Chapitre 9

« Vous ne croyez pas que vous en faites beaucoup ? »

La question jaillit au moment où il s'y attendait le moins. Reddington leva la tête de l'article qu'il était en train de lire et considéra Diana Martin, qui s'affairait devant les fourneaux.

« On n'en fait jamais trop, Diana. Faites-moi voir. »

Il se leva et s'approcha d'elle pour goûter la préparation qui mijotait doucement dans la cocotte. Le petit bouillonnement et les fumets de cuisson le titillaient déjà depuis un bon moment et il salivait d'avance. Il souleva le couvercle, plongea la cuillère et ne put s'empêcher de fermer les yeux après en avoir dégusté une bouchée. Avec un sourire, il replongea la cuillère, puis encore une fois, et encore une fois, le tout accompagné d'un soupir de satisfaction…

« Raymond… Arrêtez de faire votre gourmand… » Le sermonna gentiment Diana.

« C'est une tuerie… »

« Vous avez pensé à votre cholestérol ? »

« Je n'ai pas de cholestérol ! »

« Si je continue à vous faire les plats en sauce que vous adorez, vous en aurez… »

« Pas si je viens faire de la zumba avec vous… »

A l'idée de voir Raymond Reddington se trémousser sur Shakira ou Rihanna, Diana éclata de rire.

« Je ne manquerai ça pour rien au monde. »

« Hein, quel spectacle ce serait… Vous imaginez la tête de Berlin… »

Ils se remirent à rire de plus belle à cette évocation et la tension de leurs dernières vingt quatre s'envola. Ils n'avaient pas chômé depuis que le rival de Red avait accepté de s'allier temporairement à eux.

« A mon crédit, je suis un excellent danseur de salsa. »

« C'est vrai ? »

« J'ai gagné un concours national à Cuba en 2004. »

« Oh, Seigneur ! Est-ce qu'il y a des choses que vous ne savez pas faire, Raymond Reddington ?… »

« Plein, mais il faut vraiment se casser la tête pour les trouver. »

Il l'observa en train d'étaler une pâte. Finalement, il secoua la tête. Elle avait toujours du mal avec son épaule, même si la kinésithérapie lui avait permis de regagner de la mobilité.

« Attendez, je vais vous aider. »

Reddington passa dans son dos et posa ses mains sur celles de Diana. Lentement, il exécuta le mouvement de va-et-vient. Le rouleau avança, recula, avança, recula, avec une régularité presque hypnotique… jusqu'à ce qu'il s'immobilise… et que le temps se suspende…

L'atmosphère venait de changer subtilement dans la cuisine. Les mains de Reddington commencèrent à remonter le long des bras nus de Diana, dont la respiration s'altéra. Le torse calé contre le dos de son chef, Red sentit le frisson qui la traversa et la chair de poule sous ses doigts. Lentement, patiemment, il continua à administrer ses caresses. Il se pencha en avant et déposa des baisers dans le cou de Diana.

« Raymond… »

« Oui ?… »

« Je ne crois pas… que ce soit une bonne idée… »

« Ah oui ? »

« Je ne mélange pas le travail et les affaires privées. »

« Ça ne m'a jamais dérangé. »

« Vous êtes un homme… vous faites… la part des choses… »

Reddington se mit à rire doucement. Diana aurait pu se noyer dans ce rire grave et tranquille. Lentement, il déposa à nouveau des baisers dans le cou de Diana qui ne parvint pas à étouffer un gémissement cette fois. L'eau de toilette de Red sentait merveilleusement bon et ses gestes étaient attentionnés. A l'écoute de la moindre réaction de sa compagne, il savait exactement ce qu'il faisait.

« Les femmes vont et viennent dans ma vie… Je n'en fais pas un mystère… »

« Et vous saisissez les opportunités… » Elle eut un sourire. « … Quand elles se présentent… »

« Je ne sais pas de quoi demain sera fait… Vous et moi… ne le savons que trop bien. »

« Oui. »

« Alors nous nous comprenons. »

Les mains de Reddington se posèrent sur la taille de Diana et il tira sur les pans de son chemisier pour pouvoir caresser sa peau. Ses doigts remontèrent lentement vers la poitrine de Diana. Leurs respirations devinrent plus laborieuses. Red posa ses lèvres contre la carotide de Diana et sentit son pouls qui battait à un rythme plus que soutenu. Il ferma les yeux.

