Chapitre 5
- Qu'est-ce que c'est ?
- Lors de son délire, Lord Potter n'arrêtait pas de vous appeler. Comme s'il souhaitait votre présence à ses côtés. C'est aussi pour cela que Dame Ginevra m'a envoyé vous chercher.
Bien qu'il ait l'impression que son ventre bondissait partout dans son corps, Draco se contenta de hocher la tête et de partir en talonnant son cheval après avoir salué tout le monde d'un hochement de tête.
Malgré le fait que le blond galopât nuit et jour à bride abattue, le trajet était très long de l'Inde jusqu'en Angleterre. Surtout que parfois il était obligé de faire de longs détours pour éviter de se faire attaquer par des bandits qu'il savait cachés dans tel ou tel endroit. Ou même pour simplement éviter des villages où les gens n'auraient fait que le ralentir et le gêner. Et Draco n'était vraiment pas d'humeur à être poli envers qui que ce soit. Tout ce qui l'importait était de retrouver le plus vite possible Harry Potter.
Il ne savait pas pourquoi il réagissait ainsi. Il ne comprenait même pas pourquoi son cœur battait la chamade et semblait sur le point de s'arrêter si jamais il apprenait en arrivant que le brun fût déjà mort. Cette pensée lui faisait cravacher son cheval pour aller encore plus vite. Il ne se rendait même pas compte que la pauvre bête était à bout de forces et qu'elle peinait de plus en plus. Le pauvre animal semblait sur le point de s'écrouler d'un instant à l'autre. Heureusement pour la pauvre bête, Draco finit par le remarquer et se décida à changer de cheval au premier relais de diligence qu'il rencontrerait.
Lors de ce voyage de l'Inde jusqu'au port d'Anvers, Draco dût changer au moins six fois de monture et c'est finalement épuisé, à bout de forces et affamé qu'il arriva à Anvers.
Là, à son plus grand dépit, il apprit que le prochain bateau en partance pour l'Angleterre n'était que dans deux mois. Le blond n'eut d'autre choix que de prendre son mal en patience et en profita pour aller s'installer dans une des auberges entourant le port. Durant les deux mois qui passèrent à la vitesse d'un vieux domestique ne sachant presque plus marcher, selon Draco, ce dernier en profita pour reprendre des forces et surtout se préparer psychologiquement à sa très proche entrevue avec le brun de son cœur… Non, il n'avait pas pensé cela, si ? Cette découverte laissa Draco figé dans une attitude comique. En effet, alors qu'il venait de faire cette constatation, il était en train de marcher dans le port en regardant indifféremment les bateaux et les gens circulant autour. Ce qui fit, qu'il resta la jambe droite pliée en l'air dans l'action de vouloir la poser par terre pour marcher. On aurait dit un flamant rose. De plus, le fait que Draco Malfoy ait les yeux écarquillés dans l'expression d'un total ahurissement, n'allait pas en sa faveur. Et ce furent les moqueries des marins qui le sortirent de son état d'hébétude. Il se résolut à aller s'enfermer dans sa chambre à l'auberge, pour pouvoir y réfléchir à tête reposée.
- Ah, ENFIN ! S'écria le jeune garçon sous les yeux amusés de Dumbeldore, je me demandais quand est-ce qu'il allait s'apercevoir de ses sentiments.
- Pourquoi ? demanda innocemment Dumbledore.
- Eh bien, vu qu'Harry lui est dans le coma, on ne peut s'attendre à grand-chose de sa part. Alors que Draco, lui est éveillé donc peut réfléchir correctement.
- Et qui te dit qu'Harry est incapable de réfléchir correctement dans son état ? fit le vieux.
- Beeeeen, quand on est dans le coma, généralement on pense à rien, non ? Biaisa le garçon.
- Ah bon ? Et comment sais-tu cela ? L'as-tu déjà expérimenté ?
- Euh non, mais tout le monde dit ça…
- Et si tout le monde se jetait par la fenêtre, tu le ferais aussi ? demanda Dumbledore.
- Ben non, mais…
- Mais rien du tout.
- Ok, c'est bon, vous avez gagné, grommela le jeune homme.
Le plus vieux eut un grand sourire et répliqua malicieusement.
- Pour te prouver mes dires, je vais te raconter maintenant ce que ressent Harry, alors qu'il est dans le coma.
