Merci à tous pour toutes vos reviews et de votre soutien à tous, qui m'ont grandement aidé à continuer. Je vous rassure tout de suite, je ne compte pas abandonner cette fic, loin de là, mais au vu des derniers événement ssurvenus dans ma famille, j'ai eu un grand passage à vide et j'en sors tout juste... enfin, je crois. L'écriture aide beaucoup, mais il n'en reste pas moins que parfois le coeur n'y est pas...
Bref, voilà enfin le nouveau chapitre tant attendu. J'ai dû le reprendre presque entièrement, compte-tenu des nombreuses petites incohérences qui l'encombraient ici et là dans sa version originelle. Rien de bien méchant, mais cela rendait le chapitre bancal, voire incompréhensible sous certains aspects, j'espère avoir corrigé comme il se doit. Si ce n'était pas le cas, je vous fais confiance pour me le faire remarquer... ;)
Toujours pas de grands conflits intérieurs, ni de grande avancée avec Ardwenna, même si elle fait une rapide apparition, masi une grande avancée côté Horcruxes... C'est quand même la quête principale...
Allez, j'arrête mon baratin, et vous laisse lire tranquillement, en espérant que cela vous plaira toujours autant! Bonne lecture!
CHAPITRE 51 : Départ à la chasse
L'homme tremblait à terre, se recroquevillant sous la douleur. Douleur intense, douleur cuisante, douleur à l'état brute, douleur si exaltante, si savoureuse… Douleur de l'autre dont il se délectait et qui lui donnait cette sensation de puissance incommensurable…
Soudain Harry se réveilla en sursaut, hurlant à pleins poumons, et en sueur.
- Ca va Harry ? Demanda Sirius, la voix tremblante d'appréhension.
Mais Harry resta l'air hagard. Ce n'est qu'après de longues minutes qu'il parvint à reprendre ses esprits et aperçut ses deux fidèles amis penchés sur lui, Sirius et Rémus juste derrière eux, une peur blanche inscrite sur leur visage… Une peur si semblable à celle qu'il avait senti s'élever au fond des entrailles de l'homme se tortillant à ses pieds quelques instants plus tôt dans ses visions.
A cette pensée, Harry sursauta… Qu'avait-il dit ? A SES pieds ? Comment l'homme pouvait-il se retrouver à ses pieds, alors qu'Harry était censé être à des kilomètres de cette scène étrange et torturante ? A moins que… Oui, à moins qu'il se soit à nouveau retrouvé en Lui ? Horreur…
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Severus haletait au sol, essayant de reprendre péniblement un semblant de respiration. Il n'avait reçu que peu de doloris cette fois-ci mais d'une intensité non négligeable.
Après de longues minutes, ses sens martyrisés parvinrent enfin à revenir à la réalité l'environnant et à percevoir la respiration saccadée et souffrante des quatre autres Mangemorts. Le cercle intime en entier avait eu droit à ce triste châtiment.
- Vous auriez dû prévoir cette perquisition. Vous auriez dû savoir. Toi surtout, Sssseverusss. Tu aurais dû prendre des dispositions. Cette erreur est inqualifiable.
- Oui, Maître, réussit à articuler le dénommé.
- Je ne savais pas que tu avais accès à ce coffre, continua l'Autre. Tu aurais dû m'en informer. Et t'enquérir d'aller visiter son contenu. D'autant plus que les Prince étaient réputés pour détenir des écrits précieux et rares…
Severus sentit son sang ne faire qu'un tour. Le Lord Noir savait-Il ? Savait-Il pour son héritage ? Savait-Il que les Prince possédaient peut-être un écrit sur les Horcruxes ?
- C'était une grave erreur de négliger cette « donation », Severus.
- Oui, Maître, je m'en rends compte maintenant.
- Mais il est trop tard, assena le Seigneur des Ténèbres, tel le coup de grâce.
A ces mots semblant sonner le glas, Severus s'attendait à une autre onde de douleur incessamment sous peu. Mais rien ne vint. Rien. Aujourd'hui apparemment, Il semblait d'humeur plus clémente.
- Passons, reprit le Lord Noir, d'une voix plus basse et plus lasse. Nous avons un problème plus urgent à régler.
Une fois Sa colère évaporée, Il paraissait soudain… faible. Oui, faible, fatigué, las, comme si Ses forces s'amenuisaient.
- Nous avons un traître parmi nous. Un traître qui cherche à attenter à la vie de votre Maître. Un imbécile de traître, qui ne comprend pas, ou qui ne veut pas comprendre, que ses plans machiavéliques sont voués à l'échec, puisque votre Maître est immortel, comme vous le savez déjà.
Les cinq Mangemorts, encore quelque peu affaiblis par cette petite séance de doloris, se regardèrent avec surprise et inquiétude mêlées, Severus se prêtant habilement au jeu. De quoi parlait donc leur Maître ? Un traître ? Chercher à attenter à Sa vie ? Mais comment ? Et qui ?
- Je vois, que vous semblez vous poser maintes questions. Mais oui, nos rangs comptent un traître, et je me demande même si celui-ci n'est pas dans cette pièce, parmi nous, continua le Seigneur des Ténèbres, tout en dardant chacun d'un regard flamboyant de colère teinté de lassitude.
Ses prunelles rougeoyantes semblèrent s'attarder quelques secondes supplémentaires sur Severus, qui sentit une sourde peur l'envahir, tandis qu'une sueur froide lui hérissait l'échine. Un rictus moqueur tira les fines lèvres vipérines de leur Maître, comme s'il se réjouissait de la peur qu'Il pouvait inspirer chez Ses disciples.
- On cherche visiblement à m'empoisonner, ajouta-t-il abruptement d'une voix claquante telle un fouet.
Ce qui produisit une onde d'électrochoc au sein de la petite assemblée.
- Oui, on cherche à m'empoisonner. Je le sens, je le sais. Mais cette piètre tentative est vouée à l'échec. Je ne peux mourir, et même si je m'affaiblis, ma puissance n'en est pas moins là.
Un lourd silence s'abattit sur eux six. Sur eux sept, si l'on comptait la présence perfide de Nagini.
- Severus, appela-t-Il.
- Oui, Maître, répondit l'interpellé, d'une voix étrangement rauque, tout en s'inclinant légèrement en signe de soumission, cette fois non feinte.
- Toi qui es un Maître empoisonneur, sais-tu de quoi il peut s'agir ?
L'insinuation était bien trop évidente, pour qu'elle puisse échapper à l'esprit aiguisé de Severus. Le Seigneur des Ténèbres cherchait à le piéger, à le prendre en faute…
- Je ne peux le savoir ainsi. Il me faudrait analyser le poison, ou le sang empoisonné, pour le déterminer et ensuite trouver l'antidote.
- Et penses-tu pouvoir me faire croire ce mensonge ? Continua le Lord Noir, tout en se levant et en s'approchant dangereusement du Maître des potions.
- Je ne vois pas de quel mensonge vous voulez parler Maître, répondit Severus, de moins en moins rassuré.
Son plan ne semblait pas fonctionner comme prévu finalement. Il aurait peut-être dû attendre avant de le mettre en place, c'était peut-être encore trop précoce…
- Vraiment ? Tu ne vois pas ?
Le lord Noir toisait maintenant Severus de toute sa hauteur, son regard rougeâtre dansant follement au fond de ses sombres pupilles, comme cherchant à vriller l'esprit de l'autre.
- Ne me fais pas croire, que tu ne vois pas de quoi je veux parler. Nous connaissons tous tes capacités en potions et en poisons. Tu as déjà montré en de maintes occasions une imagination à toute épreuve. Et je suis sûr, que cette fois-ci encore tu es l'auteur de ce… chef-d'œuvre. Chef d'œuvre en effet, car malgré les quelques recherches que j'ai fait entreprendre, il s'avère impossible de déterminer l'origine, la composition ou l'auteur de ce poison. Et au sein des nôtres, tu es le seul à être capable d'un tel exploit.
