Merci à tous pour vos reviews que j'ai été heureuse de retrouver.

Pour ceux qui se posait des questions sur Ardwenna, sur le rite du sang de la vierge ou sur le sang de Voldemort... Voilà quelques réponses, pas toutes, sinon ce serait plus drôle , mais quelques unes... Quand à savoir s'il y aura une romance entre Severus et Ardwenna, comme tu me le demandes Mia, et bien je vous laisse deviner... ;) Mais ne vous inquiétez pas vous aurez la réponse trés bientôt!

Helleni, tu vas être gâtée, toi qui aime bien les entrevues avec Voldemort, en voilà une autre, plus petite, mais tout aussi intéressante, enfin je l'espère...

Sinon, je suis désolée de tant de retard pour vous livrer ce chapitre, mais j'ai eu beaucoup de mal à l'écrire, surtout concernant les sentiments de Severus... j'espère que vous n'êtes pas devenus fous avec toutes les questions que vous vous posez, comme le craignait Sylnaruto... Bon j'arrête avec mon laïus et vous laisse lire ce nouveau chapitre.

Bonne lecture et à beintôt!

CHAPITRE 46 : Troublantes révélations.

- Bonsoir Minerva, fit une voix grave et rauque provenant de la silhouette encapuchonnée, nonchalamment assise dans un des fauteuils.

La dénommée, qui venait d'apparaître dans le petit salon par l'âtre de la cheminée dans une vague de fumée verdâtre, fut quelque peu surprise par l'homme ainsi dissimulé dans l'ombre, bien que la raison de sa venue au 12 square Grimmaud fût justement de s'entretenir avec lui. Tout dans l'attitude voûtée de l'homme et sa volonté de rester caché lui indiquait que quelque chose n'allait pas. Et sa voix n'était en rien normale, comme éraillée, elle d'habitude si suave et si doucereuse, telle de la soie.

- Bonsoir Severus, répondit-elle, tout en s'approchant de l'homme. Pourquoi fait-il si sombre dans cette pièce ? Et pourquoi restez-vous donc caché ainsi ? Encore des doloris, n'est-ce pas ?

L'homme ne répondit rien, et se contenta de relever lentement la tête pour braquer son regard ténébreux sur son ancienne collègue. Mais dans la pénombre, McGonagall put seulement percevoir l'éclat rougeâtre du feu crépitant se refléter dans les prunelles sombres de son vis-à-vis, les traits de son visage restant parfaitement dissimulés sous le lourd tissu noir.

Elle se rapprocha un peu plus encore et leva une main, légèrement hésitante, afin de rabattre la dite capuche. Severus tenta de se dérober, en lui attrapant la main et en se reculant davantage dans le fauteuil, mais elle se défit de son emprise d'un geste doux mais péremptoire, et parvint à faire glisser le tissu sur les épaules de l'homme, dévoilant les quelques estafilades marquant ses traits fins et anguleux. Elle ne s'était donc pas trompée. Cependant, elle entraperçut en outre une lueur de douleur et de lassitude dans le regard si sombre, d'ordinaire si vif, du Maître des potions.

Il ne s'en était pas encore remis, cette fois-ci. La douleur devait encore être présente et il semblait épuisé. La dernière entrevue avec Vous-savez-qui avait dû être difficile…

- Je vais prévenir Madame Pomfresh, déclara-t-elle soudain, d'un ton sans appel.

Mais c'était compter sans l'entêtement de Severus…

- Inutile, Minerva. J'ai déjà été soigné. Je doute que Madame Pomfresh puisse faire plus.

- Et qui donc vous a soigné ? Un médicomage, peut-être ?

Severus ne répondit rien. Inutile de mentir, elle savait pertinemment bien que les Mangemorts ne comptaient pas de médicomage dans leurs rangs. Seules leurs propres connaissances, assez rudimentaires, et les fortes potions concoctées par Severus leur permettaient de se soigner tant bien que mal. Pour les blessures plus graves, ils devaient faire appel aux services d'un médicomage extérieur, souvent contraint par la force de leur prêter secours…

- C'est bien ce que je pensais, conclut-elle, devant le silence pesant de l'homme assis.

- Je dois vous parler de sujets plus ou moins délicats, et urgents, Minerva. Mieux vaudrait que Pomfresh n'entende pas tout ce que j'ai à vous dire. Nous l'appellerons demain, cela pourra bien attendre.

- Non, Severus. Cela ne peut attendre, fit-elle en lui désignant du doigt les quelques plaies ornant son visage pâle. De toute façon, Pompom fait partie intégrante de l'Ordre dès lors. Elle est donc tout à fait apte à entendre vos renseignements. Vous pourrez très bien parler pendant qu'elle vous examine.

Et sans attendre la riposte du Maître des potions, elle appela par voix de cheminée la célèbre infirmière de Poudlard. Dite infirmière qui, une fois mise au courant de la situation, s'empressa de rassembler son nécessaire, pour arriver en quelques minutes à peine au quartier général, encore échevelée, et recouverte de suie de par son trajet par cheminette.

- Severus, s'exclama-t-elle en se précipitant à ses côtés. Que vous est-il encore arrivé ?

Celui-ci grimaça comme toute réponse. Comme si ce n'était pas évident…

- Des doloris ? S'inquiéta-t-elle.

- Puisque vous avez la réponse, pourquoi posez-vous donc une question aussi stupide ? Cracha-t-il, hargneux.

- Des doloris, répéta-t-elle, plus pour elle-même. Combien ? Et quand ?

- Il y a deux jours. Combien ? Je ne sais pas vraiment. « Plusieurs » vous suffira-t-il comme réponse ? Mais inutile de perdre du temps, le nécessaire a déjà été fait. Vous feriez mieux de retourner à vos occupations.

- Ne prenez pas ce ton avec moi, garçon, répliqua l'infirmière de son ton le plus professionnel, qui n'autorisait aucune contradiction. Je suis toujours votre aînée, et suis la mieux placée pour savoir ce que je dois faire ou non. Alors laissez-moi juger par moi-même, si TOUT le nécessaire a été fait comme il se doit vous concernant.

Severus la fusilla du regard, mais sans succès. Il connaissait la femme pour être têtue, très têtue, et pour toujours obtenir ce qu'elle désirait de ses patients. Il savait qu'il allait perdre d'avance. Comme toujours avec elle. Surtout avec Minerva dans les parages… Mais pour la forme, il se devait de protester…

- Pompom, voyons, commença-t-il d'une voix onctueusement mielleuse, bien qu'un peu plus rauque que d'habitude. Vous avez certainement…

Mais il ne put finir sa phrase et fut coupé par Minerva.

- Severus, ne faîtes pas l'enfant, et pour une fois obéissez. Ce que vous pouvez être exaspérant parfois.

- Je peux vous retourner le compliment, répliqua-t-il, tout en suivant des yeux la baguette de Pomfresh qui longeait son corps.