Devant l'air ahuri et les yeux ronds du plus jeune, Albus Dumbledore se contenta de sourire et de continuer l'histoire.
Harry avait froid. Harry avait chaud. Il avait l'impression d'être aussi léger qu'un nuage, et en même temps porter le poids du monde sur ses épaules. Il se sentait tout en contradictions. Et toujours cette même force qui l'attirait continuellement vers le bas. Dans la profondeur. Dans le noir. Dans le néant. Il sentait que chaque jour qui passait, il s'y enfonçait de plus en plus. Oh, il n'essayait même pas de lutter contre. Au contraire, il en avait envie. Il n'y avait plus rien qui le retenait en ce bas monde. Le seul qui aurait pu lui faire changer d'avis ne se trouvait pas près de lui.
Comment il le savait ? Pour la simple raison que bien qu'étant dans le coma, il entendait tout ce qui se passait autour de lui.
Les propos décourageants du médecin qui passait trois fois par semaine. Propos d'ailleurs qui amusaient énormément Harry.
Les allées et venues des domestiques quand ils rangeaient la chambre, le rasaient, le lavaient, lui changeaient les draps du lit, etc.
Le son des oiseaux lorsqu'il faisait beau, et celui des gouttes de pluie qui martelaient contre les vitres de sa chambre.
Il entendait les conversations également.
Sa femme, Ginevra, qui n'arrêtait pas de pleurer nuit et jour à son chevet. D'ailleurs elle finissait par lui taper sur les nerfs, celle-là. Non mais, il fallait comprendre le brun. Il savait que ça faisait déjà plusieurs années qu'il était dans le coma et qu'il ne faisait rien pour en sortir. Alors entendre pendant tout ce temps, cette femme verser toutes les larmes de son corps n'était pas vraiment à son goût.
De plus, malheur pour lui, les pleurs avaient redoublé, lorsque leur enfant nouveau-né était mort d'une pneumonie. Il n'avait pas résisté à l'hiver rude et humide qui s'était abattu sur l'Angleterre.
Ce qui amusait et agaçait le plus Harry, c'étaient les jours de son anniversaire. Chaque année, Ginny s'éclipsait un moment, le jour de son anniversaire, pour aller bien s'habiller. Ensuite elle revenait, faisant presque suffoquer Harry sous la tonne de parfum dont elle s'aspergeait. À sa suite entraient, deux ou trois domestiques portant un gâteau. Non mais sérieusement, ils n'espéraient quand même pas qu'il allait tout d'un coup se lever en criant « Surprise, je ne suis plus dans le coma » et aller se jeter sur le gâteau, non ? Enfin, les domestiques apportaient le gâteau qu'ils posaient sur sa table de chevet. Gâteau, dont Ginny, qui à l'occasion de son anniversaire faisant un effort pour ne pas pleurer, coupait un petit morceau et le mangeait « en son honneur » selon ses dires. Mais Harry était sûr, que le soir lorsqu'elle le quittait, elle allait se goinfrer du reste du gâteau dans sa chambre. Harry n'avait même plus essayé de compter au-delà de la vingtième fois, le nombre de prières qu'il avait faites pour qu'elle s'étouffe avec.
Malheureusement ses prières n'avaient jamais été exaucées.
Bizarrement la perte de son enfant n'avait fait ni chaud ni froid à Harry. D'un côté il était même content. Au moins cet enfant ne serait pas malheureux et ne connaîtrait pas les horreurs que renfermait ce monde.
Alors il se laissait aller, de jour en jour. Harry savait pourquoi il n'était toujours pas mort, depuis le temps qu'il tombait. C'était cette petite étincelle d'espoir qui brillait inlassablement. Cet espoir que peut-être Draco finirait par revenir un jour. Alors, Harry pourrait mourir en paix.
Oh non, il ne ferait aucun effort pour se réveiller, même si Draco arrivait. Car Harry avait eu beaucoup de temps pour penser lors de son coma. Il avait enfin accepté depuis longtemps ses sentiments pour le blond. Il savait qu'il l'aimait, tout comme il savait que le blond ne l'aimerait jamais. Et même avec cela, de toute façon la société dans laquelle ils vivaient n'accepterait jamais cet amour. Tous des hypocrites, intolérants et avec un balai coincé dans l'arrière-train.
