Petite précision importante avant de lire : je me suis permise quelques libertés qui, je l'espère, ne vont pas vous déplaire. Les personnages que je fais intervenir dans ce chapitre vont vous être familiers, vous les connaissez même très bien… Je vous demande juste d'oublier l'époque dans laquelle ils évoluent normalement et de les replacer en 2014. Vous verrez, ils servent très bien mon propos. Enjoy !
Chapitre 8
Elizabeth Keen avait hésité avant de venir, mais la curiosité avait fini par l'emporter. Reddington allait s'absenter pour un temps indéterminé et voulait mettre en place un protocole de sécurité avec elle. Pour une fois, il lui avait demandé son avis. Autant être présente pour savoir ce qu'il lui avait concocté. Elle gara son 4x4 derrière la Mercedes, où Dembé attendait.
Le garde du corps de Reddington l'accueillit et lui montra où se trouvait son ami. Elle tourna la tête vers l'endroit qu'il désignait. Deux hommes étaient en conversation sous un arbre avec Reddington dans cette partie peu fréquentée du cimetière d'Arlington.
« Ils vous attendent, Liz. Vous pouvez y aller. »
Elizabeth remercia Dembé et avança vers le trio. Les deux hommes qui la regardaient à présent, ne lui étaient pas familiers. L'un était grand, svelte, et aussi bien habillé que Red, tandis que l'autre, plus petit, portait des lunettes d'aviateur, un blouson et des gants en cuir.
Ils avaient tous les deux la cinquantaine jeune et sémillante. Le sourire de l'homme élégant et ses traits aristocratiques étaient même excessivement séduisants. Quant au pilote, il était bronzé et bien bâti. Quand elle fut suffisamment proche, il enleva ses lunettes de soleil et elle se retrouva face aux yeux bleus rieurs les plus étonnants qu'elle ait jamais vus, excepté les siens.
« Lizzie, permettez-moi de vous présenter deux bons amis… Voici Danny Wilde… »
« Mademoiselle, c'est un honneur de vous rencontrer. »
La poignée de main fut chaleureuse et elle nota l'accent du quartier de Brooklyn.
« … Et voici, Brett Sinclair, un authentique Lord. »
L'aristocrate lui prit la main droite et lui fit un baisemain qui la surprit. Qui saluait encore comme ça de nos jours ?
« C'est toujours un plaisir de rencontrer une jeune femme dont on nous chante les louanges. Je vois qu'elles ne sont pas volées. »
L'accent britannique était celui d'Oxford indéniablement et dénotait un homme cultivé et de goût.
« Vieux bandit, tu ne nous avais pas dit qu'elle était aussi belle… » S'amusa Wilde.
« Je voulais vous faire la surprise… » Répondit Reddington, avec un léger sourire.
Si ces deux là étaient des criminels, ils semblaient éminemment sympathiques. Elizabeth considéra Wilde, dont le sourire était contagieux. Il lui rappelait vaguement quelqu'un.
« Il me semble vous connaître, Monsieur Wilde… »
« Je suis dans les affaires, Elizabeth - Je peux vous appeler Elizabeth, n'est-ce pas ? Pas comme celles de Red… Je ne fais rien d'illégal comme lui. Je suis dans le pétrole. »
« Daniel est bien trop modeste pour vous dire qu'il manie des millions de dollars à longueur de journée et que Wall Street est son terrain de jeu. » Dit avec ironie Sinclair.
« Et vous, Lord Sinclair, que faites-vous ? »
« Vous pouvez m'appeler Brett. Je suis un cavalier, un accompagnateur d'un soir, Mademoiselle Keen. »
Elizabeth le regarda avec surprise et se mit à rire devant sa franchise.
« C'est une profession ? »
« J'ai un lourd héritage. Je suis Pair du Royaume. Il m'arrive de faire de la politique mais je n'arrive pas à me prendre au sérieux ! Je m'accommode mieux de sorties où il faut briller en société. »
« Il n'y a qu'un pas de coureur automobile à coureur de jupons. Sa Majesté est un sportif de haut niveau… » Ajouta Wilde avec ironie.
Lord Sinclair eut un sourire malicieux alors que les yeux de Wilde trahissaient de l'amusement. Ils semblaient très complices l'un et l'autre.
