aussi, et plongea dedans, à s'y perdre. Ce point d'ancrage lui permit de se focaliser sur ses émotions négatives et de les claquemurer dans une muraille épaisse et indestructible, afin de mieux barricader sa raison contre sa rage enivrante. Au bout d'interminables minutes, il desserra peu à peu son emprise sur le bras douloureux d'Ardwenna, pour finalement la relâcher définitivement.

Severus ferma alors les yeux, inspirant profondément, jusqu'à ce qu'il regagne totalement son contrôle si légendaire. Se sentant enfin stable et plus calme, il rouvrit les yeux, et observa Ardwenna qui lui faisait face avec une expression de profonde inquiétude sur le visage. Inquiétude, dîtes-vous ? Mais inquiétude de quoi, pour qui ? Pour elle ou pour lui ? Pour elle, assurément… Enfin, pas si sûr que ça, corrigea-t-il rapidement, quand il l'entendit lui demander, d'une petite voix :

- Comment vous sentez-vous ?

Cette simple question le décontenança. Comment se sentait-il ? Mal, très mal. Mal, parce qu'il sentait qu'il pouvait perdre pied à tout moment. Oui, il avait savouré cette délicieuse sensation de puissance qu'il aimait tant, qui l'avait toujours tant attiré, mais il savait aussi que cette sensation était dangereuse, qu'il risquait de s'y perdre… Mal aussi, parce qu'il avait failli s'en prendre à elle, à elle qu'il s'était promis de ne pas toucher, de ne pas blesser outre mesure… Promesse qu'il s'était faite, si ce n'est pour elle, du moins en mémoire à sa famille et à Albus… Oui, il se sentait mal, parce qu'il avait failli à sa promesse…

Mais où donc était passé le Severus Snape égoïste et cynique à souhait, qui n'avait que faire des autres, et qui ne se préoccupait de personne d'autre que de lui-même ? Où avait-il disparu ? Disparu… comme mort… Mais avait-il jamais existé ? En y réfléchissant bien, peut-être pas… Peut-être ce Severus Snape n'était-il qu'un mythe, qu'il avait forgé lui-même, pour lui-même et pour les autres, mais qui n'était en fait qu'un leurre ? Peut-être ce Severus Snape en cachait-il un autre, un Severus Griffondor sentimentaliste au grand cœur… comme Nuwan le lui avait dit à plusieurs reprises…

- Comment vous sentez-vous ? Répéta Ardwenna, visiblement troublée devant ce manque de réaction du Maître des potions.

Severus sortit enfin de sa torpeur, mais ne répondit toujours pas. Il se contenta d'observer attentivement la jeune femme, quand son regard se posa sur son bras, qu'elle se massait délicatement de l'autre main.

- Montrez-moi donc votre bras. Fit-il simplement d'une voix monocorde.

Elle obtempéra, assez surprise toutefois de cette marque d'attention si soudaine. Elle leva donc sa manche et dévoila sa peau pâle jusqu'à hauteur de l'épaule. Là, sur son bras, Severus vit, avec horreur, des traces bleues ternir cette peau si délicate. Traces qu'il avait faites lui-même. Cela devait lui faire atrocement mal, mais Ardwenna ne semblait pas manifester plus de douleur que ça. « Remarquable maîtrise, elle aussi. » Pensa Severus, avant de reporter son attention sur les marques.

- Puis-je ? Demanda-t-il doucement, tout en indiquant les marques bleues de sa baguette.

Ardwenna, de plus en plus confuse de cette attitude si douce et si soucieuse de la part de son mentor, acquiesça silencieusement.

Severus approcha alors lentement sa baguette et psalmodia une mélodieuse incantation, qu'il répéta plusieurs fois, jusqu'à ce que les marques disparaissent. Puis, d'un pas souple et silencieux, il se dirigea vers une armoire à quelques mètres d'eux, y prit un pot contenant une crème brunâtre et revint vers la jeune femme. Il ouvrit le pot, s'imprégna deux doigts de cette crème et massa délicatement le bras d'Ardwenna, à l'endroit où se trouvaient les bleus quelques instants avant.

- Je ne vous fais pas trop mal ? S'enquit-il, un peu maladroitement.