- Ouhla, il est complètement… heu en fait je ne sais pas ce qu'il est là, fit le jeune homme, je ne sais pas quel adjectif conviendrait… cynique ? Mais ça il l'était déjà. Blasé ? Idem. Dépressif ? Idem. Peut-être les trois réunis et renforcés ?
- Oui peut-être. Mais il faut le comprendre en même temps.
- Je ne vois pas pourquoi ? Ça crève les yeux pourtant que Draco l'aime, alors moi je dis que plus borné qu'Harry, ça n'existe pas, répliqua farouchement le jeune homme.
- Mais tu sembles oublier une chose, lui répondit tranquillement Dumbledore.
- Laquelle ?
- C'est qu'Harry, la dernière fois qu'il a vu Draco, c'était lors de leur nuit d'amour et depuis, il n'a plus aucune nouvelle du blond. Et, toi peut-être que tu as vite compris que tous les deux étaient amoureux l'un de l'autre, parce que tu connais leurs deux points de vue. Mais eux, ils sont tous les deux perdus. Ils ne savent pas comment réagir et que faire. Alors, dans le doute, ils se contentent de se conforter dans leur passivité et de calquer leur comportement sur l'autre.
Un éclair de compréhension traversa les yeux du garçon.
- J'ai parfois tendance à oublier que cette histoire est réelle et que cela implique bien sûr la difficulté et les méandres de la psychologie humaine. J'avoue que cette histoire force son auditeur à réfléchir à tout. Ce n'est pas comme dans une simple histoire comme dans les livres ou les films.
- Tu commences enfin à comprendre, fit Dumbeldore avec un air légèrement soulagé.
Le jeune garçon eut un fin sourire qui disparut lorsqu'il dit
- Je suis presque rétabli. Je pense que demain je pourrai me lever et m'en aller. Je crois que je vous ai assez dérangé comme ça.
- Ça a été un plaisir pour moi, tu sais, dit Dumbledore.
- Cependant, j'ai envie de connaître la suite. Je suis très curieux de connaître enfin leur confrontation et la fin de leur histoire.
Le barbu eut un sourire assez énigmatique et se contenta de dire alors qu'il se levait.
- Demain tu vas partir. Je serai là pour te dire au revoir. Mais si tu veux la fin, il faudra revenir. Et pour revenir, tu devras essayer de changer, de vaincre tes peurs et d'essayer enfin d'avoir un semblant de vie normale.
Le garçon hocha la tête, mais ne dit rien. Alors Dumbeldore se contenta de lui souhaiter une bonne nuit avec de s'en aller en fermant doucement la porte derrière lui.
Le jeune garçon, passa toute cette nuit à réfléchir. De toute façon, il savait que quoi qu'en dise Dumbeldore, son cas était perdu d'avance. Il y avait encore beaucoup de données dont Dumbeldore n'était pas au courant. Et le garçon en doutait qu'il les apprécierait.
Il soupira, en se calant contre ses oreillers, et se mit à observer le ciel étoilé. Tout semblait si paisible, alors que dans son cœur c'était le chaos. Il soupira encore une fois, et une larme coula sur sa joue. Tout doucement. Avant de tomber sur son bras et d'aller se perdre dans les plis de sa couette.
- Si seulement j'avais rencontré Dumbeldore avant…, murmura-t-il.
Un petit silence passa.
- Je suis un imbécile. C'est trop tard maintenant.
Il ne dormit pas de la nuit et c'est avec les yeux cernés et un air morne, le lendemain qu'il dit au revoir à Dumbeldore et à Minerva.
Il s'en alla, les épaules basses et voûtées. Il était triste, horriblement triste et ça se sentait dans toute sa physionomie. Mais Dumbeldore ne fit rien. Il savait qu'il devait laisser au garçon le choix de revenir de son plein gré.
Ainsi un mois passa. Le jeune garçon, maintenant passait son temps à errer un peu partout. Il était devenu encore plus distant que d'habitude, ne laissait personne l'approcher. Sa famille d'accueil était perplexe face à son comportement. Elle ne l'avait jamais vu ainsi.
Mais le jeune garçon se moquait des états d'âme des autres. Il avait pris sa décision. La dernière de toute sa vie. Après, il pourrait enfin être libéré de l'étau qui lui serrait le cœur depuis si longtemps.
