La vengeance est un plat qui se mange froid.
Proverbe Klingon.
Chapitre 11
De la musique de chambre s'élevait doucement dans la grande serre où poussaient les roses préférées de Pablo de la Montès. Un sécateur à la main, le chef du cartel Los Leones de Tulcàn observait un de ses rosiers avec amour et lui prodiguait les soins nécessaires, ne coupant que ce qu'il fallait. S'occuper de ses chers rosiers lui permettait de se détendre et d'oublier les soucis du quotidien. Il en avait besoin depuis quelques temps, depuis que le FBI mettait son nez dans ses affaires plus de que de raison. Tout en fredonnant le petit air, il arrosa les boutons pourpres à l'aide d'un vaporisateur et observa avec satisfaction les gouttes de rosée argentées glisser sur les pétales délicats.
Son majordome pénétra dans la serre. Déjà. Agacé, de la Montès consulta sa montre. Il avait donné des ordres scrupuleux pour qu'on ne vienne pas le déranger avant l'heure dite. Mais le serviteur était juste ponctuel, comme à son habitude.
« Monsieur ? »
« J'arrive, Esteban. »
De la Montès jeta un dernier regard à la ronde et soupira. Il alla ranger ses gants et le sécateur, puis sortit, accompagné du majordome, qui l'escorta jusqu'à son bureau où l'attendaient deux de ses plus proches conseillers, Miguel Constantine et Joachim Santiago. Il s'installa dans un grand Chesterfield confortable pendant que les deux hommes prenaient place en face de lui dans des fauteuils séparés. Ils attendirent que le majordome leur ait servis à boire avant de commencer leurs entretiens.
« Miguel, qu'as-tu pour moi ? »
« J'ai appelé Edward et Antonio… » Commença l'interpellé. « Nous savons désormais comment le FBI est au courant pour Monterey et Dallas. Ce sont les armes… Ils traquent les armes… »
« Comment ont-ils pu savoir ? » Demanda Joachim.
« Ça ne peut être que Reddington… » Répondit de la Montès.
L'homme d'affaires soupçonnait depuis un moment que le « Concierge du Crime » était derrière toute cette histoire. En fait, depuis que ce dernier s'était montré à sa réception en le narguant trois semaines plus tôt. Et bizarrement, le FBI était aussi là… Comment l'homme était-il entré au vernissage alors que des forces d'intervention se trouvaient à attendre au dehors ? Reddington était audacieux, mais pas imprudent. Jamais il n'aurait risqué sa capture, à moins d'être sûr de sortir de la villa sans être inquiété. Cela ne pouvait signifier qu'une chose : que Reddington collaborait avec les Fédéraux pour l'abattre, lui.
« Reddington ? Qu'est-ce qu'il vient faire là ? » Demanda Joachim.
« Il nous a tendus un piège. Jamais nous n'aurions dû voler ces armes il y a quelques mois. » Répondit De la Montès. « Ce fils de pute a tout manigancé depuis le début. »
Et c'est une balance ! Ajouta intérieurement De la Montès. Il a dû conclure un accord d'immunité et il donne tous ceux qui le gênent. Sur le coup, Pablo se jura de le faire savoir au monde entier et de lancer contre lui toute la pègre internationale... Reddington, je te jure que tes jours sont comptés et que tu vas bouffer les pissenlits par la racine ! Puis il se ravisa… Réflexion faite, si j'agis ainsi, je n'aurai pas ma vengeance… Non, je vais d'abord te faire souffrir, puis je te tuerai lentement, moi même…
« Où sont les armes maintenant ? » Demanda De la Montès.
« Elles ont été vendues ou distribuées à divers groupes qui s'en sont servis pour leurs opérations d'intimidation et d'exactions. J'ai fait une liste, la voici… »
« Le FBI détient ces preuves contre nous. Il faut que les armes soient récupérées et détruites, avant que ceux qui ont été arrêtés ne parlent et déballent tout. »
Les deux hommes se regardèrent, inquiets. Joachim, qui était un proche de De la Montès, et son meilleur avocat, prit la parole.
