Tout d'abord désolée de ce déplorable retard, mais mon ordi m'a lamentablement lâché hier et j'ai eu bien du mal à retrouver mon travail, enfin tout du moins une partie... J'ai dû retranscrire l'autre moitié.

Merci à vous tous, Mia, Lone Wolf, Helleni, Lunabel Nox, Polgarra, Sylnaruto, et Aesylee, pour toutes vos reviews, malgré mon absence. Sans oublier tous ceux qui n'ont pu laisser de reviews ou qui n'ont pas eu le temps de tout lire...

Je préfère ne pas trop m'attarder pour vous répondre cette fois-ci et vous laisser lire ce chapitre qui a quelque peu tarder à venir (avec toutes mes excuses...).

Bref, voilà enfin le chapitre tant attendu. Vous allez enfin avoir quelques réponses, pas toutes, mais certaines, qui je l'espère devraient vous faire patienter les autres révélations... Bon, vous ne saurez toujours pas quel est le lien entre Ardwenna et Albus, ni quelle est la raison de sa présence auprès des Mangemorts, mais vous allez pouvoir voir les relations entre Severus et elle s'étoffer, et avoir quelques réponses concernant leur future, ainsi que sur les intentions de Voldemort...

Bonne lecture à tous donc et à bientôt!

CHAPITRE 45 : Douloureuse entrevue.

Severus était enfin satisfait de ses avancées. Il sentait qu'il touchait au but, qu'il était tout prêt de trouver LA solution au problème posé, qu'il touchait du doigt l'aboutissement de toutes ces recherches palpitantes.

Les potions, que lui avait demandées le Seigneur des Ténèbres, étaient des potions très pointues, qui soulevaient des problèmes épineux et quasiment insolubles. Cependant Severus se devait de trouver une solution, le Maître lui avait bien fait comprendre qu'il n'aurait aucun droit à l'erreur, quelque fut le temps nécessaire pour obtenir un résultat. C'était donc avec l'énergie du désespoir que Severus s'était attelé à la tâche.

La potion concernant le doloris, ayant pour but d'augmenter les effets du sortilège, était celle qui lui demandait en fait le moins de travail… Ayant depuis longtemps commencé à travailler sur une potion anti-doloris puissante, il avait déjà de bonnes bases pour trouver la potion requise par le Lord Noir, et était d'ailleurs très proche d'y parvenir, alors que son anti-dote, la potion anti-doloris, n'était toujours pas au point…

Par contre, concernant l'autre potion, il en était tout autrement. Le Seigneur des Ténèbres avait demandé un poison très particulier, qui permettrait de cibler uniquement certaines victimes bien définies ayant telles ou telles caractéristiques, caractéristiques que l'on pourrait changer à volonté, et dont les effets ne se déclencheraient que sous l'effet d'un stimuli donné ou d'un sortilège. Le défi se révélait hautement plus complexe et quasi insurmontable. Autant la dernière partie était facile, Severus ayant effectivement déjà créé des potions qui ne s'activaient qu'avec l'aide d'un sort, autant la première condition, à savoir créer une potion « adaptable », dirons-nous, était du domaine de l'impossible… Pour trouver la solution, Severus avait dû remonter aux bases du fonctionnement des potions.

Et c'était bien là le problème : bien entendu, on connaissait les propriétés de tel ou tel ingrédient, ou les propriétés de tel ou tel mélange, l'impact de tel ou tel procédé dans la fabrication d'une potion, mais en fait on ne connaissait que l'effet global. Le mécanisme précis, qui permettait d'obtenir cet effet sur l'organisme humain, restait inconnu. On savait par exemple que le sang de mandragore augmentait le rythme cardiaque de façon considérable, et pouvait être tantôt un poison tantôt un formidable stimulant, selon la façon dont on le préparait, ou selon les ingrédients auxquels on l'associait, mais on ne savait pas comment cet ingrédient interagissait exactement dans l'organisme humain pour produire cet effet…

Les savants sorciers s'étaient pourtant rapidement rendus compte, que les potions ne fonctionnaient que sur les sorciers et non sur les moldus, alors que les remèdes moldus avaient l'air de fonctionner sur tout humain, qu'il soit sorcier ou moldu… Mais personne n'avait encore trouvé, ou peut-être personne n'avait encore cherché, le pourquoi du commun… Qu'est-ce qui pouvait expliquer ce phénomène ? Qu'est-ce qui rendait les potions efficaces uniquement sur les sorciers ? Comment ces potions fonctionnaient-elles exactement sur l'organisme, et sur l'organe qu'elles visaient ?

Severus s'était alors penché sur la science moldue, qui sur certains points, et à son grand désarroi, était bien plus avancée. Il avait appris, il y quelques temps, que les scientifiques moldus avaient compris non seulement les propriétés, mais aussi le fonctionnement précis de leurs médicaments. Il s'était donc renseigné sur ces théories moldues et avait essayé de faire le parallèle avec les potions et autres remèdes sorciers…

Ainsi, tout était parti d'un précepte moldu en biologie, précepte qu'il connaissait déjà, mais auquel il n'avait encore jamais prêté plus d'attention que ça, et qu'il avait relégué jusqu'alors au rang de connaissances intéressantes, mais non indispensables pour son usage personnel… Ce concept était celui de « cellule ».

En effet, les moldus avaient découverts que tout organisme vivant était constitué de cellules, sortes d'unités fonctionnelles, plus ou moins spécialisées, qui s'assemblaient entre elles pour former des tissus et des organes. Ces cellules étaient délimitées par une membrane, sorte de muraille qui protégeait la cellule, tout en lui permettant d'interagir avec l'extérieur selon ses besoins… Un peu comme une peau, pour simplifier. Severus avait compris que cette membrane était la clé : c'était elle qui permettait à la cellule de rester intacte, en sélectionnant ce qui pouvait entrer et sortir… Mais comment la membrane faisait-elle justement, pour « reconnaître » ce qui pouvait entrer ou sortir ?

Là encore, les moldus semblaient avoir trouvé la réponse à cette question : la membrane des cellules était en fait pourvue de structures particulières, appelées récepteurs ou marqueurs, qui lui permettait de reconnaître les éléments utiles ou d'être elle-même différenciée des autres cellules… C'était par l'intermédiaire de ces récepteurs, que les remèdes moldus interagissaient avec les cellules. En outre, chaque organe avait des cellules spécialisées, ayant des caractéristiques propres que les cellules d'un autre organe n'avaient pas, et certains récepteurs ou marqueurs étaient alors plus ou moins spécifiques à ces cellules. Ce qui expliquait pourquoi un médicament avait tel effet sur tel organe et pas sur tel autre…

Les sorciers ne devaient certainement pas échapper à la règle… Tout sorcier qu'ils étaient, ils étaient avant tout des organismes vivants, constitués donc de cellules plus ou moins spécifiques, avec des récepteurs et des marqueurs plus ou moins spécifiques… Et si les potions fonctionnaient de la même façon que les remèdes moldus ? Tout du moins d'une façon similaire, c'est-à-dire en se fixant sur les récepteurs de cellules bien définies, entraînant alors l'effet qu'on leur connaissait…

Mais alors comment expliquer que les potions ne fonctionnaient que sur les sorciers et non sur les moldus, à l'exception de certains poisons ? Et pourquoi les médicaments moldus feraient-ils par contre aussi bien effet sur les sorciers que sur les moldus ? Se pourraient-ils que les cellules de sorciers aient des marqueurs spécifiques, que les cellules moldues n'auraient pas ? Les potions ne pourraient alors viser que ces marqueurs spécifiques des sorciers et ne reconnaîtraient donc pas les cellules de moldus, restant ainsi inefficaces pour eux… Alors que les médicaments moldus se fixeraient sur des récepteurs présents à la fois chez les sorciers et les moldus...