- Maître, tenta de se défendre Severus, peut-être sous-estimons-nous les capacités de l'un de Vos serviteurs ? Je suis loin d'être le seul Mangemort à m'y connaître en poisons.
- Certes, concéda l'homme-serpent, sa voix de plus en plus menaçante. Mais personne ne parvient à égaler ton talent. Ne joue pas les modestes, cela ne te sied guère. Endoloris.
Le sortilège funeste foudroya alors Severus en plein cœur et le projeta à terre, le laissant pantelant et suffocant, quand il cessa aussi brusquement qu'il l'avait surpris.
- Alors, avoue, mon petit Mangemort. Avoue et dis-moi qui est avec toi. Qui a participé à cet odieux complot ? Car je suis aussi certain, que tu n'as pas agis seul. Tu n'as pas cette sorte de courage.
- M… Maître, fit Severus, la voix cassée. Je ne… suis… pas celui… dont vous parlez.
- Alors qui d'autre que toi aurais pu fomenter ce complot ? Qui ? S'entêta le Seigneur des Ténèbres. Vous peut-être ? Fit-il en se tournant vivement vers les quatre autres acolytes.
- Maître, intervint Lucius, qui avait eu son lot de cruciatux pour aujourd'hui et espérait pouvoir échapper autant que possible à une autre séance. Aucun de nous cinq ne voudrait Vous trahir. Nous sommes Vôtre, corps et âmes.
- Oui, mon ami fuyant. Corps et âmes, en effet. Mais vous avez parfois tendance à l'oublier. Surtout toi, dont la famille s'enorgueillit de ne jamais servir qui que ce soit… Je ne suis pas dupe, Lucius, je sais pourquoi vous me suivez. Pour la gloire et le pouvoir, pour votre propre bien-être…
- Maître, je suis Vôtre, corps et âme, s'exclama Bellatrix, tout en se jetant à Ses pieds.
- Oui, tu es peut-être l'exception qui confirme la règle, ma chère Bella, répondit le Lord Noir, tout en repoussant un peu brutalement la femme à quelques mètres plus loin, d'une simple pression du pied. Il n'en reste pas moins que l'un d'entre vous m'a trahi. Et je saurai qui, quel qu'en soit le prix.
- Maître, reprit Lucius, qui sentait qu'il fallait faire preuve pour une fois de témérité, s'il ne voulait pas finir au bûcher plus tôt que prévu. Je suis certain que personne parmi nous cinq ne complote contre Vous. Nous sommes trop bien conscients que Vous seul pouvez nous rendre notre gloire et notre place dans cette société gangrenée. Et Severus sait agir beaucoup plus habilement, lorsque le besoin s'en fait sentir. Jamais il n'aurait usé d'une telle méthode, qui le trahirait de façon si flagrante.
Le Seigneur des Ténèbres fusillait littéralement du regard ses cinq condisciples, mais gardait le silence, réfléchissant vraisemblablement aux sages paroles de Malefoy senior. Paroles non dénuées de sens, et Lui-même avait déjà fait pareil raisonnement…
- Quelles paroles censées et réfléchies, cher Lucius ! Cela ne te ressemble guère. Mais je dois avouer, que cela est juste. Jamais Severus n'aurait commis pareille erreur, lui si rusé et si… Serpentard.
Severus garda le silence, toujours à terre. Mieux valait pour lui ne rien répondre.
- Par contre, toi peut-être, siffla le Lord Noir.
Et sans préavis, Il planta Son regard inquisiteur dans celui bleu acier de Malefoy, s'insinuant sans scrupule dans son esprit, violant ses pensées et souvenirs, forant sans fin, jusqu'à trouver ce qu'Il désirait… ou plutôt sans trouver ce qu'Il cherchait. Rien, aucun signe de trahison ou de complot…
Il aurait bien aimé vérifier les souvenirs des quatre autres, mais Il sentait que Ses forces s'amenuisaient. Il se devait de les économiser… et se fier à ce qu'il avait trouvé en Lucius. Bien assez d'ailleurs pour en conclure, qu'il n'y avait aucun signe de trahison non plus de la part des quatre autres… Non, vraisemblablement, Il s'était trompé : Son cercle intime lui était resté fidèle et la trahison venait d'ailleurs…
- Bien, Lucius. Je te crois maintenant, conclut-Il. Je vous crois vous cinq. Trouvez-moi donc ce traître, qui a eu l'impudence de s'attaquer directement à moi. Et toi, Severus, ajouta-t-Il en se retournant vers le Mangemort encore à terre, trouve-moi l'antidote. Et vite !
- Bien Maître, répondirent-ils en chœur.
- Maître, croassa Severus, tout en se relevant péniblement, légèrement vacillant. Pour… pour trouver cet antidote, j'ai besoin…
Mais il s'arrêta, hésitant à aller plus loin.
- Oui, parle Severus, ordonna l'homme-serpent.
- J'ai besoin d'un… d'un échantillon du poison.
- Je n'en ai pas. Tu devras t'en passer.
Severus blêmit. Théoriquement, il était impossible de trouver un tel antidote sans le poison originel, ou tout du moins sans les traces de poison… Oh, bien sûr, il trouverait sans peine cet antidote s'il le voulait, puisqu'il avait lui-même créé le poison… Mais cela serait se trahir… Et le Seigneur des Ténèbres le savait parfaitement.
- Maître, tenta encore Severus, d'un air désespéré. Il est impossible de trouver un tel antidote sans un échantillon du poison.
- Mais je n'ai pas d'échantillon à t'offrir.
- Alors il me faut un échantillon de… de… de Votre sang, parvint-il à articuler, plus blanc que jamais, et déglutissant péniblement le peu de salive qu'il lui restait.
A peine eut-il fini sa phrase, qu'il crut sa dernière heure arrivée, au vu du regard avadakedavarisant du Lord Noir…
- De mon sang, répéta ce dernier, d'une voix sifflante.
- Oui, de Votre sang. Sans cela, il me sera impossible… ou très difficile de trouver un antidote. Cela me prendrait des mois, voire des années…
- Oui, c'est vrai, concéda l'autre. Bien que cela me déçoive presque venant de toi…
Puis, après de longues minutes de silence tendu, où chacun priait intérieurement pour que la folie dévastatrice de leur Maître ne refasse pas surface, celui-ci reprit :
- Bien, tu auras ce dont tu as besoin. Viens toi-même, et seul, ici même, demain soir. Et tâche de ne pas me décevoir, Severus, ou tu connaîtras ce que donne ma véritable colère.
- Oui, Mon Seigneur, je ne Vous décevrais pas, répondit le Maître des potions, partagé entre le soulagement que son plan ait finalement fonctionné et l'appréhension de ce qui allait se dérouler le lendemain soir…
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Il avait enfin obtenu ce qu'il voulait. Enfin... Certes, cela n'avait pas été sans peine, et il s'en était fallu de peu pour qu'il soit découvert, mais finalement il avait réussi.
Il avait obtenu ce fameux sang. Quelques millilitres, tout au plus. Mais suffisamment pour lui permettre de mener à bien son objectif.
Un fin sourire s'afficha malgré lui sur son visage émacié, tandis qu'il était penché au-dessus d'un chaudron bouillonnant, concoctant l'antidote tant prisé.
- Vous semblez bien joyeux aujourd'hui Severus, fit une voix cristalline près de lui.
- En effet, Ardwenna, en effet. Mais ne me demandez pas pourquoi, je ne vous répondrai pas.
- C'est bien ce que je pensais, répliqua-t-elle souriant à son tour.
