Pourquoi recevait-il une lettre à cette heure? Albus ne pouvait-t-il pas patienter jusqu'à la distribution du courrier du lendemain? Et qu'y avait-t-il de si important à lui dire pour le convoquer aussi tard?

Hermione remarqua qu'Harry avait blêmi à la lecture du message. Elle s'empressa de rejoindre son meilleur ami sur le canapé, pour comprendre de quoi relevait la situation.

«-Ne t'inquiète pas Harry, c'est sûrement rien!

-Ne pas m'inquiéter 'Mione! Putain, tu te rends compte de ce qui se passe dehors? Si ça se trouve, il y a encore des gens qui meurent pour moi à l'extérieur! Je ne laisserai pas ce qui s'est passé pour Sirius se reproduire!

-Mais je sais tout ça! explosa Hermione. Tu crois quoi, Potter? Que tu es le seul à souffrir de cette situation?! Le monde ne tourne pas autour de toi, grandis un peu !»

L'évidence venait de frapper Harry. Les parents d'Hermione, il les avait oubliés. Comment avait-il pu se plaindre de la sorte devant elle, alors qu'elle souffrait en silence depuis des semaines. Elle leur avait jeté un Oubliettes, pour les protéger, si elle venait à mourir. Et elle l'avait fait pour lui, pour l'accompagner dans son possible destin tragique. Il était vraiment un idiot et voulait se rattraper.

« Hermio…

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que déjà la Gryffondor courait vers le portrait.

-Mais, elle a les hormones qui travaillent en ce moment, qu'est-ce qui lui prend? dit le rouquin en écarquillant les yeux.

-Je sais pas si elle veut que je t'en parle, mais avant la rentrée Hermione … »

Hermione marchait à grandes enjambées dans le couloir, sans savoir où ses pas la menaient. Elle marchait tête baissée, les yeux remplis de larmes; ne sachant pas si elles étaient dues à la colère ou à la tristesse. Son cœur s'enfonçait un peu plus dans sa poitrine chaque fois qu'elle pensait à ses parents. Ils lui manquaient tellement, et le pire c'est qu'elle, elle ne leur manquait pas. Ce n'étaient plus des larmes qui coulaient sur ses joues, mais de violents sanglots qui la secouaient. A bout de souffle, elle prit appui sur le mur, et se laissa glisser le long de celui-ci, entourant ses genoux de ses bras, comme pour se réconforter elle-même. A cet instant, elle aurait voulu s'enfoncer dans les pierres froides et réapparaître chez elle, pour être chez elle avec ses parents.

«-Alors là! Je savais que les Gryffondors étaient des minables mais de là à pleurer en plein milieu d'un couloir...

Habituellement, elle n'aurait pas pris le temps de répondre à la bassesse de Drago, mais là …

-Dégage, Malefoy.

- Oh non, je ne pars pas avant d'avoir de quoi me foutre de toi avec les autres. C'est qu'on commence à s'ennuyer dans la salle commune en ce moment.

-Malefoy, je ne suis pas là pour assouvir tes besoins en potins. Je ne suis pas un objet dont tu disposes, d'accord?! Je suis un être humain avec mes propres sentiments. Mais ça tu ne dois pas connaître visiblement. Petit sang pur parfait, tu te permets de nous insulter, moi et mes parents moldus en prétendant être meilleur que moi. Môsieur le Prince des Serpentards! Roi des cons, oui !

Elle avait fini sa tirade et était à bout de souffle. Les larmes ne coulaient plus et elle se sentait comme libérée, déchargée du poids qu'elle avait sur les épaules. Elle était presque reconnaissante envers Malefoy de lui avoir permis de cracher sa rage. Pourtant, le blond n'avait pas l'air d'avoir envie de se venger. Elle vit même passer une lueur de compassion dans ses yeux gris, si rapidement qu'elle aurait pu ne pas la voir. Il remit son masque d'indifférence, tourna les talons, et laissa Hermione là, le souffle court, appuyée contre le mur.

Quand Ron déboucha dans le couloir où se trouvait Hermione, il s'aperçut qu'elle avait l'air d'aller mal. Et sans plus réfléchir, il la prit dans ses bras.

« Pourquoi ne m'en as-tu pas parlé avant 'Mione?

Pour toute réponse, Hermione fut secouée d'un sanglot.

-Je ne sais pas, Ron, ça faisait trop mal …

-Mais Hermione, dit Ron en prenant son visage en coupe, tu sais que je serai toujours là pour toi, toujours.»

Il déposa un tendre et chaste baiser sur son front.

Drago Malefoy, était resté à l'angle du couloir, pour glaner un peu plus d'informations sur la Gryffondor. Et une pointe d'amertume mêlée à de la jalousie traversa le beau blond à cette vision. Cependant, il ne put identifier pour quelle raison.

Ron prit la main d'Hermione et ils repartirent en direction de leurs dortoirs.

Quand Harry vit ses deux amis rentrer main dans la main dans la salle commune, il fut soulagé à l'idée qu'Hermione ne détestait que l'un d'entre eux. Cette-dernière était montée sans même lui jeter un regard.

Harry prit la lettre dans sa main ainsi que la carte des Maraudeurs. Il aurait été fort dommage de tomber sur Rusard après le couvre-feu. Le chemin jusqu'à l'escalier menant au bureau de son directeur se fit sans encombre. Mais une fois qu'il se trouvait devant la statue de griffon, un problème se présenta à lui. Le mot de passe. Il ne l'avait pas.

De longues minutes d'attente s'ensuivirent, et Harry pensa même à retourner dans son dortoir. Mais l'arrivée du professeur McGonagall interrompit le fil de ses pensées.

« Que faites-vous ici à une heure pareille, Monsieur Potter?»

Harry lui tendit la lettre et se félicita mentalement de l'avoir prise.

McGonagall chuchota le mot de passe, et la statue laissa entrer la vieille professeure suivie de son élève. Arrivés au sommet du haut escalier en colimaçon, Harry aperçut les yeux bleus perçants de son directeur.

« Harry! Je t'attendais, que faisais-tu?

-Il n'avait pas le mot de passe Albus, expliqua sa professeure. Je voulais m'entretenir avec toi!

-Plus tard Minerva, j'ai besoin de parler avec Monsieur Potter.»

A ces mots, la professeure de métamorphose tourna les talons en disant qu'elle repasserait plus tard.

-Harry, dit Dumbledore avec un air plus grave qu'il ne l'aurait voulu, je crois que tu n'es pas sans savoir que tu occupes un rôle important dans cette guerre. Tu es l'élu.