Chapitre 3
Sous le baiser de Potter, Malfoy avait presque l'impression de suffoquer. Le brun ne lui laissait pas une seconde de répit, ne serait-ce que pour respirer. N'en pouvant plus, le blond commença à le frapper.
Potter, au plus grand soulagement de Draco, finit par comprendre et interrompit le baiser sans pour autant se lever de sur Draco. Ce dernier, la respiration saccadée, regardait son ennemi avec des éclairs pleins les yeux.
- Dégage de sur moi, Potter, cracha-t-il.
- Non.
La réponse était aussi sèche que brève et laissa le blond pendant un instant extrêmement choqué. Mais il se reprit bien vite.
- Potter, enlève ton corps de brute de moi. Tu m'écrases, siffla le blond entre ses dents.
Cette fois-ci, le brun ne se donna même pas la peine de répondre. Il se contenta de regarder intensément son rival, puis, tout doucement presque tendrement, demanda à Draco
- Pourquoi est-ce que tu t'en vas ?
Dire que le blond était choqué, serait un euphémisme. Ses yeux s'étaient tellement arrondis, qu'on aurait dit qu'ils voulaient sortir de leurs orbites. Il n'arrivait pas à croire que le brun lui avait parlé sur ce ton. Cela ne ressemblait tellement pas au brun de parler avec tant de tranquillité, de douceur, oui c'était le mot qui convenait le plus en fin de compte.
Mais le brun attendait une réponse et le silence de Draco commençait à l'agacer.
- Alors ? fit-il avec un éclair d'impatience dans les yeux.
Cette dernière attitude ressemblant beaucoup plus au Potter qu'il connaissait, Draco finit par se reprendre et répondit, toujours avec son air hargneux.
- Ecoute Potter, je me fiche de tes états d'âme, et ma vie ne te regarde pas. J'en fais ce que je veux. Alors, ne compte pas sur moi pour te communiquer la raison de mon départ ou même ma destination.
Suite à cette tirade, Draco regarda fixement le brun dans les yeux attendant qu'il se lève et s'en aille.
Pendant une fraction de seconde, il crut voir un éclair de douleur traverser ses yeux, mais ce fut tellement fugitif, que Draco se dit qu'il devait avoir rêvé.
Harry, quant à lui, ne savait pas ce qui se passait en lui. Il y avait trop de sentiments contradictoires et il avait l'impression qu'il allait devenir fou sous tout ce flot. La colère, la haine, le désir, l'envie, la tristesse… mais surtout la détresse. Il ne savait pas pourquoi, mais les mots que venait de prononcer Draco, lui avaient fait mal, très mal. Tout à coup, il était pris d'une énorme envie de lui ouvrir son cœur, de tout lui raconter, ses joies, ses peines, son enfance, sa vie. Oui, il avait envie d'étaler sa vie devant le blond, juste pour lui prouver que non, il n'était pas cet être cruel et sans cœur qu'il l'imaginait être.
Mais le sentiment dominant qu'il y avait en Harry, était la peur. La peur de se voir si faible, la peur de ses pensées, la peur du désir qu'il y avait en lui, la peur de ce sentiment qu'il sentait lentement naître et s'épanouir en lui, ce sentiment envers son rival, ce sentiment qu'il n'osait nommer car il lui semblait tellement improbable. Harry commençait à avoir peur de Draco, peur de ce que ce dernier lui faisait ressentir quand il se trouvait près de lui.
Et maintenant cette impression qu'il avait comme si son cœur saignait. Comme si son cœur pleurait des larmes de sang, brulantes comme la lave, lourdes comme le monde et longues comme un fleuve. Des larmes. Ses larmes.
