Enfin, tout est réglé, nouvel ordi paré, pour reprendre mon rythme de publication normale. Merci à tous ppour toutes vos reviews et pour votre patience. J'espère que ce nouveau chapitre sera à la hauteur de vos espérances.

Pour ceux qui espéraient désespérément la violation du coffre de Gringotts des Prince, ce ne sera pas encore ce coup-ci, mais seulement pour le prochain chapitre... En attendant voici un aperçu des enseignements de Severus... Histoire de vous donner une idée et de ovus faire voir sa vision des Arts Sombres... Par contre pour Valâa, il faudra encore un peu attendre...

Bon allez je ne vais tergiverser trente six ans, et vous laisse lire tranquille! Bonne lecture!

CHAPITRE 49 : Découverte des Arts Sombres.

Severus lisait la Gazette des sorciers, qu'Arthur Weasley lui avait prêtée ce matin. L'article en première page faisait un bilan catastrophique des dernières attaques des Mangemorts. Il faut dire qu'en quinze jours à peine, les attaques s'étaient multipliées à grande vitesse. Certes, cela n'était pas une surprise, l'Ordre avait été prévenu plusieurs semaines à l'avance, ainsi que les gouvernements ministériels, bien que ceux-ci n'aient écouté ces avertissements que d'une oreille distraite.

Mais les Mangemorts avaient réalisé un véritable coup de maître, ne laissant quasiment aucune chance de réplique à leurs opposants, ou les contraignant à faire des choix cornéliens, où ces derniers seraient de toute façon perdants. Ils avaient ainsi frappé avec force plusieurs structures clé, du côté sorcier comme du côté moldu, et dans plusieurs pays, quasiment de façon synchronisée. Les Ministères de la Magie à Londres, à Paris, à Moscou, à New-York et à San Francisco avaient été attaqués tous les cinq en même temps, ne permettant donc pas aux Aurors de venir prêter mains fortes à leurs homologues étrangers, ayant déjà bien trop à faire pour protéger leur propre Ministre.

En parallèle, les attentats dans le monde moldu s'étaient brusquement intensifiés, créant une atmosphère de tension et de peur sans précédent, et la méfiance était dorénavant de mise, que ce soit entre les nations ou entre les ethnies de religions différentes, chacun se regardant en chien de fusil et accusant l'autre d'être l'auteur de ces tueries… Bien évidemment, ces attentats étaient en fait magistralement orchestrés par Voldemort, qui avait réussi à conclure des accords avec certains terroristes de renom…

Quelques jours plus tard, était venu le tour des grands journaux, telle la Gazette du sorcier, et des grands hôpitaux comme Sainte Mangouste. Sans compter les attaques de quartiers réputés et particulièrement fréquentés des grandes villes sorcières, à des heures de grande affluence, qui ponctuaient désormais le quotidien de chaque citoyen. La terreur avait étendu son emprise partout, séquestrant chaque sorcier et chaque moldu chez lui, instaurant un climat d'insécurité déstabilisante et tétanisante…

L'Ordre, dans toute cette cacophonie, avait essayé d'apporter au mieux son aide, mais ses forces étaient encore bien maigres pour pouvoir faire face efficacement à une telle organisation. Le plan de Voldemort s'avérait réellement machiavélique. Au lieu de se contenter de Ses propres sbires et de Ses alliances, Il avait également joué avec les brigands et les hauts délinquants, leur donnant carte blanche. Ainsi, pendant que ces derniers attaquaient au gré de leurs envies le bas peuple et semaient la terreur dans les rues, Voldemort et Ses Mangemorts pouvaient concentrer leur force sur les structures gouvernementales et sur les objectifs majeurs… Si le contexte avait été tout autre, Severus en serait resté admiratif. Son esprit de stratège et de tacticien ne pouvait qu'applaudir une telle performance, bien que, en quelque sorte, il y fût également pour quelque chose, bien malgré lui…

En effet, il devait jouer son rôle, jusqu'au bout, et avait dû contribuer à échafauder ces plans diaboliques… Tout en espérant secrètement, que les informations fournies à l'Ordre permettraient d'endiguer cette rafale sanglante... Mais apparemment en vain.

L'article de la Gazette dressait ainsi un tableau des plus déplorables et mélodramatiques. Le nombre de morts était assez conséquent, malgré les actions mises en place pour parer ces attaques. Les civils étaient bien entendu les plus touchés, puisque les défenses avaient été essentiellement concentrées ailleurs, sur les organisations indispensables au fonctionnement du pays. Le peuple, comme toujours, avait été sacrifié, ne servant plus que de chair à canon…

Cette fin avril était placée sous le sceau du sang et de la mort. Et Voldemort jubilait littéralement. Il venait enfin d'obtenir des résultats satisfaisants, après tant de mois d'acharnement… Bien sûr, la réussite n'était pas totale. Il n'avait pas obtenu autant qu'Il l'aurait espéré. Car, outre sa montée au pouvoir, Il désirait ardemment la destruction de son pire ennemi, la pire menace à Son règne imminent, à savoir Harry Potter, alias le Survivant. Ne pouvant l'atteindre directement dans un premier temps, Il avait décidé de s'en prendre à ses proches, dont ses deux plus fidèles amis et leur famille. Le Terrier et la demeure des Granger n'avaient donc pas été épargnés dans cette débauche de violence.

Mais, au plus grand désarroi de Voldemort, Ses Mangemorts n'y avaient rien trouvé. Tout était vide, désespérément vide, leurs occupants s'étant apparemment réfugiés ailleurs… L'Ordre étant effectivement au courant depuis longtemps des projets de vengeance de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, grâce à son célèbre espion, avait tout de suite mis les cibles en sécurité. Hermione Granger et la famille Weasley au grand complet avaient ainsi trouvé refuge, depuis de longs mois déjà, au quartier général de l'Ordre, ou au Ministère pour le réfractaire qu'était Percy, tandis que les parents Granger avaient été exilés, après moult discussions animées avec eux, en Amérique, où le climat était légèrement plus clément pour eux…

Voldemort était alors entré dans une rage folle. Et seules les réussites conséquentes du reste de Son plan avaient permis à Ses fidèles serviteurs d'échapper à une douloureuse récompense… Quelque part, égoïstement, Severus s'en sentait soulagé. Tristement soulagé. Il n'aurait certainement pas supporté une autre séance de doloris. Son corps peinait encore à récupérer de la dernière fois, il le sentait, il le sentait au fond de lui… Et malgré le fait que ce providentiel salut soit dû à un grand nombre de morts, il ne pouvait s'empêcher de se sentir soulagé… bien qu'un peu coupable…

Etrangement, la Gazette du sorcier ne parlait en aucune façon de ces deux échecs pour Vous-savez-qui… Le suppôt des Mangemorts, qui avait infiltré le journal, semblait enfin faire son travail, en orientant l'information selon les intérêts de son Maître… Ce qui compliquait grandement la tâche de l'Ordre, celui-ci n'étant pas encore parvenu à contrer cette menace secondaire. La désinformation faisait un travail remarquable au sein de la population, qui se retournait progressivement, non pas vers le principal fautif de tous ses maux, mais vers le Ministère et ses alliés qui semblaient se révéler hautement incapables de la protéger.

Peu à peu, l'opinion publique tournait en faveur de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom : et si finalement ce qu'Il proposait était la meilleure solution ? Et si finalement Il avait raison et pouvait offrir mieux que les autorités en place ? Cet état d'esprit était alors des plus propices pour gonfler les rangs des Mangemorts, amenant de nouvelles recrues, jusqu'alors timorées et hésitantes, ou tout du moins assurant de nouveaux sympathisants.

Severus était quelque peu perplexe en finissant de lire l'article. La situation commençait sérieusement à roussir pour l'Ordre et les autres mouvements de résistance alliés. Il leur fallait trouver rapidement un moyen de renverser la situation, tout du moins de mieux équilibrer les forces. Et dans un premier temps, il fallait redonner confiance à la population… Ce qui n'était pas gagné d'avance, au vu de la politique de l'autruche que le Ministère avait choisie…

Non, décidément, leur seule chance était de détruire le plus rapidement possible les Horcruxes, afin de donner le coup fatal à Vol… au Seigneur des Ténèbres. Heureusement, Severus pensait pouvoir bientôt obtenir un peu de sang de ce dernier… Grâce à un stratagème de son cru… Et alors, tout devrait considérablement s'accélérer. Il leur fallait juste encore un peu de patience, et un peu de temps. « Si tant est qu'on veuille bien leur en laisser, du temps…, pensa-t-il. »

- Severus, fit Sirius, déboulant comme un chien fou dans la cuisine et sortant brutalement le Maître des potions de ses sombres réflexions, alors qu'est-ce que tu fais ? On t'attend depuis dix minutes.