Au fur et à mesure que ses recherches et expériences avançaient, Severus était de plus en plus persuadé que son hypothèse était la bonne. Il avait déjà commencé des tests, à partir de cellules sanguines, en s'inspirant des techniques scientifiques moldues, dont celles utilisant la fluorescence, techniques qu'il avait ensuite quelque peu adaptées. Pour ses expériences, il avait prélevé du sang sur la majorité des Mangemorts et avait également obtenu quelques échantillons de sang de différents moldus. Alors que, jusque là, il peinait encore à mettre en évidence ces fameux hypothétiques marqueurs, ce matin, il venait d'obtenir enfin un résultat plus que prometteur. Résultat qu'il avait désespéré pouvoir obtenir un jour…

Là, à l'instant, dans son microscope, il venait de voir les cellules sorcières se colorer en vert fluo, alors que les cellules moldues restaient roses… Il avait créé effectivement une substance fluorescente qui ne devait se fixer, sur la membrane des cellules, que sur un type de récepteur. Le but étant de trouver, par tâtonnement, un récepteur particulier aux cellules de sorcier… Jusque là, la substance se fixait toujours sur les deux types de cellules sans distinction, mais, cette fois-ci, elle venait de se fixer uniquement sur les cellules sorcières… Ce qui signifiait que Severus venait enfin de trouver une molécule spécifique aux sorciers… Il venait enfin de prouver sa théorie…

Maintenant qu'il avait confirmation de sa théorie, et qu'en outre il tenait un des récepteurs recherchés, il entrevoyait déjà toutes les futures étapes. Il devrait dans un premier temps vérifier que ce récepteur était bien commun à tous les sorciers, quels qu'ils soient. Il devrait ensuite rechercher d'autres récepteurs, spécifiques cette fois à certaines catégories de sorciers, tels les loups garous, les vampires, les animagus ou que sais-je encore… Ce qui voulait dire réfléchir aux éventuelles catégories de sorciers, que le Lord Noir voulait toucher…

Ensuite, il devrait créer la potion, une potion dont les ingrédients venimeux ou poisons seraient chacun spécifique à un seul type de récepteur et donc à une catégorie de sorcier, par exemple… Mais il faudrait alors trouver un moyen de ne pouvoir l'activer que par le sortilège, il faudrait trouver un moyen d'empêcher la potion de faire effet dès ingestion… Autre problème en perspective…

A moins que… oui, à moins qu'il ne trouve une substance qui puisse contenir les différents ingrédients toxiques, les empêchant ainsi de se fixer immédiatement sur les récepteurs… Le sortilège permettrait alors de libérer de cette substance un des ingrédients, et un seul, en fonction du type de sorciers visés… Oui, ce serait une solution…

Ne resterait ensuite qu'à fabriquer l'antidote, bien évidemment… Mais maintenant qu'il avait le principe de sa potion, ce devrait être un jeu d'enfant. Il avait certes encore beaucoup de travail en perspective, beaucoup de recherches et d'expériences aussi, mais ce n'était plus qu'une question de temps.

Severus jubilait. Tout à sa joie d'avoir finalement trouvé, il en oubliait presque de quelle potion il s'agissait. Il allait créer un redoutable poison tout de même… mais l'intérêt scientifique, et l'enthousiasme d'avoir peut-être fait une découverte majeure pour le monde scientifique sorcier, l'emportaient pour le moment. Si la décence ne l'en empêchait, il aurait hurlé sa joie. Sa maîtrise légendaire lui permit toutefois de se contenir, et seul un léger sourire effleura ses lèvres.

Sourire qui ne passa pas inaperçu pour une certaine personne.

- Que nous vaut l'honneur de ce sourire ? S'enquit Ardwenna, qui venait à l'instant de relever les yeux de son propre chaudron.

Après moult discussions animées, Severus avait enfin consenti à la laisser s'occuper quelque peu, et lui avait assigné la tâche de réapprovisionner le stock de potions des Mangemorts. Ce n'était pas pour la ravir au plus haut point, mais cela était toujours mieux que rien. Au moins, cela avait le mérite de lui divertir l'esprit et de l'aider à penser à autre chose…

Cette question, a priori anodine, sortit brutalement Severus de son euphorie narcissique. Il releva promptement la tête et lui décocha un regard noir meurtrier, pour avoir osé l'interrompre dans ses réflexions. Ardwenna ne sembla pas impressionnée pour autant, déjà habituée aux manières peu amènes du Maître des potions.

- Vous devriez peut-être vous concentrer sur votre potion, plutôt que de m'espionner, cracha-t-il.

- Ma potion est en phase de pause pour une petite demie heure. Je n'ai donc aucun besoin de me concentrer sur elle pour le moment, rétorqua-t-elle, d'un ton calme et assuré. En outre, je ne vous espionnais pas, je vous ai juste vu sourire. Sourire qui vous va plutôt pas mal d'ailleurs, vous devriez le faire plus souvent.

Severus était quelque peu estomaqué. Il n'arriverait décidément jamais à se faire à ce caractère si effronté et si impertinent. Même Potter n'avait pas montré autant d'impudence. En outre, elle avait une sacrée répartie… Et que venait-elle de dire ? Elle venait de parler de sourire, non ? Sourire… Un mot bien incongru pour le décrire… « Sourire qui vous va plutôt pas mal… », se rappela Severus. « Je rêve, ou elle vient de me faire un compliment, là… »

Tout à son étonnement, Severus en avait oublié de répliquer à son tour, et restait stupidement immobile, à la regarder de son air impassible, seule une lueur de stupéfaction dans ses perles noires trahissant son trouble. Ce qui fit rire sous cape Ardwenna. Une semaine était passée depuis l'incident avec la potion corrosive, une semaine où ils avaient constamment alterné entre lourdes tensions et laborieuse trêve. Mais pendant ce laps de temps, elle avait appris à mieux déchiffrer le personnage et elle parvenait de plus en plus à le déstabiliser.

Ce qui la ravissait grandement. Car le Maître des potions était réputé, comme elle avait pu l'entendre dire, pour être impassible, froid, calculateur et impossible à désarçonner. Or impossible n'était pas dans le vocabulaire d'Ardwenna. Elle s'était donc fixé comme mission, pour le moment, de trouver le moyen de le troubler, en espérant pouvoir ainsi le percer peu à peu à jour. Et elle l'avait trouvé, ce moyen…

Effectivement, ça n'avait pas été facile. Mais elle avait vite compris, malgré ce qu'il voulait faire croire, qu'il appréciait les bonnes réparties à la limite de l'insolence, que les joutes verbales étaient une sorte de stimulant pour lui, et qu'il détestait par-dessus tout les larves rampantes incapables de relever le moindre affront ou dépourvues de la moindre parcelle de cervelle pour comprendre le sarcasme… Sur ce point, il serait servi avec elle, dans la limite du raisonnable toutefois… Il y avait, mine de rien, certaines limites à ne pas franchir. Ca aussi, elle l'avait très rapidement appris, souvent à ses dépens.

En outre, elle avait rapidement remarqué, qu'il n'aimait pas parler de lui, ou de son passé, et qu'il n'avait surtout pas l'habitude qu'on parle de lui… En tout cas, pas en compliment... Elle se faisait donc une joie de le titiller sur ce point, à la moindre occasion, ce qui manquait rarement son objectif. Soit il pestait contre elle, furieux, soit il restait coi, comme à l'instant… Quoi qu'il en soit, cette méthode avait le don de le faire sortir de sa légendaire maîtrise…

- Vous feriez mieux de peser vos propos, jeune insolente, ou vous risqueriez de les regretter amèrement un jour. Montrez-moi donc les potions que vous avez déjà finies, que je les vérifie, au lieu de vous montrer si impertinente envers votre mentor. Finit-il par dire, d'un ton tranchant et exaspéré.