Cette dernière se concentrait avec attention sur son examen, tantôt fronçant les sourcils, tantôt laissant s'échapper un petit hoquet de stupeur ou un rictus des moins engageants… Le diagnostic n'avait pas l'air de lui convenir, loin de là.

- Et vous dîtes avoir fait le nécessaire… fit-elle, quand son examen fut fini. Heureusement que vous n'êtes pas médicomage, je doute que vos patients ne survivent bien longtemps à vos traitements.

Severus grimaça sous la réprimande, mais ne put répliquer une des ces remarques acides et cyniques si légendaires, Minerva lui coupant l'herbe sous le pied.

- Qu'en est-il ? Demanda-t-elle, sa voix trahissant son inquiétude.

- Les doloris ont dû être nombreux, commença l'infirmière. Il est d'ailleurs étonnant que vous soyez encore des nôtres, ou tout du moins que vous soyez encore lucide.

- Je suis particulièrement résistant, rétorqua Severus avec un sourire narquois.

Sourire qui s'effaça bien vite devant les regards noirs, limite assassins, des deux femmes debout en face de lui.

- Ne plaisantez pas avec les effets de ce sortilège, Severus. Et surtout pas sur votre santé, le réprimanda Pomfresh. Cette fois-ci, les conséquences sont bien plus importantes que précédemment. Les plaies extérieures ne sont rien en comparaison des lésions internes.

McGonagall pâlit quelque peu, tandis que Severus émit un rictus indéchiffrable et un haussement de sourcil intrigué. Certes, il y avait eu effectivement quelques complications, d'où sa perte de conscience, mais de là à prendre cet air grave et si cérémoniel… Toutefois l'infirmière ne leur prêta guère attention et continua ses explications :

- Severus présente de nombreux ulcères digestifs et plusieurs hématomes et autres contusions internes. Pratiquement aucun organe n'est épargné. Le foie est le plus touché apparemment. Tous les muscles sont crispés et tendus, probablement sujets à des crampes, le système nerveux est complètement déréglé, envoyant certainement des ondes de douleur diffuse par intermittence… Je ne sais vraiment pas comment vous parvenez encore à vous mouvoir d'ailleurs. Un des lobes pulmonaires présente un léger disfonctionnement et le cœur a subi un sacré choc. Je ne peux encore déterminer avec exactitude les séquelles, mais il y en aura, cela est certain…

Severus était atterré par cette énumération. C'était donc à ce point ? Pas étonnant qu'il se sente si faible, qu'il ait tant de mal à respirer et à faire le moindre mouvement…

- Quelles sont les chances de limiter ces séquelles ? S'enquit McGonagall. Pouvez-vous faire quelque chose ?

« Elles pourraient quand même prendre des gants, quand elles parlent de moi, non ? Ce n'est pas comme si j'étais inconscient, à l'article de la mort, ou simplement absent… », fulmina Severus intérieurement.

- Je n'ai jamais vu pareilles complications suite aux doloris, ni jamais rien lu de telles dans la littérature, répondit l'infirmière. Êtes-vous sûr de n'avoir subi que des doloris, Severus ?

- Je n'ai pas encore eu de lésions irréversibles au cerveau, que je sache. Oui, je suis sûr de n'avoir reçu QUE des doloris, cracha-t-il, avec toute la morgue dont il était capable, malgré sa voix empreinte de fatigue et de lassitude.

- Vous avez donc dû en recevoir un certain nombre, conclut Pomfresh.

- Brillante déduction, très chère. Dix points pour Griffondors. Ou peut-être étiez-vous à Poufsouffle ? Je ne me souviens plus très bien, peut-être un hématome au cerveau m'empêche-t-il de me rappeler ce haut fait…

- Severus, s'exclamèrent d'une même voix les deux femmes, tout en le fustigeant du regard pour oser plaisanter de la sorte sur un sujet si grave.

Severus se tut donc, et se rembrunit aussitôt, presque boudeur.

- Allez, reprit Pomfresh. Au lieu de faire l'enfant, vous feriez mieux de retirer tous ces vêtements, que je puisse vous soigner correctement.

- Cela attendra demain. Je dois parler à Minerva d'abord.

- Vous n'avez qu'à me parler en même temps, rétorqua cette dernière, avec un sourire pincé et en lui jetant un regard d'acier par-dessus ses lunettes.

Severus soupira, résigné, ce qui lui envoya une onde de douleur dans la poitrine et lui arracha une moue crispée, bien malgré lui. Inutile de gaspiller ses maigres forces à résister, il était de toute façon perdant dans cette affaire…

Il ôta donc sa lourde cape et sa robe, puis s'attaqua lentement à sa chemise, tout en commençant son rapport. Pomfresh avait tiré une chaise sur sa droite et, à peine la chemise fut-elle enlevée, qu'elle était déjà à l'œuvre, manipulant délicatement Severus pour qu'il se tourne afin de mieux opérer. McGonagall, pour sa part, s'était installée dans l'autre fauteuil et prêtait toute son attention à ce que l'espion avait à révéler.

- Tout d'abord, nous avons un nouveau élément à prendre en compte dans ma… mission, commença-t-il. Un élément de taille et pour le moins inattendu.

- Qu'entendez-vous par là ? S'enquit McGonagall, les traits tirés d'appréhension.

- Pour une fois, je n'irai pas par trente-six détours.

Cette remarque de Severus lui valut une moue de remerciement de la part de la directrice de Poudlard.

- La dernière lubie du Seigneur des Ténèbres a été de me nommer une novice attitrée, continua-t-il.

- Une novice attitrée ? S'exclama McGonagall, soudain surprise. Pardonnez-moi de vous interrompre, Severus. Je n'ai certainement pas bien compris certaines mœurs des Mangemorts, je croyais pourtant que leurs novices n'avaient pas de… mentor ou d'instructeur attitré justement.

- En effet, Minerva. Vous aviez parfaitement compris, répondit-il. Ce qui explique le caractère inattendu de la chose. Je ne me serais jamais attendu à cela, moi-même.

- Et comment cela s'est-il passé ? Qui est donc cette mystérieuse personne ? Vous avez parlé d'une novice, et non d'un, n'est-ce pas ? La connaissons-nous ? L'aviez-vous déjà vu auparavant au sein des Mangemorts, ou lors des recrutements ?

- Comment est-elle ? Ne put s'empêcher de demander Pomfresh. Oh pardon, je vous laisse continuer… ajouta-t-elle rapidement devant le regard noir du Maître des potions.

Malgré l'air réprobateur qu'il affichait, Severus souriait intérieurement à cette avalanche de questions, qui dénotait la vive curiosité des deux femmes. Outre le fait que cette nouvelle donne concernait de prêt l'Ordre, et qu'il était donc tout à fait compréhensible que cela attise l'intérêt de qui que ce soit, il avait également parfaitement compris l'allusion de madame Pomfresh… Toutes deux devaient déjà s'imaginer moult scénarii concernant le Maître des potions et cette intrusion dans son vœu de célibat… Depuis le temps qu'elles le titillaient sur ce point et s'efforçaient de lui trouver « chaussure à son pied »… La mystérieuse inconnue, dans d'autres circonstances, aurait pu alors représenter leur nouvel espoir… Du moins, jusqu'à ce qu'elles apprennent l'identité de cette inconnue…

Severus entreprit donc de leur relater toute l'histoire, depuis le moment où le Seigneur des Ténèbres lui assigna cette tâche incongrue et si inopportune, jusqu'aux événements d'il y a quelques jours, en omettant, bien entendu savamment, de leur dévoiler le nom de cette novice.

