*JKRowling*

Bienvenue, bon retour, et bonne lecture !

Ce chapitre se déroule : du lundi 1er juillet au dimanche 7 juillet

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PREMIERE PARTIE
Chapitre 1 – … Ou Le Début De La Fin ?

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La nuit était sans lune. Les ombres se glissèrent silencieuses à l'intérieur de la pièce, et s'alignèrent à genoux. Certaines tremblaient. Les autres regrettaient de ne pouvoir se prosterner davantage devant leur maître.

Lord Voldemort se leva et avança au milieu de ses serviteurs. Lentement, il marcha, et parcourut la salle, jusqu'à être passé près de chacun de ses fidèles asservis. Et puis il retourna s'asseoir, sur ce trône qu'il s'était érigé dans le grand salon de la demeure de Dolohov.

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Après avoir torturé et tué ce Mangemort qui l'avait trahi pour Dolores Ombrage, Voldemort avait décidé d'élire domicile entre les murs retrouvés inhabités. Il avait ordonné un certain réaménagement, afin que le lieu soit plus approprié à son statut, ses attentes, et les différentes utilités qu'il lui envisageait.

Ainsi, le salon était devenu une grande salle occupée uniquement par le trône que le mage noir avait fait lui-même. Forgé dans la pierre noire par des flammes obscures et maléfiques, il était à l'image de son créateur.

Le reste de ce niveau de la maison avait simplement été redécoré. La cuisine et salle à manger servaient peu désormais, mais quelques prisonniers asservis y travaillaient lorsque Voldemort souhaitait partager un repas avec ses Mangemorts.

Ces esclaves nettoyaient aussi la demeure, et régulièrement, devaient laver les sols du salon, trop rapidement couverts de sang. Ils ne pouvaient s'enfuir, et devaient obéir s'ils voulaient éviter de diriger contre eux la colère de leur maître.

Les chambres à l'étage n'avaient pas été changées, mais elles n'étaient habitées que par le mage noir. Une pièce avait été aménagée particulièrement pour Nagini, ce serpent femelle, immense et menaçant, et compagne de Voldemort.

Le sous-sol, qui avait été restreint et utilisé en réserve de mets et vins, avait été en revanche complètement modifié. Désormais s'alignaient des cellules de tailles et sécurité différentes, pour les divers usages que le mage noir avait imaginés. La cellule la plus proche de la porte et de l'escalier était celle des prisonniers qui travaillaient dans le reste de la demeure.

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Lord Voldemort regarda encore ses Mangemorts un long moment avant de commencer à parler.

- Mes fidèles serviteurs, je vous ai appelés ce soir pour faire un bilan des dernières opérations, et annoncer celles à venir, dit-il. Relevez-vous.

Les Mangemorts se redressèrent, mais gardèrent, pour la plupart, leur tête baissée. Quelques uns, plus confiants, plus proches du mage noir, se permirent de le regarder.

- Notre conquête du Royaume-Uni a bien avancé, continua Voldemort. Les villes et villages que nous avons attaqués sont détruits ou sous notre contrôle, et nous dominons déjà une grande partie du territoire. Les habitants nous obéissent, ou ont fui pour rejoindre nos adversaires.

Ils avaient attaqué, tué, et brûlé tant de lieux ces dernières semaines que les Moldus avaient commencé de comprendre que quelque chose se passait.

Le Premier Ministre Moldu avait été prévenu qu'un puissant mage noir cherchait à prendre le contrôle de la Grande-Bretagne, et il avait pris des mesures pour assurer la sécurité d'un maximum de gens. Ainsi, le message avait circulé qu'une bande de tueurs en série se déplaçaient dans le pays, et s'attaquait à tous avec des moyens destructeurs et avancés.

Des photos avaient été communiquées, de Voldemort et des Mangemorts à redouter le plus, et des règles très strictes avaient été appliquées pour que les habitants puissent se protéger le plus possible.

Voldemort trouvait l'agitation et les tentatives des Moldus d'autant plus amusantes pour lui. Il rappela les régions qui étaient encore à conquérir, et félicita quelques Mangemorts en particulier pour certaines excellentes opérations.

- Bien sûr, le contrôle du territoire ne sera rien si ne nous pouvons contrôler les lieux les plus forts et symboliques de nos adversaires, et si nous ne pouvons les vaincre, continua le mage noir. C'est pourquoi, tandis qu'une partie d'entre vous continuera ce que nous avons si bien commencé, les autres, vous reviendrez avec moi pour vous concentrer sur les objectifs suivants.

Ils avaient réussi à attaquer avec assez de puissance et de rapidité, et de stratégie, pour que leurs adversaires résistants ne puissent déjouer leurs opérations, ni les contrer. Si de plus, Voldemort relançait son offensive plus directement sur eux, il était certain que ses conquêtes resteraient acquises et qu'il n'aurait à s'en soucier.

- Tout d'abord, à propos du Chemin de Traverse, énonça-t-il. Malgré la capture, puis la disparition de Dolores Ombrage, son armée tient toujours la rue commerçante. Et elle est puissante et organisée, il s'agira d'être extrêmement prudent.

Les militaires de la sorcière avaient établi un contrôle et une surveillance sans faille, et qui allait être difficile à percer. Mais Voldemort voulait absolument récupérer ce lieu, cœur du commerce sorcier, centre du pouvoir économique. Entre les boutiques et Gringotts, la banque, il était vital de mettre la main sur la rue s'il voulait assurer sa victoire et sa domination sur le monde sorcier.

Il y avait encore des peuples et créatures à convaincre, s'il voulait agrandir son armée, et pour la plupart, la corruption, les promesses sonnantes, seraient plus efficaces que les menaces. Mais pour cela, il fallait des fonds, que Voldemort n'avait pas encore.

La richesse des Malefoy avait déjà été bien diminuée par cette guerre commencée depuis plus d'un an désormais. Et comme le mage noir ne parvenait à rallier les Nimwë, la source d'argent allait trop vite se tarir.

- Alecto et Amycus Carrow, vous prendrez la relève de Rodolphus Lestrange à la tête des opérations de conquête des terres. Rodolphus, tu as désormais la charge de la récupération du Chemin de Traverse. Tu choisiras avec qui tu veux travailler pour mettre en place cette opération, et tu me feras des comptes rendus réguliers de vos planifications.

Les Mangemorts concernés hochèrent la tête. Alecto et Amycus Carrow étaient frère et sœur très cruels et sans pitié, mais également intelligents et malins. Voldemort savait qu'ils continueraient les attaques sans le décevoir.

Rodolphus Lestrange faisait partie des Mangemorts les plus importants, et il avait déjà plusieurs fois démontré sa loyauté, et son habileté à mettre correctement en place des plans efficaces et qui fonctionnaient.

Son épouse, Bellatrix Lestrange, était l'une des seules femmes à faire partie des Mangemorts. Mais depuis la bataille du Département des Mystères, elle était plongée dans une inconscience dont personne n'avait pu la sortir, et que personne ne pouvait expliquer.

- Je laisse la question de Poudlard de côté pour le moment, continua Voldemort. Il s'agit d'un travail de l'intérieur qui est déjà en cours, et auquel il faut laisser du temps.

Il tourna les yeux vers Severus Rogue, à qui incombait cette mission-là.

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Le Mangemort devait convaincre l'actuelle directrice de l'école des sorciers, le professeur McGonagall, de faire de lui son successeur. Ainsi, si elle mourrait ou quittait son poste, le Mangemort prendrait sa place, et aurait alors accès aux défenses du château.

Voldemort ne voulait pas perdre un temps et une énergie qu'il ne pouvait pas encore se permettre de dépenser sur les protections particulièrement puissantes de Poudlard. Comme il y avait encore de nombreux points sur lesquels se concentrer, il préférait tenter une autre approche, et d'obtenir l'école autrement.

Il était tout aussi important d'établir son contrôle sur Poudlard que sur le Chemin de Traverse. Tout comme la rue commerçante était le cœur économique du monde sorcier, et comme le Ministère de la Magie, déjà sous sa domination, en était le cœur politique, l'école des sorciers était le cœur idéologique du monde que Voldemort voulait diriger.

S'il possédait Poudlard, le mage noir pourrait enfin contrôler l'éducation des jeunes sorciers, et manipuler leurs esprits pour faire d'eux des serviteurs loyaux et dévoués, qui ne penseraient pas à se rebeller contre lui.

Voldemort n'avait eu aucun problème avec le Ministère de la Magie. La plupart des chefs hiérarchiques étaient des Mangemorts ou gens voués à sa cause, et les employés étaient ou bien des personnes convaincues elles aussi, ou qui avaient préféré le devenir pour rester en vie et garder un travail et un revenu.

Le Ministre, Augustus Rookwood, était un serviteur que Voldemort appréciait particulièrement. Il était un ancien employé du Ministère, et plus particulièrement du Département des Mystères, qui renseignait le mage noir déjà lors de la première guerre, et qui lui était resté extrêmement fidèle. Le Mangemort faisait un excellent travail à la tête du monde sorcier.

Il contrôlait les Départements avec fermeté et intransigeance, contrôlait entièrement la presse, et diffusait un message qui incitait fortement les sorciers de Grande-Bretagne à ne pas tenter de se révolter, ou de rejoindre les résistants.

Il avait récemment formé un nouveau corps policier, puisque les Aurors avaient résisté et admis leur véritable allégeance.