« Pablo, je ne crois pas que les armes soient notre souci principal à l'heure actuelle. Nous sommes assis sur une poudrière depuis la mort de Fontero au cours de ce vernissage. Tes rivaux ont déjà assassiné Alfonso, ton bras droit, Parades et Carlos… »
« Et il y en aura d'autres, peu m'importe ! Estubar était un imbécile qui ne me servait que de couverture ! C'est terminé ! Maintenant, je vais agir à visage découvert ! Quant à Parades, il n'a eu que ce qu'il méritait. Il aurait été le premier à me trahir ! »
« Si tu perds tous tes alliés, quels appuis te restera t'il ? Nous sommes dans une situation précaire. Les autres continuent à gronder et réclament vengeance. Tu es en danger, Pablo. Il faut que tu ailles à Tulcàn calmer les esprits et reprendre les rênes avant qu'il ne soit trop tard. »
« Pour me faire tuer ? Tu es fou, Joachim ! Salves et son clan n'attendent que ça ! »
« Les Fédéraux n'attendent que ça, ici aussi. L'étau se resserre, et tu le sais… Pars maintenant… »
« Non… Joachim, je veux que tu fasses pression sur les indécis. Arroses ceux qui peuvent être achetés et débarrasses-toi des récalcitrants. Je ne veux rien savoir sur les méthodes employées. Quand j'y verrai plus clair, je déciderai d'aller à Tulcàn… » Il fit une pause. « Miguel, je veux que tes hommes retrouvent Reddington. Je veux lui faire payer ce qu'il m'a fait. Quand les autres verront ce que je fais subir à ce salopard, plus personne n'osera s'élever contre moi ! »
« Mais on ne sait pas où il est, Pablo ! C'est un fantôme. On a déjà cherché en vain quand tu avais mis sa tête à prix ! »
« Cherchez encore et mieux ! Il faut le trouver ! Et vite ! »
« Et Diana Martin ? Que fait-on pour elle ? On abandonne les recherches ? »
« Diana Martin ? Non, vous continuez. Elle, je lui réserve un traitement spécial. Elle va apprendre qu'on ne me trahit pas impunément. »
OOOoooOOO
Elizabeth Keen n'avait jamais mis les pieds à Londres, ni en Grande-Bretagne. La limousine noire qui était venue les chercher à l'aéroport et qui les emmenait à Belgravia, chez Sinclair, avait du mal à se frayer un chemin dans les embouteillages de cette soirée pluvieuse. Les rues étaient bondées. Il était dix huit heures trente, la nuit tombait et elle avait l'impression de ne pas avoir vu le soleil de la journée.
Face à elle, Wilde avait chaussé ses lunettes et lisait calmement le Wall Street Journal, pendant que Sinclair, à ses côtés, était en conversation téléphonique avec une de ses connaissances. Morose, Elizabeth se sentait totalement déplacée dans ce décor et se demandait encore pourquoi elle était là.
Tom, c'est à cause de Tom que tu es là… et aussi à cause de Reddington, dans une moindre mesure… Elle regarda par la fenêtre les gens qui se pressaient de faire leurs courses et de rentrer chez eux ou d'aller à un rendez-vous ou au spectacle. Ça grouillait de partout. Devant elle défilaient des tranches de vie qui n'étaient pas si différentes de ce qu'elle voyait à New York et dont elle se sentait étrangère, d'un côté comme de l'autre de l'Atlantique.
Jamais elle n'aurait la vie normale de Monsieur Toutlemonde. Elle avait changé. Tout avait changé définitivement avec l'arrivée de Reddington. Raymond… corrigea t'elle. La veille, c'était la première fois qu'elle l'avait appelé par son prénom. Elle l'avait fait en hésitant, comme si elle s'engageait en territoire inconnu et dangereux. Le mot avait tourné sur sa langue, rebondi contre son palais, empli ses papilles d'un plaisir intense, comme la première gorgée d'un vin rouge charpenté et vieilli en fût de chêne. Elle en avait été la première surprise. Lui aussi, elle l'avait pris à contrepied. Elle l'avait sentie dans le bref silence, plus fort que tous les mots, qui avait suivi. Elle se l'était imaginé en train de sourire à l'autre bout du fil, à des milliers de kilomètres de là où elle était. Ce moment était désormais gravé au fer rouge dans son esprit. Elle n'avait pourtant fait qu'énoncer une vérité. Il lui manquait. Terriblement. Et elle avait beau se dire que ce n'était pas raisonnable, ça n'en était pas moins vrai.