« L'art et la manière de vous faire comprendre votre place, selon Severus Snape… » Pensa-t-elle, se gardant bien d'exprimer à haute voix sa pensée. Elle s'exécuta donc et lui désigna de la main une table couverte de diverses potions, soigneusement alignées et étiquetées.

Severus s'empara d'une des fioles, qu'il leva à hauteur de ses yeux et fit délicatement rouler entre ses doigts experts, afin de mieux observer l'aspect, la couleur et la consistance de la mixture. Visiblement satisfait de ce premier examen, il ouvrit le petit flacon et inhala les effluves qui s'en échappaient, puis en testa le goût du bout des lèvres. Il jeta un regard en biais à la jeune femme à ses côtés, avant de reboucher la fiole qu'il mit dans sa poche. Il fit de même avec les deux autres types de potions qu'elle avait réalisées, testant de la même manière une des fioles, qu'il mettait ensuite de côté dans ses poches.

- Votre potion de sommeil sans rêve est un peu pâteuse, dit-il enfin. Vous avez dû la laisser bouillir une petite minute de trop. Quant à votre potion anti-douleur, elle est légèrement trop pâle. Trop de graines de Furca certainement. Elles devraient toutefois faire l'affaire. Tachez seulement de ne pas commettre la même erreur la prochaine fois.

Il n'y avait en fait pas grand-chose à redire à ses potions. Pour être franc, Severus était plus qu'étonné, agréablement étonné d'ailleurs. La jeune femme se montrait plus que compétente dans ce domaine. Il avait voulu la tester dans un premier temps, en lui donnant une simple liste de potions de base à concocter, sans autres instructions, sans mode d'emploi… Et elle s'en était sortie haut la main. Il lui avait donné ensuite des potions de plus en plus complexes, lui permettant cette fois de consulter la recette… Et là encore, elle venait de réussir les potions demandées avec un résultat tout à fait honorable, comme le montraient ses échantillons. Surtout pour une première fois, comme elle lui avait avoué ne jamais avoir fait ces potions.

Mais il n'était pas du genre à faire des compliments. Si elle voulait s'améliorer, il fallait lui indiquer ses erreurs, pas ses réussites… Et quand bien même, il n'allait pas la féliciter, surtout pas elle !

Ardwenna avait beau le connaître un peu mieux, et savoir qu'il ne lui ferait jamais de compliments ouvertement, elle n'en fut pas moins frustrée. Elle venait tout de même de réaliser des potions complexes, que l'on apprenait qu'en études supérieures, et qu'elle n'avait encore jamais réalisées, les potions n'étant pas sa spécialité. Heureusement, elle était plutôt habile de ses mains et concentrée, ce qui la sauvait certainement et lui permettait de s'en tirer convenablement.

Elle remarqua alors qu'il était penché sur son chaudron, qu'il inspectait scrupuleusement. Elle s'approcha à son tour de la table, et l'observa un instant. Autant les autres potions lui paraissaient compréhensibles dans leur composition et leur préparation, autant celle-ci lui semblait… abstraite, nébuleuse. Elle ne connaissait pas les propriétés d'un des ingrédients, et ne comprenait pas quels étaient exactement les effets de la potion. Certes, elle pourrait peut-être faire des recherches plus tard, mais peut-être pouvait-elle aussi se risquer à le lui demander ? Après tout, il était le mieux placer pour lui répondre…

Elle prit donc son courage à deux mains et lui demanda, d'une petite voix :

- Pourrais-je vous poser une question ?

- C'est ce que vous venez de faire, a priori. Mais vous pouvez réitérer l'expérience, bien que rien ne vous garantisse que je vous réponde.

Ardwenna détestait quand il jouait de la sorte, mais elle savait qu'il cherchait à la faire sortir de ses gonds. Elle ne prêta donc pas attention à la provocation et continua :

- C'est à propos de cette potion, la potion « obducercis ». Quels sont ses effets exactement ? Et à quoi sert cet ingrédient, la fleur de Lunstrong ?

Severus l'observa un instant, à la fois dubitatif et curieux. Cette jeune femme était déconcertante. Elle était ici, certainement contre son gré, et était forcée de travailler avec lui, l'assassin d'une partie de sa famille, et pourtant elle s'adressait à lui comme à n'importe quel autre Mangemort. Non, plus, elle lui parlait comme elle parlerait à une sorte de collègue, ou plutôt comme à une sorte de professeur… C'était assez troublant. Elle avait, il est vrai, un franc parler, de l'esprit et de la répartie, avec une pointe d'insolence parfois, rien pour lui déplaire d'ailleurs, mais elle ne manifestait jamais de véritable mépris ni de haine… pas comme lors de leur première rencontre du moins. Seules transperçaient parfois de la colère, de la frustration et de la tristesse dans son regard… Mais quoi de plus naturel ?

Severus appréciait en outre son intelligence et sa vivacité d'esprit, son esprit curieux de tout et avide de savoir. Curiosité mal placée parfois, surtout quand elle était dirigée contre lui, mais cette curiosité était aussi une force. Severus était certain que c'était cette curiosité qui lui donnait en partie la force d'avancer. Et il était lui aussi curieux, curieux de savoir ce qui pouvait la contraindre à rester ici, et à devenir l'une des leurs…

- La potion obducercis, se reprit-il, voyant le regard impatient qu'elle lui lançait, est une potion puissante qui aide à la cicatrisation des plaies les plus profondes. Il faut l'associer à une incantation pour qu'elle fasse pleinement effet et que la plaie se referme. Il faut ensuite lui adjoindre une autre potion, à base de diatame, pour éviter de garder des cicatrices.

Il lui expliqua ainsi les différents effets de la potion, selon la dose et le type de plaie, ainsi que les propriétés de la fleur de Lunstrong, tandis qu'elle finissait la potion. Il lui corrigea deux ou trois gestes, lui montrant de ses mains agiles, comment obtenir le meilleur résultat. Elle l'écoutait et l'observait faire avec curiosité et intérêt.

Dès qu'il était lancé sur son sujet ou sur une expérience, il devenait tout autre, presque aimable et agréable. Il était passionné, c'était un chercheur, un inventeur et un scientifique dans l'âme, constata-t-elle. Dès qu'il se penchait sur ses travaux de recherche, elle avait remarqué cette petite étincelle s'allumer dans son regard ténébreux. Une étincelle si vivante, si chaleureuse, si avide aussi… Qui contrastait tellement avec le masque froid et dur qu'il arborait en permanence…

Finalement, la potion était finie. Elle la transvasa dans des fioles, qu'elle étiqueta et qu'elle rangea soigneusement avec les autres dans l'armoire prévue à cet effet, puis nettoya son établi. Elle était pour le suivre, alors qu'il s'apprêtait à sortir, quand il se retourna vivement et l'arrêta d'un geste péremptoire.

- Je dois aller voir le Seigneur des Ténèbres, lui dit-il d'une voix basse avec de légères inflexions menaçantes. Il attend certainement que vous veniez avec moi, comme Il l'a ordonné, puisque vous devez apprendre notre fonctionnement et nos règles. Cependant j'exige que vous restiez muette. Vos remarques impertinentes n'ont pas de place en Sa présence, au risque de graves conséquences. Est-ce clair ?

- Parfaitement clair, répondit Ardwenna.

- En outre, je vais aborder avec lui des sujets… Mmh… disons délicats, et plus ou moins confidentiels. Peut-être ne voudra-t-Il pas que vous y assistiez, ou peut-être désirera-t-Il que vous restiez. Dans tous les cas, vous ne devrez divulguer à personne ce que vous entendrez. Personne, me suis-je bien fait comprendre ?

Ardwenna hocha la tête. Quand il prenait ce ton et que ses prunelles brûlaient de cette façon, il valait mieux ne pas le contredire.

