Chapitre 3
Quelques semaines auparavant…
L'avant de la voiture noire dépassa la femme pour rouler à ses côtés. Surprise, cette dernière tourna la tête et aperçut le chauffeur qui l'observait. Sur le qui vive, elle enleva ses écouteurs, s'arrêta de courir et essaya de distinguer l'arrière du véhicule et son occupant.
La Mercedes se gara devant elle et un chauffeur noir de grande taille, en sortit avant d'ouvrir la portière arrière, en lui indiquant de monter.
La femme hésita. Quand elle faisait son jogging, elle n'était pas armée. Le chauffeur insista en la pressant de monter. La curiosité l'emporta et elle finit par s'assoir à côté d'un homme qu'elle reconnut immédiatement.
Raymond Reddington. Le Diable Rouge.
L'homme qu'elle avait essayé de tuer par deux fois. Sans y parvenir. Alors qu'elle était pourtant la meilleure.
L'homme à l'origine de sa chute.
« Bonjour Diana. »
« Reddington. »
Le chauffeur prit place au volant et pointa une arme sur elle. Visiblement, il n'était pas question de prendre des risques avec elle. Bien, cela signifiait qu'on la craignait malgré… Elle chassa cette pensée et reporta son attention sur l'homme assis à ses côtés.
« Comment va cette épaule ? » Demanda Reddington en affichant un sourire aimable, comme s'il était réellement soucieux de sa santé.
Diana s'humecta les lèvres, un signe certain de nervosité. Reddington lui tendit une bouteille qu'elle regarda avec suspicion.
« Ce n'est que de l'eau minérale, Diana. Si je voulais vous tuer, il m'aurait suffit de vous abattre dans un endroit moins fréquenté. »
La femme prit la bouteille mais ne l'ouvrit pas.
« Ce serait discourtois de votre part. Vous aimez avoir une dernière conversation avec ceux qui empêchent votre monde de tourner rond. » Remarqua t'elle, de manière factuelle.
« Si vous me connaissez aussi bien, vous savez que je n'abats pas tous ceux qui se sont élevés contre moi. Les adversaires font partie du jeu. Vous avez joué, vous avez perdu, vous en avez payé le prix. »
Diana soutint le regard de Reddington sans broncher.
« Qu'est-ce que vous voulez ? » Demanda-t-elle finalement.
« Votre employeur possède quelque chose qui m'appartient. »
« Je ne suis pas au courant de ses affaires. »
Reddington se mit à rire doucement.
« Non, Diana, non… Nous avions si bien commencé tous les deux… Je vous considère comme une personne sensée, intelligente, ouverte. Et là, vous fermez immédiatement la porte à toute discussion alors que j'essaie d'établir une relation cordiale entre nous… »
La femme se raidit, sur ses gardes. Reddington reprit :
« Je sais ce qu'il vous a fait subir pour vous faire payer vos deux échecs sur ma personne. J'avoue que j'aurai été plus expéditif à sa place... Mais il voulait faire un exemple dans son organisation et vous êtes devenue son laquais. C'est agréable de conduire ces petits tracteurs et de tondre des pelouses à longueur de journée ? »
Reddington la provoquait délibérément. Diana serra les dents et essaya de faire taire la boule d'angoisse et de rage qui se formait dans son estomac. Elle avait soudain très chaud malgré la climatisation. Elle dévissa le bouchon et avala une gorgée d'eau.
« Soyons réalistes, vous et moi. Même si vous ne figurez plus dans son cercle d'intimes, rien ne vous échappe. Vos qualités d'observation n'ont pas disparu avec votre infirmité, n'est-ce pas? »
Il y eut un silence pesant. Reddington le prit pour un assentiment.
« Quel gâchis ! De la Montès ne se rend même pas compte de la pépite qu'il possède en votre personne… » Il soupira et la regarda avec encore plus d'intensité. « Il préfère prendre plaisir à vous rabaisser, n'est-ce pas ? Il aime vous faire sentir à quel point vous dépendez de lui, à quel point vous lui êtes redevable. Combien vous lui appartenez… A-t-il réussi à vous briser ?... »
Diana se figea et soutint le regard de Reddington sans ciller. Aux aguets, elle le guetta lorsqu'il sortit quelque chose de sa poche
« … Ou bien arrivez-vous à tenir le coup grâce à ça ? »
Reddington agita un tube de comprimés devant ses yeux. Diana tressaillit en reconnaissant les pilules… ses pilules de Vicodine pour l'aider à supporter la douleur. Le masque se fendilla l'espace d'une seconde et elle s'humecta à nouveau les lèvres. Pour se donner contenance, elle avala avidement quelques gorgées d'eau. Elle réussit à le faire sans s'étrangler. Mais pas sans trembler.
