CAUCHEMAR EN CUISINE
Partie 3
Un p'tit bonjour printanier !
Comme promis voici la fin de ce three-shot !
Merci à vous de me suivre dans mes petites histoires.
Sur ce, enjoy it !
Contexte : saison 5.
Rating : K+
Format : 3 chapitres.
Genre : Humour/Amitié
Personnages : Dean/Castiel, Bobby
Dakota du sud, Sioux Falls – Dans une casse de voiture familière.
Deux heures plus tard...
Ce fut avec une réelle appréhension que Dean avisa le retour de Bobby par la fenêtre. Si Castiel avait été en pleine possession de ses pouvoirs, tout aurait été réglé en un claquement de doigts. Mais comme un fait exprès, ceux-ci lui avaient fait faux bond au plus mauvais moment.
Sur le coup, par habitude, il avait grommelé. Jusqu'à ce qu'il voit le visage décomposé de l'ange face à lui. Sa pâleur extrême et ses mains légèrement tremblantes.
Avec une douceur dont il n'usait que rarement, il s'était alors rapproché et lui avait murmuré d'un ton qu'il voulait rassurant :
- Désolé mec ! C'est pour la forme… Enfin tu comprends... C'est... Mais on y arrivera... C'est pas la mer à boire.
Mal en point, recroquevillé sur lui-même, Castiel s'était contenté de hocher la tête sans en comprendre un traître mot, ses yeux rivés sur ses mains qui ne lui répondaient plus. Sur cette grâce en perte de vitesse. Dans son esprit, mille tourments tournaient en boucle : sans pouvoirs, il n'était plus bon à rien. Il était ce qu'on appelle un « bébé en trench-coat ». Et dans cette hypothèse, Dean se séparerait à coup sûr de lui. Par esprit de liberté, il avait choisi son camp au détriment de sa famille. Nul retour dans son foyer n'était envisageable. Le Paradis lui étant inaccessible, que ferait-il ? Pourrait-il survivre sans les Winchester sur cette Terre qu'il avait passé des millénaires à observer ? Lui qui ne décodait pas les références de Dean. Lui qui s'écroulait parfois à bout de force. Et puis qui veillerait sur son protégé si ce n'était lui ?
Percevant le trouble intérieur de son ami, Dean avait posé sa main sur son épaule pour la seconde fois de la journée. Il n'était pas très doué en général pour démontrer son affection qu'il considérait avant tout comme un « truc de gonzesse » mais l'attitude de l'ange ne le laissait pas indifférent. Il n'avait point l'intelligence de Sam mais il n'était pas pour autant un sombre crétin.
Cas avait tout quitté. Ce dernier avait abandonné les siens pour se joindre aux hommes. A eux, les frères Winchester. A lui, principalement. Alors malgré son incapacité à assumer par les mots, il lui prodigua un réconfort par les gestes. Il voulait lui montrer que son choix était le bon, malgré les doutes, malgré les angoisses qui le tenaillaient. En d'autres termes, qu'il ne l'abandonnerait pas. Qu'il soit ange ou homme.
Il avait senti le corps de Castiel se crisper une microseconde avant de se détendre sous sa paume. Ce dernier s'était redressé et avait croisé son regard. Ses iris troublés et désorientés oscillant entre le bleu lagon et le bleu océanique.
Il s'y était perdu.
Comme à chaque fois. Qu'importe le lieu, la durée ou la fréquence.
C'était là. Simplement. Une étincelle, une flamme brûlante entre eux. Couvant depuis leur rencontre spirituelle dans les confins des enfers.
Depuis quand n'avait-il pas eu besoin de s'exprimer autrement ? Il l'ignorait. Mais le fait était là. Il l'aimait bien son ange-gardien. Avec ses qualités. Avec ses défauts. Avec ses forces. Avec ses faiblesses.
Ce fut la sonnerie de son téléphone portable sur les accords de « Hell Bells » qui les tira de leur observation mutuelle.
Se détachant à regret, il répondit par automatisme et se dirigea vers le salon. Moins de deux minutes plus tard, il revenait, mi-figue, mi-raisin.
- Un problème Dean ? demanda l'ange.
- C'était Sam. Il passe par l'épicerie avant de rentrer, annonça-t-il. Bobby lui a, selon toute vraisemblance, fait un speech sur notre manière de cuisiner.
- Ah! Et il en dit quoi...
- Que vu l'état de sa maison, pour rien au monde il ne mangerait ce qu'on a préparé. Il ne veut pas finir empoisonné.
- Il a raison, non ?
Dean rit aux éclats face à la remarque sans concession de Cas.
- Ouais, j'admets qu'il n'a pas tort. Je ne suis pas sûr que ce soit comestible, répondit-il en lorgnant sur les restes alimentaires qui trônaient sur la table de la cuisine.
- Alors que fait-on de tout ça ? sonda Castiel en désignant les multiples sachets ouverts et étalés sur le meuble de la cuisine.
- On remise. Pas question de jeter, conclut Dean en se dirigeant vers les sacs. Sinon Samantha va nous faire une crise de nerfs et nous seriner pendant des heures sur le gâchis, sur le tri des déchets, sur l'écologie et tout le toutim. Et j'ai pas franchement envie de gérer ça aujourd'hui!
Castiel ouvrait déjà la bouche pour lui dire son sentiment sur le sujet lorsqu'il réalisa que sa participation risquait de semer le trouble entre eux. Il referma tranquillement ses lèvres et se tut. Il ne voulait pas que leur journée ensemble se termine sur un désaccord. Même si il partageait l'avis intrinsèque de Samuel Winchester quant à l'utilité de mieux gérer sa consommation de nutriments et d'effectuer a minima un tri dans leurs poubelles.
