CAUCHEMAR EN CUISINE
PARTIE 2
Un p'tit bonjour printanier et sous la pluie !
Comme promis la suite !
Merci à tous les nouveaux lecteurs, les anciens, les anonymes ou non, qui me lisent, commentent, me suivent ou me mettent en favori.
Sur ce, enjoy it !
Contexte : saison 5.
Rating : K+
Format : 3 chapitres.
Genre : Humour/Amitié
Personnages : Dean/Castiel, Bobby
Dakota du sud, Sioux Falls – Dans une casse de voiture familière...
Après sa tirade plutôt virulente, Bobby avait quitté les lieux, claquant la porte d'entrée sur son passage. Comme dans un mauvais rêve, Dean et Castiel avaient entendu le moteur du vieux pick-up démarrer, des pneus crisser dans l'allée et le vrombissement régulier s'éloigner.
Puis le silence avait repris ses droits, envahissant tout l'espace.
Encore sous le choc de sa déclaration, les deux réprimandés n'avaient pas bougé d'un millimètre. Seuls leurs regards exprimaient un semblant d'émotion ou plus exactement une question : « qu'a-t-on fait de mal ? ».
Jusqu'à ce qu'ils détachent leurs orbes l'un de l'autre et réalisent l'ampleur du désastre autour d'eux.
La cuisine était dans un état déplorable.
Et encore le mot était faible.
Où que se portent leurs regards, ils ne voyaient que détérioration et destruction. Des ustensiles, parfois en équilibre précaire sur un coin de meuble, étaient éparpillés un peu partout, en un ou plusieurs morceaux. Des ingrédients divers et variés qui furent un jour reconnaissables étaient à présent disséminés aux quatre coins de la pièce. Sans parler de leur aspect physique ou simplement de cette fine couche blanche qui recouvrait l'espace donnant à la scène un aspect irréel. A croire que le temps s'était figé un instant sous la baguette d'un sorcier. Ou plutôt d'un ange en l'occurrence.
Ce fut d'abord un léger soubresaut dans le corps de Dean. Soubresaut des muscles qui se détendaient et dont l'effet s'insinua du bas de son dos jusqu'à sa gorge. Jusqu'à faire fleurir l'esquisse d'un sourire sur ses lèvres pleines. Sourire qui s'incurva au point de laisser paraître une rangée de dents blanches, illuminant son visage d'habitude si fermé. Ses pommettes rosirent sous le plaisir ressenti et un rire fort, vibrant et chaleureux éclata sur ses traits rieurs.
A son tour, Castiel fut gagné par la bonne humeur évidente de son protégé et ami. Même si chez celui-ci, le timbre de son rire demeura plus voilé. Il n'était pas vraiment au fait de ces coutumes étranges mais l'image radieuse de Dean face à lui l'incita à émettre un son qui résonna étrangement au fond de sa grâce, enveloppant celle-ci de doux frémissements.
Au bout de quelques minutes, le fou rire se tassa de lui-même. Dean se redressa tant bien que mal en se tenant les côtes et s'appuya machinalement sur l'épaule de Castiel pour reprendre son souffle. Un air mutin sur le visage, il annonça dans la foulée :
- Je crois que là, on a fait fort ! Pfiou, quel bordel ! Tu m'étonnes qu'il soit ronchon !
- Dean ? le coupa Castiel qui cherchait en vain à comprendre le pourquoi de cette pression si soudaine sur son épaule, connaissant l'aversion de son protégé pour les contacts rapprochés. Et surtout comprendre pourquoi ce simple attouchement lui donnait curieusement des petits frissons dans le ventre.
- Allez viens Cas, on a du pain sur la planche !, poursuivit ce dernier sans tenir compte de l'interruption. Et crois-en mon expérience, mieux vaut qu'on ait terminé avant son retour. Sinon...
- Sinon quoi, Dean ? l'interrogea l'ange.
Cela mit fin au monologue de Dean qui reporta son attention sur son vis-à-vis. Les yeux dans les yeux, il l'étudia une minute, prêt à dire ce qu'il entendait par ce sous-entendu lorsqu'il décida de finalement conclure l'échange par une pirouette, insistant particulièrement sur les derniers mots :
- Tu ne veux pas le savoir, Cas. Tu. Ne. Veux. Pas.
XXX
Deux heures plus tôt…
Dean avait décidé de mettre à profit sa journée de repos. Pas de chasse en cours. Pas de nouvelle affaire à traiter selon les quotidiens locaux et nationaux. Il pouvait donc s'occuper de Castiel à loisir.