Qu'est-ce que c'est ces deux clowns ? Elizabeth leva les sourcils et glissa un regard vers Reddington qui la regardait avec une banane qui s'étirait jusqu'aux oreilles.
« Lizzie, ne vous inquiétez pas. Ils sont inoffensifs… Quand vous n'êtes pas le gibier qu'ils pourchassent… »
« Vous l'entendez ? C'est l'hôpital qui se moque de la charité ! » S'écria Wilde. « Il me semble que tu n'es jamais en reste quand il s'agit des femmes, Red… Rappelles-toi cette blonde incendiaire qui a jaillie d'un gâteau lors du passage à l'an 2000 chez Angus, le cousin de Brett en Ecosse… Quelle bombe, c'était… »
« Oh, c'est vrai ! » Dit Reddington. « Elle s'appelait Mindy. Elle s'était couvert la poitrine de crème chantilly quand la vieille mère d'Angus lui a dit vertement de se rhabiller ! A cause d'elle, j'ai failli avoir une indigestion… »
Les trois hommes éclatèrent de rire au souvenir de cette soirée. Elizabeth leva les sourcils et attendit qu'ils se calment.
« Reddington ?... » Demanda-t-elle. « Je peux avoir un mot s'il-vous-plaît ? »
Ils s'éloignèrent des deux hommes qui ne prirent pas ombrage de leur aparté.
« Qu'est-ce que nous sommes supposés faire ? Je croyais que nous allions parler de ma sécurité ? »
« Votre sécurité ? Je n'ai jamais dit qu'il s'agissait de votre sécurité, Agent Keen. »
« Mais je pensais… Le protocole ?… »
Elizabeth eut l'air perdu. Reddington eut un sourire.
« Lizzie, l'un de ses deux hommes a besoin d'être protégé. Mais comme il est autant borné que vous et qu'il pense pouvoir s'en sortir seul, j'ai dû me résoudre à le tromper. Je leur ai donc dit que c'était vous qui aviez besoin de protection. Vous me suivez ? »
« Red, si c'est encore un de vos tours... »
« Une menace réelle pèse sur la vie de Daniel Wilde. Quelqu'un cherche à l'éliminer. Je ne veux pas qu'il lui arrive quelque chose pendant mon absence. Je fais appel à votre expertise et à celle du FBI. »
« Pourquoi le FBI ? Wilde figure sur votre liste ? »
« Non. Danny est un atout que je protège depuis une quinzaine d'années. C'est un homme d'affaires très influent qui a de nombreuses relations dans tous les milieux. C'est un self-made man, un requin de la finance. Il ne s'est pas fait que des amis mais il est du bon côté de la loi. C'est un gentil, Lizzie. »
« Le FBI refusera de le protéger si vous ne me donnez pas plus d'infos sur la personne qui le menace. »
« Je ne peux rien vous dire pour l'instant. »
« Reddington, comment voulez-vous ?… »
« Je ne sais pas qui est celui qui le menace, Lizzie… L'homme que je recherche, celui qui a manipulé Berlin, celui qui veut me détruire, je le soupçonne d'être derrière toute cette entreprise et de vouloir s'attaquer à Danny pour m'atteindre. »
« Qu'est-ce que je dis à Cooper alors ? »
« Je vous fais confiance pour trouver quelque chose. »
Elizabeth resta silencieuse quelques secondes et dévisagea Reddington avec gravité.
« Wilde n'a pas de service de sécurité ? »
« Il refuse d'avoir des gardes du corps. Il a grandi parmi les gangs et a un passé de voyou. Danny n'a jamais commis de délits importants et parce qu'il est malin, il ne s'est jamais fait prendre… Tiens, c'est drôle, ce parcours… ça ne vous rappelle pas quelqu'un ? »
Elizabeth le regarda en secouant la tête. Comment arrivait-il toujours à se servir des informations qu'il possédait pour les faire tourner à son avantage ?
« Vous n'avez personne pour le protéger ? »
« Mes associés vont tous être très occupés dans les semaines à venir. A part vous et Ressler, je ne vois pas qui pourrait s'en charger… Allons, Lizzie, vous verrez, Wilde est quelqu'un d'adorable, qui mérite d'être connu et qui sait s'amuser. Vous allez passer du bon temps avec lui et son ami Sinclair. »
« Si tant est que la surveillance de quelqu'un est amusante… »
« Il vous suffit simplement d'être avec eux. Ils ont une certaine connaissance des malfrats et savent se débrouiller. Ils vont vous étonner. Ça vous fera du bien, vous verrez… »
Reddington lui fit signe de le devancer. Ils retournèrent vers les deux hommes qui les attendaient en discutant.