Mais il se retint, ne dit rien. Il se contenta juste de regarder Draco avec tellement de douleur dans les yeux que ce dernier eut un sursaut. Le blond ne s'attendait pas du tout à ça. Il pensait que le brun allait le frapper ou l'insulter ou quelque chose de ce genre. Mais il était à des lieues de s'attendre à ce que le brun lui montre son vrai visage ainsi. Tous ses sentiments d'un coup déferlaient sur le visage, dans leur brutalité nue. Il n'y avait plus aucune hypocrisie, aucun faux-semblant. Potter venait de se mettre à nu devant son pire ennemi. Celui qui pourrait l'humilier, celui qui pourrait d'un claquement de doigts le réduire à néant. Mais Harry, n'en avait cure, il était juste las. Las de tout. Même ce masque de cynisme et de débauche dont il s'affublait ne l'amusait plus. Jusqu'à présent ses rixes avec le blond avaient été ce qui le maintenait hors de l'eau. Et maintenant ce dernier lui annonçait, qu'il quittait l'Angleterre pour une période indéterminée.
Draco, lui, de son côté ne savait plus que penser. Il était troublé. Et c'était le moins que l'on puisse dire. Il ne savait plus que faire. Il ne s'était vraiment pas attendu à une reddition complète de la part du brun. Le blond devait s'avouer que quelque part il avait toujours considéré le brun comme une masse de granit à laquelle rien ne pouvait atteindre. A laquelle il pouvait jeter toutes les insultes et calomnies qu'il voulait sans pour autant qu'elles ne le touchent. Pour Draco, Harry avait toujours paru invincible. Il était comme une immense citadelle, tellement haute, et tellement imprenable. D'ailleurs, le blond s'était longtemps détesté à cause de ça. Car quelque part, il admirait énormément le brun. Harry était tout ce que lui Draco n'était pas : courageux, téméraire, sûr de lui, provocateur, cynique, et la liste continuait. Draco était, lui, comme ces petits garçons sages qui suivent les conseils de leurs parents sans jamais faire un pas de travers. Et jamais il ne lui serait venu à l'idée d'aller à l'encontre de la société, comme le faisait Harry publiquement.
Alors le blond ne savait que faire. Il était perdu. Car cette fois-ci, aucune règle de société ne pouvait lui dire ce qu'il devait faire face à l'attitude du brun. Pour la première fois, il devait prendre une décision par lui-même, sans aucune contrainte, ni règlement.
Cependant Harry ne lui en laissa pas le temps. Presque malgré lui, le brun qui était toujours couché sur Draco, se pencha vers ce dernier et l'embrassa à nouveau. Ce fut un baiser indescriptible. A la fois doux et amer, harmonieux et dominant, tendre et colérique. Les deux ennemis ne savaient pas ce qu'il leur arrivait. Ils avaient peur de ce qu'ils ressentaient, mais n'arrêtaient pas pour autant le baiser, ils ne voulaient pas que ce merveilleux moment cesse. Pour la première fois depuis longtemps, tous les deux se sentaient en paix avec eux-mêmes. Leurs âmes tourmentées se sentaient comme soulagées.
Aucun ne se rendit compte que leurs mains s'étaient mises à bouger et déshabillaient l'autre. Leurs mouvements paraissaient si naturels, comme si c'était écrit depuis la nuit des temps. Comme si ce qui devait arriver était inexorable. Leurs corps étaient doués d'une vie propre, indépendante du cerveau. Ils bougeaient tous seuls.
Les deux jeunes hommes de 21 ans avaient l'impression d'être redevenus des enfants. Mais ce n'étaient pas des enfants qui faisaient l'amour dans ce lit. Non, ils n'avaient plus rien d'enfants. Ils avaient tous les deux perdu leur innocence, leurs illusions depuis longtemps. Le monde dans lequel ils évoluaient n'était pas fait pour les candides, il était infesté de chacals qui n'attendaient que le moindre faux-pas de votre part pour vous dévorer.
Mais le temps de cette nuit, rien que la durée de ces quelques heures, les deux garçons voulaient s'imaginer qu'ils étaient à l'abri de tout ça, ils se réconfortaient l'un l'autre, ils se protégeaient. Ce lit dans lequel ils faisaient l'amour, dans lequel ils perdaient la tête face à ce déferlement de sentiments, était leur havre. Leur petit coin de paradis. Chacun à son tour, mettait du baume sur le cœur meurtri de l'autre. Ils se comprenaient mutuellement sans qu'aucune parole ne fût échangée. Il suffisait d'un seul regard.
Cette nuit fut la leur, dans toute sa splendeur, dans toute son intimité et dans tout son érotisme.
