Désolée de ce si long silence, mais j'ai eu un problème familiale fin juin (le décès de mon père, pour tout dire), qui m'a porté un sacré coup. Et encore aujourd'hui j'ai parfois du mal à "repartir"... Mais je n'abandonne pas pour autant cette fic, loin de là, et ce même si le tome 7 sort demain en Angleterre... Je continuerai aussi longtemps que quelqu'un voudra me lire... Quelque soit le temps que ça me prendra...
J'espère pouvoir reprendre un rythme de publication normal, mais pour l'instant je pense qu'il vaut mieux compter sur tous les quinze jours...
Alors voilà, le nouveau chapitre où ovus devriez découvrir nombre de réponses à vos questions : ce qu'est un transmutateur, en quoi consiste l'héritage des Princes, et une piste pour les Horcruxes... En espérant que ces révélations seront à la hauteur de votre attente... Merci à tous en tout cas pour toutes vos reviews, qui m'ont donné l'envie de continuer...
L'Errant, oui, tu as raison, l'Ordre parait un peu faiblard et Harry aussi, mais il ne faut pas oublier que l'on voit tout du point de vue de Severus... Ce qui change énormément... Et oui, Severus est assez mal parti, mais tout n'est pas perdu... Et son héritage devrait finalement s'avérer la clé pour lui... A voir...
Certains se posent des questions concernant Drago, mais ce ne sera pas encore pour tout de suite, il est loin de s ejoindre à l'Ordre. POur l'instant il ne fait que douter... Mais n'a pas encore vraiment choisi sa voie...
Pour le médaillon de spotter, ne vous inquiétez pas, je ne l'ai pas oublié, et il fera sa réapparition lors de l'anniversaire de Harry...
Bon allez, je vous laisse lire ce nouveau chapitre en attendant avec avidité vos reviews!
Bonne lecture!!
CHAPITRE 50 : Lourd héritage
- Sirius, je te l'ai déjà dit. Tu ne vas pas me le faire répéter trente-six fois, quand même...
Severus en avait ras le chaudron... Depuis la veille, depuis qu'il avait découvert l'éventuelle réelle nature de Potter, tous n'arrêtaient pas de lui demander des explications et des détails en tout genre, et Sirius détenait la palme du plus exaspérant.
- Mais comprends-moi, s'entêta l'animagus. Tu nous annonces qu'Harry est un transmutateur et tu voudrais qu'on reste de marbre? Tout le monde n'est pas comme toi...
- Dommage, rétorqua Severus entre ses dents.
- Moi aussi, j'ai du mal à réaliser et à comprendre en quoi ça consiste, insista Harry.
Severus soupira, excédé. Il y avait déjà consacré des heures la veille au soir et aurait aimé passer à autre chose. Entre autres, il aurait aimé revoir leur plan "d'attaque" pour Gringotts. Pour une fois que quelque chose lui tenait à coeur... Mais apparemment, tant qu'ils n'auraient pas leurs réponses, ils le harcèleraient indéfiniment et ne seraient bons à rien. Et Severus n'était pas d'humeur à se battre avec eux, pas aujourd'hui…
- Comment vais-je pouvoir vous le faire comprendre? Fit-il, tout en se serrant l'arrête du nez entre le pouce et l'index, les yeux fermés, comme pour mieux se calmer.
Après quelques secondes de silence, il rouvrit ses orbes noirs sur Harry, qui attendait visiblement son aîné avec une patience peu coutumière chez lui.
- Tout ce que je sais, reprit Severus, las, c'est qu'un transmutateur est un sorcier ayant une capacité rare, extrêmement rare, et puissante. Comme je vous l'ai déjà dit, on n'en a pas connu depuis des siècles.
- Un peu comme les aggelomens, ajouta Ron.
Lui et Hermione n'avaient pas été autorisés à assister aux explications de la veille, Severus ayant préféré dans un premier temps avoir une discussion en tête à tête avec Potter et son parrain. Et ce qu'Harry avait vainement essayé de leur retranscrire n'était pas très clair... Ils étaient donc pressés d'entendre le Maître des potions.
- Si vous voulez, concéda Severus, qui n'avait en fait qu'une hâte : en finir au plus vite. Mais dans le cas du transmutateur, cette capacité spéciale est de pouvoir s'approprier et utiliser à sa guise les pouvoirs, quels qu'ils soient, d'un autre sorcier à sa portée.
- Mais comment utiliser ces pouvoirs? Et qu'est-ce que signifie "à portée"? Est-ce dangereux? Demanda Harry quelque peu anxieux.
- Une question à la fois, Potter, le coupa Severus. Je vous l'ai déjà dit, je n'en sais pas plus et le portrait d'Albus non plus. Je crains que vous ne deviez le découvrir par vous-même. Mais de ce que nous avons déjà pu en expérimenter, nous avons vu que ce n'était pas dangereux, ni pour le transmutateur, ni pour l'autre sorcier. Pour le moment, "à portée" semble signifier toucher ou avoir un contact direct avec le sorcier. Mais peut-être qu'avec un peu d'entraînement, vous pourriez utiliser votre capacité rien qu'en regardant le sorcier, qu'en sais-je? Et comment l'utiliser? Ca, je ne le sais pas. Pour l'heure, vous semblez faire appel à ce pouvoir de façon instinctive, sans réel contrôle...
- Et comment je fais moi, pour le savoir? S'enquit le Griffondor impétueux.
- Nous allons faire des recherches... Enfin, VOUS allez faire des recherches, se reprit rapidement Severus. Et nous ferons également des essais.
Il avait effectivement lui-même réfléchi à ces questions pendant toute la nuit, n'ayant pas pu fermer l'œil, ne serait qu'une heure, tant il se sentait agité.
- Des essais ?
- Oui Sirius, des essais, continua le Serpentard. Nous testerons cette capacité. D'abord sur moi et Tonks, puisque Potter l'a déjà fait. Puis sur d'autres, pour mieux comprendre l'étendue de ce pouvoir. Et peut-être... Oui, peut-être... ajouta-t-il, d'un air soudain songeur, les yeux un peu dans le vague.
- Peut-être que quoi? S'impatienta Harry.
- Peut-être que cette formidable chance qui s'abat une fois de plus sur vous, Potter, pourra également vous servir dans le combat que vous souhaitez mener. Enfin, je l'espère pour vous en tout cas, car au vu de vos déplorables capacités à vous battre convenablement, ce n'est pas gagné d'avance pour le moment, répondit Severus d'un ton tranchant.
Harry était pour protester, mais Sirius le devança.
- Severus ! J'aimerais que tu cesses de traiter Harry de la sorte. Il ne t'a rien fait, ni rien dit, de blessant ou d'insolent. Alors cesse de l'insulter pour rien.
- Je fais comme bon me semble, Black. Et si tu prends la vérité comme une injure, tant pis pour toi.
- Bon, arrêtez, vous deux, s'interposa Rémus. Vous vous comportez comme des enfants. Je crois que l'on a mieux à faire aujourd'hui que d'entendre vos éternelles jérémiades.
- Oui, Rémus a raison, concéda Severus.
Effectivement, ils avaient mieux à faire… comme revoir une dernière fois leur plan d'action pour infiltrer Gringotts tout à l'heure...
- Non, c'est trop facile. Severus, tu dois des excuses à Harry, insista l'animagus, retenant avec peine sa colère montante.
- Je n'ai d'excuses à présenter à personne. Et nous avons plus urgent à faire.
- Quand ce plus urgent te concerne de près, tout de suite cela devient primordial, n'est-ce pas? Mais tu ne t'en tireras pas aussi facilement. Tu agis de façon injuste envers Harry. On ne s'attaquera à ton problème que quand tu auras fait tes excuses.
- Tu me fais du chantage, Black?
Severus en était estomaqué, voire indigné. Et insidieusement, un sentiment d'injustice et d'amertume l'envahissait de nouveau peu à peu... Pour une fois qu'il demandait quelque chose à l'Ordre...