« Elizabeth et moi avons réglé les derniers détails. Messieurs, je vous la confie. Prenez-en bien soin… »
Reddington ponctua sa phrase par un regard qui en disait long sur l'affection qu'il ressentait pour la jeune femme. Les deux hommes comprirent le message.
« Vous n'avez rien à craindre de nous, Elizabeth. Nous aimons bien nous occuper des demoiselles en détresse. »
« C'est plutôt vous qui devriez vous méfier de la demoiselle, Messieurs » Prévint Reddington. « Elle sait parfaitement se défendre. ».
« Oh, j'adore ! Alors comme ça, vous travaillez pour le FBI et avec Reddington ? Quelle mystérieuse association… » Sinclair prit le bras d'Elizabeth et l'entraîna vers les voitures. « Racontez-moi tout… »
Reddington la regarda s'éloigner avec l'anglais et ne put s'empêcher de rire doucement.
« Tu vas laisser Sinclair seul avec elle, Danny ? »
Au lieu de lui répondre, Wilde se tourna vers Reddington. Il ne souriait plus.
« Sa ressemblance avec Karen est incroyable… Mais c'est impossible, n'est-ce pas ? »
Reddington se contenta de dévisager son ami sans répondre. Wilde connaissait trop bien l'homme en face de lui. Red le laisserait parvenir à ses propres conclusions. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose et tourna la tête vers la jeune femme qui discutait avec Sinclair.
« Il s'agit de sa fille, n'est-ce pas ?… Mais je croyais… Tu m'avais dit… »
« Je ne t'ai pas dit toute la vérité, Danny. »
« Pourquoi ? »
Reddington soupira.
« Parce que Karen m'avait fait promettre de protéger sa fille. Je l'ai confiée à un ami en qui j'avais confiance, quelqu'un qui pourrait s'en occuper… Nous menions des vies de paria. J'ai choisi la sécurité pour elle. »
« Tu aurais pu… ? Non, je comprends. Je ne t'en veux pas d'avoir agi comme ça. Mais pourquoi maintenant ? Pourquoi me dire qu'elle est vivante, après toutes ces années ? »
« Parce qu'aujourd'hui, Elizabeth cherche à savoir qui est son vrai père. »
Danny Wilde déglutit et fit jouer ses maxillaires en serrant la mâchoire.
« Tu l'as toujours su, Danny... » Reprit doucement Reddington. « … Elizabeth ne pouvait être la fille de Cramer. Karen n'aurait jamais supporté cette idée. » »
« Quand as-tu compris ? »
« Quand tu as fait le choix de partir. Karen a reporté tout son amour pour toi sur sa fille. C'est là que j'ai su. »
« Elizabeth aurait aussi pu être ta fille... »
« Danny, c'est toi que Karen aimait. Moi, je ne suis devenu que le confident, celui qui la rassurait quand la peur était trop forte... »
Il y avait de la tristesse dans le ton de Reddington. Wilde se passa la main sur le visage. Ils n'avaient jamais parlé de ça en plus de vingt ans.
« Notre triangle amoureux… Je suis parti parce que je n'étais pas fait pour elle... » Il eut soudain un rire amer et secoua la tête. « Je ne sais pas pourquoi je continue à me mentir. La vérité, c'est que j'ai eu peur... Je savais que tu l'aimais, Ray. Parfois, dans ton regard, je voyais cette lueur, et j'ai su que tu n'hésiterais pas à me tuer si je lui faisais du mal… Inévitablement, je lui aurais fait du mal... »
Il y eut un silence entre eux. Wilde dévisagea Reddington qui détourna les yeux et laissa son regard errer sur les croix blanches qui s'étendaient sur la colline voisine.
« C'est Cramer que j'aurai dû tuer dès le début. » Dit lentement Reddington, toujours perdu dans sa contemplation.