- Oui, j'arrive, maugréa l'interpellé, tout en se levant d'un mouvement souple et presque félin pour le rejoindre.

- Allez, viens. J'ai hâte qu'on poursuive ce que tu avais débuté la dernière fois. C'était vraiment une bonne idée.

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- Expelliarmus, rugit une voix déterminée.

- Accio baguette, répliqua un autre, récupérant ainsi la baguette de son partenaire qui venait de s'envoler.

- Locomotor Mortis, fit la première voix.

- Protego, répondit une troisième.

Dans la nouvelle salle d'entraînement du premier étage, les sortilèges fusaient de toute part, dans une étrange chorégraphie, où deux groupes de cinq personnes s'affrontaient, devant les yeux critiques de trois autres protagonistes installés au fond de la salle. Les deux clans se faisaient face dans un décor artificiel, créé spécialement pour l'occasion, imitant à la perfection une clairière boisée.

- Conjunctiva, lança la plus jeune des combattants, à savoir la dernière des Weasley.

Elle combattait avec ténacité auprès de Potter, de son frère Ron, de Tonks et de Mixiel. Mais le sort qu'elle avait lancé fut évité de justesse par son adversaire.

- Incarcerem, répliqua ce dernier, reprenant rapidement position après son esquive. Il s'agissait d'un des jumeaux Weasley, dont Severus, de là où il observait l'affrontement, ne pouvait déterminer l'identité avec exactitude…

Les jumeaux Weasley étaient si inséparables, et si complémentaires, que Severus avait préféré les laisser ensemble, accompagnés de la jeune Granger, de Nayasta et de Nuwan.

- Inpedimenta, fit Mixiel, vers son adversaire, l'autre jumeau, qui fut provisoirement neutralisé. Ce qui lui permit de venir promptement à la rescousse de la jeune rouquine et de la libérer de ses liens magiques.

- Immobulus, entendit-il malheureusement derrière lui, sans avoir le temps de réagir.

Nuwan venait de le surprendre et l'avait immobilisé sans peine, sans qu'il ait pu répliquer ou esquiver. Heureusement, Ginny vint à son tour à son aide et le libéra du sortilège. Tous deux se mirent alors aussitôt dos à dos pour couvrir leurs arrières et reprirent le combat acharné.

De son côté, Potter était aux prises avec Granger et Nayasta, cette dernière attaquant le jeune homme, tandis que Granger les protégeait toutes deux. Mais cette embuscade n'échappa pas à l'œil entraîné de Tonks, qui, ayant provisoirement neutralisé son adversaire, vint soutenir Potter :

- Attaque Granger, pendant que je m'occupe de Nayasta, lui intima-t-elle. Lanceflèche, enchaîna-t-elle sans plus attendre.

Le sortilège frôla de près sa sœur, qui riposta rapidement :

- Lashlabask.

- Stupefix, fit Hermione, tentant de se défendre contre Potter.

- Petrificare, rétorqua-t-il, sans qu'aucun de leur sortilège ne les toucha l'un ou l'autre.

Le combat dura ainsi quelques minutes supplémentaires, tous s'essoufflant, lançant sortilèges sur sortilèges, esquivant, parant, neutralisant, se protégeant, formant des couples plus ou moins bien synchronisés, le tout dans un ballet infernal, l'un des plus magistraux qu'ils n'aient jamais dansé. Ils étaient tous hors d'haleine, et peinaient de plus en plus à contrer leurs adversaires. Les maléfices, qui jusque-là manquaient leur cible ou étaient assez facilement évités, touchaient de plus en plus souvent au but.

Severus en avait vu assez. Il savait maintenant avec exactitude les aptitudes et faiblesses de chacun, les meilleures combinaisons possibles entre eux… et celles à éviter… Et à vrai dire, il y avait du travail. Même ceux à qui il aurait accordé certaines compétences, dont Tonks, pourtant Auror non manchote, avaient de nombreux points faibles auxquels il fallait remédier de toute urgence.

- Assez, rugit-il, pour couvrir de sa voix le vacarme du combat.

Et, pour appuyer ses paroles et attirer l'attention, il mit fin au sortilège de métamorphose de la salle, faisant ainsi s'évaporer le magnifique décor qu'ils avaient créé.

- Fin du combat, ajouta-t-il moins fort, quand tous les yeux se tournèrent vers lui. J'ai vu ce que j'avais à voir.

Tous abaissèrent alors leur baguette, avec un air de soulagement intense non dissimulé. Ce court affrontement les avait plus que fatigués… Même Tonks, bien qu'habituée aux lourds entraînements des Aurors, était plutôt essoufflée. Mais aucun ne s'en plaignait non plus. Ces entraînements, bien qu'intenses, étaient aussi passionnants, comme jamais ils n'avaient été.

« Sirius et Rémus avaient vu juste, pensa Harry intérieurement, tandis que Severus les scrutait de son regard perçant. Snape sait vraiment s'y prendre pour de tels entraînements. Il s'y connaît comme personne… »

- Il y a un léger mieux par rapport à la dernière fois, reprit Severus. Vous semblez enfin avoir compris, ce que signifie travail d'équipe. Maintenant nous allons travailler sur vos points faibles et peaufiner les compétences de chacun. Commençons par vous, Potter.

Harry réprima difficilement un soupir. Pourquoi devait-on toujours commencer par lui ? M'enfin, puisque tout le monde allait y passer.

- Oui, Potter, on commence toujours par vous, parce que vous êtes, il me semble, le premier concerné, répondit Severus, ayant perçu sans peine les pensées du jeune homme, et avant que ce dernier ne riposte insolemment, il enchaîna. Donc, pour commencer par vous, Potter, vous avez plusieurs points à travailler. Vos atouts… oui, ne prenez pas cet air surpris, je ne suis pas si mesquin au point de ne pas voir vos atouts…, ajouta-t-il vivement, excédé de cet air incrédule qu'il voyait maintenant sur le visage du Griffondor… et sur le visage de tous ceux présents en fait.

Il soupira lourdement. « Sont-ils si idiots pour croire que je ne vois que les défauts des autres ? Ce n'est pas, parce que je ne m'étale jamais sur les bons points, que je ne vois que les mauvais… », fulmina-t-il dans son for intérieur. Puis il inspira profondément, avant de reprendre d'un ton ferme:

- Vos atouts, Potter, sont votre puissance magique, votre intuitivité, vos réflexes rapides et votre… ingéniosité imaginative. Et arrêtez de prendre cet air crétin, ou je retire ce que je viens de dire. Vous allez donc devoir parfaire au maximum ces quatre points, les travailler pour les aiguiser au mieux. Vous ne devez surtout pas vous reposer sur vos acquis. Rémus, Sirius, vous verrez comment travailler ces… atouts, fit-il à l'adresse de ses deux acolytes.

Il marqua une courte pause, toujours observant attentivement le jeune homme. Celui-ci restait étrangement silencieux devant lui, encore estomaqué de ce qu'il venait d'entendre. Son ancien professeur honni venait de lui faire un compliment, sans y avoir été contraint par la force ou par l'imperium… Il commençait déjà à se perdre dans ses pensées, quand la voix grave et basse, presque murmurante de Snape le fit redescendre sur terre :

- Vos points faibles par contre sont votre incapacité à fermer votre esprit. Non, ne répliquez pas. Laissez-moi donc finir, pour une fois… Oui, effectivement, on en revient toujours au même point. Il n'y a qu'à voir quand vous combattez contre Nuwan, qui est legilimens, vous ne parvenez jamais à la toucher, comme si elle devançait chacune de vos attaques. Je suis sûr qu'elle peut lire en vous comme dans un livre, est ce que je me trompe ? S'enquit-il en se tournant vers sa fille.