Severus daigna alors lever les yeux vers elle, haussant un sourcil interrogateur.
- Oui, reprit-elle, c'est bien ce que je pensais. J'étais sûre que vous ne révéleriez jamais ce qui vous met soudain de bonne humeur. Je commence à vous connaître un peu...
- Vraiment? S'enquit le Maître des potions avec un rictus narquois.
- Oui, vraiment. Je sais par exemple, que quand vous contractez votre mâchoire et que votre veine temporale droite bat furieusement, il vaut mieux ne pas aller trop loin... A l'inverse, quand vos lèvres s'étirent légèrement et que vos yeux pétillent, cela équivaut à un sourire.
- C'est tout? Continua Severus sur le même jeu, un peu curieux de savoir à quel point elle parvenait à le décrypter, et impressionné aussi au fond de lui qu'en si peu de temps elle ait autant appris sur lui... Alors que ses proches n'avaient pas réussi à apprendre, en plusieurs années, le quart de ce qu'elle avait su observer en quelques mois...
- Oh non! S'exclama-t-elle. Il y a quelques autres… tics et expressions qui trahissent votre humeur à un oeil expérimenté. Mais je vous rassure, le taquina-t-elle, percevant pleinement le malaise de Severus, vous n'êtes pas encore totalement transparent.
- Et ce n'est pas demain la veille, grommela-t-il.
Ardwenna haussa simplement les épaules en guise de réponse et retourna à sa potion. Etre la novice de Severus n'était pas de tout repos, loin de là, mais il fallait aussi avouer qu'elle n'avait jamais autant progressé dans ce domaine que depuis qu'elle était sous sa houlette.
Il maîtrisait et aimait son art, cela s'en ressentait. En outre, il faisait montre d'un esprit aiguisé et critique à tout propos et n'avait de cesse d'essayer de perfectionner ses décoctions.
Ardwenna était, au fond d'elle-même, fière qu'il l'ait si bien acceptée en tant que "novice" et surtout qu'il l'ait si bien intégrée à ses travaux. En effet, il ne se contentait plus de lui donner une liste de potions à préparer, mais dès lors lui demandait également de participer à ses recherches de manière active...
- Venez donc par ici et rendez-vous utile pour une fois, reprit Severus, ramenant abruptement la jeune femme à la réalité.
Elle s'avança aussitôt vers le chaudron de son mentor, qui lui indiqua d'un simple geste de touiller le mélange, pendant qu'il incorporait deux autres ingrédients en même temps, en fine poudrée et en petite quantité.
Quand il eut fini, il laissa la jeune femme continuer à mélanger... Il aurait pu prendre le relais lui-même, certes, et continuer la potion à nouveau seul, en toute tranquillité… Mais étrangement quelque chose le poussait à la retenir à ses côtés pour finir la décoction.
- Plus lentement, fit-il, quand il vit la potion frémir à gros bouillons. Et plus régulièrement. Il ne faut pas d'à-coups.
Se disant, il posa doucement sa main sur celle d'Ardwenna pour mieux la guider dans son mouvement. Ce simple contact les surprit tous les deux et les figea quelques secondes, avant que Severus ne reprenne les mouvements tourbillonnants de spatule, indiquant ainsi le rythme à imposer au mélange.
Puis, quelque peu embarrassé, il retira sa main, laissant sa novice continuer seule, et s'écarta légèrement, presque gauchement.
- Il faut continuer ainsi pendant encore vingt minutes, puis retirer le chaudron du feu et laisser reposer une heure à couvert.
Il s'écarta davantage encore, à reculons, comme gêné de tant de promiscuité, et Ardwenna hocha simplement la tête en signe d'acquiescement.
- Je pense pouvoir vous laisser seule, maintenant, ajouta-t-il maladroitement.
Puis il se retourna brusquement et disparut par la porte dérobée menant à ses appartements, sans attendre la réponse de la jeune femme.
Celle-ci n'aurait su d'ailleurs que répondre, ni comment réagir face à ce comportement plus qu'incongru du Maître des potions. Cependant, bien que ce dernier parût étrange, Ardwenna le trouvait également à la fois agaçant et amusant. Agaçant, car Severus se comportait parfois comme un enfant de dix ans, comme si elle était une menace pour lui... Et amusant, car ce n'était pas tous les jours que l'on pouvait voir un célèbre Mangemort redouté par toute la société sorcière la fuir comme la peste...
Mais une pointe de tristesse venait aussi se mêler à tous ses sentiments tumultueux, car ces pensées la renvoyaient sans cesse à leur condition à tous deux... A savoir deux êtres, que tout opposait et que tout poussait à se vouer une haine féroce, mais qui pourtant, rapprochés par la force des choses, ne pouvaient s'empêcher de se sentir attirés l'un par l'autre.
Car oui, elle se l'était enfin avoué, elle était attirée par lui. Tout comme elle sentait, qu'il était lui aussi attiré par elle. Elle aimait son esprit vif et intelligent, curieux et sarcastique, son petit côté acerbe et blasé, désabusé aussi, son côté ténébreux et impénétrable, dangereux même... Elle aimait ce savant mélange de sentiments turbulents et violents, tempêtant dans cet esprit torturé qui savait pourtant se montrer si maître de lui-même en certaines circonstances…
« Si seulement... », pensa-t-elle, tout en continuant à mélanger la potion d'un geste presque mécanique. « Oui, si seulement… »
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- Alors Severus, vous avez enfin une bonne nouvelle à nous annoncer ce soir, il me semble, s'exclama soudain Minerva, après avoir fait un rapide récapitulatif de la situation à tous les membres de l'Ordre réunis.
Tous les yeux se braquèrent aussitôt sur lui, tels des vautours devant une nouvelle proie. Minerva connaissait bien évidemment la teneur de cette information, puisqu'il lui avait déjà fait, ainsi qu'à Potter, un compte-rendu détaillé. Mais elle avait récemment développé un goût prononcé pour les coups de théâtre. Un peu comme Albus en son temps. A croire que le virus était contagieux pour tout dirigeant de l'Ordre ou de Poudlard...
- Oui, Minerva. Je vous apporte enfin, Severus insista lourdement sur ce dernier mot, des nouvelles... intéressantes.
Il se permit une petite pause pour mieux savourer son effet. Tous attendaient avidement qu'il continue son explication et trépignaient d'impatience. Et Severus adorait les faire trépigner d'impatience... Mais le regard légèrement courroucé et réprobateur, bien qu'un peu amusé aussi, de Minerva le dissuada de poursuivre son petit jeu.
- J'ai enfin pu obtenir du sang du Seigneur des Ténèbres, déclara-t-il abruptement.
La tension sembla retomber d'un coup, comme un soufflet. Tous paraissaient étrangement déçus d'une telle révélation, n'appréhendant vraisemblablement pas tout l'impact qu'elle pouvait avoir.
- Et? Fit Sirius, pressé d'entendre la fin de la déclaration tant attendue.
Severus fit mine de l'interroger du regard.
- Et quoi? Demanda-t-il, jouant avec les nerfs de ses interlocuteurs.
- Et… C'est tout? S'enquit Rémus.
- Oui, c'est tout, répondit Severus narquois.
- Rhâa... Severus ! Quand arrêterez-vous vos enfantillages? S'impatienta Minerva, tandis qu'Harry ricanait doucement dans son coin, sous le regard médusé et incrédule des autres.
Pour la première fois de sa vie, Harry venait de découvrir le côté... disons taquin, de son ancien professeur honni. Un humour un peu particulier, noir et pince-sans-rire certes, mais une certaine forme d'humour quand même.
Severus claqua la langue, agacé à la fois par Minerva qui lui gâchait ainsi tout son plaisir et par Harry qui se permettait de se moquer de lui. Mais il céda tout de même. De toute façon, l'air furibond de Minerva, visiblement prête à tout dévaster s'il ne parlait pas, ne lui laissait pas vraiment le choix.