Pendant qu'il cogitait, Dean avait déjà attrapé les sachets en question et les avait rangés dans le placard adéquat. Se retournant vers lui, il l'interpella d'une voix plus grave qu'à l'accoutumée :
- Allez Cas ! Maintenant on se bouge !
Sitôt dit, sitôt fait.
Dans un ordre quasi-militaire, ils commencèrent par récupérer les différents produits et appareils dont ils auraient besoin pour rendre le lieu « propre comme un sou neuf ».
Si Dean ne s'était pas étendu sur ce que Bobby leur infligerait en cas de défection, Castiel, lui, en avait déduit que la punition devait être à la hauteur du crime. Avisant la tête défaite de son protégé à chaque fois qu'il tombait sur quelque chose d'abîmé, il se dit qu'il avait déjà dû en faire les frais dans sa prime jeunesse. Et vu ce qu'il découvrait au fur et à mesure de leur séance intensive de ménage, il préférait ne pas s'appesantir sur les corvées à venir.
Il redoubla donc d'effort, écoutant avec une attention accrue les conseils de Dean en la matière : comment tenir le balai de manière efficiente, comment dépoussiérer sans éternuer à tout-va, etc.
En un peu moins de deux heures, ils avaient astiqué, balayé, épongé le sol et les tables. Ils avaient lavé, essuyé et rangé la vaisselle ou ce qu'il en restait dans les espaces dédiés. Ils avaient aussi tenté de réparer les ustensiles même si la majorité était partie à la poubelle, ce qui avait fait grimacer Dean qui calculait approximativement leur coût, car Bobby ne se priverait pas de lui donner la facture. Enfin ils avaient épousseté et rangé les livres qui avaient chuté au cours de leur périple. L'aîné des Winchester avait d'ailleurs découvert par hasard que son père adoptif avait une très belle collection de bouquins sur les voitures mythiques américaines et qu'à l'occasion, il les lui emprunterait. Enfin, si il survivait jusque-là.
Lorsque Dean rangea le dernier balai dans le placard, il était essoufflé et en sueur. Castiel n'était pas non plus au mieux de sa forme. Mais ils avaient mis tout leur cœur à l'ouvrage et le résultat était là. En y réfléchissant, Dean n'avait pas souvenir d'avoir vu la cuisine dans un tel état de propreté depuis des lustres.
S'appuyant contre le chambranle de la porte, il avait lancé un regard admiratif à leur travail avant d'aller chercher deux bières dans le frigo. Puis il s'était dirigé vers le canapé qui trônait dans le salon et avait invité l'ange à le rejoindre. Pour une fois, celui-ci ne s'était pas fait prier et avait accepté la boisson froide qu'il lui tendait sans rechigner.
Assis l'un contre l'autre, ils avaient profité du calme ambiant qui régnait dans la pièce. Le silence ne les incommodait pas. Il était leur univers. Leur lien invisible.
Ni l'un, ni l'autre ne fit de commentaire sur le fait que Castiel collait le corps de Dean. Les yeux fixés sur l'écran du téléviseur éteint devant lui, ce dernier savourait la présence de l'ange à ses côtés. Son cœur connaissait parfois quelques ratés lorsque par inadvertance Cas frôlait sa main mais il ne pipa mot. Parce qu'il aimait ça. Quoi qu'il en dise. Se sentir aimé et protégé. Quand bien même il s'en sentait indigne.
Et puis leur bulle d'intimité éclata lorsque la voix de stentor de Bobby s'éleva dans l'entrée.
- Je suis rentré.
Immédiatement, Dean se leva, renversant la moitié de sa bière sur ses vêtements. Il grogna un « putain, c'est pas vrai » avant de voir Castiel rapprocher sa main vers sa cuisse dans l'espoir qu'enfin sa grâce lui serait disponible pour faire disparaître la tâche. Il resta interdit face à ce geste.
Evidemment la voix sarcastique de Bobby les interrompit au moment crucial, plongeant Dean dans une gêne sans nom :
- Je dérange peut-être ?
Dean en rougit jusqu'aux oreilles, se sentant piégé par le regard aiguisé de son père adoptif posé sur eux. Pour y échapper, il baissa la tête, une seule question à l'esprit : qu'avait-il bien pu penser ?
Une chance, Castiel eut assez de répartie pour répondre négativement au vieux chasseur. Ce qui détourna l'attention de celui-ci sur l'ange. Pendant de longues secondes, il l'observa avant de soupirer et de se diriger vers le lieu incriminé.
Le regard acéré, il inspecta alors chaque recoin de la pièce avec minutie. Dean l'avait suivi, déglutissant avec peine. Les muscles bandés, il attendit le verdict, tête basse. Par pur sadisme, Bobby fit durer le plaisir et à l'instant où il sentit Dean perdre espoir, il lança :
- Déguerpissez tous les deux et plus de jeux dans ma cuisine !
Dans un réflexe de pure survie, et parfaitement conscient de s'en être tiré à bon compte, Dean attrapa la main de Cas qu'il tira vers lui, ne lui laissant pas la moindre possibilité de s'exprimer.
En moins de dix enjambées, ils étaient dehors.
En moins de cinq minutes, ils avaient franchi le portail de la casse et filaient dans l'impala vers une destination connue d'eux seuls.
Dans le même temps, attablé dans la cuisine, Bobby souriait à pleines dents en songeant à ce qu'il avait vu.
Tout espoir n'était peut-être pas perdu.
FIN
Nous voilà arrivés au terme de cette aventure !
Au plaisir de vous lire
Marianclea