Plusieurs d'entre eux avaient essayé de prétendre changer de camp et s'allier à Voldemort mais Rookwood avait été suffisamment méfiant et rigoureux pour ne laisser aucun traitre infiltrer sa nouvelle police.

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- Nous ne savons toujours pas où se trouve le quartier général de l'Ordre du Phénix, rappela Voldemort. Mais nous savons en revanche exactement où se trouve celui de l'Armée du Phénix !

Une expression d'extrême satisfaction se peignit sur son visage.

L'Ordre du Phénix était cette organisation qui s'était formée lors de la première montée du mage noir vingt-ans auparavant, et qui lui résistait et cherchait à le contrer.

Elle avait été fondée autour d'Albus Dumbledore, ce très grand sorcier, qui avait été l'ennemi de Voldemort pendant des années. Mais l'an passé, au mois d'avril, Voldemort avait réussi à faire tuer Dumbledore, et s'était enfin débarrassé de cet adversaire-là.

Le seul Mangemort infiltré dans l'Ordre était Severus Rogue, et il était lié par le Secret. Il ne pouvait absolument rien dévoiler sur la localisation ou les membres de l'Ordre, contrairement à une partie de leurs activités.

L'Armée du Phénix était une organisation similaire à l'Ordre, et qui en avait d'ailleurs intentionnellement imité la dénomination, mais composée uniquement de jeunes sorciers rassemblés autour d'Harry Potter, le deuxième grand ennemi de Voldemort.

Le jeune homme avait vaincu le mage noir sur un coup de chance et une intrigue de magie lorsqu'il était un bébé, et depuis qu'il devenait un sorcier, ne cessait de contrer Voldemort et de contrecarrer ses plans. Le mage noir n'attendait qu'une seule chose : l'avoir entre ses mains pour lui faire payer tous ses affronts.

- L'attaque du quartier général de l'Armée du Phénix est une opération en cours de planification depuis plusieurs mois, mais que nous allons bientôt pouvoir effectuer. Vous serez contactés sous peu et vous seront rapidement communiqués les détails.

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On frappa craintivement à la porte.

- Entre, Queudver, autorisa Voldemort.

Le petit homme misérable pénétra dans la pièce, et apporta au mage noir un courrier qui venait d'arriver. Il se prosterna devant Voldemort en tendant l'enveloppe au-dessus de sa tête. Le mage noir lui prit rapidement des mains, et Queudver recula en couinant, terrifié.

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Queudver avait été prisonnier des Aurors pendant plusieurs mois. Il avait été pris avant que Voldemort ne mette la main sur le Ministère et avait été longuement interrogé sur tout ce qu'il savait. Petit être apeuré, il n'avait pas fait attendre les Aurors très longtemps avant de tout dévoiler.

Mais lorsque le Ministère avait été attaqué par les Mangemorts, les Aurors avaient emmené Queudver ailleurs, pour qu'il ne soit pas reprit par Voldemort. Ils l'avaient gardé quelque part pendant quelques mois encore, mais leur surveillance s'était amoindrie. Et Queudver, habile à s'échapper, avait attendu patiemment que le moment vienne où il pourrait s'enfuir.

Et puis le jour où les Aurors qui le gardaient avaient rejoints leurs collègues et l'Ordre pour entrer au Département des Mystères pour libérer Dumbledore, qui y avait été fait prisonnier par Dolores Ombrage, alors en pleine ascension pour le pouvoir elle aussi, Queudver avait profité de l'occasion pour se changer en rat, se faufiler à l'extérieur, et disparaître.

Il se demandait encore pourquoi ce jour-là il était revenu vers Voldemort. Il aurait pu fuir, partir vivre tranquillement loin de tout. Mais il était revenu. Comme poussé par quelque chose, ses pas l'avaient menés jusqu'au mage noir, qui avait accueilli son retour avec des sentiments mitigés.

Désormais Queudver servait à nouveau le Seigneur des Ténèbres, dans la crainte chaque jour du lendemain.

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Voldemort ouvrit l'enveloppe et lut rapidement la lettre qu'elle contenait. Un éclair passa dans son regard rouge, un éclair sanglant et d'anticipation. Il la rangea, et tous comprirent, lorsqu'il resta silencieux, qu'il ne faudrait pas lui poser de questions.

- Pour ce qui est de Dolores Ombrage, nos recherches n'ont mené à rien, reprit le mage noir. Nous allons donc nous concentrer sur les autres opérations, et simplement surveiller, si elle décide de revenir.

Ombrage avait cherché à devenir un ennemi elle aussi dans cette guerre, en montant une armée militaire, et en alliant la magie et les armes à feu Moldues. Elle avait bafoué toutes les règles du monde sorcier, et avait essayé de s'imposer. Voldemort et Harry Potter s'étaient alors alliés temporairement pour se débarrasser d'elle.

Ils l'avaient emprisonnée dans un caveau, attendant de voir si elle pourrait avoir une autre utilité, mais elle avait réussi à s'échapper, à l'aide de ses hommes. Voldemort avait appris ce jour-là que le Mangemort Antonin Dolohov, qu'il croyait loyal, était en réalité un traître qui travaillait pour Ombrage.

Dolohov avait déclaré qu'Ombrage était descendante de Morgane, et Voldemort voulait bien croire qu'Ombrage en était persuadée et que c'était ainsi aussi qu'elle se donnait une certaine… légitimité. Mais le mage noir estimait que ce n'était que des idioties et que, de toute façon, cela ne changerait rien. Il avait torturé Dolohov pendant des semaines pour le punir, avant de le laisser mourir.

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- Bien, maintenant que ces points sont établis, je vous invite à vous joindre à moi pour un dîner tardif, offrit Voldemort.

Il se leva, et les Mangemorts s'inclinèrent devant lui. Il quitta la pièce.

Certains le suivirent, d'autres s'en allèrent en discutant à voix basse.

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Harry ouvrit les yeux. Il se redressa sur son lit et passa ses mains sur son visage, jusque dans ses cheveux désordonnés.

Lorsqu'il avait complété le Lien avec Drago et que le Lien des Amari avait débuté, son esprit était devenu beaucoup plus imperméable à Voldemort, et cela avait duré un temps appréciable. Mais sans comprendre exactement pourquoi, une vision s'était imposée, à la fin de l'année, une vision qu'il n'avait pu rejeter.

Et depuis, c'était comme si son esprit était ouvert à nouveau. Harry interprétait cela entre autre comme la conséquence de la Marque de Voldemort sur lui et sur plusieurs de ses amis, liés à lui. Comme si elle diminuait les défenses de son esprit.

Peu avant le départ de l'école, et les retours chez soi, Voldemort avait convoqué plusieurs jeunes sorciers auprès de lui, parmi ceux qu'il estimait non seulement fidèles, mais particulièrement prometteurs. Ils leur avaient imposé une Marque, différente de la Marque des Ténèbres que possédaient les Mangemorts.

Ils les avaient appelés les Marqués, pour les différencier, et leur avait partagé son désir d'une nouvelle génération de serviteurs, mages noirs nouveaux, et plus puissants, à ses côtés. Et parmi ces Marqués se trouvait Harry sous son autre visage, Drago qui jouait toujours son rôle, et trois de leurs amis, liés à Harry.

Harry rêvait sans cesse de Voldemort et de ses réunions, de ses pensées et plans futurs. C'était souvent flou, imprécis, et incomplet, mais c'était toujours douloureux. Pas de cette douleur fulgurante qui le prenait lorsque sa cicatrice se mettait à brûler en présence du mage noir, non. C'était plutôt une douleur sourde, constante, et désagréable.

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Harry se leva. Il faisait encore nuit mais il se sentait incapable de dormir encore. Ne voulant pas déranger Drago, il ne chercha pas à connecter leurs esprits. Mais il approcha tout de même le sien de celui de son amour, pour chercher un peu d'apaisement.

Hedwige entra par la fenêtre ouverte, et elle vint se blottir un peu contre Harry qui caressa ses plumes en lui souriant doucement.

Harry repensa à l'année écoulée. Il avait parfois du mal à réaliser tout ce qui s'y était produit, tout ce qu'il s'y était passé. Tout ce qu'il avait vécu. A quel point il avait changé.

Il repensa aux moments difficiles, aux moments douloureux. Il repensa aux moments de bonheur intense qu'il avait aussi traversé, avec Drago.

Drago, son amour, son compagnon. Drago Malefoy qu'il avait détesté pendant des années avant de se sentir attiré par lui. Drago Malefoy qu'il aimait maintenant plus que tout, plus que les mots ne pouvaient l'exprimer.

Il lui manquait. Ils avaient beaucoup trop pris l'habitude d'être constamment ensembles, sans jamais se séparer, sans jamais être loin l'un de l'autre. Et cela ne faisait que deux jours qu'ils étaient partis chacun de leur côté, Harry chez son oncle et sa tante, les Dursley, et Drago chez sa mère, Narcissa Malefoy. Cela ne faisait que deux jours mais déjà, Harry résistait à la furieuse envie de partir le retrouver.

Lorsqu'ils étaient tous deux éveillés, leurs esprits se mêlaient avec joie, et ils se parlaient, partageaient tout. Il fallait pallier au manque créé par leur séparation, par la distance entre eux.

Harry ressentait aussi vivement cette distance imposée avec les Amari. Les Amari lui étaient Liés depuis quelques temps désormais, et il avait pris l'habitude de les avoir aussi proches de lui et dans son esprit.