Elizabeth croisa le regard de Wilde. A voir son expression, il devait la dévisager depuis un long moment. Ce n'était pas la première fois qu'elle le surprenait ainsi. Danny lui fit un sourire pour se faire pardonner. Elle observa le changement avec fascination. Derrière ses petites lunettes dorées, l'homme était indéniablement séduisant. Elle aimait son sourire chaleureux et ses yeux rieurs. Elle pouvait sentir tout son charme, alors qu'il n'avait jamais tenté de la séduire. Comme Red, il se comportait en parfait gentleman avec elle, avec la même bienveillance paternelle. Les similitudes ne s'arrêtaient d'ailleurs pas là. Wilde était aussi audacieux, drôle et brillant que son ami. C'était aussi quelqu'un qui savait s'amuser. Elle pouvait voir en quoi les deux hommes se ressemblaient et s'appréciaient.
Il lui avait dit que leur amitié remontait à près de trente ans. C'était avant que Reddington ne disparaisse, avant qu'il ne soit un criminel reconnu. Danny lui avait décrit le jeune homme que Reddington était alors : un officier qui faisait l'admiration de tous, un travailleur acharné et infatigable, un séducteur à l'humour ravageur, insouciant et déjà si sûr de lui. L'avenir lui souriait. Tout lui souriait… Il lui avait parlé de leur première rencontre arrosée dans un bar, tard le soir, de la bagarre qui s'en était suivie – à cause d'une fille évidemment. Wilde avait ensuite évoqué leurs sorties, les blagues qu'ils avaient faites ensemble et les femmes qu'ils avaient fréquentées, sans s'étendre sur ce qui faisait l'essence de leur amitié. Elle sentait cependant qu'ils avaient été très proches, puis la vie, comme bien souvent, les avait éloignés l'un de l'autre. Quand on était venu l'interroger après la disparition de Reddington en décembre 90, Wilde avait dit la vérité : qu'il n'avait aucune nouvelle de son ami et surtout, qu'il ne croyait pas en sa trahison.
Voir Reddington sous cet angle apportait de nouvelles lumières sur sa personnalité complexe et brossait un portrait de lui très différent de celui qu'elle connaissait. A présent, elle apercevait clairement les incohérences entre le profil que le FBI avait dressé de lui et la réalité des témoignages de ceux qui l'avaient côtoyé à l'époque. Elle avait déjà eu cette impression en interrogeant brièvement Naomi Hyland. L'ex-femme de Reddington l'avait mise en garde en lui disant : il n'est pas ce que vous croyez... C'est une manipulation. Ses propos prenaient maintenant un tout autre sens.
Comment des experts avaient-ils autant pu se tromper à son sujet ? C'était édifiant, à moins que quelqu'un ait voulu induire tout le monde en erreur pendant des années. Elle avait déjà soulevé la question avec Cooper. Ce dernier n'avait pas apporté de réponses précises, constatant qu'effectivement des éléments considérés comme sans importance, avaient été omis et que des suppositions avaient été établies sur la base de mauvais postulats. Maintenant, dans l'esprit d'Elizabeth, ce n'était plus une question d'omissions ou de fausses hypothèses, mais clairement un acte de désinformation organisé. Restait à savoir dans quel but son dossier avait été falsifié de cette façon avec de faux renseignements…
Il faudrait qu'elle le lui demande la prochaine fois qu'elle le verrait. Elizabeth connaissait déjà en partie la réponse qu'il lui ferait à nouveau. Ne lui avait-il pas dit lors de leur première rencontre : Tout ce que vous savez sur moi est un mensonge ? Accepterait-il clarifier un fait qu'il n'ignorait pas ?
La voiture s'immobilisa pour de bon. Elizabeth regarda par la fenêtre, pendant que Sinclair sortait et restait à la porte en tenant un parapluie. Elle observa les grilles noirs qui bordaient le péristyle blanc, soutenu par deux colonnes antiques de la même couleur et supportant un balcon, également blanc. Toutes les maisons de la rue faisaient quatre étages et étaient parfaitement identiques. Elle était arrivée à destination.
Elle descendit de voiture, suivie par Wilde et ils pénétrèrent dans le hall de la maison où un majordome vint prendre leurs vêtements, pendant qu'un autre sortait les bagages et les déposait dans l'entrée.
