Ils trouvèrent facilement un médecin au village mais le diagnostic fut très dur pour Yoshiki. Il allait devoir porter un plâtre pendant un mois ce qui revenait à dire qu'il fallait annuler la fin de la tournée. Furieux, Yoshiki ressortit du cabinet avec son plâtre en vociférant :

- Hors de question que j'annule la tournée ! Je vais me shooter aux anti-douleurs s'il le faut mais il est hors de question que je sois privé de musique jusqu'aux Calendes grecques !

En l'entendant parler comme ça, hide s'énerva d'un seul coup et l'attrapa par le bras :

- Ca suffit ! Tu te rends compte un peu de ce que ça impliquerait pour toi de perdre ta main ? Tu ne joueras plus jamais. PLUS JAMAIS mets-toi ça dans la tête et imagine un peu ! Et tu es prêt à risquer ça juste pour deux concerts supplémentaires sur cette putain de tournée alors qu'on peut très bien les reporter !! Mais bordel réfléchis deux secondes au lieu de comporter comme un gamin capricieux !

- Un quoi ? Qu'est-ce que t'as dit là ?!

hide croisa les bras en le regardant bien en face :

- Un gamin capricieux parfaitement ! Et maintenant, tu vas te montrer raisonnable pour une fois dans ta vie !

Ils se fusillèrent du regard pendant quelques secondes jusqu'à ce que Yoshiki finisse par sentir que hide n'avait que trop raison :

- Putain…je suis nul. J'ai tout gâché.

Comprenant que la colère était passée, hide reprit d'un ton plus doux :

- Non tu n'es pas nul et ce n'est pas si grave, il ne nous restait que deux concerts. Le plus important, c'est que tu fasses attention à toi maintenant.

- Que deux concerts ? L' important c'est pas la quantité mais tu te rends compte du nombre de fans qui attendaient ce jour avec impatience comme ils vont être déçus ?

- Je le sais bien... mais c'est pas perdu, on va déplacer les dates. On n'est pas des robots, on a le droit d'être malades ou blessés. Ne te fais pas trop de mauvais sang, on n'a jamais vu un groupe se faire haïr par ses fans parce qu'il n'a pas pu assurer un concert.

Mais comme Yoshiki n'avait pas l'air convaincu, hide s'approcha et prit son visage en coupe :

- Arrête...tel que je te connais, tu vas ruminer ça pendant des jours et des jours. De toute façon, j'y suis aussi pour quelque chose...

- Mais non, tu n'y es pour rien petit ange…répondit Yoshiki en lui caressant la joue.

Hide lui fit un sourire lumineux et l'embrassa sur le nez :

- Petit ange...comme c'est mignon ! Surtout pour moi qui suis plutôt un diable ! Je sais être tellement chiant quand je le veux.

Il se mordilla les lèvres avec un peu d'embarras :

- Au fait, désolé de ce que je t'ai dit.

Yoshiki considéra sa figure en forme de cœur avec des yeux remplis de tendresse puis il le serra contre lui et l'embrassa avec amour. hide passa ses bras autour de son cou et se délecta de la tempête de sensations que ce baiser levait en lui. Comme il l'aimait ! Si ça n'avait tenu qu'à lui, il aurait enlevé Yoshiki pour l'emporter très loin. En tapis volant s'il avait pu !

Pendant ce temps, Toshi, Pata et Heath commençaient à s'inquiéter au moment où Yoshiki et hide revinrent au bus. Quand il revit Yoshiki, Toshi n'accorda que peu de temps à la piqûre jalouse qu'il ressentit de le voir avec hide et se précipita vers son amant pour le serrer dans ses bras :

- Yoshiki, qu'est-ce qui est arrivé à ta main ?!

- Elle est bien amochée. Plus de batterie, ni de piano pendant un mois.

hide s'était effacé quand Toshi avait rejoint Yoshiki et ils racontaient aux deux autres, une version « édulcorée » de ce qui c'était passé.

- Tu t'es fait mordre par un chien ? voulut savoir Toshi.