Tous étaient aussi repartis dans leurs familles, et la plupart, sans complètement fermer leurs esprits, restaient à l'écart de la sphère mentale par laquelle ils communiquaient. Et Harry sentait que ce qui, en lui, générait le Lien, demandait davantage, davantage de proximité et de partage.

Mais Harry gardait cette sensation bien cachée. Il était hors de question de faire que quiconque se sente obligé de se reconnecter avec les autres et avec lui, sous prétexte qu'il avait un peu plus de mal à le supporter.

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Les Amari étaient tous des jeunes sorciers, encore à Poudlard ou ayant tout juste quitté l'école à la fin de l'année.

Ils étaient 'ceux qui sont aimés', ils étaient ceux qui se battaient aux côtés d'Harry et pour lui. Ils avaient été Choisis par le Pouvoir d'Amour, et avaient eu, tous, un Choix véritable, lorsqu'Harry, suivant l'Attraction générée en lui par le Pouvoir d'Amour pour le guider, avait été dirigé vers eux.

Le monde était régi par deux puissances ancestrales, qui donnaient magie, essence, vie, à tout être et toute chose : Potestas Amoris, le Pouvoir d'Amour, et Magica Tenebrarum, la Magie des Ténèbres.

Harry était le Champion de la première, et Voldemort le Champion de la seconde. C'est-à-dire qu'ils avaient été investis de ces puissances, et qu'elles amplifiaient leur propre pouvoir, leur propre magie, en leur conférant certaines habiletés supplémentaires.

Harry, en tant que Champion du Pouvoir d'Amour, était le Dux et Princeps, le Guide et Prince. Ceux qui le suivaient étaient libres et volontaires, et se battaient pour des causes et valeurs justes et élevées. Ils étaient les Amari lorsqu'ils étaient liés à lui, et plus généralement l'Armée du Pouvoir d'Amour.

Mais si Harry était en accord avec cet idéal de liberté, il lui arrivait d'être plus autoritaire, et il possédait un pouvoir d'ordre. Lorsqu'il le souhaitait, parfois sous l'influence de trop fortes émotions, ou s'il le jugeait nécessaire, il pouvait alors imposer sa volonté à ceux auxquels il était lié.

Le Princeps avait un Imperator et Socius, un Général en Chef et Compagnon, pour être à ses côtés. Drago était cette personne là pour Harry. Il était son garde-fou lorsqu'Harry sombrait du côté des ténèbres, il était son soutien lorsqu'Harry doutait, il était là pour lui et pour lui rappeler qui il était lorsqu'Harry se perdait.

Drago avait lui aussi été investi d'une certaine capacité, par le Pouvoir d'Amour : une magie guérisseuse. Il pouvait soigner les blessures et apaiser les douleurs, en priorité de son Prince, d'Harry, mais aussi de quiconque pouvait en avoir besoin. Cela lui était plus facile encore, lorsqu'il était lié aussi à la personne qu'il aidait.

Voldemort, de son côté, était le Rex, le Roi, le Champion de la Magie des Ténèbres. Pour le servir fidèlement à ses côtés, il avait un Primus Servus, un Premier Serviteur. Ce n'était pas extrêmement clair ou marqué, et on ne savait exactement de qui il s'agissait.

Bellatrix Lestrange et sa dévotion à toute épreuve pouvait bien être cette personne, mais Voldemort pensait qu'il s'agissait plutôt de Severus Rogue, qui jouait son rôle dans le camp ennemi depuis des années.

Ensuite, venaient les Imprissi, 'ceux qui sont marqués'. Il s'agissait au départ des Mangemorts, et puis, depuis la fin de l'année, des Marqués avec eux. Ils étaient marqués dans la douleur, et quelle que soit leur degré de dévotion, dans la peur malgré tout. Et cette marque leur était imposée.

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Hedwige s'envola de l'épaule d'Harry et alla boire un peu d'eau dans la coupelle posée dans sa cage ouverte. La chouette avait toujours son apparence changée, son pelage blanc étant trop reconnaissable. Harry prit sa baguette, qu'il ne laissait plus jamais derrière lui, et sortit de sa chambre.

Il monta au grenier, ce grenier qu'il avait un peu rangé et organisé l'été passé, et dans lequel il avait retrouvé des affaires ayant appartenues à sa mère. Harry plongea à nouveau avec plaisir et nostalgie dans les cahiers d'école, les lettres, et petits objets, qui étaient ce qu'il restait de Lily Evans.

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Il ne redescendit que lorsqu'il vit le soleil se lever. Bientôt, sa tante Pétunia serait debout elle aussi, et elle se mettrait à appeler Harry d'une voix stridente et désagréable s'il n'était pas dans la cuisine en train de commencer de préparer le petit déjeuner.

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Le jour-même de son retour, à peine rentrés de la gare, son oncle Vernon et sa tante Pétunia lui avaient remis en tête et en main toutes les tâches qu'il avait à faire pendant l'été s'il voulait rester sous leur toit et garder sa chambre. Harry n'avait rien dit.

Drago s'était insurgé à distance, n'ayant jamais su que c'était ainsi qu'Harry vivait pendant les vacances, mais Harry l'avait rassuré. Ce n'était pas très important, pas pour lui. Au contraire, il appréciait la simplicité et la routine de sa vie chez les Dursley. Lorsqu'il était chez eux, il n'était personne.

Là où d'autres auraient cherché peut-être à se révolter contre un tel constat, Harry, avec tout ce qu'il était devenu, et toutes les responsabilités qu'il avait, accueillit la situation dans l'espoir de pouvoir sentir, ne serait-ce que quelques jours, une certaine tranquillité à laquelle il ne pouvait plus aspirer.

Drago avait compris, et n'avait pas insisté. De plus, ce n'allait être que pour une semaine. Une semaine, ce n'était rien. Quelques jours. Harry s'amusait déjà de l'expression de joie qu'il imaginait sur les visages des Dursley lorsqu'il leur annoncerait qu'il ne resterait pas plus longtemps.

La cuisine était encore déserte quand il entra. Il commença à préparer le petit déjeuner en appréciant de ne pas avoir à penser. Il n'avait pas même besoin de se concentrer, des années de répétitions des mêmes gestes lui avaient donné l'habitude dans les mains.

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Pétunia ne tarda pas à pénétrer dans la pièce. Harry tourna la tête vers la porte en l'entendant arriver, et lui adressa un léger sourire.

- Bonjour, tante Pétunia, la salua-t-il agréablement.

Elle resta interdite. Déjà la veille il l'avait salué de la sorte. Et depuis qu'il était arrivé, s'il restait toujours autant à l'écart que les autres années, autant parce qu'ils ne voulaient pas de sa compagnie, que parce qu'il ne voulait pas non plus de la leur, il était malgré tout beaucoup plus amical.

Elle ne sut comment réagir. Elle répondit par un simple hochement de tête et commença ses propres affaires, toujours troublée.

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Cela ne faisait que deux jours qu'il était rentré, mais Pétunia voyait en Harry une maturité nouvelle. Elle avait l'impression qu'il avait affronté et traversé des choses qu'elle ne pouvait imaginer, et qu'il était venu chez eux pour se reposer, avant de devoir repartir.

Elle ne se doutait pas qu'elle était en réalité très proche de la vérité. Mais elle le percevait, car même si elle avait toujours haï la magie et le monde des sorciers, et l'avait transféré sur Harry, il était tout de même le fils de sa sœur, son neveu. Et bien qu'elle croie que son instinct maternel ne soit tourné que sur son propre fils, son Dudley, inconsciemment, elle avait tout de même vu Harry grandir, depuis son plus jeune âge, et elle avait élevé.

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Lorsque Vernon entra, Harry le salua tout aussi agréablement qu'il avait salué Pétunia, et commença de servir les œufs, bacon, et toasts de son oncle et sa tante avec cette sorte de quiétude que Pétunia percevait chez lui depuis son retour.

Vernon, comme son épouse, ne sut comment réagir. Plus agressif, il rembarra Harry et se méfia immédiatement.

- Qu'est-ce que tu as ? aboya-t-il à Harry.

Harry eut un petit rire amusé, que même Vernon ne put prendre comme une moquerie tant il était léger.

- Je n'ai rien, je voulais juste te dire bonjour, répondit-il doucement.

Il termina de préparer l'assiette de Dudley, qui n'allait pas tarder à descendre. Vernon se pencha vers son épouse et chuchota :

- Pétunia, je crois que ça y est, il est devenu fou. On a toujours su qu'il le deviendrait pour de bon, mais on s'était juste trompés sur la sorte de fou. Il n'est finalement pas devenu un fou furieux, et c'est tant mieux, si tu veux mon avis ! estima-t-il.

Harry éclata de rire. Il l'avait parfaitement entendu, et il n'avait pas eu besoin de développer ses sens de loup pour cela. Vernon rougit, de gêne et d'agacement.

- Finis donc et va manger ailleurs, grogna-t-il à l'adresse d'Harry.

- D'accord, répondit Harry sans perdre la légèreté et la tranquillité qu'il montrait depuis son retour.

Et il prit une assiette avec lui en sortant de la cuisine. Vernon continua de grommeler un moment, et Pétunia resta silencieuse.

Lorsque leur fils, Dudley, entra à son tour, il avait une expression étrange.

- Euh… commença-t-il. Harry vient de me dire bonjour. Avec un sourire.

Vernon prit un air désespéré, ne comprenant pas ce qui pouvait bien se passer, et Pétunia dit simplement à son fils de ne pas faire attention.