Ardwenna fit non d'un hochement de tête, observant silencieusement le Maître des potions opérer. Bien sûr, qu'il lui faisait un peu mal, mais ce n'était rien en comparaison de son étreinte précédente. Et à vrai dire, quand il appliquait cette crème, dont elle reconnut les propriétés anti-inflammatoires et analgésiques, ses doigts froids sur sa peau brûlante lui procuraient de douces sensations, sensations qu'elle n'avait encore jamais ressenties. Elle sentait ses veines pulser fortement, et son cœur battre à un rythme de plus en plus effréné.

Finalement, Severus s'arrêta et retira ses doigts, après avoir une dernière fois effleurer cette peau si douce, si chaude, si satinée. Il aurait aimé ne pas devoir arrêter, ne pas devoir quitter cette peau, pouvoir continuer à en découvrir chaque parcelle, chaque grain de peau, chaque imperfection… Mais toute chose a une fin. Il s'écarta donc de la jeune femme, bien malgré lui et détourna promptement les yeux de cette tentation.

Ardwenna, elle aussi, ressentit une pointe de déception, quand il s'écarta. Mais que lui arrivait-il ? Que regrettait-elle ? Qu'aurait-elle espéré ? Elle n'était, après tout, que son esclave, sa prisonnière. Même si elle était une esclave libre de ses mouvements, elle était esclave quand même… Elle s'efforça alors de reprendre une contenance plus digne.

Severus s'était éloigné d'elle et rangeait le pot de crème dans l'armoire, où il entreposait diverses potions, quand un crépitement douteux se fit entendre.

« La potion ! » Se remémora-t-il soudain. Il se retourna vivement pour voir, à son grand désarroi, la potion frémir dangereusement dans le chaudron bouillonnant. Il l'avait laissée mijoter une minute de trop, réalisa-t-il alors. Elle allait exploser…

Ardwenna regarda, impuissante, la potion faire de gros bouillons et déborder peu à peu du chaudron, sans pouvoir réagir, sans savoir que faire. Elle sentit tout à coup une masse chaude, ferme et puissante s'interposer devant elle et l'enserrer, tandis qu'une explosion assourdissante retentissait dans le laboratoire, et que la potion était propulsée tout autour d'elle.

Severus avait juste eu le temps de se jeter sur elle, et de la protéger de son propre corps, alors que la potion explosait. Au stade où elle en était, il aurait été impossible d'éviter l'explosion… En d'autres circonstances, il serait sorti, ou se serait réfugié derrière un meuble, mais là, il ne pouvait laisser Ardwenna se faire blesser de la sorte… Il s'était donc rué sur elle, à défaut de pouvoir la faire sortir à temps.

Il releva enfin la tête pour constater les dégâts. Son premier regard se posa sur la jeune femme, qui heureusement ne semblait pas avoir été atteinte et restait pelotonnée contre son torse, lui procurant de nouveau de délicieuses sensations. Il serait bien resté ainsi, mais il y avait, malheureusement, plus urgent à faire. Entre autre, neutraliser la potion qui commençait à ronger ses propres vêtements et à le brûler.

Il desserra donc son étreinte, et se recula, ce qui fit relever la tête à Ardwenna. Elle regarda le Maître des potions avec un air ahuri, teinté d'incompréhension et de questionnement.

- Vous devriez regagner vos appartements, Miss. Fit Severus, tout en commençant à défaire sa propre robe, et en déboutonnant sa chemise, afin de l'enlever avant que la potion corrosive n'atteigne sa peau. Prenez un bain, changez vos vêtements, Ansky se chargera de les nettoyer pour vous, et vérifiez que vous n'avez pas de blessure.

Ardwenna comprit enfin, que la « masse » qui s'était interposée entre elle et les projections dangereuses n'était autre que lui-même. Il venait de la protéger, de la protéger de son propre corps…

- Qu'attendez-vous pour obéir ? Cracha-t-il, voyant l'inaction d'Ardwenna.