C'est ainsi qu'un matin, il retourna chez Dumbeldore qui l'accueillit le sourire aux lèvres. Le vieil homme, sans rien lui dire, le conduisit dans son bureau et se mit à lui raconter la fin de l'histoire.
Ce matin-là quand la conscience d'Harry s'éveilla, il sentit que quelque chose n'allait pas comme d'habitude. Contrairement aux autres jours, le silence était total. Plus de domestiques s'affairant partout dans sa chambre. Plus de bruits provenant de l'extérieur. Et surtout, il n'y avait plus les pleurs incessants et pitoyables de Ginevra. Il avait l'impression d'être coupé du monde.
La pensée qu'on l'avait enterré vivant, lassés d'attendre un réveil potentiel de sa part, lui traversa l'esprit. Mais sans qu'il ne comprenne pourquoi, cette hypothèse le gênait, alors il la chassa vite fait de son esprit.
Un raclement de chaise à côté de lui, lui apprit qu'il n'était pas seul dans la chambre. Il sentit que quelqu'un se penchait sur lui et son cœur fit un bond de trois kilomètres en sentant l'odeur tant désirée de Draco.
« Alors il a fini par venir » pensa Harry vaguement.
Il se sentait heureux. Le brun était comme enfin soulagé. Il pourrait enfin, maintenant se laisser aller à la mort. Son dernier souhait avait été exaucé. Il s'apprêtait à lâcher prise lorsqu'il entendit la porte s'ouvrir. Étant de nature curieuse, Harry attendit encore un peu pour entendre quand même le pourquoi de la situation et des changements.
- Malfoy, fit la voix de Ginevra, je refuse d'être mise à l'écart. Même si tu as ordonné aux domestiques de m'empêcher de venir dans cette pièce, je le ferai quand même.
- Dégage d'ici, Weasley, cracha la voix glaciale du blond.
Malgré lui, Harry était quand même impressionné.
- Non, je refuse. Je suis sa femme et c'est à moi de m'occuper de mon mari. Si j'avais su que tu réagirais ainsi, je n'aurais jamais envoyé ce valet te prévenir. Maintenant va-t'en de cette chambre et laisse-moi soigner mon mari.
Draco eut un rire dur et sarcastique.
- Oh oui, d'ailleurs tu l'as tellement bien soigné que cela fait quelque chose comme cinq ans qu'il est dans le coma. Quelle merveilleuse infirmière tu fais.
La voix du blond était chargée d'ironie et Harry put presque sentir les joues rougies d'humiliation et de gêne de sa femme. Malgré lui, il eut quand même un peu pitié d'elle. Pour la première fois, il eut des regrets de l'avoir épousée, se disant qu'elle ne méritait pas ce sort.
Mais le blond, impitoyable, continua.
- À partir de maintenant, je ne veux plus te voir dans cette chambre. C'est moi qui vais m'occuper d'Ha… de Potter.
Ce lapsus n'échappa évidemment pas à la rousse et elle fixa le blond bizarrement. Mais tout ce qu'elle rencontra de sa part, fut un visage fermé hermétiquement. Découragée, elle finit par baisser la tête et s'en aller.
Mais juste avant qu'elle ne ferme la porte, Draco, cruel, ajouta
- Passe le bonjour à ton amant. Je n'arrive pas à croire qu'une fille de ton rang ose non seulement tromper son mari, mais en plus avec un cocher. Tu devrais avoir honte. Et tu oses encore venir ici jouer le rôle de l'épouse éplorée. Je ne savais pas que l'hypocrisie des Weasley allait jusque-là.
De rage, Ginevra claqua la porte aussi fort qu'elle put derrière elle.
Une fois la jeune femme partie, le blond souffla et s'écroula sur le fauteuil qu'il avait placé à côté du lit d'Harry.
Il regardait le brun qui semblait si paisible.
Qui semblait si loin de tout ce qui l'entourait.
Il avait l'impression qu'Harry n'était déjà plus avec eux.
Qu'il était déjà très loin dans un endroit inconnu des humains.
Soudain, pris d'une rage soudaine, il se leva et commença à secouer le brun comme un prunier, sans pour autant que ce dernier ne réagisse.