- Non, mentit Yoshiki, je suis tombé.

- Tu as dû très mal te recevoir ! commenta Toshi en prenant délicatement sa main plâtrée.

- Bon, je vais appeler Michi (NDA : Le manager.) On va quand même pousser jusqu'à Kobe, ça vaudra mieux que ce patelin.

Il caressa les cheveux de Yoshiki :

- Tu vas y avoir droit finalement à ton repos forcé.

Personne ne fut vraiment ravi d'apprendre que la fin de la tournée allait être annulée. Le manager faillit avoir une syncope mais il finit par se résigner et annonça d'un ton grincheux qu'il allait se débrouiller pour annoncer ça aux fans et programmer d'autres concerts quand on saurait quand Yoshiki serait en état. Ce dernier, honteux, s'était réfugié dans sa chambre. Quand le bus redémarra, Toshi le rejoignit et le trouva assis sur le lit, la mine morose. Il s'agenouilla devant lui :

- Yoshiki, c'est pas grave.

- Mais je me sens tellement coupable…

- Ca ne t'était jamais arrivé en quatorze ans de carrière. Et pourtant, tu en as eu des blessures ! Alors on ne va t'en vouloir maintenant.

- Si tu le dis, concéda Yoshiki avec une grimace.

Toshi rit et ajouta d'un ton léger :

- Oui je le dis ! Et j'ai un petit truc qui te réconfortera peut-être un peu.

- C'est quoi ?

- Ferme les yeux d'abord !

Curieux, Yoshiki obéit et entendit Toshi fouiller dans un sac puis il sentit ses deux bras lui passer quelque chose autour du cou.

- Tu peux regarder maintenant.

Yoshiki baissa aussitôt les yeux et vit briller sur sa poitrine un superbe pendentif en cristal finement travaillé sur lequel il avait leurs initiales autour du signe de l'infini. Derrière, Toshi avait fait graver la date du début de leur histoire d'amour. Le pendentif était attaché à une chaîne en argent assez longue et le cristal étincelait de tous ses feux. Les larmes aux yeux, il le retourna entre ses doigts en s'attardant longuement sur la gravure.

- Toshi…c'est magnifique.

Le chanteur s'assit près de lui et le serra dans ses bras :

- Je savais qu'il te plairait.

Mais les larmes de Yoshiki n'étaient pas que des larmes de joie. Après un tel cadeau, la culpabilité vis-à-vis de Toshi devint insupportable.

- Toshi…il faut que je te parle de quelque chose de très sérieux…

Toshi se rembrunit car il avait une petite idée de ce que c'était.

- Tu sais, je suis heureux avec toi, poursuivit Yoshiki d'une voix tremblante. Mais il me manque quelque chose.

- Mais quoi ? Je ne te donne pas ce que tu veux ?

- Ce n'est pas ça. Tu es le meilleur des amants je t'aime mais…

Yoshiki retint et sanglot et lâcha faiblement :

- J'aime aussi hide.

Toshi eut l'impression que son cœur volait en éclats.

- Tu aimes hide ? répéta-t-il d'une voix blanche.

- Tu dois me détester...pardon...mais j'en ai marre de le cacher...je t'aime depuis des années... je rêve d'être avec toi depuis si longtemps... et hide est arrivé plus tard...je pensais que je n'avais aucune chance avec toi vu que tu allais te marier et je lai laissé rentrer dans mon coeur... je suis désolé je ne peux pas contrôler mes sentiments.

Toshi avait tellement mal qu'il comprenait à peine ce que disait Yoshiki. Il était totalement perdu. Comment Yoshiki pouvait-il lui dire qu'il en aimait un autre après tout ce qu'ils s'étaient échangés ? hide...ils avaient fait l'amour ensemble…Sa première crainte avait été la bonne finalement. Fou de douleur, la parole coupée, il se leva sur des jambes flageolantes et se précipita hors de la chambre. Yoshiki avait trop honte pour retenir Toshi. Il fut secoué de tremblements incontrôlables et se prit la tête de sa main valide :

- Toshi...