- Voilà qui est intéressant, conclut McGonagall, quand il eut fini son récit. Et pourrait-on connaître enfin son identité ?

Severus sentit soudain un long frisson lui parcourir l'échine, et déglutit difficilement, sa gorge se nouant inexplicablement. Il tourna alors lentement le regard vers le portrait de Dumbledore, qui, bien que silencieux, avait écouté attentivement toute la conversation. Le moment tant redouté était enfin arrivé… Comment allaient-ils le prendre? Et surtout comment allait-il réagir, lui, plus qu'eux tous ? Comment lui dire que cette mystérieuse inconnue portait son nom et avait conclu un pacte, inconnu à ce jour, avec l'ennemi de sa famille ? Comment le dire à cet homme, qu'il respectait tant et qu'il n'aurait, pour rien au monde, voulu peiner de la sorte ?

Cet homme était mort, auriez-vous tendance à dire… Certes… Et pourtant, Severus avait toujours cette désagréable impression de se retrouver devant lui en chair et en os. Le portrait était si vivant et si… perspicace, comme son homologue humain… Il était alors difficile de faire parfois la distinction. De faire la part des choses et de ses sentiments… « Arggh… Sentiments, dîtes-vous ? », se fustigea Severus. « Laissons donc cela aux pieux Griffondors ! »

- Son… identité… reprit-il d'une voix quelque peu monocorde. Et bien, le nom de cette mystérieuse inconnue n'est autre que… Ardwenna Lennard - Dumbledore.

Un silence consterné suivit cette révélation troublante. « Qu'avait dit Severus ? Ardwenna Lennard – Dumbledore ? Ne serait-ce pas… ? », se demanda McGonagall.

Tous les regards se tournèrent aussitôt vers le portrait d'Albus, qui, pour sa part, avait fermé momentanément les yeux, encaissant tant bien que mal le choc provoqué à l'énoncé de ce nom. Il avait beau être mort, les artistes de son portrait avaient admirablement bien travaillé, car il avait alors l'impression de ressentir un immense trou dans son cœur, la peine et l'impuissance s'infiltrant dans son esprit… Au bout de quelques minutes, il ouvrit de nouveau ses perles grises, légèrement voilées, et vit ses trois acolytes attendre patiemment sa réaction.

- Ardwenna, dîtes-vous ? Fit-il finalement, pour briser le silence lourd qui assombrissait encore la pièce.

Severus acquiesça silencieusement, incapable d'en dire davantage à cet instant. Il sentait la chape de glace et de fer forgé, qu'il s'était peu à peu tissée autour du cœur, se fendre insidieusement…

- Voilà qui soulève beaucoup de questions, conclut le vieil homme, son regard pénétrant se focalisant de nouveau sur son jeune ami.

Mais Severus ne perçut aucune lueur de reproche ou de déception dans ces pâles prunelles. Uniquement de l'inquiétude. Une profonde inquiétude… « Nom d'un dragon, Severus, ce n'est qu'un portrait ! Il ne peut y avoir aucune lueur dans son regard… », se morigéna-t-il une fois encore.

- Oui, beaucoup de questions, répéta McGonagall, un air songeur et soucieux sur le visage, ne percevant pas l'étrange échange muet entre les deux hommes.

- Qui est-elle ? Demanda subitement Severus, un peu trop vivement à son goût.

Il vit alors trois paires d'yeux se tourner brutalement vers lui, interloqués par sa question. Il se reprit donc et précisa :

- Je veux dire… Pour vous, par rapport à vous, qui est-elle ?

- Elle ne vous a rien dit ? S'étonna Albus.

Severus hocha la tête en signe de négation. Non, elle ne lui avait rien dit. Ni ce qu'elle était exactement par rapport au vieux directeur, ni pourquoi ni comment elle s'était retrouvée au milieu des Mangemorts… Quand lui aurait-elle dit d'ailleurs ? Entre ses incessantes provocations et sa pugnacité à toute épreuve… Pugnacité qui avait coûté cher à Severus, entre nous soit dit…

- Ce n'est guère étonnant de sa part, continua Albus. Surtout… Mais il laissa sa phrase en suspend, devant l'air de plus en plus renfrogné que prenait le Maître des potions.

- Surtout qu'elle me considère comme votre assassin… acheva ce dernier à la place du portrait. Ce que je ne peux démentir. Ne nous cachons pas derrière des faux semblants, Albus. Nous savons bien, vous comme moi, que ce n'est que la stricte vérité…

- Mon ami, s'il vous plaît… tenta l'ancien directeur. Mais en vain, Severus le coupant aussitôt d'une voix tranchante.

- Qui est-elle ? S'entêta-t-il.

Après une demie seconde d'hésitation, Albus se résigna pour le moment à abandonner la bataille, sachant que ce terrain miné était encore bien trop douloureux pour son ami, et lui répondit donc, d'une voix douce et assurée :

- Ardwenna est l'arrière petite-fille de mon frère, Abelforth. Vous devez bien vous en rappeler Minerva, vous l'avez connue, alors qu'elle n'était encore qu'une enfant, âgée à peine de huit ans. Mais ses parents ont décidé par la suite d'émigrer en Amérique, pour plus de tranquillité.

- Oui, je me rappelle maintenant, fit McGonagall, toute à ses souvenirs. Une charmante petite fille… Mais…

- Et que fait-elle donc parmi les Mangemorts ? La coupa une fois encore Severus.

- Je n'en sais pas plus que vous, répondit Albus, las et fatigué. Cela cache certainement quelque chose de grave. De très grave. Ce que j'aimerais savoir aussi, c'est ce qu'est devenue sa sœur…

- Sa sœur ? Ardwenna a une sœur ?

Severus était vivement surpris, et préoccupé également. Son esprit commençait déjà à entrer en ébullition, mille conclusions germant dans sa tête bouillonnante. Il s'apprêtait à se lever, pour faire les cent pas, comme à son habitude quand des idées tumultueuses se précipitaient ainsi en lui, mais fut arrêté par un geste à la fois ferme et doux de Pomfresh. Si son patient pensait pouvoir lui échapper ainsi…

Mais ce geste, aussi délicat fut-il, arracha un sifflement douloureux au Maître des potions, qui décocha un regard rageur à l'infirmière, avant de se raviser lui-même et de se rasseoir devant l'air furibond qu'elle lui adressait elle aussi.

- Oui, Ardwenna a une sœur, répliqua Albus, ignorant ostensiblement cette brève altercation, si coutumière, entre eux deux. Moins âgée de cinq ans. Ardwenna doit en avoir vingt-six maintenant, et sa sœur vingt-et-un. Elle se nomme Cerrydwen.

