N.B. : J'ai dû découper cette partie trop longue en 2 chapitres. It's showtime! comme disent les américains.
Chapitre 5 : 1ère partie
Bras dessus-dessous, le couple élégant fendit la foule tranquillement. Partout, des groupes s'étaient formés et conversaient par-dessus un fond musical produit par un orchestre installé dans le fonds de la salle principale d'exposition. Des gens s'attardaient autour des œuvres, peintures et sculptures, savamment disposées, tout en consommant boissons et nourritures.
Le vernissage battait son plein. Elizabeth Keen croisait les regards de nombreuses célébrités et d'anonymes qui s'attardaient souvent sur elle. Ce surcroît d'attention n'échappa pas à son compagnon qui se promit de garder un œil attentif sur sa protégée. Ce qui n'était pas pour lui déplaire, comme il l'avait constaté quelques minutes auparavant.
Comme Elizabeth l'avait prévue, Ressler n'avait pas manqué d'écarquiller les yeux lorsqu'il l'avait vue au bras de Reddington et avait dû ravaler une remarque quand Red l'avait chambré. Samar Navabi lui avait retournée un sourire entendu et Aram… Aram était resté sans voix, clairement sous le choc. Même quand Reddington lui avait adressé la parole, il n'avait pas réagi, tellement il était fasciné. Samar lui avait alors donné un petit coup de coude et Red n'avait pas pu résister à la tentation de le taquiner… Pauvre Aram, soudainement tout penaud, emprunté et positivement effrayé…
« A chaque fois que vous adressez la parole à Aram, il est terrifié. Qu'est-ce que vous lui avez fait ? » Lui avait demandé Elizabeth, alors qu'ils étaient au vestiaire, en train de donner leurs manteaux.
« Nous avons eu une simple conversation, c'est tout. »
« Non, non, pas de ça avec moi… Vous allez laisser Aram tranquille. C'est une bonne personne, honnête et droite. Si jamais vous… »
« Lizzie, ne montez pas sur vos grands chevaux. Je ne le pervertirai pas. Je laisse ce soin à l'Agent Navabi… » L'assura t'il avec un sourire. « Au fonds, j'aime bien Aram. J'aime sa normalité, elle est rassurante, même si elle fait de lui quelqu'un de… normal… »
Elizabeth avait levé les yeux au ciel sans faire de commentaires. Reddington lui avait ensuite offert un verre de champagne en trinquant au succès de leur soirée, puis ils avaient continué côte à côte à observer la foule en silence.
A un moment, Elizabeth avait aperçu Dembé. Le garde du corps de Reddington s'était glissé dans la pièce, et observait les allers et venues. Ce fut lui qui indiqua d'un signe de tête à son employeur que de la Montès venait d'arriver dans la salle attenante.
Très entouré, ce dernier était accompagné de la vedette de la soirée qui saluait ses amis venus le féliciter. Une belle bande d'hypocrites, pensa Elizabeth, totalement insensible aux messages qu'avait voulu faire passer l'artiste au travers de ses œuvres. Et elle n'était visiblement pas la seule à penser ainsi. A un moment, Reddington avait froncé les sourcils et grimacé en penchant la tête sur le côté devant une sculpture sensée représenté… Même avec une imagination débordante, elle aurait bien été en peine de dire à quoi ça ressemblait… Lui aussi, semblait-il.
L'artiste prononça quelques mots, remercia son mécène pour cette soirée et souhaita à chacun de profiter des œuvres exposées. Quand ce fut terminé, Reddington prit la main d'Elizabeth Keen et lui glissa :
« Allons saluer notre hôte et nous montrer… »
« Ressler, c'est parti… » Murmura Elizabeth vers le micro qu'elle portait sous sa robe.
« Ok, soyez prudents. » Lui répondit dans l'oreillette son collègue, installé à l'extérieur de la villa.