- Bien. Dans ce cas, allons-y.

Il sortit donc, tout en faisant voler ses capes derrière lui, telle des ailes se déployant dans son dos. Ardwenna l'observa un instant, presque subjuguée par la prestance qu'il pouvait dégager, puis se décida à le suivre.

…………………………………………………………………………………………………...

- Mon cher Mangemort, tu as demandé à me voir ? J'espère qu'il s'agit de quelque chose d'important… Siffla le Seigneur des Ténèbres, tout en toisant de toute sa hauteur son fidèle serviteur incliné devant Lui.

- Oui, Maître, répondit ce dernier, d'une voix particulièrement mesurée. Vous m'aviez demandé de vous prévenir à la moindre avancée dans mes recherches.

- Ainsi, il y aurait enfin du nouveau ? Depuis le temps que j'attendais des résultats…

Severus se crispa légèrement, mais se garda toutefois de répondre à cette demie insulte, et resta respectueusement incliné.

« Depuis le temps que j'attendais des résultats… » Se répéta-t-il cependant hargneusement en son fort intérieur. Mieux valait entendre ça, que d'être sourd… Comme si de telles recherches pouvaient aboutir du jour au lendemain. Encore heureux, qu'il ait obtenu un quelconque progrès en si peu de temps…

- Bien, je t'écoute, reprit le Lord Noir, invitant par là même son Maître des potions à exposer ses fameux résultats.

Severus releva alors lentement la tête et observa quelques instants l'homme – serpent qui venait de s'asseoir sur Son « trône », hésitant à Lui obéir.

- Qu'attends-tu donc pour t'expliquer ? Commença à s'impatienter le Seigneur des Ténèbres.

Severus jeta un rapide regard en coin, sans même se retourner, à la jeune femme restée à quelques pas derrière lui sur sa droite, avant de reporter son attention sur son Maître, d'un air quelque peu indécis.

Il n'envisageait tout de même pas, qu'il Lui expose toutes ses théories, concernant ces potions un peu particulières, devant Lennard - Dumbledore, si ?

« Apparemment si ! » Conclut Severus, quand il entendit le Lord Noir lui répondre d'une voix glacialement doucereuse :

- Tu peux parler en sa présence. Elle ne divulguera rien, à qui que ce soit. Ce n'est pas dans son intérêt.

Le Seigneur des Ténèbres devenait soit inconscient, soit trop confiant… « Plutôt les deux à la fois. » Pensa Severus. Ce qui n'était d'ailleurs pas si étonnant que ça. Ce n'était qu'une preuve supplémentaire de cette folie galopante qui brouillait l'esprit du Maître, s'il était encore besoin d'en avoir une. Severus se rappela alors les paroles de Dumbledore au sujet de Tom Jedusor : « Sa trop grande confiance en lui est sa plus grande faiblesse ». Peut-être avait-il vu juste, une fois encore. Certainement même. Faiblesse qu'il fallait exploiter au maximum…

Severus se résigna donc et commença son exposé, évitant soigneusement les détails trop complexes à appréhender pour un profane.

- Voilà enfin de bonnes nouvelles. Je commençais à croire, que j'avais surestimé tes capacités. Mais, une fois de plus, quand il s'agit de potions, tu ne m'as pas déçu. Pour le moment, du moins… Fais en sorte que cela continue sur cette voie.

Ardwenna ne semblait pas partager l'enthousiasme du Lord Noir, loin de là. Comme Severus pouvait le sentir, elle semblait au contraire choquée et bouleversée par ce qu'elle venait d'entendre, par l'horreur qu'auguraient ces potions. Horrifiée aussi que le Maître des potions en soient l'auteur : lui, un si brillant chercheur, mettre ses talents au profit de projets si abjects…

- Oui, Maître, répondit cependant Severus, faisant fi de ce qu'il pouvait sentir émaner de la jeune femme. Je ne vous décevrai pas. J'aurais par contre besoin d'éléments supplémentaires.

- Qu'entends-tu par « éléments supplémentaires » ? Murmura le Lord Noir d'une voix sifflante.

- Tout d'abord, j'aurais besoin de nombreux ingrédients pour faire des tests. Je ne peux toutefois acheter certains d'entre eux chez un quelconque apothicaire, aussi fiable soit-il. Ils doivent être récoltés sur le terrain, pour être sûr qu'ils conservent toutes leurs propriétés.

- Ce qui signifie ?

- Ce qui signifie que je devrais régulièrement m'absenter quelques jours, deux ou trois tout au plus.

- Qu'entends-tu par « régulièrement » ? S'enquit le Seigneur des Ténèbres, une certaine impatience transparaissant dans sa voix.

- Tous les dix ou quinze jours environ. Selon les besoins.

- D'autres s'en chargeront pour toi. Je ne peux me passer de tes compétences si souvent et si longtemps.

- Je ne suis pas certain que quelqu'un d'autre puisse s'en charger, Maître.

- Et pourquoi ça, Ssseverusss ? Demanda le Lord Noir, d'une voix dangereusement mielleuse.

- Parce que personne d'autre ici n'a les connaissances requises, Maître, répondit Severus, sans se départir de son calme. Ces ingrédients, indispensables à ces recherches, ne tolèrent aucune erreur de manipulation ou de conservation. Je n'ai, en outre, pas le temps de former qui que ce soit, pour effectuer cette tâche, sans retarder mes avancées.

- Mais tu prétends pouvoir trouver le temps d'effectuer ces récoltes toi-même…

- J'irais bien plus vite seul, sans quelqu'un sur mes pas, qui risquerait d'effrayer une quelconque créature ou d'écraser une plante rare, ou pire qui risquerait de me faire détecter, argumenta Severus, contrôlant à la perfection chaque inflexion de voix. Ces récoltes ne me prendront que peu de temps en comparaison. Et mon travail à Vos côtés n'en pâtira pas pour autant, je ne me permettrais jamais de compromettre l'honneur de Vous servir.

- Je te trouve de bien mauvaise foi quant à tes compagnons. Mais il est vrai, que malgré tes nombreuses absences récemment, tu as su assurer pleinement ton rôle à mes côtés. Soit. J'accepte cette requête. Mais, ajouta rapidement le Seigneur des Ténèbres, voyant l'éclair de victoire briller dans les orbes noirs de son Maître des potions, mais souviens-toi qu'à la moindre faille auprès de moi, tu en paieras chèrement le prix. Et tes escapades sauvages seront terminées. Définitivement. Potion ou pas potion. Est-ce clair ?

- Parfaitement clair, Maître, répondit Severus.

Ces avertissements, aussi sérieux fussent-ils, ne pouvaient altérer son soulagement. Oui, Severus était soulagé, soulagé d'avoir trouvé enfin une explication valable à ces futures absences bimensuelles… Absences destinées non pas à la cueillette de ces fameux ingrédients, comme il le prétendait, il trouverait bien un autre moyen de se les procurer, mais absences destinées à Potter et compagnie, et surtout à Mixiel et Nuwan… « Enfin une épine du pied en moins ! » Pensa-t-il.

- Est-ce tout ? Reprit le Lord Noir, tout en caressant nonchalamment son fidèle serpent Nagini, qui venait de se glisser à Ses pieds, la tête reposant sur un des accoudoirs du trône.

- J'aurais aussi besoin d'autres échantillons de sang, fit Severus, tout en refoulant un rictus de dégoût à la vue du serpent presque ronronnant de plaisir.

- Ceux que nous t'avons déjà fournis ne te suffisent-ils pas ?

- Malheureusement Maître, j'ai dû utiliser près des trois quarts de ces échantillons pour aboutir au résultat présent. Ce qu'il en reste ne suffira certainement pas pour poursuivre les prochaines étapes.