« Je connais un très bon chirurgien orthopédique » Continua Reddington, qui fit comme s'il n'avait rien remarqué. « Il pourrait examiner votre épaule et réparer les dommages infligés par le Jardinier. »
« Il n'y a rien à faire. »
Sa voix lui parut sourde, rocailleuse même, et elle déglutit péniblement.
« Mon ami fait des miracles. Vraiment. Vous pourriez ne plus souffrir du tout et ne plus avoir besoin de ceci. »
Il lui rendit le flacon qu'elle empocha rapidement.
« Qu'est-ce qu'il faut faire ? »
« Travailler pour moi. Me fournir des informations. Protéger quelqu'un. »
« Qui ? »
« Une jeune femme. »
Diana tourna la tête vers le chauffeur. Il pointait toujours son arme sur elle. Elle secoua la tête et se mit tristement à rire, puis sortit son bras droit de l'attelle et essaya de le tendre à l'horizontal. Ce simple effort la fit grimacer. Son bras tremblait tellement qu'elle finit par le laisser tomber, inerte sur sa cuisse.
« Je peux à peine tenir une arme, Reddington. De là à protéger quelqu'un ? Je suis finie. »
« Merci pour votre honnêteté, Diana. C'est toujours ce que j'ai le plus apprécié chez vous, au même titre que votre professionnalisme et vos talents culinaires qu'on m'a vantés… Est-ce vrai que vous faites de merveilleux ris de veau aux truffes et aux fèves ? Il damnerait un saint à ce qu'il paraît. J'aimerais vous voir le faire et ensuite le déguster. »
Diana le regarda, déroutée par ce changement de conversation, puis tourna à nouveau la tête vers Dembé, indécise. Le visage impassible du chauffeur ne trahit aucune émotion.
« Reddington… Vous vous fichez de moi ? »
« Pas le moins du monde… Il s'avère que nous partageons le même hobby autour des fourneaux. Je dois reconnaître que ma vie de nomade, hélas, ne me permet pas d'y consacrer autant de temps que je le voudrais. Par pure curiosité - nous sommes entre gens de bonne compagnie qui apprécient la bonne chère - vous l'accompagnez avec quel vin ? »
« Un bourgogne rouge. »
« Ah ! Un choix judicieux, je dirais. »
Reddington soufflait le chaud et le froid avec une égale générosité. C'était déroutant de le voir mener le bal de cette façon.
« De quoi parlons-nous au juste ? » Demanda-t-elle.
« C'est à vous de me le dire. Si vous acceptez mon offre et si votre essai est concluant, je vous fais rentrer dans ma brigade de cuisine. »
Diana comprit ce qu'il en était réellement. Depuis quatre ans qu'elle n'était plus rien, cette proposition était une chance incroyable d'échapper à son bourreau, quitte à risquer un contrat sur sa tête. Elle ne voulait tout de même pas s'emballer.
« Supposons que je sois intéressée… »
« Je ne veux pas supposer, Diana. Je veux une réponse immédiatement. »
« Une partie de moi a envie de vous faire confiance. Mais l'autre sait que vous êtes le diable en personne… »
Reddington se mit à rire.
« Je ne peux pas vous blâmer. Réfléchissez cependant bien à ceci : jamais je ne vous traiterai comme de la Montès le fait. La seule chose que je vous demande en retour, c'est votre loyauté… totale et inconditionnelle. »
Reddington la considéra avec gravité en appuyant sur ces deux derniers mots d'une voix mélodieuse. Diana comprit le message jusque dans ces moindres fibres et déglutit. Un pacte avec le diable. Pour la première fois, elle parut nettement moins sûre d'elle et se mit à réfléchir rapidement. Si elle acceptait, elle remettait sa vie entre les mains d'un ennemi qui pouvait en disposer à sa guise. Entre deux maux, il faut choisir le moindre…
« C'est d'accord. »
« Bien. Vous avez pris la bonne décision. »
« Je peux m'en aller maintenant ? »
« Bien sûr, Diana. Dembé ici présent vous contactera prochainement. »
Soulagée, Diana sortit et regarda la Mercedes noire s'éloigner majestueusement.
A suivre...
Petit flashback nécessaire où j'introduis un OC, indispensable, vous le comprendrez plus tard... (il y avait bien Mr. Vargas de dispo, mais j'avais besoin d'une femme...) Comme le ris de veau aux truffes, je vous mitonne une histoire aux petits oignons... Merci pour vos commentaires.