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Harry décida de sortir dans le jardin derrière la maison et de manger dehors. Il faisait bon, et le soleil n'était pas encore trop chaud et haut dans le ciel.

Regardant la haie qui poussait sans ordre, puisque Vernon n'avait pas le temps de s'en occuper avec son travail, de plus en plus prenant puisqu'il grimpait les échelons de sa compagnie, Harry se dit que cela pourrait être une activité toute aussi reposante, et alla chercher ce qu'il fallait dans la cabane à outils.

Il taillait ainsi la haie depuis plus d'une heure, sifflotant un peu parfois, quand il sentit qu'on l'observait. Il se retourna sans s'inquiéter, ne sentant aucune menace alentours, et rit de nouveau lorsqu'il vit les trois Dursley, le nez collé à la fenêtre, en train de le regarder.

Ils se reculèrent brusquement en se voyant découverts, et Harry retourna à sa haie sans plus se préoccuper d'eux.

"Ils sont vraiment des imbéciles…" se fit alors entendre une voix immédiatement reconnue dans son esprit.

"Drago !" s'exclama Harry, heureux de le sentir à nouveau mentalement. "Bonjour, très cher", salua-t-il ensuite en exagérant un peu.

"Bonjour, cher et tendre" répondit Drago sur le même ton élevé.

Harry partagea son amour avec son compagnon, et Drago lui renvoya les mêmes sentiments. Ils sentaient à quel point ils manquaient à l'autre, et à quel point la distance était difficile à supporter. Alors que cela ne faisait que deux petites journées loin l'un de l'autre.

"Nous sommes pathétiques" déplora Drago.

Harry rit doucement.

"Je t'aime" murmurèrent-ils en même temps.

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Quelques jours passèrent ainsi, dans la même routine agréable et tranquille. Les Dursley continuèrent d'êtres surpris et Harry de s'en amuser.

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Drago, chez sa mère, prenait du temps avec elle, et ils parlaient beaucoup de la situation et des évènements. Narcissa Malefoy avait été demandée par le Seigneur des Ténèbres ces dernières semaines, mais avec le retour de Drago pour le début de l'été, elle avait insisté pour être chez elle avec son fils.

Narcissa avait aussi redemandé prudemment à Drago s'il avait parlé avec Darren Prince de la proposition que son époux et elle avait faite. Quelques mois plus tôt, Lucius et Narcissa Malefoy avaient très sérieusement parlé avec leur fils d'une possibilité de changer de camp.

Le couple estimait que rester aux côtés du Seigneur des Ténèbres n'était plus sûr pour eux, et qu'ils risqueraient moins à être faits prisonniers ou à être surveillés mais protégés par l'Ordre du Phénix. Ils doutaient de la victoire du mage noir face à Harry Potter, qui se montrait de plus en plus fort, et avec une armée de plus en plus puissante et organisée.

De plus, ils se disaient que si Darren Prince s'alliait à Potter, la défaite du Seigneur des Ténèbres serait assurée. Narcissa se souciait du bien être de son époux et de son fils, mais Lucius allait plus loin dans ses machinations.

Il espérait en effet, qu'une fois le mage noir vaincu, Darren Prince s'élèverait à sa place et prendrait à son tour le contrôle du monde sorcier. A la différence pour Lucius Malefoy que cette fois, sa sécurité et celle de sa famille seraient assurées, bien plus assurées, grâce à la relation de Drago et Darren.

Mais Lucius Malefoy était loin et prisonnier, et Narcissa Malefoy ne parla pas de tout cela à son fils. Elle ne fit que lui demander s'il avait réfléchi à la question et s'il en avait parlé à Darren Prince. Et Drago répondit qu'ils en parleraient quand Darren viendrait au manoir Malefoy.

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De leur côté, les Weasley vivaient leurs vacances comme la plupart des étés. Bien sûr, ils travaillaient à reconstruire leur demeure, mais Molly et Arthur, aidés de l'Ordre, avaient réussi à réaménager au moins le principal, pour accueillir leurs enfants à la fin de l'année scolaire.

Le Terrier, maison de la famille, avait été attaqué quelques semaines plus tôt par Voldemort, furieux d'avoir perdu Ombrage et d'avoir été trahi par Dolohov.

C'était à cette occasion qu'Harry s'était réellement retrouvé en présence de Lucius Malefoy pour la première fois depuis le début des Amari, et que l'Attraction s'était réveillée pour le Mangemort.

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Il n'avait pas été simple de comprendre pourquoi. En effet, Lucius Malefoy n'avait rien qui justifiait d'avoir été Choisi par le Pouvoir d'Amour, et de plus, il était un adulte, alors que tous les Amari étaient de plus jeunes sorciers, grâce à leur innocence essentielle. Harry avait analysé cette anomalie en l'expliquant peut-être par le fait que Lucius Malefoy était le père de Drago, et qu'il y avait eu un parallèle étrange.

Toujours était-il que, pour faire face à cette situation, Harry et Drago avaient enlevé Lucius Malefoy, et l'avaient emprisonné au quartier général de l'Armée du Phénix, sans lui laisser voir ou comprendre où il était et les identités des personnes autour de lui. Harry lui avait tout de même offert le Choix, mais le Mangemort avait refusé.

Il était depuis enfermé dans un sous-sol du QG de l'Armée du Phénix, l'ancienne demeure des parents d'Harry, que celui-ci avait reconstruite et réaménagée pour accueillir les Amari et faire face à cette situation de guerre.

Lucius Malefoy était gardé, jusqu'au retour d'Harry et des autres à la Maison (comme ils aimaient l'appeler), par Will Mac'Guin, le frère de Damian Mac'Guin qui avait aidé Harry à s'occuper de la demeure, et qui coordonnait la protection du quartier de Godric's Hollow où elle se trouvait.

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La famille Weasley était toute réunie. Charlie était revenu de Roumanie pour aider ses parents à restaurer leur maison, et Bill, qui travaillait à Gringotts, et habitait à Londres, était revenu pour les vacances, avec sa nouvelle petite amie.

Percy, lui, était de retour aussi. Il avait passé les premiers mois de l'année à être en froid avec ses parents parce qu'il s'accrochait à certaines valeurs du Ministère, mais depuis la prise de pouvoir par Voldemort, il avait fuis.

Ayant trop honte pour rentrer et faire face à ses parents, il s'était caché dans son petit appartement à Londres pendant des mois, avant de se reprendre en main. Il avait été accueilli avec pleurs et soulagements par son père et sa mère, et s'était platement excusé de son attitude et de ce qu'il leur avait infligé.

Fred et Georges avaient terminé leur année et leur scolarité, et avaient passé leurs ASPICS sans vraiment s'en soucier. Ils travaillaient désormais très sérieusement à leurs farces et attrapes.

Avec l'aide de l'argent qu'Harry leur avait donné à la fin du Tournoi des Trois Sorciers l'an passé et celui qu'il avait ajouté à la fin du Tournoi de Duel à la fin de cette année, ils étudiaient attentivement la possibilité d'ouvrir une boutique sur le Chemin de Traverse.

Le contrôle de la rue commerçante par les militaires d'Ombrage n'était pas un problème, au contraire. C'était comme s'ils ne lui étaient plus vraiment liés, et comme s'ils continuaient leur mission d'assurer sécurité et protection, contre tout et tout le monde, du lieu et de ses habitants et commerçants.

Le Chemin de Traverse était rapidement redevenu cette rue animée, pleine de monde, et sûre, que les gens connaissaient. Et Fred et Georges se voyaient très bien y tenir boutique de façon permanente.

Ron et Ginny se rapprochèrent en ce début de vacances. Ils se sentaient plus proches, en partie par le Lien, et puis par les épreuves déjà affrontées. Ils aidèrent leurs parents, jouèrent au Quidditch, et discutèrent, plus qu'ils n'avaient jamais vraiment parlé tous les deux.

Harry avait des nouvelles de ses amis assez souvent. Le Lien des Amari leur permettait de communiquer mentalement, et donc plus facilement. Même s'ils n'étaient pas toujours ouverts les uns aux autres, il leur arrivait fréquemment de partager une anecdote, un évènement, qui avait été amusant ou qu'ils avaient simplement envie de raconter à d'autres.

Hermione tint à envoyer des lettres malgré tout. Elle était partie pour trois semaines avec ses parents en Australie, et ne reviendrait que fin juillet. Elle retrouverait alors aussi Harry et Drago au Terrier, ainsi que quelques autres qui avaient été invités pour fêter l'anniversaire d'Harry le 31 juillet prochain.

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Au milieu de la semaine, un soir, peu avant l'heure du dîner, on frappa à la porte. Vernon grogna contre les gens qui se présentaient sans invitation, et Pétunia pinça les lèvres en se levant tout de même pour aller ouvrir. Dudley ne fit aucun signe qui lui permettait de signaler s'il avait eu connaissance de quoi que ce soit, et Harry s'empêcha de rire en le regardant continuer de s'empiffrer de gâteaux apéritifs devant la télévision.

- Oui ? entendit-il sa tante dire aux visiteurs.

- Nous sommes venus voir Harry, répondit un homme.

Harry sauta de sa chaise. Cette voix grave, avec un certain ton de mépris, et qui prononçait si particulièrement les fins de ses phrases… Il l'avait reconnu aussitôt.

- Papa ! s'exclama-t-il avec joie en se précipitant dans l'entrée.