« Si Dembé rentre… » Commença t'elle d'une voix légèrement haletante.

« Dembé est sorti… Il reviendra pour le dîner… »

« Nous sommes seuls alors. »

« Oui. »

Diana se retourna et passa les bras autour du cou de Reddington. Elle caressa sa nuque, là où ses cheveux en brosse étaient aussi doux que de la soie. Puis ils s'embrassèrent, d'abord lentement, se savourant, explorant de leurs mains chaque millimètre de peau accessible, sentant la montée du désir au creux de leurs reins, jusqu'à ce que leurs baisers se fassent rapidement plus impérieux, trahissant une nouvelle impatience, une faim dévorante.

« Le canapé ? » Demanda Reddington d'une voix attisée par le désir.

« Va pour le canapé. »

Reddington hocha la tête, souleva Diana et la porta sans effort vers le salon...

OOOoooooooOOO

Quand Elizabeth Keen sonna, elle eut la surprise d'être accueillie par Diana Martin. Elle regretta aussitôt de ne pas avoir téléphoné à Dembé pour le prévenir de son arrivée. Cette femme ne lui inspirait pas confiance. Trop sûre d'elle, trop froide, trop calculatrice... Elle se reprit immédiatement et demanda :

« Reddington est là ? »

Sans un mot, Diana Martin s'effaça et referma derrière la jeune femme, puis l'entraîna vers le salon, où filtrait le son d'un piano. Installé dans un vaste canapé, Red lisait, le col de sa chemise largement ouvert. Diana Martin passa derrière l'ilot de la cuisine américaine et s'affaira devant son plan de travail. Cela sentait délicieusement bon. Elizabeth se sentit mal à l'aise devant cette scène… très domestique.

« Lizzie ! »

Il lui fit un large sourire, comme à chaque fois qu'il la voyait et l'invita à venir s'assoir près de lui. Elle s'installa alors qu'il se levait avec souplesse et marchait vers le bar. Il émanait de lui une telle vitalité qu'elle en fut immédiatement saisie.

« Vous voulez boire quelque chose ? » Demanda-t-il.

« Non, merci. »

« Dommage. Notre hôte est vraiment un homme de goût. Il sait apprécier les bonnes choses… Diana ? »

« Merci, Raymond. »

« Oh, les filles ! Amusez-vous, que diable ! On n'a qu'une vie ! »

Les yeux brillants, Raymond échangea un bref sourire avec Diana, qui se concentra ensuite sur les préparatifs du repas.

« Lizzie, vous restez pour le dîner, j'espère ? Diana a fait un veau Marengo à tomber par terre… »

« Merci, mais je suis attendue. »

« Un rendez-vous galant ? »

Reddington avait posé la question avec nonchalance, mais ses yeux le trahirent. Même si son attitude semblait détachée, il avait une façon de la regarder, une vivacité qui trahissait son intérêt.

« Soirée poker avec Ressler, Sinclair et Wilde. »

Il mit à rire.

« Oh ! Très bonne idée ! Ce pauvre Ressler va se faire plumer mais ça lui changera les idées… Alors comment ça se passe avec eux ? »

« Etonnamment bien. Ils ne sont jamais à court d'idées pour improviser des passe-temps. J'ai découvert le karting avec Sinclair et j'ai adoré. J'ai ensuite eu droit à des soins corporels pendant deux heures, c'était divin… J'ai fait de la poterie avec Wilde… » Elle aperçut son regard surpris. « Oui, je vous jure… Je n'ai jamais autant ri de ma vie, je crois… Ils m'ont promis une nouvelle surprise, et j'avoue que, pour une fois… » Son sourire s'élargit. « … J'attends ça avec anticipation. »

« Vous semblez relaxée. »

« Cooper m'a mis au vert pour quelques jours. » Elle l'observa, surprise par son énergie. « Vous aussi, vous allez l'air frais et dispo…

Ils se dévisagèrent un instant, chacun essayant de lire les expressions faciales de l'un et de l'autre.

« Certains sujets d'inquiétude ont été résolus. » Dit-il finalement.

« Vous avez vu Berlin. Comment ça s'est passé ? »

« C'était tendu. Mais si je suis encore là, c'est qu'il a consenti à m'écouter. Nous sommes arrivés à un accord malgré notre méfiance naturelle… » Il eut un rictus de dégoût qui tordit sa bouche. « … Et notre antipathie réciproque… »

« Je n'aime pas ça, Red. »

« Moi non plus. Mais je ne vois pas comment faire autrement. »

« Quand partez-vous ? »

« Demain matin, à la première heure. »

« Déjà ? »

Elle sembla soudain perdue et le regarda alarmée, tendue à nouveau. Il lui prit la main.

