Allez cette semaine, je vous gâte : deux chapitres en deux jours !

Yoshiki avait disparu depuis trois heures et à l'hôtel, c'était l'affolement général. Les quatre musiciens avaient fouillé vainement les environs et Toshi était sur le point de faire une crise de nerfs.

- On ferait bien d'appeler la police, suggéra Heath.

- Ils n'interviennent qu'au bout de vingt-quatre heures, répondit Pata.

- Allons-y quand même ! dit hide qui était pâle d'angoisse. Il faut leur expliquer que ce n'est pas normal du tout et qu'ils doivent se mettre à chercher dés maintenant !

Mais comme Pata le craignait, les flics ne s'empressèrent pas de se mettre en route. « Trois heures c'est trop court, revenez nous voir demain s'il n'est pas revenu. » Il avait fallu toute la persuasion des trois amis pour retenir un hide hors de lui qui faillit provoquer un esclandre dans le commissariat. Finalement ils retrouvèrent dehors, incapables de rester sans rien faire. Alors Toshi proposa d'emprunter une voiture de l'hôtel et de partir à la recherche de Yoshiki.

Etant donné les circonstances, on ne fit pas trop de difficultés pour leur en prêter une et les quatre amis commencèrent à sillonner la ville avec la ferme intention de ne pas dormir tant qu'il n'aurait pas retrouvé Yoshiki.

Si Yoshiki avait su tout ce que ses amis faisaient pour le retrouver, il aurait peut-être trouvé suffisamment de réconfort pour supporter ce qu'il subissait au même moment. Il était toujours ligoté au lit, sur le ventre et Ryu, qui lui soulevait les hanches, le possédait de nouveau. C'était la troisième fois cette nuit et Yoshiki sentait son corps et son esprit se détruire un peu plus à chaque fois. Il n'essayait même plus de se débattre ou de crier. Aussi inerte qu'un pantin, on aurait pu penser qu'il s'était évanoui s'il n'y avait pas eu, sous ses mèches blondes en désordre, ses yeux ouverts sur le vide.

Ryu jouit une fois de plus puis s'étala sur le matelas en le faisant tressauter sous son poids. Yoshiki ne bougea pas.

- Oh bon sang, je me lasse pas de ton p'tit cul. Mais tu m'en veux pas chérie si je suis vidé là ? Je vais dormir un peu et je te conseille d'en faire autant. Demain sera une loooongue journée !

Yoshiki ne répondit pas. Au bout de quelques temps, il entendit d'infâmes ronflements juste à côté de lui. Il était sûr d'avoir un peu de répit…avant la reprise du cauchemar. Avec ses mains attachées, sa position était très inconfortable et il souffrait comme si un rouleau compresseur lui était passé dessus. S'agitant faiblement pour essayer de soulager la tension de son corps, il s'aperçut d'un véritable miracle : les liens qui le retenaient s'étaient desserrés. Le cœur battant, il se redressa prudemment sur ses genoux et de sa main valide essaya de libérer celle qui était plâtrée. La corde était râpeuse et le bout de ses doigts ne tarda pas à s'irriter mais il s'acharna avec l'énergie du désespoir. Enfin le nœud se relâcha et il put libérer son bras. Comme il ne pouvait pas se servir de l'autre main, ce fut avec les dents qu'il détacha son autre bras. L'instinct de survie est si puissant qu'il parvint à effectuer tout cela sans le moindre bruit et sans réveiller la masse menaçante qui dormait à côté. Une fois libre, il descendit du lit s'habilla plus rapidement qu'il ne l'avait jamais fait et sortit de la maison.

Il faisait noir et froid. Mais il était dehors. Tout d'un coup, ce fut comme si la peur qu'il avait repoussée pendant sa libération, revenait à la charge. Tremblant de tous ses membres, terrorisé à l'idée que Ryu se lance à sa poursuite, il ne prit pas le temps de remettre ses chaussures qu'il tenait sous son bras et se mit à courir comme il n'avait jamais couru à travers la forêt obscure.

Il était cinq heures du matin et en ville, les quatre compagnons n'avaient évidemment toujours rien trouvé. Toshi s'efforçait de rester calme pour conduire mais ses mains tremblaient de plus en plus. hide, que son inquiétude rendait presque muet, ne détachait pas les yeux de la vitre, scrutant les moindres recoins. Plus le temps passait, plus son désespoir grandissait. Et les autres autour parlaient d'une voix où l'on sentait l'espoir qui s'amincissait. Encore un peu et son cœur gonflé de larmes allait déborder…

Comme il ne trouvaient rien en ville, ils décidèrent de chercher plus loin hors de l'agglomération et prirent donc la route qui traversait une épaisse forêt en direction du nord. En réalité, ils n'avaient pas le moindre indice et pas la plus petite idée de l'endroit où Yoshiki pouvait bien se trouver. Mais aucun d'entre eux n'aurait pu supporter de rentrer à l'hôtel en attendant que vingt-heures s'écoulent.

Toshi roulait donc sur une route quasiment droite, bordée d'une épaisse forêt, les feux de routes allumés car il n'y avait pas le moindre éclairage nocturne. Il se forçait à ne penser qu'à la route et était content que ses amis se soient tus. Il était dans un tel état de nerfs que la moindre remarque déplaisante risquait de le faire partir au quart de tour. L'esprit bloqué, il fit un bond de surprise en entendant hide hurler « Toshi arrête-toi !!» !!! Par réflexe, il pila net, manquant d'envoyer Heath (qui n'avait pas sa ceinture) se manger le siège passager. Et là, il le vit...petite forme recroquevillée sur le bas-côté de la route. hide avait sauté de la voiture à peine arrêtée et se précipitait vers lui.

