Chapitre 2
« Le Jardinier ?... Qui est-ce ? » Demanda Elizabeth Keen.
« Pablo de la Montès…» Commença Reddington en lui tendant un dossier. « … Amateur éclairé de roses, il en possède plus de cinq cents variétés qu'il cultive dans ses jardins et ses serres… Il faut se méfier des belles plantes. Elles peuvent se révéler traîtresses... »
L'allusion n'échappa pas à Elizabeth Keen qui jeta un coup d'œil à Reddington en guise d'avertissement. Ce dernier resta impassible et afficha une mine innocente, puis continua :
« J'ai connu un fou d'orchidées au Liechtenstein qui est mort empoisonné par l'une d'entre elles dans d'atroces souffrances… C'était affreux. Il était bleu et il bavait… Il faisait des bulles… J'ai cru qu'il avait avalé un savon… Brrrr… »
Elizabeth le regarda et secoua la tête en pensant qu'il était incorrigible. Sans doute pensait-il que ce genre d'humour faisait partie de son charme ? Elle n'y était définitivement pas sensible.
« Ça n'a pas l'air d'être bien inquiétant comme surnom » Reprit-il finalement en lui glissant un sourire moqueur, « et pourtant, ce personnage est à la tête d'un cartel qui, lui, fait bien froid dans le dos… Los Leones de Tulcàn… Vous en avez entendu parler ? »
« Oui, trafic de drogues, d'armes, prostitution, rackets, assassinats, jeux, chantages, enlèvements, corruption… Rien qui ne sorte de l'ordinaire… »
« Vous pouvez ajouter à la liste : expropriations illégales et esclavagisme… C'est d'ailleurs la marque de fabrique de de la Montès : s'emparer des terres des petits exploitants pour cultiver la coca à grande échelle. Voilà comment il procède : le cartel paie leurs dettes, puis menace les familles, les rackettent, en faisant régner la terreur. Quand les pauvres gens ne peuvent plus payer, ils deviennent de simples esclaves, obligés de travailler pour lui... Les autorités sont complices. De la Montès les arrose suffisamment pour qu'elles ferment les yeux sur ses agissements. »
« Je croyais que c'était Alfonso Estubar qui était à la tête de ce cartel ? »
« C'est ce que Pablo veut laisser croire. Alfonso n'est qu'une marionnette, un singe savant qui joue habilement un rôle…»
« Et où est Pablo ? Nous ne pouvons rien faire contre lui en Equateur. »
« Il est ici, aux Etats-Unis. Il y vit impunément, se croyant à l'abri de toute poursuite. Mais n'allez pas vous imaginer qu'en le rayant de la carte, le cartel va s'effondrer… Telle l'Hydre de Lerne, une nouvelle tête va repousser… Je vous offre le cerveau de ce trafic, à un moment critique : dans la coulisse, l'état-major de De La Montès s'entre-déchire. Si Pablo tombe, Lizzie, alors le cartel va être secoué par une guerre interne, comme il n'en a jamais connu, ce qui pourrait accélérer sa chute... »
HHHHHHHHHHHHHHHH
« Pablo de La Montès, dit « Le Jardinier »…
Elizabeth Keen montra à ses collègues les photos d'un petit homme d'environ cinquante ans, entouré de gardes du corps aux lunettes noires. Sur le grand écran, le visage rond était affable, quelconque. Des traits empreints d'une grande douceur… Trompeuse... Dangereuse.
« Reddington dit qu'il sera de retour dans vingt quatre heures sur le sol américain après une visite en Equateur, sur les centres d'opération du Cartel. » Continua-t-elle.
« On a un dossier à la DEA ? » Demanda le Directeur Cooper.
« On sait très peu de choses sur lui. » Répondit Ressler. « Il n'est apparemment considéré que comme un second couteau… »
« Ce qui est intéressant… » Intervint Samar Navabi, « … C'est qu'il disparaît systématiquement en cas d'opérations ou de crises majeures, ce qui accréditerait la thèse de Reddington... Sur le sol américain, il mène la vie d'un homme d'affaires respectable, influent, qui entretient des relations avec des personnalités publiques sans grand rapport avec ses vraies activités… »
« Des hommes politiques à Washington, des journalistes, des patrons d'entreprise, des universitaires… » Continua Ressler.
« Il dirige officiellement une compagnie à la tête d'un réseau de magasins de jardinage, qui importent et exportent des plantes, du bois, des meubles, en provenance principalement d'Amérique Centrale… » Intervint Aram.
« D'après le dossier que m'a remis Reddington, de la Montès possède aussi une flotte de cargos, des sociétés de transports sur route, de la presse avec des magazines de savoir-vivre, des immeubles, des propriétés un peu partout qui lui servent de vitrine. Un business diversifié et légal qui lui sert de couverture, le tout pour couvrir son trafic…. »
« Le fisc a-t-il enquêté sur ses sociétés ? » Demanda Cooper.
« Oui, tout ce qui est sur le sol américain est déclaré. Les experts financiers n'ont rien trouvé. Les comptes sont corrects. » Répondit Aram.
« Si Reddington veut voir ce type tomber, c'est pour semer la zizanie dans ce cartel, pas pour libérer les pauvres gens qui sont devenus esclaves. » Remarqua Ressler. « Quel avantage va-t-il en retirer ? »
« Nous l'ignorons. Le champ des possibilités est trop vaste pour l'instant. »
« Très bien, rassemblez-moi un maximum d'informations sur de la Montès. Essayez de le mettre sur écoute… J'attends vos rapports. » Ordonna Cooper.