Une petite équipe d'intervention se tenait prête autour de la propriété au cas où les choses tourneraient mal. Cooper avait insisté pour qu'elle prenne position dans les bois attenants, à l'abri des regards. Aram avait placé la zone sous surveillance électronique, interceptant toutes les communications.
Reddington avança vers le groupe de Pablo de la Montès. L'homme d'affaires leva la tête et fronça les sourcils en reconnaissant sans l'ombre d'un doute, l'un des criminels les plus recherchés des Etats-Unis, un homme avec qui il avait eu souvent maille à partir au travers de ses différentes activités. Un rival dont il avait exigé la tête et qui avait l'audace de se tenir devant lui ce soir, sans protection !
Un garde du corps s'interposa en posant la main sur la poitrine de Reddington pour le stopper net. Red ne leva pas même les yeux sur le gorille qui le dépassait allégrement d'une tête et se contenta de dévisager intensément de La Montès. L'Equatorien ordonna à son homme de main de laisser passer cet invité hors-norme.
« Bonsoir Pablo. »
« Raymond Reddington… Quelle surprise… Ainsi donc, ce qu'on dit à la télévision est vrai, vous êtes bien dans les parages… »
« Je suis ici… Je vais, je viens… Vous savez ce que c'est... »
« … Toujours insaisissable... »
Les deux hommes s'affrontèrent du regard, puis De la Montès posa des yeux appréciateurs sur Elizabeth et la salua.
« Mademoiselle… »
« Madame… » Rectifia Elisabeth Keen avec aplomb. « Mon mari n'a pu être là ce soir, mais M. Reddington a eu la gentillesse de m'accompagner… »
« Et à qui ai-je l'honneur ? » Demanda de la Montès.
« Alexandra Vanderbilt… Je suis la femme de Geoffrey Vanderbilt. »
« Le joaillier, n'est-ce-pas ? »
« C'est exact. Vous le connaissez ? »
« Non, pas personnellement. » Répondit De la Montès.
« Je pourrai vous le présenter à l'occasion. »
« Pourquoi pas ? Et que nous vaut votre présence à cette soirée ? »
« Tout comme son mari, Alexandra est une femme d'affaires avisée et une généreuse donatrice. » Intervint Reddington. « Elle s'intéresse aux arts et cherche de nouveaux talents à faire connaître. »
« Votre Fondation a décidé de promouvoir des jeunes artistes. Je m'intéresse à certains de vos jeunes poulains. Peut-être pourrions-nous discuter d'un partenariat possible prochainement au cours d'un dîner ? »
« Ce serait avec grand plaisir, Madame Vanderbilt. »
« Alors je vais tâcher d'organiser quelque chose. »
« Si vous voulez bien nous excuser, Pablo… »
Reddington posa la main dans le creux du dos d'Elizabeth pour l'inviter à prendre congé.
« Reddington ?… »
« Oui ? »
« Un moment, s'il-vous-plaît ? »
De la Montès pria Red de le rejoindre à l'écart. Elizabeth les observa, intriguée et attendit.
« Vous n'êtes pas venu ici simplement pour me présenter cette charmante personne, n'est-ce pas ? »
« En effet. »
« Vous êtes gonflé de vous montrer ici, à ma soirée. Vous me donniez pourtant l'impression d'être quelqu'un d'excessivement prudent… »
« Qui vous dit que je ne le suis pas ? Peut-être y a-t-il des personnes dans cette assemblée qui n'attendent qu'un geste de ma part pour vous rendre la monnaie de votre pièce ? Votre organisation a tenté de me tuer plusieurs fois… »
Reddington haussa les épaules comme si cela n'avait pas d'importance et se mit à sourire aimablement, puis continua :
« … C'est de bonne guerre. En revanche, ce que je n'apprécie pas, c'est que vos associés me mettent systématiquement des bâtons dans les roues quand je traite certaines affaires. »
« De quoi parlez-vous ? »
« De vols et de détournements dont mon organisation est victime depuis quelques temps. »
« Vous m'accusez ? Je ne sais même pas de quoi… »
« Vous pensiez que j'allais fermer les yeux sur vos agissements ?... »
La tension monta d'un cran. Le sourire aimable disparut et les yeux de Reddington devinrent aussi durs que de l'acier.
