Désolée de ce long silence dû à un petit manque d'inspiration, ou plutôt de mots pour la traduire... Mais je tiens à remercier tous les lecteurs et revieweurs qui continuent à m'encourager sans cesse...

Je tiens également à préciser que la sortie du tome 7 n'a, pour ma part, rien changé à ma détermination de finir cette histoire, ni à son cheminement...

Alors pour ce chapitre, je précise de suite : RATING car présence de scène "osée" dans les souvenirs de Severus (deuxième passage en italique). Pour ceux qui préfèrent s'abstenir, un rapide résumé leur sera livré au prochain chapitre...

Allez, bonne lecture...

CHAPITRE 52 : Maudit rituel

- Bonsoir Severus, fit une voix sur le pas de la porte, après avoir observé quelques instants l'air rêveur qu'arborait le Maître des potions, apparemment inconscient d'être l'objet de tant d'attention.

D'ailleurs celui-ci sursauta légèrement quand il entendit la voix l'interpeller, surpris en plein songe contemplatif.

- Bonsoir Minerva, répondit-il d'une voix un peu plus rauque que d'habitude.

- Vous m'avez l'air de bien bonne humeur.

- Pourquoi tout le monde s'acharne-t-il à vouloir comprendre mon humeur ces derniers temps? S'offusqua-t-il, excédé de paraître si transparent.

- Peut-être parce qu'il est si rare de vous voir sourire, que tout le monde voudrait comprendre ce mystère qui vous anime soudain, rétorqua l'animagus, ne pouvant s'empêcher elle-même de lui offrir un large sourire moqueur.

Severus se contenta d'un grognement, son air maussade reprenant aussitôt le dessus, bien qu'un discret pétillement de malice persévérât dans ses sombres prunelles.

- Quelles bonnes nouvelles avez-vous donc à nous annoncer? Reprit la directrice de Poudlard, revenant brutalement à une conversation plus sérieuse et plus terre à terre, vivement curieuse de savoir le fin mot de l'histoire.

- Bonnes, je ne pense pas, rétorqua Severus. Et ce serait plutôt à vous de commencer, non? Potter a apparemment réussi, par un autre heureux coup de « chance insolente », à s'emparer de l'Horcruxe...

- Oui, en effet. La coupe de Poufsouffle.

- La coupe de Poufsouffle? Intéressant… Et sait-on comment Il se l'était procurée? Comment cela s'est-il passé exactement?

- Vous n'avez eu aucun détail? S'interrogea McGonagall.

- Non, aucun. Il était bien trop... enragé, pour nous en dire plus que nécessaire, répondit Severus d'une voix basse et grave, ne se rappelant que trop bien de la colère noire qu'il avait due, une fois encore, essuyer quelques jours auparavant, quand Il avait découvert la perte de son précieux bien...

- Vous n'êtes que des incapables nés, vous avez laissé Potter, un stupide gamin, s'emparer de mon Horcruxe, rugissait-Il à l'encontre de Ses cinq Mangemorts les plus proches et les plus hauts gradés. Vous ne méritez pas ma clémence, vous ne méritez pas que je m'intéresse à votre cas...

Les cinq hommes en face de lui gardaient la tête basse, humblement inclinés devant Lui, attendant aussi stoïquement que possible que la foudre se soit abattue et que la tempête se calme. Si tant est qu'elle puisse se calmer un jour, au vu de la déferlante qu'ils essuyaient pour l'heure.

- Mulciber! Appela le Lord Noir, d'un ton sans appel, aussi froid que la mort elle-même.

Le dénommé pâlit instantanément, son teint cadavérique rivalisant avec celui du marbre blanc des colonnes de la salle. Toutefois, il savait ne pas avoir le choix. Il s'avança donc, d'un pas chancelant, comme si ses jambes obéissaient à une volonté propre, allant à l'encontre de sa raison qui lui dictait de fuir de suite…

- Tu es le principal responsable de ce désastre, continua celui qu'il avait choisi pour Maître. Tu étais pourtant chargé de la sécurité de cet objet que je t'avais confié. Mais tu t'es montré indigne de la confiance que je t'ai accordée. Endoloris.

L'homme s'écroula à terre, se roulant en boule sous la douleur, et laissant un cri bref s'échapper de ses lèvres, lèvres rapidement meurtries tant il se les mordait pour s'empêcher de crier plus fort. Le Seigneur des Ténèbres réitéra le sortilège de torture quatre autres fois, s'arrêtant quand Il estima enfin que la punition avait été suffisamment éloquente et que le Mangemort ne tiendrait vraisemblablement pas davantage.

- Tu m'as déçu, Mulciber. Profondément déçu.

L'homme resta au sol, pantelant et en sueur, recroquevillé sur lui-même, incapable du moindre mouvement sans relancer l'onde de douleur, incapable de la moindre parole cohérente.

- Mais tu n'es pas non plus le seul responsable... Sssseverusssss. Toi aussi, tu tiens ta part de responsabilité. Tu es chargé de superviser le tout, et tu as échoué. Tu aurais dû parer cette attaque... Tu aurais dû prévoir des mesures de sécurité plus adéquates. Endoloris.

Et la scène se répéta, cette fois sur Severus, qui s'effondra au sol, sans force et tétanisé par la douleur, incapable de compter le nombre de cruciatux qu'il reçut.

- J'espère que la leçon sera retenue, fit la voix claquante du Lord Noir, tel un fouet acéré, vrillant les tympans martyrisés du Maître des potions.

- Oui, Maître, répondirent les cinq Mangemorts comme un seul homme.

Et sans même attendre d'autre réponse, le Seigneur des Ténèbres quitta la pièce obscure par la porte dérobée derrière la tapisserie du fond, laissant seul Son cercle intime, à la fois dépité d'un tel échec, mais aussi soulagé de s'en tirer à si bon compte…

Un grincement presque sinistre de vieux bois sortit soudain Severus de ses souvenirs.

- Quand on parle du loup, maugréa-t-il entre ses dents, en voyant le fils de son ancienne Némésis sur le pas de la porte, sa frêle silhouette se découpant dans le halo de lumière qui l'irradiait derrière lui, contrastant ainsi fortement avec la grisaille crépusculaire qui envahissait la pièce.

- Bonsoir, répondit simplement le Gryffondor, préférant ne pas répliquer à cette provocation.

- Nous parlions justement de vous, Harry, intervint McGonagall, sentant l'ambiance refroidir dangereusement. Au sujet de votre récente... réussite...

Harry retint à temps une exclamation mi surprise, mi soulagée, et se contenta de hausser les sourcils en signe de compréhension. Il se lança alors dans un compte-rendu détaillé de cette aventure, sans fioritures inutiles. Et Severus l'écouta attentivement, se gardant bien d'émettre le moindre commentaire, bien que l'envie l'en démangeât...

Au fond de lui, il était profondément impressionné que ce môme impertinent ait réussi cet… exploit, même si l'aide de ses deux acolytes s'était révélée inestimable. Oui, exploit était le mot juste… Le Lord Noir était réputé pour étudier consciencieusement ses pièges et ses défenses, et était féru de toute sorte de Magies, qui combinées devaient être redoutables à déjouer… Il ne pouvait donc nier que le Gryffondor savait faire montre d'une certaine ingéniosité quand les circonstances l'exigeaient. Ingéniosité, qui, mêlée à une dose considérable de chance, lui donnait tous les atouts… Mais pour rien au monde Severus ne l'aurait avoué, même sous la torture...

Quand le récit prit fin, un silence pesant et lourd de sens s'abattit sur eux trois, chacun réfléchissant aux répercussions possibles et aux événements à venir.