Le Directeur retourna dans son bureau et le petit groupe se dispersa. Ressler suivit Elizabeth dans le bureau et ferma la porte derrière eux.
« Je peux te dire un mot, Keen ? »
« Ce n'est pas comme si j'avais le choix… » Répliqua Elizabeth.
Elle savait que cette discussion aurait lieu à un moment ou à un autre. Elle avait surpris plusieurs fois son collègue en train de la dévisager. L'attitude de Samar Navabi, certes plus discrète, trahissait aussi la même curiosité. Pour l'instant, Elizabeth avait réussi à la maintenir à distance, se contentant d'avoir avec elle des relations purement professionnelles.
« Qu'est-ce qui t'arrive, bon sang ? » Demanda Ressler. « Depuis quelques temps, tu es refermée comme une huître et il n'y a plus moyen de communiquer. Je comprends qu'avec l'histoire de ton ex-mari, tu sois plus méfiante et que tu veuilles coincer Berlin. Mais là ! Tu t'enfermes pendant des heures dans les archives. On ne te voit plus. Qu'est-ce qui se passe ? »
« Tu as arrêté de prendre tes antidépresseurs, Ressler ? »
L'Agent écarquilla les yeux et accusa le coup, avant de se reprendre.
« Il ne s'agit pas de moi, alors ne détourne pas la conversation… Tu es en train de devenir comme lui, comme Reddington. Est-ce que tu t'en rends seulement compte ? »
Elizabeth soupira et posa le crayon qu'elle tenait dans sa main.
« Tout le monde attend de moi que je rentre dans le jeu de Reddington. A un moment, quelqu'un s'est-il posé la question de savoir ce que cela me coûtait ? Tout ce que j'ai eu, ce sont des avertissements !... Tu m'as mis en garde contre lui, Cooper aussi… Tout le monde ! Mais personne ne s'imagine ce que ça fait vraiment d'être en relation avec ce manipulateur ! »
« Keen, si ça ne va pas, il faut que tu arrêtes tout. »
« J'ai voulu arrêter, tu te rappelles ? Ça a failli être la catastrophe avec Berlin. On a perdu Meera… Et presque Cooper… » Elizabeth déglutit et baissa la tête pour ravaler son chagrin. « … De toute façon, c'est trop tard, je suis trop impliquée, et tu le sais très bien. »
« C'est bien ça le problème. Ton implication... On ne sait pas sur quel pied danser avec Reddington et toi ! Qu'est-ce qui te relie à lui ? »
« A part le fait que je suis visiblement son talon d'Achille, je n'en sais toujours rien… »
« Si tu ne peux pas arrêter, il faut que tu te confies à quelqu'un… Tu ne peux pas garder tout ça en toi, ça va te ronger… »
« Et ça changera quoi, hein ? Rien du tout ! Parce que Reddington veut que je sois son seul contact ! Personne ne le forcera à dire quoi que ce soit !... Il essaie de me manipuler comme une marionnette, Ressler, et je dois me protéger, sinon il va me détruire… Il a déjà commencé à le faire en ruinant ma vie… »
Quelque part, elle savait qu'elle blâmait injustement Reddington pour tout ce qui s'abattait sur elle. Et quelque part, elle savait qu'elle en avait aussi le droit. Red avait les épaules suffisamment solides pour supporter cette accusation.
Elle ignorait toujours de quoi il voulait la protéger à tout prix. Lui en vouloir, c'était la réponse à la frustration de ne pas savoir, de découvrir que sa vie – toute sa vie peut-être même – reposait sur des mensonges et des non-dits. Elle le pressentait et cela l'effrayait au plus haut point. L'admettre à voix haute à qui que ce soit – surtout à lui - était impensable. Il tirait déjà suffisamment les ficelles de sa vie dans l'ombre.
« Liz… »
Elizabeth leva la main pour l'empêcher de continuer.
« Je dois m'adapter, Ressler, c'est une question de survie, tu comprends ? »
« Je pourrais t'aider… »
« Non. Ne le prends pas mal, mais tu n'es pas capable de penser comme un criminel, encore moins de rentrer dans la tête de Raymond Reddington… »
« Et toi, tu le peux ? »
Elizabeth ne répondit pas.
« Tu vis à l'hôtel désormais, jamais le même... Tu en changes tous les trois jours… » Reprit Ressler. « … Tu dors sans doute avec ton arme sous l'oreiller. Tu es sur le qui vive en permanence. Ça tourne à la paranoïa… »
« De toute façon, je n'ai pas le choix… Ressler, j'essaie juste de gérer cette histoire du mieux que je peux, ok ? »
Le coéquipier d'Elizabeth ne parut pas convaincu mais n'ajouta rien. Elle lui fit un sourire.
« C'était gentil à toi de t'en inquiéter. J'apprécie énormément ton geste. »
« Surtout… Ne te laisse pas faire par Reddington et ne fais pas de bêtise, d'accord ? »
« D'accord. »
A suivre…
Merci pour vos reviews. Cette fic n'a apparemment pas encore choisi son camp. Cependant, comme j'avais très envie d'écrire une intrigue calquée sur le déroulement d'un épisode, je me fais plaisir (et j'espère vous en faire profiter) en privilégiant une histoire. Les personnages évolueront en fonction des événements, et non l'inverse. Le romantisme ne devrait pas en être exclus, mais prendra peut-être une autre forme...