Celle-ci prit une formidable teinte rouge brique, confuse d'avoir été si facilement prise en flagrant délit. Oui, elle utilisait la legilimencie. Elle savait pertinemment bien, que ce n'était pas très orthodoxe, mais c'était son seul réel atout, elle qui peinait dans de tels combats… Mais devant le regard insistant de son père, elle ne put qu'acquiescer en baissant la tête.

- Il n'y a pas à en avoir honte, répliqua-t-il alors, avec un sourire narquois, voyant la gêne de Nuwan. C'est ton atout majeur, tu aurais tort de ne pas t'en servir…

Puis, il reporta son attention sur Potter.

- Vous voyez, jeune homme. Tout legilimens est capable de lire en vous, il va donc falloir travailler avec acharnement ce point, si vous souhaitez avoir une quelconque chance. Votre autre point faible le plus important, et des plus gênants, est votre hésitation constante à attaquer, à lancer de véritables attaques, entendons-nous bien. Il y a un léger progrès, mais cela est loin d'être suffisant. Donc vous concernant, je propose que vous travailliez l'occlumencie avec Nuwan et Mixiel. Je pense que sur ce point vous ne me contredirez pas, fit-il avec un rictus crispé.

Harry comprit parfaitement l'allusion de Snape. Et pour être honnête, il ne pouvait effectivement le contredire. Mieux valait, pour eux deux, qu'ils ne renouvellent pas cette douloureuse expérience des cours d'occlumencie de cinquième année. Du moins, pour le moment.

- Quant à votre incapacité à attaquer, je m'en chargerai personnellement.

Harry releva alors brusquement la tête, visiblement décontenancé, et aussi quelque peu anxieux. Surtout que le soudain rictus moqueur de Snape n'était en rien engageant…

- Mais… tenta-t-il d'objecter.

- Non, Potter. Voulez-vous, oui ou non, progresser ?

- Oui.

- Oui, quoi ? Insista Severus, les yeux flambant de défi.

- Oui, je veux progresser, répondit Harry, tout en fixant Snape droit dans les yeux, en courageux Griffondor qu'il était.

- Donc, vous serez d'accord avec moi sur ce point, je suppose.

- Severus a raison, Harry, appuya Rémus. Tu n'as jamais fait autant de progrès que depuis le début de ces entraînements avec lui.

- Et si cela peut vous rassurer, nous ne serons pas seuls dans la même pièce… ajouta-t-il hargneusement, de plus en plus furieux de cette attitude de méfiance constante que le jeune homme avait toujours envers lui. Nous nous entraînerons en même temps que les autres, ici même, nous serons juste isolés par une bulle anti-sortilège, et tous pourront nous voir…

- Oui, et je serai là, renchérit Sirius.

Severus fusilla Black, mais ne riposta rien. C'était dans leur accord qu'ils avaient passé il y a quinze jours, quand Severus leur avait fait part de ses premières conclusions et de ses éventuels projets.

- Mmf… grogna-t-il simplement, comme toute réponse, pendant que Potter hochait la tête en signe d'assentiment.

Puis il continua, passant au crible chacun des protagonistes, sans la moindre once de pitié.

Les jumeaux Weasley se montraient ingénieux et assez vifs. L'un était très incisif dans ses sortilèges, tandis que l'autre excellait en défense. Il formait donc, comme l'on pouvait s'y attendre, un duo parfait. Mais il fallait qu'ils apprennent aussi à combattre séparément, sait-on jamais…

Nuwan et Mixiel étaient aussi complémentaires. Mixiel était vif et ses attaques pouvaient être puissantes, mais il redressait parfois trop lentement ses barrières défensives. Sa sœur, quant à elle, était assez douée en sortilèges de protection et parait plutôt facilement grâce à la legilimencie, mais peinait en attaque. Par contre ensemble, ils semblaient imbattables, et Severus avait alors réalisé qu'ils communiquaient entre eux, chose très intéressante d'ailleurs.

Tous deux étaient d'excellents occlumens et n'avaient que peu de choses à apprendre encore dans cet art. Nuwan maîtrisait en outre assez bien la legilimencie, tandis que son frère perfectionnait l'art de l'aggelomencie. Aucun des deux ne semblait avoir développé les trois pouvoirs, contrairement à lui. Ce qui corroborait exactement les dires de son ancêtre Hector Prince : il semblait effectivement qu'en général les membres de la famille ne développaient qu'une ou deux de ces compétences. Pourtant, alors que Mixiel semblait incapable de lire quoi que ce soit dans l'esprit des autres lorsqu'il était seul, il paraissait pouvoir partager en partie la capacité de sa sœur quand ils étaient réunis, tout comme elle pouvait bénéficier de celles de son frère… En fait, leur lien était si fort, qu'ils pouvaient « communiquer » l'un avec l'autre, et partager ce qu'ils voyaient, ressentaient… C'était quelque chose de très déstabilisant…

Ainsi, en plein duel, Nuwan s'efforçait de deviner les futures attaques de leurs adversaires grâce à la legilimencie et lançait aussitôt les défenses adéquates pour elle et son frère, tandis que ce dernier lançait de puissantes attaques ou donnait quelques directives stratégiques à sa sœur. Ils étaient incroyablement complémentaires, et même les jumeaux Weasley ne parvenaient à ce degré. Mais, tout comme eux, Mixiel et Nuwan devaient apprendre à se passer de l'autre… Il fallait parer à toute éventualité…

La jeune Ginny souffrait des mêmes difficultés que Nuwan, sauf qu'elle ne pouvait compenser par la legilimencie. C'était alors son incroyable agilité et sa persévérance qui la sauvait. Bien qu'il faille exploiter au mieux ses capacités de défense, elle allait devoir travailler au plus vite ses attaques, si elle espérait survivre…

Granger, pour sa part, réfléchissait beaucoup trop à la situation et faisait alors une cible bien trop facile, bien trop statique. Pourtant ses attaques étaient loin d'être faibles ou inefficaces… Au contraire, elle semblait arriver à percer les points faibles de son adversaire et savait monter une stratégie efficace. Mais cela lui prenait trop de temps encore, il fallait qu'elle apprenne à aiguiser ces compétences d'observation et de stratégie pour les combiner rapidement dans le feu de l'action. Il fallait aussi qu'elle apprenne à bouger, à être plus dynamique…

Ron Weasley, quant à lui, avait agréablement surpris Severus. Le jeune homme, bien qu'encore un peu timide, s'avérait un très bon défenseur, et un attaquant correct. Il couvrait alors avec efficacité les arrières de Potter. Un rôle qu'il avait pris instinctivement et qui lui allait effectivement comme un gant. Il parvenait à dévier et parer les sortilèges destinés à son ami, tout en se protégeant lui-même, et permettait ainsi au jeune Elu de se concentrer sur son adversaire principal… Le principal point faible de ce Griffondor sanguin était en fait son manque de confiance en lui, qui parfois le clouait sur place et pouvait lui faire commettre une erreur fatale, ou qui l'empêchait de prendre des initiatives cruciales qui lui auraient permis de prendre plus rapidement l'avantage…

Quant à Tonks et Nayasta, elles se débrouillaient toutes deux assez bien, étant d'ailleurs quasiment de même niveau. Severus suspectait qu'en fait Tonks ait fait bénéficier, clandestinement, sa sœur de sa formation d'Auror… Mais qui pouvait l'en blâmer ? En tout cas, pas lui… Les seuls points qu'il leur restait encore à acquérir étaient la rapidité d'exécution et la variabilité des sortilèges. Rien de bien difficile en soi…

- Je pense que vous avez maintenant les clés pour avancer, conclut-il, assez fier de son diagnostic.

- Ce que je propose, intervint alors Rémus, qui avait écouté avidement les observations de Severus et dont les anciens réflexes de professeur de Défense Contre les Forces du Mal revenaient au galop, c'est que, pour certaines séances, Sirius, Tonks et moi vous fassions travailler tous en commun à parfaire et à apprendre sortilèges sur sortilèges, pour agrandir votre palette de maléfices.

- Nous consacrerons ensuite d'autres séances en tête à tête avec chacun, pour travailler chaque point que Severus a énoncé, continua Sirius, qui se montrait incapable de cacher plus longtemps son enthousiasme. Puis nous organiserons des duels, pour évaluer chaque semaine les progrès de chacun.