- Tu me fais du chantage? Répéta-t-il, presque incrédule. Tu veux m'extorquer des excuses contre l'aide de l'Ordre pour mon problème?
Sa gorge s'assécha soudain, emprisonnant les mots amers et douloureux dans son cœur, l'empêchant de se libérer de sa colère et de sa déception. Un lourd silence alourdit l'atmosphère électrique entre eux… Finalement, Severus parvint à reprendre la parole, d'une voix blanche, peu ordinaire chez lui, et qui dénotait la fureur qui l'animait intérieurement.
- Je n'ai jamais rien demandé à l'Ordre. Jamais. Même dans les moments, où j'aurais eu vivement besoin de lui. Et maintenant que, pour la première fois de ma vie, j'ose demander de l'aide, l'aide de l'Ordre, votre aide, tu me fais du chantage? Un chantage qui n'a pas lieu d'être d'ailleurs... En outre, mon problème, comme tu l'appelles, peut très vite s'avérer aussi celui de l'Ordre, ne l'oubliez pas...
- Des menaces? L'interrompit Sirius, tout en se levant de sa chaise, pour mieux défier Severus.
Ce dernier se tut instantanément, mais ses yeux parlaient pour lui. Des yeux noirs d'encre où perlait une multitude de sentiments confus, de la déception, de l'amertume, de la colère, de la peine, une profonde souffrance aussi... Un regard qui frappa Sirius de plein fouet, et il regretta aussitôt d'en avoir été l'origine. Il réalisa soudain qu'il avait failli. Failli à sa promesse d'essayer de comprendre Severus, failli à la confiance qu'il voulait que l'autre lui accorde, failli à la lueur d'amitié qu'il aurait peut-être voulu voir naître entre eux deux. En quelques mots, il venait peut-être de tout briser. Sirius ouvrit alors la bouche, comme s'il voulait parler, mais aucun son n'en sortit, aucun mot ne franchit ses lèvres. Et quand, enfin, il crut avoir retrouvé sa voix, Severus ne lui laissa pas le temps de s'exprimer davantage.
- Non, pas la peine, j'ai parfaitement compris le message, cracha le Serpentard, d'une voix où dominait le aigre-doux, tout en se levant prestement et en se dirigeant vers la sortie. Je me débrouillerai seul, une fois encore. J'en ai l'habitude. L'Ordre n'a qu'à retourner à ses occupations, bien plus importantes que ce menu service...
- Severus, tenta Sirius.
Mais il n'eut pas le temps de finir sa pensée…
- Que se passe-t-il? Intervint McGonagall, qui venait à l'instant de faire son apparition dans l'humble demeure des Blacks. Severus? S'inquiéta-t-elle, en voyant le regard tourmenté et furieux de son ex-collègue.
Celui-ci refusa de répondre et voulut la contourner pour s'extirper de ce lieu étouffant, mais elle l'en empêcha en se positionnant savamment sur le seuil de la pièce, en digne Griffondor qu'elle était. S'il voulait sortir, il n'aurait d'autres choix que de lui passer sur le corps, foi de Minerva McGonagall...
- Minerva, laissez-moi passer.
- Non, Severus, insista-t-elle. Pas avant que vous ne m'ayez expliqué pourquoi vous n'êtes toujours pas prêts. Nous avions prévu d'y aller dans une heure, vous devriez être en plein conciliabule...
Severus releva ses yeux sombres vers elle, et lui décocha une moue dédaigneuse.
- Finalement, je n'ai pas besoin de vous et des incapables qui constituent l'Ordre, répondit-il hautain. Je me débrouillerai seul. Cela vaut beaucoup mieux.
- Qu'est-ce qui vaut beaucoup mieux? S'enquit Tonks, qui venait à son tour d'arriver derrière McGonagall.
- Severus, vous n'y pensez pas, rétorqua la Directrice de Poudlard, incrédule et suspicieuse, sans prêter attention à la jeune Auror. Qu'est-ce qui a encore bien pu se passer ?
- Ce n'est rien, Minerva, intervint Rémus. Juste une nouvelle altercation entre Severus et Sirius.
- Tais-toi, lupus, nous n'avons pas besoin de tes précieux conseils, cracha Severus haineux.
- Taisez-vous vous aussi, Severus, ordonna McGonagall d'un ton sans appel. Allez-y Rémus, je vous écoute.
Le dénommé relata alors rapidement ce qui venait de se passer, essayant d'épurer son récit de tout sentiment ou de tout commentaire non objectif. A la fin de l'histoire, un soupir fatigué et déçu échappa à McGonagall.
"Ah... Ces deux-là, ils ne changeront jamais, même après toutes les bonnes résolutions du monde... ", pensa-t-elle, avant d'ajouter à voix haute :
- Vous êtes impossibles tous deux. De vrais gamins. Sirius, même si vous pensez avoir toutes les bonnes raisons du monde pour exiger des excuses de la part de Severus, vous n'êtes pas en droit de remettre en cause les décisions de l'Ordre. Notre mission d'aujourd'hui est d'une importance capitale, même si cela ne vous apporte rien personnellement, ni à l'Ordre. Quant à vous, Severus, cessez donc de bouder et de faire le fier.
Severus voulut s'offusquer. De quel droit s'adressait-on à lui de la sorte, comme à un gamin de dix ans? Mais, à nouveau, Minerva fut plus rapide.
- Non, je ne veux rien entendre de plus. Vous réglerez ce problème plus tard. Pour l'heure, nous devons réviser nos plans, pour s'assurer que tout se passera bien.
Et sans plus attendre, elle tira d'une de ses poches les plans de Gringotts, qu'ils avaient réussis à dérober grâce à l'un de leur sympathisant, et commença à donner ses consignes. Tous écoutèrent alors attentivement et se concentrèrent sur leur nouvel objectif de mission : à savoir le fameux coffre des Princes.
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- Ne stresse pas comme ça, fit Sirius, cherchant à rassurer l'homme à ses côtés, tous deux cachés dans l'ombre d'une petite ruelle déserte.
- Qu'est-ce qui te dit que je suis stressé, Black ? Répondit celui-ci d'un ton mordant.
- Arrête Severus, je commence à te connaître. Quand tu pinces les lèvres comme ça, et que tes mâchoires se crispent, c'est que tu es inquiet.
- Je ne suis pas inquiet, Black. Alors lâche-moi, veux-tu ? Je suis simplement sceptique.
- Sceptique ? A cause de quoi ? Ou de qui ? A cause de Harry ? Ne t'inquiète pas, il jouera le jeu, il n'est pas aussi stupide que tu te plais à le croire…
Mais Sirius ne put aller plus loin dans son argumentation, Severus le coupant d'un regard noir assassin.
- Black, tiens-en toi à ton rôle, et fais le guet. Cette tâche n'est tout de même pas trop difficile pour toi, si ?
Cette remarque acerbe et acide eut l'effet escompté, et Sirius se tut, une lueur à la fois peinée et agacée dans ses prunelles d'habitude si rieuses.
- Snape, c'est à nous, fit Sturgis, tout en rejoignant d'un pas vif les deux hommes. Allons-y.
Severus acquiesça d'un simple signe de tête. Il porta alors une petite fiole à ses lèvres et en but le contenu, ne pouvant toutefois empêcher un rictus écoeuré d'assombrir son visage. La transformation commença quelques secondes à peine après l'ingestion du polynectar, et Sirius et Sturgis purent voir les traits de Kingsley apparaître peu à peu à la place de ceux de Severus.
Quand la transformation fut achevée, Severus retint tout juste un dernier haut le cœur, avant de pouvoir contempler la réaction de ses deux compères. Visiblement, la métamorphose était réussie, à en voir leur air estomaqué.
- Allez-vous rester bêtement là à m'admirer ainsi, ou envisagez-vous de connecter enfin vos deux neurones ? Demanda Severus, un sourire goguenard illuminant son nouveau visage.