Depuis qu'il vivait avec eux, ses pouvoirs angéliques s'amenuisaient de jour en jour. Même si Castiel n'en parlait pas, il en était bien conscient. Il ne se régénérait plus aussi facilement. Chaque fois qu'il sollicitait sa grâce, que ce soit pour les guérir, les protéger ou se téléporter, le temps pour recouvrer ses pouvoirs doublait, quand bien même Cas faisait tout pour le lui cacher.
D'un commun accord avec son frère, il avait été décidé qu'ils prendraient comme point de chute la maison de Bobby. Après tout, il était comme un père pour eux. Et si le chasseur qu'il était avait pu leur inculquer quelques trucs étant gosses, il ne verrait pas d'inconvénient à ce qu'ils logent chez lui. Pour un temps indéterminé.
Une fois acceptée, la cohabitation se déroula sans heurts. Chacun vaquant aux occupations qui étaient les siennes. S'épaulant si besoin est. Bobby, Sam et Castiel partageaient le même goût des livres et de la recherche ce qui facilita grandement les choses. Chacun apprit à vivre avec l'autre. Avec ses différences.
Cependant, inquiet pour l'avenir de son protecteur si jamais lui ou son frère venait à disparaître, Dean finit par se décider à lui montrer en quoi la vie d'un homme mérite d'être vécue. Bien entendu, il ne réitérera pas leur sortie dans ce lieu de perdition tel que l'a nommé Cas à leur retour. Après tout, si celui-ci tient tant à conserver sa virginité, ça le regarde. Dans tous les cas, il compte bien l'emmener dans un bar pour simplement lui faire goûter les joies d'une soirée entre mecs : entre boissons alcoolisées et parties de billard.
Mais ce n'est pas le propos de ce matin. Aujourd'hui, il a envie de présenter à Castiel les bienfaits d'une alimentation faite « maison ». Oui, oui c'est possible ! Y compris chez un mordu de la malbouffe comme lui. Même si Sam se moquerait carrément de lui si jamais il l'entendait débiter de telles choses.
D'accord ni lui ni son frère ne sont des cordons bleus. Leur père n'a pas vraiment pris le temps de leur enseigner cette activité, immergé qu'il était dans sa vengeance. Pourtant cela ne les empêche pas de savoir cuisiner le minimum vital, si par défaut il n'y a pas de drugstore ou de dinner à proximité de leur camp de base. Ce qui, une chance pour eux et leurs estomacs, n'arrive que fort rarement.
C'est ainsi qu'après une toilette rapide, il avait filé avec l'impala, direction le supermarché de Sioux Falls. Si au départ il n'avait pas vraiment d'idée précise sur ce qu'il comptait cuisiner avec son ange gardien, il se dit, après une dizaine de minutes à parcourir les allées de long en large, qu'une tarte aux pommes et un hamburger « maison » devraient convenir pour une découverte des plaisirs de la chère. D'accord, c'était les plats qu'il préférait mais bon, au moins Castiel ne serait pas totalement en terre inconnue, vu le nombre de fois où il l'avait observé en manger au cours de leurs chasses.
Ce fut donc le sourire aux lèvres qu'il regagna la casse de Bobby. Parvenu à destination, il fredonnait encore les accords de Metallica lorsqu'il déposa les sachets renfermant les précieux ingrédients qui composeraient leur menu du jour sur le meuble bas de la cuisine.
Apparemment Bobby s'était absenté. Son véhicule n'était plus garé dans l'allée. Ce qui était une aubaine. Ce n'est pas si souvent que son père adoptif sortait de chez lui. Seuls ils auraient tout le temps d'expérimenter sans crainte d'être dérangé, ni d'être traité d'idjits.
XXX
Une heure plus tôt…
Un air satisfait sur les traits, vérifiant une ultime fois qu'il avait bien sorti tout ce dont ils auraient besoin pour leur expérience culinaire, Dean appela Castiel qu'il avait aperçu dans le bureau attenant, penché sur un vieux grimoire. Sans doute étudiait-il les potions et autres sortilèges pour démêler le vrai du faux.
Moins de deux minutes plus tard, celui-ci était auprès de lui, le scrutant intensément. Il avait délaissé sans regret son activité première. Parce que c'était Dean. Parce qu'il était sa seule et unique priorité. Envers et contre tout.
- Oui Dean ? s'enquit-il, jetant un œil derrière lui, soudain curieux.