Les yeux d'Elizabeth furent immédiatement attirés par l'immense et splendide lustre en cristal de Murano qui, avec ses enchevêtrements compliqués de laiton, illuminait le hall, tel un soleil brillant de mille feux. Le reste de la décoration était résolument contemporain et tranchait avec le caractère victorien de la pièce qui était meublée avec goût dans des tons sobres. Elizabeth hocha la tête, impressionnée par l'harmonie de l'ensemble.
« Ça vous plaît ? » Demanda Sinclair à son invitée.
« Beaucoup. C'est magnifique. »
« Et encore, vous n'avez rien vu… » Ajouta Wilde. « … Attendez de voir le salon. Brett a choisi de donner un coup de pied au cul à ses ancêtres. Ils doivent tous se retourner dans leurs tombes ! »
« Daniel, tu exagères… »
« A peine… Montre-lui. »
« Quand je me rends sur mes terres, je renoue avec le passé dans le château familial. Mais Londres est mon chez-moi. Je l'ai décoré selon mes envies. Venez. »
Sinclair les entraîna au salon. Et là, ce fut une explosion de couleurs, d'art et de design. L'aristocrate avait décidé de faire la part belle au modernisme sous toutes ses formes, le tout en conservant les moulures victoriennes du plafond, le parquet de chêne blond et les panneaux lambrissés blancs. Le contraste était saisissant et le résultat, pour le moins stupéfiant pour un observateur non averti.
Irrémédiablement, les yeux étaient attirés, par les sculptures et les toiles multicolores et définitivement pop'art. Devant le spectacle offert, Elizabeth en resta bouche bée et ne put s'empêcher de sourire en voyant ces formes bon-enfants et bariolés animer joyeusement le salon. La jeune femme se surprit à avancer vers chacune des œuvres et à les détailler en laissant son imagination vagabonder. Ça, c'était de l'art, pas comme ce qu'elle avait vu quelques semaines plus tôt au vernissage de De la Montès.
Quand elle eut fait le tour, son regard tomba avec intérêt sur la longue et étroite cheminée en bande, avec son habillage chromée intégrée dans le mur, à quelques centimètres au dessus de la plinthe. Des canapés en cuir blanc placés en U devant le foyer original offraient un répit reposant pour l'esprit. Elle rejoignit les deux hommes et s'installa à côté de Sinclair.
« Alors, le verdict ? » Demanda le propriétaire des lieux en lui tendant un verre.
« C'est détonnant et proprement génial… Vous avez des goûts sûrs en matière d'art contemporain. Vraiment, c'est une belle collection. »
« Koons, Niki de Saint Phalle et Murakami en une seule pièce. Je trouve que cela vous donne une pêche d'enfer pour la journée !... » Plaisanta Wilde. « … A tel point que j'avais demandé à l'époque au Député Frank Underwood l'adresse du sculpteur qui a exécuté son fameux Peachoid… »
Elizabeth éclata de rire en se rappelant cette histoire. Tout le monde avait vu dans les journaux télévisés au moment de l'affaire, le château d'eau immonde que les producteurs de pêche de Caroline du Sud avaient fait ériger par leur lobby. Il avait la forme de leur fruit fétiche, mais en fait, ressemblait à une belle paire de fesses orange…
« Et le Président vous a répondu ? »
« Il m'a simplement dit avec un regard stupéfait : Sérieusement ? »
Ils se mirent tous les trois à rire de plus belle.
« En fait, Daniel est jaloux de ma collection… »
« Non, pas du tout, mon cher. Tous les goûts sont dans la nature. Je préfère les toiles plus classiques. Je vous montrerai, Liz. »
« Daniel est certes l'heureux propriétaire d'un magnifique Rembrandt, mais méfiez-vous, il a des goûts beaucoup plus exotiques. Il possède des estampes japonaises à faire rougir la plus vieille prostituée de Londres… »
Elizabeth faillit s'étrangler de rire avec son scotch.
« Ne l'écoutez pas, Liz. Brett voit le mal partout… »
« Mais je voudrais bien les voir, ces peintures. Ça m'intéresse... d'un point de vue artistique, bien sûr… »
« Coquine… Si vous voulez les voir, vous les verrez, mais pas en ma compagnie. »
« Avec qui, alors ? »
Il y eut un silence. Soudain sérieux, Sinclair et Wilde échangèrent un regard. Puis l'aristocrate se leva.