- C'est bon, ne le prenez donc pas sur ce ton, grogna Severus. Ainsi, comme je venais de le dire, reprit-il sans attendre d'autres commentaires désobligeants, j'ai enfin pu obtenir du sang du Seigneur des Ténèbres. Ce sang, si insignifiant soit-il à vos yeux, va me permettre de rompre enfin le serment du fidelitas protégeant les Horcruxes, ainsi que celui protégeant Son Manoir.
Cette annonce fit l'effet d'une bombe. Severus leur accorda alors un rictus vainqueur et jubilatoire. Il la tenait sa victoire !
- Et comment exactement comptes-tu t'y prendre pour rompre ce serment ?
Severus tourna lentement la tête vers cette voix honnie, où perçait la méfiance, voire le mépris, si ce n'était plus…
- Je ne vous révélerai rien concernant le rituel exact à suivre, Maugrey, répondit-il, en mettant à son tour dans sa voix toute la rancœur qu'il pouvait ressentir envers le vieil Auror. Tout ce que vous avez à savoir est que ce sang…
Comme pour accompagner ses explications, Severus sortit d'une de ses poches une petite fiole contenant un liquide rougeâtre foncé.
- …sang du gardien du secret des Horcruxes, ajouté à cette potion, il sortit alors une deuxième fiole contenant cette fois un liquide ambré, est la clé du succès. Il suffit de boire de ce mélange pour devenir en quelque sorte un second gardien du secret. On peut alors révéler le dit secret comme si on était soi-même le gardien originel.
- Mais il faut pour cela connaître le secret à révéler ? Demanda Sirius, qui commençait à voir où voulait en venir Severus.
- Oui, mais je le connais, tout du moins en partie. Je sais où se situe le manoir des mangemorts, et en buvant ceci, je pourrai me libérer du serment du fidelitas et vous révéler ce lieu.
- Et qu'attendez-vous pour vous exécuter ? Intervint Nayasta, d'une voix cassante.
Severus l'aurait volontiers dolorisée sur le champ, mais il y avait trop de témoins… Et il aurait parié toutes ses maigres possessions, que les membres présents ne l'auraient jamais laissé se défouler…
Il déboucha donc d'un geste sec les deux fioles et versa le contenu de la première dans la seconde. Il homogénéisa précautionneusement le mélange ainsi obtenu, d'un geste souple où transparaissait l'habitude, puis l'avala cul sec. Il grimaça d'abord au goût amer, puis grimaça plus encore de douleur, car le processus était loin d'être indolore... Il recula brusquement sa chaise en arrière, et se pencha légèrement en avant, se tenant le ventre, essayant de maîtriser les nausées qui s'emparaient de lui.
Les autres membres le regardèrent, comme stupéfixés, incapables de réagir face à cette situation plutôt inattendue. Seule Minerva tenta une approche vers le Maître des potions, toujours plié en deux et haletant, quand soudain un halo verdâtre enveloppa celui-ci, faisant reculer la directrice de Poudlard de quelques pas. Puis le halo s'évapora aussi rapidement qu'il était apparu, en même temps que la douleur s'estompait. Severus se redressa alors lentement, essayant, difficilement, de recomposer son masque d'impassibilité… En vain. Il lui était en effet quasiment impossible de se départir d'un fin sourire victorieux.
Car oui, il avait réussi. Le rituel avait marché. Tout s'était passé exactement comme lors de l'expérimentation avec Albus, quand ils avaient rompu le fidelitas qui liait Severus au secret concernant l'adresse du Quartier Général de l'Ordre.
- Alors ? S'inquiéta Nuwan, son anxiété étant mise à rude épreuve par cette longue attente.
- Alors ?… Alors, je peux enfin vous dire que le Manoir des Mangemorts est situé sur la colline de Meall Mor, en Ecosse, bien caché par l'épaisse forêt qui l'entoure.
Un silence de plomb s'abattit instantanément sur la petite assemblée, tous abasourdis par cette déclaration… Ainsi Snape disait vrai. Le serment du fidelitas n'était plus aussi sûr qu'il avait pu l'être… Les plus sceptiques, qui auraient pu avoir encore quelques doutes sur la possibilité de rompre un tel serment, en avaient enfin une preuve irréfutable…
- Si tu parviens à nous donner cette information, à voix haute, commença Rémus, qui avait repris ses capacités de déduction plus rapidement que la moyenne, alors cela signifie…
- Cela signifie, que je suis libéré du serment de fidelitas concernant tout ce pour quoi Le Lord Noir est le Gardien du secret, continua Severus. Et que je suis devenu en quelque sorte un deuxième Gardien du secret.
- Mais vous nous aviez pourtant dit que Vous-savez-qui n'était pas le Gardien du secret pour Son repère ? Fit Minerva, surprise.
- Oui, je croyais que c'était ce rat de Queudver. Mais on m'avait apparemment dupé, moi et tous les autres mangemorts. Certainement le Lord Noir aura-t-il préféré faire circuler cette fausse rumeur, afin de mieux brouiller les pistes pour un éventuel espion, ajouta Severus, d'un ton trop suave et trop doucereux pour être tout à fait bienveillant.
- Et concernant les Horcruxes ? Demanda Harry à brûle-pourpoint, plein d'espoir.
- Quant aux Horcruxes, je ne connais que le lieu approximatif. Tout ce que je sais est ce que je vous ai déjà indiqué la dernière fois, à savoir que l'un des Horcruxes se trouve à l'ancien orphelinat où a vécu le jeune Tom Jedusor, un autre en Albanie vers le lac d'Ohrid, un au Manoir des Mangemorts et un dans la forêt interdite jouxtant Poudlard, vers le passage brumeux… Mais j'ai réussi à administrer, à leur insu, la même potion à un Mangemort de chacune des quatre autres équipes… En les suivant, nous pourrons alors, vous comme moi, voir l'endroit exact…
- Voir l'endroit exact ? S'interrogea Ron, qui avait quelque peu du mal à tout assimiler.
- Oui, voir l'endroit exact. En effet, si vous vous rendez sur les lieux, vous pourrez enfin voir vous-mêmes les Horcruxes, alors que vos recherches s'étaient révélées jusque-là infructueuses. Et pour cause, de par ce serment, il nous était impossible de voir quoi que ce soit, quand bien même nous étions juste à côté…
Personne ne releva l'emploi du nous, révélant que Severus avait lui aussi fait des investigations poussées, plus poussées en tout cas que le simple fait de suivre les Mangemorts surveillant les Horcruxes… Ils étaient tous bien trop absorbés par ses explications et leurs propres réflexions, pour remarquer cet indice…
- Mais, si cela vous fait devenir une sorte de second gardien du secret, alors…
- Oui, Granger, je vois que vous venez de saisir toutes les implications. Alors vous restez incapables de révéler vous-mêmes le lieu des Horcruxes. Seul un gardien, quel qu'il soit, peut le faire… En l'occurrence, dans le cas présent, seuls moi ou le Seigneur des Ténèbres…
Un lourd silence plana à nouveau dans la pièce, tandis qu'ils commençaient à comprendre « toutes les implications »… L'Ordre restait en fin de compte dépendant de leur espion, tout comme les mangemorts l'étaient vis-à-vis de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom… Mais qu'importe, au final, ils avaient ce qu'ils désiraient, ils savaient enfin où aller chercher ses précieux Horcruxes. Une avancée considérable…
- Le principal est que nous ayons enfin une piste sérieuse, conclut soudain Harry, d'un air déterminé.
- Je dirais plutôt quatre pistes sérieuses, rectifia Severus, un sourire moqueur et conquérant toujours inscrit sur son visage ingrat.