- Bien. Tu auras ce que tu souhaites. Dis simplement à Queudver de quels échantillons tu as besoin, et tu les auras.

- Je vous remercie, Maître, dit Severus tout en s'inclinant une nouvelle fois devant ses orbes rouges qui le fixaient si intensément. J'aurais en outre une requête plus délicate à vous soumettre, si vous me le permettez.

Le Seigneur des Ténèbres darda un regard des plus perçants à son Second, avant de l'inviter à continuer d'un gracieux mouvement de main :

- Je t'écoute. Parle.

- J'aurais besoin d'un sang un peu particulier pour ces expériences.

Severus avait réussi à maîtriser les intonations de sa voix, mais il sentait de légers tremblements lui échapper malgré lui. La requête qu'il allait formuler était une étape clé pour ses projets… Mais pourrait aussi lui coûter cher. Il devait choisir ses mots avec précaution, et bien peser ses pensées et ses gestes. Et ce n'était pas ce regard de glace qui allait l'encourager.

- De quel sang s'agit-il ?

- Il me faudrait le sang d'un descendant d'un des fondateurs.

- Autrement dit, le mien, n'est-ce pas ?

- Oui, Maître, répondit simplement Severus, sa mâchoire étant bien trop crispée pour pouvoir articuler de façon audible une réponse plus élaborée.

- Et en quoi mon sang te serait-il utile, pour tes expériences ou pour les potions que je t'ai demandées ? Cracha le Lord Noir, tout en se levant d'un mouvement souple et en se dirigeant prestement vers le Mangemort incliné devant Lui.

Severus inspira profondément avant de poursuivre ses explications.

- Votre sang possède certainement des caractéristiques bien particulières, qui me permettraient de déterminer d'autres récepteurs clé pour le poison que vous souhaitez, et qui me permettraient surtout de trouver un antidote pour vous immuniser contre ce poison.

- Mais avec mon sang, tu pourrais peut-être aussi vouloir trouver une éventuelle faiblesse pour me défaire. Susurra l'homme-serpent à l'oreille de Severus, tout en lui relevant le menton à l'aide d'un doigt osseux et en plantant Ses orbes rouges dans les sombres obsidiennes de Son second.

- Je doute que vous ayez une quelconque faiblesse, mon Seigneur, parvint à dire Severus d'une voix rauque. Mais je pourrais peut-être également trouver ainsi, si quelque chose bloque le recouvrement de toute votre puissance physique.

Voyant l'air redoutable que lui offrait le dit Seigneur, Severus n'était soudain pas sûr d'avoir eu raison d'évoquer ce fait. C'était pourtant le seul argument qu'il avait trouvé, le seul argument qu'il avait cru capable de pousser le Lord Noir à accepter, le seul argument qui lui était venu à l'esprit durant les intenses réflexions hantant ses longues insomnies. Mais à cet instant, Severus doutait, et il redoutait la réaction à venir.

Le Seigneur des Ténèbres semblait à la fois dubitatif et furieux. Dubitatif, car il devait peser le pour et le contre de cette proposition, et devait vouloir vérifier la véracité des propos de Son Mangemort. Et furieux, car un des siens avait osé évoquer ce sujet épineux devant Lui et ouvertement. Tous s'étaient parfaitement aperçu de cet état de fait : leur Maître n'avait pas totalement recouvert sa vigueur et sa force d'antan, bien qu'Il restât cependant le plus puissant Mage Noir d'entre eux tous et que tous Ses pouvoirs, ou presque, semblassent être revenus. Mais personne n'aurait eu l'audace ou l'inconscience d'en parler de façon si directe.

Severus avait cependant besoin de ce sang. Pas pour les raisons qu'il venait d'évoquer… Celles-ci n'étaient bien entendu qu'un prétexte. Non, il en avait besoin pour d'autres projets. Pour les Horcruxes. Il devait à tout prix Le persuader d'accepter. Mais peut-être y était-il allé trop vite ? Peut-être aurait-il dû attendre encore quelque temps ? Il avait pourtant cru que c'était le bon moment. Que, suite à cette bonne nouvelle, l'enthousiasme d'obtenir enfin des résultats prometteurs pour ces potions tant attendues aurait amadoué quelque peu le Lord Noir. « Je me suis visiblement trompé… », pensa Severus, quand il sentit brusquement l'intrusion pressante dans son esprit.

Il raffermit alors ses barrières mentales et ramena à la surface de sa conscience les souvenirs de son exaltation, quand il avait fait cette découverte quelques heures plus tôt. Il Lui montra aussi les souvenirs qu'il s'était minutieusement construits, faux souvenirs de lui, songeant à toutes les possibilités que lui ouvrait cette découverte… La prise du Seigneur des Ténèbres sur son esprit se faisait de plus en plus intransigeante et exigeante, mais Severus tint fermement, faisant appel à toutes ses ressources d'occlumens et d'aggelomens. Au bout d'un laps de temps indéfini, il sentit la prise se desserrer, pour finalement le libérer totalement.

Epuisé, Severus tomba à genoux, la tête basse et la respiration légèrement saccadée. Il attendait maintenant avec appréhension la réaction qui allait s'ensuivre. Il savait que le Lord Noir n'avait pas percé ses défenses. Mais cela suffirait-il ? Les souvenirs, qu'il avait construits pour Lui et qu'il Lui avait montrés, suffiraient-ils à Le convaincre ?

Pendant tout cet intermède, Ardwenna s'était contentée d'observer attentivement la scène. Elle était en quelque sorte fascinée. Fascinée d'une part par le Maître des potions, par son aplomb et son audace, réalisant pleinement que ce qu'il venait de demander et d'évoquer était un sujet tabou parmi les Mangemorts. Fascinée d'autre part par Voldemort, fascination mêlée à un profond dégoût face à ce pouvoir qu'Il dégageait et à la terreur qu'Il savait inspirer dans le cœur des hommes…

Elle garda ainsi un écart respectueux entre elle et les deux hommes, se faisant la plus discrète possible, afin de mieux étudier cette étrange relation entre le Lord Noir et Son Second, entre le Mangemort et son Maître, entre ces deux assassins. Deux assassins, pouvant sembler si proches et si semblables par certains aspects, mais en fait si distincts et si distants… Ardwenna réalisa alors la différence profonde entre les deux hommes : l'un si humain sous ses dehors froids, hautains, et méprisables, face à l'autre, incarnation déshumanisée du Mal à l'état pur… L'humanité de Severus faisait la différence. Une différence de taille…

Ardwenna se sentait soudain troublée par cette constatation : elle, qui s'était toujours attachée à mépriser et à dénigrer avec tant d'attention le Maître des potions, et qui l'avait toujours rendu responsable de tous les maux de la terre, malgré sa volonté de comprendre un peu mieux l'homme caché, réalisait seulement maintenant son éventuelle erreur… Ce n'était pas le principal responsable de tous ses malheurs, loin de là…

Elle prenait alors enfin conscience de l'attirance qu'elle ressentait pour ce criminel, pourtant si humain et si troublant, et réalisait que sa haine, si farouche quelques semaines auparavant, s'était quelque peu émoussée au fil des jours passés à ses côtés… Mais que lui arrivait-il ? Pourquoi réagissait-elle ainsi ? Elle ne put cependant chercher plus avant la réponse à ses interrogations, la voix tranchante de Voldemort la sortant de ses songes.

- Bien, fit ce dernier, tout en s'éloignant de Son second d'un pas lent et nonchalant, pour retourner s'asseoir sur Son trône. Tes dires semblent authentiques et tu sembles sincère.

Severus sentit un lourd poids le quitter. Peut-être n'allait-il pas mourir aujourd'hui…

- Cependant, ce que tu demandes là est particulièrement délicat, continua l'homme – serpent de Sa voix sifflante. Je ne suis pas sûr de pouvoir accéder à cette requête.