- Aujourd'hui, on se met aux fourneaux.
- Aux fourneaux ? répondit Castiel en fronçant les sourcils.
- Ah oui c'est vrai, j'oubliais ! Référence… Ca veut dire qu'on fait la cuisine, Cas. On va préparer le repas.
- Le repas ? s'inquiéta l'ange. Je pensais qu'on achetait tout prêt et qu'il n'y avait qu'à réchauffer au four à micro-onde. Enfin d'habitude c'est ce que vous faites toujours avec Sam. Même Bobby se contente d'ouvrir des boîtes métalliques qu'il transvase dans un récipient adapté. Et au pire, vous vous rendez dans un petit restaurant pour vous nourrir.
Une main sur la nuque, Dean se statufia sous les propos de Cas. C'est là qu'il réalisa que Castiel avait une image très incomplète de ce qu'était l'art culinaire. Au fond, il ne lui avait jamais montré qu'on pouvait faire autrement. L'ange en avait donc déduit à tort que c'était là, la seule manière de procéder dans leur famille.
Il finit par lui répondre, un léger sourire aux lèvres :
- C'est vrai. C'est la solution de facilité. Pourtant, crois-moi, avec un peu de temps et de patience, on peut cuisiner de bons petits plats. Il suffit juste d'avoir les bons ingrédients.
- Je vois. Et que fait-on à manger lorsqu'on est disponible ?
- Et bien, tout et rien. Tout dépend ce que tu aimes…
- Dean, je ne ressens pas le besoin de manger. Ma grâce…
Il se stoppa en réalisant le terrain glissant sur lequel il s'engageait. Oui, il avait sa grâce mais pour combien de temps encore ? Peut-être que demain, il n'aurait plus d'autre choix que de faire survivre ce corps par ces aliments. Il devait donc accorder un minimum d'attention aux paroles de Dean.
Ce dernier dut suivre son cheminement parce qu'il poursuivit comme si de rien n'était :
- Alors comme nous ne savons pas vraiment ce qui te plaît, je me suis dit qu'on commencerait par préparer un truc basique : hamburger et tarte aux pommes.
- Tu appelles ça « un truc basique » ?
- Oui. On ne sait jamais si un jour, tu te retrouves isolé de tout, il faut que tu puisses te débrouiller.
Castiel le fixa interdit pendant quelques minutes s'interrogeant sur le bien-fondé d'un tel plat avant de lancer d'un ton implacable :
- Alors montre-moi !
Pas un seul instant Dean n'imagina que cette activité somme toute banale prendrait une tournure aussi amusante. Même s'il devait avouer qu'avec l'ange qui lui servait de garde du corps, tout ce qui était simple prenait parfois des proportions inimaginables, en particulier lorsque ça touchait aux actes de la vie courante. Jusqu'à rendre des objets inoffensifs potentiellement dangereux.
Et pour ne pas le faire mentir, cette activité-là n'échappa pas à la règle. Parce qu'apprendre à Cas l'art de manipuler les ustensiles de cuisine sans se blesser releva de l'exploit. Entre les « Dean tu es sûr qu'on doit prendre le batteur dans ce sens ? », « Dean, ce couteau n'est pas assez tranchant ? », les erreurs de dosage, les éternuements intempestifs dus à la farine, ce qui prenait en général un vingtaine de minutes en prit le double. Sans compter que Castiel voulut ensuite élargir ses horizons et s'essayer à d'autres préparations culinaires. Ce qui avait donné lieu à de franches rigolades dans le choix des plats, tous les ingrédients n'étant pas forcément à disposition chez Bobby. L'ange insistant pour les remplacer par d'autres. Jusqu'à aller fureter dans d'autres pièces et au sous-sol ne faisant aucun cas de la poudre qu'il semait un peu partout dans la maison. On ne sait jamais que Bobby entrepose des produits du terroir pour les conserver à sa seule attention.
Mais qu'importe, au final Dean s'en moquait éperdument. Trop heureux de lire sur le visage de son ange autre chose que cette mélancolie qui affleurait parfois au détour d'un regard.
A suivre
Voilà, c'est tout pour cette fois.
Je tiens à préciser que Castiel est un ange qui a observé l'humanité durant des millénaires et donc oui il sait ce qu'est l'art culinaire mais pour ce texte j'ai choisi délibérément de l'ignorer.
Au plaisir de vous lire
A la semaine prochaine pour le dernier volet.
Marianclea