Le bus avait démarré depuis cinq minutes à peine et roulait encore au petit train sur une route de campagne toujours bordée par la forêt. Toshi, dans sa course, tomba sur hide qui fumait sur une banquette et le regarda comme s'il voyait un monstre.

- Toshi ?! Qu'est-ce qui se passe ?! s'écria le guitariste.

Il voulu venir vers lui mais Toshi le repoussa si brutalement que hide heurta violement la table. Une douleur lancinante l'empêcha de se concentrer sur Toshi qui obligea le chauffeur à s'arrêter, sauta hors du bus et disparut. Effaré, hide sentit tout de suite que Yoshiki n'était pas étranger à ce qu'il se passait. Il se rua dans la chambre :

- Yoshiki ! Toshi est parti !

Yoshiki, en larmes, se leva brusquement :

- Quoi ?!

- Il a sauté du bus ! Qu'est-ce qui s'est passé, il avait complètement fou !

- Je lui ai avoué que je t'aimais…

hide en resta la bouche ouverte de stupéfaction :

- Et merde... Je t'avais prévenu...je t'avais dit que…

Soudain, il empoigna Yoshiki par les épaules et le poussa hors de la chambre :

- Magne-toi ! Va le chercher ! Cours ! Sinon tu l'as perdu !

Yoshiki lui jeta un regard perdu puis se mit à courir. Il allait vite, plus vite que Toshi qu'il finit enfin par apercevoir au loin. Il hurla son nom.

Toshi l'entendit derrière lui et courut encore plus vite, des larmes de rage dans les yeux. D'une voix rendue méconnaissable par le chagrin et la colère, il cria :

- Fiche-le camp ! Ne m'approche pas !

- Pas question !!

Alors Toshi changea de tactique. Il pila net et se retourna vers Yoshiki, hors d'haleine :

- Pourquoi tu m'as fait ça...? POURQUOI m'avoir fait croire à tout ça ?!! J'étais bien là où j'étais moi même si j'étais aveugle ! Et toi tu es venu tout bouleverser, me faire entrevoir le Paradis et tout ça pourquoi!! Tu aurais mieux fait de rester avec hide !!! J'aurais épousé cette mégère de Kaori en croyant qu'elle était la femme de vie et je t'aurais joyeusement nommé parrain de mon premier enfant !! Et tout aurait été pour le mieux dans le meilleur des mondes!!! Au lieu de ça...

Il ne put achever sa phrase et s'effondra en pleurs. En face de lui, Yoshiki n'en menait pas large non plus. Il le prit dans ses bras :

- Je ne t'ai fait croire à rien ! Je t'aime Toshi ! C'est sincère et très profond. Je ne veux pas te perdre, je t'en supplie. Je suis tellement heureux près de toi.

Toshi, raide entre ses bras, répliqua :

- Y'a un je t'aime de trop chez toi. Tu peux pas me le dire à moi et le dire aussi à hide... Si t'étais heureux avec moi, tu n'irais pas voir ailleurs.

A la froideur de sa voix, Yoshiki se sentit partir en miettes. Il était convaincu de l'avoir définitivement perdu.

- Toshi...bon ok j'ai compris...je crois que j'ai trouvé le mieux que j'aie à faire...

Il se leva et reprit sa course dans la forêt.

Tout s'était passé si vite que Toshi était resté assis dans l'herbe, stupéfait. Mais les mots de Yoshiki l'avaient glacé jusqu'à la moelle. Il se releva et tenta de retrouver sa piste. Pendant ce temps, dans le bus, Heath et Pata s'énervaient en compagnie d'un hide mort d'angoisse :

- Mais c'est pas vrai ?! Que s'est-il passé encore ? Ca ne finira jamais vos histoires ? râla Pata qu'il était rare de voir en colère.

- Mais bordel, vous le faites exprès ou quoi ? renchérit Heath. Maintenant Toshi et Yoshiki ont foutus le camp !

Hide, le front contre la vitre et commençait à être à bout de nerfs :

- On n'en sortira jamais...Pourquoi il lui a dit putain !