- Et de votre côté, Severus, qu'avez-vous de neuf à nous apprendre? S'enquit finalement McGonagall.

Severus se renfrogna aussitôt, lançant un regard noir peu aimable à l'animagus. Il n'avait pas vraiment envie d'en parler, et ce d'autant moins devant Potter... Mais avait-il vraiment le choix?

- Severus, insista-t-elle cependant devant le silence obstiné du Maître des potions.

- Inutile de vous répéter, je ne suis pas sourd et je connais encore mon prénom, répondit celui-ci, d'un ton caustique. De mon côté, disons que les choses se sont quelque peu précipitées, ajouta-t-il, plutôt à contre-cœur.

Il marqua soudain un court temps d'arrêt, comme cherchant ses mots, ce qui n'échappa guère à l'oeil aiguisé de McGonagall et l'inquiéta quelque peu. Pour que le Maître des potions, si réputé pour son verbe acerbe et ses sarcasmes bien visés, hésite autant, c'est que l'annonce devait être réellement délicate et cruciale… si ce n'est pire.

- Je pense que ce que je vais vous dire ne sera pas pour vous plaire, reprit-il d'une voix plus basse. Le rituel, dont je vous avais parlé il y a quelque temps, et qui était prévu pour le début de l'été, a été avancé et a eu lieu il y a trois jours.

McGonagall étouffa un cri de surprise et d'effroi. Parlait-il de cet horrible rituel? Et si oui, quelles en avaient été les conséquences? Qu'en avait-il résulté en fin de compte?

- Voulez-vous parler du rituel... du rituel...? Mais les mots s'étranglèrent dans sa gorge.

Non décidément, elle ne se sentait pas capable de dire ce nom, cela serait rendre plus réelle encore cette ignominie...

- Oui, du rituel du sang de la vierge. De quoi d'autre voulez-vous que je parle? S'énerva brusquement Severus.

Quelques minutes de silence suivirent, avant que Minerva reprenne, d'une voix peu assurée, presque chevrotante.

- Ainsi Il aurait préféré avancer de près d'un mois… Et… Et comment cela s'est-il passé?

La question resta quelques instants sans réponse, puis un fin et discret sourire apparut sur les lèvres de Severus, alors que son regard se perdait à nouveau dans le vague. Un sourire authentique, non marqué par l'ironie ou la moquerie. Un sourire que McGonagall avait rarement vu apparaître sur ce visage si jeune et pourtant si dur. Un sourire qui la frappa d'autant plus au vu des circonstances. Qu'avait-il donc à sourire ainsi subitement? Serait-il devenu fou? Les doloris auraient-ils eu raison de lui tout compte fait?

Severus releva enfin les yeux sur l'animagus et vit son air mi-scandalisée, mi-interrogateur. Ce n'est qu'en croisant ce regard qu'il comprit qu'il venait de sourire. Mais au lieu de se recroqueviller dans sa carapace d'impassibilité, comme il l'aurait fait d'ordinaire, il sourit davantage encore, si ce fut possible...

- Bien. Cela s'est passé bien mieux que ce à quoi je m'attendais, répondit-il enfin.

Cette réponse, plus qu'inattendue et des plus surprenantes, laissa momentanément cois Harry et Minerva, tandis que Severus était déjà reparti dans les réminiscences de cette fameuse nuit, sombre et cruelle, mais ô combien magique...

Oui, magique, comme jamais il n'en avait connu. Et pourtant Merlin seul sait combien il avait pu redouter cette nuit-là.

Quand il s'était avancé au milieu du cercle des Mangemorts en direction de l'autel où trônait déjà le Lord Noir, Severus avait senti son cœur battre à folle allure, ses pensées s'embrouillant, uniquement tournées vers l'horreur qu'il allait devoir commettre, et il avait dû réaliser un effort surhumain pour que ses traits restent savamment figés et impassibles et ne trahissent pas son dégoût.

- Sssssssseverussssssssss, te voilà enfin mon petit Mangemort, fit le Lord Noir d'une voix soyeuse mais dangereuse, où l'excitation était plus que palpable. Il ne manque donc plus qu'une personne pour que les festivités puissent commencer.

Se disant, il se tourna dans la direction opposée à Severus, faisant signe à Ses fidèles serviteurs de s'écarter. Ceux-ci obtempérèrent aussitôt, et le cercle parfait se rompit momentanément afin de former une haie d'honneur pour la nouvelle arrivée, lui indiquant ainsi le chemin jusqu'au gigantesque pentacle surmonté d'un imposant autel de pierre et de marbre noir.

Malgré l'obscurité presque lugubre, que la lueur changeante des quelques bougies éparses et des quelques torches à la flamme dansante transperçait à peine, Severus parvint à distinguer les traits de la mystérieuse invitée. Son fin visage était irradié d'une aura quasi mystique, les reflets rougeâtres en accentuant les contours si délicats et si bien dessinés, tandis que de fines mèches auburn en soulignaient la perfection, et que sa longue chevelure de feu tombait en une tumultueuse cascade jusqu'au bas de ses reins. Elle incarnait à cet instant la divinité de la beauté et de la magnificence, son aura dégageant une force magique incomparable.

Severus était littéralement subjugué par cette apparition. Et il n'était vraisemblablement pas le seul, au vu de l'immobilité soudaine et du lourd silence qui venaient de s'abattre sur la sombre assemblée.

Ardwenna, quant à elle, fixait Severus droit dans les yeux, essayant de faire fi de tous ces regards cupides la dévisageant ostensiblement. Elle ne pouvait cependant totalement ignorer le regard rougeâtre flamboyant qui lui brûlait le dos. Le Lord Noir ne cachait effectivement en rien son impatience.

- Severussssss, s'entendit-il rappeler à l'ordre par le Lord Noir. Nous allons commencer.

Le dénommé s'arracha donc, avec quelques difficultés, à sa contemplation, et vint se placer en face de l'autel, à la droite du Seigneur des Ténèbres. Mais il fut quelque peu surpris et circonspect, quand ce dernier s'écarta brusquement de quelques pas. Ce ne fut que quand il Le vit s'emparer sans prévenir de la main d'Ardwenna et la conduire à l'autel, lui faisant signe de s'allonger sur la pierre froide, que Severus comprit. Le Lord Noir voulait sans aucun doute leur faire réaliser pleinement la situation par ce simple geste : il était hors de question de Lui résister, et Il était le seul et unique Maître du jeu dès lors…

La jeune femme perçut elle aussi clairement le message, et Severus la vit réprimer un frisson, mais obtempérer malgré tout. Avait-elle réellement le choix de toute façon ? Non, n'est-ce pas ? Et lui non plus d'ailleurs…

Puis le Maître des potions entendit, plus qu'il n'écouta, leur Maître commencer le rituel en psalmodiant la formule consacrée. Mais son esprit voguait ailleurs, alors qu'il détaillait chaque trait, chaque courbe gracieuse et sans faille du corps d'Ardwenna. Au fond de lui, il sentait un sentiment d'admiration naître… Cette jeune femme avait un cran et un courage certains, que bien des Gryffondors lui envieraient… Elle savait ce qui l'attendait, et pourtant ne cherchait pas à s'y dérober.