- Cela est convenable, admit Severus.

- Et quand tu seras là, reprit Rémus en s'adressant au Maître des potions, nous pourrions reprendre régulièrement cet exercice, en variant les situations, et les équipes.

Severus acquiesça. Dans un premier temps, ce projet lui semblait tout à fait acceptable. De toute façon, il n'avait pas mieux à proposer pour le moment.

- Sans oublier, qu'il vous faudra travailler l'endurance, ajouta-t-il toutefois, une lueur moqueuse dansant dans ses sombres onyx. De simples exercices physiques devraient suffire dans un premier temps, puis nous aviserons par la suite…

Cette remarque lui valut des mines dépitées et des regards noirs, qu'il ignora ostensiblement.

- Génial, s'exclama Tonks, d'un ton enjoué, visiblement ravie de ce programme. Et n'oubliez pas nos petites séances entre nous, pour que vous puissiez nous montrer vos… inventions.

Severus leva alors brièvement les yeux au ciel. La jeune Auror était toujours d'un enthousiasme si débordant… pire encore que Sirius… A se demander qui contaminait l'autre.

- Et si on allait manger maintenant, fit soudain Ron, avant de rougir, confus d'avoir interrompu la conversation si brutalement. Parce que, c'est pas pour dire, mais ces exercices, ça creuse… essaya-t-il de se rattraper tant bien que mal.

Tous, ou presque, partirent alors dans un grand éclat de rire.

- Un vrai ventre sur pattes ! Entendit-on dire Hermione, entre deux rires, tandis que tous descendaient à la cuisine.

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L'enseignement sur la Magie Noire s'annonçait moins tendu que Severus l'avait craint. Les jeunes gens semblaient réellement intéressés. Non pas une curiosité malsaine, mais un réel intérêt dans le but de mieux comprendre quelque chose qu'on leur avait appris à redouter depuis toujours. Sirius, Rémus et Tonks restaient, silencieux et stoïques, au fond de la salle, l'écoutant sans l'interrompre… Ce qui avait profondément étonné Severus, lui qui s'était attendu à des hauts cris dès les premiers mots…

- Non, Potter, fit-il tout en étouffant au mieux l'impatience qui commençait à le gagner. Je ne vous parle pas de Magie Noire mais des Arts Sombres. La différence est souvent mince, je vous l'accorde, mais elle est néanmoins d'une importance capitale.

Il observa les jeunes gens en face de lui, puis, une moue défaitiste sur le visage, ferma les yeux, essayant de contenir son exaspération et sa colère montante. Apparemment, personne ne semblait discerner les subtiles différences… Ce qui était d'ailleurs tout à fait compréhensible : il venait de contredire en quelques phrases ce qu'on leur avait inculqué en tant d'années… Combattre ces préconçus et ces préjugés allaient être plutôt ardus…

Il devait s'y prendre autrement, mais comment ? Comment leur faire comprendre ? Comment leur faire toucher du doigt la véritable signification de cette magie, la véritable nature de cet art… et par la même occasion sa véritable nature à lui… Peut-être que si tu commençais par le début…

- Bon, recommençons. Imaginez-vous au temps de Merlin lui-même, au temps de la Magie ancestrale, au temps du début de la Magie… En ce temps là, on ne voyait pas la Magie en notion de bien ou de mal, mais en notion d'énergie.

Des yeux interloqués et ébahis le fixaient maintenant. Severus sentait qu'il venait de marquer un point et de faire un pas sur le chemin de la compréhension.

- Oui, en notion d'énergie. En fait, pour exercer la Magie, les mages de ce temps-là – on ne parlait pas encore de sorciers – tiraient leur énergie de deux sources. De leur énergie… magique à proprement parler, et de leur énergie vitale. La première est, comme vous pouvez le deviner, la moins dangereuse, car même si le mage vient à épuiser cette source d'énergie, il n'en mourra pas pour autant. Il sera certes très épuisé et se régénérera probablement moins vite, mais il n'en mourra pas. C'est cette énergie que l'on utilise le plus souvent, lors des sortilèges de tous les jours, lors des sortilèges que vous avez eu l'occasion d'apprendre à Poudlard.

Il marqua une courte pause pour sonder la réaction de son auditoire. Réactions assez diverses, mais aucune n'évoquait une quelconque animosité.

- Par contre, la deuxième forme d'énergie, l'énergie vitale, est beaucoup plus délicate à utiliser, car si le mage l'utilise trop et l'épuise, il peut… en mourir. Cette énergie correspond effectivement à l'énergie qui permet à son organisme de fonctionner, ainsi qu'à l'énergie des éléments. Vous avez certainement entendu parler des quatre éléments fondamentaux ?

Quelques hochements de tête affirmatifs lui répondirent, dans un silence subjugué.

- Il s'agit des quatre éléments qui sont à la base de toute vie, selon la croyance des mages du temps de Merlin, à savoir l'eau, le feu, la terre et l'air, continua-t-il. Quatre éléments réunis autour d'une sorte de cinquième élément, qui correspond en fait à cette fameuse énergie vitale. Energie qui permet de relier les quatre éléments entre eux et de les concilier pour qu'ils forment un tout, et qu'ils donnent forme à la vie…

- Mais où est le rapport avec la Magie Noire… euh, les Arts Sombres ? Demanda Harry, à la fois intrigué par ce récit captivant, mais perdu, ne voyant pas où voulait en venir le Maître des potions.

- J'y viens Monsieur Potter, j'y viens. L'usage de la Magie faisant appel à l'énergie vitale a été proscrite au fil du temps, car considérée comme trop dangereuse. C'est une Magie puissante, car l'énergie vitale, qui correspond également à l'énergie de la vie et de la mort, est prodigieusement forte, mais difficile à maîtriser et bon nombres de mages et de sorciers ont péri en l'utilisant… ou sont devenus fous…

- Oh… Entendit-on soudain du fond de la salle.

Severus fusilla du regard l'inopportun qui s'était permis de l'interrompre de la sorte.

- Qu'y a-t-il Black ? Ai-je soulevé un point qu'il ne fallait pas aborder ? Demanda-t-il d'un ton acide.

- Non, pas du tout. Ce que tu viens de dire est des plus intéressants, mais je me demandais… La Magie dont tu viens de parler, et qui utilisait, ou utilise, l'énergie vitale du sorcier, ne serait-ce pas les fameux Arts Sombres, dont tu nous rebats les oreilles depuis si longtemps ?

- Je vois que tu as suivi un tant soit peu, Sirius. Oui, la Magie utilisant l'énergie vitale était nommée Arts Sombres, « ces fameux Arts Sombres dont je vous rebats les oreilles à tout bout de champ ». La Magie utilisant l'énergie magique du sorcier était appelée par opposition Arts Lumineux. Aujourd'hui, ces notions ont disparu et ont laissé la place aux notions de Magie Blanche et de Magie Noire, en faisant référence à la dichotomie du bien et du mal… Il y a eu alors rapidement un fâcheux amalgame, une confusion entre ces deux façons de voir les choses, et les Arts Sombres ont malheureusement été assimilés à la Magie Noire…

Il s'arrêta de nouveau, soupirant de frustration. Merlin, que c'était difficile de leur expliquer ces choses là…

- Pour moi, la notion de Magie Noire ou de Magie Blanche fait référence aux intentions du sorcier. Prenons un exemple pour être plus clair. Quand vous soignez quelqu'un, votre intention est bonne, n'est-ce pas ?

Nouveaux hochements de tête en guise de réponse.

- Mais pour soigner quelqu'un, vous pouvez en fait faire appel aux deux sortes de Magie, aux Arts lumineux ou aux Arts Sombres, à l'énergie magique ou à l'énergie vitale.

Se disant, Severus brandit sa baguette et se fit deux légères entailles au creux de la main gauche, sans pour autant ciller sous la légère douleur.

- Mais que faîtes-vous ? S'enquit Tonks, inquiète.

- Juste une petite démonstration, répondit Severus avec un petit sourire narquois.