- Une sœur… répéta Severus, plus pour lui-même que pour ses interlocuteurs. Une sœur… Alors ce serait elle…

- Que voulez-vous dire ? S'enquit McGonagall, que toute cette histoire intriguait et perturbait au plus haut point.

- Et bien, je suis persuadé… commença Severus, cherchant visiblement ses mots. Je crois avoir compris, au travers des piques que nous nous sommes échangés, qu'Ardwenna n'était pas là de son plein gré. Enfin, pas dans le sens où on l'entend. J'en suis très vite venu à la conclusion, que le Seigneur des Ténèbres devait avoir trouvé un moyen de pression, suffisamment fort et suffisamment important aux yeux de la jeune femme, pour qu'elle accepte de conclure un pacte avec Lui.

- Vous ne cessez de parler de pacte, mais de quel pacte ? Demanda l'ancienne professeur de métamorphose.

- C'est Lui-même qui parle de pacte, mais je n'en sais pas plus. Cependant, en recollant tout les morceaux, tout me porte à croire que ce pacte concernerait la sœur d'Ardwenna. Une sorte d'accord entre Ardwenna et Lui, peut-être la vie et la sécurité de sa sœur contre son engagement au sein des Mangemorts…

- Oui, vous avez probablement raison, acquiesça Albus. Ce ne peut être que cela. Hélas…

- Il y a autre chose qui m'interpelle, fit McGonagall. Pourquoi Vous-savez-qui a-t-Il décidé d'en faire la novice attitré de l'un de Ses fidèles, contrairement à Ses habitudes ? Et pourquoi vous a-t-Il choisi vous, Severus ?

Severus se sentait de plus en plus mal à l'aise et aurait préféré se cacher à six pieds sous terre, mais la terre ne semblait pas vouloir l'engloutir. Il devait donc faire face, une fois de plus… Comment leur annoncer cette nouvelle catastrophe ?

- Severus ? Insista le portrait de son défunt mentor, voyant le trouble du Maître des potions.

Sous ce regard perçant, Severus n'eut d'autre choix que d'obtempérer et de répondre. Il leur relata donc sa récente entrevue avec le Seigneur des Ténèbres, expliquant succinctement ses dernières avancées concernant les fameuses potions, et rapportant, presque mot pour mot, ce que ce dernier avait accepté de lui révéler au sujet de Ses projets. Il aurait voulu passer sous silence la dernière partie de cette rencontre, mais, devant l'insistance harassante de ces trois protagonistes, Severus céda et leur dit le fin mot de l'histoire.

- Complémentaires, selon Lui ? S'interrogea Albus, la lueur de malice et de vif intérêt refaisant surface au fond de ses iris bleu gris.

- Oui, complémentaires, fit Severus. C'est le mot qu'Il a employé. Je ne sais pas exactement ce qu'Il entend par là, bien que j'en aie une petite idée…

- Intéressant, conclut Albus.

- Mais, et ce rite pour le sang de la vierge ? Intervint McGonagall, ne faisant pas attention à l'air espiègle que venait de prendre Albus. Qu'est-ce que cela signifie ? En quoi consiste-t-il ? Quel est son but ?

Severus pâlit davantage encore. Minerva venait de pointer le doigt sur un sujet épineux, délicat, glissant, visqueux… Bref, sur un sujet à éviter… Mais il ne pouvait plus l'éviter justement. « L'art et la manière de mettre les pieds dans le plat et de foncer tête baissée… Typiquement Griffondor ! » Pensa Severus.

- Le rite du sang de la vierge… répéta-t-il, d'une voix blanche et lointaine. Je doute que vous vouliez réellement savoir.

- Si, justement. Je veux savoir.

- Comme vous voulez, répondit-il alors sèchement. Mais ne vous plaignez pas ensuite. Ce rite est un ancien rite barbare des Arts Sombres, de Magie Noire.

McGonagall nota dans un coin de son esprit, que le Maître des potions venait lui-même d'employer le terme de « Magie Noire », lui qui défendait souvent ardemment ce qu'il nommait Arts Sombres… Ce qui ne présageait, en soi, rien de bon. Mais elle se garda bien d'intervenir et le laissa poursuivre ses explications.

- Ce rite a pour but de… Mmh… comment dire… enfin, vous voyez… pendant ce rite, une jeune vierge est… enfin… Bref, vous comprenez.

L'air écoeuré et choqué des deux femmes lui apprirent qu'elles comprenaient parfaitement, où il voulait en venir.

- Pendant le rituel, du sang de la jeune vierge est prélevé, continua-t-il. Ce sang possèderait un pouvoir très peu connu et très recherché des adeptes. Il permettrait à un sorcier affaibli de récupérer sa pleine puissance, tant physique que magique. Il lui permettrait tout du moins d'accélérer cette récupération. C'est un rite long et dangereux, aussi bien pour la jeune femme que pour les deux maîtres de cérémonie.

- Les deux maîtres de cérémonie ? McGonagall, qui n'avait pas l'habitude de ce genre de rite, odieux et infâme à ses yeux, ne comprenait pas tout.

- Oui, deux maîtres de cérémonie. Celui qui… celui qui dépucelle la jeune femme, répondit Severus avec une moue de dégoût, et celui qui prêche les diverses incantations et qui récupérera ainsi tout ou partie de sa force d'antan.

- Autrement dit, vous et Vous-savez-qui, fit Pomfresh, réalisant enfin ce que venait d'expliquer Severus.

Ce dernier hocha piteusement la tête tout en la détournant, incapable de soutenir leurs regards plus longtemps.

- C'est un rite abject, conclut enfin McGonagall. Que comptez-vous faire ?

- Ai-je vraiment le choix ? Cracha Severus.

Il releva vivement les yeux et planta ses sombres obsidiennes dans les iris gris émeraude de l'animagus, la défiant de le contredire.

- Entendons-nous bien, fit-il d'un ton amer et hargneux, ce rite me répugne autant qu'à vous ou à elle. Mais réfléchissez un instant. Seriez-vous prêts à perdre votre espion, maintenant, alors que nous nous rapprochons, lentement mais sûrement, du but ? Je suis à deux doigts d'obtenir enfin son sang pour briser le serment de fidelitas des Horcruxes… Je suis à deux doigts de pouvoir enfin vous révéler leur cachette… Seriez-vous prêts à tout abandonner maintenant, simplement pour empêcher ce rite ?