« Je vous promets de vous tenir informé régulièrement de nos avancées… » Il posa les yeux sur la main qu'il tenait dans la sienne et la serra doucement. « Je ne vous l'ai pas dit quand nous nous sommes vus la semaine dernière, mais j'ai pris certaines dispositions. J'ai confié des instructions à une personne de confiance qui vous contactera s'il m'arrivait malheur. »

« Red, non… »

« Les risques font partie du job, Lizzie. Je ne laisserai à personne d'autre le soin de les prendre à ma place... Ne pas vouloir les évoquer ne les rend pas moins réels. »

Elle le regarda, sincèrement inquiète, mais aussi, avec un mélange de beaucoup d'autres émotions, toutes contradictoires.

« Il y a tellement de choses que je voudrais vous dire avant que vous ne partiez, mais je ne sais pas par quoi commencer… » Murmura-t-elle. « Je voulais vous dire que j'étais désolée… Je suis tellement désolée… »

« De quoi êtes-vous désolée ? »

« De vous avoir déçu, de vous avoir trompé, de ne pas avoir été à la hauteur… »

« Non, Lizzie, chut… »

Il mit son autre main sur sa joue et posa son front contre celui d'Elizabeth. Tous deux fermèrent les yeux, savourant cette proximité qu'ils avaient perdue pendant un temps, pour mieux la retrouver, semblait-il.

« La colère n'est jamais bonne conseillère. Vous avez fait des erreurs de jugement parce que vous avez laissé votre affect dominer votre raison. Ça arrive à tout le monde. C'est humain. »

« Non, pas à tout le monde. Vous êtes toujours si calme. Je ne vous ai jamais vu en colère. »

« C'est parce que… Croyez-moi, vous n'aimeriez pas me voir en colère… »

« Comment faites-vous ?

« Le secret, c'est de savoir la contrôler et de la focaliser. D'en faire un avantage. Elle doit devenir un moteur, et non un frein… Un moyen plutôt qu'une fin… »

Alors qu'il parlait, Elizabeth avait senti son souffle chaud contre sa peau et son cœur s'était mit à battre furieusement dans sa poitrine, au rythme de ces mots dont elle s'enivrait. Cette proximité avec Reddington ne l'effrayait plus. Bien au contraire, elle avait envie de se lover dans ses bras et de l'empêcher de s'éloigner d'elle.

Les lèvres de Red se posèrent sur sa joue et il commença à lui donner des baisers légers. Le souffle d'Elizabeth s'accéléra. Ce n'était plus une attitude paternelle, mais bien celle d'un homme attentionné envers une femme. Elle tourna légèrement la tête et l'embrassa elle aussi sur la joue. Sous ses lèvres, sa peau était chaude et douce. Fraîchement rasé, il sentait le savon à barbe coûteux. C'était enivrant, exaltant… Elle ferma à nouveau les yeux et se laissa aller.

Elizabeth posa ses lèvres à la commissure de sa bouche et sentit plus qu'elle ne le vit, un tic agité sa joue gauche. Il se détourna alors légèrement d'elle. Comme elle protestait faiblement, il déposa un long baiser sur sa joue avant de lui murmurer à l'oreille :

« Lizzie, ce serait une erreur… »

Son baryton sourd et soyeux trouva une résonnance en elle, et parvint à mettre du baume sur le sentiment de déception qu'elle venait d'éprouver devant son rejet.

« Une voix pareille… » Murmura-t-elle avec regret. « … est une arme de destruction massive qui devrait être interdite par la convention de Genève… »

Il eut un petit rire grave et se recula. Elizabeth se mit à rougir furieusement en réalisant qu'elle venait de prononcer ces paroles à voix haute.

« Si vous voulez tout savoir… » Lui dit-il en continuant sur le même ton enjôleur. « … J'en use et j'en abuse à volonté. »

« Ce n'est pas juste… » Protesta-t-elle pour se donner contenance. « Vous vous moquez de moi… »

« Vous, les femmes, vous possédez aussi des armes que vous utilisez contre nous. La plupart du temps, vous le faites inconsciemment. Mais parfois, vous les manipulez volontairement et là, vous n'avez aucune pitié… »

« Red… »

« Je sais. »

Il déposa un baiser sur la main de Lizzie pour se faire pardonner. Elizabeth serra la sienne en retour, l'assurant que tout allait bien, puis tourna la tête vers la cuisine. Elle se rendit compte que Diana Martin avait disparu, les laissant seuls tous les deux. Elle ne l'avait même pas entendu partir.