Severus aurait aimé pouvoir en dire autant de lui, mais il ne parvenait à se défaire de la répulsion que lui inspiraient ce rituel… et lui-même par la même occasion. Il se sentait sale et avili d'être complice d'une telle atrocité, d'une telle barbarie… Et se dire que son rôle d'espion l'exigeait n'aidait en rien, bien au contraire…

Quand l'éclat froid et métallique d'une lame vint soudain titiller sa rétine endormie par ses brumeuses pensées, Severus se força à se concentrer sur la réalité et à chasser ses dangereuses idées. Ce n'était plus le moment de ruminer tout ça, il se devait d'être attentif au rituel, s'il ne voulait pas le faire échouer ou blesser Ardwenna plus que nécessaire. Il n'avait pas le droit à l'erreur…

Il vit alors la lame que tenait le Lord Noir s'abattre lentement sur le fin poignet de la jeune femme et lui entailler doucement la peau, sans qu'un cri ou qu'une larme ne lui échappe. Le sang perla d'abord lentement puis en un fin filet, que le Seigneur des Ténèbres s'empressa de récolter dans une coupe d'argent finement ouvragée.

Coupe qu'Il tendit quelques minutes plus tard vers Severus. Ce dernier sortit alors de sa poche une fiole, contenant la fameuse potion nécessaire au rituel. Une potion qu'il avait mis plusieurs jours à concocter, une potion presque plus délicate que la potion Tue-Loup. Une potion pouvant s'avérer mortelle en cas d'erreur, aussi infinitésimale soit-elle… Il versa le contenu de la fiole, regardant avec un dégoût non dissimulé le sang rougeâtre se mélanger lentement à la potion, l'un et l'autre se liant difficilement tant leur texture paraissait différente…

Le Lord Noir prononça encore quelques incantations avant de boire l'étrange mixture, une aura verdâtre l'enveloppant momentanément, obligeant Severus à s'écarter pour ne pas être touché par les émanations plus ou moins néfastes qui s'en dégageaient. La première étape semblait se dérouler à la perfection, au vu de l'air presque béat de contentement qu'affichait le Lord Noir.

Alors que l'aura verdâtre s'estompait doucement, le Seigneur des Ténèbres rouvrit brusquement Ses paupières reptiliennes, dévoilant des iris rougeâtres incandescents, et fit signe à Severus de prendre place sur l'autel… Ainsi le moment crucial et tant redouté était arrivé… Le Maître des potions reporta son attention sur la frêle silhouette étendue, et légèrement tremblante, qui l'attendait avec appréhension. Il sembla hésiter quelques secondes, mais une pression ferme et puissante sur son épaule le poussa rudement et sans ménagement vers l'autel, lui faisant comprendre sans ambiguïté qu'il ferait mieux de ne pas se faire attendre plus longuement.

Severus s'avança donc vers sa prochaine victime, sentant à peine ses jambes le porter malgré lui. Quand il arriva à la hauteur de la jeune femme, leurs regards se croisèrent, prunelles ténébreuses dans prunelles azurées, peur et crainte s'entrechoquant brutalement, colère et résignation se mêlant en eux, et Severus se laissa littéralement happer par ces iris si céruléennes tel un ciel plein d'espoir et de promesses, et pourtant si sombres de tristesse et de désespoir...

Il se pencha alors lentement vers elle, sa main venant frôler avec une certaine déférence cette joue si pâle et si douce. Puis ses lèvres vinrent se joindre à son geste, effleurant à peine la peau savoureusement sucrée de la jeune femme. Il voulait y aller en douceur, espérant rendre ce cruel moment un peu moins douloureux. Quand il se redressa légèrement, ses orbes noirs vinrent de nouveau s'ancrer dans les yeux d'Ardwenna… Et ce qu'il y lut le surprit, et le terrifia même. Elle ne lui en voulait pas, elle acceptait même… Parce que c'était lui, elle semblait bien vouloir accepter cette sombre mascarade sans mot dire…

Quelle lourde responsabilité, que cette soudaine confiance absolue lui imposait. Soudaine confiance ? Pas si soudaine que ça, en y réfléchissant bien… S'il voulait être honnête, il ne pouvait nier, qu'ils s'étaient tous deux peu à peu rapprochés au fil de ces dernières semaines… Etait ce résultat que le Lord Noir voulait obtenir en les contraignant à travailler ensemble et si proches l'un de l'autre ? Oui, certainement, du moins en partie…

- Severusss, entendit-il dans son dos, la voix dure lui intimant de ne pas Le faire attendre plus longtemps.

Severus dut à regret se défaire de cette emprise envoûtante et se hissa à son tour sur l'autel, à quelques centimètres à peine d'Ardwenna, tel un gracieux félin coulant vers sa proie. Il plongea une dernière fois son regard dans le bleu azur de sa victime, avant de sceller leurs lèvres en un baiser d'abord doux et timoré, qui s'enflamma peu à peu, tel un brasier grandissant lentement. C'est alors qu'il réalisa qu'il avait ardemment désiré ce baiser, qu'il en avait eu envie depuis quelques temps déjà… Et visiblement Ardwenna aussi, à en juger par l'ardeur avec laquelle elle lui répondait…

Sans s'en rendre compte, il se laissa rapidement emporté par la passion qui les envahissait et enserra délicatement le frêle corps sous lui, tout en les enveloppant tous deux de sa cape protectrice, alors que leur baiser enflammé s'intensifiait doucement, leur faisant peu à peu perdre le sens de la réalité et oublier le lieu sordide où ils se trouvaient. A vrai dire, la potion de félicité qu'ils avaient ingurgitée quelques heures plus tôt devait aussi grandement aider…

Puis les mains habiles de Severus commencèrent à parcourir timidement le corps d'Ardwenna, ses doigts fins glissant sur le tissu soyeux de la robe de la sorcière, tissu qui le gêna bientôt dans son exploration et qu'il entreprit de retirer délicatement, avec d'infinie précaution pour ne pas brusquer la jeune femme. Cependant, il ne lui fallut pas longtemps pour la débarrasser de cette infime barrière, et en quelques minutes à peine Ardwenna se retrouva nue, sous le regard ombragé de désir du Maître des potions. Cependant, il ne cessa pas pour autant son exploration et continua à découvrir ce corps divin, le couvrant de mille caresses attentionnées et de baisers tantôt doux, tantôt enfiévrés, faisant découvrir à la jeune femme des sensations inconnues jusqu'alors.

Soudain Severus sentit à son tour des mains sur son torse, à travers sa propre robe, mains fines et délicates dessinant le contour de ses épaules, et de son cou, pour remonter jusqu'à son col, et commençant à déboutonner sa robe. Surpris, il se figea momentanément, regardant Ardwenna d'un air interrogateur et incrédule, mais celle-ci lui offrit comme toute réponse un timide sourire, légèrement crispé mais sincère. Sourire qu'il lui rendit aussitôt, avant de sceller de nouveau leurs lèvres.

Bientôt, il sentit le fin tissu glisser de ses épaules puis de son torse, tandis que sa cape, bien qu'elle aussi déboutonnée, les protégeait encore quelque peu du regard des autres. Il entendit ensuite Ardwenna murmurer une formule contre ses lèvres, et en quelques secondes, sa robe de sorcier vint rejoindre celle de la jeune femme à terre, les laissant tous deux en tenue d'Eve et d'Adam, blotti l'un contre l'autre … La gêne et la pudeur semblèrent refaire surface un bref instant entre eux, malgré la sourde conscience leur soufflant que de tels scrupules n'avaient plus de place à l'heure actuelle…

Severus s'empressa alors de dissiper ce moment de gêne et d'incertitude, et entreprit de reprendre son excursion attentionnée, en faisant goûter à la divine Venus qu'il tenait entre les bras autant de merveilles dont il était capable… Mais ce qu'il n'avait pas prévu, c'est qu'elle se joigne à lui et lui rende ses caresses et baisers avec autant de ferveur qu'il en mettait lui-même. C'est ainsi qu'il sentit des mains hésitantes retracer délicatement les lignes de ses muscles fins et de ses cicatrices, tandis que des lèvres chaudes et avides goûtaient à la saveur épicée de sa peau meurtrie…

Rapidement, ils se laissèrent totalement emporter, enfiévrer, incontrôlables, perdant toute notion d'espace et de temps… Jamais Severus n'avait connu pareille sensation, pareille exaltation, pareille envolée dans cette vague tumultueuse de la passion. Brusque passion qui venait le saisir si vivement, si profondément, pas seulement dans son corps et dans sa chair, mais aussi dans son âme.