Lorsque Yoshiki était arrivé au bord de la route, son corps blessé et épuisé l'avait lâché. Il s'était assis là, glacé et avait attendu…n'importe quoi, n'importe qui. De mourir de froid ou que quelqu'un veuille bien le ramasser comme un chien errant. Lorsqu'il avait entendu un bruit de moteur, il avait eu un sursaut d'effroi à la pensée que Ryu l'avait retrouvé. Mais quand il avait relevé la tête, quelqu'un s'était jeté sur lui pour le serrer dans ses bras. --

-Yoshiki. !! Tu nous as fait tellement peur ! Tu vas bien ? Que s'est-il passé ? Oh bon sang ne me refais jamais ça...

Cette voix, cette chaleur…il se crut en train de rêver.

- hide ?

Son amant pleurait de joie et de soulagement en le serrant contre lui.

- Mais oui c'est moi ! Yoshiki tu trembles, tu es gelé…

Tout d'un coup, Yoshiki comprit enfin qu'il était sauvé. Il se blottit contre hide et éclata en sanglots. A ce moment-là, c'est la voix de Toshi qu'il entendit et il passa instantanément des bras de hide aux siens. C'est à l'odeur et à la voix qu'il les reconnaissait car il ne voyait rien, aveuglé par les larmes. Toshi le serra convulsivement contre lui et l'embrassa partout sur le visage :

- Mon amour…mais qu'est-ce que tu fais là ?

Yoshiki passa les bras autour de son col et posa sa tête sur son épaule en pleurant. Tout cet amour qui l'entourait après un tel cauchemar…Dans son dos, il y avait toujours la main de hide, présente et rassurante. Il savait que Pata et Heath étaient là aussi.

- J'ai été enlevé…parvint-il à articuler.

Toshi prit son visage dans ses mains :

- Enlevé par qui ?!

- Un fou, un dérangé…

Derrière lui, hide échangé un regard horrifié avec Pata et Heath.

- Quand ? Comment ? Qu'est-ce qu'il t'a fait ?

Mais Yoshiki baissa la tête et se remit à pleurer, incapable d'en dire davantage. Pata, bouleversé, s'agenouilla et caressa les cheveux de Yoshiki :

- Venez, il faut le ramener. Il est en état de choc et il faut qu'il se remette avant de nous raconter.

Toshi, au bord des larmes, acquiesça et souleva Yoshiki dans ses bras et posa légèrement ses lèvres sur les siennes :

- C'est fini bébé…

Yoshiki enfouit son visage contre sa poitrine :

- J'ai eu…tellement peur.

Toshi confia les clés de la voiture à Pata. Ils rentrèrent dans le véhicule, Pata au volant, Heath à côté, hide, Yoshiki et Toshi à l'arrière. Yoshiki était à moitié allongé, toujours dans les bras de Toshi qui ne voulait plus le lâcher. Ils démarrèrent. hide caressa tendrement la tête de Yoshiki :

- Il t'a fait du mal c'est ça ?

Yoshiki fit oui de la tête. hide alluma le plafonnier de la voiture et, avec un regard éloquent, montra à Toshi les traces de liens, la chemise déchirée et les traces de sang sur le visage du batteur. Tout d'un coup, l'étendue du désastre frappa Toshi comme un coup de poing :

- Tu veux dire que… ?! Oh non…

Yoshiki, qui les avait observé, avoua d'une voix faible :

- Oui…il m'a violé…

Un halètement général de stupéfaction se fit entendre ; Pata lui-même faillit en oublier sa route. Toshi la parole coupée, serra Yoshiki plus fort qu'il ne l'avait jamais fait, sentant monter en lui un mélange détonnant de rage et de chagrin.

- Toshi…je me sens sale…

- Non tu n'es pas sale mon amour ! bredouilla Toshi qui se mordait les lèvres pour s'empêcher de pleurer.

hide prit la main de Yoshiki et y posa un long baiser. Son regard si chaleureux était devenu fixe et froid. D'une voix sans timbre, il déclara calmement:

- Yoshiki, il faudrait que tu me dises tout ce que tu sais sur ce type quand tu t'en sentiras la force. Parce que je vais le retrouver et le tuer.

Yoshiki tourna son visage vers lui avec crainte :

- Non oublie ça s'il te plaît.

- Non, pas après ce qu'il t'a fait. Si je trouve ce fumier, je le descends, c'est aussi simple que ça. Si je suis assez malin, je ferais passer ça pour un accident.

- hide…

hide le fixa avec détermination puis il fit une entorse à sa propre règle en profitant que Heath et Pata ne regardaient pas derrière : il embrassa Yoshiki en y mettant tout son amour devant Toshi. Le chanteur sentit une pointe de jalousie mais pensa que ce n'était vraiment pas le moment de faire le casse-pied car son amant avait besoin de tout l'amour qu'on pouvait lui donner.

Après le baiser, Yoshiki serra davantage la main de hide puis ferma les yeux, le visage enfouit dans la chemise de Toshi. Il perdait peu à peu conscience, vaincu par l'épuisement :

- Je vous aime …murmura-t-il avant de s'endormir.