Il prononça alors une incantation, tout en passant le bout de sa baguette le long d'une des plaies, incantation que tous se souvenaient avoir entendu Pomfresh utiliser. La plaie se referma lentement. Puis il réitéra sa manœuvre sur l'autre plaie, avec une autre incantation, une légère aura sombre enveloppant temporairement sa main. Incantation qu'aucun d'eux n'avait pourtant jamais entendue.

- Qu'as-tu fait exactement ? Demanda Rémus, vivement curieux.

- Je viens de vous montrer que l'on pouvait soigner quelqu'un aussi bien avec les Arts Lumineux, comme pour la première plaie, qu'avec les Arts Sombres, comme pour la seconde. Vous pourrez même remarquer que le plus souvent la seconde méthode donne de meilleurs résultats, mais l'énergie demandée est aussi beaucoup plus importante.

- Tu viens de faire de la Magie Noire ? S'écria presque Sirius.

Les épaules de Severus s'affaissèrent soudain sous l'effet de la résignation et de la déception… Black n'avait visiblement rien compris, ou n'avait rien voulu comprendre.

- Non, répondit-il néanmoins d'un air las. Pas de la Magie Noire, mais des Arts Sombres. Mes intentions étaient-elles mauvaises quand j'ai soigné ces plaies ? Non. Donc ce n'était pas de la Magie Noire. J'ai fait appel pour la première plaie aux Arts Lumineux, et à mon énergie magique, alors que pour la seconde j'ai utilisé les Arts Sombres et mon énergie vitale.

- Ah, répondit simplement Sirius, un peu désorienté.

Oui, il commençait à entrevoir ce que Severus voulait dire… et d'une certaine façon, ce n'était peut-être pas faux…

- Pour vous donner l'exemple inverse… Quand vous voulez blesser quelqu'un, vos intentions sont mauvaises, n'est-ce pas ?

A nouveau tous acquiescèrent.

- Et pourtant vous pouvez encore une fois utiliser les deux sortes de Magie pour blesser quelqu'un… Si j'utilise un sectum sempra, je fais appel aux Arts Sombres, mais je peux obtenir un effet sensiblement similaire en utilisant, par exemple, un sortilège du fouet, qui appartient aux Arts Lumineux. Vous voulez peut-être une petite démonstration ? Fit Severus avec un sourire machiavélique.

- Severus ! Le rappela à l'ordre Sirius, quelque peu agacé par cette provocation infantile du Serpentard.

- Dommage, répondit le Maître des potions en regardant Harry bien droit dans les yeux. Pour en revenir à notre sujet, reprit-il toutefois, l'un des sortilèges précités est considéré à juste titre comme un sort de Magie Noire, mais le second est actuellement classé comme faisant partie de la Magie Blanche… Or, pour les deux sorts, les intentions sont les mêmes, blesser l'autre… Peut-on alors considérer encore le sortilège du fouet comme de la Magie Blanche ?

Personne ne répondit.

- E bien, voilà… Je n'ai pas réellement moi-même la réponse. Tout ce que je peux dire, c'est que ces deux formes de Magie ancestrale ont, selon moi, autant de part de Magie Blanche que de Magie Noire.

- Mais vous disiez que les Arts Sombres étaient difficiles à maîtriser et que les sorciers l'utilisant étaient soit morts, soit fous ?

- Oui, Miss Granger, vos avez pointé le doigt sur un point épineux. Les Arts Sombres aspirent, en quelque sorte, l'énergie du sorcier, et font appel à des forces importantes, les forces vitales qui unissent chaque élément, comme je vous l'ai expliqué précédemment. Ces puissances dégagées envahissent le sorcier qui les utilise, lui donnant alors un sentiment de toute puissance, d'indestructibilité. Il se croit capable de tout, il pense que rien ne peut lui résister. Mais en fait, il se détruit lui-même, puisqu'il épuise ses forces vitales. Et s'il se laisse entraîner, il peut en mourir, ou tout du moins devenir fou en se laissant envahir par ce sentiment de folle puissance. Il faut une volonté implacable pour résister à l'appel de ces forces dévorantes. Et même avec cette volonté, tôt ou tard, le sorcier risque de périr.

- Et qu'en est-il de Voldemort ? Demanda Harry, feignant de ne pas remarquer les tressaillements de tous les autres à l'énoncé de ce nom honni.

- Le… Seigneur des Ténèbres, fit Severus, en insistant bien sur le nom qu'il donnait lui-même au Lord Noir, a la même conception que moi. Il fait la même distinction que moi entre Magie Noire et Arts Sombres. Mais Il pense pouvoir maîtriser les forces qu'Il déclenche, Il pense pouvoir maîtriser cette Magie ancestrale qui a longtemps été oubliée et abandonnée…

- Mais c'est un leurre, conclut Harry. Et c'est là que réside sa plus grande faiblesse.

Severus observa un instant le gamin. Les paroles du Griffondor résonnaient étrangement en lui, les mêmes paroles qu'Albus avait prononcées maintes fois effectivement, au sujet du Lord Noir… ou à son sujet à lui… Et cela le troublait.

- Oui, fit-il finalement, sans détacher ses onyx sombres des émeraudes du jeune homme.

- Tu as beau dire, intervint Sirius, voulant rompre l'affrontement muet et tendu qui s'était installé entre Severus et Harry, mais les Arts Sombres sont quand même une forme de Magie dangereuse.

- Je n'ai jamais dit le contraire, Sirius. Je vous ai juste expliqué la différence entre Magie Noire et Arts Sombres, et vous ai montré que, finalement, ce que l'on considère aujourd'hui comme Magie Blanche, et qui correspond en fait aux Arts Lumineux, n'est peut-être pas aussi blanche que ça… Alors, a-t-on raison de condamner les Arts Sombres sans autre forme de procès et sans chercher à comprendre ? A mon humble avis, mieux vaut que je ne réponde pas et que je ne polémique pas avec vous à ce sujet…

- Et qu'est-ce qui vous intéresse tant dans les Arts Sombres ? S'inquiéta Tonks.

- Ce n'est pas le sujet du jour. Et cela ne vous concerne en aucune façon, répondit Severus sur un ton hargneux.

- Ne le prends pas comme ça, commença Sirius.

Mais Rémus préféra intervenir pour éviter que la situation ne s'envenime. Entre le manque de tact flagrant de son ami et le caractère plus que susceptible du Maître des potions…

- Si Vous-savez-qui utilise tant la Magie Noire et les Arts Sombres, alors peu à peu Il se détruit Lui-même et épuise Ses forces, non ?

Severus reporta son attention sur Lupin et l'observa un long moment. La question du loup garou était surprenante de bons sens… « Si seulement il pouvait avoir raison… », pensa-t-il.

- Si seulement c'était si simple, dit-il enfin à haute voix.

- Que veux-tu dire ? Demanda Sirius, soudain très intéressé.

- En un sens, Lupin a raison. Le corps du Seigneur des Ténèbres est affaibli, ou tout du moins n'a pas sa puissance d'antan. Sa résurrection l'a probablement fortement épuisé. Mais Il n'est pas stupide. Il n'utilise pas les Arts Sombres à tout va, sachant pertinemment bien qu'Il n'en a pas forcément la force…

- Comment ça, Il n'utilise pas les Arts Sombres ? S'enquit Tonks, visiblement surprise.

- Ce n'est pas ce que j'ai dit. Il utilise les Arts Sombres, mais Il les utilise Lui-même en quantité raisonnable et fait beaucoup appel à Ses disciples.

- Dont vous, conclut Nuwan, l'inquiétude perçant dans sa voix.

- Entre autre. En outre, Il compte trouver une solution pour récupérer Sa force physique rapidement et la régénérer quand le besoin s'en fera sentir.

- Et l'a-t-Il trouvée, cette solution ? Continua Sirius.

- Non, je ne crois pas. Mais Il trouvera. Il trouve toujours.

- Mais on peut escompter qu'Il ne la trouve pas tout de suite, qu'Il ne la trouve pas à temps, fit Harry, plein d'espoir.

- Je ne crois pas qu'il serait approprié d'espérer trop. Il ne faut pas oublier que, grâce aux Horcruxes, Il reste immortel et quasiment intouchable, même s'Il est plus ou moins faible. Et si Son corps physique est faible, Il n'en est pas de même de Son esprit et de Sa puissance magique. Lui-même m'a affirmé avoir regagné quasiment toute Sa puissance magique, quand Il est revenu parmi les vivants. Donc mieux vaut ne pas Le sous-estimer, Potter. Ce serait une grave erreur. Très grave même.