« … J'ai une réputation à défendre et des associés très exigeants. Aussi je vous laisse le choix, De la Montès : ou vous me rendez ce que vous m'avez pris, ou je vous jure que je vais détruire tout ce que vous avez patiemment construit dans l'ombre pendant des années… »
« Du bluff, Reddington ! Vous ne pouvez rien faire. Et même s'il vous prenait l'idée d'essayer, mes amis ne vous laisseraient pas faire. »
« Etes-vous prêt à prendre le risque ? Il y a des requins derrière vous qui n'attendent qu'une chose pour prendre votre place : que vous tombiez à l'eau… Je suis un joueur d'échecs, De la Montès, je suis patient et je ne lâche jamais rien…
« Vous êtes surtout un homme mort, Reddington... »
« Je ne m'avancerai pas là-dessus si j'étais vous… Et méditez plutôt ce dicton, Jardinier : Qui sème le vent, récolte la tempête… Passez une bonne fin de soirée. »
Reddington tourna le dos à de la Montès et entraîna Elizabeth à l'écart. Elle avait aperçu de la colère dans les yeux de l'Equatorien et était perplexe.
« Il est furieux. Qu'est-ce que vous lui avez dit ? »
« Des amabilités, entre gens du même milieu. Vous me connaissez : je suis un super casse-pieds… C'est comme un casse-pieds, sauf que moi, j'ai une cape… »
« Vous êtes venu pour le provoquer ! »
« Oui, et j'espère que cela va l'amener à faire des erreurs. »
« Où m'emmenez-vous ? »
« A l'écart, il va y avoir du grabuge… »
A peine avait-il prononcé ces mots qu'un coup de feu retentit dans le fond de la salle, immédiatement suivis de cris de panique et de mouvements dans la foule. Les invités se mirent à courir dans tous les sens en hurlant.
« Qu'est-ce que vous avez fait ? »
« Une petite diversion. Venez. »
Reddington l'entraîna vers la pièce à côté, qui elle aussi, se vidait dans le plus grand désordre. Elizabeth entendit Ressler dans l'oreillette l'appeler et sans doute lui demander pourquoi il avait entendu un coup de feu. Elle ne prit même pas la peine de lui répondre. Avec le bruit ambiant, il lui avait déjà été difficile d'entendre ce qu'il lui avait dit, alors lui parler…
« Red, je ne suis pas armée ! »
« Nos amis ne sont pas loin et vont intervenir d'ici cinq minutes. Ça ne nous laisse pas beaucoup de temps, mais ça devrait être suffisant. »
« Pour quoi faire ? »
Elle le vit sortir un boîtier de la taille d'un téléphone de sa poche intérieure. Il le colla contre la serrure électronique d'une porte et attendit quelques secondes que le voyant passe au vert. La porte s'ouvrit.
Il ôta le boîtier et il entraîna sa compagne dans un petit escalier qui menait à l'étage, dans une pièce transformée en bureau. D'autres coups de feu résonnèrent au rez-de-chaussée. Elizabeth regarda anxieusement Reddington qui se dirigea vers le mur du fond, enleva un tableau et sortit une clé de sa poche. Il composa une combinaison et ouvrit un coffre-fort, en compulsa rapidement le contenu, ramassa une enveloppe, puis referma. Tout cela n'avait pas pris plus d'une minute.
« On s'en va. » L'informa Reddington.
« Ne me dites pas que vous venez de faire un casse ? »
« Avec le soutien du FBI ? Ça ne me viendrait même pas à l'idée… »
« Oh, Red ! C'est pas vrai… »
Ils ressortirent incognito parmi les invités qui se pressaient vers la sortie. Ou du moins le crurent-ils… jusqu'à ce qu'un homme les interpelle et les somme de mettre leurs mains en l'air. Ils se retournèrent.