Severus ne répondit pas, gardant soigneusement la tête baissée, afin de reprendre ses esprits.

- Je vais y réfléchir, reprit l'homme plus âgé. Peut-être, selon tes avancées… Continues donc sur cette voie, et peut-être obtiendras-tu ce que tu demandes.

- Merci Maître, répondit finalement Severus, sentant que, pour aujourd'hui, il n'obtiendrait rien de plus.

L'entrevue s'était déjà admirablement bien passée, inutile de tenter davantage le diable. Severus avait rapidement appris à se contenter dans un premier temps de petites victoires, qui mises bout à bout vous amenaient à la victoire totale…

Il se releva donc, déjà prêt à prendre congés de son Maître, quand la voix sournoise de celui-ci le retint. Le cœur de Severus se mit à tambouriner fortement contre sa poitrine. Que lui voulait-Il donc encore ?

- Ssseverusss. Puisque tu m'as dérangé et que tu es devant moi, dis-moi donc comment se déroule l'apprentissage de notre jeune amie.

Le ton était tout, sauf prévenant ou plaisant. L'ironie y coulait à flot. Et l'instinct de Severus lui dictait la prudence, plus que jamais.

- Après quelques débuts un peu difficiles et tendus, répondit-il précautionneusement, la jeune Lenard semble enfin apprendre la discipline et daigne intégrer les us et coutumes des Mangemorts.

- Bien Severus, susurra le Lord Noir. Je n'en attendais pas moins de toi. Je veux qu'elle soit prête dans moins d'un mois.

Ardwenna bouillonnait intérieurement. Elle détestait qu'on parle d'elle, comme si elle était absente, elle détestait qu'on parle d'elle, comme si elle n'était qu'un objet. Bien que, probablement, pour ces deux hommes, elle n'était rien d'autre qu'un objet, ayant une certaine valeur peut-être, mais un objet quand même, un outil, qu'ils jetteraient une fois qu'ils auraient obtenu ce dont ils avaient besoin... Néanmoins, elle savait qu'il aurait été suicidaire d'intervenir dans cette discussion. Elle resta donc immobile, en retrait, un masque indéchiffrable collé au visage, observant la scène avec attention.

Severus, pour sa part, était intrigué. « Prête dans moins d'un mois ? » Mais prête pour quoi ? Que mijotait-Il encore ? Que réservait-Il à la jeune femme ? Severus eut un léger frisson en pensant aux diverses possibilités. Aucune d'elles n'était de bon augure. Que ce soit pour elle, ou pour lui d'ailleurs… Le Maître des potions marqua sa surprise et sa curiosité par un haussement de sourcils, prenant garde toutefois de ne pas manifester une curiosité trop intense non plus, ce qui aurait pu être mal pris et mal accepté par le Lord Noir.

- Oui, Severus, répondit ce dernier devant l'air interrogateur de son Mangemort. Vois-tu, si je vous ai mis ensemble et si je te l'ai confiée, ce n'était pas uniquement dans le but de me divertir de votre douce torture réciproque. Bien entendu, je me suis particulièrement délecté de vous voir évoluer tous deux. Deux collaborateurs a priori impossibles à concilier, destinés à s'entre déchirer, et pour cause, puisque tu as assassiné deux éminents membres de sa famille.

Severus et Ardwenna se crispèrent tous deux. Elle, à l'évocation de cette perte d'êtres chers, perte qui l'avait plongée, elle et sa protégée, dans un enfer sans nom. Lui, aux souvenirs de ces moments difficiles, moments où il avait dû prendre une décision cruciale et cruelle, peut-être une mauvaise décision d'ailleurs… Mais chacun garda le silence, espérant peut-être obtenir enfin des réponses à leurs questions. Pourquoi les avait-Il mis ensemble en effet ? Qu'attendait-Il donc de cette « collaboration », alors qu'à première vue il ne pouvait rien ressortir d'autre que haine et chaos ? Rien de constructif en tout cas.

- Oui, mon ami. Tout portait à croire que vous étiez faits pour vous entretuer. Et pourtant vous êtes parvenus à une certaine entente. Bien au-delà de toutes mes espérances en tout cas. Vous voir vous affronter continuellement, et vous débattre dans les chaînes que je vous avais imposées, était tout à fait intéressant… et instructif. Mais j'attendais autre chose. Et vous y êtes parvenus, bien avant l'heure prévue d'ailleurs…

Severus était de plus en plus troublé. Où voulait-Il en venir ? Qu'avait donc encore inventé cet esprit pervers ?

- Dès l'instant où j'ai rencontré cette jeune personne, continua le Lord Noir, j'ai compris ce qu'elle pouvait m'apporter. Mais elle ne peut me l'apporter seule. Il lui faut son… « complémentaire », je dirais. Et ce complémentaire, je l'ai trouvé, Severusss.

Severus sentit son sang se glacer. Il redoutait de comprendre. Que pouvait donc vouloir le Maître d'une jeune femme telle qu'Ardwenna, si ce n'est… Non, impossible, n'est-ce pas ? Il n'était tout de même pas si égocentrique et si fou que cela, si ? Mais la suite du discours était loin de le rassurer, sans pour autant répondre à toutes ses interrogations.

- Je ne t'ai pas choisi par hasard, Severusss. Je t'ai choisi, pour plusieurs raisons. Tout d'abord, parce que l'idée de te confronter à une parente de tes victimes était quelque peu jouissif. Ensuite pour mieux te… surveiller, dirons-nous. Car oui, Severus, tu es assez intelligent pour savoir que je ne te fais pas totalement confiance. Je ne fais confiance en personne, pas même en mon fidèle serpent. Et si quelqu'un devait me trahir, tu serais l'un des plus intelligents et les rusés pour le faire, même si tu n'es pas le seul à en être capable...

Au moins, ainsi, Severus était fixé, et ses suppositions, quant aux présomptions du Seigneur des Ténèbres à son égard, étaient confirmées. Apparemment, aujourd'hui semblait être sous le signe des mises au point…

- Donc oui, reprit le Seigneur des Ténèbres, avec un rictus narquois sur les lèvres, j'ai tout mis en place pour ne jamais te laisser seul… Enfin, l'autre raison pour laquelle je t'ai choisi, toi et pas un autre, c'est aussi et surtout, parce que tu es le seul de mes Mangemorts à savoir calmer tes ardeurs…

Severus ne put réprimer une moue de dégoût à cette idée. Que le Lord Noir puisse penser qu'il ait, lui, Maître des potions renommé et réputé pour son contrôle de soi, des « ardeurs », était presque une insulte… L'idée même le révoltait, le révulsait. Mais le Seigneur des Ténèbres ne sembla pas y prêter attention, bien que le rictus de son Mangemort ne lui ait pas échappé et l'amusât presque même…

- Puis, quand je vous ai vu ensemble, côte à côte, j'ai compris. Oui, j'ai compris. Je ne pensais pas pouvoir le trouver aussi facilement et si rapidement, et surtout pas parmi mes Mangemorts, mais je l'ai trouvé. Oui, Severus. Tu es son complémentaire. N'avez-vous donc pas senti tous deux, que, lorsque vous êtes ensemble, la pièce crépite d'énergie et de puissance ? N'avez-vous pas senti, comment vos deux énergies s'harmonisent entre elles et se complètent l'une l'autre ? Vous semblez les parfaits contraires, et pourtant vous êtes si semblables, si complémentaires…

Ardwenna et Severus se regardèrent l'un l'autre d'un air plutôt dubitatif et sceptique. Oui, effectivement, Severus avait senti une certaine aura émanée de la jeune femme, et une certaine attirance pour cette aura, mais de là, à affirmer que leur énergie était complémentaire… Le Maître devenait vraiment fou, fou à lier…

- Pour que vos deux énergies s'harmonisent pleinement, continua ce dernier, il faut que vous passiez outre vos différences et vos… mésententes. Il faut que vous parveniez à vous entendre et à travaillez ensemble dans le même sens.