Le jeune garçon semblait légèrement sous le choc, incapable de parler.
Plusieurs minutes passèrent ainsi dans le silence. Dumbeldore observait les réactions du plus jeune.
Finalement, le garçon finit par reprendre sa voix.
- C'est impossible… comment…
- Comment quoi ? demanda doucement le barbu.
- Comment connaissez-vous les évènements de cette nuit entre eux ?
Le plus vieux eut un étrange sourire et se contenta de dire
- Ça, c'est mon secret.
Mais ce que le plus jeune n'osait pas dire, c'était qu'il était extrêmement troublé. Et le mot troublé, était un euphémisme. Il n'osait avouer à Dumbeldore qu'il se reconnaissait entièrement dans le personnage de Harry. Il avait peur que le barbu le prenne pour un fou, mais c'était ainsi. Tout ce qui venait d'être dit sur Potter, était trait pour trait son portrait craché. Enfin, non, son caractère, sa personnalité. Car le jeune garçon était sûr qu'il ne ressemblait en rien physiquement à Harry.
A ce moment, Dumbeldore se permit un petit sourire, comme s'il avait lu dans les pensées du jeune garçon. En fait, lire dans ses pensées n'était pas loin de la vérité. Il observa ce jeune garçon qui avait baissé la tête et qui semblait plongé dans ses pensées. Pensées, dont Dumbeldore connaissait la cause.
Cependant le garçon finit par relever la tête. Aucune émotion sur son visage, juste une lueur indéchiffrable dans le regard.
Mais Dumbeldore se décida à lui donner un petit coup de pouce.
- Mon garçon, tu devrais te libérer.
Ces quelques mots énigmatiques, firent froncer les sourcils du plus jeune qui demanda prudemment.
- Que voulez-vous dire ?
- La vengeance ne t'apportera pas la délivrance que tu cherches.
Les yeux du plus jeune se durcirent et prirent un éclat métallique.
- Que savez-vous de la vengeance hein ? C'est pas vous qui avez souffert pendant ces onze longues années, dit-il presqu'en crachant ses mots.
- En effet je n'ai pas connu ça, mais je possède un don étrange…
- C'est quoi comme don ? fit le garçon en reniflant comme s'il y donnait peu d'importance.
- Je possède le don de ressentir les sentiments et surtout les souffrances des autres. Et je sais que ton cœur est dévoré par la haine et la vengeance mais aussi par la douleur d'avoir perdu tes parents. Et cette douleur motive les deux premiers sentiments. Elle te motive à rechercher l'assassin des tes parents pour le tuer de tes propres mains, croyant que ta souffrance disparaîtra en même temps que disparaîtra cet homme. Tu penses que cela te soulagerait, mais crois-en les paroles d'un homme d'expérience : tuer cet homme ne te laissera qu'un goût amer dans la bouche, ta douleur ne disparaîtra pas et par-dessus tout, tu seras devenu un criminel. Comme l'assassin de tes parents, tu seras descendu à son niveau, tu seras devenu comme lui. Et à chaque fois que tu te regarderas dans le miroir, tu verras le visage de cet assassin apparaître à la place du tien. Et cette image te poursuivra toute ta vie. Voilà où te conduira la vengeance.
Le garçon fut pris de panique, il se sentait mis à nu. Cet homme venait d'étaler tous ses sentiments, ces sentiments qu'il gardait jalousement au fond de lui, comme ça. Comme si de rien n'était. Il avait peur de cet homme. De ses paroles. Soudain, un éclair passa dans sa tête : il réagissait exactement comme Harry avait réagi face à Draco. Mais lui, il était seul, il n'avait pas de Draco pour le réconforter, il était seul.
Cependant cette constatation eut le don de le calmer, et il finit par présenter un visage à nouveau serein à Dumbeldore qui n'avait plus rien dit.
Le jeune garçon eut un petit sourire en coin.
- Laissez-moi juger par moi-même ce qui est bien ou pas pour moi.
Les yeux du plus vieux pétillèrent légèrement, mais il ne dit rien. Au bout de quelques minutes, le jeune garçon reprit la parole.
- Bien, que va-t-il se passer après leur superbe nuit ?