« Vous avez raison… » Soupira t'elle, en regardant leurs mains jointes. « Ma vie est tellement sens dessus-dessous qu'il ne manquerait plus que je tombe amoureuse de vous. Ce serait le pompon… »

« Vous êtes dure avec moi… » Remarqua t-il doucement. « Il y a des choses bien pires, vous ne croyez pas ? »

« Pardon ?… Oh, Seigneur, ce n'est pas ce que je voulais dire… »

Le rire de Red résonna doucement et il secoua la tête, lui montrant clairement qu'il n'était pas vexé.

« Je n'en reviens pas de vous avoir dit ça… Oh ! Oubliez ce que j'ai dit… »

« Impossible. Je dois dire que l'idée que vous tombiez amoureuse de moi m'est assez agréable. C'est même très flatteur. »

Il inclina la tête et soutint le regard d'Elizabeth qui chercha dans ses yeux verts la moindre trace de mensonge.

« Vous êtes sérieux ? »

« Je n'ai jamais été aussi sérieux. Lizzie, vous êtes une femme belle et désirable. Il faudrait être aveugle ou idiot pour ne pas s'en rendre compte... Je ne suis ni l'un, ni l'autre... Comment pourrai-je ne pas être intéressé ? »

La question était purement rhétorique et n'appelait aucune réponse. Le visage de Reddington affichait une telle intensité et une telle honnêteté à cet instant qu'elle le crut. Elle se contenta de l'observer, manifestement consciente que leur relation était rendue à un tournant inédit et capital.

C'était la première fois qu'il évoquait aussi clairement son attirance envers elle. L'affection qu'il manifestait habituellement n'avait jamais été un mystère pour personne et elle l'avait acceptée implicitement, comme si cela allait de soi. Liz veillait même jalousement sur ce rapport spécial qu'ils entretenaient car Red n'était jamais autant ouvert ou à l'écoute avec les autres. C'était leur truc à eux…

Elizabeth avait toujours considéré qu'elle n'avait rien de spécial. Red était entré dans sa vie par effraction et l'avait immédiatement placée sur un piédestal, faisant d'elle le centre de son univers. Il y était parvenu sans encombre avec son charme naturel et ses petites attentions. Mais la question demeurait : en quoi l'intéressait-il ? Il ne lui avait toujours pas expliqué pourquoi elle était si spéciale pour lui. Si elle le lui demandait maintenant, elle était sûre de ne pas avoir une réponse directe. Rien n'était simple avec lui.

« Lizzie ?… »

Il était en train de la dévisager, conscient qu'elle était troublée et plongée dans ses pensées. Le silence avait duré plus longtemps qu'elle croyait.

« Oui ? »

« Je ne voulais pas vous infliger de nouveaux tourments ou vous mettre une quelconque pression. »

« Non, ça va... »

« Vraiment ? »

« Oui, je vous assure… »

Si elle était honnête envers elle-même, il avait raison. Elle n'était pas prête à s'engager dans une nouvelle relation, encore moins à s'engager avec Raymond Reddington, le Concierge du Crime... Mais son attitude avait au moins le mérite de la faire réfléchir à ce qu'elle ressentait pour lui.

Ils entendirent le bruit d'une porte qui s'ouvrait et se refermait. Quelques secondes plus tard, Dembé fit son apparition à la porte du salon et adressa un sourire à Liz lorsqu'il la vit.

« Je vais vous laisser. Vous avez sans doute des choses à faire avant votre départ. »

Elle se leva, imité par Red, dont l'expression du visage avait changé, clairement tournée à présent vers ses préoccupations.

« Je vous raccompagne jusqu'à la porte. » Dit-il.

Avant de sortir, elle se retourna vers lui et le considéra gravement.

« Faites attention à vous, Red. »

« Promis. » Il lui sourit doucement pour la rassurer. « Je vous invite à dîner dès mon retour, ça vous va ? »

« Rien que nous deux ? »

« Rien que nous deux. » Lui confirma t'il. « Prenez soin de vous et de Danny, d'accord ? »

Pour toute réponse, elle lui serra le bras doucement avant de se détourner. A mi-chemin de sa voiture, elle se retourna. Il était toujours à la porte et la regardait s'éloigner.