Et Harry lui répondit, chose rare pour le signaler, par un sourire tout aussi conquérant et sincère… Discret échange qui n'échappa guère à l'œil observateur de certains, dont un certain tableau, qui représentait un sorcier renommé et respecté…
- Et comment as-tu réussi à obtenir ce sang ? S'enquit brutalement Sirius, curieux au fond de lui de connaître les nouvelles ruses inventées par l'esprit tortueux du Serpentard, sans réellement se rendre compte qu'il venait de rompre un moment de paix historique entre son ancienne némésis et son filleul.
A cette question plutôt inopportune, le sourire qui commençait à rider le visage de Severus s'effaça aussitôt. Devait-il leur révéler ? Après tout, il l'avait déjà expliqué à qui de droit, à savoir Minerva et Potter… Et ils avaient enfin ce qu'ils voulaient, non ? Alors que leur fallait-il de plus ? Ils n'avaient pas besoin d'en savoir davantage… Mais leur meneuse ne l'entendait visiblement pas de cette oreille…
- Expliquez-leur, s'il vous plaît, fit Minerva. Votre ingénieux stratagème mérite d'être connu.
Severus hésita une fois encore, mais il n'eut pas besoin de réprimandes supplémentaires pour comprendre qu'il n'avait en fait pas vraiment le choix. Le regard incendiaire et autoritaire de l'ancienne professeur de métamorphose était assez éloquent. Il céda donc, bien qu'à contre-cœur :
- Et bien… Pour tout dire, j'avais déjà demandé d'avoir un échantillon de Son sang, en prétextant vouloir étudier ce qui était responsable de Sa… faiblesse, ou tout du moins ce qui l'empêchait de récupérer la totalité de Sa force physique. Mais sans pour autant refuser ma requête de but en blanc, Il n'y a jamais accédé non plus. J'ai donc dû mettre en place une autre… ruse, dirons-nous.
Il marqua une courte pause, réfléchissant à la meilleure façon de leur présenter la chose, et ce le plus succinctement possible.
- Je L'ai donc empoisonné, reprit-il. Un poison lent, non mortel, de toute façon Il est immortel actuellement, mais suffisamment puissant pour L'affaiblir quelque peu.
Un hoquet de surprise se fit entendre du côté de Molly, mais il préféra ne pas y prêter attention et continua, sans se rendre compte que tous semblaient avoir retenu leur respiration.
- Il m'a alors demandé de trouver, comme de bien entendu, un remède à ce mal. J'ai ainsi prétexté avoir besoin d'un peu de Son sang, pour trouver la composition exacte du poison et pouvoir lui concocter ensuite un antidote.
- Quel coup de génie ! S'exclama Kingsley, profondément ébahi d'un tel plan, si bien pensé, et si… Serpentard…
- Oui, mais cela n'a certainement pas été sans mal, ajouta Harry.
Ce qui lui valut un regard noir assassin, et des plus vilipendaires, de la part du Maître des potions. Le garnement allait encore lui gâcher son heure de gloire…
- Que veux-tu dire ? S'inquiéta Rémus.
- Euh… commença Harry, hésitant soudain à aller plus loin et faisant preuve d'une éloquence à toute épreuve. C'est que… Voldemort…
Le nom honni les fit tous tressaillir d'effroi.
- C'est que Voldemort, reprit Harry, d'un ton plus fort, exaspéré que tous sursautent sans cesse à ce simple nom, n'a pas été complètement dupe. Il sait qu'un traître est dans leur rang. Il ne sait pas qui, mais…
- Potter, tenta de le couper Severus d'une voix tranchante, telle une lame de glace.
Il ne tenait pas à ce que tous sachent ce qui s'était passé dans les détails. L'humiliation de savoir que Potter junior avait tout vu était déjà bien suffisante comme ça.
- Non, Severus. Laissez Harry continuer, ils ont le droit de savoir eux aussi, insista Minerva.
En fait, elle espérait qu'en leur révélant ceci, ils comprendraient enfin les risques énormes que prenait le Maître des potions. Risques plus que conséquents, que beaucoup d'entre eux semblaient oublier… ou vouloir oublier….
- Mais, tenta à nouveau d'objecter Severus.
Cependant, un signe de main impérieux et péremptoire de la directrice de Poudlard le réduisit instantanément au silence. Elle avait visiblement décidé de tout dire, et il ne pourrait rien y changer. Si ce n'était pas maintenant, ce serait plus tard… Lorsqu'elle vit Severus résigné et silencieux, elle fit signe au jeune Griffondor de continuer.
- Je ne sais pas comment, poursuivit ce dernier, mais Il sait qu'un traître est parmi eux, et suite à cet incident avec le poison, Il a eu de forts soupçons concernant Snape. Heureusement, Ses soupçons étaient également portés sur les quatre autres Mangemorts du proche commandement… ou « cercle intime ». Il redoutait un complot, si j'ai bien compris.
- Un complot ? Répéta Hermione, dubitative et vivement intéressée.
- Oui, un complot, continua Harry, ignorant ostensiblement l'humeur de plus en plus massacrante de son ancien professeur. Il craignait un complot de Ses cinq bras droits contre lui. Mais Malefoy senior L'a apparemment convaincu du contraire, en démontrant que Snape… Euh… Monsieur Snape ne serait pas si peu subtile et si idiot pour utiliser un poison, une méthode qui à coup sûr l'accablerait…
Harry ne put alors retenir un large sourire d'éclairer son visage encore juvénile. Il trouvait ce plan machiavélique et magnifique. Détourner les soupçons de la sorte était osé… mais ô combien rusé. Et cela avait marché… Soit, il y avait eu quelques tensions et quelques représailles, avant de pouvoir faire entendre raison à Voldemort, mais le plan de Snape avait marché… Et maintenant les Horcruxes étaient presque à portée de main… Enfin, pas tout à fait, mais c'était un bon début.
Pour la première fois depuis longtemps, Harry sentit son cœur se gonfler d'espoir. Espoir qui semblait l'avoir quitté il y a un an… Il y a un an, depuis la mort de son mentor…
- Et comment sais-tu tout cela ?
Sirius était soudain soupçonneux. En fait, il redoutait la réponse, il la connaissait même parfaitement, mais espérait que son filleul démentirait ce qu'il craignait. Harry semblait toutefois avoir opté pour la franchise et l'honnêteté, et répondit, en regardant son parrain droit dans les yeux :
- J'ai tout vu. Dans mes cauchemars.
- Dans tes cauchemars, répéta Sirius, l'air penseur. Ton cauchemar de l'autre soir ?
Harry acquiesça d'un hochement de tête.
- Alors, l'homme que tu as vu à terre, c'était…c'était…, continua Sirius, laissant sa phrase en suspens, alors que toutes les pièces du puzzle s'assemblaient peu à peu dans son esprit.
Et lentement, tout comme la réalité émergeait dans son esprit, en même temps que dans l'esprit des autres membres présents, le regard presque inquisiteur de l'ancien Maraudeur se tourna vers le Maître des potions.
- C'était Severus, acheva-t-il dans un souffle à peine audible.
Personne ne répondit. Il n'y avait pas besoin de réponse d'ailleurs. Severus se sentait soudain comme le centre d'une nouvelle attraction moldue et aurait préféré mille fois pouvoir être enterré vivant ou disparaître. Mais Merlin et tous ses confrères semblaient, une fois encore, s'être ligués contre lui, la terre s'obstinant à ne pas s'ouvrir sous lui… Il n'eut donc d'autre choix que de faire face, se sentant en fait profondément humilié.