C'était le garde du corps de de la Montès qui les tenait en joue. L'homme eut un sourire mauvais en reconnaissant Reddington. Il le visa et...
PAN !
Le coup de feu retentit dans le dos de Reddington et d'Elizabeth Keen. Le garde du corps s'effondra, touché entre les deux yeux.
Red et Elizabeth se retournèrent. Une femme d'une quarantaine d'années, que Liz n'avait jamais vue, se tenait là. Elle baissa son arme et adressa un petit sourire au criminel.
« Quel timing ! Je n'aurai pas fait mieux... » Dit-il avec un sourire chaleureux. « Où est Dembé ? »
« Il vous attend au bateau. »
« Fontero ? »
« Mort. »
« On se retrouve plus tard. »
La femme hocha la tête et disparut par où elle était venue. Reddington se tourna vers Elizabeth et ouvrit une porte-fenêtre. Ils sortirent sur la terrasse et traversèrent la pelouse pour prendre une allée bordée d'ifs, à l'abri de tout regard, d'autant que la pleine lune nimbait le parc d'une luminosité suffisante pour les distinguer, même de loin.
« Reddington, vous pouvez m'expliquer ce qui se passe ? Qui était cette femme ? » Demanda Elizabeth, avec agacement.
« Plus tard, Lizzie, on doit d'abord rejoindre Dembé et sortir d'ici. »
Au fond du parc se tenait un ponton vers lequel ils se dirigèrent alors que retentissaient dans les bois environnants les cris de ralliement de la section d'assaut. Les premiers hommes du FBI avaient atteint la terrasse et se regroupaient pour pénétrer dans la maison.
Elizabeth marchait sur l'herbe devant Reddington, lorsqu'elle fut heurtée par un homme, surgi de sa droite, et aussi surpris qu'elle par cette rencontre impromptue. Bousculée, elle perdit l'équilibre et tomba au sol.
L'homme se ressaisit en premier et porta la main à sa poche, en quête de son arme. Reddington fut sur lui avant qu'il ait pu l'extraire et lui porta un coup au plexus solaire qui fit à peine plier son assaillant, plus grand et plus fort. Ce dernier répliqua par un coup de poing, que le criminel détourna de justesse d'une manchette. Un combat au corps à corps s'engagea entre eux.
Reddington n'avait rien perdu de ses années d'entraînement en tant que commando au sein de la Marine, comme put le constater Elizabeth Keen. Après quelques tentatives avortées, avec une clé de bras, il réussit enfin à mettre à genoux son adversaire, certes plus jeune, mais moins bien entraîné techniquement, et le coinça contre lui pour lui faire lentement un étranglement. Sans pouvoir respirer, l'homme s'affaissa dans les bras de Reddington au bout d'une vingtaine de secondes et ne bougea plus. Il avait son compte.
Essoufflé, Raymond Reddington se redressa en grimaçant et rajusta sa veste. Elizabeth Keen vint immédiatement se porter à ses côtés, pour s'assurer qu'il allait bien.
« Ça va, Lizzie ? »
« Oui. Et vous ? »
« Je suis trop vieux pour ces conneries... »
Elizabeth parvint tout juste à retenir un rire nerveux. Elle avait eu bien trop peur. Pour se donner contenance, elle redressa le nœud papillon de Reddington, puis posa ses mains sur sa poitrine.
« Voilà, c'est mieux comme ça… »
« Si vous le dites… »
Red l'observa à la lueur de la lune en soufflant, puis regarda autour de lui pour s'assurer que personne ne les avait vus. Il l'entraîna à nouveau vers la baie.
A suivre…
J'espère que vous appréciez. Comme d'habitude, vos commentaires sont les bienvenus !