OOOoooooooOOO

« Je ne parlais pas de cuisine tout à l'heure, Raymond, quand je disais que vous en faisiez des tonnes… »

« De quoi parliez-vous, Diana ? »

« De l'Agent Keen… »

« Ah… »

« Cette jeune femme éprouve manifestement des sentiments pour vous. Vous aimez attiser sa jalousie pour qu'elle en prenne conscience. »

Reddington observa Diana attentivement. Elle hocha simplement la tête. Quand il en conclut qu'elle ne faisait preuve que de curiosité, il se leva et vint près d'elle.

« La jalousie. Est-ce que ce sera un problème ? » Demanda-t-il.

« Non. Pas en ce qui me concerne. »

« Parfait… » Il la prit dans ses bras et l'embrassa. « … Parce que je n'ai pas l'intention de me passer de vos services dans les semaines à venir. »

Elle eut un sourire et décida de le taquiner.

« Vous ne pourriez pas vous passer de moi et de mes bons petits plats. »

« Personne n'est irremplaçable, Diana. »

Elle eut une petite moue et observa son expression neutre. Impossible de savoir s'il était sérieux ou pas. Elle opta pour la prudence.

« Cela sonne comme un avertissement. »

« Pas si vous me donnez satisfaction… »

« Oh, je peux vous en donner pour votre argent… »

« Des paroles, toujours des paroles… » Dit-il avec un sourire malicieux.

Elle l'attrapa par le col et l'attira à elle pour lui donner un baiser fougueux, auquel il répondit de la même façon. Ils se mirent à rire doucement en continuant à se chercher, à s'embrasser, avant de reprendre leurs distances. Aucun n'était dupe du fait qu'il ne s'agissait que d'un jeu entre eux.

« En parlant de paroles, vous m'avez promis la tête de De la Montès. »

« Et je tiendrai ma promesse. Vous l'aurez, après qu'on se soit occupé de Berlin. »

« J'aurai dû travailler avec vous plus tôt, Reddington. J'ai vraiment l'impression de faire une bonne action en débarrassant le monde de ce sale type… »

« Je ne crois pas que ce sera une perte, en effet. Sa fille a peur de lui. Elle préférerait disparaître plutôt que de continuer à le fréquenter. »

Elle le regarda, soudain songeuse.

« Votre liste de criminels… Est-ce que j'y figure ? »

« Non. »

Elle hocha la tête d'un air entendu, consciente qu'il pouvait lui mentir.

« Comment savoir si vous dites la vérité ? »

« Vous ne le saurez pas. »

« Il faut donc que je me résolve à vivre avec une épée de Damoclès sur la tête. Tant que vous avez besoin de moi, je fais l'affaire. Le jour où je deviens encombrante, vous me livrez à vos amis du FBI. »

« Si vous souhaitez arrêter notre collaboration dès aujourd'hui, je ne vous retiens pas… »

Le sourire tranquille de Reddington ne la trompa pas.

« Reddington, vous me tueriez avant que je puisse franchir cette porte. »

Il ne répondit pas et inclina la tête de cette façon qu'elle avait appris à identifier et qui confirmait ses doutes.

« Honnêtement, je n'ai pas envie de partir. » Reprit-elle. « Je ne me suis jamais autant sentie à ma place qu'ici, à vos côtés. J'ai l'impression que nous partageons certaines valeurs qui sont importantes à mes yeux. Le reste… » Elle haussa les épaules. « … n'est que de la littérature, comme on dit… »

« Vous n'êtes définitivement pas conventionnelle… Dites-moi, Diana, si vous pouviez revenir en arrière, est-ce que vous choisiriez le même parcours ? »

« Je ne changerai rien, sauf ces quatre dernières années... J'ai été formé par Erik Stormsen, l'un des meilleurs tueurs à gages qu'il m'ait été donné de rencontrer.