Il s'affala sur la tablette, au bord des larmes.

- Ben écoute, c'est Yoshiki, il a pas pu se retenir mais pour foutre le bordel, c'est vraiment le roi ! s'écria le bassiste plus inquiet qu'il ne voulait le laisser paraître.

De son côté, Yoshiki avait fini par déboucher sur un précipice. Tant mieux, exactement ce qu'il lui fallait. Il était si profond qu'il faisait noir en bas et on n'en voyait pas la fin. Il entendit Toshi hurler son nom derrière et voulut se hâter. Mais au bord de la mort, il se sentit incapable de faire le grand saut :

Merde, pourquoi j'y arrive pas ?

Toshi crut qu'il allait avoir une crise cardiaque quand il vit Yoshiki au bord du ravin.

- Non, fais pas ça…

- Arrête...je peux plus me supporter...je vous fais tous souffrir à cause de mes conneries...

Les jambes flageolantes de Toshi cédèrent sous lui. Il n'osait même pas se rapprocher de Yoshiki de peur de précipiter sa chute.

- Ne fais pas ça, je t'en supplie…dit-il d'une voix désespérée.

- Je t'ai perdu...je peux pas m'y résoudre...pas maintenant que j'ai gouté a tes lèvres, à ton corps...pas maintenant que j'ai entendu ton coeur battre pour moi contre le mien...je peux plus toshi...je t'aime trop...plus que ma vie elle-même.

Des larmes se mirent à couler sur le visage de Toshi :

- Moi aussi... mais ne fais pas ça...

Dans un gros effort, il parvint à se remettre debout. Au lieu d'aller vers Yoshiki, il se dirigea droit au bord du ravin :

- Ne meurs pas. Parce que si tu sautes, je te jure que je saute aussi.

Yoshiki ouvrit de grands yeux incrédules :

- Non, je t'interdis de mourir pour moi !

Toshi le regarda avec un mélange de défi et d'amour :

- Je pourrais te dire la même chose. Je ne te survivrai pas, je ne le souhaite même pas. Alors tu décides quoi ? Notre vie ou notre mort ?

Vaincu, Yoshiki s'éloigna du bord et s'assit dans l'herbe. Toshi vint près de lui,tremblant à cause de toutes ces émotions trop fortes à supporter. Ses larmes coulaient sans retenue, sans qu' il puisse rien y faire. Il posa sa joue sur la tête de Yoshiki en chuchotant dans une tentative ratée d'humour :

- On est dans la merde tu sais ? Tu aimes deux hommes à la fois et moi, je ne peux pas me détacher de toi parce que ça me tuerait. Qu'est-ce qu'on va devenir ?

- Et moi j'arrive pas a me résoudre à renoncer à l'un de vous deux...je sais plus quoi faire.

Toshi eut un rire nerveux :

- Et moi, je ne suis pas sûr de pouvoir te partager. On a l'air malin tiens…

Il s'essuya le visage avec sa manche. Yoshiki le regarda faire avec un regard épuisé :

- Ca va me rendre fou...tu sais j'aimerais appartenir exclusivement à chacun de vous...mais en même temps je vous aime tous les deux alors je suis pris au piège.

Toshi eut un sourire ironique :

- T'es vraiment hors normes...même dans ce domaine... J'ai jamais vu ça.

- Pardon…s'il te plaît, ne m'en veux pas.

Toshi prit délicatement la tête de Yoshiki entre ses mains :

- Je sais pas si je t'en veux. J'en peux plus, je comprends plus rien, je suis épuisé. Je t'aime c'est tout ce dont je suis encore sûr.

Yoshiki l'embrassa comme s'il voulait bien s'assurer qu'il n'avait pas perdu l'homme qu'il aimait. Toshi sentit à travers ce baiser à quel point Yoshiki avait peur de le perdre et ça le rassura en quelque sorte. Il le serra étroitement contre lui, approfondissant leur union, les mains perdues dans les cheveux soyeux de Yoshiki. Puis ils se relevèrent et main dans la main, ils rebroussèrent chemin à travers la nuit tombante.