Lorsque Draco se réveilla le lendemain matin, la première chose qu'il ressentit fut de la douleur dans tout son corps. Et soudain comme un seau d'eau glacée, tous les événements de la nuit précédente lui revinrent en mémoire. L'enchantement de la nuit venait de partir, et il retombait brutalement dans la réalité. Toute l'horreur de la situation lui apparut soudainement : il avait fait l'amour avec Potter. Potter son pire ennemi, Potter son rival, Potter.
Un mouvement au-dessus de lui, lui fit tourner brusquement la tête. Le blond rougit légèrement en voyant, le brun dans sa glorieuse nudité, en train de dormir en le serrant, lui Draco Malfoy, dans ses bras. C'est à ce moment-là que Draco se rendit compte que lui aussi était aussi nu qu'au jour de sa naissance et qu'aucune couverture ne le recouvrait. Et leur position était des plus équivoques. D'ailleurs, Draco venait de s'en rendre compte alors que jusque là, il n'avait rien senti. Ce qui était très bizarre.
Ils étaient tous les deux couchés sur son lit en plein milieu de restes de draps, de couvertures qui n'avaient pas résisté à leur nuit. Draco se trouvait sur le dos, les jambes largement écartées et les cheveux épars sur le lit. Harry, lui se trouvait encore en Draco, il était couché de tout son long sur ce dernier et avait le visage enfoui dans son cou. Le blond ne pouvait apercevoir que ses cheveux en bataille dont quelques mèches venaient lui chatouiller le visage.
Mais ce qui le choqua le plus par-dessus tout, ce qu'ils se serraient tendrement l'un contre l'autre. Lui Draco, avait passé ses deux mains derrière le dos d'Harry tandis que ce dernier avait sa main gauche derrière la tête du blond et tenait ses cheveux et sa main droite sur sa cuisse. Harry de par sa position, le dominait, le protégeait et le chérissait en même temps.
L'odeur de l'amour flottait encore dans la chambre et Draco se rendit compte que cette odeur venait d'eux. Il rougit légèrement alors que des images de la nuit précédente lui revenaient en mémoire. Ils s'étaient tous les deux donnés sans réserve, librement, tendrement, passionnément. Une douce chaleur envahit le corps de Draco en entier à ce souvenir. Il n'avait jamais vu Harry sous ce jour, et il osait à peine se l'avouer, ce qu'il avait vu lui avait plu. Il avait aimé cet Harry tendre, doux, perdu comme un petit enfant qui cherche à se faire des repères. Il avait aimé cet Harry passionné, brûlant de désir, fougueux qui lui faisait l'amour comme s'il l'honorait. Oui, Draco Malfoy avait aimé cet Harry dans tous les sens du terme.
C'est pourquoi, le blond voulait partir maintenant, avant le réveil du brun. Il ne voulait pas subir une désillusion de plus. Il ne voulait plus revoir le Harry monstrueux, cruel et cynique qu'il avait connu jusque là. Non, il ne le supporterait pas. Il était impératif qu'il s'en aille, en gardant dans sa tête cet épisode pour l'éternité. En passant jusqu'à la fin de sa vie à chérir ce souvenir au plus profond de son cœur. Non, il n'oublierait jamais cette nuit. C'était LEUR nuit. Et il ne voulait pas qu'elle soit gâchée par la réalité. Il ne voulait pas que cette dernière rattrape ce moment merveilleux. A ce moment-là, Draco détestait encore plus que d'habitude cette réalité monstrueuse.
Le blond commença par essayer de se dégager le plus doucement qu'il put pour ne pas réveiller le brun. Ce qui était chose difficile vu la position dans laquelle ils se trouvaient. Cependant, il finit à grand mal par s'extirper de cette étreinte. Une fois debout, le blond resta un long moment près du lit à contempler le brun endormi.
Harry semblait tellement jeune à ce moment-là. Ses traits étaient détendus dans le sommeil et il ressemblait à un petit garçon. Mais les images de la nuit précédente envahirent à nouveau la tête de Draco. Ce dernier ferma les yeux comme pour se calmer. Décidément, son cœur se trouvait encore sur le petit nuage sur lequel l'avait conduit cette nuit avec Harry.