Ces mots la sortirent de sa léthargie. Elle s'apprêtait déjà à sortir, mais, une fois sur le seuil de la pièce, elle se retourna une dernière fois, comme mue par une sorte d'instinct, pour voir son mentor. Il se délestait de sa chemise, tout en sifflant entre ses dents, certainement sous l'effet de la douleur. Il avait dû être touché. A peine l'idée lui effleura-t-elle l'esprit, qu'elle en eut la confirmation, en voyant une brûlure s'étendre de son épaule droite à son bras et ses omoplates. Elle ne semblait pas encore profonde, mais il fallait agir vite et efficacement.

Il commençait déjà à entreprendre de se soigner seul, pointant sa baguette sur la plaie, tout au moins sur la partie qu'il pouvait atteindre, quand elle se ravisa, et revint sur ses pas.

- Que faîtes-vous donc encore là ? Fit-il rageusement, quand il la vit revenir vers lui. Je croyais vous avoir ordonné de rentrer dans vos appartements. Vous avez assez fait de dégâts comme ça, inutile d'en rajouter. Ou peut-être dois-je recommencer notre petite entrevue d'il y a quelques minutes ?

La lueur rougeâtre commençait déjà à se raviver au fond de ses orbes noirs.

- Severus, s'il vous plaît. Commença-t-elle, faisant appel à toute la diplomatie dont elle était capable, ayant compris qu'avec cet homme il fallait ruser pour obtenir ce qu'on souhaitait, surtout quand il était dans cet état. Je ne cherche pas à vous désobéir, mais juste à réparer les dégâts justement. Cette brûlure s'étend jusque dans votre dos, vous ne pourrez pas la soigner seul, aussi astucieux et brillant que vous puissiez l'être.

- Ansky s'en chargera. Cracha-t-il, hargneux. Vous en avez assez fait.

- Vous l'avez déjà dit, ce me semble. Lui répondit-elle, avec une moue mutine. Severus, s'il vous plaît. C'est maintenant qu'il faut s'occuper de cette plaie, pas dans une heure…

Severus remarqua alors seulement à cet instant, qu'elle venait d'employer à deux reprises son prénom, et non son titre, ou son nom… Et plus étrange, cela ne le dérangeait pas plus que ça, il ne s'en offusquait pas outre mesure… Et même, il en appréciait le son, dit de cette voix si mélodieuse. Prononcé par elle, son prénom sonnait moins durement, moins sèchement, il semblait presque doux et sensuel…

Ardwenna profita de ce moment d'inattention du Maître des potions pour s'approcher de lui et se placer derrière lui. Puis, voyant qu'il était toujours plongé dans ses pensées, elle reporta son attention sur la plaie de brûlure. Elle eut un moment de stupeur, en voyant toutes ces cicatrices striant la peau d'albâtre de l'homme. Il y en avait tant, des cicatrices anciennes, très anciennes même pour certaines… Et son dos ne devait pas être la seule région de son corps atteinte… Comment s'était-il fait de telles cicatrices ? La magie permettait généralement d'éviter que de telles marques restent, tout au moins dans la majeure des cas… Quels sévices avait-il pu subir pour avoir ces cicatrices ? Ou aurait-il été soigné à la façon moldue ? Ou pas soigné du tout, peut-être…

En parlant de soigner, elle se rappela subitement qu'il fallait agir vite, avant que la brûlure ne s'étende. Heureusement son hésitation n'avait duré que quelques secondes à peine, et le Maître des potions n'avait toujours pas réagi. Elle mit alors fin à son observation minutieuse de ce dos balafré, en notant toutefois au passage le magnifique tatouage qui ornait le bas du dos de l'homme, et commença les premiers soins pour neutraliser la blessure. Lorsque Severus sentit la pointe d'une baguette lui effleurer la peau, il eut un léger sursaut, avant de réaliser que ce n'était autre qu'Ardwenna qui avait, une fois de plus, outrepassé ses ordres.

- Je vous ai dit… Commença-t-il.

- Je sais. Le coupa-t-elle. Mais cessez donc de bouger sans cesse, si vous souhaitez en finir avec ça au plus vite. Maintenant que j'ai commencé…

Severus lui lança un regard furibond, en tournant légèrement la tête vers l'arrière pour pouvoir l'observer du coin de l'œil.

- Alors faîtes vite. Concéda-t-il finalement.