Sans même prendre la peine de répondre, Sturgis prit le chemin de Gringotts qui les attendait à l'autre bout de la grande rue, quelques mètres plus loin, et Severus lui emboîta le pas, non sans avoir jeté un dernier regard caustique à Black, alors que ce dernier reprenait sa forme de canidé. Tonks attendait, avec une patience difficilement feinte, ses deux « collègues » sur le perron de la banque, et une fois réunis, tous trois pénétrèrent aussitôt dans le bâtiment, déjà investi par une foule assez conséquente.
Quand ils franchirent le seuil, ils furent instantanément accueillis par un des Gobelins. En effet, une visite de trois Aurors, qui plus est pas des moins réputés, ne pouvait passer inaperçue en ces temps troublés, et, bien qu'ils ne fussent bien souvent pas vraiment les bienvenus, ils étaient toujours accueillis avec déférence. Le Gobelin leur offrit un salut froid et limite grossier, mais ne fit cependant aucun obstacle à leur entrée, leur indiquant simplement à qui s'adresser pour le problème qui les amenait.
Ils se dirigèrent donc vers le guichet où les attendait un autre Gobelin, encore plus austère et revêche que le précédent. En traversant la salle, ils purent remarquer Rémus se laisser soumettre, sans aucune protestation, et armé de son calme olympien légendaire, aux divers contrôles que les Gobelins lui imposaient. En tant que loup garou, il n'était effectivement guère le bienvenu et devait souvent, surtout en un lieu aussi sécurisé, montrer patte blanche en acceptant toutes les vérifications de sécurité possibles et inimaginables… Cependant, bien qu'il n'ait rien à se reprocher et qu'il voulut seulement pouvoir accéder à son maigre coffre, les sortilèges et autres appareils sorciers, que les Gobelins utilisaient pour leurs mesures de sécurité, ne semblaient plus savoir où donner de la tête, et clignotaient à tout va l'alarme de danger…
Encore un « avantage » de son côté loup garou… Et pour une fois, cet « avantage », souvent encombrant, allait jouer en leur faveur.
« Parfait, première phase du plan en marche… » pensa Severus, souriant intérieurement. Lupin jouait pour le moment son rôle à la perfection, en déréglant, soit disant involontairement, toutes les mesures de protection des Gobelins…
- Bonjour, commença Sturgis, alors qu'ils arrivaient enfin au bout de la salle, devant le guichet du vieux Gobelin. Nous venons pour une perquisition et une saisie d'un coffre.
Se disant, il tendit un parchemin de mandat officiel du Ministère, visé par un membre du Magenmagot en personne.
- Ah, le coffre des Princes, fit le Gobelin, comme s'il réfléchissait tout haut, tout en parcourant attentivement le parchemin. Le coffre contenant l'héritage du traître qui a tué Albus Dumbledore…
Severus se retint à grande peine de ne pas avadakedavariser sur le champ la demi-portion qui venait de l'insulter sans le savoir, et parvint, bien que difficilement, à garder son sang froid et à ne rien laisser paraître.
- Avez-vous au moins la clé ? Continua le Gobelin. Cela nous facilitera la tâche, en nous évitant de longues et fastidieuses démarches administratives, ajouta-t-il d'un ton sec et autoritaire, en observant d'un regard scrutateur par-dessus ses demi-lunes les trois Aurors qui lui faisaient face.
- Oui, la voici, répondit Severus, qui avait heureusement prévu également une potion modifiant sa voix, lui permettant ainsi d'imiter au mieux celle de Kingsley, aux intonations moins graves et moins suaves.
Joignant le geste à la parole, il montra la dite clé, sans pour autant la remettre de suite au Gobelin… Ce dernier regarda le précieux petit objet avec une certaine avidité, puis reporta son attention sur le parchemin. Il le contempla encore de longues minutes, lançant divers sortilèges de vérification. Quand il sembla enfin satisfait, il fit signe à deux autres de ses homologues d'approcher.
- Vous accepterez certainement de vous soumettre à certaines mesures de vérification d'identité.
L'air faussement mielleux du petit être ne trompa personne et tous comprirent que cette pseudo invitation n'appelait aucun refus.
- Mais bien sûr, fit Sturgis avec un sourire affable.
Il tendit aussitôt sa baguette, la pointe dirigée vers lui, afin que son geste ne soit pas interprété comme un geste d'agression, et la confia à l'un des gobelins, qui s'empressa de l'observer sous toutes les coutures tout en lui jetant moult sortilèges.
- Nous ne pourrons pas vous soumettre à toutes nos mesures habituelles, expliqua le second Gobelin pendant que l'autre continuait ses tests. Car certains de nos dispositifs ont été malencontreusement mis hors d'usage…
A ses mots, le gobelin lança un regard acéré et furieux au loup garou responsable de ce désastre, et qui se tenait encore à l'une des extrémités reculées de la salle… « Ce maudit lupus risque de nous obliger à fermer la banque pour remettre nos mesures de protection au point… Nous faire perdre tant d'argent, tout ça pour aller visiter un misérable coffre qui ne vaut pas un liard… » pensa le petit être rabougri… Pensées amères et hostiles si fortes, qu'elles furent aisément perçues par nos trois comploteurs.
Au bout d'un certain laps de temps, le gobelin, qui vérifiait la baguette de Sturgis, grimaça, visiblement rassuré, et d'un signe de main indiqua à l'Auror de s'avancer vers son confrère. Celui-ci lui lança d'abord quelques sortilèges d'identification magique, permettant de détecter si l'apparence et la signature magique correspondaient, puis lui fit boire une potion amère destinée à révéler sa véritable apparence, si tant est que celle-ci aurait été dissimulée d'une quelconque façon, plus ou moins connue. Sturgis passa tous ses tests haut la main, et offrit un large sourire aux gobelins.
Severus observait attentivement la scène, légèrement tendu. C'était la phase critique, dirons-nous… Dans quelques minutes à peine, cela allait être son tour… Que Merlin soit avec lui, pour une fois dans sa vie… Ce serait dans peu de temps le tour de Tonks et alors…
Tonks s'avançait en effet déjà vers le premier Gobelin vérificateur, tendant sa baguette de la même façon que Podmore l'avait fait lui-même, quand un brouhaha, léger d'abord, puis enflant progressivement, accompagna l'entrée d'une tierce personne.
Tierce personne qui n'était autre que notre célébrité nationale, autrement dénommée le Survivant, ou Harry Potter pour les plus intimes.
« Pile poil à l'heure, pensa Severus. Pour une fois qu'il arrive à respecter un horaire… ». Toute une foule commençait déjà à s'agglutiner autour du futur Héros du monde sorcier, et la presse, qui comme par hasard se trouvait également présente, s'évertuait à le prendre en photo et à demander des interviews au jeune homme à la cicatrice. Celui-ci ne paraissait pas particulièrement joyeux de se retrouver en pareille posture, et essayait de s'esquiver, mais en vain. Il n'avait aucune échappatoire possible dans cet endroit confiné, et il n'avait d'autre choix que de faire face à ce nouvel assaut de fans et de rapaces paparazzis…
Les gobelins, pour leur part, ne semblaient guère plus heureux, se sentant submerger à leur tour alors qu'ils essayaient désespérément de contenir la foule et les journalistes, pour éviter qu'un tragique incident sur la personne d'Harry Potter n'arrive en leur humble demeure… Ils n'avaient pas besoin de ce genre de publicité désastreuse. La mort du Héros national dans leur banque, que ce soit par étouffement ou piétinement, était la dernière chose dont ils avaient besoin. Mais ils se retrouvèrent vite dépassés, leur petite taille n'aidant en rien… Ainsi, les deux gobelins chargés de contrôler les trois Aurors durent se joindre à leurs collègues, laissant, avec un rictus contrit en guise d'excuses, les représentants de l'ordre face au vieux gobelin qui avait examiné leur ordre ministériel.