Finalement, secouant la tête, Draco s'habilla vite fait. Il n'avait pas le temps de se laver, de plus faire monter sa baignoire et l'eau par les serviteurs ferait trop de bruit et réveillerait le brun.
Tout en faisant le moins de bruit possible, Draco prit une toute petite malle dans laquelle il jeta les vêtements et les objets de première nécessité. Puis il ferma la malle et s'assit devant son écritoire. Là devant ce parchemin vierge, le blond tomba en arrêt. Il ne savait pas quoi écrire. Bien sûr, Draco savait que Harry serait furieux en se réveillant et en découvrant qu'il était parti. Il voulait lui laisser un petit mot pour tenter de lui expliquer. Mais il ne savait pas quoi écrire.
Finalement, au bout de longues minutes, il se décida à écrire une phrase courte et brève qui expliquerait mieux que n'importe quelle lettre grandiloquente. Il trempa sa plume dans l'encre et traça de sa belle écriture les mots alors même que son cœur se déchirait de souffrance à l'idée de le quitter.
Je ne veux pas que les merveilles de notre nuit disparaissent sous les affres de la réalité.
Tendrement,
D.M.
Puis le blond jeta un peu de sable sur la lettre pour faire sécher l'encre. Enfin, il enroula le parchemin qu'il ferma avec de la cire sur laquelle il marqua son sceau.
Cela fait, le blond se leva et déposa le parchemin sur la table de nuit à côté du lit. Ensuite, Draco se dirigea vers le brun qui était toujours endormi et se pencha pour… pour quoi en fait ? Se demanda à cet instant Draco comme frappé par la réalisation de ce qu'il allait faire.
Alors, comme presqu'à regrets, le blond se releva sans avoir rien fait, et après un dernier regard au brun quitta la chambre sa petite malle sous le bras.
- HEIIIIIIN ? Mais c'est quoi cet imbroglio ? ne put s'empêcher de s'exclamer le jeune garçon.
Le plus vieux eut un sourire indulgent face à l'exclamation du plus jeune. Ce dernier continua sur sa lancée.
- Mais il ne peut pas s'en aller comme ça, alors qu'ils commencent juste à s'entendre !
- Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point, se contenta de citer Dumbeldore s'attendant à ce que le plus jeune lui demande une explication.
Mais à sa grande surprise, ce fut tout autre chose que lui dit le jeune garçon.
- Vous savez je ne crois pas que ce soit le moment de me citer du Pascal, de plus ce dernier avait dit cette phrase dans un contexte religieux. Même si de nos jours, on utilise cette phrase-bateau pour les questions sentimentales.
Un petit moment de silence au bout duquel, le barbu finit par dire
- Comment connais-tu Pascal ?
- Il se trouve que mes parents m'ont appris certaines choses avant de mourir, fit le garçon sarcastiquement.
- Mais tu n'avais que quoi ? Sept ans à l'époque ? Ne put s'empêcher de s'exclamer Dumbledore.
Le jeune haussa négligemment les épaules.
- Dès mes cinq ans, mes parents m'ont fait faire un test pour connaître mon Q.I. et il s'est avéré que j'en avais un de 160.
- Comment tes parents se sont-ils rendus compte que tu étais surdoué ?
Le jeune garçon haussa à nouveau les épaules.
- Oh, la première chose qui les a frappés c'était que je ne me comportais pas comme les autres enfants. Quand d'autres ne juraient que par leurs jouets, moi j'apprenais à assembler les lettres de l'alphabet pour former des mots, alors que je n'avais même pas appris les lettres, ou à jongler avec les chiffres.
Le moins que l'on puisse dire, était que Dumbeldore était impressionné. Cependant il n'en laissa rien paraître et fit comme si de rien n'était. Il continua à se comporter de la même manière avec les jeune garçon, sans plus ni moins.
Ce fut cette attitude plus qu'autre chose qui convainquit le garçon de baisser ses barrières et de laisser le vieux le connaître un peu mieux. Jusqu'à présent dès que les gens comprenaient quoi que ce soit à son sujet, soit ils avaient peur de lui, soit ils le méprisaient ou tout simplement l'évitaient.