Leurs gestes empressés les entraînèrent dans une danse admirablement chorégraphiée, instinctive, à la fois tendre et sauvage, à la fois douce et fervente, danse endiablée qui fit tomber le dernier rempart qui les cachait encore un peu aux yeux des autres … Rien d'autre n'existait plus à part eux, eux deux, l'un contre l'autre, l'un près de l'autre, l'un avec l'autre, et ce malgré la pierre froide contre leur peau moite, malgré les regards indécents, impudiques et envieux d'une vingtaine d'hommes et de femmes encapuchonnés suivant leur ballet effréné, malgré le sourire machiavélique et les incantations obscures de l'homme-serpent…

Mais brusquement ce simple ballet ne leur suffit plus, il leur fallait plus, ils voulaient ne faire plus qu'un, se fondre l'un dans l'autre dans une étreinte plus intime, plus exclusive… Severus accentua alors ses caresses, insistant aux endroits qu'il savait les plus sensibles, et prépara avec mille précautions la jeune femme. Celle-ci s'arquebouta pourtant entre ses bras, sous la déchirante douleur qu'il provoqua quand il se fondit en elle. Il s'immobilisa instantanément, attendant que la douleur s'estompe voire cesse, tout en essayant de faire oublier cette vile souffrance par ses baisers brûlants. Mais celle-ci semblait vouloir s'ancrer en Ardwenna et leur rappeler la dure et cruelle réalité de la situation…

Severus sentait également l'attente impatiente de leur Maître. Il savait que le rituel n'était pas fini, et risquait de se rompre à tout moment s'il s'attardait trop… Ce qu'il ne pouvait se permettre, s'il ne voulait pas attirer les foudres du Lord Noir sur lui ou sur la jeune femme. Mais il ne pouvait non plus se résoudre à faire plus de mal encore à celle qu'il avait appris à apprécier et à respecter, pour ne pas dire plus… Il se serait haï et exécré plus encore, si ce fut possible…

Ne sachant plus que faire, il tenta de s'immiscer doucement dans son esprit, afin de l'apaiser et de calmer le supplice, physique et moral, qu'elle pouvait ressentir au plus profond d'elle-même. Il projeta toute son énergie et toute sa force pour l'atteindre, et il parvint enfin à toucher les limbes de sa conscience endormie par la douleur…

Mais ce à quoi il ne s'attendait pas, c'est qu'elle atteigne elle aussi son esprit… Et, sans préavis, tout s'accéléra. Ils se sentirent tous deux pris dans une vague incontrôlable de pensées partagées, de souvenirs et d'émotions insoupçonnées… Ils fusionnèrent, non seulement par le corps mais aussi par l'esprit, leur corps suivant la valse indomptable et enragée de leur âme, ne faisant plus qu'un, l'un devenant l'autre, l'autre devenant l'un. Chacun revivant l'histoire et le passé de l'autre, ses doutes, ses peurs, ses joies et ses peines, ses espoirs et désespoirs… Chacun se coulant dans l'autre dans un accord parfait encore inégalé, composant une harmonie ensorcelante… Leur âme s'assemblant sans à-coup, s'imbriquant l'une dans l'autre, tel un puzzle dont les pièces se seraient perdues depuis si longtemps pour enfin se retrouver…

Ils perdirent toute sensation charnelle, leur âme s'envolant loin au-dessus d'eux pour mieux s'étreindre dans une intimité parfaite et paisible, bien qu'incandescente de passion ardente. Jamais Severus n'avait connu pareille fusion, pareille harmonie… Même avec Valâa, cela n'avait pas été aussi magique, aussi unique… Valâa n'était pas humaine, Ardwenna si. Severus avait l'impression d'avoir enfin trouvé celle qu'il attendait, et qui l'attendait, depuis toujours. Lui qui s'était souvent moqué de ceux prétextant avoir trouvé l'âme sœur se disait l'avoir rencontré lui-même en cet instant…

Soudain, quand ils furent à l'apogée de leur extatique union, une aura d'un bleu intense et éclatant, irradiant de puissance et de magnétisme, les enveloppa, les teintes foncées provenant de Severus se fondant dans celles plus claires venant d'Ardwenna. Mais au fur et à mesure qu'elle se formait, cette aura semblait être aspirée dans le même temps par une autre, plus sombre et plus noire, à quelques mètres d'eux… Et un fin filament les lia progressivement au Seigneur des Ténèbres, qui semblait pour sa part jubiler, une pure exaltation s'imprimant sur son visage vipérin, alors qu'il ouvrait les bras vers le ciel devant lui, comme pour mieux accueillir cette nouvelle puissance et cette nouvelle force qui s'offrait à lui et envahissait son corps amoindri.

Ils n'auraient su dire combien de temps cette fusion dura, mais peu à peu Severus et Ardwenna sentirent leur énergie les quitter, s'échapper d'eux, pour peu à peu se tarir, sans qu'ils puissent faire quoi que ce soit pour la retenir, tandis que le Lord Noir sentait au contraire la sienne augmenter de façon considérable. Bientôt leurs sens et la sensation de leur corps leur revinrent, lentement, progressivement, les laissant hors d'haleine, en sueur, et plus faibles que jamais, toujours l'un contre l'autre, mais pantelants, épuisés, incapables du moindre mouvement, les simples mouvements de leur respiration leur demandant déjà un effort incommensurable.

Severus rouvrit enfin les yeux, n'ayant pas eu conscience de les avoir fermé, et regarda Ardwenna avec une intensité rare, essayant de lire en elle ce qu'elle pouvait bien ressentir. Avait-elle ressenti la même chose que lui ? Honte, gêne, douleur, en même temps que désir, passion, et soif intense de l'autre ? Qu'avait-elle retenu finalement de cette expérience étrange, cruelle, mais intense et si magique ? Et qu'allait-elle penser de lui maintenant qu'elle avait lu en lui comme dans un livre ouvert ?…

« Comme dans un livre ouvert », se répéta Severus, tremblant légèrement malgré lui. C'était la première fois que quelqu'un perçait ainsi ses défenses mentales. La première fois depuis longtemps en tout cas, et cela lui faisait peur…Etait-elle la seule à avoir lu tout ceci dans son esprit ? Ou le Lord Noir avait-il tout partagé également ? Non, certainement non, sinon il ne serait plus de ce monde probablement…

Mais qu'avait-elle ressenti en voyant son passé, son histoire, sombre histoire ?… Qu'avait-elle ressenti à voir le passé d'un assassin, tous ces crimes, tous ces meurtres, tout ce sang, tâchant ces mains mêmes qui l'avaient touchée quelques minutes plus tôt ? Allait-elle être dégoûtée, effrayée ? Allait-elle le trahir ? Allait-elle offrir la trahison du Maître des potions au Lord Noir, en Lui révélant son double jeu et sa véritable allégeance ? Ou allait-elle ne rien dire, mais s'éloigner de lui et tout simplement l'ignorer ?…

Etrangement, Severus n'aurait su dire quelle option il aurait souhaitée. Certes, il ne pouvait affirmer préférer être dénoncé. Mais être ignoré et évité par Ardwenna lui semblait soudain plus insupportable encore à endurer que les tortures que lui infligeraient sans aucun doute le Lord Noir… Non, à tout prendre, il préférerait mourir… Il en avait trop vu, trop fait, pour supporter un tel affront ou une telle indifférence, après ce qu'ils venaient de partager.