« Si vous voulez bien m'excuser, je dois aller veiller à votre installation. Le dîner devrait être servi dans moins d'une heure. »
Surprise, Elizabeth le regarda sortir et se tourna vers Wilde, qui la regardait avec gravité.
« J'ai dit quelques chose qu'il ne fallait pas ? »
« Non, non, pas du tout… Simplement, il y a quelque chose dont nous devons discuter, vous et moi. »
Perplexe, Elizabeth vit Wilde se lever et aller chercher quelque chose. Quand il revint quelques secondes plus tard, elle se rendit compte qu'il tenait dans la main ce qui devait être une photographie.
« Elizabeth, est-ce que vous vous rappelez votre mère ? »
Elle ouvrit la bouche, interloquée.
« Ma mère ?... Je… Non… Vaguement… Pourquoi ? »
Pour toute réponse, il lui tendit la photographie. Elizabeth la prit et regarda une jeune femme qui souriait doucement en regardant celui qui prenait la photo.
« Voici votre mère. Elle s'appelait Karen Murphy… Elle et moi, nous nous sommes aimés... »
Elizabeth sentit la terre s'ouvrir sous ses pieds, alors que des souvenirs refoulés depuis des années remontaient tout à coup à la surface. Avec un petit cri, elle sombra dans un abîme sans fonds…
OOOoooOOO
« Voilà ce que j'ai réuni sur Syracuse… » Dit M. Vargas en tendant un dossier à Raymond Reddington.
Red prit le dossier, l'ouvrit et compulsa rapidement les informations en attendant le résumé de son homme de main.
« A vrai dire, il n'y a pas grand-chose… » Continua l'étrange bonhomme. Diana lui donna une assiette de petits cônes. « Merci… Qu'est-ce que c'est ? »
« Ce sont des tacos de crabe, accompagnés d'une purée d'avocat, de tomates cerise et de beignets de mozzarella. » Répondit-elle.
Vargas lui rendit l'assiette avec un rictus.
« Je suis allergique à l'avocat. Ça me donne d'énormes plaques d'urticaire. Désolé. »
« Et tu n'as jamais pensé à te faire désensibiliser ? » Demanda Reddington avec curiosité.
« J'ai trop d'intolérances : gluten, lactose, arachides et des tas d'autres aliments. Manger est un enfer pour moi. »
« Tu te rends compte qu'avec ta constitution et ta santé fragile, tu pourrais être la proie d'un type peu scrupuleux qui arriverait à t'empoisonner à coup de cacahouètes ? Quelle triste fin pour un esprit aussi brillant que le tien… »
« Ne m'en parle pas, j'en fais des cauchemars la nuit, ça m'empêche de dormir… »
« Mon pauvre, je compatis. Enfin, chacun ses problèmes… Qu'est-ce que tu as découvert ? »
« Les toutes dernières informations que j'ai pu recueillir sur Syracuse remontent à plus de trois ans. Depuis, c'est le silence radio. Rien. Nada… C'est comme s'il n'avait jamais existé. Ce mystérieux inconnu est apparu il y a quinze ans seulement mais personne ne sait d'où il vient, ni n'a vu son visage. Il semble travailler en solo, ce qui le rend encore plus difficile à trouver. »
« Il faut chercher qui sont ses contacts et qui a fait appel à ses services. Que fait-il ?
« Il vend du renseignement aux plus offrants. Comment il les obtient ? Mystère, mais il a fait quelques dégâts dans les sphères politiques. »
« Du chantage ? »
« Oui, c'est son arme favorite. Oh, ce n'est pas à des niveaux bien impressionnants. Quelques gouverneurs et membres du Congrès. Le dernier sur lequel il a exercé ses talents s'appelle Liam Turner. C'est l'ancien gouverneur du Nebraska. »
« Et l'ancien Shérif du Comté de Douglas, à Omaha… » Lut Reddington à voix haute.
Le comté où habitaient Sam et Lizzie. Ce n'était certainement pas un hasard.