Severus Rogue tourna les yeux, et ils se mirent à briller en se posant sur son fils avançant vers lui. Pétunia put alors voir l'expression de l'homme sombre s'éclairer immédiatement, et un sourire heureux se dessiner sur le dur visage. Elle resta stupéfaite devant la transformation, si bien qu'elle en oublia l'appellation qu'Harry venait d'employer.

Harry étreignit son père avec un véritable plaisir de le voir et Severus lui rendit son étreinte avec la même affection.

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Severus Rogue avait longtemps été détesté par Harry, et il le lui rendait bien. Tous deux ignoraient le lien familial qui existait entre eux, alors, et ils se provoquaient constamment.

L'été passé, Harry avait découvert dans une sorte de rêve habité par sa mère, que son véritable était Severus Rogue, et non pas James Potter comme il l'avait toujours cru. Comme tout le monde le croyait, d'ailleurs. Severus lui-même n'avait pas été au courant, pas plus que Sirius Black, qui avait été le véritable amant de James.

Voulant protéger Lily Evans, sa meilleure amie, et voulant l'aider à protéger celui qu'elle aimait, c'est-à-dire Severus, James avait proposé à Lily qu'ils se marient, pour éloigner les soupçons qui commençaient à peser sur Severus.

Mais suite à un malentendu, Severus et Sirius, chacun de leur côté, avaient tous les deux crus que James et Lily avaient fini par s'aimer véritablement, et que l'enfant de Lily était aussi celui de James. Et Voldemort avait tué le couple, pour essayer de tuer Harry, avant que des explications n'aient pu être données.

Voldemort cherchait à tuer Harry car il avait entendu une prophétie qui désignait un enfant comme celui qui pourrait le vaincre un jour. Alors voulant s'en prévenir, le mage noir avait cherché l'enfant en question, et avait tenté de le tuer avant qu'il ne devienne une menace.

Mais voyant son fils en danger, Lily Potter s'était interposée, s'était offerte en échange de la vie de son enfant. Voldemort l'avait tuée malgré tout. Cependant, une protection s'était alors déployée autour du bébé, alors âgé d'à peine plus d'un an, et lorsque Voldemort avait essayé de le tuer à son tour, le sort s'était retourné contre lui.

Il n'avait réussi à revenir à une vie plus véritable, et à un corps, que l'an passé, à la fin de l'année scolaire, utilisant le Tournoi des Trois Sorciers et un fidèle Mangemort pour attirer Harry et prendre son sang pour renaître.

Harry avait longuement discuté de la prophétie qui le désignait avec Dumbledore, peu de temps avant la mort du sorcier. Il savait que son père avait eu un rôle à jouer dans son dévoilement, mais il avait décidé qu'il s'en moquait. C'était un autre temps.

Aujourd'hui Severus était un véritable père pour Harry, et Harry ne voulait rien gâcher, ni perdre de temps en de vieux reproches ancrés dans un passé de toute manière impossible à changer. Et si Severus avait été un vrai Mangemort autrefois, il était désormais un double espion, travaillant pour l'Ordre du Phénix, et Harry savait aujourd'hui qu'il prenait des risques chaque fois qu'il prétendait devant Voldemort qu'il lui était fidèle.

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- Bonsoir Harry, salua alors l'autre visiteur.

- Bonsoir Kingsley ! accueillit Harry avec enthousiasme.

Kingsley Shacklebot était un membre de l'Ordre du Phénix. Il faisait aussi partie des supérieurs hiérarchiques au sein du corps des Aurors, et il était un homme droit. Harry l'appréciait beaucoup, surtout depuis que Kingsley avait cessé de considérer Harry et ses amis uniquement comme des enfants, mais désormais aussi comme des sorciers capables d'agir.

Harry réalisa soudain que l'homme avait entendu sa façon d'appeler Severus. Il devint un peu plus agité, mais Severus comprit tout de suite et le rassura.

- Ne t'inquiète pas, je lui ai tout dit, dévoila-t-il. Le reste des Aurors et de l'Ordre qui n'étaient pas au courant ne le sont pas plus aujourd'hui, j'ai uniquement parlé à Kingsley. Mais j'ai estimé que c'était préférable.

L'Auror sourit à Harry, qui se détendit.

- Entrez, invita alors Harry.

Le jeune homme se tourna vers sa tante, qui ne comprenait pas bien ce qu'il se passait.

- Allons au salon, proposa-t-il. Tante Pétunia, si Oncle Vernon et toi souhaitez rencontrer ces deux personnes, vous pouvez venir. Sinon, je m'excuse, mais je vais emprunter la pièce le temps que nous parlions.

Pétunia ouvrit la bouche.

- Oui, ne t'inquiète pas, on ne fera pas de magie, on n'attirera pas les voisins, et on ne fera rien exploser, ajouta Harry, d'un air légèrement moqueur, avant qu'elle n'ait le temps de parler.

Severus regarda son fils avec étonnement. Il pouvait voir à quel point Harry était calme et serein, et cela le surprenait beaucoup. Il ne s'en plaignait pas, au contraire, il était même heureux de le voir trouver un peu plus de tranquillité.

Harry guida les deux visiteurs dans une pièce adjacente à la cuisine, et comme son oncle et sa tante restaient près de la table à manger, sans chercher à s'approcher du salon, il ferma la double porte vitrée qui séparait les deux parties de la salle.

Kingsley s'assit dans un fauteuil, mais Severus resta debout un moment, à observer les lieux.

- Je reconnais bien là Pétunia Evans, murmura-t-il en ricanant un peu, les yeux sur les décorations.

Harry fronça les sourcils.

- Tu la connais ? demanda-t-il.

- J'ai rencontré ta mère avant Poudlard, mon père était Moldu, on habitait dans un même quartier non sorcier. Lorsque ma mère était en vie, je vivais avec elle au Manoir Prince. C'est là que j'ai connu aussi mes cousines, Bérénice et Andromaque, et cet imbécile de Lancelot.

Harry sourit, amusé de voir que son père détestait toujours autant son cousin. Lancelot était beaucoup plus jeune, et adorait taquiner Severus.

- Mais lorsque ma mère est morte, continua de raconter Severus, je suis allé habiter avec mon père. Je connaissais la magie, et le jour où j'ai vu cette petite fille en faire devant sa sœur…

Severus laissa échapper un soupir nostalgique.

- Mais Pétunia prit peur, et traita Lily de monstre. Alors je suis allé la voir et je lui ai parlé de ce que je connaissais. On est devenus amis comme ça, et ensuite on est allés à Poudlard ensembles. Et puis tu connais la suite.

Harry sourit à nouveau. Il aimait beaucoup savoir que ses parents avaient été aussi proches.

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- Harry, intervint alors Kingsley. Severus est venu avec moi pour te voir, mais il s'agit plutôt de ma visite que de la sienne, en réalité. Je suis venu aussi officiellement que je peux, étant donné l'état dans lequel se trouve notre gouvernement.

Harry s'assit et se fit très attentif, comprenant qu'ils allaient parler de choses sérieuses. Kingsley sortit alors différents documents.

- Je voudrais aborder tout d'abord la question du testament de Sirius Black, aborda l'Auror.

Harry hocha lentement la tête. Il s'était fait à l'idée que son parrain était mort, mais la réalité de son absence était toujours aussi douloureuse.

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Sirius Black avait passé des années enfermé à Azkaban alors qu'il était innocent, accusé à tort d'avoir trahi James et Lily Potter et d'avoir tué des Moldus. Il s'était évadé, avait retrouvé Peter Pettigrow, le véritable traitre, et avait expliqué à Harry la vérité, tout en lui dévoilant qu'il était son parrain.

Il n'y avait pas eu assez de temps ensuite, pour Harry et Sirius, pas assez de temps à passer ensembles et à discuter. Et Harry chérissait chaque moment, maintenant qu'il n'y en aurait plus. Sirius avait été la première figure paternelle qu'Harry avait eue, et il avait été son premier véritable lien avec Lily et James qu'il croyait être son père à l'époque.

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- Le testament est resté au Ministère pendant un long moment, continua Kingsley, mais nous avons fini par le récupérer, tout comme un bon nombre de papiers de ce type. Sirius Black te lègue la maison des Black, au 12 Square Grimmaud, et tout ce qu'elle contient. C'est-à-dire meubles, tapisseries, tableaux… et Kreattur.

Harry regarda Kingsley avec surprise. Il ne s'attendait pas à recevoir une maison, et pas plus un elfe de maison !

- Depuis le décès de Sirius Black, enchaîna Kingsley, la demeure a continué d'être utilisée par l'Ordre du Phénix, mais tu es en droit de nous demander de la quitter.

- Non, continuez de l'utiliser ! réagit Harry. Au contraire.

- Bien, merci, répondit Kingsley. Cependant, depuis le décès de Dumbledore, l'endroit n'est plus aussi sûr qu'avant. Il était le Gardien du Secret de l'Ordre et du lieu, et sa mort a réparti la protection entre nous tous.

- Comment pouvez-vous y remédier ? demanda Harry, soucieux.

- J'ai apporté quelques papiers à signer, qui attesteront de ta lecture du testament de Sirius Black, et qui feront de toi officiellement le nouveau propriétaire du 12 Square Grimmaud. A l'instant où tu les signeras, toutes les protections de la maison ne seront plus que sous ton autorité.