Mais bizarrement, ce qu'il lut dans le regard d'Ardwenna n'était ni peur, ni dégoût, ni effroi, ni trahison. Etonnement, incrédulité, légère appréhension peut-être, mais rien de ce qu'il redoutait le plus… Serait-ce possible qu'elle ne lui en veuille pas et qu'elle ne souhaite pas profiter de la situation à son avantage pour sauver sa sœur ?

Non, à bien y réfléchir, Severus savait qu'Ardwenna n'était pas de ce genre. Il la savait incapable d'un tel acte de lâcheté et de cupidité. Ce qu'il avait vu et revécu en traversant les souvenirs et pensées de la jeune femme en était une preuve indubitable... Non, jamais elle ne le trahirait, comme lui-même ne le ferait jamais… Cette simple constatation lui enleva tout d'un coup un lourd poids du cœur.

Il sentit alors brusquement une haleine chaude dans son cou, entrecoupée d'une respiration presque aussi erratique que la sienne, tandis qu'une main froide lui effleura la peau au creux de ses reins, et qu'une voix sifflante lui susurra au creux de l'oreille :

- Severusssss, tu as été parfait. Un peu lent, mais parfait. Vous m'avez apporté tous deux plus encore que je ne l'aurais cru possible. Je ne me suis vraisemblablement pas trompé sur votre compte… Vous êtes puissants, surtout ainsi liés l'un à l'autre, et si… complémentaires. Vous allez enfin me rendre la puissance et la gloire qui me sont dues…

Severus frissonna, autant de par ce contact inopiné et déroutant, écoeurant même, souillant en quelque sorte l'extase magique qu'il venait de vivre, que par cette voix suave et glacialement mortelle.

- Je crois que vous avez bien mérité de vous reposer tous deux maintenant. Mes petits Mangemorts vont être déçus de ne pas pouvoir s'amuser à leur tour avec vous… Mais je ne voudrais pas qu'ils vous épuisent. J'ai encore besoin de vous… Lucius…

Cependant, Severus n'entendit pas la fin et tomba dans une douce inconscience en même temps qu'Ardwenna.

- Severus, Severus, fit une voix à ses côtés, tandis que quelqu'un le secouait doucement par l'épaule.

- Minerva, ronchonna Severus tout en revenant à la réalité.

- Vous étiez encore perdu dans vos pensées. Cela vous arrive bien souvent ces derniers temps, renchérit McGonagall.

Le Maître des potions lui adressa comme toute réponse un regard noir foudroyant, au fond duquel étincelait une étrange lueur rougeâtre qui ne lui était pas habituelle.

- Severus, que vous arrive-t-il ? S'enquit l'animagus, plus qu'inquiète pour son ancien collègue et surprise par ce regard presque malsain et diabolique.

- Rien. Il ne m'arrive absolument rien, mentit-il durement.

En fait, si, il sentait qu'il y avait eu un léger changement en lui. Ce rite puissant de Magie Noire avait laissé sa marque en lui, l'avait touché plus qu'il ne voulait l'admettre. L'avait changé. Il le sentait. La Magie Noire l'envahissait de plus en plus, elle transpirait par tous les pores de sa peau et menaçait de le submerger à tout instant. Mais il n'y pouvait rien, si ce n'est lutter pour retarder l'échéance inévitable et espérer qu'éventuellement Valâa puisse l'aider, comme elle le lui avait promis…

Il luttait contre cette emprise à chaque instant, mais préférait le cacher pour le moment. Il ne voulait pas que l'Ordre le considère plus suspect et plus dangereux encore, qu'il ne le faisait d'ordinaire…

McGonagall observa un long moment Severus, qui s'obstinait dans un silence buté. Elle se posait bien des questions à son sujet et se faisait bien du souci pour lui. Elle savait aussi pertinemment bien, qu'il ne lui disait pas tout, certainement pour ne pas l'effrayer, ou pour ne pas risquer de perdre sa confiance… Elle préféra donc ne pas insister. Leur sollicitude semblait agacer le Maître des potions plus encore que leur indifférence…

- Si vous le dîtes, conclut-elle, d'un ton peu convaincu, sans se préoccuper du nouveau regard incendiaire qu'elle récolta. Vous disiez que cela s'était bien passé.

- Oui, et non. Cela a été moins… horripilant, que ce que j'avais appréhendé, daigna répondre Severus.

Harry tiqua légèrement à cette remarque, mais garda le silence, comme il l'avait promis à McGonagall, et laissa Snape continuer.

- Cela semble du moins n'avoir pas été trop traumatisant pour Ardwenna.

- Et pour vous ? Demanda McGonagall, mi soulagée, mi frustrée qu'il parle constamment à demis mots.

- Pour moi ? S'étonna-t-il. Et bien, pour moi… Pour moi, cela s'est déroulé convenablement, fit-il, son étrange sourire effleurant à nouveau ses lèvres pâles et étirant ses traits crispés.

- Convenablement ? Répéta McGonagall, sceptique et surprise. C'est tout ?

Severus releva enfin les yeux vers elle et vit qu'elle ne le croyait pas vraiment, qu'elle pressentait qu'il y avait plus…

- Bon, non, ce n'est pas tout, concéda-t-il comme à regret, tout en grommelant à voix basse, profondément exaspéré de devoir l'admettre. Non, en fait, c'était… c'était…

Son regard sombre se perdit une fois encore dans le vide, tandis qu'il cherchait vraisemblablement le mot adéquat.

- C'était… magique, lâcha-t-il enfin dans un souffle.

Ce qui fit sourire McGonagall et grimacer Harry.

- Magique ? C'est-à-dire ? S'enquit-elle, plus par taquinerie pour le titiller un peu plus encore, que par pure curiosité.

Taquinerie qui eut l'effet escompté. Severus lui jeta un autre de ses regards légendaires assassins et répondit avec une pointe de sarcasme hargneux dans la voix :

- Je ne vais tout de même pas tout vous décrire dans les détails.

Mais finalement, il céda et ajouta dans un soupir, lui concédant cette victoire temporaire…

- Oui, c'était magique. Dans tous les sens du terme. Je n'avais jamais connu ça auparavant. Ardwenna et moi avons littéralement… fusionné.

Face à la réaction que ces malheureux mots engendrèrent immanquablement chez ses interlocuteurs, Severus sentit instantanément la colère le gagner de nouveau. Il n'aurait su dire ce qui l'énervait le plus, entre l'air quelque peu dégoûté de Potter, le sourire énigmatique de McGonagall ou le regard malicieux du portrait d'Albus…

- Cessez donc de me regarder de cette façon… désopilante. Oui, vous avez bien entendu. J'ai dit « fusionné ». Pas seulement physiquement, mais aussi psychiquement. Surtout psychiquement.

Un gloussement venant du portrait d'Albus l'interrompit.

- Qu'y a-t-il de si amusant ? S'emporta définitivement le Serpentard.

- Rien de particulier, rétorqua le portrait, imperturbable, alors que ses yeux pétillaient de plus belle.

- Albus !

Le ton du Maître des potions était plus qu'agressif et péremptoire.

- Severus.

Celui d'Albus, bien que ferme, dénotait quant à lui un certain amusement.