Sentiment d'humiliation, qui raviva sa rancœur envers le jeune homme, bien qu'au fond de lui il sache pertinemment bien que l'humilier n'était pas dans les intentions de Potter… Bien au contraire… Mais la rancœur et la colère avaient toujours été son meilleur moyen de défense dans ce genre de situation… Et cette situation-ci n'allait pas déroger à la règle…
…………………………………………………………………………………………………..
- Attends, Harry. Il ne faut pas le suivre de trop près, ou il va nous repérer, chuchota une voix à son oreille.
Harry regarda Hermione, dissimulée avec lui et Ron derrière un des piliers de pierre. Oui, elle avait raison, mais le Griffondor avait tellement hâte d'en finir avec ce maudit Horcruxe… Se morigénant intérieurement de ne pas parvenir à contenir son impatience, il reporta son attention sur le mangemort qu'ils avaient pris en filature. Snape leur avait dit avoir choisi, dans cette équipe de surveillance, Avery pour les guider jusqu'à l'Horcruxe de l'orphelinat… « Trop peu intelligent pour réaliser qu'il est suivi par des amateurs, il ne remarquera pas vos possibles erreurs… » avait argumenté Snape.
Il n'avait peut-être pas tout à fait tord, même s'il avait un peu tendance à exagérer concernant le trio Griffondor et à les sous-estimer… Avery se révélait effectivement un excellent choix : ils venaient d'arriver à destination, et non seulement cet idiot avait conduit l'Ordre devant l'antre de l'Horcruxe, mais il venait aussi de leur révéler le mot de passe et le protocole pour rentrer. « Un véritable imbécile, tout juste doté du cerveau requis pour enregistrer ce qu'on lui demande… », selon Snape.
Harry et ses deux fidèles acolytes se trouvaient ainsi dans les bas-fonds de l'orphelinat miteux où Tom Jedusor avait grandi, derrière un pilier de cette immense salle pierreuse et voûtée au plafond bas, Rémus, Tonks et Kinsgley postés à quelques mètres derrière eux, faisant le guet et attendant que l'autre mangemort, qu'Avery était venu remplacer, ressorte et s'éloigne. Tous étaient précautionneusement camouflés par divers sortilèges, leur permettant de mieux se fondre dans le décor obscur.
Le Mangemort tant attendu, qui n'était autre que Rabastan Lestrange, sortit enfin, et commença à s'éloigner vers les escaliers menant à la sortie de ces catacombes. Mais à peine avait-il atteint l'autre extrémité de la salle, qu'il se retourna d'un geste vif et fluide, baguette levée et sens aux aguets.
Aucun des membres ne bougea, allant jusqu'à retenir leur respiration. Ils auraient préféré éviter tout conflit avec Lestrange, souhaitant faire le moins d'esclandre possible… Ce dernier scruta, de longues minutes durant, la pièce d'un regard d'aigle, puis s'avança de quelques pas vers le centre, l'éclairant d'un faible lumos. Mais finalement, il fit demi-tour, semblant rassuré par sa rapide inspection, et sortit, laissant les malfaiteurs seuls dans l'obscurité.
- Allons-y, fit Harry d'un ton déterminé. A nous.
Et sans plus attendre, il s'approcha du passage dérobé dans le mur, par lequel Avery et Lestrange venaient de passer. Il s'entailla la main, et le sang se mit à perler doucement de la plaie, qu'il plaqua aussitôt contre le mur, au centre des symboles gravés à même la pierre, tout en murmurant à voix basse le mot de passe. Harry ne comprenait pas réellement la signification profonde de ces symboles, tout ce qu'il savait était qu'il s'agissait d'anciens symboles runiques très peu usités de nos jours.
- L'eau et le feu, murmura Hermione, qui avait quant à elle reconnu les inscriptions. Nous devrons jouer avec l'eau et le feu apparemment, fit-elle tandis que la pierre se fissurait et que les deux pans ainsi formés s'écartaient, dessinant un petit passage de la taille d'un homme. Une fois remis de son admiration pour cet ingénieux mécanisme, Harry se retourna promptement vers les trois autres membres.
- Nous y allons tous les trois, dit-il d'un ton sans appel. Si vous pouviez rester à l'arrière pour faire le guet…
Harry n'avait pas vraiment voulu leur donner d'ordre, même si ses paroles en donnaient la désagréable impression. Mais il ne voulait pas entraîner tout le monde dans cette quête dangereuse. Déjà le fait, que ses deux fidèles amis lui aient arraché la promesse de les laisser l'accompagner, lui coûtait beaucoup… Il ne voulait pas en outre être responsable de la perte d'autres membres de l'Ordre. Il n'avait pu les empêcher de les accompagner jusque-là, pour assurer leurs arrières, mais il était hors de question que les trois autres aillent plus loin…
Rémus sembla vouloir protester, mais une douce pression sur son bras venant de Tonks, l'en dissuada. Après tout, il s'agissait avant tout de la quête d'Harry. Kingsley, Tonks et lui étaient là uniquement pour l'aider, et non pour lui créer des problèmes supplémentaires. Harry avait été parfaitement clair la dernière fois, et semblait assez mâture pour savoir ce qu'il faisait… Et si Rémus en doutait encore, l'étrange éclat dans ce regard d'émeraude acheva de le convaincre.
- Bien, concéda donc le loup garou à contre-cœur. Mais au moindre problème, vous nous appelez par patronus.
Harry acquiesça silencieusement, puis se tourna vers ses deux autres compagnons, à qui il adressa un sourire encourageant et de remerciement, avant de s'engouffrer par l'ouverture.
Ils débouchèrent tous trois dans un sombre couloir, que leur baguette peinait à éclairer. Harry s'apprêtait déjà à poursuivre son chemin et à avancer malgré l'obscurité peu avenante, quand Hermione l'arrêta en le rattrapant vivement par le bras.
- Non, attends, Harry. L'endroit doit être truqué de pièges, lui dit-elle à voix basse. Nous ferions mieux d'envoyer un éclaireur.
Sans même attendre son autorisation, elle invoqua une sorte de marionnette, d'aspect spectral et de forme humaine, qu'elle envoya au devant eux afin de tester le chemin. Grand bien leur en prit, car quelques mètres plus loin des flèches enflammées incendièrent le spectre qu'Hermione fit disparaître aussitôt. Une barrière de feu leur bloquait maintenant le passage, à l'emplacement où se trouvait précédemment leur éclaireur…
- Premier élément : le feu, déclara Hermione pour les deux autres. Tout comme les runes sur la porte nous l'avaient dit.
- Et contre le feu, l'eau, répondit Harry, tout en lançant un puissant aguamenti contre la barrière.
- Non, cria Hermione, mais trop tard.
Le sort était déjà lancé et alla se fracasser contre la muraille de feu…. Pour aussitôt revenir sous forme d'une immense vague d'eau brûlante vers eux. Ron vint se poster devant Hermione, comme pour lui servir de bouclier, tandis qu'Harry invoquait un puissant protego, pour maintenir l'eau qui menaçait de les submerger à tout instant.
- Et que fait-on maintenant ? Demanda Harry, en tournant légèrement la tête vers Hermione. Je croyais pourtant que l'eau neutralisait le feu…
- Non, pas dans les runes anciennes. Et ce sortilège de feu fait appel aux runes anciennes. Celles-ci considèrent que le feu et l'eau sont complémentaires, c'est la glace qui neutralise le feu, et la terre qui neutralise l'eau, expliqua-t-elle d'un ton presque professoral.
- Tu nous expliqueras plus tard, Hermione, fit Harry haletant, tentant de maintenir son protego en place. Parce que là, vois-tu, je commence à avoir des crampes.
La dénommée rougit violemment devant la remarque pertinente de son ami, et s'exécuta.
- Fissuratero, s'écria-t-elle, en brandissant sa baguette vers la terre située à quelques mètres d'eux.