Sturgis profita alors de ce moment de confusion pour intervenir.
- Nous ne pouvons nous permettre d'attendre plus longuement, commença-t-il d'un ton courtois, mais péremptoire. Vous comprendrez aisément l'importance de notre mission, et il nous est impossible de la repousser à demain.
- Mais je ne suis pas habilité à faire les contrôles nécessaires, tenta d'argumenter le gobelin, perdant quelque peu de son assurance. Nous devons attendre que mes confrères aient fini de régler ce problème.
- Non, notre temps est compté. Nous devons faire notre perquisition sur le champ, continua Sturgis. En outre, la présence d'une telle foule pourrait compromettre notre mission. Vous ne voudriez tout de même pas, que l'on se voie contraint d'expliquer au Ministre pourquoi celle-ci n'a pu aboutir comme elle se devait…
Le gobelin les considéra un instant de son air revêche, visiblement partagé entre l'envie de refuser et la peur de contredire un ordre du Ministre lui-même. Finalement, cette dernière l'emporta, et il accepta, à contre-cœur, de les laisser passer, après un rapide contrôle de leur baguette magique. Après tout, que craignait-il avec trois représentants de l'autorité judiciaire ? Rien, n'est-ce pas ? Surtout que l'un d'entre eux avait passé toutes leurs mesures de protection sans problème… Pourquoi serait-ce différent pour les deux autres ?
L'esprit rasséréné par ce brillant raisonnement, le gobelin confia les Aurors à un autre de ses collègues pour les guider dans les sombres dédales de la banque. Ce dernier les fit monter dans une barque branlante, afin de les conduire jusqu'au dit coffre, à plusieurs mètres plus bas.
Ce n'est qu'une fois assis dans la barque étroite, que Severus sentit un profond soulagement et parvint à se détendre légèrement, son attention maintenant entièrement tournée vers sa destination… Vers son héritage, vers la réponse à toutes ses questions, vers la clé de tous ces mystères concernant sa famille… Enfin, il l'espérait…
Se laissant guider dans les méandres des galeries souterraines, ils arrivèrent rapidement devant la lourde porte gardant le fameux coffre des Princes.
- Le voilà, souffla Severus, contenant difficilement l'émotion qui menaçait de le noyer. Le voilà, enfin…
D'une main presque fébrile, il tendit la clé au gobelin, qui leur ouvrit la porte, dans un grincement sinistre, laissant entrevoir une caverne sombre plutôt encombrée… Non pas d'or, comme on aurait pu s'y attendre, mais encombrée de tout un fatras étrange. Le gobelin s'écarta de côté, pour les laisser entrer. Incapable d'aller plus en avant, Severus observa un instant la salle voûtée qui étendait ses trésors devant lui, alors que son cœur battait à un rythme effréné contre sa frêle cage thoracique et que son sang pulsait follement dans ses veines brûlantes…
Sturgis et Tonks restèrent silencieux, légèrement en retrait, voulant respecter ce moment si particulier et si crucial pour le Serpentard, dont il sentait inconsciemment l'intensité des émotions. Severus parvint enfin à sortir de sa transe contemplative et franchit le seuil de la caverne, d'un pas hésitant et presque chancelant. Un faible lumos, à peine murmuré, lui permit de mieux en apercevoir le contenu.
Qu'elle ne fut pas sa surprise, quand il vit d'immenses étagères se dresser tout autour de lui, remplies d'ouvrages et d'objets, tous plus anciens les uns que les autres, de vieilles reliques et de divers bocaux, que Severus reconnut sans peine comme étant des ingrédients plus ou moins rares et interdits pour potions… Il était tout simplement ébahi et stupéfait, ne s'étant attendu en rien à un tel héritage. Non pas que celui-ci était pour lui déplaire… Bien au contraire, il n'aurait pu rêver mieux…
Sturgis et Tonks choisirent alors ce moment, pour se risquer à leur tour dans le coffre, et restèrent eux aussi impressionnés du tableau qui s'offrait à eux…
Severus remarqua à peine l'entrée de ses deux compagnons, et laissa son regard ténébreux embué d'émotions errer sur la salle pierreuse, essayant d'évaluer quelle étendue de savoir tout ceci pouvait bien représenter, quand ses yeux tombèrent brusquement sur un pupitre disposé au milieu de la pièce… Après quelques secondes d'hésitation, il s'avança lentement vers le dit pupitre, et aperçut un livre très ancien, dont les pages menaçaient de tomber au moindre geste indélicat, précieusement posé dessus et protégé d'un socle en verre.
Il souleva doucement le socle, comme s'il manipulait la dernière des merveilles, et sentit étrangement comme une légère onde électrique le parcourir. « Certainement un sort de protection, peut-être même lié au sang des Princes… » pensa-t-il, tout en approchant une main tremblante du vieux livre presque émietté. Il en caressa amoureusement la couverture, palpant chaque rainure inscrite par le temps, prenant un plaisir singulier à sentir chaque grain et chaque strie le marquant comme objet unique…
Après un long moment, il se décida enfin à l'ouvrir, tournant précautionneusement les pages une à une, retenant quasiment sa respiration de peur que le moindre souffle ne réduise en poussière ce précieux bijou… Il parcourut rapidement les fines écritures à l'encre ternie qui parsemaient les pages jaunies par les siècles, lisant en diagonale, allant de consternation en consternation… Ce livre relatait l'histoire de sa famille, de la famille des Princes, remontant jusqu'au temps… jusqu'au temps de Merlin lui-même. Tout y était, de la naissance de leur lignée, jusqu'aux derniers héritiers connus, c'est-à-dire Eileen et lui… Il entraperçut également l'évocation de l'Oracle… Ce fameux Oracle…
Il aurait bien été tenté de s'installer tout simplement là, et de lire attentivement ce formidable manuscrit si précieux à ses yeux, mais il ne pouvait se le permettre… Leur subterfuge pouvait à tout moment être découvert… Il dut donc à contre-cœur le refermer. Cependant, il garda un instant une main protectrice sur l'antique reliure, les yeux fermés en un court moment de recueillement. Peut-être allait-il effectivement trouver les réponses à ses questions… Oui, peut-être était-il arrivé le temps de renouer avec son passé et son héritage magique…
Tout à coup, un raclement de gorge discret, venant de derrière lui, le ramena à la dure réalité.
- Désolée de vous déranger en pareil moment, fit Tonks, d'une petite voix timide, mais nous ne pouvons rester plus longtemps.
Severus laissa échapper un faible soupir, mais concéda cette juste remarque. Il s'empressa donc de revêtir à nouveau son masque impassible, avant de se tourner vers la jeune métamorphomage.
- Oui, vous avez raison, répondit-il. Pensez-vous qu'il serait possible de tout emporter ?
Sturgis émit un léger grondement, mais se reprit bien vite face au regard de vif reproche que lui décocha sa jeune collègue.
- Cela devrait pouvoir s'arranger, répliqua-t-elle d'un ton alors plus assuré, sans pour autant lâcher Sturgis des yeux. Après tout, nous sommes venus pour cela.