Un lourd silence s'abattit. Puis Severus reprit, sa voix redevenant plus basse et lasse :

- Songez que, de toute façon, si ce n'est pas moi, ce sera un autre, plus violent, plus… immonde, plus abject, sans scrupule… Et nous aurions alors tout perdu, en vain. Ce serait Lui donner victoire trop vite. Je m'y refuse. Nous aurions trop à perdre… et elle aussi. Nous aurions fait tout ça pour rien…

Sa voix était sur le point de se briser, Severus préféra donc se taire. Oui, ils auraient fait tout ça pour rien, s'il abandonnait maintenant. De toute façon, il était allé tellement loin maintenant, alors un crime de plus ou de moins… En reviendrait-il un jour, comme il avait réussi à revenir à un semblant de lumière vingt ans plus tôt ? Certainement pas. Et pourrait-il encore se regarder dans un miroir après ça ? Probablement pas… Mais qu'importe, ses états d'âmes n'avaient pas de place dans cette guerre.

Et il en était de même pour Ardwenna. Elle était allée, elle aussi, tellement loin, pour probablement sauver sa sœur… Tellement loin, jusqu'à renier les préceptes de sa famille pour la sauver… Tous deux ne pouvaient plus reculer maintenant, ils devaient aller jusqu'au bout, coûte que coûte, et continuer malgré tout…

- Severus… Je ne vous juge pas… entendit-il dire soudain.

Minerva. C'était Minerva…

- Severus, je pense comprendre. C'est juste… le choc. Mais je ne vous juge pas. Personne ici présent ne vous juge. Vous faîtes ce que vous pouvez et ce que vous devez… Je ne me permettrais pas de vous juger, plus maintenant, pas après tout ce que nous avons traversé, pas après tout ce que je vous ai vu endurer…

Severus la regarda un instant dubitatif, indécis et incrédule… Avait-il bien entendu ? Oui, vraisemblablement oui… A en voir le regard qu'elle lui offrait, de même que le regard d'Albus et de Pomfresh… Ils le soutenaient, tous trois… Malgré les horreurs qu'il avait commises et qu'il allait devoir commettre, tous trois le soutenaient… Severus sentit comme un lourd poids le quitter subitement. La culpabilité et le remords continuaient de le ronger sournoisement, mais il sentait aussi la conviction d'un devoir à accomplir l'envahir à nouveau et lui redonner la force de continuer…

- Ainsi, ce rite permettra à Vous-savez-qui de regagner enfin toute Sa force et Sa puissance ? Reprit McGonagall, voulant rompre la chape de plomb, qui semblait tous les gagner après ce moment tendu.

- Toute, je ne sais pas, mais une bonne partie. Il avait déjà regagné quasiment tous Ses pouvoirs, comme je vous l'avais déjà dit à notre dernière entrevue. Mais Il restait encore affaibli et fatigué physiquement, Son corps charnel ne pouvait suivre l'énergie qu'Il dépensait chaque jour. Il est puissant, mais cette puissance nécessite aussi une bonne condition physique et une grande réserve d'énergie, ce dont Il manquait jusque-là. Il compte donc sur ce rite pour récupérer la force qu'Il avait par le passé. Cependant, je doute, et Lui aussi vraisemblablement, que cela suffise…

- Et qu'est-ce qui vous fait dire ça ? S'enquit Pomfresh.

- Simplement le fait, qu'Il semblait tout de même vivement intéressé, quand je Lui ai proposé de faire des recherches à ce sujet… Ce fameux prétexte pour obtenir un peu de Son sang…

- Oui, je vois, répondit McGonagall. Très bon prétexte, soit dit en passant.

Severus se permit un petit rictus narquois vis-à-vis de son ancienne collègue.

- Très Serpentard, répondit-il, sur le même ton.

McGonagall lui rendit alors son sourire, une lueur amusée animant son regard. Cependant, leur bref échange complice fut brutalement interrompu par Pomfresh qui s'exclama :

- Severus, arrêtez donc de bouger de la sorte, ou je risque de nouveau de provoquer une hémorragie…

- De nouveau ? S'inquiéta McGonagall, son regard reprenant un air dur et sévère.

- Oui, de nouveau. Quand je parlais d'hématomes tout à l'heure, je parlais aussi de celui provoqué par une petite hémorragie…

- Une petite hémorragie ? Insista l'animagus, observant tour à tour l'infirmière et son malade. Severus ?

Ce dernier se crispa et se renferma aussitôt dans sa coquille, telle une huître. Quand il arborait cet air là, McGonagall savait qu'il serait quasiment impossible de lui soutirer les informations voulues. Elle se tourna donc vers Pomfresh, pour avoir de plus amples renseignements.

- Oui, j'ai décelé une fragilité d'un petit vaisseau du foie. Il a dû se rompre il y a quelques jours. Il a été réparé vraisemblablement, mais assez maladroitement. Juste de quoi arrêter l'hémorragie qui avait commencé… et vous sauver la vie.

Severus se renfrogna davantage encore. Inutile de lui rappeler à qui il devait la vie… Mais la voix sèche et autoritaire de McGonagall interrompit le cours de ses réflexions maussades :

- Severus, est-ce suite au doloris ?

Celui-ci s'abstint de répondre et garda un air obtus et fermé. Ce qui conforta la directrice de Poudlard dans son analyse.

- Donc c'est suite au doloris, conclut-elle. Et qui vous a soigné ? Severus, répondez. Qui vous a soigné ? Qui vous a sauvé la vie ? Est-ce Ardwenna ? Ce ne peut être vous-même, vous n'aviez certainement pas la capacité de le faire dans votre état. Alors qui ? Qui, Severus ?

- Lui, répondit-il dans un souffle, en baissant la tête. Lui.

- Vous-savez-qui… répéta McGonagall, consternée.

Ce soir était placé sous le signe des révélations, vraisemblablement, et pas des plus banales : d'abord l'arrivée au sein des Mangemorts, et auprès de Severus, d'Ardwenna Lennard – Dumbledore, arrière petite-fille d'Abelforth, pour d'obscures raisons a priori dramatiques… Ensuite l'avancée considérable de Severus dans sa recherche pour les potions demandées par Vous-savez-qui, ces infâmes potions… et peut-être aussi dans sa recherche des Horcruxes… Et maintenant ça : Vous-savez-qui venait de sauver l'un de Ses Mangemorts. Et pas n'importe lequel… Celui qui L'espionnait pour l'Ordre !

McGonagall réalisa alors l'ampleur de la situation et du dilemme auquel Severus devait être confronté : il avait été sauvé par Vous-savez-qui, bien que ce soit également Lui qui ait été à l'origine de ce danger de mort… Severus avait, de ce fait, quelqu'en soient les circonstances, une dette de vie… Une dette de vie envers Vous-savez-qui…

- Severus, se risqua-t-elle. Severus, s'il vous plaît, regardez-moi.

Celui-ci leva les yeux, une lueur indéchiffrable dansant dans ses prunelles de jais.

- Severus, ces circonstances font que vous avez… commença-t-elle.

- Oui, je sais. J'ai, soi-disant selon les mœurs des sorciers, une dette de vie, la coupa-t-il, l'amertume et la rage transperçant dans sa voix. Mais ça ne change rien.

- Si, ça change beaucoup de choses, Severus, s'entêta McGonagall.

Les deux autres protagonistes préférèrent se taire, laissant faire l'animagus, qui semblait s'en tirer plutôt honorablement vu le sujet brûlant.