C'était la première fois qu'une personne le traitait comme quelqu'un de « normal ». Et il aimait ça.
Rien que pour ça, il fit un petit sourire à Dumbeldore qui en comprit tout de suite la signification. En retour, le barbu lui fit un petit clin d'œil.
Soudain Dumbeldore se leva en s'exclamant
- Oh mais, il se fait tard ! Je ne m'étais même pas rendu compte que le temps avait filé ! Bien, je te laisse dormir. La suite sera pour demain.
- Oh nooooon, allez s'il vous plaît, encore un petit peu. S'il vous plaîîîîîît, fit le garçon avec des yeux de chien battu.
Mais le vieux ne flancha pas, il garda courageusement la tête froide et finit par dire d'un ton sans réplique
- A demain. Fais de beaux rêves.
Et il sortit vite de la chambre.
Le jeune garçon passa cinq bonnes minutes à bouder et à pester, puis il sembla comprendre enfin que le vieux ne reviendrait pas ce soir. Alors il s'installa comme il put dans son lit.
Mais malgré tout, il mit longtemps avant de s'endormir, pour se réveiller le lendemain avec une fièvre de cheval et un mal de crâne carabiné.
Quand Dumbeldore le vit dans cet état, il appela tout de suite sa femme, qui se dépêcha de téléphoner à un médecin qui arriva dans l'heure. Le diagnostique de ce dernier sembla sans appel : il devait garder le lit, jusqu'à ce que la fièvre baisse. Et surtout beaucoup de repos.
- Naaaaaaaaaan, le médecin a juste dit beaucoup de repos, c'est tout. Regardez, je suis dans le lit, je me repose. Vous entendre me raconter la suite de l'histoire ne me fatiguera pas, je vous assure, essayait de plaider le jeune garçon
Mais Dumbeldore refusa ne serait-ce que de rester dans la chambre. Si le médecin disait qu'il avait besoin de repos alors, ce n'était pas lui, Dumbeldore, qui allait transgresser les ordres d'un spécialiste.
- Allez, monsieur Dumbeldore, s'il vous plaît, continuait le jeune homme.
D'ailleurs ce dernier avait l'impression d'être redevenu un petit garçon suppliant sa maman pour qu'elle lui achète une sucette à la fraise.
Cependant, après moult supplications, le barbu finit par céder et c'est ainsi qu'au bout de deux jours, le garçon toujours très fiévreux, se vit raconter la suite de l'histoire.
Un rayon de soleil glissa sur son visage pour s'arrêter juste au niveau de ses yeux. Potter, toujours dans son sommeil profond, fronça les sourcils. Cependant, petit à petit, lentement, il commença à se réveiller. Ses sourcils ses fronçant de plus en plus. Il changea de position pour échapper au rayon traître qui osait le réveiller. Mais le soleil semblait d'humeur joueuse en cette matinée et continua à embêter le cher chevalier de ses rayons lumineux. Finalement, en grommelant, le brun consentit à ouvrir les yeux.
Tout de suite, une énorme impression de solitude l'envahit. Il ne savait pas pourquoi, mais il lui semblait qu'il lui manquait quelque chose… ou plutôt quelqu'un. D'un seul coup, il se souvint de tout et ses yeux s'écarquillèrent.
Malgré tout, une fois le choc passé, son visage prit une expression neutre et il regarda autour de lui à la recherche du blond.
Potter ne voulait pas se l'avouer, il le refusait catégoriquement, mais ce fut presque malgré lui qu'il finit par admettre qu'il considérait Malfoy comme plus qu'un simple rival. Il tenait à lui.
Mais le brun préfèrerait faire des dizaines de joutes, de guerres ou de croisades plutôt que de le dire à voix haute. Il ne savait que trop ce que c'était que de souffrir. Il n'était pas masochiste, et tant qu'il ne serait pas sûr du blond, lui de son côté ne tenterait rien. Non pas que lui, Harry Potter, ait peur. Non, loin de là. Juste que pour une fois, son âme, son corps et son cœur étaient tous les trois d'accord sur une chose : ils refusaient catégoriquement toute forme de souffrance.