- Bien, alors je m'occupe de ces étagères, et vous, Tonks, de celles-ci, lâcha le vieil Auror, d'un air quelque peu maussade. Vous, Snape, vous n'avez qu'à vous charger de ceci, fit-il en désignant le pupitre, ainsi que deux coffres et un établi situés au fond de la pièce.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Ils réduisirent à coup de baguette magique les divers ouvrages et objets, laissant ainsi les étagères désespérément vides, et les empilèrent délicatement dans des malles qu'ils avaient trouvées dans un coin de la pièce et dont ils avaient rapetissé le contenu pour avoir plus de place. Une fois leur lourde tâche achevée, Severus se tourna vers le pupitre, et lança divers sortilèges de protection et de conservation sur l'ouvrage ancien, avant de s'en emparer presque religieusement, le calant soigneusement sous son bras. Sturgis lui proposa de le joindre aux autres livres, mais Severus le fusilla littéralement du regard. Il était hors de question qu'il confie ce manuscrit à qui que ce soit, et qu'il prenne le risque qu'il soit malencontreusement détruit…
En sortant du coffre, ils trouvèrent le guide gobelin les attendant sagement à la porte. Celui-ci eut bien un regard curieux et suspicieux, quand il les vit sortir avec plusieurs caisses réduites de taille, mais fut vite découragé de poser la moindre question par le regard meurtrier de Severus… Bien que sous les traits de Kingsley, il ne semblait pas avoir perdu de son pouvoir autoritaire…
Arrivés au grand hall d'entrée, ils purent constater avec soulagement qu'Harry était toujours aux prises avec ses fans et les journalistes, leur permettant une fois encore de partir sans trop attirer l'attention. Toutefois, trois gobelins semblaient les avoir tout de même remarqués et s'avançaient vers eux pour les empêcher de sortir sans un dernier contrôle. Sturgis les arrêta alors d'un signe de main péremptoire et leur déplia sous le nez l'ordre ministériel.
- Nous avons l'autorisation, et même l'ordre officiel, de rapporter tout ceci aux autorités compétentes. Pour enquête complémentaire. Maintenant, si vous le permettez, nous devons y aller.
Les gobelins semblèrent hésiter un instant, provoquant des sueurs froides à Severus, mais finalement cédèrent et les laissèrent sortir, bien que grommelant entre leurs dents.
Quand ses pieds foulèrent de nouveau le sol poussiéreux de la rue, Severus sentit un lourd poids le quitter. Ils avaient réussi… Ils avaient bel et bien réussi et réalisé un véritable coup de maître, en volant, au nez et à la barbe des gobelins, pourtant si réputés en matière de sécurité, le contenu d'un coffre entier… Un exploit… Non, un miracle… Merlin avait peut-être finalement décidé de l'aider…
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Severus referma le manuscrit avec déférence. Manuscrit précieux… Très précieux… qui venait de lui relater l'histoire de ses ancêtres, son histoire, et qui venait ainsi de lui révéler ce qu'il était, qui il était… Déconcertant et fabuleux à la fois. Jamais il ne se serait attendu à pareille révélation, même dans ses rêves ou dans ses cauchemars les plus fous.
Sentant un trop plein d'émotions l'envahir à nouveau, il ferma un instant les yeux, comme pour mieux se remémorer les informations emmagasinées, comme pour mieux s'en imprégner. Tout ceci paraissait tellement irréel… Et pourtant cela expliquait tant de choses, tant de choses étranges l'entourant…
Qui aurait pu imaginer ça ? Qui aurait cru que la lignée des Princes soit si ancienne et si entourée de hauts faits de Magie ? Celle-ci remontait au temps de Merlin lui-même… Non, pour être plus précis, cette lignée remontait au temps de Morgane. En fait, les Princes étaient les derniers descendants de Morgane la fée… Pourtant Mordred, le fils de cette célèbre légende, était censé être mort, lors de son conflit avec son père, le Roi Arthur, conflit où ils s'étaient entretués. Mais ce que la légende moldue avait laissé aux oubliettes au fil du temps, c'est que Mordred avait une sœur jumelle, du nom de Marwena.
Vraisemblablement, cette jeune fille avait été confiée, dès son plus jeune âge, aux bons soins et aux sages enseignements des Dames du lac sur l'île d'Avalon, et elle fut volontairement laissée dans l'oubli, elle et ses descendants. En effet, il s'était rapidement avéré qu'elle possédait de formidables prédispositions dans certains domaines, tels les potions ou la magie de l'esprit, magie à laquelle la legilimencie sera rattachée plus tard… Prédispositions héréditaires et tellement prisées…
Ces dons héréditaires étaient, il est vrai, extrêmement rares, et nombre de mages auraient persécuté sans scrupule quiconque les possédait, pour s'approprier ces pouvoirs uniques. Sans compter qu'à la mort de Viviane et de Morgane, Marwena devint la dernière héritière de l'immense savoir détenu par ces sorcières renommées, concernant la Magie ancestrale. Magie ancestrale aux pouvoirs puissants mais ô combien difficilement maîtrisables, appelée des siècles plus tard Arts Sombres… Ce nom mystique faisait parfaitement ressortir la dangerosité de cette magie, qui faisait appel aux forces brutes de la nature, à l'essence vitale de chaque être vivant, Magie qui faisait appel aux forces commandant la vie et la mort…
Marwena s'avéra alors une des seules sorcières de son temps capables de maîtriser cette délicate magie, sans sombrer elle-même dans une folie destructrice ou sans en laisser la vie. Encore une particularité de son héritage magique…
Mais les siècles s'écoulant, ce dernier don sembla s'estomper, et le savoir des Princes concernant les Arts Sombres fut peu à peu émietté, pour se perdre définitivement, ou presque… Les quelques descendants qui s'y risquèrent malgré tout, en moururent rapidement, ou devinrent fous à lier… C'est ainsi qu'apparurent les premiers Mages Noirs, semant terreur et chaos sur leur passage, détruisant tout dans leur sillage… C'est ainsi que les Arts Sombres furent tristement affublés du surnom de Magie Noire…
Severus avait reçu un véritable électrochoc en lisant cette sombre histoire… Il appartenait donc à une famille de célèbres Mages Noirs, tous plus déments les uns que les autres, des criminels et des meurtriers tous plus sanguinaires que leurs prédécesseurs… Le Seigneur des Ténèbres pourrait presque paraître un enfant de chœur en comparaison… Et en y réfléchissant bien, Severus avait la sinistre impression de ne pas déroger à la règle et à la malédiction pesant sur sa famille… Il était lui aussi un meurtrier et un assassin, un Mage Noir…
Et il y avait aussi ce maudit Oracle. Oracle qui avait été proféré à deux reprises. D'abord au cours de l'antiquité, à Delphes même, site réputé pour leur divine pythie… Puis répété au cours du siècle dernier par un centaure, qui devait certainement être encore vivant à l'heure actuelle, si Severus se souvenait bien… Oracle qui proclamait l'arrivée prochaine d'un sorcier puissant, mais aussi dangereux, destiné à protéger « l'Elu »… et qui pourrait faire basculer la victoire d'un côté comme de l'autre…
Quel lourd héritage… Quel lourd patrimoine… Finalement, il aurait peut-être préféré ne rien savoir, ne pas avoir les réponses à ses questions… Non, pour être honnête, il aurait tout fait pour savoir de toute façon. Inutile de revenir sur ce qui avait été fait. Il devait savoir, il en avait besoin, il sentait qu'il n'aurait pas pu avancer sans cela… Aussi difficile que cela puisse l'être de l'accepter. Maintenant, il devait faire face. Sachant cela, peut-être pourrait-il mieux maîtriser sa destinée…
A cette pensée, il laissa échapper un léger rire sarcastique. Voilà qu'il commençait à croire à la Destinée et à la Fatalité… Pathétique ! Bientôt, il irait voir Trelawney pour requérir une de ses prédictions sans queue ni tête…
- Qu'est-ce qui te fait rire ainsi ? Demanda Sirius, qui venait d'entrer dans le salon où Severus s'était installé.
Cette intervention inopinée de l'animagus fit taire instantanément Severus, rompant le flux tumultueux de ses déprimantes réflexions.
- Rien qui ne te concerne, Black, rétorqua le Maître des potions, d'un ton glacial.