- Ce que vous avez dit n'a rien d'amusant, reprit toutefois le portrait sur un ton plus sérieux, sans perdre pour autant son regard rieur, voyant que son jeune ami ne décolérerait pas tant qu'il n'aurait pas la réponse. Mais cela ne m'étonne guère.

Severus écarquilla les yeux, vivement surpris et curieux de savoir ce que le portrait entendait par là. Que voulait-il dire exactement ? Qu'insinuait-il encore ? Qu'il détestait quand il tournait ainsi autour du pot…

- Cela n'est pas très étonnant… entre deux puissants legilimens, ajouta Albus.

Quand l'information parvint enfin à s'insinuer dans les méandres de l'esprit de Severus, une lueur de compréhension, et de soulagement, illumina son visage tiré par la fatigue et la tension.

« Entre legilimens… ». Oui, Ardwenna était legilimens. Ainsi, c'était ça, c'était pour ça qu'ils avaient vu défiler la vie entière de l'autre, tous ses souvenirs, tout son passé…

- Vous voulez dire… ? Commença McGonagall, hésitant à finir la question qui lui brûlait la langue.

Severus hocha simplement la tête en guise d'acquiescement.

- Ardwenna est donc legilimens ? Demanda abruptement Harry, qui n'était pas sûr d'avoir tout suivi.

- Je donnerais bien dix points pour Gryffondor pour cette brillante déduction, mais je n'en ai plus le pouvoir, rétorqua Severus narquois.

- Et ? Continua l'animagus, quelque peu anxieuse, alors qu'elle réalisait tout juste ce que cela pouvait impliquer, et faisant fi de cette énième pique acerbe de Severus envers son ancien élève.

Severus jeta un bref regard interrogateur en direction du tableau représentant son vieil ami, comme pour lui demander son avis ou son approbation. Celui-ci hocha la tête, lui donnant ainsi tacitement son accord.

- Et nous avons tout partagé, répondit alors le Serpentard. Toutes nos pensées, nos souvenirs, tout notre passé…

Sa phrase resta en suspens, comme pour laisser aux autres le temps d'assimiler ses paroles. Ce n'est qu'au bout d'un certain laps de temps, que McGonagall rompit à nouveau le silence :

- Mais si vous avez « partagé » tous vos souvenirs, alors… cela signifie…

Elle ne put toutefois achever le cours de sa pensée, redoutant qu'en le disant tout haut, cela concrétise ce qu'elle pensait.

- Oui, cela signifie qu'elle sait pour moi. Qu'elle sait tout, qu'elle sait où va ma véritable allégeance.

- Et ? Demanda Harry, soudain inquiet.

- Et quoi, Potter ? Répliqua Severus, hargneux, plus qu'agacé par cet interrogatoire, ou plutôt par le fait que le fils de son ennemi juré assiste, et participe même, à cet interrogatoire. Agacement qui raviva d'ailleurs quelque peu l'inquiétante lueur rougeâtre de ses prunelles. Et va-t-elle me trahir ? Va-t-elle me dénoncer, moi, et l'Ordre avec ? Non, je ne le pense pas.

- Qu'est-ce qui vous permet d'affirmer cela ?

- Minerva. Si elle a lu en moi, dois-je vous rappeler que j'ai, moi aussi, lu en elle ? Je le sais, je le sens, c'est tout. Et s'il vous fallait des preuves plus concrètes et plus raisonnées, réfléchissez une minute. D'une part, je représente peut-être un de ses seuls espoirs de les sortir, elle et sa sœur, de cet enfer macabre. D'autre part, elle ne voudrait pour rien au monde détruire l'œuvre de son grand oncle. Il s'agit encore d'une Dumbledore, ne l'oublions pas…

- Il aurait peut-être fallu y penser plus tôt, avant de se livrer aux Mangemorts, s'exclama Harry, réalisant trop tard ce qu'il venait de dire.

Severus se leva brusquement et couvrit en quelques enjambées le peu de distance qui le séparait du Gryffondor, laissant de plus en plus libre cours à l'ardente colère qui l'envahissait depuis quelques temps.

- Potter ! Gronda-t-il. Peut-être vous croyez-vous au dessus de tout et de tout le monde, mais cela ne vous donne pas le droit de la juger. Ardwenna a connu beaucoup de souffrances et de drames pour en venir à une telle extrémité. Extrémité qu'elle a choisie dans le seul but de sauver sa sœur d'ailleurs, au risque de se perdre elle-même, faut-il vous le rappeler ?

Ses orbes n'étaient plus que flammes rougeâtres dansant follement.

- Severus, intervint McGonagall, sentant la situation dégénérer dangereusement. Calmez-vous, je vous en prie. Harry ne voulait pas dire de mal d'Ardwenna, n'est-ce pas Harry ?

Elle espérait pouvoir apaiser au plus vite les tensions naissantes entre le Survivant et le Maître des potions. Ce dernier semblait avoir bien du mal à contrôler sa rage et sa colère ce soir, lui d'ordinaire si maître de lui. Ce qui inquiétait grandement McGonagall. Allez savoir ce qu'il était capable de faire dans un état pareil…

- Non, ce n'était pas mes intentions, confirma Harry, désemparé par une réaction si excessive face à des propos plutôt anodins, et surtout venant de cet homme d'habitude si distant et si froid, même si parfois coléreux.

Severus semblait le lapider du regard, se contenant apparemment difficilement. Mais quand il prit enfin la parole, ce fut d'un ton glacial, où la fureur ne transparaissait plus, tout du moins plus autant…

- Alors la prochaine fois, mesurez vos paroles.

Harry resta muet, sentant que sa voix lui ferait défaut, et se contenta donc d'opiner du chef. Il sentait que ce n'était pas le moment de pousser Snape à bout. Ce dernier semblait réellement étrange, et tendu ce soir, il semblait différent, plus dangereux, plus instable…

- Severus, le rappela McGonagall, alors que le Serpentard et le Gryffondor continuaient à se fixer du regard outrageusement. Severus, calmez-vous, s'il vous plaît.

Se disant, elle le tira doucement en arrière, en direction du siège qu'il venait de quitter, et dans lequel il se réinstalla lentement, presque tel un automate.

- Bien. Si sur ce point, vous êtes sûr de ce que vous avancez, nous n'avons certainement aucun souci à se faire.

- Sur ce point, non, pas de souci, reprit-il d'une voix plus mesurée. Par contre…

Severus hésita. Comment leur annoncer ? Comment leur dire les effets de ce fameux rituel ? Comment leur annoncer qu'Il avait enfin obtenu ce qu'Il désirait, qu'Il avait enfin recouvré toute Sa puissance physique, psychique et magique… Ou presque…

- Oui ? L'encouragea McGonagall, consciente que ce qui allait suivre n'allait pas lui plaire, loin de là…

- Par contre, les conséquences du rituel sur Lui sont… d'assez mauvais augures, lâcha-t-il d'une voix légèrement atone.

Il releva alors les yeux, qu'il n'avait pas eu conscience de baisser sur ses mains, et croisa le regard émeraude de Potter, un regard qui lui rappelait soudain tellement la mère du garçon, Lily… Lily… Oui, ce regard était bel et bien le même, jusqu'à cette lueur d'effronterie et de détermination… Finalement, Potter ressemblait tout autant à sa mère qu'à son père… Non, il lui ressemblait bien plus qu'à son père, en fait… Etrange qu'il ne remarque cela que maintenant, alors qu'Albus n'avait cessé de le lui clamer haut et fort depuis tant d'années… Mais ne l'avait-il réellement pas remarqué ? Ou avait-il préféré l'ignorer ?