- Bon sang, Potter, tu vas te réveiller maintenant. Je te promets que tu n'as pas intérêt à mourir. Il n'y a que moi qui ai le droit de choisir si oui ou non tu mourras. Et ne fais pas celui qui ne comprend pas. Je SAIS que tu m'entends. Je sais que tu n'es pas vraiment dans le coma. Alors maintenant tu vas arrêter de jouer la comédie et te réveiller. Pour qu'on puisse s'expliquer une bonne fois pour toutes, ce qu'on aurait dû faire, il y a cinq ans.
Harry ne voulait pas se réveiller. Justement, il voulait tout faire pour éviter cette confrontation avec Draco.
Mais il fallait penser que le blond était réellement déterminé et ne laissait aucun répit à Harry. Il lui parlait, lui criait dessus sans jamais s'arrêter. Tout pourvu que le brun se réveille. Et ce dernier finit, vraiment malgré lui contraint et forcé, par se réveiller.
En ouvrant les yeux, la première chose qu'il vit, furent les yeux toujours aussi intensément gris de Draco. Ce dernier semblait un peu stupéfait du fait que le brun se soit réveillé.
Il ne s'attendait absolument pas à ce que ça marche. Il avait juste voulu se défouler un peu de toutes les tensions qu'il avait accumulées en lui. Alors lorsque le brun ouvrit les yeux, de stupeur, il se figea sur place.
Ce fut finalement, au bout de quelques secondes qu'il reprit ses esprits et s'apprêtait à parler, lorsque le brun le devança. Ce fut avec la voix enrouée et rauque de quelqu'un qui n'a plus parlé depuis longtemps qu'Harry dit
- N'appelle pas les autres, je ne veux voir personne.
De stupeur, le blond se contenta de hocher machinalement la tête. Toujours sans rien dire.
Ils passèrent plusieurs minutes à s'observer les yeux dans les yeux. Draco ne s'était même pas rendu compte, que pendant qu'il secouait Harry, il s'était assis sur ce dernier et qu'il l'était toujours.
Chacun s'enfonçait dans la profondeur des yeux de l'autre. Cela faisait tellement longtemps qu'ils ne s'étaient pas vus. Et soudain des images, des flashs, plus intenses que jamais de leur nuit revenaient.
Leurs respirations s'accéléraient.
Sans se rendre compte, ils se rapprochaient inexorablement l'un de l'autre.
Et lorsque leurs lèvres se touchèrent, ce fut comme s'ils avaient enfin trouvé leur place. Tout leur être s'apaisa. Ils avaient enfin trouvé leur place.
Ils se sentaient en paix tout en savourant le baiser qu'ils échangeaient. Lorsqu'ils se séparèrent, à bout de souffle, les mots étaient devenus inutiles. Leurs yeux se parlaient tout seuls, déliant les non-dits, éclaircissant les quiproquos, les laissant leurs âmes à tous deux mis à nu.
Ce fut Draco qui le premier rompit le silence pour dire en un souffle qui effleura les lèvres d'Harry, toujours très proches des siennes.
- Je t'aime.
Face à cela, les yeux du brun se voilèrent. Il ne songeait même pas à sourire. D'ailleurs, le faire aurait rompu tout le charme du moment. Ce dernier était trop important pour le gâcher avec une quelconque action des zygomatiques.
Il se contenta juste de murmurer en réponse
- Je ne l'espérais plus.
Comme hypnotisés, ils continuèrent à se regarder les yeux dans les yeux. Tout était dit. Tout était clair. Entre eux. Tout.
Ce ne fut qu'au bout d'une heure qu'ils rompirent leur échange visuel, mais juste pour s'étreindre. Draco se glissa tout habillé dans le lit et se serra dans les bras d'Harry. Ils étaient bien. Juste ainsi. Ils auraient été capables de rester dans les bras de l'autre pour l'éternité.
À ce moment déjà, ils savaient que le destin était en train d'écrire les dernières lignes de leur histoire. Ils savaient que leur fin à tous les deux était proche. Mais ils s'en moquaient. Ils étaient ensemble. C'était tout ce qui comptait.
À ce moment du récit, Dumbeldore s'arrêta pour fixer le jeune homme. Le vieux se sentait un peu mal à l'aise.
Quelque chose dans l'attitude du garçon lui faisait peur. Etait-ce sa résolution ? Ou plutôt la résignation ? Il n'aurait pu le dire.