- Mais qu'attendez-vous de nous ? Se risqua Severus.

Il savait la question osée et certainement dangereuse. Mais il devait savoir, il ne pouvait attendre plus longtemps d'avoir la réponse, d'avoir la confirmation de ce qu'il redoutait.

- Voyons, Severus. Je croyais que cela serait évident au moins pour toi, répondit son Maître. Toi, un expert en Magie sombre… Ne vois-tu donc pas où je veux en venir ? Soit, je vais t'éclairer quelque peu. Sache Severus, que ce que j'attends de toi et de cette jeune demoiselle, c'est que vous vous unissiez.

Les inflexions de voix du Lord Noir marquaient clairement Sa jubilation malsaine et Son excitation par anticipation. Il observa un long moment, dans un silence pesant, Son Mangemort et Sa jeune prisonnière pâlir tous deux à vue d'œil. Oui, Il jubilait. Car Il savait qu'Il les tenait. Ils ne pouvaient refuser, sous peine de lourdes représailles, ils ne pouvaient lui échapper et Il allait obtenir ce qu'Il avait tant espéré depuis longtemps. Jugeant que son effet était suffisamment délectable de la sorte, Il reprit, d'une voix doucereuse :

- Oui, je veux que vous vous unissiez, mais de votre plein gré. Bien entendu, comme tu as dû le comprendre, Severus, si je t'ai demandé qu'elle reste pure, c'est que vous allez devoir vous unir lors d'un rite bien défini.

Severus pâlit davantage encore, comprenant enfin de quel rite le Lord Noir parlait. Il sentit le regard de la jeune femme peser sur lui, mais tenta de l'ignorer. Il aurait été alors incapable de soutenir ce regard lourd d'accusations, d'interrogations et certainement d'appréhension aussi. Il ferma les yeux et déglutit difficilement avant de pouvoir articuler d'une voix rauque :

- Le sang de la vierge.

- Oui le rite du sang de la vierge. J'ai besoin de ce rite pour récupérer plus rapidement ma pleine puissance. Mais ce ne sera qu'une première étape. Ce n'est pas l'objectif majeur de votre union, ce premier rite me permettra juste de faire d'une pierre deux coups. Tu te doutes peut-être, ou peut-être pas, de l'objectif véritable de cette union entre vous deux. Quoiqu'il en soit, je ne t'en dirai pas plus pour le moment. Tu en sais, et tu en as certainement deviné, suffisamment ainsi. Pour l'instant, tu devras te contenter de ces réponses. Vous en saurez davantage bien assez tôt.

- Bien, Maître, répondit Severus, sa voix défaillant quelque peu.

- Pour le moment, continuez ainsi. Préparez-vous au rite. Je te laisse carte blanche, Severus, pour préparer Ardwenna comme il se doit. Ce rite doit se passer sans encombres, compris ? Continuez dans cette voie et tout devrait se passer pour le mieux. Je pense pouvoir te faire confiance, mon très cher Mangemort.

- Oui, Maître, fit Severus, dans un murmure à peine audible, tout en baissant la tête.

Il n'avait pas le choix, mais la simple idée de ce rite lui levait le cœur. Il avait toujours considéré ce rite comme une pratique ignoble et barbare, et voilà qu'il allait devoir lui-même le mettre en œuvre, et qui plus est avec une jeune femme qu'il commençait à respecter sous certains aspects. Or il allait devoir l'avilir, la souiller… Et ceci ne serait vraisemblablement qu'un début… Il en était écoeuré d'avance. Il s'écoeurait lui-même de se plier aux exigences de son soi-disant Maître. Il s'exécrait plus encore qu'il ne le faisait déjà, il se haïssait plus encore. Il avait envie de vomir, mais il se devait d'obéir une fois encore…

Ardwenna, quant à elle, était pétrifiée sur place, incapable de réagir, réalisant tout juste, ce que toute cette mascarade impliquait. Il voulait les unir, elle et Severus… Il voulait les unir, elle et son bourreau… Et surtout Il voulait se servir d'elle lors d'un rituel de Magie Noire, elle qui exécrait la Magie Noire. Lors d'un rituel ayant besoin d'une vierge, lors d'un rituel qui avait pour but de la souiller, de l'humilier, de l'avilir…

Et le Maître des potions semblait acquiescer à ce projet… S'en réjouissait-il ? Etait-ce qu'il avait espéré ? Pouvoir ainsi pilonner et souiller sa famille une fois de plus, une fois de trop…. Pouvoir l'asservir et la mettre sous son joug…. Croyait-il vraiment qu'elle se laisserait faire docilement sans se débattre ? Croyaient-ils vraiment tous deux, qu'ils pouvaient jouer avec elle, sans qu'elle ne se révolte ?

Mais avait-elle véritablement le choix ? Pouvait-elle vraiment se révolter et se débattre ? Même si ses chaînes étaient assez lâches pour cela, en avait-elle le pouvoir et le droit ? Après tout, qu'espérait-elle donc quand elle avait accepté cet exécrable pacte ? Qu'avait-elle pensé ? Il fallait s'y attendre… Non, elle n'avait pas le choix. Si elle voulait la sauver et lui donner une chance, elle n'avait pas le choix…

- Et vous, ma jeune amie, je compte sur votre pleine et entière collaboration, continua le Seigneur des Ténèbres, en tournant enfin son attention vers la jeune femme. N'oubliez pas notre pacte. Nous avons un accord, j'espère que vous remplirez votre part, si vous souhaitez que je respecte la mienne.

Severus releva brusquement la tête. Allait-il finalement savoir ce qui avait poussé cette jeune femme à venir les rejoindre ? Non, visiblement non, pas encore… Ainsi, elle et le Lord Noir avaient conclu une sorte de pacte ? Quel pacte ? Mais il n'eut le temps d'y réfléchir davantage que le Lord Noir reprit, d'une voix tranchante ne permettant aucune objection :

- M'avez-vous bien compris, très chère ?

- Oui, je vous ai parfaitement compris, fit-elle comme toute réponse, d'une voix claire et fière, tout en fixant de ses perles bleues les orbes rouges foudroyantes.

- Répondez « oui, Maître », quand vous vous adressez à moi. Severus ne vous a-t-il donc rien appris ? Je réitère ma question : m'avez-vous bien compris ?

- Oui. S'entêta Ardwenna, refusant de se plier devant Lui et de Le reconnaître comme Maître.

Elle n'avait pas de Maître.

- Endoloris, rugit le Lord Noir en levant sa baguette contre la jeune femme, qui s'écroula à terre et fut secouée de spasmes, sous la douleur fulgurante parcourant tout son corps.

Au bout de quelques secondes, il arrêta le sortilège et regarda la jeune femme essayer de se relever, tant bien que mal.

- Je réitère ma question : m'avez-vous bien compris ? Fit-Il d'une voix hargneuse.

- Oui, répondit Ardwenna, refusant toujours l'appellation de Maître à cet homme vil et infâme devant elle.

- Endoloris, rugit-Il de nouveau, hors de Lui. Comment oses-tu me tenir tête de la sorte ?

Ardwenna tomba une fois encore sous l'effet du sortilège, qui la frappa de plein fouet, lui coupant la respiration, milles aiguilles de douleur à l'état pur traversant chaque parcelle de son corps. Elle n'avait jamais connu pareille douleur, jamais pareille sensation déchirante. Elle sentait son esprit hurler, crier, ou peut-être était-ce elle qui criait de la sorte ? Elle ne savait plus, elle perdait pied, elle se sentait partir, son esprit semblait s'envoler, s'envoler vers la folie douce… vers la libération peut-être ?