Sirius tiqua à la répartie peu avenante du Serpentard, et réprima difficilement une riposte digne de ce nom. Ce n'était pas le moment de raviver les hostilités… Nuwan lui avait demandé de se montrer diplomate et de ne pas perturber son père outre mesure, car elle le trouvait préoccupé depuis que l'Ordre avait fait son petit tour à Gringotts. Il avait donc cédé… Pour elle, il avait accepté… bien que cela lui coûtât énormément. Mais il tenait à elle, et serait prêt à tout pour elle… Il était même prêt à se contenir face à Severus…
Nuwan et Mixiel n'avaient pas encore pu prendre connaissance de ce que Severus avait vu et ramené, et ce dernier leur avait demandé un peu de temps… Pour que Severus semble si réticent à parler de son « héritage », de l'héritage des Princes, c'est que celui-ci devait être sacrément perturbant…
- Severus, tenta-t-il quelque peu hésitant, et cherchant les mots appropriés pour aborder le sombre Serpentard.
« Rester diplomate… Rester diplomate… », se répétait-il désespérément, alors que les mots lui manquaient.
- Sirius, si tu es venu à nouveau pour me chercher des puces dans la tête, tu ferais mieux de retourner avec tes amis. Je ne suis vraiment pas d'humeur.
- Tu n'es jamais d'humeur de toute façon, lâcha Sirius, réalisant trop tard ce qui venait de lui échapper. Confus, il se mordit les lèvres, attendant avec appréhension la réaction forcément violente de son vis-à-vis.
Mais, à sa grande surprise, aucun cri, aucun sarcasme ne vint. Non, au lieu de cela, un simple sourire en coin lui répondit. Quand il vit les fines lèvres de Severus s'étirer légèrement, Sirius ne put réprimer un froncement de sourcil.
- Ne me regarde pas aussi bêtement, reprit Severus, le sourire s'effaçant aussitôt. Bon, que voulais-tu encore, que je puisse retourner à mes occupations ?
- Je venais juste voir, où tu en étais de tes recherches ou de tes lectures.
- Pourquoi ? Cela t'intéresse donc tant que ça ?
- Oui, je suis de nature curieuse. Mais je pense aussi, que deux autres personnes ont hâte de pouvoir partager ce que tu as bien pu découvrir de si… perturbant et de si troublant sur leur famille.
Severus observa l'ancien Maraudeur droit dans les yeux, comprenant immédiatement de qui parlait Sirius. Oui, Nuwan et Mixiel aussi devaient mourir d'impatience de lire cette histoire et de comprendre à leur tour ce qui les caractérisait… Mais comment leur dire ? Comment leur expliquer ?
Comme oubliant la présence de Sirius, Severus baissa la tête, laissant son regard froid et sombre errer dans les flammes rougeoyantes du feu de cheminée crépitant chaleureusement.
- Oui, je vais leur parler, fit-il soudain, après de longues minutes de silence.
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Mixiel et Nuwan gardèrent le silence à la fin du récit de Severus, et après avoir lu rapidement quelques passages clés du manuscrit. Pour eux, le choc semblait bien plus profond encore que celui que Severus avait éprouvé. Et pour cause, ils n'avaient certainement encore jamais eu affaire à la Magie Noire, ils n'avaient jamais dû goûter à ses attraits maléfiques... Pour eux, les Arts Sombres et la Magie Noire étaient encore étroitement liés, et apprendre que leur héritage comportait peut-être autant de noirceur et de ténèbres devait être perturbant...
Severus les laissa méditer un instant, voulant respecter leur besoin de silence. Il était lui-même plongé dans ses propres réflexions, quand Nuwan coupa court à l'atmosphère tendue qui s'était abattue sur eux.
- Que comptez-vous faire? Demanda-t-elle, la voix encore quelque peu altérée par le flot d'émotions qui l'avait submergée.
Severus la regarda, une lueur d'incompréhension dans ses orbes noirs.
- Que comptez-vous faire au sujet de l'Oracle? Et que comptez-vous faire concernant cet héritage? Précisa-t-elle.
Severus hésita à lui répondre. Que devait-il leur dire? Etaient-ils aptes à entendre ce à quoi il avait songé? Devait-il leur révéler ce qu'il envisageait peut-être de faire, bien qu'il n'ait pas encore pris totalement sa décision? Après les avoir rapidement sondés du regard, il opta pour la franchise...
- Pour l'Oracle, je ne sais pas réellement quoi en penser. Je n'ai jamais pris ce genre de choses au sérieux auparavant. Cependant, dans le cas présent, de nombreux éléments semblent converger vers ce qui a été prédit... Alors peut-être devrions-nous ne pas prendre cette prédiction à la légère?
Il fit une pause de quelques secondes, détournant légèrement les yeux vers les flammes dansantes dans l'âtre de pierre, avant de reprendre d'une voix plus basse, presque en un murmure.
- Toutefois, comme je vous l'ai déjà expliqué, si cet Oracle est véridique, il est fort probable qu'il parle de moi, et non de Mixiel. Mais, même si mieux vaut le garder dans un coin de notre esprit, je ne pense pas que cela change foncièrement ma ligne de conduite. Tout du moins pas dans l'immédiat.
Les jumeaux hochèrent la tête montrant ainsi leur assentiment, alors que Severus poursuivait déjà.
- Quant à notre héritage, nous pouvons considérer que ce qui vient de nous être révélé est fiable, puisque nous avons déjà eu l'occasion d'en vérifier une bonne partie. L'aggelomencie et la maîtrise de la Magie de l'esprit sont effectivement notre lot à tous trois, ainsi que la maîtrise de l'art des potions. Tout du moins pour Mixiel et moi, ajouta-t-il rapidement quand il vit la réaction surprise de Nuwan.
Une moue à la fois dubitative et désabusée apparut sur le fin visage de la jeune femme. Ce qui fit rire sous cape Mixiel, tandis que Severus se contenta d'un léger sourire moqueur.
- Mais avec un peu d'attention et de concentration, je suis persuadé que tu parviendrais au même niveau que ton frère, continua le Serpentard. En contrepartie de ces dons, il nous est impossible de nous métamorphoser, la Magie de l'esprit ayant apparemment besoin d'une certaine… « stabilité »… Bref, nous avons pu effectivement goûter à une partie de notre héritage. Il serait donc tout à fait judicieux de penser que le reste n'est pas mensonge ni utopie...
- Ce qui voudrait dire... commença Mixiel, mais il n'osa pas finir sa phrase, redoutant qu'en prononçant lui-même ces mots, cela ne devienne plus réel encore...
- Ce qui voudrait dire, que nous appartenons à une famille de redoutables Mages noirs, dont la plupart sont devenus des meurtriers sanguinaires. Oui, effectivement Mixiel, fit Severus, complétant les pensées de son fils à sa place. Mais cela ne signifie pas pour autant que nous... enfin, se corrigea-t-il aussitôt, cela ne signifie pas pour autant que VOUS êtes vous-mêmes des assassins sans scrupules. Nous sommes probablement plus facilement attirés par cette sombre Magie, cette énergie coulant déjà dans nos veines, nous imbibant sans doute insidieusement, mais ce n'est pas non plus une fatalité. Il est toujours possible de résister à cet attrait... Ce n'est pas votre héritage magique qui choisit votre voie, mais vous, et vous seuls...
Severus se tut à nouveau, laissant ses paroles, si étonnamment sages venant de lui, s'insinuer dans l'esprit des jumeaux.
- Et vous? S'enquit Nuwan, visiblement anxieuse.
- Moi? Répondit Severus faussement intrigué.
Il avait en fait parfaitement compris l'allusion de Nuwan, mais aurait préféré esquiver la question... Ce qui apparemment ne semblait pas une option aux yeux de la jeune femme, ni aux yeux de son frère. Il soupira donc devant les regards scrutateurs de ses deux chérubins, et se décida à leur répondre.
- Et bien, me concernant, il est peut-être déjà trop tard...
- Non, il n'est certainement pas trop tard, il n'est jamais trop tard, s'offusqua Mixiel.