- Non, ça ne change rien. Je ne vous trahirai pas, si c'est ce que vous craigniez.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire. Mais vous devez certainement être partagé… Partagé entre votre loyauté envers Dumbledore et l'Ordre et cette dette de vie…

- Vous oubliez que j'ai également une dette de vie envers Potter… répliqua-t-il de plus en plus amer.

Quelle ironie, il avait dès lors une dette de vie vis-à-vis des deux personnes auxquelles il aurait préféré ne jamais avoir affaire… Ironie, sa vie aurait dû s'appeler ironie…

- Vous avez déjà réglé votre dette de vie envers Harry et James depuis bien longtemps, Severus, se permit d'objecter le portrait.

Mais Severus s'entêta :

- Non. Je ne l'ai pas encore payée, pas totalement. Nous pourrions en outre considérer en quelque sorte, que j'ai une dette envers vous, Albus.

- Severus… essaya de contester le vieil homme.

- Quant à la dette de vie envers le Seigneur des Ténèbres, continua Severus, faisant fi des tentatives de dénégations du portrait, j'estime Lui avoir donné bien plus cher encore que ma propre vie. Je ne Lui dois donc plus rien.

- Je suis heureux que vous le voyiez enfin ainsi, dit Albus, pourtant peiné pour le jeune homme.

La lueur de tristesse et de mélancolie, qui avait traversé furtivement le regard du Maître des potions à ses paroles, n'avait en effet échappé à personne.

- Severus, je sens que vous êtes troublé, plus troublé que ce que vous voulez nous faire croire. Je le sens, inutile de le nier, insista le vieil homme.

- Est-ce en relation avec Vous-savez-qui ? S'inquiéta McGonagall.

Severus se tut. Que pouvait-il leur répondre ? Que pouvait-il leur dire ? Ils ne pourraient pas comprendre, ils ne pourraient jamais comprendre. Lui-même avait parfois du mal à se comprendre…

- Severus, ne vous renfermez pas. Parlez-nous pour une fois, s'entêta McGonagall.

Mais elle se retrouva confrontée, comme toujours, à un mur de brique épais et infranchissable. La muraille de Severus était aussi imprenable que la plus robuste des forteresses. Même le plus puissant des béliers ou les plus violentes catapultes ne suffiraient pas à la percer…

Il restait obstinément fermé, laissant son esprit vagabonder parmi ses derniers souvenirs, souvenirs si dérangeants, si troublants…

- Vous ne comprendrez pas. Vous ne pouvez pas comprendre, affirma-t-il, d'un ton sans appel.

McGonagall comprit que cette bataille était perdue, une fois de plus. Elle observa un long moment son ancien collègue qui avait à cet instant un regard lointain, comme lorsqu'il était plongé dans ses songes, dont lui seul avait le secret.

Severus effectivement songeait, songeait à son dernier tête à tête avec le Seigneur des Ténèbres, la veille au soir, quand Il était venu le voir, à son chevet, pour vérifier que Son Maître des potions se rétablissait quelque peu…

Severus avait soudain senti une présence à ses côtés, une présence forte et puissante, à l'aura à la fois inquiétante et réconfortante, une aura qu'il ne connaissait que trop bien. Il venait de se réveiller, il y a quelques secondes à peine, mais n'avait toujours pas ouvert les yeux, et redoutait de le faire pour se retrouver confronté à ses orbes envoûtantes et dangereuses…

Que faisait-Il ici, à son chevet, dans sa chambre ? Jamais, Severus en était certain, Il n'avait pris la peine de visiter un de Ses fidèles en convalescence. Alors pourquoi était-Il ici, présentement ?

Mais Severus ne put s'attarder plus longuement sur ses interrogations, qu'une voix glaciale et sournoise susurra à son oreille :

- Je sais que tu es réveillé, mon petit Mangemort. Ouvre donc les yeux et regarde-moi, Severus.

Severus n'eut d'autre choix que d'obéir, son cœur se serrant et manquant un battement, quand il plongea dans les iris incandescents.

- Je suis content que mon Maître des potions se soit enfin réveillé, fit l'autre. Cela fait vingt-quatre heures que tu étais plongé dans un profond sommeil.

Alors, c'était pour ça ? C'était parce qu'Il avait eu peur de perdre Son « Maître des potions » ? Severus eut une pointe au cœur, douloureuse, étrangement douloureuse. Au fond de lui, son ego était touché et blessé… Il ne valait donc pas plus cher qu'un « Maître des potions » à Ses yeux ?

Il entendit soudain un ricanement sifflant. Le Seigneur des Ténèbres riait. Il riait… d'un rire grave et chantant, un rire qu'il avait connu, il y a si longtemps… Depuis combien de temps n'avait-il pas entendu ce rire, le rire qui l'avait en quelque sorte charmé lors de leur première rencontre ?

- Non, tu vaux plus cher qu'un simple « Maître des potions », Severus, répondit enfin le Lord Noir, une fois calmé. Ne serait-ce que parce que tu es le meilleur que j'ai connu.

« Par Merlin ! Il m'a entendu, je suis perdu… », pensa Severus, tout en redressant illico presto ses barrières mentales, qu'il avait momentanément baissées inconsciemment.

- Oui, je t'ai entendu, mais tu n'es pas perdu. Pas cette fois-là… Bien que je te prévienne de suite, je ne tolérerais effectivement plus ce genre de pensées ou de propos à l'avenir. Mais aujourd'hui, tu es pardonné.

Severus était sidéré, et ne savait plus comment réagir. Il ne savait plus quoi dire, ni que faire. Il connaissait cet homme, il le connaissait pour l'avoir admiré et avoir été fasciné par lui il y a longtemps, c'était cet homme qu'il avait voulu suivre. Cette aura de puissance et de force, cette désinvolture, cette rage aussi de vouloir retrouver une place digne de ce nom parmi ses paires, cette prestance… Oui, cet homme-là le fascinait. Cet homme-là qui avait su le voir lui, petit Severus Snape perdu dans un monde qui ne voulait pas de lui… qui avait su le comprendre…

Cet homme l'avait accueilli, et l'avait en quelque sorte formé. Il avait suivi cet homme-là et aurait été prêt à le défendre corps et âme… avant qu'il ne devienne un monstre. Avant qu'il ne se transforme en ce qu'il était devenu aujourd'hui. Peut-être avait-il toujours été ce monstre, se dit soudain Severus dans un éclair de lucidité. Peut-être, certainement même… Mais à cette époque, Severus ne l'avait pas vu ainsi, n'avait pas voulu le voir. Il n'avait vu que cet homme fascinant. Cet homme qui lui donnait tant et lui promettait tant… Et là, à l'instant, Severus venait de le retrouver, de retrouver cet homme si cher à son cœur meurtri…

Non, se morigéna-t-il intérieurement, cet homme était mort, définitivement mort, il y a longtemps, très longtemps. Il était déjà mourrant quand tu l'as connu, et maintenant il n'existe plus. Ou quasiment plus… Ce n'est qu'un mirage qui va bien vite s'effacer…

Le Maître des potions se souvint brusquement, dans quelle position il se trouvait devant le Lord Noir : en sous-vêtement sous ses draps fins, allongé dans son lit. Il voulut alors se lever, pour regagner un minimum de dignité, malgré les hurlements de ses muscles crispés, mais une main ferme et froide sur son épaule l'en empêcha. Severus ne put réprimer un frisson de le parcourir.