« On avait des ordres. Tu aurais compromis la mission. »
« Oui, des ordres… » Reprit lentement Reddington avec amertume. Il reporta son attention sur Wilde. « … On s'est bien fichu de nous, Danny. On nous a sacrifiés pour effacer les erreurs que d'autres avaient faites. Si je n'avais pas été là, Elizabeth aurait péri elle aussi. »
« Tu n'as jamais parlé de ce qui s'est passé cette nuit là… »
Reddington secoua la tête. Heureusement que Danny et les autres membres de son groupe n'avaient pas été retenus pour la dernière phase de l'opération. Ils seraient morts vingt quatre ans plus tôt. Les images de violence, les hurlements, les explosions, le bruit et la fureur de l'incendie, tout lui revint comme si c'était hier... Il essaya de les chasser de son esprit. En vain.
« Je suis le seul survivant de ce carnage. Et parce que j'ai survécu, on m'a pourchassé, on s'en ait pris à ma famille, on m'a forcé à vivre dans l'ombre et à devenir l'homme que je suis aujourd'hui... Parfois, je suis tellement habité par la colère et la vengeance que je… »
Reddington serra les dents et se tut.
« Red, tu as sauvé la fille de Karen… Ma fille… Et maintenant, grâce à toi, je peux enfin la connaître… » Wilde le regarda avec émotion. « C'est un cadeau inestimable que tu me fais. Merci. »
Reddington hocha simplement la tête, gagné par le même trouble. Ils se turent quelques instants, savourant cette camaraderie qu'ils avaient retrouvée.
« Qu'est-ce qu'elle sait ? » Demanda Wilde au bout d'un moment.
« Je lui ai dit que son père - Cramer - était mort. Quelqu'un d'autre lui a dit qu'il était vivant… Je suis formel. J'ai tué Cramer. Quelqu'un sait donc pour toi. »
« Qui ? Un proche de Cramer ? »
« Possible…. Fais attention à toi, Danny, et fais attention à Elizabeth. Mon avenir est entre ses mains. Elle ignore à quel point je dépends d'elle et à quel point je déteste ça. »
Wilde dévisagea Reddington pendant de longues secondes. Il ne connaissait que trop bien l'expression dans les yeux de son ami, mais il s'abstint de faire tout commentaire.
« C'est à toi de voir ce que tu veux lui révéler. » Ajouta Reddington. « Cette décision t'appartient. »
« Merci de me laisser ce choix. Mais je ne pourrai pas passer ton rôle dans cette histoire sous silence. »
« Je m'adapterai, comme je l'ai toujours fait… » Dit simplement Reddington avec un sourire. « Le caméléon, c'est ce que je sais le mieux faire. »
Tous deux tournèrent la tête simultanément vers la jeune femme quand ils l'entendirent éclater de rire en réponse à ce que l'anglais lui racontait.
« Sinclair aura beau faire son joli cœur… » Remarqua Reddington. « … Il n'a aucune chance avec elle. Elle sort d'une histoire traumatisante avec son ex-mari… Tu devrais aller les rejoindre. »
Wilde hocha la tête et lui serra la main. Reddington le regarda rejoindre Sinclair et Elizabeth. Il savait que les deux hommes deviendraient ses plus fidèles chiens de garde, aussi efficaces que dangereux. Il pouvait partir l'esprit tranquille, en sachant qu'elle aussi veillerait sur Wilde. Cela s'appelait 'faire d'une pierre deux coups'.
Red se retourna et observa le cimetière paisible d'Arlington. Avec ses alignements de croix blanches à perte de vue sur l'herbe verte, et la lumière de cette fin de mâtinée, il y avait là comme un moment de grâce. Il respira profondément, profitant de chaque seconde, puis il baissa les yeux sur la pierre tombale sous laquelle reposait le Commandant Lee Clive Owen, officier de la Marine et ancien membre des Navy Seals, tué quelques mois auparavant dans un accident, qui n'en était pas un. Il avait été le cinquième membre de leur petit groupe. A présent, il ne restait plus que Danny et lui.
Comme il l'avait fait pour ses deux autres camarades assassinés, il refit la même promesse devant la tombe d'Owen. Il trouverait le responsable de leurs morts et il les vengerait. Il savait maintenant que ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'il retrouve celui par qui tout avait commencé vingt quatre ans plus tôt.
A suivre…
Alors, ça vous plaît ? Je préfère vous prévenir que le prochain chapitre va créer des polémiques et des grincements de dents mais bon, j'assume... Ne m'en veuillez pas trop quand vous le lirez SVP, si vous le lisez...