Une fissure importante apparut alors, et l'eau s'y engouffra aussitôt, s'enfonçant ainsi dans les profondeurs de la terre dans une déferlante magistrale, éclaboussant au passage les trois adolescents d'embruns salés et saumâtres, qui leur picotèrent la peau.
- Glaciatio, ajouta-t-elle ensuite en direction de la barrière de feu, qui fut ainsi emprisonnée dans une coque de glace.
- Et maintenant ? Fit Ron. Comment on fait pour passer ?
- Reducto, fit Hermione en guise de réponse, pulvérisant le mur leur faisant face en fines poussières.
- Ah, tout de suite, on y voit mieux, s'exclama le rouquin, avec un grand sourire à l'adresse de la jeune fille.
- Merci, Hermione, conclut Harry, profondément soulagé qu'ils s'en soient sortis à si bon compte sur ce coup-là.
La Griffondor rougit de plus belle en offrant aux deux garçons un sourire timide, puis ils reprirent leur chemin, un nouveau spectre les devançant. Ils ne rencontrèrent toutefois aucun autre obstacle, et arrivèrent sans encombre devant une lourde porte noire d'aspect miteux. Après un moment de concertation silencieuse, Harry se décida à l'ouvrir, chacun se tenant sur leur garde. Le vieux bois quelque peu vermoulu grinça bruyamment, avant de révéler une immense salle à haut plafond… qu'ils n'eurent pas le loisir de détailler outre mesure…
- Stupefix, entendirent-ils, sitôt que l'entrebâillement de la porte fut suffisamment grand pour entrapercevoir l'intérieur, tandis qu'un éclair rouge fusait vers eux.
- Protego, répliqua Harry, plus par instinct qu'autre chose.
Le sortilège nocif fut immédiatement absorbé par le bouclier magique.
- Avery, marmonna Hermione.
- Il y a également un autre Mangemort, ajouta Ron, tout en invoquant lui-même un deuxième bouclier pour pallier aux autres attaques. Il fallait s'en douter.
Les deux mangemorts chargés de la surveillance de l'Horcruxe reprirent de ce pas leur attaque, ne se laissant pas déstabiliser par cette intrusion subite, et lancèrent sortilèges sur sortilèges, de plus en plus puissants, comme s'ils cherchaient pour le moment plus à s'amuser qu'autre chose… En effet, qu'est-ce que trois gamins débutants pouvaient bien faire contre eux deux, mangemorts expérimentés et aguerris, n'est-ce pas ?
- Je vous couvre, et vous, vous attaquez, ordonna Hermione, dont les rouages stratégiques se mettaient déjà en place.
- D'accord, acquiescèrent ses deux compères, sans songer à contester une telle tactique, n'ayant de toute façon pas le temps d'en concevoir une autre.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Ron s'écarta légèrement et commença à lancer divers petits sortilèges, afin de faire diversion et d'aveugler leurs deux adversaires par les jets lumineux que projetait sa baguette, tandis qu'Harry tentait de les neutraliser et qu'Hermione protégeait leur trio de boucliers savamment placés. Très vite, ce qu'ils avaient appris lors des entraînements avec Snape fut mis à profit, chacun tirant le meilleur parti de ses points forts et se complétant à merveille dans une sorte de ballet à trois soigneusement chorégraphié.
Les Mangemorts, aussi experts soient-ils, avaient bien trop misé sur les faiblesses et l'inexpérience de leurs attaquants. Mais c'était les sous-estime, et rapidement, ils se retrouvèrent pris de court face à la détermination des jeunes Griffondors. Harry parvint enfin à en paralyser un par un sortilège de pétrification, tandis que Ron neutralisait l'autre d'un stupefix.
- Que fait-on d'eux ? Demanda le rouquin, qui n'avait pas l'esprit tranquille de rester dans la même pièce que deux Mangemorts, aussi stupéfixés ou pétrifiés fussent-il.
- Rien. On les laisse. Voldemort se chargera d'eux bien mieux que nous, répliqua Harry.
Hermione était pour protester devant cette remarque plutôt cruelle, si peu coutumière chez son ami, mais un regard vert foudroyant l'en dissuada sans peine, lui rappelant qu'ils avaient autre chose à faire. Et de toute façon, ils n'allaient pas les tuer non plus, n'est-ce pas ?
Ils ligotèrent alors par incarcerem les mangemorts dépités et les lièrent à l'une des hautes colonnes qui soutenaient la pièce voûtée.
- Maintenant, à l'Horcruxe.
Harry affichait une lueur de farouche détermination. Le célèbre trio s'avança donc, lentement, vers le centre de la pièce, qui était en fait occupé par une sorte de… une sorte de puits. Oui, une sorte de puits, rempli d'une eau d'une étrange couleur verdâtre mais limpide. Le fond semblait à la fois proche et lointain, à la fois à portée de bras et à des kilomètres de distance… Il était également possible d'y voir un objet, trônant presque religieusement sur un socle de pierre blanche… Un objet toutefois impossible à décrire à cette hauteur.
- Tu penses qu'on doit descendre ? S'inquiéta Ron.
Harry aurait levé les yeux au ciel, à mi chemin entre l'amusement et l'exaspération, s'il n'avait pas été aussi stressé et obnubilé par l'objet de sa quête.
- Oui, Ron, je pense qu'on doit descendre, fit-il simplement, d'une voix quelque peu atone.
- Mieux vaut ne pas y aller tous les trois, suggéra Hermione. Le mieux, c'est que l'un d'entre nous y aille, et que les autres restent ici, pour éventuellement l'aider à remonter.
- Oui, tu as raison, concéda Harry. J'y vais.
- Non, intervint une voix ferme.
Harry se tourna vers son meilleur ami, surpris de cette soudaine audace.
- Non, Harry. Mieux vaut que tu ne t'y risques pas. Je vais y aller…
- Mais Ron, commença le Survivant, indigné que son ami veuille le surprotéger de la sorte.
- Non, Harry, Ron a raison. Mieux vaut que tu restes ici, pour aider l'un d'entre nous à remonter. Tu as le plus… d'expérience, dirons-nous, en sortilèges. Si quelque chose se passe mal, tu seras le plus apte à savoir comment réagir.
- Toi aussi, Hermione, tu saurais comment réagir, continua à argumenter Harry.
- C'est pourquoi je dois y aller, les interrompit vivement le plus jeune des Weasley. Vous saurez quoi faire pour m'aider en cas de problèmes, ajouta-t-il, avec un sourire à la fois contrit et crispé.
Après de longues minutes de réflexion, Harry acquiesça silencieusement. De toute façon, vu l'entêtement que son ami pouvait montrer parfois, il ne pourrait le faire changer d'avis…
Une fois qu'il eut l'accord tacite de ses compagnons, Ron plongea sans plus attendre dans l'eau glacée, après avoir retiré manteau et chaussures et s'être lancé un sort de tête-en-bulle. Il s'enfonça alors lentement dans les profondeurs inquiétantes, tentant de faire abstraction de la peur latente qui montait en lui, lui faisant battre furieusement le sang dans ses veines.
- Fais bien attention à toi, Ron, fit Harry en un murmure, plus pour lui-même que pour les autres, tout en observant avec inquiétude l'avancée de son ami.
Le Griffondor téméraire parvint bientôt au fond, à quelques mètres à peine de l'objet tant convoité. Mais quand il s'avança, réduisant la distance l'en séparant de deux mètres à peine, une dizaine de magnifiques créatures humanoïdes apparurent, surgissant de nulle part dans un tourbillon d'eau aveuglant. En un éclair, elles encerclèrent le jeune homme, tout en entonnant une harmonieuse litanie des plus enchanteresses.
Elles semblaient l'envoûter, et il était littéralement hypnotisé, incapable de détacher son regard de ses étranges créatures, ses sens comme emprisonnés. Il paraissait, à cet instant, prêt à répondre à leur moindre demande...