Harry se tut et plongea alors son regard dans les prunelles de jais de son ancien professeur, essayant de sonder la moindre émotion les traversant. Il avait remarqué, il y a peu, que ces yeux étaient parfois très expressifs, contrairement au visage du Maître des potions, et qu'avec un peu d'observation, il était possible d'y lire ce que ce dernier ressentait en partie… Enfin, lorsqu'il se laissait un peu aller… Mais, Harry ne put y trouver qu'une froide et farouche détermination.

Severus soutint sans ciller le regard du Griffondor et il comprit à ce moment-là combien le gamin insolent avait grandi en à peine un an. Il avait mûri d'un coup, sans préavis. « Bien trop mûri, pensa-t-il soudain. Jamais un gamin ne devrait être soumis à une telle pression à son âge… » Puis se rappelant de quel gamin il s'agissait, à savoir Potter junior, digne fils de son père, il se fustigea mentalement de s'apitoyer ainsi sur le sort de ce morveux…

Mais au fond, c'était bien plus fort que lui. Il ne pouvait s'empêcher de penser, qu'aucun gamin, même aussi arrogant et insolent fût-il, tel Potter, n'aurait jamais dû être confronté à toutes ces sombres histoires. Et tout ça, à cause d'une prophétie. Tout à coup, Severus sentit une pointe de culpabilité lui transpercer les entrailles. Car en fin de compte, si le Seigneur des Ténèbres n'avait jamais entendu parler de la Prophétie, jamais tout ceci ne se serait produit, jamais un gamin à peine sorti de l'adolescence n'aurait à affronter un mage noir en puissance. Si, lui, Severus Snape, n'avait pas rapporté cette stupide prophétie, jamais elle ne se serait réalisée…

Mais il était désormais trop tard pour revenir en arrière. Ce qui était fait était fait. Il fallait avancer maintenant et faire face au destin…

…………………………………………………………………………………………………

Severus descendait les escaliers d'un pas alerte, pour se rendre à la cuisine en vue d'un bon petit déjeuner, quand il entendit la voix des trois Griffondors… non des quatre, la dernière des Weasley étant avec le célèbre trio. Il ralentit alors l'allure, pour finalement se figer complètement derrière la porte close et mieux écouter la conversation.

- La Gazette ne parle plus que de ça. Il n'y en a plus que pour les attaques des Mangemorts. Cela va faire cinq jours qu'il n'y a rien eu, et pourtant tous les journaux ne cessent de ressasser les méfaits des mages noirs, se plaignait le jeune Weasley.

- Oui, c'est vrai, Ron. Mais c'est normal en un sens. Ces attaques paralysent tout et tout le monde. Il aurait été inconcevable que les journaux n'en parlent plus.

- Peut-être Mione, intervint Harry. Mais à force, les journaux mâchent tout le travail à Voldemort et ses sbires. Ces fichus bouts de papiers terrorisent tout le monde, en détaillant chaque attaque dans les moindres détails. Informer les gens, oui, mais les faire se terrer chez eux en les rendant morts de peur au lieu de les inciter à se révolter, non.

Severus fut stupéfait, que le Griffondor si impétueux et si insouciant, qu'il avait connu en Potter, puisse tenir des propos si censés et si réfléchis…

- Oui, Harry, reprit Granger. Je suis d'accord avec toi, mais je ne vois pas ce qu'on peut faire sur ce point pour le moment.

- Non effectivement, concéda Harry, dépité. Satanés Mangemorts ! Et dire que certains élèves, que l'on a côtoyés pendant toutes ces années à Poudlard, en font désormais partie…

- Ca fait bizarre, ne put s'empêcher de dire Ron.

Cette remarque si enfantine fit lever les yeux au ciel à Severus. Ce Weasley ne changera donc jamais…

- Oui, et même en les ayant connus sournois et imbus d'eux-mêmes, j'ai toujours du mal à m'imaginer Malefoy et Compagnie en Mangemorts sans pitié, renchérit la tête pensante du trio vif et or. Je me les imagine mal en train de tuer de sang froid.

- Malefoy n'a jamais caché ses véritables croyances, contra Harry, haineux. Je suis au contraire persuadé, qu'il est heureux d'être enfin Mangemort.

Severus choisit alors ce moment pour indiquer sa présence.

- Vous avez l'air bien sûr de vous, Potter, fit-il d'une voix basse, tout en ouvrant d'un coup sec la porte de la cuisine et en pénétrant dans la pièce. Mais que connaissez-vous donc de Malefoy, pour vous permettre un tel jugement ?

Aucune réponse ne lui parvint.

- C'est bien ce que je pensais, reprit-il, un rictus dédaigneux étirant ses fines lèvres pincées. Toujours prêt à porter des jugements hâtifs sans fondement.

- Vous êtes expert en jugement hâtif, à ce qu'il semble, s'exclama Harry, cette fois furieux. Et que connaissez-vous de moi pour me juger ?

- Bien plus que vous ne pouvez le croire, jeune insolent.

- Vous pensez toujours connaître les gens, mais vous aussi, vous vous trompez. Et connaissez-vous si bien Malefoy, pour vous permettre de prendre sa défense ?

- Oui, je le connais bien.

- Ah oui, continua Harry sur le même ton de défi. C'est vrai, c'est votre filleul.

- Entre autre. Severus tenta de ne pas se départir de son calme apparent, bien que la colère envahissait peu à peu ses veines. De plus, je l'ai côtoyé de prêt, et je le côtoie encore.

- Il est comme son père. Ce n'est qu'un vil meurtrier, enragea le Griffondor.

- Non, ce n'est pas qu'un « vil meurtrier ». Ne le jugez pas avant de savoir, Potter. Vous pourriez être très surpris d'ailleurs.

- Surpris de quoi ?

- De bien des choses, répondit simplement Severus d'un ton tranchant et froid.

Mais il préféra ne pas aller plus loin dans cet échange futile et stérile. Il ne pouvait en dire plus. Il devait en être sûr avant. Sûr que le jeune Malefoy n'était pas réellement un Mangemort comme son père. Sûr que le jeune Malefoy n'était pas un Mangemort dans l'âme.

Il avait longtemps été déçu, en voyant le comportement hargneux et vindicatif de Malefoy à Poudlard d'abord, puis au sein des Mangemorts ensuite, déçu que le jeune homme ait embrassé la Marque, suivant bêtement les traces de son père. Certes, Drago ne semblait pas emporté avec autant enthousiasme que son paternel par ces convictions racistes et arriérées. Mais il n'avait rien fait non plus pour se rebeller contre le chemin qu'on lui avait tout tracé… Et Severus en avait été profondément attristé, lui qui espérait tant de ce jeune homme. Peut-être trop…

Jusqu'au jour où ce dernier était allé le voir, il y a à peine dix jours tout au plus. Drago avait trouvé un prétexte quelconque pour venir lui parler, mais Severus avait senti qu'il ne s'agissait en fait que d'une excuse. Le jeune Serpentard voulait lui dire autre chose, et semblait ne pas oser, comme s'il avait peur. Finalement Severus l'avait convaincu d'avouer. D'avouer ses doutes. Drago avait alors avoué douter de l'intérêt de toute cette mascarade macabre.

Severus se perdit subitement dans ses souvenirs, sans prêter plus d'attention aux Griffondors à ses côtés, se remémorant ce dernier entretien en tête à tête avec Drago.

Drago était venu le voir à l'improviste ce soir-là.

- Bonjour Drago. En apercevant le jeune homme sur le seuil de son laboratoire, Severus l'avait accueilli avec son ton froid légendaire, mais sans animosité ni agressivité. Que me vaut l'honneur de ta visite en ces coins reculés du Manoir ?

Malefoy sembla hésiter un instant et jetait des coups d'œil anxieux et méfiants à Ardwenna, comme pour faire comprendre à son parrain sa réticence à parler devant elle.

- Bonjour Parrain, répondit-il seulement, d'un ton faussement détaché.

Severus n'eut pas besoin d'un dessin pour percevoir la gêne de son jeune acolyte et préféra le mettre à l'aise.