Frisson que l'homme à ses côtés dut percevoir.

- Pourquoi frissonnes-tu ? S'enquit le Lord Noir, d'un air faussement inquiet. Aurais-tu froid ? Ou peur peut-être ?

Severus ne répondit pas, ses yeux parlant pour lui. Oui, il avait peur. Il n'avait pas l'habitude d'un tel comportement, encore moins venant de Lui. Qu'est-ce que cela pouvait-il bien cacher ?

- Tu n'as pas à avoir peur, mon ami.

« Comme ce nom sonne faux, prononcé par Lui », pensa Severus.

- Je suis là pour vérifier, que tu te remettes quelque peu, continua l'autre. Tu m'es très précieux, Severus. Cela me déplairait de te perdre. D'habitude, tu es plus résistant aux doloris, mais cette fois-ci il y a eu un petit… incident.

- Un petit incident ? Se permit de demander Severus, ne se rappelant pas ce qui avait bien pu se passer après les doloris.

La seule chose dont il se souvenait était d'avoir perdu connaissance, après avoir entendu la supplique de la jeune femme. Jeune femme qu'il aurait bien étripée de ses mains, à cette heure-là, puisqu'elle était la principale cause de tous ses maux présents, physiques ou psychiques d'ailleurs.

- Oui, un petit incident, répondit le Lord Noir. Tu as eu une petite hémorragie et tu as perdu connaissance. Tu as bien failli y rester.

Severus en resta cois et laissa le Seigneur des Ténèbres poursuivre d'une voix doucereuse :

- J'ai dû intervenir et faire appel à la vieille magie des Arts Sombres, que tu apprécies tant, pour te soigner.

Severus fut stupéfait de cette révélation. Le Seigneur des Ténèbres l'avait soigné en personne, et lui avait vraisemblablement sauvé la vie… Bon, soit, c'était aussi Lui qui l'avait mise en danger. Mais ce n'était pas dans les habitudes du Seigneur des Ténèbres d'intervenir de la sorte. Et si un de Ses Mangemorts venait à décéder suite à une punition un peu trop forte, tant pis… Dommage, mais tant pis… Bien entendu, les potions que Severus devait créer avaient dû y être pour beaucoup dans cette « intervention »… Mais peut-être y avait-il également autre chose ? Peut-être s'agissait-il de cette fameuse complémentarité avec Ardwenna, dont Il lui avait alors parlée, et qui avait l'air de revêtir une importance considérable pour Lui… Oui, certainement…

- Tu es apparemment hors de danger, mais tu n'es pas encore apte à te lever. Demain peut-être…

Severus ne savait plus que penser, son esprit était embrouillé… Pourquoi ? Pourquoi avait-Il fait ça ? Ne pouvait-Il pas le laisser mourir ?

Soudain, Severus réalisa. Le Seigneur des Ténèbres l'avait sauvé, Il lui avait sauvé la vie. Severus avait donc maintenant une dette de vie envers Lui. Enfer et damnation… Oui, il était maudit. Maudit, vous dis-je… Qu'allait-il faire dès lors ? Que pouvait-on faire dans de telles situations ? Car oui, comment faire pour trahir et chercher à tuer l'homme, ou le monstre, envers lequel vous avez une dette de vie ? Impossible… Tout bonnement impossible…

Mais il ne pouvait non plus trahir l'Ordre, il ne pouvait non plus trahir Albus. Il avait aussi en quelque sorte une dette de vie envers Albus… Et envers Potter... Malédiction ! Il se retrouvait dans une réelle impasse…

- Pourquoi ? S'entendit-il demander au Lord Noir.

- Pourquoi ? Pourquoi quoi ? Pourquoi t'ai-je sauvé ? Pourquoi toi et pas un autre ? Pourquoi ai-je daigné intervenir ? Pourquoi t'ai-je choisi toi ? Bonne question. Oui, je pense que tu as le droit de savoir. En partie du moins. Et bien, sache que j'ai décidé de te sauver cette fois-là, parce que tu es spécial, Severus. Je l'ai senti, dès la première fois que nous nous sommes rencontrés. Au-delà de ton intelligence, ou de tes talents en potions et en Arts Sombres, tu es spécial. Je le sens dans ton aura, dans ton fluide magique.

- Spécial ?

Severus avait peur. Il sentait la terreur sourdre insidieusement au fond de lui. Que lui voulait donc le Seigneur des Ténèbres ? Qu'avait-Il découvert à son sujet ? L'aggelomencie ? Ou peut-être le Lord Noir connaissait-Il l'héritage des Princes, alors que Severus lui-même ne savait toujours pas ce dont il s'agissait ? Ou peut-être encore avait-Il tout simplement découvert sa traîtrise ?

- Oui, spécial. Je ne saurais dire encore pourquoi, malgré toutes ses années à t'observer et à te côtoyer. Mais tu es spécial. Déjà à notre premier regard, tu m'as plu. Ton côté rebelle et sauvage, de bête effarouchée difficile à dompter et à maîtriser. Je n'ai d'ailleurs jamais tout à fait réussi à te dompter. Tu es en fait ma plus belle réussite et mon plus grand échec.

Severus écoutait, à la fois soulagé, effrayé et subjugué malgré lui. Oui, lui aussi avait senti à leur premier regard, que leur relation serait… spéciale. Douloureuse, mais spéciale…

- Je ne suis jamais parvenu à savoir ce que tu penses vraiment, même encore maintenant. Car je sais que tu me caches des choses, tu es si secret. Quand je fouille dans ton esprit, je sais que tu te fermes à moi et que tu ne me montres que ce que tu souhaites. Je ne t'ai jamais fait totalement confiance en partie à cause de ça. Mais en même temps, j'aime ce côté-là chez toi. Ainsi que ton côté à la limite de l'insolence à mon égard.

Severus ne put soutenir ce regard plus longtemps. Ainsi Il savait, Il savait qu'il Lui cachait des choses, mais apparemment Il ne savait pas quoi… Albus avait vu juste, quand il avait dit à Severus qu'il était un des meilleurs occlumens, meilleur en tout cas que le Lord Noir n'était legilimens… Mais c'était aussi un jeu dangereux et à double tranchant…

- Regarde-moi, Severussss, fit le Seigneur des Ténèbres, voyant le Maître des potions détourner les yeux. Regarde-moi, quand je te parle.

Ce dernier obtempéra, à contre-cœur.