- Des nymphes! S'exclama Hermione. Des nymphes des eaux. Elles sont redoutables et peuvent emprisonner la raison des hommes, en les incitant à obéir à leurs moindres faits et gestes.
- Mais Ron va leur résister, n'est-ce pas? S'enquit Harry, soucieux pour son ami.
- J'en doute, Harry. J'en doute. Je crois qu'il est déjà complètement sous leur charme, répondit la jeune femme, une pointe de déception et de sombre terreur transparaissant dans sa voix.
- Que fait-on?
Mais Hermione n'eut pas le temps de répondre à la question, qu'ils virent, depuis la surface du bassin, une des nymphes tendre à leur ami une dague à lame tranchante, sur laquelle les reflets de l'eau miroitaient de mille éclats.
- Non, Ron, s'écria Hermione, mais en vain.
A cette profondeur, l'interpellé ne pouvait entendre leurs appels et supplications. Et même si ce fut possible, il n'aurait certainement pas réagi, comme en témoignaient ses yeux vides, presque éteints... Il tendait déjà la main pour s'emparer de l'arme...
Harry n'attendit pas plus longtemps et se jeta à son tour à l'eau pour sauver son ami, prenant tout juste le temps de se lancer à son tour un sort de tête-en-bulle.
- Harry, non ! Attends, Harry. Toi aussi, elles vont t'hypnotiser, tenta Hermione, afin de le retenir et de le raisonner. Mais il était déjà parti et ne l'écoutait plus, tant il était troublé par la scène qui se déroulait sous ses yeux à quelques mètres plus bas, les affres de la culpabilité refaisant insidieusement surface en lui.
Il parvint juste à temps derrière les nymphes, qui s'écartèrent sur son passage sans émettre la moindre opposition et le laissèrent entrer dans le cercle, pour mieux l'emprisonner avec son ami ensuite. Mais il n'avait que faire pour l'heure de se retrouver ainsi encerclé en si mauvaise compagnie. Il ne prêta d'ailleurs aucune attention à ses geôlières, si belles et lumineuses soient-elles… Il devait aider son ami... Dit ami qui avait déjà pointé l'arme vers son coeur et s'apprêtait à porter le coup fatal. D'une main amicale mais ferme, Harry l'en empêcha et lui prit l'arme délicatement, sans que Ron n'émette la moindre résistance. Ce dernier semblait ne plus en avoir ni la force ni la volonté.
Par contre, il n'en était pas de même pour les nymphes, qui, voyant que leur emprise avait échoué sur le deuxième jeune homme, commençaient à se fâcher sérieusement et à resserrer leur dangereux étau autour d'eux deux.
Ce n'est qu'à ce moment qu'Harry, qui avait jusque-là focalisé son attention sur Ron, remarqua le changement d'expression des nymphes. Le sourire éclatant et charmeur, qu'elles leur avaient offert jusqu'à maintenant, avait brutalement disparu pour laisser la place à un rictus menaçant et méprisant, tandis que des griffes acérées remplaçaient leurs ongles fins...
Harry était complètement désemparé, et ne pouvait compter que sur lui-même, Ron n'ayant pas encore recouvré toute sa raison. Il tenta un stupefix, dont le seul effet fut de faire enrager davantage encore les nymphes. Un petrificus totalus n'eut guère plus de succès... Comment était-il censé neutraliser des nymphes? Avait-il vu ça en cours de Défense contre les Forces du Mal?
Il cherchait désespérément dans les méandres de son esprit apeuré une solution, quelle qu'elle soit, pour les sortir tous deux de ce mauvais pas, quand il vit un jet de lumière bleutée intense jaillir derrière les nymphes. Celles qui furent touchées hurlèrent, vraisemblablement de douleur, tandis que les autres s'enfuir quelques mètres plus loin.
- Hermione! S'exclama Harry, soulagé de voir son amie auprès d'eux.
- Vite Harry. Occupe-toi de récupérer l'Horcruxe, je vais tenter de les tenir à l'écart...
Harry ne se fit pas prier deux fois, et s'avança vers l'objet si bien protégé. Une coupe. « Certainement la coupe de Poufsouffle... », pensa Harry, alors qu'il s'en emparait d'une main hésitante.
Aussitôt qu'il s'en fut saisi, le sol se mit à trembler violemment, dans un bruit assourdissant, de longues fissures se creusant peu à peu dans la terre qui constituait le fond du bassin.
- Vite Harry, lui hurla Hermione, la panique menaçant à tout instant de les submerger. Partons. Maintenant, où l'on ne pourra jamais regagner la surface.
En effet, l'eau commençait déjà à s'infiltrer dans les petites fentes... Le niveau de l'eau allait baisser dangereusement, et s'ils n'étaient pas remontés à la surface avant, qui sait ce qu'il pourrait advenir d'eux... Les nymphes avaient d'ailleurs, elles aussi, pressenti la catastrophe et prenaient la fuite, disparaissant comme elles étaient apparues dans un tourbillon d'eau brumeux.
Ne faisant ni une ni deux, Harry et Hermione saisirent Ron, chacun par un bras, et l'aidèrent à remonter le plus rapidement vers la surface si rassurante. Mais visiblement pas assez rapidement, le niveau diminuant plus vite qu'ils ne remontaient eux mêmes. Harry tendit alors la coupe à Hermione, qui s'en saisit tout de suite sans poser de question, avant de se sentir violemment propulsée avec ses amis, hors de l'eau.
Dans un dernier sursaut désespéré de son instinct de survie, Harry avait usé, tout comme lors de la coupe des trois sorciers, d'un sortilège de propulsion.
- Bravo Harry, fit Hermione, quand elle eut enfin recouvert et ses esprits et son souffle. Bien joué.
- Non bravo à toi, Hermione, lui répondit Harry avec un sourire complice. Comment as-tu fait pour écarter les nymphes?
- Le feu. Oui, le feu, répéta-t-elle devant l'incompréhension du jeune Griffondor. J'ai utilisé le feu, qui avec l'eau a créé une sorte de geyser d'eau bouillante, tout comme tu avais fait avec la barrière de feu... Ce qui a donc ébouillanté les nymphes...
Elle affichait alors un sourire rayonnant, fière quelque part de sa trouvaille.
- Brillant, comme d'habitude, conclut Harry, tout aussi soulagé, qu'ils s'en soient finalement sortis tous indemnes.
Enfin, sortis, pas encore tout à fait...
- Que s'est-il passé? Demanda soudain une petite voix, comme émergeant d'un long sommeil. A-t-on réussi? On l'a eu?
Harry et Hermione ne purent retenir un court fou rire de les inonder... Ron resterait décidément toujours le même...
- Oui, Ron, on l'a eu. Mais on ferait bien de sortir d'ici au plus vite, je ne voudrais pas avoir la désagréable surprise d'avoir de la visite.
Ses deux complices obtempérèrent sans plus attendre et se levèrent tant bien que mal, afin de quitter au plus vite cette salle maudite, trempés jusqu'aux os et exténués.
- Harry, s'empressa de l'accueillir Rémus, à la fois soulagé de les voir vivants et avec l'Horcruxe, et inquiet de leur état de fatigue.
Mais les trois adultes eurent la décence de ne pas les assaillir de questions. Les explications viendraient en temps et en heure… Si Harry le voulait bien... Après un rapide sortilège de séchage, la petite troupe ne s'éternisa pas outre mesure dans ces sombres dédales et s'éclipsa, aussi discrètement qu'ils étaient venus, ramenant leur butin au quartier général.
Ils avaient une petite victoire à fêter... Depuis le temps qu'ils attendaient un tel moment... Finalement, tout n'était peut-être pas désespéré...
Fin du Chapitre 51