- Ardwenna, j'ai oublié mon manuscrit, où j'inscrits d'habitude mes notes, sur mon bureau dans mes appartements. Peux-tu aller me le chercher ? Fit-il à l'adresse de sa novice.

Celle-ci n'était pas dupe et savait pertinemment bien qu'il s'agissait d'un prétexte pour la faire sortir. Cependant elle obtempéra sans s'offusquer et les laissa seuls.

- Alors ? Severus se tourna doucement vers Drago, tout en mettant la potion qu'il concoctait en stase, afin de pouvoir prêter toute son attention au jeune homme. Que puis-je pour toi ?

Drago laissa ses perles d'acier parcourir la salle, comme pour mieux vérifier s'ils étaient seuls.

- Tu peux parler en toute tranquillité, le rassura Severus, si c'est ce qui t'inquiète. Ce laboratoire est particulièrement bien protégé des curieux inopportuns, au vu des travaux souvent confidentiels et délicats que je mène ici. Je t'écoute, parle.

- Puisque j'avais un peu de temps libre, je venais discuter un peu avec vous, Parrain. Cela fait longtemps, que l'on n'a pas pu avoir une de nos longues conversations habituelles et cela me manque.

- Oui, c'est vrai que ces derniers temps j'ai été très occupé et que je t'ai probablement un peu négligé.

- Ce n'est pas ce que j'insinuais, commença à s'indigner Drago.

- Du calme, répondit Severus. Je sais ce que tu voulais dire. Mais je pense que je t'ai un peu délaissé depuis… depuis mon retour.

Drago garda le silence quelques minutes, repensant aux derniers événements depuis sa fuite désespérée de Poudlard. Severus avait tout fait pour l'aider et lui assurer sa sécurité, Drago l'avait bien remarqué, et les rumeurs circulant au Manoir le lui avaient confirmé. Et il avait appris que Severus l'avait sauvé bien avant leur fuite, pendant toute sa dernière année pour être plus exact, en passant avec sa mère un serment inviolable. Cette dernière lui avait tout raconté.

En fait, pour être honnête, Severus l'avait toujours aidé et sauvé, avait toujours été présent dans sa vie, plus présent encore que son père. Peut-être pas vraiment affectueux… quoiqu'un peu, à sa manière bourrue… Mais Severus avait toujours été là pour lui, pour le guider…

Et maintenant qu'il était dans le doute et qu'il avait besoin d'aide, Drago s'était tout naturellement tourné vers lui, plutôt que vers son ambitieux de père ou sa faible mère…

Soudain Severus fut ramené à la réalité un court instant par un contact froid et inopiné sur son bras droit. Il tourna ses onyx ténébreux vers la source de ce contact, pour constater avec fureur qu'il s'agissait de Potter. Mais il n'eut même pas le temps de s'écrier. En effet, il sentait déjà les souvenirs affluer à nouveau pour continuer leur cours, et il eut beau essayer de les endiguer, ceux-ci s'obstinèrent et défilèrent dans son esprit, le laissant alors impuissant et entraînant par la même occasion Harry dans leur sillage. Tous deux durent ainsi, sans le vouloir, partager ce souvenir de Severus.

- Qu'êtes-vous en train de faire ? Demanda Drago, feignant la curiosité, pour dévier le sujet, mais ne parvenant visiblement pas à chasser ce qui le contrariait.

- Une potion expérimentale. Mais inutile de faire semblant, Drago. Nous savons très bien, toi et moi, que, bien que tu soies loin d'être un manchot en potions, cette matière n'est pas ta tasse de thé.

Le jeune homme laissa brusquement tomber une partie de son masque et une moue de dépit apparut sur son fin visage. Avec son parrain, il était inutile de mentir…Il le connaissait trop bien.

- Pourrais-je vous poser une question ? Attaqua-t-il finalement, quelque peu timide, une expression que Harry ne lui avait jamais vue encore.

- C'est ce que tu viens déjà de faire, le taquina Severus. Mais tu peux réitérer l'expérience.

- Comment êtes-vous devenu Mangemort ? Qu'est-ce qui vous a poussé à devenir Mangemort ?

Severus le regarda droit dans les yeux, hésitant apparemment à lui répondre. Cette question était des plus délicates, mais elle montrait que les doutes et espérances de Severus concernant le jeune homme étaient fondés. S'il posait une telle question, c'est qu'il doutait certainement lui-même de son engagement…

- C'est un peu compliqué. Je pense que c'est tout un concourt de circonstance qui m'a poussé dans cette voie. J'étais amer et en colère contre la société sorcière et j'ai rencontré le Lord Noir par l'intermédiaire de ton père…

- Et vous est-il arrivé un jour de… de…

Mais Drago ne parvenait pas à finir sa phrase, redoutant certainement tout ce que cela impliquait…

- De regretter ? Continua Severus à sa place.

Drago acquiesça silencieusement, incapable de dire un mot de plus.

- C'est difficile à dire, fut la seule réponse du Maître des potions, du moins à voix haute.

Car il rajouta bien vite par la pensée : « Oui, bien des fois… »

Drago écarquilla les yeux sous l'effet de la surprise et de l'incompréhension. Avait-il rêvé ou avait-il eu l'impression d'entendre quelque chose dans sa tête ?

« Non, tu n'as pas rêvé », continua Severus sur le même jeu. « Je te parle directement dans ton esprit, par un don assez proche de la legilimencie. C'est… plus discret, dirons-nous. »

Les yeux de Drago s'éclairèrent alors d'une lueur de compréhension et d'admiration à la fois. Son parrain était vraiment très fort et très puissant… Severus put aussitôt sentir toute l'admiration qu'il suscitait chez le jeune homme… Ce qui le bouleversa. A la fois de joie et de culpabilité. De joie, que quelqu'un puisse autant croire en lui. Et de culpabilité, car il ne pouvait s'empêcher alors de penser que, peut-être, le jeune homme n'avait pas osé se rebeller contre son devenir de Mangemort pour suivre les traces, non pas de son père, mais de son parrain… Severus le ressentait soudain comme un cuisant échec…

- Drago, il ne faut pas avoir honte de tes choix, fit-il à haute et intelligible voix.

« Même s'ils sont difficiles à assumer, ajouta-t-il dans l'esprit du jeune Serpentard. Et si tu les regrettes, tu ne peux de toute façon revenir en arrière, mais tu peux essayer de réparer le mal qu'ils ont fait »

Les yeux de Malefoy s'illuminèrent à nouveau, d'espoir cette fois. Il comprenait les paroles à double sens de son parrain. Mais une question lui taraudait encore l'esprit… Son parrain était-il réellement Mangemort ? Pour quel camp était-il vraiment en réalité ? Pourtant, il avait tué Dumbledore, non ?

Severus émit un triste sourire, avant de murmurer d'une voix grave et rauque.

- Je pense que, si tu veux que l'on… communique, tu dois mettre de l'ordre dans ton esprit.

En effet, les pensées du jeune homme était tumultueuses et fugaces, il était alors difficile pour Severus de tout capter… et cela était aussi fatiguant, aussi bon legilimens soit-il.

- Saches alors, que tu peux tout me dire.

« Par la pensée… »

Drago hocha la tête affirmativement, montrant qu'il comprenait, puis se concentra. Il décida alors de tout dire à Severus, de tout lui avouer, ses doutes, ses peurs, son écoeurement face aux exactions des Mangemorts et aux meurtres qu'on lui demandait de perpétuer… Avant de venir voir le Maître des potions, Drago avait eu peur, peur que Severus le rejette à cause de son infidélité envers le Lord Noir, et peur qu'il le dénonce… Mais maintenant qu'il se retrouvait face à son parrain, le doute n'était plus de mise. Même si Severus restait fidèle au Lord noir, jamais il ne le dénoncerait. Il serait peut-être déçu, mais jamais il ne lui ferait de mal…

Severus comprit sans peine, et en fut profondément soulagé. Drago n'avait jamais voulu être Mangemort. Certes, les discours sur les Sangs Purs tenus par son père et par sa famille étaient bien ancrés en lui, quoi qu'il ait su raviser quelque peu son jugement… Mais Drago exécrait la sauvagerie des Mangemorts et ne voulait en aucun cas devenir comme eux. Il voulait garder sa conscience et son âme… et avait peur qu'il ne soit trop tard pour cela, maintenant qu'il avait sa Marque.