Harry fronça les sourcils. Il n'était pas certain de vouloir porter cette responsabilité supplémentaire. De plus, cela signifiait-il que le Square Grimmaud allait soudainement apparaître en pleine rue ?

Kingsley sembla deviner son souci.

- Ne t'inquiète pas, nous avons une solution à te proposer : accepterais-tu de désigner un nouveau Gardien du Secret ? Cela doit passer par toi. Rassure-toi, le temps que le Fidelitas soit fait, la maison gardera ses premières protections : elle restera invisible et défendue par divers enchantements. Ce n'est pas la maison qui sera vulnérable lorsque tu signeras, mais simplement l'information qui désigne le Square Grimmaud comme le quartier général de l'Ordre.

Harry écarquilla les yeux. C'était pire !

- Attendez, et si quelqu'un savait que vous étiez ici, et attendait juste l'ouverture nécessaire pour…

- Rassure-toi, répéta Kingsley en souriant. Nous avons pris toutes les précautions nécessaires. De plus, nous avons décidé que je serai le nouveau Gardien du Secret du lieu, qu'Arthur serait celui des informations sur les membres de l'Ordre, et que Maugrey serait celui des informations sur nos opérations. Nous ferons l'enchantement très rapidement, et tout ira bien.

Harry ne semblait pas convaincu, mais il faisait confiance à Kingsley. Il hocha la tête. Il trouvait aussi que c'était une bonne idée de diviser les Gardiens du Secret de la sorte : ainsi, si l'un avait des problèmes ou était tué, toutes les informations n'étaient pas mises en danger.

- Bien, reprit l'Auror. Tu vas signer ici, et là, et nous ferons le sortilège immédiatement ensuite.

Harry signa donc, et sentit que quelque chose passait en lui lorsqu'il termina sur le dernier parchemin. Kingsley lui sourit, et lui rappela comment nommer un Gardien du Secret.

Harry sortit sa baguette et se concentra sur l'information à transmettre. Il fit également très attention à ce que son esprit soit fermé aux autres. Il ne savait pas si c'était important, mais il préférait ne pas prendre de risques.

"Le 12 Square Grimmaud, maison de la famille Black, est le quartier général de l'Ordre du Phénix. Le 12 Square Grimmaud, maison de la famille Black, est le quartier général de l'Ordre du Phénix," se répéta-t-il mentalement en pointant sa baguette sur Kingsley.

L'Auror fut bientôt enveloppé d'une aura bleuté. Lorsque la lumière entourant Kingsley s'éteignit, Harry baissa sa baguette.

- Merci Harry. Je te conseille de parler à Kreattur assez rapidement. Ce vieil elfe n'est pas sorti de la maison, et est assez fou pour ne pas avoir compris ses possibilités, mais depuis les morts de Sirius et de Dumbledore, il aurait pu dévoiler un bon nombre de choses s'il en avait eu conscience. Tu ferais mieux de lui rappeler quelques règles au plus vite.

Harry hocha la tête et remercia l'Auror. Il nota de s'en occuper le soir même, et rouvrit un peu son esprit.

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Kingsley sortit alors de nouveaux papiers.

- J'ai maintenant un autre sujet à aborder avec toi, enchaîna l'homme.

Harry le regarda avec curiosité.

- Il s'agit de tes examens de fin d'année, continua Kingsley. Comme tu étais sous une autre identité, il faut que nous réglions quelques détails administratifs.

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En effet, lorsqu'Harry avait découvert qu'il était le fils de Severus et non de James, il avait aussi découvert que l'apparence qu'il se connaissait et qui était apparentée aux Potter était donc un déguisement, pour que sa véritable identité ne soit pas reconnue.

Sa mère lui avait légué un pendentif, que Dumbledore avait ensuite changé en anneau, qui lui permettait de retrouver son apparence première, sous laquelle il ressemblait plus à la famille de son vrai père.

Au cours du début de l'année scolaire, Harry avait conçu un plan avec Dumbledore pour faire croire à Voldemort qu'il agissait hors de Poudlard, alors qu'il y était caché sous une nouvelle identité. Il avait pris sa véritable apparence, et était devenu Darren Prince, prétendu neveu lointain de Severus Rogue, et il avait terminé l'année ainsi.

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Severus intervint alors pour demander à Harry s'il pouvait se permettre d'aller parler aux Dursley, qui n'avaient pas bougé de la cuisine depuis le début de la conversation, et qui regardaient Kingsley et lui comme s'ils étaient des extraterrestres venus faire exploser leur maison. Harry acquiesça en riant de les voir à la fois aussi apeurés et méfiants lorsqu'ils virent Severus s'approcher d'eux.

Kingsley reprit.

- Il faudrait que tu signes ce parchemin, qui indique qu'Harry Potter et Darren Prince sont la même personne, et que les résultats d'examens de l'élève Darren Prince doivent être associés au dossier Harry Potter.

- J'imagine que vous y avez pensé, mais ce parchemin…

- Oui, ne t'inquiète pas, ce parchemin restera extrêmement protégé, rassura l'Auror. Je m'occupe personnellement de ton cas d'un point de vue administratif, et je ne te laisserai courir aucun risque.

Harry sourit. Il lui faisait confiance.

- Cet autre parchemin devra être signé aussi. Il est associé au premier, et va nous permettre d'effectuer des modifications éventuelles à tes examens. Si tu as, à un quelconque moment, été obligé de répondre faussement à une question, ou de ne pas effectuer correctement un exercice, je voudrais que tu l'écrives ici. Bien sûr, tu dois t'engager à dire la vérité et ne pas utiliser ce moyen pour tricher.

Kingsley sourit en disant ces derniers mots. Il n'avait aucun doute qu'Harry serait honnête. Harry, lui, était ravi : il allait pouvoir prouver qu'il savait faire un Patronus !

A l'examen, il avait volontairement raté son sort. C'était un fait connu qu'Harry Potter pouvait réussir un Patronus, et que celui-ci avait la forme d'un cerf. Si Harry, sous son identité de Darren Prince, avait produit un cerf argenté, il aurait attiré trop de soupçons sur lui. Mais cela l'avait véritablement peiné de ne pouvoir montrer qu'il savait effectuer ce sortilège, auquel il était un peu attaché.

Il expliqua donc cela à Kingsley, et l'écrivit en même temps sur le second parchemin. Kingsley lui demanda ensuite de lui prouver ce qu'il avançait, et Harry reprit sa baguette avec plaisir.

Harry avait effectué assez de sortilèges hors de Poudlard pendant l'année pour que cela n'ait plus aucune importance s'il en faisait aussi pendant l'été. Et puis, le Ministère de Voldemort ne s'intéressait pas à cela. La règle qui interdisait aux élèves de l'école de pratiquer la magie en dehors du château n'avait plus aucune valeur, et n'était absolument plus surveillée par le Ministère.

Un cerf argenté resplendissant sortit de sa baguette et fit quelques pas dans la pièce. Kingsley émit un sifflement d'admiration, avant de noter son observation sur le parchemin concerné.

- Bravo, Harry ! salua-t-il. J'avais entendu parler de ton Patronus mais c'est plus impressionnant encore de te voir l'effectuer alors que tu es jeune. Tous les Aurors n'en sont pas capables, tu sais.

- Merci, répondit Harry, un peu gêné.

Il n'avait jamais aimé ce type d'attention ou de compliments.

- J'ai commencé de l'apprendre à l'Armée du Phénix, enchaîna-t-il pour détourner un peu. Ils seront bientôt capables, eux aussi, de le faire, j'en suis sûr.

Kingsley sourit.

- Et ce ne sera pas plus mal ! commenta-t-il.

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L'Auror se leva.

- Merci beaucoup Harry. Les résultats des BUSES arriveront par courrier fin juillet. Je te souhaite une bonne fin de journée, une bonne fin de semaine, et de bonnes vacances.

- Vous de même, salua Harry en retour.

- Severus ? appela Kingsley en ouvrant la double porte. Je m'en vais, à bientôt ! Et tu devrais cesser d'effrayer ces pauvres Moldus, ils ont l'air sur le point de s'évanouir.

Et il se mit à rire en quittant la maison.

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Harry fut pris d'un fou rire devant le spectacle qu'il avait sous les yeux. Dudley essayait de se cacher derrière un fauteuil, mais il était si large qu'il en dépassait de tous les côtés. Vernon tenait une poêle devant lui, non comme arme, mais comme bouclier. Et derrière lui Pétunia poussait des cris aigus en s'agrippant à ses épaules.

Severus Rogue, devant eux, se dressait avec son grand manteau noir et son regard le plus sombre et supérieur. Une aura ténébreuse se dégageait de lui.

- Papa, arrête, finit par dire Harry entre deux rires.

Mais Severus se retourna brusquement, tout aussi sombre. Harry cessa de rire, comprenant que son père était véritablement énervé.

- Ces méprisables Moldus ne savent donc rien de toi ? dit Severus entre ses dents.

Il était dans une colère glacée.

En entrant dans la pièce, il avait comme première intention de simplement se présenter, se rappeler à la mémoire de Pétunia, et expliquer rapidement son lien avec Harry. Les Dursley étaient la famille de son fils, et Pétunia la sœur de la femme qu'il avait toujours aimée. Il voulait les rencontrer.

Et puis, saisi d'un doute en les voyant réagir, il alla lire leurs esprits. Il découvrit la façon dont ils avaient considéré et traité Harry toutes ses années. Il comprit qu'alors qu'il avait cru qu'Harry avait bien grandi, entouré d'attentions dues à son statut de Survivant, en réalité, Harry n'avait pas eu une enfance heureuse.