- Severus ? Intervint une voix, le ramenant brusquement à la réalité. Severus ? Que vouliez-vous dire exactement par conséquences sur Lui ? Continua McGonagall.

- Le rituel avait pour but de Lui faire recouvrer Ses forces, répondit-il, reportant son attention sur l'animagus. Ses forces physiques surtout, mais aussi magiques. Et il a rempli pleinement son office. Je pense… Non, je peux affirmer que le Lord Noir a enfin totalement recouvré toutes Ses forces, magiques, psychiques ou physiques.

- En somme, nous voilà revenus dix-sept ans en arrière, conclut la dirigeante de l'Ordre, un air de profonde lassitude faisant ressortir les rides trahissant son véritable âge.

Severus se contenta d'acquiescer silencieusement, ses yeux glissant, presque inconsciemment, sur l'impétueux Gryffondor, qu'il avait l'impression de redécouvrir tout d'un coup… Ce qui provoqua un embarras inégalé chez ce dernier… Pourquoi son ancien professeur honni le fixait-il de la sorte soudain ? Et surtout avec cette étrange lueur dans ses orbes noirs ? Cette lueur, non pas haineuse ou coléreuse, comme il en avait l'habitude, mais une lueur de curiosité et presque de surprise… Que lui arrivait-il subitement ? Devenait-il réellement fou, à force d'avoir reçu tant de doloris et d'avoir tant pratiqué la Magie Noire ?

- Severus ?

McGonagall revint à la charge, trouvant décidément le comportement du Maître des potions bien étrange et assez exaspérant. Pourquoi regardait-il Harry de cette façon ? A quoi pensait-il donc encore ? Et quand perdrait-il cette fâcheuse manie de se perdre dans ses pensées ?

- Désolé, Minerva, fit-il enfin, après avoir, bien que difficilement, détourné le regard du Survivant.

Ces quelques mots, quelques excuses à peine articulées, étonnèrent et inquiétèrent plus encore la directrice de Poudlard. Le Serpentard n'était vraiment pas dans son état normal, ce soir…

- Est-ce tout ?

- C'est déjà pas mal, non ? Rétorqua-t-il, son ton mordant et acerbe reprenant le dessus.

« Voilà qui est déjà mieux », pensa McGonagall, avant de reprendre de son habituel ton autoritaire.

- Bien. Dans ce cas, je pense que nous devrions tous aller nous reposer. Nous réfléchirons à toutes les… implications, demain matin.

Elle s'apprêtait déjà à repartir, quand Severus la rappela.

- Non, ce n'est pas tout, pas tout à fait…

Son timbre de voix s'était fait brusquement plus grave et plus rauque, presque tremblotant.

McGonagall s'arrêta net dans son mouvement et se retourna, résignée, vers son ancien collègue. Il avait un goût pour les coups de théâtre vraiment désagréable. Une autre mauvaise manie, qu'elle aurait aimé lui voir abandonner…

- Il… Il souhaite maintenant autre chose. Il… Il souhaite….

Severus se racla la gorge, se sentant profondément gêné de ce qu'il s'apprêtait à révéler. Surtout devant le foutu gamin… Mais il ne pouvait pas ne pas leur dire, n'est-ce pas ?

- Oui ? Il souhaite quoi ? S'enquit Minerva, masquant difficilement son impatience.

C'est qu'il commençait à se faire tard, et qu'il lui restait encore grand nombre de choses à régler à Poudlard… Severus la darda d'un regard noir meurtrier, ayant parfaitement perçu son léger agacement.

- Je suis vraiment navré de vous faire perdre votre temps de la sorte, cracha-t-il. Mais j'espère que vous daignerez me pardonner de cette lenteur, quand vous aurez entendu la teneur de ces révélations.

Seul un soupir de Minerva, las et résigné, lui vint comme toute réponse.

- Il souhaite… Il souhaite un héritier.

Voilà, c'était dit… Maintenant ils savaient… Enfin pas tout, mais une bonne partie, c'était déjà un bon début, n'est-ce pas ?

- Un héritier ? S'exclama Harry, vivement surpris et perplexe devant l'incongruité de ce souhait.

En effet, quelle femme censée d'esprit accepterait de… avec un homme, ou espèce d'homme, tel que Voldemort…

- Je constate avec joie, que vous n'êtes pas aussi sourd que votre incompétence en cours me le laissait croire, fit Severus d'une voix doucereusement narquoise.

- Severus ! L'interrompit McGonagall, excédée de ses incessants enfantillages. Si vous pouviez être un peu plus explicite…

- Explicite ? Parce que vous ne me trouvez pas assez explicite ? Il veut un héritier, un enfant quoi, un charmant petit Lord Noir junior pour prendre la relève quand Son temps sera venu… Histoire de pouvoir assurer à la digne lignée de Serpentard un avenir dans le temps…

- Certes, j'avais bien cru comprendre ce point-là… Mais comment compte-t-il mener à bien ce projet ? Je doute…

Minerva ne put exprimer plus loin sa pensée, soudain gênée de ce qu'elle s'apprêtait à évoquer.

- Oui, je vois ce que vous voulez dire, répliqua le Maître des potions, sans profiter de l'occasion pour accentuer davantage encore la gêne de son ancienne rivale, comme il l'aurait fait d'ordinaire.

Ce qui était, en soi, suffisamment éloquent, pour indiquer que le problème n'était pas à prendre à la légère… Pour que lui, qui d'habitude se faisait une joie de titiller ses anciens collègues sur les sujets tabous qu'ils pouvaient entretenir, ne lui serve pas une de ses remarques sournoises et cyniques… Non, vraiment, l'heure était plus que grave…

- En fait, Il ne peut Lui-même concevoir. Si j'ai bien compris, Sa nouvelle enveloppe corporelle est… stérile. Ce qui est, en soi, tout à fait logique…

- Et ? Minerva percevait aussi parfaitement le trouble de Severus, ce qui l'intriguait au plus haut point.

- Et… Il souhaite que l'un de Ses Mangemorts le fasse pour Lui. Lors d'un rituel très précis, qui permettra de rendre les pouvoirs de ce Mangemort et Ses pouvoirs à Lui… Mmh, comment dire… compatibles, au sein de l'enfant…

- Et qui a eu l'insigne honneur d'être choisi ? Demanda Harry, à la fois curieux et profondément dégoûté à cette idée.

Seul le silence lui répondit, mais le regard que le Maître des potions lui décocha lui suffit pour comprendre. La situation n'aurait pas été aussi… tendue et démesurément désespérée, il aurait pu en rire.

- Vous… Souffla McGonagall, tout en se rasseyant lentement dans un des sièges à proximité.

Pour toute réponse, Severus enfonça sa tête entre ses mains, les coudes lourdement appuyés sur les genoux. Jamais en temps ordinaire, il ne se serait laissé aller à un tel mouvement de faiblesse. Mais pour l'heure, il n'en avait plus que faire. Il se sentait las, désespéré, frustré et… souillé. Oui, souillé au plus profond de son âme. Déjà le rituel du sang de la vierge, et maintenant ça… il se sentait comme violé au plus profond de son âme. Et que dire de sa future compagne ?

- Oui, moi. Et mon catalyseur, à savoir Ardwenna, murmura-t-il, d'une voix presque étranglée.

- Ainsi, la complémentarité dont Voldemort parlait entre Ardwenna et vous serait une relation catalyseur – catalysé ? Questionna le portrait d'Albus, se doutant de ce que pouvait éprouver son jeune ami, mais sentant que cette information pouvait être aussi cruciale.