« Je comprends, fit Severus à Drago par aggelomencie. Et sache que moi aussi, je partage ce sentiment. Mais tout n'est pas définitif. Si tu es sincère, il est toujours possible de trouver une solution. »

Drago lui répondit par un franc sourire, comme soulagé. Son parrain n'était donc pas un vrai Mangemort. Mais alors de quel côté luttait-il ? Si ce n'était pas du coté des Mangemorts, de quel côté était-il ? Du côté de Dumbledore ? Mais il l'avait tué, non ?

« Oui, Drago, reprit Severus, toujours en silence, ayant perçu les interrogations du jeune Malefoy. Je l'ai tué. Mais les apparences sont parfois trompeuses… »

Et Drago sut. Il sut, même si son parrain ne lui avait pas dit explicitement, qu'il était en fait du côté de l'Ordre. Qu'il était en fait bel et bien cet espion… Un espion habile et rusé, bien que jouant un jeu dangereux… Et Drago sentit d'un coup toute l'admiration qu'il ressentait pour cet homme se raviver, voire se décupler. Oui, il admirait son parrain, bien plus que son père, car son parrain était un homme intelligent, courageux, et tellement rusé, tellement subtil, un homme d'honneur… Un homme à qui il aurait voulu ressembler… enfin, pas physiquement, si possible…

- Me fais-tu confiance ? Demanda finalement Severus tout haut, interrompant volontairement les pensées bouillonnantes de son vis-à-vis.

Le jeune homme était non dénué d'intelligence et avait apparemment déduit bon nombre de choses le concernant. Severus ne pouvait se permettre toutefois de trop en divulguer, et ce que Drago avait perçu devrait largement suffire à lui faire reprendre confiance et peut-être à le remettre sur une route lui convenant mieux… sur la route de la « Lumière », comme disait souvent Albus…

Drago se contenta de hocher la tête par l'affirmative.

- Vraiment ? Me donnes-tu ton entière et totale confiance ?

- Oui répondit Drago, d'un air déterminé.

- Je pense que tu as compris beaucoup de choses me concernant, mais je ne peux t'en dire plus. J'espère que tu comprends aussi pourquoi. Mais saches, que je ferai tout pour t'aider. Je dis bien tout…

- Vous me l'avez déjà montré, parrain, fit Drago, d'un air peiné, en pensant que certainement son parrain avait dû tuer Dumbledore à cause de lui, pour lui sauver la vie…

- Alors sois rassuré. Je ferai ce que je peux pour soulager ta tâche et je tâcherai de trouver une solution à ton problème. Je ne sais pas combien de temps cela me prendra. Mais en attendant, si tu veux parler de quoi que ce soit, tu seras toujours le bienvenu. Garde espoir et confiance.

Et le souvenir prit fin brutalement, expulsant Severus et Harry de l'esprit du Serpentard. Harry était plus que choqué. Il n'avait jamais vu Malefoy junior de cette façon, si franc et si sincère, sans son masque d'arrogance… Ainsi, Snape n'avait pas menti, Malefoy n'avait jamais vraiment voulu être Mangemort ? Bien qu'abasourdi, Harry se sentit aussi étrangement soulagé, son ennemi de toujours n'était peut-être pas aussi pourri qu'il l'avait cru… Mais le Griffondor se sentit aussi peiné, peiné par le découragement et le désespoir qu'il avait vu naître en Malefoy… Combien d'autres novices Mangemorts étaient dans son cas ? Combien doutaient ainsi ? Deux, trois, dix, plus… Qui pouvait savoir…

Certes, ils avaient fait le mauvais choix, souvent par ambition débordante, par amertume ou par désir de vengeance, ou que sais-je encore… Et quand ils s'apercevaient de leur erreur, il était trop tard. Ce mauvais choix allait les poursuivre toute leur vie. Comme il avait poursuivi Snape…. « Que de vies gâchées ! » Pensa Harry, avant que le regard noir et furieux de Snape ne le tire de ses réflexions révoltées.

Severus était effectivement plus que furieux. Comment le Griffondor avait-il osé s'insinuer dans son esprit ? Mais attendez un instant… Ses barrières d'occlumencie étaient toujours parfaitement en place, et le jeune homme n'avait pas fait usage de la legilimencie, il l'aurait senti… Mais alors, comment Potter s'était-il retrouvé dans ses souvenirs à lui ? Son regard furieux se métamorphosa alors en regard curieux, ce qui étonna grandement Harry. Pouvait-on lui expliquer ce qui se passait ? Snape ne criait pas, alors qu'il aurait dû déjà l'avadakedavariser depuis belle lurette… Qu'est-ce qu'il lui prenait tout d'un coup de le regarder de la sorte ?

Tous les autres spectateurs, qui parvenaient difficilement à appréhender ce qui se déroulait entre Snape et leur ami, se taisaient dans un silence religieux, attendant patiemment qu'on leur donne quelques explications… et que l'atmosphère se détende.

- Potter, qu'avez-vous fait pour vous retrouver dans mes souvenirs ? Demanda Severus, presque en un murmure.

- Je… je… je ne sais pas, balbutia Harry. Je vous ai juste touché le bras, quand j'ai vu que vous ne répondiez pas à ma question. Je ne voulais pas… je ne l'ai pas fait exprès.

Le Griffondor timide mais téméraire revenait au galop, exactement comme lors de leur première rencontre, sept ans plus tôt…

- Vous n'avez rien fait d'autre ? Pas de … legilimencie ? Rien d'autre ? Insista le Maître des potions.

- Non, rien d'autre, affirma Harry, penaud.

- Tout comme la dernière fois, quand vous avez forcé mes souvenirs à mon retour au sein de l'Ordre ? Continua Severus, une idée saugrenue commençant à germer dans son esprit…

Harry comprit à quoi faisait référence son ancien professeur. Il faisait référence à ce fameux épisode, où il avait touché Snape et lui avait posé la main sur le miroir, pour le forcer, il ne sait trop comment, à montrer d'autres souvenirs aux membres de l'Ordre réunis…

- Oui, exactement…

- Potter, répondez-moi franchement, je vous prie. Cela pourrait être très important. Cela vous est-il déjà arrivé de sentir… non, pas ça… fit Severus, cherchant visiblement ses mots. Vous est-il déjà arrivé que, lorsque vous touchez quelqu'un, vous manifestiez des… pouvoirs, que vous n'aviez jamais eu auparavant ?

- C'est-à-dire ? demanda Harry, ne comprenant pas la question de son professeur.

- Avez-vous déjà eu des manifestations bizarres, lorsque vous touchiez quelqu'un ayant des capacités particulières ? Par exemple Tonks, ou Sirius, ou Minerva…

- Et bien… en y réfléchissant, oui. Une fois, quand j'ai touché Tonks, je me suis mis à avoir les cheveux violets sans le vouloir, et j'ai presque pris son visage. C'était très déstabilisant et…

Mais Harry fut coupé dans ses souvenirs, par la voix tranchante de Severus.

- Potter, cela suffira. Je n'ai pas besoin, que vous me relatiez toutes les sensations que vous avez eu la joie de ressentir à ce moment-là, merci !

Harry se tut donc, quelque peu vexé. Mais voyant que le Maître des potions réfléchissait intensivement, il s'abstint de tout commentaire…

- Doux Merlin ! S'exclama soudain Severus, tout en fermant presque douloureusement les yeux.

- Qu'a donc fait Merlin, pour que tu l'invoques ainsi, fit Sirius d'un ton moqueur, tout en pénétrant à son tour dans la cuisine.

Severus rouvrit les yeux et émit un rictus des plus énigmatiques.

- Et bien, Sirius, tu risques d'avoir un choc.

- Un choc ? Répéta l'animagus, incrédule.

Il était solide tout de même, il lui en fallait beaucoup pour avoir un choc. Pour qui le prenait donc le Serpentard ? Pour une chochotte ?

- Je crois que ton filleul est un transmutateur, répondit Severus sans plus attendre, tandis qu'un sourire vainqueur éclairait son visage.

Et Sirius faillit s'évanouir sous le choc…

Fin du Chapitre 49