En tout cas, Dumbeldore avait peur que le jeune garçon fasse une bêtise.
Tout à l'heure, quand il avait vu le garçon arriver chez lui, il en avait été heureux, pensant que ce dernier devait enfin avoir réussi à tirer un trait sur son passé.
Mais contre toute attente, plus le temps passait et qu'il racontait l'histoire, plus il sentait que quelque chose avait irrémédiablement changé chez le jeune homme. Et Dumbeldore avait peur que cette chose ne soit pas forcément celle qu'il espérait.
Il se rendit compte que le garçon le regardait. Dumbeldore lui jeta un regard interrogateur auquel le garçon répondit ou plutôt demanda
- Pourquoi vous êtes-vous arrêté ?
Le vieux se contenta de le regarder longuement avant de dire
- Pour rien.
Puis il continua le récit malgré la peur qui allait grandissant dans son ventre. Il avait peur pour le garçon.
Leur étreinte dura jusqu'au matin.
Ce ne fut qu'à l'aube qu'Harry posa malgré tout la question qui le tourmentait. Il en avait été tellement blessé… Il avait besoin de connaître la réponse en paroles. Il avait besoin de savoir ce qui avait motivé Draco. Oui, il en avait besoin.
- Draco…
- Hm ?
- Pourquoi ?
Le blond n'avait pas besoin de demander des éclaircissements. C'était clair comme de l'eau de roche. Pourquoi était-il parti le matin après leur nuit d'amour ?
Un éclair douloureux passa dans ses yeux. Ses larmes menaçaient également de le submerger. Car à présent, ce qui lui avait paru être une raison valable à l'époque, semblait autant futile maintenant qu'il se trouvait dans les bras d'Harry.
Malgré tout, il se força à répondre.
- Je… j'avais peur.
Il se blottit un peu plus contre l'épaule du brun, tout en enfouissant son visage dans son cou.
Le blond sentit l'autre se tendre puis demander.
- De quoi avais-tu peur ?
Cette fois le blond se redressa pour planter ses yeux ruisselants de larmes dans ceux peinés du brun.
- Harry… je… la nuit que nous avons passée était tellement merveilleuse… Comprends-tu ? Et je savais qu'une fois le matin arrivé, si nous nous étions réveillés ensemble, notre rivalité aurait repris le dessus. Immanquablement, l'un de nous aurait dit quelque chose qui n'aurait pas plu à l'autre qui l'aurait utilisé comme raison pour entamer une dispute. Et notre fierté à tous deux aurait été trop grande pour nous plier à reconnaître une erreur. Et je ne voulais pas de cela, tu comprends ? Je ne voulais pas que les merveilles de notre nuit disparaissent sous les affres de la réalité.
Un petit silence.
- C'est la phrase que tu avais écrite dans le mot que tu m'as laissé.
- Oui, je pensais que tu aurais compris sa signification, murmura Draco toujours en le regardant intensément.
- Je l'avais compris en effet. Mais pour moi ça n'était pas suffisant. J'avais besoin de plus que cela.
- Je sais. Mais Harry tu sembles oublier notre ancienne rivalité. Nous étions tous les deux trop à fleur de peau. Je savais que tu étais capable de me dire des mots durs, tout à fait cruels. Même si tu ne les pensais pas. Ta fierté t'aurait presque obligé à les dire. Si en temps normal, j'étais capable de les supporter et même de répliquer également avec des mots semblables, ce matin-là je ne m'en sentais plus la force. Je ne voulais plus de cette inimitié qui semblait être la seule chose qui nous liait. Cette nuit, je m'étais donné complètement à toi. Me dévoilant tout entier. Et je savais que c'était pareil pour toi. Je n'aurais pas supporté à partir de là de retrouver ton côté cynique, blasé et cruel après avoir connu ta tendresse, ta détresse et ta maladresse.
Un long silence passa après cette explication. Puis, au bout d'un moment, le brun finit par dire.
- J'avoue que je n'ai aucune idée de la manière dont j'aurais réagi si tu étais resté, mais Draco tu n'avais pas à partir. Car, çà, ça m'a blessé plus que n'importe lequel de tes mots cruels aurait pu le faire si tu étais resté. Je me suis senti utilisé. Et ton mot n'a fait que renforcer ce sentiment. On ne laisse pas quelque chose d'aussi court après une telle nuit.
