Titre : Histoire canadienne.
Rating : T.
Pairing : CanBec.
Warning : Mention de sujets délicats, scènes plus ou moins sensibles.
Summary : Canada et Québec ont une longue histoire commune. Rébellions sanglantes, guerres inhumaines, constitutions injustes et racisme francophobe la parcoures. Mais alors que tout devraient les opposer, tout ne fait que les réunir, pour le meilleur mais surtout le pire...
Disclaimer : Matthew et Arthur sont à Hidekaz Himaruya.
Personnage(s) : Matthew/Canada | Samuel/Bas-Canada. Mention de Arthur/Angleterre.
M/A : Voici le quatrième chapitre de "Histoire canadienne". Il y a eu des rébellions dans les deux Canada, pour des Chambres d'Assemblée plus égalitaires. Au Bas-Canada, il y eut même de courtes batailles où presque une centaine de Patriotes canadiens français (et quelques Canadiens anglais) sont morts. Par la suite, les Britanniques ont emprisonnés les Patriotes survivants ou en ont exilés, et ont pendus douze d'entre eux. Pour ceux qui voudrait en savoir un peu plus, j'ai mis deux liens, le premier étant la reproduction de la plus célèbre de ces pendaisons et le deuxième le générique du film "15 février 1839", dont le lien précédent a également été tiré.