Il l'observa pendant toute la manœuvre, et la laissa même appliquer la fameuse crème, qu'il avait utilisée précédemment pour son bras. Il était bien obligé d'admettre qu'elle s'y connaissait quelque peu en médicomagie, et que son aide avait été des plus utiles. Jamais il n'aurait pu atteindre toute la brûlure lui-même, elle venait de lui éviter bien des complications, bien qu'elle fût aussi en partie à l'origine de cet accident.

Jamais de sa vie, il n'avait fait exploser un chaudron de la sorte … Et tout ça était de sa faute à elle… Qui osait dire qu'il était tout de même le principal responsable de cette explosion ? Qui osait insinuer que jamais la potion n'aurait explosé, s'il ne l'avait pas bêtement oubliée et s'il avait su se maîtriser ? Lui, oublier une potion sur un chaudron ? Jamais… Foi de Severus Snape… Qui osait dire qu'il était de mauvaise foi ?

- Bien. Conclut-il, quand elle eut fini les soins.

Puis, sans un regard, sans un mot de remerciement, il s'occupa de faire disparaître les vêtements souillés, qu'il avait laissés choir à terre, et nettoya la salle et les ustensiles de gracieux mouvements de baguette. Une fois la salle propre et tout danger écarté, il se dirigea vers la porte menant au passage reliant son laboratoire et ses quartiers, feignant toujours d'ignorer Ardwenna.

Ce ne fut qu'une fois la porte ouverte et prêt à sortir, qu'il lui lança, sans même se retourner :

- Que ce genre d'incident ne se reproduise plus jamais. M'avez-vous bien compris ? Plus jamais, ou vous le regretterez. Retournez dans vos quartiers, et ne vous avisez pas de me désobéir encore une fois. Je viendrais vous chercher tout à l'heure dans l'après midi.

Et il sortit, laissant la jeune femme seule, désappointée, mais également quelque peu rassurée. Severus Snape n'était pas aussi froid et cruel, ni aussi dangereux, qu'il voulait le faire croire. Elle venait d'en avoir un petit aperçu à l'instant. Jamais un homme cruel et froid ne l'aurait protégée de la sorte d'une telle explosion… disait une petite voix dans sa tête.

Mais c'est un assassin, il a décimé presque toute ta famille… Lui rappela une autre voix en elle.

Oui, mais de toute façon, je dois rester avec lui, alors quel mal y a-t-il à essayer de mieux le connaître ? Fit la première.

Mieux le connaître d'accord, mais de là à l'apprécier… répondit la deuxième.

Je ne parle pas de l'apprécier, je dis juste que je commence à mieux comprendre l'homme…

Et l'assassin ? Tu veux peut-être mieux le comprendre, lui aussi ?

Il n'est pas aussi froid et cynique qu'il le prétend. Ce n'est qu'une carapace…

Et quand il tue, c'est une carapace peut-être ?

Peut-être bien… Se mit à espérer Ardwenna au fond d'elle-même. Peut-être que tout ceci n'est qu'une carapace, qu'une façade… Mais qu'y a-t-il derrière ? Quel est l'homme caché derrière ? Un monstre ? Peut-être son véritable moi est-il cet homme imprégné de Magie Noire, violent et agressif, que j'ai pu entrapercevoir tout à l'heure ? Ou est-ce cet homme attentionné et bienveillant, doux et presque sensuel, comme quand il m'a soigné ? Qui êtes-vous Severus Snape ? Se demanda Ardwenna.

- Oui, qui êtes-vous Severus Snape ? Répéta-t-elle à haute voix. J'aimerais soudain mieux vous connaître. Qui êtes-vous donc ?

Or, ce que la jeune femme ne savait pas, c'est qu'elle était observée. Et que son observateur pouvait également entendre ce qu'elle venait de dire…

Severus, debout devant le miroir magique de son bureau, dans ses quartiers personnels, ne put s'empêcher de sourire, d'un vrai et franc sourire, quand il vit la jeune femme si songeuse et qu'il entendit ces mots. Ces mots qu'il avait attendus depuis si longtemps… Et l'ironie du sort voulait, qu'il doive les entendre de cette étrange personne, là, maintenant, dans ce manoir… Triste ironie du sort…

Fin du Chapitre 44