- Oui, je sais que tu te caches à moi. J'ose espérer, que ce n'est que ton passé que tu me caches, et rien de plus… fâcheux… Tu m'es si précieux, Severusss, je ne voudrais pas te perdre. Pas maintenant que tout est en place pour mon projet. J'ose espérer, que tu m'es vraiment fidèle, mon petit Mangemort. Toi, le plus brillant d'entre tous… J'ai besoin de toi et de tes talents, de tes… prédispositions. C'est pour cela que je t'ai sauvé… Mais je tenais aussi à ce que tu saches, que je ne tolérerais pas d'être déçu. Tu m'entends ? J'attends beaucoup de toi, et je compte bien l'obtenir, quelqu'en soit le prix…

Sur ces dernières paroles, peu engageantes pour Severus, le Seigneurs des Ténèbres se leva, prêt à quitter la chambre. Arrivé sur le seuil de la pièce, Il se retourna une dernière fois vers Son Maître des potions, encore abasourdi par cet étrange échange, ou plutôt par cet étrange monologue, et lui dit, d'une voix faussement mielleuse :

- Repose-toi, Severus, car bientôt mon œuvre va s'épanouir et tu en seras un acteur clé. Repose-toi, mon petit Mangemort et reviens-moi vite !

Cette dernière phrase sonna bizarrement aux oreilles de Severus. « Reviens-moi vite ». Paroles si ambiguës, si troublantes…

Non, finalement, l'homme qu'il avait chéri presque aveuglement dans sa jeunesse était bien mort… Et Severus ne reviendrait pas vers ce que cet homme était devenu. Il s'en était détaché difficilement et cruellement, mais il ne reviendrait pas. Il ne Lui devait plus rien. En fait, à bien y réfléchir, il ne Lui avait jamais rien dû, mais, dans son esprit juvénile et immature, il avait cru Lui être redevable de la maigre reconnaissance, qu'Il lui avait fait miroiter. Mais non, il ne Lui devait rien… Au contraire…

Le Seigneur des Ténèbres lui avait tout prix, tout. Sa jeunesse, ses sentiments, son cœur, son humanité et son âme. Alors soit, Il venait aussi de lui sauver la vie, mais c'était en fait pour mieux la lui prendre d'une autre façon, pour se servir de lui, encore et toujours, simplement parce qu'Il avait besoin de lui, parce que Severus pouvait Lui donner ce dont Il désirait tant… Il ne savait pas encore vraiment ce dont il s'agissait, même s'il avait de sérieux doutes, mais il n'en avait que faire.

Severus réalisa alors, que, non, il n'avait décidément pas de dette de vie envers celui qui se nommait le Seigneur des Ténèbres, car il Lui avait déjà donné bien plus que sa propre vie. Son âme, tel un Faust des temps modernes…

- Vous ne pouvez pas comprendre, répéta Severus aux deux femmes auprès de lui, revenant difficilement à la réalité.

- Peut-être, que si vous nous expliquiez… tenta McGonagall.

- Vous expliquez quoi ? Que, lorsque j'ai compris qu'Il m'avait sauvé, j'ai cru l'espace d'un instant L'avoir retrouvé, qu'un instant j'ai cru qu'Il était enfin de retour ?

- Avoir retrouvé qui, Severus ? Qui était donc de retour ? S'enquit l'animagus, confondue.

- Mais Lui, Lui, murmura Severus, encore à moitié perdu dans ses songes, réalisant à peine ce qu'il disait. Pourquoi croyez-vous donc que je L'ai suivi autrefois ? Cet homme me fascinait, Il était si… si… troublant. Il était alors comme une promesse pour moi, la promesse d'un meilleur avenir, d'un monde qui m'accepterait enfin… Je L'admirais en quelque sorte et je L'ai suivi, corps et âme. Je n'ai réalisé que trop tard mon erreur, quand je L'ai vu changé, peu à peu, pour devenir ce que nous connaissons aujourd'hui. Vous allez me dire, qu'Il a en fait toujours été ainsi… Peut-être bien pour vous, mais pas pour moi, je ne Le voyais pas comme ça alors. Et hier, quelques instants, quand Il est venu auprès de moi, j'ai cru L'avoir retrouvé. Et j'étais alors comme le papillon attirer par cette éblouissante lumière, quitte à s'y brûler les ailes…

- Mais la lumière s'est éteinte, avant que vous ne puissiez l'atteindre, conclut Albus, sentant le trouble de celui qu'il considérait comme son propre fils.

- Oui, encore une fois, répondit le Maître des potions, en un soupir.

- Je ne vous aurais jamais comparé à un papillon, pour ma part, intervint McGonagall, profondément bouleversée par ce qu'elle venait d'entendre de la part du jeune homme en face d'elle, mais voulant dissoudre l'atmosphère étouffante qui menaçait de s'installer.

Severus la regarda alors incrédule. Incrédule, réalisant soudain qu'il venait de se livrer comme jamais il ne l'avait fait auparavant, sauf avec Albus… certainement le contrecoup des doloris... Et incrédule également de la réaction de son ancienne collègue. Lorsqu'il avait compris ce qu'il venait de dire, et à qui, à savoir deux ferventes partisantes du secteur « bien-pensants », et donc les moins à même de comprendre ces dérangeants sentiments, il s'était attendu à des hauts cris, à des récriminations et à des remontrances, éventuellement même à perdre la confiance qu'elles lui avaient difficilement accordée. Mais non, aucun cri, aucun reproche, aucun jugement même. Ni dans leurs paroles, ni dans leurs regards… Et Severus en fut étrangement soulagé.

- Je vous aurais plutôt comparé à… je ne sais pas… à une montagne peut-être.

Severus regarda l'animagus comme si celle-ci devenait folle et avait perdu la tête. Ce qui était peut-être le cas, vu les innombrables révélations choquantes qu'il avait apportées dans une même soirée.

- Oui, une montagne… renchérit Pomfresh avec un sourire malicieux. Aussi solide que fragile, aussi immuable que changeant, aussi sage que capricieux, aussi…

- Aussi robuste et dure que vulnérable et sensible, continua McGonagall sur le même jeu, et si secret et si impénétrable… Mais fidèle et fiable, toujours là quand on a besoin de lui.

- Digne de confiance, et loyal à sa parole et à son honneur, conclut Albus.

Severus en resta bouche bée. A quoi jouaient-ils donc tous trois ? Quel verracrasse les avait donc piqués ?

- Tenez. Buvez ça, ordonna Pomfresh, profitant de l'état quelque peu hagard de Severus pour lui faire boire ses remèdes.

Il but ainsi trois potions, et se retourna brusquement vers l'infirmière, quand il reconnut le contenu de la troisième, mais trop tard… Il l'avait bu.

- De la potion de sommeil sans rêve, murmura-t-il. Traîtresse, fit-il, avec une pointe de reproche mêlée à une once de remerciement, à l'attention de la fautive.

Celle-ci lui répondit alors par un simple sourire, avant qu'il ne sombre peu à peu dans les brumes du sommeil.

- Bonne nuit, Severus, entendit-il toutefois, tandis qu'il se laissait totalement emporter dans les bras de Morphée.

Fin du Chapitre 46.