Draco baissa la tête tout en continuant à pleurer. Il le savait. Il avait eu tort. Il le savait. Mais il ne pouvait rien y changer. Ce qui était fait, était fait. Il n'aurait servi à rien d'avoir à présent des regrets.
Mais Harry dit en soupirant
- De toute façon, nous avons tous les deux nos erreurs. Nous sommes tous les deux fautifs.
Et il attira à nouveau Draco contre lui. Le blond continuait à pleurer. Si Harry lui avait demandé pourquoi il versait ces larmes, le blond aurait été incapable de lui répondre, car il ne le savait pas lui-même. Il pleurait juste, parce que son cœur pleurait. Autant c'était de l'eau salée qui coulait sur ses joues, autant c'était du sang qui inondait son corps à partir de son cœur.
- Laisse-moi te faire l'amour une dernière fois. S'il te plaît Draco.
Harry l'avait demandé. Ils savaient que ce serait ce soir. C'était un accord tacite entre eux sans qu'ils aient eu besoin d'en parler. Ils ne seraient jamais acceptés. Ils ne seraient jamais compris. Alors, une bonne fois pour toutes, ils avaient décidé que ce serait le soir-même. La fin.
- D'accord, souffla Draco.
Cette fois-là fut tout à fait différente de la première fois qu'ils avaient fait l'amour. Ils y mettaient toute la détresse qu'ils ressentaient. C'est avec la force du désespoir qu'ils s'étreignaient, s'attrapaient, se serraient.
Ils ne se laissaient aucun répit. Ils n'arrêtaient pas. Chacun avait soif de l'autre, ils avaient tellement besoin l'un de l'autre.
Inlassablement, Harry allait et venait en Draco sans leur laisser atteindre l'instant ultime.
Ils voulaient tous les deux que ce moment dure. Ils s'aimaient. Passionnément. Désespérément. Malheureusement. Oui ils étaient malheureux. Et pleins de détresse.
Cet amour qu'ils avaient découvert. Cet amour qui les avait sauvés. Cet amour qui les avait pris de surprise. Cet amour qui les avait entraînés dans le tourbillon de la passion. Cet amour qui les avait fait découvrir des parts inconnues d'eux-mêmes. Cet amour allait causer leur perte. Oui, ils allaient mourir à cause de cet amour. Car dans le monde dans lequel ils vivaient, nul ne saurait accepter cet amour. Cet amour qui en même temps les accablait et les rendait si forts.
Ils s'aimèrent jusqu'au soir, sans répit. Sans s'arrêter. Ils s'aimaient comme si plus rien d'autre n'avait plus d'importance.
Ils n'avaient même pas remarqué que Ginevra avait ouvert la porte et les regardait. Ils ne l'avaient pas remarqué qui toujours en pleurant avait fermé la porte et puis s'était adossée contre le battant. Et qu'elle n'arrêtait pas de pleurer tout en les écoutant. Elle venait de tout comprendre. Et elle avait également compris ce qu'ils allaient faire après. Et elle l'acceptait. Parce qu'elle savait ce que c'était que d'aimer désespérément. Elle-même était tombée amoureuse d'Harry tout en sachant que cet amour était impossible.
Elle resta là, derrière la porte jusqu'au bout. Un peu comme une gardienne, qui veillerait sur leur amour.
Une fois le soir arrivé, elle s'en alla dans sa chambre.
Harry et Draco de leur côté s'étaient levés et habillés. Draco aidait Harry car ce dernier avait du mal après être resté couché si longtemps. Ils mirent leurs plus beaux et plus lourds habits. Ils avaient des costumes de soie. Le tout d'un luxe extrême. Ils voulaient que ce soit mémorable. Après s'être habillés, ils choisirent les plus beaux et les plus lourds bijoux qu'ils avaient. Allant des chaînes jusqu'aux bagues et chevalières. Et même les boucles de leurs souliers étaient en or ouvragé. Ils étaient resplendissants de beauté. Ils ressemblaient à des dieux, magnifiques mais inatteignables.
Doucement, ils ouvrirent la porte et sortirent de leur chambre.