Et Severus réalisa que s'il n'avait pas fait l'erreur terrible de douter de Lily, son plus grand amour, son seul amour, la femme qu'il n'avait pas réussi à sauver, s'il n'avait pas fui, il aurait pu donner à Harry une vie meilleure. Et lorsqu'il comprit que cette enfance qu'Harry avait eue était aussi sa faute, Severus se sentit pris d'une rage insupportable. Tournée contre les Dursley, et contre lui.

- C'est bon, tu sais, papa, le rassura Harry avec légèreté. Il n'y a pas de problème. Et puis, je préfère que ce soit ainsi.

Severus se détourna, et les Dursley eurent l'impression de pouvoir respirer à nouveau. Harry sourit à son père.

- Tu veux rester dîner ? invita-t-il.

Cela fit réagir Pétunia. Elle s'avança et ouvrit la bouche pour protester.

- Non, c'est bon, je ne préfère pas, répondit Severus d'une voix toujours sourde. Quand est-ce que tu t'en vas d'ici ?

- Vendredi soir, Drago vient me chercher.

Severus eut alors un rictus.

- J'aimerais être là pour voir ça, mais je serai absent.

- Tu pars quelque part ? demanda Harry.

- Le Seigneur des Ténèbres m'envoie parler à des sorciers renégats, anciens prisonniers, pour les convaincre de le rejoindre, répondit Severus.

Harry ne fit aucun commentaire, et hocha simplement la tête.

- Sois prudent, lui dit-il simplement.

- Je viendrai te voir chez les Malefoy quand je serai rentré.

Ils s'étreignirent, et Severus s'en alla sans plus tarder. Harry le regarda partir en souriant doucement. Il avait été heureux de le voir. Dans son esprit, Drago ajouta simplement, à la quiétude que ressentait son compagnon, une pensée aimante.

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Harry prépara le dîner et mit la table pendant que les Dursley reprenaient leurs esprits. Le repas fut extrêmement silencieux, et l'atmosphère resta très lourde lorsque la famille s'installa ensuite devant la télévision pendant qu'Harry rangeait.

Mais lorsqu'il commença de quitter la pièce, Pétunia soudain se leva, et réagit.

- Non, reviens ici ! appela-t-elle sèchement.

Harry, surpris, fit ce qu'elle demandait. Il s'assit donc en face des Dursley, et Pétunia éteignit la télévision.

- Cela suffit, tu nous dois des explications, exigea-t-elle.

- Très bien, répondit Harry, toujours aussi calme.

Et il raconta.

Il raconta toute l'histoire. Il raconta ses parents, il raconta Voldemort, il raconta ses aventures et les épreuves qu'il avait traversé. Il raconta ses amis. Il raconta Drago. Il raconta le Rituel, les héritiers, les Amari. Il raconta qui il était, qui il avait été et il raconta qui il était devenu.

Il se moqua de savoir s'ils avaient vraiment eu envie de tout connaître, car il voulait qu'ils le connaissent lui. Ils étaient sa famille, et qu'ils l'acceptent et l'apprécient ou non, il voulait qu'ils sachent qui il était.

Et ils écoutèrent. Ils écoutèrent tout, tout le récit, toutes les épreuves, tout ce qui avait été fait et ce qui était encore à accomplir. Ils écoutèrent Harry leur parler de lui, et découvrirent, enfin, qui était celui qu'ils avaient accueilli, nourri, logé, depuis qu'il avait été déposé devant leur porte.

Lorsqu'il s'arrêta de parler, Harry laissa quelques instants de silence, et puis il s'en alla. Il fallait les laisser seuls, les laisser entre eux. Il fallait les laisser réfléchir sur tout ce qu'il venait de leur apprendre.

Il monta dans sa chambre, et comme il était tard, il souhaita une bonne nuit à Drago, qui l'avait aussi écouté, et s'endormit. Drago laissa leurs esprits se lier en rêves, et là où il était, s'endormit à son tour.

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Les quelques jours suivants furent étranges. Dudley se plongeait dans ses jeux-vidéos et la télévision mais Harry le voyait l'observer parfois, et quelques fois, il le surprenait en train de réfléchir.

Vernon, lui, avait choisi d'ignorer complètement tout ce qu'il avait entendu, et se concentra uniquement sur son travail, en évitant Harry le plus possible. Harry avait l'impression qu'il avait désormais peur de lui.

Pétunia, quant à elle, semblait chercher à comprendre, à bien réaliser tout ce qu'Harry avait raconté. Plusieurs fois, Harry la vit commencer de vouloir lui parler, avant de se détourner.

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Le vendredi matin, il les prévint qu'il partirait dans la soirée, et qu'ils ne le reverraient pas avant l'année suivante. C'était la première fois qu'il restait aussi peu longtemps pendant l'été, mais ils ne s'en plaignirent pas.

Harry passa sa dernière journée chez eux à ranger ses affaires et s'imprégner encore de ce qui avait appartenu à sa mère. Et lorsque Drago lui signala qu'il quittait le manoir Malefoy pour venir le chercher, Harry fit partir Hedwige chez les Weasley, descendit ses bagages dans l'entrée, et alla au salon une dernière fois.

Les Dursley étaient encore devant la télévision, comme tous les soirs. Vernon monta le son en voyant Harry entrer, ce qui fit sourire le jeune homme. Dudley sembla hésiter entre l'attitude de son père et sa propre envie de parler à Harry. Pétunia fut la seule à vraiment regarder le jeune homme.

- A l'an prochain, leur dit-il, tout aussi calmement qu'il l'avait été depuis son arrivée. Prenez soin de vous.

Il se détourna et alla dans l'entrée. Dudley apparut alors, et se mit à marmonner, un peu embarrassé et maladroit. Harry le regarda. Dudley finalement, se redressa.

Et tendit la main. Harry lui adressa un sourire sincère, et tendit la sienne. Ils se serrèrent la main en se reconnaissant l'un l'autre pour la première fois depuis leur enfance.

Pétunia apparut derrière son fils, et s'approcha d'Harry à son tour. Elle ne s'avança pas plus près, ni tendit la main, ni n'esquissa un geste. Mais elle murmura doucement :

- Fais attention à toi.

Et Harry sut qu'elle le pensait.

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Drago transplana à cet instant devant la maison. Harry ressentit immédiatement le besoin irrépressible de se précipiter vers lui. Il adressa un dernier signe de tête à sa tante et à son cousin, attrapa ses affaires, et sortit.

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Il lâcha tout pour recevoir Drago qui n'attendit pas une seconde de plus pour l'étreindre. Ils s'enlacèrent, s'embrassèrent précipitamment.

Jamais ils ne s'étaient retrouvés séparés aussi longtemps depuis qu'ils s'aimaient aussi fort. Plus jamais ils ne voulaient cette distance imposée.

"Je ne supportais plus ton absence le soir, le jour, quand je dormais, quand je regardais autour de moi, quand je me réveillais le matin, quand je pensais à toi et que tu n'étais pas là…"

Drago se serra plus encore contre son amour, remué par ses paroles.

"Je n'en pouvais plus" continuait Harry. "C'était insupportable."

Ils ne se lâchèrent pas, ne se séparèrent pas un seul instant. Enlacés, ils s'embrassèrent jusqu'à ne plus respirer. Enlacés, leurs esprits se mêlèrent jusqu'à les faire suffoquer.

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Ils ne se détachèrent que pour attraper les affaires d'Harry et disparaître dans un craquement sonore. Arrivés devant le Manoir Malefoy, Harry eut la présence d'esprit de changer son apparence avant d'entrer, et remit à son doigt l'anneau qui lui redonnait son autre identité, Darren Prince.

Drago regarda son visage se transformer avec une expression mitigée.

- Quand tout sera terminé, on te trouvera un juste milieu, murmura-t-il. Que tu sois entièrement toi.

Harry sourit et l'embrassa.

Ils allèrent jusqu'à la porte d'entrée et Drago l'ouvrit en entraînant Harry avec lui. Harry fut à nouveau ébloui par la majesté des lieux, qui le fascinaient à chaque fois qu'il y mettait les pieds. Et puis il avait l'impression que la demeure avait repris des couleurs et de la vie depuis que Voldemort l'avait quittée pour celle de Dolohov.

- Darren ! se fit entendre une voix féminine. Bienvenue.

Harry se retourna, et sourit amicalement à Narcissa Malefoy, la mère de son compagnon. Narcissa l'enlaça maternellement mais avec élégance.

- Bonjour madame, la salua-t-il. Je compte que vous vous portiez bien.

- Merci, répondit-elle. Je te laisse monter tes affaires et t'installer, mais descendez rapidement, le dîner est bientôt prêt.

Les deux garçons hochèrent la tête. Ils n'attendirent pas une seconde de plus, et attrapèrent les bagages d'Harry. Ils arrivèrent à la chambre de Drago plus rapidement qu'il ne l'avait jamais atteinte.

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Les sacs furent jetés à terre. La porte fut claquée.

Harry souleva Drago et ils s'enlacèrent contre le mur, leurs lèvres à nouveau embrassées.

Ils ne restèrent pas longtemps debout. Très vite, ils étaient sur le lit. Leurs vêtements ne furent pas conservés.

Leurs corps nus se retrouvèrent et crièrent de plaisir. Leurs mains tracèrent les chemins connus sur la peau de l'autre. Les sensations cherchèrent à exploser, déjà.