- Oui, souffla Severus d'une voix de plus en plus sourde. Elle aurait cette incroyable faculté de catalyser, c'est-à-dire d'amplifier exponentiellement, mon énergie magique lors de puissants rituels. C'est une faculté inestimable, selon Lui… Une faculté que l'on ne peut trouver que dans la femme vous correspondant entièrement en tout point, et dont l'énergie magique peut s'allier pleinement à la vôtre…

- Une âme sœur en somme, conclut Albus à voix basse, avant de laisser un lourd silence s'installer autour d'eux.

Les deux autres Gryffondors présents, quant à eux, malgré tout le courage dont ils étaient capables, ne savaient plus soudain comment réagir… ni que dire. Alors ils ne dirent rien, ne firent rien, et tous quatre restèrent ainsi un long moment figés dans cette ambiance tendue et obscure.

………………………………………………………………………………………………………

- Severus ? Severus ?

- Vous cherchez quelqu'un, Minerva ? Demanda Sirius, qui avait entendu la douce voix de son ancienne professeur de métamorphose, alors qu'il descendait tout juste à la cuisine.

Il était sept heures du matin par Merlin ! Que voulait-elle donc de si bon matin ?

- Oui, je cherchais Severus. Nous l'avons quitté hier soir tard, et il avait l'air plutôt perturbé. Je venais juste m'assurer que tout allait bien.

- Je ne l'ai pas vu, ni entendu. Compte tenu que « nos » chambres sont quasiment à côté, je doute qu'il y soit. Peut-être au labo, en bas ? Suggéra-t-il.

Cependant, le regard de Minerva se porta instinctivement sur la porte close menant au salon, où trônait le portrait d'Albus. Sans même prendre en compte la suggestion du jeune homme, elle se dirigea d'un pas alerte et déterminé vers la petite pièce, sentant un étrange sentiment d'appréhension s'emparer de son coeur… « Faites que… », pria-t-elle intérieurement.

Mais quand elle ouvrit la porte, ses prières s'envolèrent aussitôt, vaines. Et c'est avec horreur qu'elle vit le sombre Serpentard gisant au sol, les jambes repliées de côté, un bras étendu vers une bougie, maintenant éteinte, tandis que l'autre main s'agrippait, presque désespérément, à un pendentif encore accroché à son cou et pendouillant sur son torse nu. La fameuse amulette de Mulzgord. Mais qu'avait-il donc fait encore ? Qu'est-ce qui lui avait pris ?

- Par Merlin ! Entendit-elle brusquement dans son dos, alors que le jeune animagus venait de la rejoindre.

- Bonjour tout le monde, fit une autre voix enjouée, le dernier Maraudeur de la maisonnée les rejoignant. Qu'est-ce que vous avez ? Vous avez… une tête… d'enterrement, termina-t-il, sa voix mourrant presque sur la fin de la phrase, quand le triste spectacle s'offrit à lui.

- Il a voulu canaliser l'énergie négative qui le rongeait depuis le rituel du sang de la vierge, répondit un certain portrait, dont les yeux gris perle fixaient avec bienveillance et affection le corps inerte, à peine mobilisé par les faibles mouvements respiratoires. Seuls mouvements attestant d'ailleurs que le jeune homme était encore vivant.

Les deux ex-Maraudeurs pâlirent brutalement à l'évocation du fameux rituel, n'étant pas encore au courant de son accomplissement. McGonagall, quant à elle, hocha la tête en signe de compréhension. Cela expliquait la présence des deux autres petits objets posés à même le sol, l'un juste devant Severus, l'autre derrière lui. Certainement la sphère de Vouzgo et le palondrir. Elle n'aurait su déterminer avec exactitude quel objet représentait l'un ou l'autre, mais elle pensait avoir enfin compris leur véritable utilité. En effet, un discret halo violet formait une sorte de sphère de deux petits mètres, dont Severus était le centre… Certainement une sphère servant à protéger l'environnement des ondes néfastes, conclut-elle, tout en notant qu'ils ne sentaient effectivement aucune sensation négative ou de Magie Noire…

Elle s'approcha alors doucement du corps étendu à terre, avançant précautionneusement jusqu'au fameux halo. Elle tendit une main hésitante en sa direction, appréhendant le contact qui pourrait être engendré. Mais à part un léger frisson, rien de réellement désagréable ne lui arriva. Et à peine avait-elle frôlé le halo, que celui-ci se volatilisa dans une fumée noirâtre, qui s'engouffra aussitôt dans un des objets… Probablement la sphère de Vouzgo, en déduisit-elle. Ainsi, c'était donc ça… « Intéressant », pensa-t-elle bien malgré elle, avant de reporter son attention sur le Maître des potions.

Elle s'accroupit lentement à ses côtés, et effleura d'abord la peau légèrement rugueuse de sa joue, où les fins cils noirs contrastaient étrangement avec la pâleur presque cadavérique de ses traits tirés. Aucune réaction… Le jeune homme semblait profondément ancré dans un sommeil sans fin, qu'elle espérait réparateur.

Rémus et Sirius regardèrent en silence la scène se jouant devant eux, à la fois intrigués de la tendresse, voire de l'affection, et de la douceur dont faisait preuve l'ancienne directrice de Gryffondor envers le Serpentard, et également anxieux de ce qui allait suivre…

Voyant que cette technique ne fonctionnait guère pour faire revenir leur espion parmi eux, McGonagall choisit de changer de méthode, et secoua doucement l'homme inconscient par l'épaule. Sans succès, une fois encore…

« Aux grands remèdes, les grands moyens », se dit-elle, tout en prenant son courage gryffondoresque à deux mains pour infliger une gifle des plus magistrales au plus redouté des professeurs que Poudlard ait connu. Gifle qui eut enfin l'effet escompté, constata-t-elle, soulagée de voir le jeune homme papillonner difficilement des yeux.

Deux sombres obsidiennes, encore embrumés par les méandres d'un long sommeil, fixèrent alors ses yeux gris émeraude, alors que Severus tournait lentement la tête vers elle. Elle remarqua de suite que quelque chose avait changé depuis la veille dans ce ténébreux regard, sans parvenir toutefois à mettre le doigt dessus…

- J'ai réussi, souffla le Maître des potions, d'une voix extrêmement basse, marquée par la fatigue et la lassitude, mais où perlait un véritable soulagement. J'ai réussi, répéta-t-il, tout en lui offrant un sourire indéfinissable mais sincère, un sourire qu'elle lui avait rarement connu.

- Vous avez réussi quoi ? S'enquit-elle, d'un ton doux et apaisant.

- J'ai réussi… à me maîtriser, fit-il, alors que ses yeux se refermaient doucement, et que sa main affermissait sa prise sur l'amulette.

C'est alors que McGonagall comprit. Elle comprit ce qui avait changé en lui par rapport à la veille. Son regard. Cette lueur… Son regard avait perdu cette étrange lueur rougeâtre malsaine et déstabilisante qu'il arborait la veille au soir… Lueur qui n'était apparue que récemment, certainement depuis ce maudit rituel, certainement signe de son emprise par la Magie Noire…

- Il a besoin de repos maintenant, intervint Albus, son regard pétillant refaisant surface.

- Oui, vous avez raison. Sirius, Rémus, voulez-vous bien m'aider ? Demanda McGonagall, tout en se tournant vers les Maraudeurs.

Ceux-ci mirent quelques minutes avant de réagir, mais s'exécutèrent sans rechigner, et aidèrent l'animagus à monter le Serpentard dans sa chambre, puis à ranger le capharnaüm qui régnait dans le salon, avant que les autres occupants n'émergent à leur tour de leur longue nuit de sommeil.

Fin du chapitre 52