Histoire canadienne
15 février 1839 ~ Pendaison des Patriotes
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Matthew observa avec difficulté les corps des Patriotes se balancer sous le vent, au bout de leurs cordes, tels des morceaux de viande. À côté de lui, Bas-Canada ne réagissait pas, mais le tremblement de ses épaules lui prouvait sans l'ombre d'un doute qu'il était sur le point de craquer. Qui, de toute façon, resterait insensible à ce spectacle des plus dégueulasses?
Un Anglais, se répondit-il simplement, en regardant les soldats et les députés anglais faire comme si de rien n'était, comme si cinq pères de famille ne venaient pas d'être pendus pour avoir pris les armes afin d'assurer un monde meilleur à leurs enfants.
Les tremblements de Samuel se firent plus intenses, plus violents, lorsque les soldats firent descendre les corps des Patriotes. Sans la moindre délicatesse, ils balancèrent les cadavres au cou cassé dans les cercueils. Les députés, eux, bavardaient entre eux, sans porter la moindre attention à la scène.
Discrètement, il prit la main du catholique, cherchant à le faire au moins réagir à quelque chose. Devant son manque de réaction, Canada lui demanda ensuite s'il voulait partir. N'ayant toujours aucune réponse, il décida que c'était la meilleure chose à faire. Aussi prit-il les épaules du Canadien français, l'obligeant le plus doucement possible à le suivre.
« Monsieur! Monsieur! », fit soudainement la voix d'une petite fille. Les deux colonies se retournèrent, pour voir la fille du croquemort aller vers eux, tenant quelque chose dans ses mains. En y regardant de plus près, Matthew s'aperçut qu'il s'agissait d'un morceau de tissu couleur sang, venant sûrement d'un drapeau. Peut-être celui de Patriotes(1).
-Pour vous. C'est tombé des mains d'un des pendus, dit-elle, en leur tendant le morceau.
Il y eut un court silence, puis, les doigts tremblants, Samuel le prit et la remercia d'un simple geste de la tête, ce qui inquièta Matthew. Elle eut un sourire quelque peu forcé mais aussi sincère, avant de retourner vers son père, qui n'avait pas bougé. Canada ne tenta pas de le regarder plus longtemps, le mutisme du catholique l'inquiétant de plus en plus.
Mais il pouvait comprendre, même si lui n'avait pas réellement souffert de ce qu'avait supporté Bas-Canada. Oui, il s'était rebellé, il avait manifesté, avait pris les armes... mais n'avait pas réussi à gagner ou à perdre un seul combat(2). Son assimilation avait été trop profonde. Samuel, par contre, qui avait conservé son héritage français, en avait eu le courage... et l'avait chèrement payé.
Ils quittèrent la prison et se dirigèrent de suite vers l'hôtel où ils séjournaient, vu qu'aucun des deux n'habitaient Montréal.
Une fois dans leurs appartements, Matthew aida la colonie francophone à se débarasser de son manteau. Son manque de réaction était de plus en plus alarmant.
Après avoir retiré son propre manteau, le Canadien conduit le brun au salon, où brûlait déjà un bon feu, et ils s'installérent sur le divan.
Et c'est là que Samuel craqua.
Brusquement, il attrapa la chemise de Matthew et se mit à pleurer contre lui, cachant son visage dans son cou, comme un enfant effrayé et grondé. Ç'avait été si soudain qu'il resta immobile un instant, ne sachant pas quoi penser, ni faire. Il entendait clairement les sanglots du catholique, qui répétait sans arrêt que c'était de sa faute. Encore et encore, il répétait ces cinq petits mots, comme une litanie.
Au bout d'un instant, le blond se remit du choc, puis, malgré tout hésitant, enlaça Samuel, cherchant surtout à le réconforter. Il le serra contre lui, ne sachant pas quoi faire d'autre. Sans nul doute aurait-il été dans le même état si Arthur avait été aussi cruel avec lui qu'avec Bas-Canada.
Après un long moment, le catholique se calma, mais ne chercha toutefois à quitter les bras de la colonie humanisée, qui ne tenta pas de l'en faire sortir. Un second mutisme s'installa, plus réconfortant que morbide, cette fois.
Samuel n'avait aucune envie de quitter les bras de Canada, s'y sentant bien. Peut-être trop bien, se dit-il soudainement, mais cette pensée finit rapidement aux oubliettes.
Elle ressurgit toutefois tout aussi vite, lorsque Matthew lui souleva le menton pour l'embrasser. Doucement, tendrement, légèrement. Sous le choc, il se braqua, se figeant littéralement sur place. Il ne savait plus quoi penser, tout s'emmêlait. Ça faisait un moment, bien sûr, qu'il avait remarqué que le Canadien préférait les hommes. Il n'avait toutefois rien dit, ne voulant pas perdre l'un des rares amis qu'il avait.
Mais ça... ça, c'était... un peu trop troublant.
Alors... pourquoi il ne le repoussait pas? Pourquoi ça ne le dérangeait pas?
Puis, la voix du curé le condamnant à l'excommunion siffla dans son esprit. Ce fût ce qui le convainquit de repousser légèrement Matthew, pour simplement rompre le baiser. Il le regarda droit dans les yeux, cherchant une réponse.
« Je... je suis désolé! I'm sorry, Samuel! I... », se mit à bafouiller le blond, en réalisant son propre geste. Le Canadien français écouta un instant les excuses francophones et anglophones de la colonie, qui s'agitait de plus en plus, les joues rouges de gêne.
Brusquement, il lui saisit de nouveau le collet, le tire vers lui et l'embrasse, lui-même rougissant de gêne. Ce fût au tour du blond de ne plus rien comprendre. Au bout d'un instant, ils interrompérent le baiser, et se regardèrent, l'un perplexe, l'autre sûr de lui.
« Que... qu'est-ce que... »
-M'en fout du curé. Y m'a déjà menacé de m'excommunier si j'me battais 'vec Papineau(3), mais j'sais qu'il le ferra pas, coupe le catholique. Y'es ben trop pisou pou' ça! Pis d'toute façon, si j'y dis pas, y l'saura pas. Pis c'est pas un frustré du pantalon qui m'dira comment gérer l'mien!
Pendant un instant, Canada resta sans voix. Puis, un sourire attendri étira ses lèvres, qu'il se dépêcha de déposer sur celles du brun.
Qui répondit, cette fois, au baiser.


(1)Inspiré du drapeau de la révolution française, le drapeau des Patriotes est vert, rouge et blanc.
(2)Le Haut-Canada a réellement essayé de combattre les Anglais, mais ils étaient trop désorganisés pour réussir.
(3)L'Église catholique a réellement menacé d'excommunier les Patriotes, et ce parce que l'armée britannique leur permettait de percevoir la dîme, de nommer un évèque et de pratiquer la religion catholique.


M/A : Il n'a pas été facile à écrire, celui-là. J'ai eu toutes les peines du monde à développer le changement de relation entre Samuel et Matthew. Mais je devais le faire. C'est obligatoire pour la suite de cette fic.
Prochain chapitre; acte d'Union.