Ils les continrent. Ils les continrent pour mieux les partager.

Ils se mêlèrent l'un à l'autre. Les esprits dansèrent tandis qu'ils fusionnaient. Enfin.

Ils s'enlacèrent comme s'ils pouvaient fondre leurs corps et leurs êtres. Pour ne jamais plus être séparés. Ne jamais plus être loin l'un de l'autre.

Leurs lèvres, leurs mains, leurs visages, leurs corps, leurs esprits, tout n'était plus qu'un, que plaisir, que désir, que sensations, que plaisir encore.

"Je t'aime !"

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Le dîner fut très agréable. Narcissa engagea différents sujets de conversation légers qu'Harry et Drago prirent plaisir à suivre, et le repas était délicieux. Des elfes de maison et serviteurs s'occupèrent de débarrasser et Harry se surprit à apprécier de ne pas avoir à le faire. Drago se moqua gentiment de lui.

Narcissa les laissa tranquilles pour la soirée, et ils n'insistèrent pas longtemps avant de remonter. Ils fermèrent bien leurs esprits aux autres pour ne déranger ni n'embarrasser personne, et mêlèrent les leurs toute la nuit.

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Quand le matin les trouva, ils étaient nus et enlacés dans le lit de Drago, les affaires d'Harry toujours à côté de la porte, et leurs vêtements éparpillés dans la pièce. Ils s'éveillèrent en même temps, et se saluèrent tendrement.

- Il faudrait arranger un peu la pièce, au cas où ta mère décide d'y entrer… murmura Harry en regardant autour de lui.

Drago eut un petit rire. Ils restèrent encore un moment enlacés, et puis se décidèrent à se lever. Ils ressentirent un plaisir simple à ranger ensembles les affaires d'Harry dans la chambre voisine, et à descendre prendre un petit déjeuner très tranquille.

Ils ne virent pas Narcissa de la matinée. Drago estima qu'elle avait des affaires à régler, ou alors, et son visage se fit alors plus sombre, que Voldemort lui avait confié quelque chose à faire.

Il fut heureux de la voir rentrer peu avant l'heure du déjeuner, et discuta de banalités avec elle sur la terrasse pendant un moment.

Harry les observa alors de loin. Il voyait dans les yeux de Narcissa ce regard sincère et aimant, d'une mère qui serait prête à tout pour son fils. Il pouvait ressentir chez Drago une sorte de désespoir triste de ne pouvoir être vrai, de ne pouvoir lui dire la vérité. Il ressentait sa peur pour elle, et plus encore maintenant que Voldemort lui demandait davantage.

Alors Harry fit un choix. Un choix risqué, mais qu'il tenait à faire. Il décida de faire confiance. Pour Drago.

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Drago et Harry passèrent l'après-midi à en discuter. Ils argumentèrent, dans les deux sens, l'un comme l'autre. Ils passèrent en revue tout ce à quoi ils pouvaient penser. Ils demandèrent l'avis des Amari, et les écoutèrent vraiment. Et puis ils se décidèrent.

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Le soir venu, Drago et Harry rejoignirent Narcissa dans le petit salon. Elle lisait, et fut surprise de les voir arriver avec des expressions aussi sérieuses.

- Que se passe-t-il ? demanda-t-elle doucement.

- Mère, nous allons te dire quelque chose. Quelque chose de très important, lui dit Drago d'une voix grave, et le regard intense.

Elle ne l'avait jamais vu ainsi. Elle ferma son livre, le posa sur la table basse, et accorda toute son attention à son fils et son compagnon.

- Mère, reprit Drago.

Harry et lui s'assirent dans le canapé proche de son fauteuil.

- Mère, s'il te plaît, ne panique pas, ne perds pas ton sang-froid.

Narcissa fronça les sourcils. Elle ne parvenait à imaginer ce que Drago avait à lui annoncer.

- Je veux te dire la vérité… sur beaucoup de choses. Je veux te dire la vérité parce que je tiens à toi et que je ne veux plus te mentir. Je n'ai jamais aimé ça, et je ne peux plus, continua Drago. Avec père, ce n'est pas pareil. Mais avec toi… Et après avoir passé ces jours aussi… ouverts, et honnêtes, je ne peux plus.

Narcissa avança la main pour prendre celle de son fils, et dérida le front pour plutôt sourire tendrement.

- Tu es mon fils et je t'aime quoi que tu aies à me dire, lui dit-elle.

Drago se sentit remué. Il avait eu besoin de l'entendre. Il ne s'en était pas rendu compte, mais il avait vraiment eu besoin d'entendre ces mots. Il inspira profondément. A côté de lui, Harry ne bougea pas encore.

- Mère, je suis désolé de te demander cela, mais je vais avoir besoin qu'on rende cette pièce beaucoup plus sûre, dit alors Drago avec une expression d'excuse, et que tu prêtes serment d'abord, de ne rien révéler de ce que je vais te dire. J'ai confiance en toi, et je crois sincèrement que tu ne me feras jamais ça, mais je dois être certain que V… le Seigneur des Ténèbres ne puisse le lire dans ton esprit.

Narcissa comprit la gravité de la situation. Elle hocha la tête. Tandis que Drago sortait sa baguette, elle regarda Darren. Elle plongea son regard dans le sien… et se rendit compte qu'elle allait apprendre quelque chose de primordial. De plus important que tout ce qu'elle pouvait imaginer.

La pièce fut sécurisée, et un enchantement fut fait sur Narcissa pour assurer son silence.

- Bien, alors, hum… se mit à hésiter Drago.

Harry posa sa main sur son bras. Drago le regarda nerveusement. Harry lui sourit. Narcissa sentit une vague d'émotion la surprendre tandis qu'elle comprenait l'amour qu'ils partageaient.

Drago inspira de nouveau. Quand il regarda de nouveau sa mère, elle eut l'impression de le découvrir. Calme, confiant, déterminé, une sorte d'aura de pouvoir et de contrôle s'émanait de lui.

- Mère, nous œuvrons en réalité contre Voldemort.

Narcissa sursauta.

- Et Darren Prince n'est pas celui que tu crois. Il est Harry, Harry Potter.

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Explication du titre [… Ou Le Début De La Fin ?] :

Ce titre est la suite du dernier chapitre du tome I, qui s'intitulait 'Est-ce la fin du début…'. Il s'agit d'une reprise du titre d'une des chansons d'Emilie Jolie. Nous sommes au début du deuxième tome, qui est le dernier, et au début de toute une série de chapitre qui mènera à la fin de l'histoire.

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Remarques sur le chapitre :

Bon retour sur cette fanfiction ! Je souhaite de tout cœur que vous aimerez et que ça vous plaira, jusqu'au bout !

J'ai essayé de faire des rappels tout en donnant déjà quelques actions. J'ai remarqué que nombreux auteurs font cela, et j'aime le principe. J'espère cependant que ça n'aura pas été trop énervant si vous aviez déjà bien l'histoire en tête !

J'ai un peu développé les intentions de Voldemort. Je trouvais cela intéressant de lui donner une véritable stratégie, politique et militaire. Il n'est pas simplement un méchant, violent et qui attaque sans réfléchir, enfin, pas à mon avis.

Je me suis un peu amusée, avec les Dursley. J'avais envie qu'ils comprennent qui était Harry, c'est pour cela que je l'ai fait raconter.

J'ai aussi passé tout le début à attendre avec impatience de pouvoir réunir Harry et Drago, ça me faisait trop de la peine de les séparer, haha !

Cela faisait un moment que je voulais que Narcissa Malefoy découvre la vérité. Elle aime son fils, et j'en ai vraiment fait un personnage maternel. Je trouvais cela important pour elle comme pour Drago d'ailleurs, qu'il n'y ait plus de secrets entre eux.

Bonne nouvelle à tous ceux qui attendent depuis longtemps : la découverte du vrai héritier de Serpentard arrivera sous peu !

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Questions de fin de chapitre :

Comment se déroulera la suite des vacances ? Y aura-t-il des incidents ? Quand Voldemort attaquera-t-il finalement Poudlard ? Tous ses plans pourront-ils se mettre en place ? Où est Ombrage et réapparaîtra-t-elle ?

Comment réagira Narcissa Malefoy à la révélation de la véritable identité de Darren Prince, censé être l'héritier de Serpentard et de Voldemort ?

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Remarques références :

*Harry Potter et la Coupe de Feu (Tome 4) : On voit une scène avec Voldemort au début du tome, et on se rend compte ensuite qu'Harry était en train de la rêver ; Harry donne l'argent du Tournoi des Trois Sorciers à Fred et Georges pour leurs farces et attrapes.

*Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé (Tome 6) : Dumbledore vient parler avec Harry du testament de Sirius, et Harry devient propriétaire légal du Square Grimmaud et de Kreattur ; Fred et Georges ouvrent leur boutique sur le Chemin de Traverse.

*Harry Potter et les Reliques de la Mort (Tome 7) : Harry parle sérieusement de la situation avec les Dursley, Pétunia semble comprendre réellement ce qu'il se passe, et Dudley a un geste amical envers Harry.

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Annonce du chapitre suivant :

Intitulé [Dernières Vacances], Harry et Drago vivront la suite de leurs vacances ensembles, retrouveront leurs amis, la fratrie Nimwë, mais devront aussi faire face à Voldemort. Et puis Drago devra accepter de passer plusieurs jours chez les Weasley…