- Je croirais entendre Albus, plaisanta Severus, avant de reprendre un ton plus sérieux. Il faut regarder les choses en face, j'ai déjà fait appel aux Arts Sombres et à la Magie Noire, je suis loin d'avoir les mains blanches... Je suis un mage noir, et rien ne pourra y changer quoi que ce soit...
- Mais vous n'allez pas renoncer à vous battre, vous n'allez pas renoncer à résister à cet attrait malsain?
- Non, Nuwan, répondit Severus d'une voix légèrement plus basse. Non, je ne renonce pas, pas encore... Mais...
Il ne put en dire davantage, les mots s'étranglant dans sa gorge nouée. Comment leur dire qu'il sentait déjà cette emprise se resserrer sur lui, sans parvenir à s'en défaire ?
- Mais... vous pensez ne pas pouvoir résister longtemps, n'est-ce pas ? Intervint Nuwan.
Tous deux savaient parfaitement que leur père avait dû pratiquer la Magie Noire et ces arts occultes dans sa jeunesse, et qu'il avait certainement dû être obligé de reprendre ses anciennes pratiques... Le tout était de savoir jusqu'où il était allé... Etait-il allé si loin, qu'il avait peut-être dépassé le point de non retour ?
- Et personne ne peut-il donc vous aider? Insista Nuwan, ne désespérant pas de trouver une solution.
- Je ne sais pas. Albus n'étant plus parmi nous...
- Et Valâa? Fit soudain une voix grave provenant du mur.
- Albus! S'exclama Severus.
De quoi se mêlait ce maudit tableau ? Ne pouvait-il pas rester à dormir comme tous les tableaux, au lieu de se mêler de ce qui ne le regardait pas ?
- Qu'est-ce que la souveraine des vampires du Nord fait-elle dans cette histoire ? Demanda Mixiel, dont la curiosité venait d'être attisée de façon brutale.
- Valâa, comme toutes les créatures de la nuit qu'elle gouverne, possède la capacité de maîtriser les Arts Sombres sans démesure et sans risque de folie démente... expliqua Severus, d'un ton presque détaché. Ce qui, vu leur nature, n'est pas si difficile en soi, puisqu'ils ont perdu leur humanité, cette même humanité qui caractérise notre faiblesse face à cette Magie ancestrale.
- Donc, pour maîtriser les Arts Sombres et ne pas périr ou sombrer dans la folie, la solution serait que vous deveniez vampire à votre tour ? Conclut Nuwan, l'air quelque peu dépité et déçu.
Severus ne put se retenir de rire, un rire franc et net, comme rarement il en avait.
- Ce pourrait être une solution, parvint-il enfin à répliquer entre deux spasmes.
- Parce qu'il y en aurait une autre ?
Cette fois, c'était Mixiel. Et cette simple question, a priori inoffensive, eut l'effet d'une douche froide sur le Maître des potions, dont le rire se calma sur le champ.
- Peut-être...
- Comment ça, peut-être ? Insista Nuwan, qui avait visiblement les nerfs à bout.
- Sirius ne t'a rien dit ? Répondit Severus, surpris à son tour.
La jeune femme hocha la tête négativement.
- J'aurais pourtant cru qu'il t'aurait tout raconté, continua-t-il. Avant notre départ, Valâa m'a demandé une dernière fois si je voulais les rejoindre et devenir l'un d'eux, ce que j'ai de nouveau refusé. Elle m'a alors dit que je pourrais devenir un Mage Sombre, non pas comme nous, humains, nous l'entendons, mais au sens de Maître es Arts Sombres. Et elle a ensuite insisté sur le fait qu'elle pourrait me guider, qu'elle pourrait m'aider dans cette voie sombre et périlleuse...
- Alors voilà notre solution! S'exclama Nuwan, ne pouvant contenir son profond soulagement.
- Je n'ai encore rien décidé, tenta d'objecter Severus.
- Mais peut-être n'aurez-vous pas le choix, fit Mixiel, soutenant sa soeur envers et contre tout. Si c'est la seule solution à notre portée...
- Notre ? Questionna Severus, touché au fond de lui que les jumeaux se sentent aussi concernés.
- Oui, "nous". Maintenant que nous avons retrouvé un père, il est hors de question de le perdre si bêtement de nouveau...
Severus observa ses enfants silencieusement, ému, incapable de prononcer quoi que ce soit d'autres. De toute façon, il n'en avait pas besoin. Eux trois se comprenaient assez bien, sans avoir besoin de mots...
- Une dernière chose, reprit-il d'un ton plus sombre. Ce manuscrit, il désigna le vieux livre précieusement posé sur la table basse devant eux, fait brièvement référence à un rite très particulier. Un rite qui pourrait bien se révéler crucial pour nous, et pour l'Ordre.
Nuwan et Mixiel le dévisagèrent intensément, attendant la suite avec avidité.
- Dans un très bref passage, est évoqué un sujet aujourd'hui tabou, au sujet duquel le Seigneur des Ténèbres Lui-même a eu bien du mal à obtenir des informations. Et ce sujet n'est autre que les Horcruxes.
Un silence de plomb se répandit aussitôt dans la petite pièce. Les Horcruxes… Alors peut-être détenaient-ils enfin la clé de ces maudits Horcruxes, au sein même de leur héritage… Qui l'eut cru ?
- Ce n'est qu'une évocation rapide, sans autre explication, mais il est dit clairement que les Princes possèdent un écrit très rare, et très convoité à ce sujet, caché au sein de leur imposante bibliothèque de Gringotts, un écrit qui aura une apparence anodine pour quiconque l'examinera et que seul quelqu'un ayant le sang des Prince pourra lire.
- Les Horcruxes… répéta Mixiel, abasourdi par une telle révélation. Et avez-vous trouvé cet écrit ?
- Non, pas encore, répondit Severus, mais a priori nous avons tout emporté du coffre de Gringotts. Ce n'est donc plus qu'une question de temps.
- Et en avez-vous parlé à l'Ordre ? S'enquit Nuwan.
- Non, je ne comptais en faire part qu'à un petit nombre. Minerva… et peut-être Potter.
Ce dernier nom fut prononcé avec une teinte d'exaspération, que perçurent facilement les jumeaux. Mais ils ne firent aucune remarque et se contentèrent de rouler les yeux au ciel, avec une parfaite synchronisation. « Il ne changera donc jamais… », pensèrent-ils en chœur.
- Je vous confie ce manuscrit, continua Severus, ignorant leur réaction.
Se disant, il s'empara délicatement du livre ancien, et le tendit avec un profond respect à ses enfants.
- Prenez-en grand soin, conclut-il, d'une voix profonde. C'est un présent inestimable. Apparemment seuls les Princes peuvent le lire, mais gardez-le à l'abri, protégez-le.
Il se tut un instant, puis reprit, un nouvel espoir l'envahissant peu à peu :
- Partons maintenant à la chasse aux informations sur les Horcruxes… Trouvons ce mystérieux écrit, et alors nous pourrons peut-être apporter la victoire…
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- Non, Sirius, mieux vaut attendre. Ce n'est pas le bon moment…
Quand il entendit la voix de sa fille, Severus arrêta son geste, et sa main qui s'apprêtait à toquer à la porte resta suspendue en l'air. Espionner la conversation des autres pouvait s'avérer impoli, mais c'était souvent très instructif.
- Pourtant, il faudra bien qu'il se fasse à notre relation, insista Sirius derrière la porte.
- Il fait déjà beaucoup de concessions et essaie vraiment de tolérer mon attachement envers toi. Il lui faut du temps pour l'accepter pleinement. Ce n'est pas le moment de lui parler de mariage.
Le mot mariage résonna dans l'esprit de Severus comme une vibrante sonnette d'alarme. « Mariage » se répéta-t-il en lui-même. Sa fille ? Se marier ? Et avec Black ? Impossible, n'est-ce pas ?
Il faisait un cauchemar, ce ne pouvait être que cela… Oui, un cauchemar. Malheureusement pour lui, la suite le démentit.