Et soudain les spasmes cessèrent, la douleur s'atténua. Elle était toujours là cependant, plus sourde, plus chancelante, mais elle persistait, ses muscles criant à chaque mouvement, chaque bouffée d'air lui brûlant les poumons…

- M'avez-vous compris, jeune demoiselle, ou faut-il que je devienne plus persuasif ?

- Je vous ai parfaitement compris, répondit-elle avec entêtement. Mais je ne vous appellerai pas par ce nom. Sa voix était éraillée, mais encore empreinte de cette fierté et de cette étincelle d'arrogance.

- Je croyais, Severus, que tu aurais été meilleur professeur que cela. Susurra le Lord Noir, d'un ton menaçant.

Le Maître des potions sentait l'ironie et la menace suinter à travers ses mots si froids et si tranchants. Cela ne présageait rien de bon pour lui. Et la suite allait lui donner raison…

- Je te croyais plus exigeant et intransigeant avec tes élèves. Ou peut-être ton séjour ici t'a-t-il adouci ? J'aurais cru le contraire pourtant. Je vais t'apprendre à être plus persuasif, et à trouver les bons arguments… Endoloris.

Severus tomba à genoux, la douleur s'insinuant dans son corps, dans son esprit, s'insinuant en lui insidieusement et sournoisement, tel un serpent rampant vers sa proie…

Ardwenna, encore vacillante, regarda le spectacle, incrédule. Pourquoi punissait-Il Son fidèle serviteur à sa place ? Pourquoi Severus devait-il endurer le châtiment, alors qu'elle était la seule fautive, la seule réfractaire ? Cela n'avait aucun sens… Même si elle avait rapidement compris que le mot « justice » n'était pas dans le vocabulaire de Voldemort, jamais elle n'aurait cru qu'Il serait allé aussi loin dans l'iniquité et le despotisme… Mais cela n'était en fait pas si étonnant que cela, lorsque l'on connaissait mieux le sombre personnage.

Elle regarda alors, impuissante, Severus se tordre de douleur, maintenant recroquevillé par terre en position fœtale. Le sortilège avait l'air de durer beaucoup plus longtemps que pour elle, et la douleur devait être insoutenable. Pourtant aucun son ne sortit de la mâchoire crispée du Maître des potions.

Finalement, le Lord Noir stoppa momentanément la torture et se retourna imperceptiblement vers Ardwenna, une lueur de fureur démente animant ses yeux.

- Alors ? S'enquit-Il tout simplement.

Mais la jeune femme garda le silence, les mots que sa fierté l'empêchait de prononcer, mais qu'elle devait pourtant dire pour arrêter ce macabre spectacle, se coinçant dans sa gorge nouée.

Severus reçut alors une nouvelle vague de douleur, plus forte encore que la précédente. Il avait beau être habitué à de tels traitements, et être plutôt résistant aux longues séances de doloris, ceux-ci semblaient plus intenses que jamais, plus longs et durables encore. Il ne put s'empêcher de gémir. Pas crier, non, ses cordes vocales en auraient été incapables, brisées par la douleur. Non, seul un long et plaintif gémissement rauque s'échappa entre ses dents serrées.

Le sortilège sembla s'arrêter quelques secondes, et il entendit le Maître s'adresser une fois encore à la jeune femme, sans en comprendre le sens. Mais cette pause ne fut qu'un court intermède, avant qu'une troisième vague de douleur l'assaille de nouveau, puis une autre, et une autre encore. Severus perdit bientôt le contact avec la réalité, ne sentant plus son corps meurtri, ne sentant plus ses poumons brûlés, ni sa tête tambourinante.

- Arrêtez ! Entendit-il hurler soudain, une voix lointaine, très lointaine.

- Vous savez ce qu'il faut faire pour que j'arrête, vociféra le Seigneur des Ténèbres.

- Arrêtez. Arrêtez… Maître. Murmura Ardwenna, ces quelques mots l'étranglant, l'étouffant.

Mais elle ne pouvait décemment Le laisser continuer à torturer ainsi le Maître des potions. Même s'il était responsable de sa situation actuelle, même s'il était responsable de sa condition de prisonnière, même s'il était lui-même un meurtrier, elle ne pouvait le laisser se faire torturer pour une faute qu'il n'avait pas commise. Elle ne pouvait le laisser se faire doloriser de la sorte à cause d'elle. Non, elle ne pouvait pas.

Le sortilège cessa soudain, et le Seigneur des Ténèbres tourna nonchalamment son attention vers la jeune femme qui baissait maintenant la tête.

- Je n'ai pas bien entendu, susurra-t-il doucereusement.

- Arrêtez, Maître. Répéta-t-elle, malgré elle.

- Voilà qui est déjà mieux. Tu as au moins appris à m'appeler comme il se doit. Maintenant sache que jamais, tu entends, jamais, on ne me donne d'ordre. Si tu veux que j'arrête, il faut savoir le réclamer en y mettant les formes.

Et avec un sourire à frigorifier un dragon, il leva lentement sa baguette vers Severus pour un énième doloris. Celui-ci, qui avait eu à peine le temps de profiter de cette accalmie pour reprendre ses esprits, sentit l'onde déferler une nouvelle fois en lui, et crut voir les portes de la folie s'ouvrir devant lui, l'accueillant à bras ouvert, les bras de la libération. Après tout, les fous ne sentaient plus la douleur, n'est-ce pas ? Cette folie si chaude, si réconfortante et si tentante…

Mais à peine se laissait-il aller dans cette douce torpeur, que la torture cessa, malgré les quelques spasmes qui parcouraient encore son corps endolori.

- S'il vous plaît, je vous prie d'arrêter, Maître. Entendit-il dire.

Ardwenna. Ardwenna venait de supplier le Seigneur des Ténèbres d'arrêter, réalisa alors Severus. Il constata, par là même, qu'il avait gardé ses capacités de raisonnement, donc que la folie ne l'avait pas encore emporté, pas cette fois-là, du moins… Peut-être la prochaine fois…

- Tu sembles enfin vouloir comprendre, jeune demoiselle. Il était temps. Severus a beau être résistant, il n'en reste pas moins humain et mortel. Et cela m'aurait passablement déplu de devoir me passer de lui. Surtout alors qu'il est si prêt de réaliser ce que je lui ai demandé. Cela aurait grandement compromis mes projets… et les tiens par la même occasion…

Ardwenna sentit une larme couler le long de sa joue. Une unique larme, une larme traîtresse, elle qui s'était promis de ne jamais montrer cette faiblesse, elle qui s'était promis de ne jamais leur donner cette joie, cette victoire. Mais elle ne se contrôlait plus, plus tout à fait… Et de voir cet homme, si assassin soit-il, si bourreau soit-il, se tordre ainsi par terre, avait craquelé ses barrières. Voir cet homme, qu'elle avait appris à haïr, puis qu'elle s'était surprise à vouloir mieux comprendre, devenir soudain si humain, le masque de froideur faisant place à un masque de douleur, était insoutenable.

- Mon cher Severus, continua le Lord Noir, en se penchant vers son Mangemort encore à terre. La leçon a été dure, mais elle devait comprendre. Comme toi-même tu as appris à comprendre. Vous vous ressemblez tant, tout en étant si différents… Vous êtes faits l'un pour l'autre, et vous allez avoir l'honneur de me servir comme jamais aucun de mes Mangemorts n'a pu le faire. Va maintenant, mon petit Mangemort, va, Ansky va se charger de te soigner. Reviens-moi vite en pleine forme, j'ai besoin de toi.

Severus ne put répondre, trop étourdi encore pour assimiler tout à fait ces paroles si ambiguës. « Paroles à double tranchant… », lui souffla une dernière étincelle de conscience avant qu'il ne perde connaissance.

Fin du Chapitre 45.