« Pourquoi l'a-t-il fait chanter ? »
« L'ancien gouverneur a détourné des fonds de campagne et a arrosé ses collègues pour trafiquer les chiffres de la délinquance. Il a empêché des arrestations, bloquer des enquêtes et fait libérer des toxicos et des responsables de petits larcins. Cela accréditait sa thèse comme quoi le crime avait baissé dans son comté sous son mandat (Yo). Il s'en est servi contre son adversaire pour se faire élire gouverneur. »
« Les politiciens… Tendez-leur la main et ils vous bouffent le bras entier… » Il se tourna vers Diana avec un sourire. « Vous pouvez m'apporter une autre assiette de vos délicieux tacos, s'il-vous-plaît ? »
Reddington continua à parcourir le dossier. Ce Syracuse connaissait l'existence d'Elizabeth Keen. Il fit rapidement le calcul dans sa tête. L'élection de Turner remontait à plus de dix ans. C'était l'époque où Lizzie vivait une période difficile et était en indélicatesse avec la loi. Il le savait par Sam, son père adoptif, car elle n'avait pas de casier judiciaire. Syracuse avait sans doute récupéré des informations sur elle quand le Sheriff Turner avait détourné ou falsifié des enquêtes.
« Le Faiseur de Rois… Vargas, parcourez-son dossier et voyez si Syracuse et lui ont pu être en contact à un moment ou à un autre. Je veux des noms. »
« Bien. Je m'en occupe. »
Vargas sortit et Dembé se rapprocha de Reddington.
« Ton ami Danny te fait savoir qu'ils sont bien arrivés à Londres. Ils y resteront quelques jours avant de rejoindre une propriété de Sinclair. Ils nous y accueilleront avec plaisir. »
« Parfait. Tu as les infos que je t'ai demandées ? »
Comme Dembé acquiesçait, il se leva et se tourna vers Diana qui s'affairait à remettre en état les lieux.
« Diana ? Vous pouvez venir, s'il-vous-plaît ? »
« Oui ? Qu'est-ce qu'il se passe ? »
Elle les rejoignit, curieuse.
« Dembé a des nouvelles de notre ami commun. »
« Vous êtes tous les deux en tête des priorités de De la Montès. » Commença Dembé d'une belle voix grave. « Il vous fait activement rechercher. Les récompenses pour vos captures sont élevées : 800 000 $ chacun. »
« C'est tout ! Mais c'est une misère ! Je suis vexé… J'aurai pensé que je valais bien plus que ça après tous les coups bas que je lui ai faits… Ça n'a pas dû être suffisant. Je mérite mieux. »
« Péché d'orgueil de votre part… » Dit Diana en s'amusant de la réaction de son employeur. « Ceci dit, Pablo a toujours été radin. C'est détestable cette attitude chez les riches… » Puis plus sérieusement, elle ajouta encore : « Cela veut dire qu'il veut nous retrouver. Raymond, je ne sous-estimerai pas ce sale type. »
« Je ne le sous-estime pas, rassurez-vous… Je vais même lui réserver un chien de ma chienne, comme on dit. L'idée de passer de proie à chasseur vous intéresse t'il, Chasseresse ? »
C'était la première fois qu'il utilisait son surnom dans le métier. Diana Martin eut un large sourire, heureuse de passer enfin à l'action.
« Plutôt deux fois qu'une. Comment on procède ? »
« Personnellement, j'ai toujours trouvé que la meilleure défense était encore l'attaque. J'ai un avantage sur lui, je sais où le trouver... Dembé, je vais avoir besoin des hommes de M. Kaplan. Préviens-les que nous allons passer à l'offensive dès que nous aurons réglé tous les détails du plan. Pablo veut nous voir ? Alors il va nous voir et il va le regretter. »
A suivre…
(Yo) Aux États-Unis, le shérif est un officier élu, responsable de la justice au niveau d'un comté. Chaque état se divise en comtés, lesquels comprennent un certain nombre de villes. Le shérif est en quelque sorte un ministre de la justice sur son territoire. Il est responsable des prisons du comté, des tribunaux civils, et des mesures à prendre pour faire appliquer les lois et règlements. Le bureau du shérif est également chargé d'assurer le service policier dans les villes qui ne possèdent pas de police municipale. Pour ce faire, il nomme des shérif-adjoints qui jouent le rôle de policier. Le shérif est élu tous les 4 ans en même temps que les juges et gouverneurs.
Alors ? Ça vous plaît ? Dans le prochain chapitre, je vais sortir les grosses cylindrées et ça va enfin bastonner ! Yeah !
Le Peachoid est tiré de l'épisode 3, saison 1, de cette autre magnifique série, House of Cards. J'adore détester Frank Underwood, très grand manipulateur devant l'éternel…