Personne ne le savait, mais Harry avait beaucoup souffert dans son enfance. Personne ne savait que même si James Potter avait été un Seigneur juste et bon sur ses terres et envers ses sujets, dans l'intimité de sa famille, il n'était qu'une brute qui battait son fils.
Pour James Potter aucune éducation n'était mieux que les coups. Pour lui à force de frapper, la leçon finissait par rentrer dans la tête un jour. Et c'est ce qu'il avait fait avec son fils. Rendant sa vie infernale.
Harry Potter avait été élevé dans un milieu on ne peut plus austère. Il n'avait pas droit à l'amusement. La moindre de ses bêtises était punie de la plus cruelle des manières. C'est ainsi que James Potter modela Harry Potter à son image. Du moins le croyait-il.
Ce qu'il ne savait pas, c'est que son fils, dès le plus jeune âge avait compris le but de son père et ne voulait surtout pas devenir comme lui. Alors, le jeune garçon, avait appris à masquer ses émotions, à ne montrer à son père que ce que ce dernier souhaitait voir, sans plus. Intérieurement, il avait développé, une force de caractère immense, intérieurement, il s'était reconstruit, intérieurement il avait fait l'opposé de ce que son père voulait.
Cependant, au fur et à mesure, qu'il grandissait, son manège, devenait de plus en plus périlleux. Son père s'attendait à ce qu'il réagisse comme lui, à ce qu'il fasse la même chose que lui. Aussi, quand James Potter mourut d'une chute de cheval, alors que le jeune Harry n'avait que 16 ans, ce dernier en fut grandement soulagé.
Malheureusement, son soulagement fut de courte durée, car sa mère, à peine son mari mort et la période de deuil de un an finie, eut tôt fait de se marier avec Lucius Malfoy. Ce dernier avait perdu sa femme il y a quelques années, et était encore fort bel homme. Il était dans la force de l'âge et sa mère était tout de suite tombée sous le charme de cet homme qui était le parfait opposé de James Potter.
Lucius Malfoy était quelqu'un de dur et d'intransigeant ne pardonnant aucune erreur. Sur ses terres, ce Seigneur était autant craint que respecté. Car malgré tout, nul homme n'aurait pu dire qu'il ait été puni injustement. Mais une fois dans l'intimité, cet homme de pierre était quelqu'un de tendre et de respectueux avec ses proches. Son fils Draco, né de son premier mariage avec Narcissa Black, n'aurait pu se plaindre de rien du tout. Son père avait été pour lui un père idéal peut-on dire.
Mais Harry, malgré le fait de voir sa mère heureuse, malgré tout en fait, ne put accepter Lucius Malfoy. L'éducation de James Potter avait fait du bon travail de ce côté là et l'avait rendu méfiant envers les autres. Aussi, Harry s'imagina que si Lucius Malfoy avait épousé sa mère c'était pour lui prendre son héritage et de le dépouiller de tous ses biens. Alors commença une guerre froide entre Lucius Malfoy et Harry Potter. Ou plutôt, le plus belliqueux des deux était Harry Potter. Car Lucius ne tentait jamais rien pour faire du mal au brun. Au contraire, par ses actes il essayait de faire comprendre au fils de sa nouvelle épouse, que la seule et unique raison de son mariage était l'affection qu'il éprouvait envers Lily Potter. Malgré tout, Harry ne voulut rien savoir, se raccrochant encore et toujours à son idée qu'on voulait lui voler son héritage.
Draco de son côté avait de plus en plus marre de cette petite guerre digne de gueux et quand Lucius Malfoy mourut quelques années plus tard, juste pour énerver Potter, le blond réclama la moitié de Poudlard, qui était le château des Potter depuis de siècles.
Tout doucement, Potter se leva du lit, ses yeux parcourant toujours la pièce. Ne trouvant finalement pas trace du blond, il s'habilla lentement et ce n'est qu'en allant chercher son épée sur la table de nuit que ses yeux tombèrent sur le parchemin laissé par Draco.
Alors, presque comme ayant peur et les mains tremblantes le brun ouvrit et lut…
TBC
Et voilà, le chapitre quatre sera là bientôt. En attendant, quelles ont été vos impressions ?
Bisous bisous et à bientôt,
NdM