Doucement, lentement, ils parcouraient les couloirs de ce château qui évoquait tant de souvenirs en eux. Ce château où tout avait commencé. Et où tout allait finir. Une dernière fois.
Ils descendirent les escaliers jusqu'à se retrouver dans le Grand Hall avant de sortir par les portes principales. Le tout sans jamais rencontrer personne. Ils savaient tous les deux où ils allaient. Et ils y allaient. Sans regrets. Sans peur. Seulement de la résignation face à la fatalité du destin.
Ils arrivèrent devant le lac et sans une seconde d'atermoiement, ils s'y engagèrent. Ils se regardaient les yeux dans les yeux. Chacun y lisait l'amour que l'autre lui portait. En entrant dans le lac, ils avaient finalement abandonné les faux-semblants se livrant pieds et poings liés à l'amour.
Ils sentaient que bientôt ils allaient perdre pied mais continuaient à avancer. Et leurs vêtements trempés pesaient de plus en plus. Le poids de tous ce qu'ils portaient les attirait vers le bas. Plus qu'un pas.
Alors ils se rapprochèrent et s'étreignirent pour s'embrasser. Et c'est ainsi qu'ils s'enfoncèrent dans l'eau. Pas une seule seconde ils ne se lâchèrent. Jusqu'à leur dernier souffle, ils s'embrassèrent en se regardant. Leurs larmes coulaient, mais c'était invisible dans l'eau. Lorsque leurs poumons brûlèrent par manque d'air, ils se serrèrent encore plus fort. Ils se moquaient de toutes ces considérations basses. Ils étaient ensemble et c'est tout ce qui comptait. Leurs yeux se fermèrent en même temps. Mais bizarrement, même morts, leurs corps refusèrent de se lâcher restant ainsi enlacés pour l'éternité. Car oui.
Ils s'aimaient.
- J'aime cette histoire. Elle est tellement triste et en même temps tellement belle.
Dumbeldore hocha la tête, mais ne dit rien.
Le jeune garçon resta silencieux pendant un moment semblant encore penser à l'histoire qu'il venait d'entendre.
Puis finalement il se leva.
- Je vous remercie Monsieur Dumbeldore de m'avoir offert cette merveilleuse histoire. C'est le plus beau cadeau que l'on ne m'ait jamais fait.
Le vieil ne dit rien. Il venait de comprendre. Et le garçon le sut en lisant dans ses yeux.
- Oui, répondit-il à la question muette du barbu, oui il est trop tard pour me sauver.
- Pourquoi ne l'as-tu pas dit plus tôt ?
Le garçon eut un sourire amer.
- Parce que, pour une fois je voulais oublier le fait que j'étais un monstre pour avoir l'illusion d'être un humain normal. Si je vous avais rencontré plus tôt, j'aurais eu une chance d'être sauvé. Mais j'ai déjà vengé mes parents en tuant leur meurtrier. Il est trop tard pour moi. Et vous aviez raison, pas un seul jour ne passe sans que je ne me regarde dans le miroir tout en n'y voyant que le reflet d'un assassin.
Le garçon baissa la tête pour essuyer discrètement les larmes qui coulaient doucement de ses yeux. Puis il se retourna pour s'en aller pour toujours.
Juste avant de sortir, il se tourna vers Dumbeldore pour lui dire
- Vous avez réussi sur un plan. Je ne vais pas me suicider par lâcheté comme j'en avais eu l'intention avant de vous rencontrer. Je vais continuer à vivre tout en supportant ce meurtre sur ma conscience. Ce sera là, ma vraie punition. J'ai fait cet acte, il ne me reste plus qu'à l'assumer vis-à-vis de moi-même.
Il allait refermer la porte derrière lui lorsque Dumbeldore intervint une nouvelle fois.
- Une dernière question.
- Oui ?
- J'ai découvert qu'Harry Evans n'était pas ton vrai nom, c'est pourquoi j'avais réussi à n'avoir que si peu d'informations sur ton sujet. Comment t'appelles-tu réellement ?
Le garçon eut un petit sourire en disant
- Vous seriez étonné de connaître mon vrai nom.
Et il sortit.
FIN
Et voilà. C'est fini. Quel est votre verdict ? Avez-vous aimé ou détesté ? Je n'attends que vos réactions.
Bisous bisous et à bientôt dans une autre de mes fics,
NdM