- Oui, Nuwan. Je sais. Mais si on veut se marier cet été, il faudra le mettre au courant rapidement.
Cet été ? Non, pas si tôt… Nuwan était encore trop jeune, et elle méritait tellement mieux que Black… Sans compter qu'il avait le même âge que lui, son père…
Sirius s'apprêtait à ajouter d'autres arguments, mais Severus ne lui en laissa pas le temps et entra sans frapper, dans la pièce qui n'était autre que la chambre du Maraudeur.
- Ai-je bien entendu ou n'est-ce qu'un cauchemar éveillé ? Fit le Maître des potions, d'emblée, sans un bonjour, ni même un bref salut. Vous envisagez de vous marier ? Et quand aurais-je été mis au courant ? Quand vous en seriez été au troisième enfant peut-être ?
- Bonjour à toi aussi, Severus, répondit Sirius d'un ton provocateur.
- Ne te joue pas de moi, Sirius, s'emporta le Serpentard.
- S'il vous plaît, tenta Nuwan.
Mais les deux hommes ne la voyaient déjà plus, tous deux trop ancrés dans leur colère et leur nouvelle querelle.
- Je ne me joue pas de toi. Et de toute façon, tu n'avais pas à écouter aux portes, tu n'es pas censé nous espionner, dois-je te le rappeler ? Tu ferais mieux de retourner écouter aux portes de Tu-sais-qui… Ce sera bien plus constructif, et ça nous fera des vacances…
- Misérable cabot. Moi au moins, je suis utile à quelque chose, je ne me contente pas de geindre ou de faire le paon, dès qu'une femme passe à moins de deux mètres de moi…
- Comment oses-tu ? Répliqua Sirius, profondément offensé et blessé par cette remarque mesquine.
- J'ose, oui, j'ose, comme toi tu oses m'insulter… Et tu prétends vouloir épouser ma fille ?
- Oui, je veux l'épouser, et je l'épouserai, quoi que tu puisses en penser…
- Vraiment ?
- Oui, vraiment, et ce n'est pas…
Mais Sirius ne put achever le court de ses pensées.
- Assez ! S'écria Nuwan. J'en ai assez de vous entendre vous battre comme des mômes de quatre ans. Vous êtes censés être alliés, et je croyais que vous aviez mis vos anciennes rancoeurs de côté… Mais non, c'est plus fort que vous, au moindre petit obstacle, vous reprenez vos exécrables mauvaises habitudes. Non, taisez-vous, continua-t-elle, les empêchant de répliquer quoi que ce soit. Taisez-vous. Je ne veux plus vous entendre. Il n'y en a pas un pour rattraper l'autre. Non, Black, je ne me marierai pas à toi, tant que tu agiras de la sorte. Tu n'as pas à insulter mon père, effectivement. Quant à vous, PERE, vous ne valez pas mieux que lui… Ma décision est prise, j'épouserai Sirius, un jour ou l'autre, et je ne reviendrai pas là-dessus. Que vous soyez d'accord ou non. J'espère simplement que vous serez capable de l'accepter, si vous ne voulez pas me perdre… Et le plus tôt sera le mieux.
Quelque peu essoufflée par cette longue tirade, elle se tut momentanément, reprenant peu à peu ses esprits, en même temps qu'une respiration plus calme. Puis elle réalisa soudain ce qu'elle venait de déclamer. Etonnée elle-même d'avoir eu l'audace d'en dire autant, elle ne put que rester muette, étudiant tour à tour les réactions du Griffondor et du Serpentard. Mais elle n'avait plus besoin de mots, ses yeux sombres parlaient bien mieux pour elle, lançant des éclairs ravageurs qui vous glaçaient jusqu'aux os…
- Nuwan, tenta Severus.
- Non, vous n'avez rien à dire, reprit-elle, sa fureur l'animant toujours. Vous n'avez jamais rien eu à dire. Et même si je vous respecte beaucoup, je ne vous laisserai pas gouverner ma vie. Je n'ai jamais laissé personne la gouverner, et ce n'est pas aujourd'hui que ça changera.
- Mais… Nuwan, tenta-t-il à nouveau.
Sirius préférait rester silencieux. Il commençait à bien connaître les colères de la jeune femme, et mieux valait ne pas l'attiser outre mesure. Il se contenta donc d'observer le père et la fille se faire face. En y regardant de plus près, ils se ressemblaient beaucoup. Pas forcément physiquement, mais leur caractère était assez semblable, bien que Nuwan se soit montrée plus ouverte et plus douce… Cependant, question colère et furie, il pouvait dire de suite d'où elle tenait ce trait de caractère si sanguin…
- Non, assez. J'en ai marre, s'exclama-t-elle, hors d'elle.
Se disant, elle bouscula Severus et sortit, sans autre préambule, laissant seuls, et pantois, les deux adversaires de toujours.
Aucun des deux ne chercha à la retenir, ils savaient que c'était inutile, et même dangereux. Severus la regarda simplement s'éloigner, tandis qu'il sentait ses tripes se nouer, mille émotions s'entremêlant en lui. Il entendit des pas se rapprocher doucement derrière lui. Black, toujours Black... Black qui lui volait ses années à Poudlard, Black qui lui volait sa gloire, Black qui lui volait sa fille…Toujours et encore ce maudit Black… Et à cette pensée, la colère s'éleva à nouveau en lui, sa vieille amertume concernant l'ancien Maraudeur refaisant soudain surface, alors qu'il avait jusque-là réussi à la faire taire.
Il fit alors volte face, et fusilla Sirius du regard.
- Comme elle me l'a si bien dit, je ne peux rien empêcher, à mon grand regret, fit-il d'une voix basse et menaçante. Mais sache que je serais toujours là, dans l'ombre, à guetter, et que si tu lui fais le moindre mal, tu auras affaire à moi… Tu as intérêt à bien prendre soin d'elle, car il en va de ta vie.
Sirius fut pris au dépourvu par une telle déclaration. Il savait Severus très possessif, mais de là à montrer également un côté si protecteur… Il en fut tellement décontenancé, que les mots lui manquèrent. Seuls ses yeux parlèrent pour lui, marquant sa surprise mais aussi sa détermination.
Severus allait rajouter quelques savantes nuances à ses menaces, mais une brûlure bien particulière à son avant-bras gauche le coupa dans son élan. Il ne put que pincer les lèvres, pour étouffer un grognement de sourde douleur.
- Je dois y aller, dit-il enfin, au bout de quelques secondes d'intense observation de part et d'autre.
Sirius n'eut pas besoin d'explication supplémentaire pour comprendre. Il hocha donc simplement la tête en guise d'assentiment.
- J'étais venu te demander d'avertir Valâa de ma prochaine visite, ajouta Severus, tout en se tournant promptement vers la sortie. Dans quelques semaines, tout au plus.
Il commençait déjà à descendre les escaliers, après avoir fait venir à lui ses capes d'un discret accio, quand Sirius réagit enfin.
- Severus, le rappela-t-il. Je l'aime. Vraiment. Je prendrai soin d'elle comme personne.
- Tu as intérêt, entendit-il de l'escalier, Severus ne s'étant pas arrêté pour autant.
- Je ne suis pas ton ennemi, Severus. Ne l'oublie pas et ne gâche pas tout ! Ajouta Sirius, un peu plus fort, pour que sa voix parvienne en bas des marches, que Severus avait bientôt atteintes.
Mais aucune réponse ne lui parvint, le Maître des potions venait de franchir les quelques mètres le séparant encore de la sortie.
- A qui parles-tu ? S'inquiéta Rémus qui quittait à l'instant la salle d'entraînement et avait entendu les dernières paroles de son ami.
- A Severus.
- Ah, fut la seule réponse du loup garou, qui remarqua tout de suite l'air contrarié de l'autre.
« C'est pas gagné, entre ces deux-là… Ils sont vraiment impossibles… », pensa-t-il.
Fin du chapitre 50