« Erik était le meilleur. La compétence est quelque chose de tellement exotique dans notre milieu que je l'apprécie quand je la vois… »

« Ces mois d'apprentissage ont été les plus exaltants et les plus durs que j'ai connus. Ils m'ont permis de me connaître et de développer mon potentiel. »

« Il m'avait bien semblé reconnaître sa patte dans votre façon d'opérer quand vous avez tenté de me tuer la première fois… »

« Il s'en est fallu de peu pour que je réussisse. Même si je ne laisse rien au hasard, il y a toujours une part d'inconnue sur laquelle on n'a aucun contrôle. Vous avez eu de la chance ce jour-là. »

« Non, ce n'était pas un concours de circonstances. Erik avait refusé le contrat sur moi et il savait que vous seriez envoyée à la place. Il m'a prévenu. »

Elle encaissa l'aveu, sans broncher.

« Êtes-vous celui qui a tué Erik ? » Demanda-t-elle.

« Non. Nous avions de bonnes relations en affaires. J'ai toujours eu de l'estime pour lui. »

« Il a toujours été réglo. Qui a fait ça alors ? »

« Ménélas. »

« Scott McCall ?… Vous en êtes sûr ? »

« Oui. Erik lui a fait du tort, alors McCall l'a éliminé. »

« Je ne l'ai jamais aimé. Ce type est malsain. Si jamais je le retrouve… »

« Vous ne le retrouverez pas. Ménélas est allé nourrir les poissons en Mer de Chine il y a deux ans…

« Comment ?... Non, laissez tomber, je ne veux pas savoir… Bon débarras. »

« Bon débarras, en effet. »

Reddington se dirigea vers le salon et lui fit signe de le suivre.

« Diana, il y a quelque chose que je voudrais que vous fassiez, une fois que cette histoire avec de la Montès sera réglée… »

« Quoi ? »

« Je voudrais que vous formiez quelqu'un, comme l'a fait Erik en vous permettant de suivre son enseignement. Vous vous rappelez il y a quelques mois quand je vous ai dit que vous étiez une pépite ? » Elle hocha la tête. « C'est de ça dont je parlais. »

« Et qui faudrait-il former ? »

« Elizabeth Keen. »

Diana fronça les sourcils et resta sans voix pendant un moment.

« C'est un agent du FBI… Et elle n'est pas… Je veux dire… »

« Dites-le. »

« Elle n'a pas les nerfs pour tuer quelqu'un de sang-froid. »

« Personne en possession de toute sa raison ne tue de sang-froid, pas même vous, ni moi. L'Agent Keen a déjà tué quand la nécessité l'exigeait. Je veux seulement qu'elle parvienne à un état de détachement suffisant pour prendre les bonnes décisions lorsqu'elles s'imposent. »

« Vous jouez à un jeu dangereux avec elle, Professeur Higgins… »

Reddington considéra Diana en silence.

« Je joue les Pygmalions auprès de cette jeune femme, c'est vrai, mais il n'est pas question de la mettre en danger… C'est même tout le contraire. »

« Je ne parlais pas d'elle… Je parlais de vous, Reddington… » Diana lui tapota la poitrine à l'endroit du cœur. « Je ne vous voyais pas comme un grand romantique. Méfiez-vous, à votre âge, ce pourrait être fatal… »

« Ce ne sont pas vos affaires. »

Le ton de Reddington était devenu cassant. Diana soutint le regard froid qu'il lui lança, puis baissa les yeux. Elle savait qu'elle avait dépassé les bornes.

« Rejoignez Dembé. Il a besoin de vous pour régler les derniers détails de notre voyage. »

Elle hocha la tête en silence et quitta la pièce. Les pensées se bousculant dans sa tête, Red la regarda s'en aller. Pendant quelques secondes, il avait craint qu'elle n'ait découvert le véritable secret qui l'unissait à Elizabeth Keen. Aux yeux de tous, cette histoire d'amour naissante ne serait vue que comme une distraction, la rencontre de deux mondes que tout oppose, alors qu'en fait, elle n'était qu'un rideau de fumée pour dissimuler la véritable nature de leur relation.

La perspicacité de son chef allait peut-être poser problème. A moins de s'en servir à son avantage…

A suivre…


J'ai mis beaucoup de temps pour écrire ce chapitre, sans compter les 3 ou 4 réécritures et compléments d'infos. Je sais aussi que je ne vais pas me faire beaucoup d'amies mais je voulais absolument rester dans le caractère des personnages, notamment celui de Reddington. Après, on peut toujours discuter de sa psychologie sans parvenir à le cerner, lui attribuer des penchants romantiques, mais manipulateur et amateur de femmes, il l'est indéniablement. Gardez en tête que, pour lui, la fin justifie les moyens et qu'il poursuit son propre agenda. Merci pour vos retours, quels qu'ils soient.